VIII. Faux témoignage ne diras Ni mentiras aucunement
Le mentir me semble encore plus laid que la paillardise.
MOHTAIGHB.
Tout se raccommode en ce monde excepté la conscience quand elle est fêlée.
Le mensonge peut être la conséquence d'un excès d'égoïsme, forme inférieure morale, ou bien d'un état de subconscience. Dans le premier cas il est punissable, dans le second il est un symptôme morbide, c'est une névrose : la mythomanie.
Quand on se trouve en présence d'un menteur on est autorisé à se demander si le mensonge a été provoqué par l'intérêt personnel du menteur. S'il en est ainsi, on se trouve en présence d'un individu qui peut être un amoral ou bien un immoral. Il est un amoral s'il ne se rend pas compte de ce qu'il y a d'odieux et de répugnant dans son acte. Cette amoralité est généralement un symptôme de ce que les psychiatres
RELIGION ET MEDECIME
appellent la moral ijisaniUj. Il est un immoral si, se rendant compte de la faute commise, il la commet quand même. Sur le premier toutes les leçons de la morale et de la religion n'ont aucune influence : le remords est une chose inconnue pour lui. Ce sont les amoraux qui constituent l'armée des récidivistes que rien ne corrige. Ils doivent leur tare à l'hérédité morbide. Ils sont fils d'alcooliques, d'épileptiques, etc. Les immoraux, au contraire, connaissent le remords et peuvent s'amender sous l'influence des règles religieuses et morales.
Amoraux et immoraux sont conscients de leurs actes mais d'une façon différente. Chez les premiers la conscience est incomplète, car leur Moi est incomplet. Chez les seconds elle est complète. Chez les uns et les autres, cependant, le mensonge peut ôtre provoqué par l'intérêt personnel. L'un et l'autre raisonnant avec justesse et logique ne mentiront que par nécessité. L'amoral trouvera cela tout naturel, l'immoral en souffrira mais le fera tout de même.
Les enfants sont des amoraux partiels parce que chez eux la conscience n'est pas complètement développée. C'est le rôle de l'éducation d'en favoriser le développement normal. Voilà pourquoi les enfants sont menteurs.
Beaucoup de jeunes filles, de femmes et même d'hommes mentent à tout bout de champ, sans rai-
son bien souvent. Ils mentent de bonne foi, croyant vraies les histoires qu'ils inventent.
Il faut observer si cette habitude est, chez eux, un état continuel ou un état transitoire. Si c'est à l'état continuel, on est sans aucun doute en présence d'une névrosée, d'une vaporeuse, d'une ou d'un hystérique. Si c'est à l'état transitoire, on se trouve encore en présence d'une névrose, mais d'une origine sellant généralement aux ennuis périodiques du sexe.
Il est inutile en présence de ces cas de faire des remontrances directes et des sermons. Il est mieux d'agir par suggestion et aussi d'amender le terrain, c'est-à-dire de soigner soit la névrose, soit les causes des irrégularités menstruelles.
Alors que la moral insanity est incurable, ici on peut triompher et ramener ces sujets à la normale par une hygiène appropriée qui doit commencer dès l'enfance. C'est l'hygiène indiquée pour l'élevage des enfants dont on veut neutraliser une hérédité nerveuse chargée. Elle donne d'excellents résultats quand elle est bien conduite et que les prescriptions en sont suivies avec persévérance.
Ces cas-là ressortissent de l'éducation morale qui discipline la volonté et donne la maîtrise de soi. Leur traitement hygiénique et moral doit être appliqué d'urgence dès que le diagnostic est établi car, si on laisse s'établir la névrose, plus tard c'est une grosse affaire et on peut échouer. En outre, on évite à ces
malades et à leur entourage tous les désagrémeuts sociaux qui peuvent résulter de leur impulsion au mensonge, à la société et à la famille les conflits que cela peut faire surgir. Il faut dans tous ces cas se souvenir de la triste affaire La Roncière rapportée dans tous les traités de Médecine Légale.
A un point de vue plus concret nous pourrions ajouter que l'immoral qui ment parce qu'il le veut bien, par esprit de lucre, est dans certains cas un danger pour la sanlé des individus et des familles. C'est le cas des avariés divers qui se marient en cachant leur avarie, c'est encore le cas des marchands de produits alimentaires qui mentent sur la qualité des substances vendues.
IX. L'œuvre de la chair ne désireras Qu'en mariage seulement.
L'u9ag;e et l'intérest du mariage touche notre race, au loing par delà nous.
MONTAIGTTB.
La Chroniqtie médicale Vit naguère une enquête sur le fruit et nous lisons dans le numéro du 15 juin 1906 de cette revue, p. 394, les lignes suivantes :
« Il existe entre la nature et la civilisation, un conflit permanent, intéressant au plus haut point lavenir de la race. La Nature donne à l'homme, dès l'âge de l'adolescence, avec les facultés de la reproduction, le besoin créateur ; et la Société, en dressant la barrière de ses mœurs et de ses complications matérielles, s'oppose à ce que l'instinct d'amour soit satisfait avant le moment social du mariage. »
Il semble, à voir ce qui se passe autour de nous, que ce moment social soit retardé de plus en plus. Cependant il n'est pas mauvais que cet acte si important n'ait pas lieu à un âge trop avancé ou bien à un
âge trop tendre. Dans l'un et dans l'autre cas son but naturel est entravé.
Trop jeunes, les parents s'épuisent, trop vieux ils sont stériles. Mais comme la satisfaction de la « faim sexuelle » est légitime, on doit, dans certains cas, se marier de bonne heure, quitte à suivre une discipline hygiénique particulière à chaque cas. On ne peut, cependant, que fixer approximativement l'âge le plus favorable pour le mariage. On Ta fixé entre 21 et 2o ans pour les jeunes filles, 25 à 30 ans et même 37 ans, d'après les lois de Sparte, pour les hommes. Ces Ages moyens sont purement indicatifs et l'on doit tenir compte des diversités individuelles qui font beaucoup varier les données du problème.
Comme on le voit d'après ce qui précède, il s'écoule un certain nombre d'années entre le jour où l'adolescent est apte à procréer et celui où, développé complètement, il est apte au mariage et, a forliovi, celui où il se mariera, étant données les entraves individuelles, familiales et sociales diverses qu'on résume dans le mot de « convenances ».
Ici se pose, logiquement, la question de savoir si les jeunes gens doivent et peuvent rester chastes jusqu'à ce moment solennel.
Il est hors de doute qu'ils le doivent, la jeune fille pour plusieurs raisons physiologiques et pathologiques, le jeune homme pour des raisons d'ordre purement pathologique, malgré qu'en France on ait une
tendance très accentuée à se moquer des a chérubins ». Au point de vue moral l'obligation est égale pour les deux sexes.
La jeune fille doit rester chaste et vierge parce que « c'est toujours à l'homme à qui elle a sacrifié sa virginité qu'iront ses secrètes pensées » (1).
C'est là un point de vue moral qui a bien son importance. Elle doit le rester encore par crainte de la petite avarie (blennorrhagie) plus grave et plus tenace chez elle que chez l'homme et de la grande avarie (syphihs), mais aussi, surtout, à cause des phénomènes connus sous le nom de télégonie dont son organisme est le siège lorsqu'il s'expose à certaines situations. On neutralise et on guérit, en tout cas on peut dépister les avaries, tandis que cela est impossible pour la télégonie, c'est-à-dire pour le phénomène qui consiste dans l'imprégnation de tout l'être delà femelle, tant physique que moral, par le mâle. C'est là un phénomène d'observation courante dans le monde des éleveurs et c'est un phénomène fort grave dans ses conséquences. La mère, en effet, a la plus grosse part de l'hérédité. Le père ne donne que le dynamisme, la chiquenaude nécessaire pour faire commencer l'évolution de l'ovule qui d'ovule est ainsi élevé à la dignité biologique d'œuf .
En outre, s'il naît un enfant de son amour, cet
(1) PoL DE SaiwtMerry, La /femme, p. 52.
enfanl viendra dans de mauvaises conditions — quand il viendra — et sera généralement voué à la misère physique et morale. Il est vrai que. parfois, ces enfants sont les plus beaux, s'ils sont le fruit d'un amour réciproque intense (1).
Or, en cas de télégonie, comme en cas de naissance hors mariage, l'enfant aura une hérédité qui ne correspond pas à celle de son père légitime et légal dans le premier cas et qui est quelquefois défavorable dans le second cas. « Tout ce que la Nature fait acquérir ou perdre aux iudividus, a dit Lamarck, est conservé pour l'hérédité. >
La meilleure hérédité est celle qui est la conséquence de l'amour, c'est-à-dire du choix, et cela est très important dans le mariage.
Le jeune homme ne parait pas avoir à craindre les phénomènes télégonique moraux ou physiques mais il peut s'avarier, s'épuiser, se vieillir avant l'heure et n'être ainsi qu'un mauvais procréateur en même temps qu'un danger pour l'épouse.
Peuvent-ils conserver leur chasteté l'un et l'autre, c'est-à-dire conserver l'intégrité et la pureté du corps sans inconvénient ?
On a dit que la continence provoque parfois des habitudes néfastes, des perversions, des troubles nerveux. C'est là une affirmation exacte dans certains
1 Th. UiBCT, V hérédité psych., p. 175.
cas bien établis d'ailleurs par l'observation, mais il s'agit, dans les observations mises en avant d'individus tarés, dégénérés, pour lesquels une hygiène et une discipline morale et physique spéciales, sont nécessaires. En effet, la continence nécessite un effort continuel de la volonté, effort qui ne peut être le fait que d'une individualité normale. Mais cet effort est possible et sa conséquence, la chasteté, présente même divers avantages.
La chasteté est possible par l'accoutumance physique et psychique, par la substitution d'un amour soit intellectuel : littéraireou scientifique,soitspirituel : amour de Dieu, à l'amour ordinaire. C'est pour cela que dans les ordres religieux le règlementordonnel'oraison fréquente et l'amour de la Divinité et fait une obligation du travail intellectuel ou manuel. Le travail est un puissant dérivatif, c'est même le plus puissant de tous, voilà pourquoi les hommes qui sont dans le célibat et qui veulent rester chastes se vouent au labeur constant et arrivent à posséder une force, une puissance de travail énormes.
L'exemple de certaines nations est là pour nous en donner la preuve. Ainsi, d'après M. Herper, il y aurait 70 0/0 de chastes aux Etats-Unis, les 30 0/0 de non chastes étant des oisifs. Or, on associe toujours ce pays- là à l'idée de vie intense.
Le sentiment du devoir est un grand appui et l'on a l'exemple d'hommes de 30 ans restés chastes sans
RFJ.iniON ET MÉf>En>'F 75
oser le dire, tandis que les autres se vantent de leur incontinence D'ailleurs les organes de la génération ne sont complètement développés qu'à 25 ans et leur inexercice ne les neutralise pas. Inexercés, ils sont, comme nous l'avons dit dans un autre chapitre, dans un état analogue à celui des muscles inexercés auxquels un peu d'entraînement redonne vite leur ampleur normale et fait de nouveau apparaître leur énergie latente virtuelle.
Les chevaux de course restent ahstinents jusqu'à rage de 4 à .'j ans sans inconvénient et il faut ajouter que l'animal est chaste, sauf dans les périodes très courtes où il est emporté par la loi de l'espèce. C'est peut être là, a-t-on fait remarquer, une cause de sa longévité relative plus grande que celie de l'homme.
Disons encore que la chasteté n'a pas d'inconvénients sérieux (1) et avec le D"" Raoult (de Vernon) qu'il n'y as pas de « pathologie de la continence •>. Pour conclure, citons une phrase qui doit avoir une grande valeur. C'est le vceu d'un Congrès de médecins. Le voici : « Il faut enseigner à la jeunesse masculine que non seulement la chasteté et la continence ne sont pas nuisihles, mais encore que ces vertus sont des plus recommandahles au point de vue purement médical et hygiénique « (2).
(l) Férb, L'instinct sexuel.
'2) Vœu adopté à runaaimité par la Conférence internajionale de prophylaxie sani'aire et morale. Congrès de
La chasteté présente même certains avantages chez les jeunes gens. Grâce à elle le développement se fait normalement et sainement, car il n'y a pas d'épuisement par un usage prématuré et, plus tard, les chastes sont plus aptes à procréer de beaux enfants. Il est d'observation courante que les animaux trop jeunes donnent des produits inférieurs, petits. Elle favorise l'évolution complète des organes de la génération qui n'arrivent, comme nous l'avons déjà dit, à maturité qu'à vingt-cinq ans. De plus, ces organes étant des organes à sécrétion interne, tonique, cette tonicité n'est pas perdue.
Tel est l'exposé de cette question si controversée dont nous avons emprunté la plupart des éléments à l'enquête de la Chronique médicale. Par conséquent, au point de vue médical, le IX^ commandement est légitime, son observation est possible et présente même de nombreux avantages. Il y a accord entre la foi et la science.
Nous n'avons pas à parler ici du célibat tel qu'il a été envisagé par les théologiens (1).
Bruxelles du 1-6 sept. 1902 — et signé par 150 sommités médicales.
(1) Concile de Trente, Sess. XXIV, Can. 10.