LE
sophismes, renient l’idée de patrie et osent s’écrier dans leur fol aveuglement : « A bas la patrie! » En voyant les sacrifices que la patrie obtient de ceux qui l’aiment, peut-être rougiront-ils de leur blasphème et se Jjetteront-ils repentants entre les bras de la mère qu’ils trahissaient en paroles. Notre époque a mis en question bien des vérités jadis universellement reconnues. Qu’elle respecte du moins ce devoir élémentaire, qui apparaît lumineux aux âmes les plus simples! S’insurger contre l’idée de patrie, c’est commettre un parricide.
Une autre lecon ressort de cette cérémonie funèbre qui assemble dans un commun sentiment de pitié, de douleur et aussi de fierté patriotique des Français de toutes les opinions, de tous les cultes, lecon qui a été hautement proclamée ces jours-ci avec autant d’élévation dans la pensée que de noblesse dans le langage : c’est que les fils d’une même nation, qui combattent côte à côte à l'heure des grands sacrifices, qui défendent avec la même ardeur et le même héroïisme les intérêts ou l’honneur du pays, ont Le devoir de se considérer, de s'aimer, de se respecter comme
les enfants d’une seule famille. Voilà plus d’un siècle que le sang des uns et des autres se confond sur les champs de bataille; les balles de lennemi, a-t-on dit éloquemment, ne font aucune différence entre ceux qui se rattachent à des doctrines, à des confessions différentes. Au-dessus de toutes les distinctions de fortune, de rang, de croyances et d’origine, il y a l'unité sacrée de la patrie, le culte du drapeau, qui doit opérer la fusion des âmes et des volontés. De quel droit chercherait-on à séparer ce qui est uni par la nature même des choses ? Ah! mes frères, la triste et odieuse besogne que celle d’aller, avec des paroles de haine, quelquefois par simple légèreté et irréflexion, diviser des cœurs qui pourraient et devraient être unis par des liens fraternels et susciter de bruyantes discordes dont la patrie est la première à souffrir !
Mais je ne voudrais pas vous laisser, mes frères, sous l'impression de ces aflligeantes pensées. Après tout, la France n’est pas là où respire la haine, où on se menace et se défie les uns les autres, où l’on fait bon marché de la réputation de ses concitoyens comme si le
hist
bon renom de la France ne se composait pas du bon renom de chacun des Français; elle est là où on a le sentiment de ce qui est droit, vrai, juste et équitable, où l’on travaille, où l’on pense, où l’on fait avancer l’œuvre de la civilisation, du progrès moral et social, où l’on évite avec soin tout ce qui peut nuire à la considération de la patrie commune; elle est avec l'élite des cœurs et des esprits qui n’ont qu’un désir et une pensée : servir les grands intérêts du pays. Elle est surtout avec ces braves soldats qui montent la garde à nos frontières, qui veillent au maintien de l’ordre public; elle est avec ces héros qui se montrent dignes de leurs devanciers, les glorieux ouvriers de notre grandeur nationale; qui, à travers mille difficultés, combattent un contre dix soit au Tonkin, soit au Dahomey, exposés aux intempéries, aux ravages de la fièvre, au feu de l'ennemi, sans éprouver un moment de défaillance, et sacrifient leur vie simplement comme un bien qui appartient à leur pays. Honneur à eux, honneur aux chefs comme aux soldats! Quant à ceux qui ont succombé, les Crémieu-Foa, les Valabrègue, les
Oppenheim, tous ces morts glorieux dont les noms, transmis par les bulletins de victoire, ont fait battre nos cœurs de douleur et d’orgueil, donnons-leur un souvenir ému, entourons leur mémoire de notre reconnaissance durable, et surtout prions pour eux et pour ceux qui les pleurent.
ne nn