VII. — La paresse
L'homme qui demande qu'on le porte, ne vaut pas la peine d'être porté.
ROOBEVELT.
Les bons mouvements ne sont rien s'ils ne deviennent de bonnes actions.
J. JOI'BBBT.
u La paresse est un amour excessif du repos qui fait que nous manquons à nos devoirs, ou que nous les remplissons avec négligence > (1). La vigilance est sa vertu opposée.
La paresse est très souvent la conséquence de la constitution lymphatique, delarthritisme héréditaire, selon les idées du D"" Laumonier. Alors elle est le résultat d'une insuffisance fonctionnelle. Dans ce cas elle ne peut être une faute, mais est une infirmité qu'il est nécessaire de faire disparaître. On y arrive en luttant contre le lymphatisme, contre la faiblesse générale de l'organisme (2). contre l'arthritisme, contre
;l; Dét. du Cat.
(2j Lire à ce sujet : D"" H. Buuchoh, « La Diététique dans la
les dyspepsies gastro-intestinales, contre l'auto-intoxication.
Très souvent aussi elle est provoquée par de mauvaises habitudes. Il faut les corriger par un effort de la volonté. Ayez du zèle et non de la paresse (1). Sois vigilant, affermis le reste (2). Malheureusement, les paresseux ne veulent pas se corriger. Ils préfèrent croupir dans leur indolence qu'ils jugent être l'expression d'une vie parfaite. A quoi bon, disent-ils, et ils en restent là, car ils se croient plus sages que sept hommes (3),
A quoi bon ?
L'Ecriture leur répond : La paresse fait tomber dans l'assoupissement; et l'âme lâche languira de faim (4) ; le chemin du paresseux est une haie d'épines (5) ; les désirs du paresseux le tuent (6) car il ne peut les satisfaire.
La Médecine vient et affirme à son tour que mille maladies sont le fruit de l'oisiveté qui, de la sorte, conduit prématurément au tombeau. La mollesse et
paresse des enfants. )^ {Corr.Méd. 31 juillet 1909) et D^" Olès, « Comment il faut traiter les petits paresseux » ; La femme du médecin, édition du Journal de la santé, septembre 1909, p. 88).
(1) Rom. 12, 11.
(2) Apoc. 3, 2.
(3) Prov. XXVI, 16.
(4) Prov. 19, 15.
(5) ProY, 15, 19.
(6) Prov. 21, 25.
l'indolence, a ditCelse (1), diminuent la durée de la vie, car elles sont cause de maladies.
La paresse engendre la saleté et la poltronnerie. C'est un fait d'expérience. Or, à leur tour, la saleté et la poltronnerie donnent naissance à une infinité d'affections souvent mortelles.
Autre fait d'observation encore. Qui n'a pas remarqué combien peu de fonctionnaires ou de commerçants arrivent à l'heure si désirée de la retraite. Quand ils arrivent à posséder ce repos, objet de leur ambition, ils ne tardent pas à devenir malades et à mourir. Leur organisme manque non seulement d'une grande partie de son tonique ordinaire, l'activité et l'énergie nerveuses dont la production était provoquée par les besoins du travail de chaque jour, mais encore il est déprimé par l'ennui.
« C'est dans les trois années qui suivent leur prise de retraite que la plupart des fonctionnaires, des commerçants et des militaires meurent le plus » (2).
11 leur manque un régulateur de la tension nerveuse. Le travail est ce régulateur.
Beaucoup craignent de s'user en travaillant, ils craignent le surmenage. Qu'ils se rassurent. Ils puiseront dans le travail un surplus de santé et de vie.
« Il semble, a écrit le D"" Maurice de Fleury, que
Il Celsb, De lie Medica, chai), i.
(2) La médecine française, 29 oct. 1908, « Le Surmenage.
les véritables laborieux, les travailleurs qui ne s'arrêtent pas, aient une existence plus longue que les oisifs. Tous ceux qui, en art, en littérature, en industrie, en commerce, donnèrent le plus de leur personne meurent à un âge au-dessus de la moyenne. »
Donc, qu'ils travaillent, qu'ils secouent leur indolence ceux qui veulent, je ne dirai pas arriver au succès, mais seulement avoir une vie longue et une santé florissante.
Pour cela, il leur suffit de vouloir. Mais il ne faut pas confondre faire semblant de vouloir avec vouloir.
Conclusion
Si le coq^s appelait l'àme en justice, il la convaincrait aisément de mauvaise administration.
DiOGÈ.IR.
Le sujet que nous venons d'esquisser n'est pas nouveau. Déjà, dans une de ses odes, dédiée aux Romains, Horace (1) avait signalé les méfaits des vices divers, de la luxure, de l'ivrognerie et leurs conséquences funestes sur l'individu et sur la race. Le poète latin déclare qu'il faut les fuir, car les enfants supportent le poids des fautes de leurs ascendants, et il conclut, en demandant à ses contemporains de reprendre les liabitudes austères de l'ancienne vie de famille, si simple et si réconfortante.
C'est là un conseil excellent qui a l'avantage de procurer à la fois la santé et la longévité avec les bienfaits de la liberté morale et physique, ce qui, dans son ensemble, constitue le bonheur. Or, la principale préoccupation do l'homme n'est-elle pas la recherche
(l;HoaACB, livre III. Ode VI. Ad. Romano*.
et l'acquisition du bonheur ? Mais pour l'avoir il est une condition. Son âme doit être assez forte, sa volonté assez tenace, pour, lorsqu'il en connaît le danger, se dégager de l'étreinte des sept péchés capitaux. Son caractère devra être assez ferme pour lui donner le courage de fermer son cœur aux passions qui le ballotent, pour refuser son corps aux voluptés qui le souillent, pour détacher son esprit des liens des préjugés, de l'ignorance, de l'illogisme, delà peur et du «panurgisme ». Que le lecteur me pardonne ce dernier mot. Mais il exprime bien ma pensée. Il la résume. Des maux innombrables seraient évités, en effet, si chaque homme, instruit des vérités essentielles, des axiomes nécessaires, raisonnait par lui-même, apprenait à penser par lui et se décidaiten mûre connaissance de cause sans écouter les suggestions néfastes d'un entourage ignorant et parfois imprégné de malignité. Il se convaincrait alors qu'il est de son intérêt strict de pratiquer toutes les vertus, de fuir tous les vices (1). Nous passions et nos besoins, voilà nos vrais tyrans. On devrait donc toujours être simple et vertueux, ne fut-ce que par amour de l'indépendance (2).
Pour nous, nous nous estimerions heureux si, après la lecture de cette étude succincîe, le lecteur faisait sienne l'idée prof onde incluse sous le voile léger d'une
(1) Romains, xiii, 13.
(2) M°ie Agkbrmari».
RELIGION ET 3lÉDECi>E i57
phrase d'Olympiodore qui nous assure que, selon Platon, la vertu doit être recherchée pour elle-même et parce qu'elle convient à notre nature et cette maxime d'Epicure que le plaisir naturel est plein de retenue.
RELIGION KT MEDECIiNE
Même aux époques d'incrédulité, la religion demeure la plus énergique de toutes les forces morales ; non seulement elle domine les circonstances les plus importantes de la vie, mais la réalisation de ses préceptes lui subordonne tous les détails de la vie de chaque homme • dès lors elle investit Ihygiène comme elle absorbe la psychologie,
MicbilLbvt, Hygiène, t. II, p. 731.
' Considérations générales
L'avenir verra Talliance du sentiment qui crée l'enthousiame et de la raison qui découvre la vérité.
La religion chrétienne et catholique admet certaines vérités qui sont le pivot sur lequel elle repose. Ces vérités peuvent se résumer dans la charité, contraire de l'égoïsme, renoncement et oubli de soi, amour de Dieu et du prochain. Leur ensemble constitue le dogme de la charité.
Le dogme est constitué par une vérité définitive. Le dogme est fixe et sa fixité constitue une base solide pour une morale certaine et définitive comme lui.
C'est précisément ce caractère de fixité qui lui donne sa valeur médicale et en fait ua auxiliaire puissant du médecin dans l'éducation des dégénérés divers dont on veut non seulement modifier, mais encore neutraliser l'hérédité morbide, ce qui est chose possible, comme l'affirme KrafftEbing, à condition de s'y prendre assez tôt, c'est-à-dire dès l'enfance : Hygiène rationnelle, discipline intellectuelle et morale
rigoureuse étant les deux termes de la méthode à employer.
Chez l'adulte, la fixité du dogme c paraît diminuer, pour les catholiques, les chances de foHe ». D'après Halloran, à l'asile de Cork, en Irlande, « le nombre des fous cathohques est aux réformés, comme 1 est à 10 ». En Prusse et en Bavière leur nombre serait comme 1 est à 3. En Wurtemberg, en Autriche, en Hongrie il en serait de même. Seule, la statistique concernant la Transylvanie donnerait une conclusion différente (1).
La morale chrétienne concerne l'individu, la famille, la société auxquels elle donne des lois et des préceptes répondant à toutes les nécessités possibles.
En étudiant les commandements de Dieu et de l'Eglise, les 3 vertus théologales et les 7 péchés capitaux considérés au point de vue médical nous avons passé ces préceptes en revue. Il ne nous parait pas utile d'y revenir.
(1) UicnthLûxY, Hygiène, t. II, p. 731.
Les Sacrements.
Connaître la vérité dogmatique et les lois morales ne serait qu'une satisfaction de dilettantisme philosophique et religieux si l'on n'en devait retirer aucun fruit. Le perfectionnement moral et physique individuel, familial et social est ce fruit-là. On ne peut le cueilHr qu'à la condition de régler sa vie, celle de sa famille et celle de la société conformément à leurs données.
Ce n'est pas là chose toujours aisée et il est bien difficile de leur obéir d'une manière constante.
Pour facihter et rendre même possible, en certains cas, cette obéissance, il est absolument nécessaire d'avoir la grâce qui s'obtient en ayant recours à certains moyens indiqués pur l'Eglise. Ces moyens sont la prière et les sacrements qui sont au nombre de sept : Le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence; l'extrèrae-onction, l'ordre et le mariage.
La prière, les sacrements et la grâce.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament.
Paul Verlaine.
Consolation ou remède, la prière a une grande place dans la vie.
Jules Siiaon,
La valeur médicale de la prière est certaine. Nous l'avons déjà exposé. Nous nous bornerons à dire que cette valeur médicale intrinsèque de la prière s'irapose à quiconque réfléchit. S'il est croyant, il admettra que les heureuses conséquences de la prière sont dues à l'action directe de Dieu dans la plupart des cas et dans quelques-uns à une autosuggestion efficace. Au regard du non croyant la prière agit uniquement par sa puissance énorme d'autosuggestion. Il porte ce jugement en se basant sur ce fait de psychologie expérimentale, sur cette observation de clinique psychiatrique, qu'à force de répéter une chose, on fmit par en être imprégné. Les névropathes sont surtout ainsi auto-influençables. Cette auto-suggestion agit
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énergiquement dans tout l'être humain : dans le domaine physique par une action directe sur les viscères et les cellules glandulaires, dans le domaine moral en mettant au jour les tendances innées propres à chaque individu, ce qui lui permet de les connaître, et, soit de les cultiver, soit de les neutraliser, selon qu'elles sont ou non conformes aux lois biologiques, religieuses, hygiéniques, sociales... etc.
La même explication peut s'appliquer aux sacrements et, pensons-nous, il est permis d'accepter, que l'on soit croyant ou non, que la grâce est l 'état du psychisme transformé soit directement par Dieu, soit uniquement par auto-suggestion si l'on veut, mais de telle manière qu'il ait la puissance, l'énergie suffisante pour se plier aux exigences des commandements et à la pratique des vertus chrétiennes.
La grâce a donc une grande influence sur l'organisme et, en examinant cette expression dans son sens profond, on peut avancer, croyons-nous, tout en étant en accord avec la plus pure doctrine scientifique médicale, qu'il n'est pas indifférent d'être en état de grâce pour la santé, puisque cet état facilite l'observation de règles qui ont une action puissante et positive sur elle.
Nous avons déjà étudié la valeur médicale de
iP)!)
RELIGION ET MEUECIN'E
l'eucharistie et de la pénitence à propos des commandements de l'Eglise. Nous n'y reviendrons pas.
Il nous paraît difficile de trouver des points de contact entre les données de la médecine et les sacrements du baptême et de la confirmation.
Toutefois, accordés à des adultes, ces deux derniers sacrements peuvent avoir une action bienfaisante par la joie sereine qu'ils procurent à qui les obtient après les avoir désirés.
Le même raisonnementpeut s appliquer à l'extrêmeonction. Nous nous sommes laissé dire que divers malades avaient vu leur état s'améliorer après l'avoir reçue. A priori, il n'y a à cela aucune impossibilité médicale. Tout au contraire. Néanmoins, à notre vif regret nous n'avons aucune donnée personnelle médicale sur ce sacrement.