IV. Tes père et mère honoreras Afin de vivre longuement
Il faut honorer pendant leur vie et après leur mort les auteurs de nos jours.
Plator.
Ne pas honorer la vieillesse, c'est démolir le matin la maison où l'on doit coucher le soir.
Alphonse Karr.
Il est un grand principe d'équilibre moral d'après lequel il ne saurait y avoir de droits sans devoirs et de devoirs sans droits. Nous sommes liés les uns aux autres par une réciprocité de droits et de devoirs. Il y a solidarité étroite entre nous. Chacun de nous est un anneau de la chaîne familiale ; il est fils du passé et père de l'avenir. Ces principes étant admis, il est évident que si nous avons des devoirs envers nos parents, ceux-ci, à leur tour, en ont envers leurs enfants. On peut encore donner plus d'extension à l'idée incluse dans le iv^ commandement et en faire
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découler les devoirs des iDférieurs envers leurs chefs et les devoirs de ceux-ci envers ceux-là.
Le père et la mère donnent la vie, les conjoints la partagent, les enfants la reçoivent. La loi a reconnu qu'il y avait entre eux l'obligation alimentaire. Il y a plus encore. Ilyacelle, non seulement de ne pas maltraiter mais de prévenir et de soigner la maladie ; partant, toute l'hygiène sociale, si en vogue aujourd'hui et... au Moyen-Age, peut être rattachée au iv*= commandement.
Juvénal (1) a écrit cette phrase : « On ne saurait trop respecter l'innocence de l'enfant : médites-tu quelque action dont tu doives rougir, songe à ton fils au berceau » .
Le satirique latin ne pensait certainement pas aux lois de l'hérédité lorsqu'il engageait les parents à se souvenir de leurs enfants. Son unique préoccupation était d'ordre purement moral. Cependant cette phrase a un sens plus profond et plus étendu qu'il ne le semble au premier abord. Beaucoup d'actes portent atteinte à la santé sans qu'il en paraisse rien à l'extérieur. C'est le cas de l'alcoolisme qui est l'intoxica-
(i) Sat. XIV.
tion type, car c'est la plus répandue pour des causes d'ordres divers que nous n'énuméreronspas.
Dans l'alcoolisme il y a imprégnation des parties les plus intimes des cellules et surtout des éléments du noyau, nucléole etnucléine. Si l'alcoolique a pour parents des individus sains, l'intoxication ne paraîtra pas retentir sur lui. Il atteindra un âge avancé, mais ses enfants à lui seront tarés et leur longévité sera diminuée. La longévité dépend, en effet, surtout de la transmission héréditaire. En outre, au point de vue mental, le mécanisme cérébral, substratum nécessaire du psychique, sera anormal, légèrement si l'on veut, mais il le sera tout de même et par là s'expliquent et l'hérédité psychique et le grossissement des tares psychiques du procréateur. L'hygiène et la médecine pourront intervenir il est vrai pour maintenir dans le statu quo le ravage causé et peut-être même pour l'enrayer, mais, néanmoins, il y aura toujours une certaine survivance, une certaine mémoire de la lésion transmise ah ovo : « L'hérédité joue pour l'espèce à peu près le même rôle que la mémoire pour l'individu » (1;.
L'enfant hérite non de la maladie du procréateur ; mais d'un affaiblissement fonctionnel et d'une tendance fonctionnelle à la maladie. Si la lésion organique ou l'affaibhssement organique du procréateur porte sur un organe donné, l'enfant hérite d'une faiblesse particu-
(1) Th. Ribot, L'hérédité.
lière de cet organe qui aura une tendance (1) à la maladie. Si l'imprégnation toxique atteint la mère, si l'ovule est lésé, l'enfant sera taré au point de vue intellectuel ; si elle atteint le père, si le pronucléus maie est lésé, l'enfant aura des tares concernant le caractère ou la volonté. Au point de vue de Thérédite il semble que linfluence de la mère soit prépondérante. C'est là un fait qu'il serait facile de démontrer par l'observation et même par l'expérimentation. Il a été remarqué par d'autres que les biologistes. L'histoire est là qui en donne elle aussi la preuve et, comme l'a dit quelque part Emile Olivier, « c'est presque toujours par la femme que le génie se transmet, et il est rare qu'un grand homme n'ait pas eu une grande mère. »
Toutes les causes de diminution de l'énergie organique retentissent sur la descendance. Nous avons parlé d'alcoolisme. Nous pourrions énumérer toutes les intoxications et toutes les infections, sans compter le surmenage d'où qu'il vienne. C'est dans cette considération que nos lois sociales d'hygiène trouvent leur fondement, car ces lois s'adressent non seulement à l'individu qu'elles défendent contre luimême mais encore à l'avenir de la race qu'elles sauvegardent en sauvegardant le générateur d'aujourd'hui ou de demain. Par là elles collaborent à la
(1; C'est cetlo simple tendance qui permet à l'hygiène de prévenir et de neutraliser les effets fftcheux de l'hérédité.
grande loi naturelle qui est la survivance de l'espèce.
C'est donc remplir les obligations créées par le IV® commandement que de lutter sans relâche contre les fléaux de l'alcoolisme, de la tuberculose, de la syphilis, de la malaria, de la dépopulation, que de les prévenir en resserrant les liens de la famille, en organisant ces œuvres admirables qui s'appellent; les jardins ouvriers, le coin de terre et du foyer, les dispensaires divers, les ligues d'assistance pour la défense des enfants en bas âge et pour les mères, etc.. que de limiter et réglementer le travail dans les ateliers et usines afin de prévenir le surmenage qui étiole, que d'engager les jeunes mères à ne pas se livrer aux orages de la passion, car il leur faut le calme pour que le fœtus qu'elles portent dans leur sein se développe bien. A ce point de vue, notre époque qui paraît mettre sa coquetterie officielle dans le reniement du christianisme en met les doctrines en pratique comme ne le fit jamais aucune époque de foi officielle I C'est là une heureuse contradiction qui sera pour elle un titre à la vénération et au respect des générations futures.
Par respect pour les droits de l'espèce, de l'enfant à venir, l'individu, le générateur a le devoir de se mettre à l'abri de toutes les causes de diminution de l'énergie vitale. Le IV® commandement le lui dit,
d'accord en cela avec les données de l'observation médicale.
Les enfants doivent honorer (1), aider et assister leurs parents. Tel est le deuxième aspect du IV® commandement. Au point de vue de l'éthique pure c'est pour eux un devoir strict de reconnaissance ; au point de vue familial c'est leur intérêt. Ce l'est aussi au point de vue philosophique et médical.
C'est honorer ses parents que de ne pas vouloir s'élever tellement au-dessus d'eux qu'il semble qu'il n'y a plus aucun lien entre le père et le fils ; c'est aussi sauvegarder son intérêt immédiat et même de demain.
Toute ascension dans la hiérarchie sociale s'opère soit par accumulation, soit par tension du mérite héréditaire.
(1) Les enfants doivent se garder de chercher ii modifier les habitudes de leurs parents. Ces habitudes leur sont nécessaires au physique comme au moral, ear ù un ct rtain Age on ue s'adapte plus. L'état anatomique et chimique de lorganisme le montre clairement Quand l'être humain a atteint un certain Age. en effet, sa vitalité est diminuée, il fait face péniblement aux dépenses, il réagit peu, donc, tout changement dhabitudes quelcomiues est dangereux et peut amener le marasme suivi de la mort.
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L'accumulation héréditaire se fait petit à petit, progressivement. D'une génération à l'autre, les familles destinées à gravir les sommets s'affinent tant au point de vue moral qu'au point de vue intellectuel. Leur capital psychique s'accroît avec leur capital mobilier ou immobilier. Telle est la marche normale. Les familles qui ont ainsi mis le temps pour arriver ont le temps pour elles et durent. Seule, une saine ambition, génératrice d'énergie et de vertu, les anime.
Dans d'autres cas il se produit chez an individu donné, sous l'action d'une influence difficile à saisir, un désir d'arriver vite, de franchir à lui tout seul toutes les étapes. Le désir se réalise par une tension énorme de toutes les énergies intellectuelles et morales transmises par les parents et qui étaient le capital de la race. Il se produit une décharge brusque de potentiel. Le phénomène consommé, il ne reste plus rien. L'individu atteindra peut-être le sommet de richesse, de science, de pouvoir, d'honneurs convoité, mais bien rarement il laissera après lui un continuateur de son œuvre. Sa race s'éteindra dans la dégénérescence et la misère. Lui-même d'ailleurs sera une proie facile pour la maladie pour laquelle il sera un terrain propice. L'étude de l'histoire déchiffrée à la lumière de la clinique permet d'arriver à cette conclusion.
Mais, sans aller planer sur les hauteurs, on trouve
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la justification médicale du IV^ commaudement dans la vie de tous les jours. Lindividu qui ne rend pas à ses parents le respect et les soins qu'il leur doit, par ce seul fait désorganise sa famille, car il en brise le lien. Il se prépare à lui-môme un lendemain où il aura à souffrir de ses propres enfants plus qu'il n'a fait souffrir à ses parents et, en attendant, comme conséquence du manque dharmonie familiale dont il est ainsi la cause, le désordre s'assied à son foyer. La sécurité et la paix en sont bannies. Il n'a plus à espérer qu'une défense précaire contre la maladie. Il se prépare une vieillesse remplie de tristesse et une mort prématurée. Il est l'artisan de la destruction de sa famille dont les jeunes membres s'éparpilleront et, privés du solide appui de la tradition dune famille saine, auront à recréer leur famille. Or, qui ne sait combien pénible, combien aléatoire, combien riche en tristesse et en mécomptes est l'œuvre de celui qui crée de nouveau. Celui qui revient souffre davantage encore et peine beaucoup plus que celui qui parvient. Tout cela est un faisceau, générateur fécond de maladies diverses, amenant une vieillesse et une mort anticipées. La cause première en est Tancétre qui. méconnaissant la loi directrice de la famille, n'a pas rendu à ses parents à lui ce qui leur était dû en respect, soins et justice.
L'histoire nous dit qu'à Sjiarte et ii Rome la grandeur de ces deux répubUques coïncida avec l'époque
OÙ les vieillards jouissaient du respect unanime, où les droits du père de famille étaient sacrés. C'était aussi une époque d'austère vertu, mais la vertu est bien chagrine, pensent beaucoup de gens I La littérature contemporaine prétend qu'elle se niche dans les rides et cela uniquement par impuissance...
Pour obéir au IV® commandement, le maître doit aide et protection à son serviteur. Il ne doit pas le surmener en exigeant de lui un travail excessif mettant sa santé en danger. D'autre part, le serviteur doit le respect à son maître. Ils doivent se considérer les uns les autres comme les membres d'une même famille.
La pratique des devoirs réciproques exigés par l'observation du IV° commandement combat l'égoïsme, conséquence d'un amour excessif et mal compris de soi-même dans l'espérance d'obtenir une plus grande somme de bonheur. Or, l'observation quotidienne le démontre, l'égoïste a toujours en lui la sensation d'un vide immense. Il lui manque sans
ccase quelque chose. Pour remplir le vide qui est en son cœur il se livre au vice, depuis celui de l'avarice stupide jusqu'à la prodigalité folle destinée à la satisfaction de tous les stupres. Il lui reste à la fin le dégoût, la tristesse, l'ennui, la mélancolie sans compter les diverses maladies mentales qui en sont les filles et les affections organiques provenant de ses débordements de gourmandise, d'envie, de paresse, de luxure et de colère.