LA PROPRIÉTÉ ( J
Le dogme Saint- Simonin» embrassé par son universalité toutes les directions dans lesquelles il est donné & faction de l'homme de s'étendre, et ne laisse point I- 'activité matérielle se développer en dehors de lui; il ennoblit lindu strie , et , sanctifiant tout ce qui est de son ressort , il répand sa sanction religieuse jusque sur ces questions d'économie politique froidement délaissées jusqu'ici
(i) Ccït€ prédication a élé pronnaefo a Lyan>
h Panai y sc desséchante des légistes et des économistes, il régie harmonieusement tous les efforts, pour les faire concourir vers cette association universelle qu’il signale comme le but de tous les désirs et de toutes les affections; et le travail* ce privilège créateur donné ü P lui inanité , afin que , sc perfectionnant sans cesse* elle pût sans cesse aussi perfectionner ce globe qu’elle avait reçu pour séjour, le travail n’échappe point h l’ordre qui s’imprime sur toutes choses. La propriété et la transmission des instrument qui servent à accomplir le travail* la distribution et la répartition des jouissances qu il a créées, ne sont pi us des questions que ni Dieu ni sa religion ne connaissent * et qui sont laissées au hasard pour être à sou caprice promenées par le monde. Je sais assez de Dieu pour ne pouvoir comprendre ce que serait au monde le hasard.
Ainsi donc, lorsque nous nous présentons comme venant saisir la société dans son ensemble pour la régénérer dont entière, il est bien évident que celle affaire de propriété, qui semble si grave, et. qui, lorsque nous portons la main vers elle, fait tressa Ülîr tous ceux qui nous voient, comme ■ si c’était P arche sainte, il est bien évident que celle affaire ne nous paraît pas d’une nature si mystérieuse qu’on ne puisse l’envisager sans terreur. On dit que les SnitiL— Si moniens veulent porter atteinte à la coftstUntion de la propriété; mais , en vérité, nous voulons bien autre chose:
■\X ne venons-nous pas porter atteinte à la constitution de votre Dieu ? Rassurez-vous cependant , et écoutez-nous, car nous ne voulons pas vous tenir de ces discours qui épouvantent. Au point de vue où Saint Simon nous a élevés, nous dorai- ^ lions la société d’assez haut pour que scs actes et scs constitutions ne puissent émouvoir chez nous ni Panimositéiii la réprobation; tout ce qui s'esî fait dans le passé nous ap-
l>arail comme sagement établi , eu sou temps* pur la boule providentielle* et, vous le savez, le présent s’eue lui lue si bien nu passé, que voilà que ic moment où je vous parie est déjà loin de nous. Si , eu remontant dans l'antiquité, nous avons des paroles pour légitimer l'esclavage et nous réjouir de ce qu’un jour il fut permis à rhomme d'avoir droit de propriété sur un autre homme ï si , en venant au moyen âge , nous avons des louanges pour la servitude et des raisons pour comprendre qu3 alors il lut bon qu un homme fui propriétaire de redevances féodales; si nous avons pu apprécier la convenance des privilèges donnés aux hommes par le lait seul de leur naissance, dans tous les temps et sous toutes les formes , certes nous no .sommes pas au dépourvu pour le présent, et il nous reste bien quelque chose encore pour excuser ce privilège d’oisiveté qui assure h quelques hommes le bénéfice de vivre sans rien faire du produit des travaux d’un grand nombre d’au 1res hommes.
Oui, et c’est sans balancer que les Samt-Simonicns le , déclarent : aujourd'hui le droit de propriété est un principe utile; c’est lu seule base qui, bien que minée déjà de toutes paris, maintienne quelque reste de stabilité dans notre société toute chancelante. iNous faisons V éloge de la propriété comme nous avons laît 1 éloge de I esclavage et de la féodalité : bons dans un temps t mauvais dans un autre» Le monde change et se modifie sans relâche; les choses qui un jour furent brillantes cl belles se flétrissent, et meurent; et la propriété, si brûlante et si belle que vous puissiez la trouver, est du monde, et, comme le rcsLo* se change et se modifie sans relâche. A une époque, et soyez tranquille , celte époque n'est point encore complètement éteinte , à une époque, la propriété fut reine glorieuse; mais 3 je vous fc dis, voilà que sa gloire passe
et que son règne expire. Bénissons-la , celte divinité des temps modernes , qui seule , par son aspect imposant et les souvenirs qu'elle ralliait encore autour d’elle, a su arrêter ces hommes qui dans leur enthousiasme de nivellement voulaient balayer tout ce qui s’élevait, et anéantir tout ce qui pouvait être flétri du nom de privilège, : un vieux reste de la religion du passé, qui à leur insu séjournait encore parmi eux, leur a fait méconnaître le noble féodal, se cachant sous l’habit du bourgeois propriétaire, et Hs ont maintenu sur sa base ce privilège dominateur, debout sur lès ruines de tous les autres privilèges foulés et écrasés sous lé peuple vainqueur. Réjouissons-nous, car ces hommes n’a raient rien à dresser sur l’autel qui put commander Je respect et mainte nir l’ordre. A nous de venir et de dire qu’il est temps de s’apprêter h descendre le veau d’or; car Voici Dieu qui s’avance, et devant lui il n est plus besoin d'idole pour contenir le peuple.
Donc la question n’est pas de savoir si la propriété est aujourd’hui avantageuse au bien général : elle seule fait barrière entre l’espèce d’ordre que nous avons et l'anarchie la plus déplorable; mais il s’agit de savoir si l’ordre ne pourra pas se développer assez pour étouffer les germes d’anarchie qui croissent en dehors de lui , et s'étendre sons des auspices plus püissans que ceux de la propriété.
Autrefois il y avait un pouvoir absolu , et de sa volonlé naissait l’ordre; mais cette volonté était devenue tyrannique et pesante; on s’est lassé d’obéir en aveugles à des caprices rétrogrades, et la représentation nationale, chargée de contenir en do justes bornes l’action du gouvernement et de surveiller sou administration , est née pour nous sauver du despotisme rOyal. Or il est bien évi-
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dent que Ions I os citoyens ne pouvaient pas se lever et voir faire : cela allait pas nécessaire; et (railleurs on avait besoin d'hommes au travail, et un petit nombre de stirveïHaos suffisait; on fit donc un choix, et Ton eut les propriétaires électeurs cl propriétaires éligibles. Les ci^ loyens ne pouvaient consentir à remettre leurs personnes et leurs actes aux mains des magistrats nommés par un gouvernement tenu dans un état de suspicion légitime; il leur fallait des garanties prises parmi eux, des jurés; ce furent les propriétaires, admis aux honneurs de la liste* Il suffisait , pour les besoins de la société , qu’un nombre limité d’en fans reçut une éducation complète et bien terminée; ce n’était certes pas h notre gouvernement que pouvait appartenir le droit de choisir ceux qui seraient dignes de cette faveur : l’éducation des facultés et des collèges fut réservée aux fils des propriétaires* La terre et les capitaux, qui constituent le fonds de travail sur lequel naissent toutes les richesses de la société, pouvaient-ils être remis aux mains de nos préfets cl de nos maires , chargés d’en faire la répartition à leur libre arbitre P Une pareille organisation vous fait rire; la chose serait par trop plaisante, en effet, dans un gouvernement constitutionnel : les propriétaires furent donc les détenteurs de ces inslrttmens de travail , et h eux lut donne le droit de les luire passer dans les mains des travailleurs commis aux soins de les faire fructifier* Lvsproprihaîres sont donc , pour toutes ces choses, des fonctionnaires publics revêtus de charges importantes; et comme jusqu’ici ces charges n'ont demandé, pour être exercées [ nî grandes laii|ues ni grandes capacités , elles ont pu , sans grand dommage, se distribuer è F aventure et se répartir au hasard- Remarquons cependant qu a une époque où chaeun se plaint hautement du luxe onéreux des Iraitemens
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affectés aux fonctionnaires administrateurs , on peut trouver que les hauts fonctionnaires de In propriété sont Lien largement rétribués pour les services qu’ils rendent et la peide qu’ils se donnent de favoriser le travail en consommant scs produits.
Je crois avoir j avec une entière franchise , dépouillé la question, et montré le rôle puissant que devait remplir, et que remplît effectivement la propriété dans la constitution des sociétés au commencement du XIXe siècle. Mais celte organisation basée sur la noblesse propriétaire ne nous met vraiment pas aujourd'hui dans un étal si beau qu'il fai tic penser que Tkumanilé ait depuis six mille ans marché de révolution en révolution pour nous conduire h cet Eldorado constitutionnel, et qu’il faille, comme autrefois J os né * lever les bras vers le ciel pour arrêter la course du soleil et demander Téter nclle continuation des jours calmes et sereins qu’il verse aujourd’hui sur la France, ü propriétaires! vous tremblez rien qu’à entendre un homme crier un peu haut ce mot de propriété, et vous vous croyez heureux! Vous promenez les yeux autour de vous, et vous ne voyez que dns masses affamées, qui menacent do devenir, dévorantes, et de vous offrir , comme en Irlande , le terrible spectacle d’un peuplo changé en un attroupement ; les prolétaires, qui sont vos frères en religion, vos concitoyens en politique, se rassemblent; et vous, gens aimons et pacifiques, vous êtes réduits à vous couvrir d’armes guerrières! Oh! non* ni pour vous, ni pour ceux qui n’ont rten, ce ne peut être là le dernier terme du bonheur!
Vous ne voulez point, ïTest-ce pas, que ces limites qui barrent la société en doux camps demeurent à tout jamais, comme celle muraille Asiatique , un monument station-
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naire et indos ir^Ctibiequ’ on ne puisse franchir qu’àPesqalade; que peut' vous, si peu nombreux, soient toute la richesse, Imite V instruction f toute b moralité * et que [Jour les autres, qui par leur nombre forment comme la nation tout entière, soient à tout jamais la misère f 1* ignorance, Piiu moralité t' Une pareille distribution est par trop injuste pour que devant la justice éternelle elle puisse éler nellcnicnt subsister.
Scrnil-cc dans T intérêt des honneurs politiques, auxquels elle vous admet par le fait seul do votre naissance, que vous regretteriez celle propriété? Hélas! voyez combien c’est triste chose que de tenir aujourd'hui le pouvoir : c’est un poison amer qui ronge et décharné bien vite la popularité la plus large et la plus brillante; et, en présence dos méfiances qtJÎ bouillonnent de toutes parts, il n'esi point d'homme si fort et si trempé que celte moule mouvante de l'opinion ne Fuse et ne le dévore en un jour.
Serait-ce dans l’intérêt de votre production et de votre commerce que vous réclameriez cette propriété absolue des instrument du travail? Mais en vérité, seigneurs d'industrie, vous en avez lait des armes redoutables dont vous vous jouez entre vous, au risque devons perdre vous et ces milliers d’hommes qui travaillent sous votre commandenient; la concurrence, celle guerre h mort que vous vous livrez sans pitié , sans remords, est-elle donc si belle chose qu'on ne puisse espérer la voir disparaître uu jour , lors même qu'elle devrait emporter avec elle la propriété qui lui donne naissance?
Serait-ce dans 1 intérêt tic vos femmes et de vos en fans que vous vous cramponnez si fort Iï celle propriété, pères de famille? Maïs, je vous le demande , vos filles eï vos fils vous aimeraient' Us muins alors que sur votre mort ils n’au-
raient point à fonder <le légitimes espérances de bonheur cl de bien-être? Seriez-vous moins heureux alors que pour marier vos filles il ne tous serait pas nécessaire d’épargner assez d’or pour leur acheter un mari digne de leur qualité! Seriez-vous moins heureux alors que, sans dépenses et sans intrigues de votre part. Tétât lui-même se chargerait de donner b vos fils une éducation convenable et des places conformes b leurs goûts et à leurs capacités; alors que, rattachés par des liens sympathiques h une famille im périssable , la famille humaine , ils ne seraient exilés nulle part et trouveraient un père dans chaque chef , un frère dans chaque associé?
Oh! je vous le dis, aujourd'hui vous avez bien raison d’accumuler pièce à pièce, eLdc travailler sans repos jusque dans vos vieux jours , do ne connaître en votre vie que la peine et l’inquiétude , afin de laisser en mourant quelque chose h vos tristes enfans. Après vous, dans celte société, au milieu de laquelle vous les abandonnez, qui donc s’intéresserait à leur existence? Ils y demeurent isolés et inconnus, entourés d’étrangers dont vous leur avez longuement appris à se méfier* Oh ! que vous avez raison d’acquérir pour eux quelque fortune; vous serez au moins en mourant quelque peu tranquilles sur leur sort, lorsqu’à travers tons les orages de votre vie vous aurez eu le rare avantage d’atteindre ce but si désiré dé tous* Réjouissez-vous , car ce peu de calme qui console vos dernières douleurs est chose peu commune par le inonde; réjouissez-vous, car vous êtes bien partagés entre tous ! rappelez-vous que dans la ville la plus civilisée de Tunivers un tiers des hommes meurent dans J’ hôpital et T autre tiers sur la paille, sans laisser à leurs enfans do quoi leur donner les derniers honneurs de la sépulture du pauvre* Pensez h ceci , cor vous
pourriez vous inquiéter si vous veniez h songer à cette hideuse banqueroute, qui, semblable à la mort, promène sa faux industrielle et moissonne les tètes au hasard; vous pourriez trembler de laisser vos en fans en <T inextricables embarras dont ils ne pourraient sortir, si vous veniez à vous rappeler ce code, amas confus des querelles qu’amènent les détails de succession , et ces procès de propriété qui nourrissent b grand frais nos tribunaux et nos légistes, et éclatent dans les familles en longues discordes qui brisent ftmion*
Ohl la propriété n'est pas une si belle chose qu’il faille s’y arrêter long-temps; je n’ai parlé que de vous qui en êtes les enfans privilégiés , et n’ai rien voulu dire de vingthuit millions d’hommes qu’elle écrase, et dont elle exploite la sueur; je me suis tu sur CêS effroyables misères qui, se succédant comme une lèpre héréditaire, accablent les pères et les enfans, et en font comme une race réprouvée qui se traîne et végète en dehors de vous; j’ai voulu laisser un voile sur ce tableau qui vous eut semblé trop hideux, et peut-être vous eut fait craindre* Permettez donc à ceux qui souffrent de voir tant de plaies et tant de douleurs, tant de luttes et tant de haines, d’implorer la Providence, et de sonder son éternelle volonté * pour voir si elle a destiné les hommes à vivre toujours ainsi , se rongeant les uns les autres; permcUezdcur de reposer leurs regards, en voyant dans le passé l’humanité se perfectionnant sans cesse par l'abolition successive des privilèges de la naissance, et de chercher, sans animosité et sans passion, s’il n’est point parmi vous quelque germe qui puisse croître et aider le développement que réclament tontes les sympathies généreuses en faveur de l’immense majorité des hommes,
La question que je vais aborder est une des plus vastes
que puissent soulever ceux qui cherchent à s’élever h des considérai ions générales sur Fhümnnité; mais pour en bien sentir toute la portée il faut sentir en soi la force de sortir du cercle étroit de scs relations domestiques cl de sa politique journalière; il faut dégager sa vue des détails qui par leur proximité la préoccupent tout entière, cl la porter sur ces grandes formes des sociétés anciennes que la tradition nous représente* L/ histoire du passé est celle de F avenir ; mais c'est une langue prophétique difficile à lire et â comprendre h qui n’a point la clef providentielle des grands événetoens. Tout se trouve expliqué par celle parole révélatrice de notre maître : * Tendance vers Tassociation universelle; décroissance progressive de iexpioiLaüon de l'homme par Ihomme, pour arriver à F exploita lion directe du globe par F homme. »
Dans l'origine, les sociétés se présentent à la surface de la terre comme un amas cou fus de familles toutes isolées, toutes opposées les unes aux autres, jetées au hasard parmi les forêts , dont , avec les animaux sauvages qui les habitent au même titre, elles constituent la population. Alors liberté, liberté dans toute sou étendue; car il n’est point de loî pour Fentraver, et il n’est délimites autour de l'homme que celles que lui Lruce sa propre puissance, A ce moment tout ce qui peut tomber sou S sa dépendance, tout ce qu’il peut tenir sous sa force brutale est sa propriété, et il en use et en abuse largement : la femme qu’il a prisa, les en fans qu’elle lui a donnés, les ennemis qu’il a vaincus, tout cela est ci lui , bien à lui ; leur vie et leur mort sont dans sa main. Quant l\ la terre, c’est tout au plus si dam ce premier âge il daigne abaisser vers elle ses regards pour songer h en faire un objet de propriété; et s’il la conçoit comme grossièrement partagée en limites confuses par
fleuves et ses füoMaghtfs* c\$l que , semblable h Laig|f!j \] cm roi du gibier, et. que celte division convient h son îiulé^èndffnce de chasseur* Point de fossés et de murailles par les champs pour en faire des propriétés é h colle époque ; maïs, dans leneemle domesliqite , des êtres lui mains qui sont une propriété véritable, légitimée pnr I empire d'une force physique qui domine la leur* II est facile de concevoir comment de Peseta vago dut naître la propriété du sol , qui en est une conséquence r l’esclave, dégradé par la honte de sa délai te , incapable et indigne d’oser prétendre désormais h la gloire du travail guerrier , est relégué parmi les femmes et attaché comme elles au service domestique* Alors se déploient , dans la tranquillité forcée de la servitude, le travail pacifique et 1rs jouissances nouvelles auxquelles il donne naissance* Les animaux s’apprivoisent, et , soumis h la volonté du maître , lui apportent leur docile tribut; la terre, dans le fond des vallons, se dépouille de sa végétalien primitive, et, donnant la vie h des plantes mieux choisies, elle apporte aussi à son maître le tribut de ses fruits et de ses moissons. De ce jour l'industrie est née; cl , portant en elle l'avenir de l'humanité, elle marche, enlevant chaque jour h l’homme quelque chose de sa férocité primitive; Fappelant a aimer lu paix pour y goûter eu toute liberté les Liens que lui fournil sa propriété in a il î niée , mise en mouvement par sa propriété vivante; adoucissant ses mœurs, développant ses sympathies; l’envoyant encore h la guerre, non plus pour y dévorer sort ennemi vaincu, mais pour s’emparer fie ses richesses, en faire sa propriété légitime , ( car , dans la législation de celte époque, c’esl I h. un des modes en usage pour acquérir la propriété), s’emparer de sa personne, en faire son esclave.
sa chose , sa propriété; car, clans les usages de cette épocpie , regarder un homme comme un objet do propriété est une idée toute simple et toute naturelle. Sous la protection du maître et de ses fils le nombre des hommes agrégés autour d’un même centre s'accroît et augmente ie cercle de la famille patriarcale; l'appétit de richesses qu'une propriété restreinte ne peut leur fournir directement les met en relation d'amitié et d'échange avec d'autres réunions d’hommes qui semblaient devoir leur demeurer éternellement inconnues et étrangères; et, de cette source de l'esclavage, si odieuse aujourd’hui j naissent ces deux modes d'action si nobles et si vastes dans la vie de T humanité : Y industrie , le eommurce.
Je ne me lèverai doue point comme Jean- Jacques , pour dire : « Le premier qui , ayant clos un terrain , s’avisa de dire : Ceci est à moi , et trouva des hommes assez simples pour le croire, a assumé sur sa tête la responsabilité de tous les crimes et de toutes les horreurs qui ont souillé te genre humain; a mais je dirai: <* Cet homme a bien mérité de T huma ni Lé , car lui aussi a été pour elle un grand révélateur; et, en établissant pour sa famille la première limite, il a préparé le jour oti il ne sera besoin d’autres limites que celles du globe , parce que l'humanité ne sera qu’une seule famille, et la terre qu’un seul champ. »
La liberté absolue de Faire de tontes choses propriété , et d’user de cette propriété dans toute l'étendue donnée au caprice et li la Fantaisie , sc modifie du jour ou le centre de l’association s’étendant, assez d'hommes se rapprochent pour qu’une cité, une nation, prennent naissance. De ce jour quelques lois s’établissent, et il n’est plus , comme autrefois , loisible à l'homme fort de s’approprier par le droit
de la force la personne et là richesse de son voisin plus faible, Cest une première atteinte portée par la législation à la constitution de ta propriété. l>n reste ce tj® constitution demeure fort large* et laisse debrîllantes prérogatives au droit du propriétaire ; il peut à sa guise laisser su Lcrre inculte , briser sa charrue, tuer son esclave; ni la loi ni la morale du temps 11e le réprouvent. Des philosophes respectables engagent les jeunes propriétaires à préluder au* jeux cle lu guerre eu chassant les ilotes, prolétaires de Sparte, devenus trop nombreux; et les vieux Romains, classiques mmm de ta liberté et cle lu république , régna ni en despotes sur des milliers de serviteurs , les confondent avec leur bétail dans leurs trailemens et leurs arrêts de mort. Rien ne parait plus naturel et plus simple , dans les idées reçues à celte époque* que d’acheter un champ , et, pour le cultiver , des hommes nés d’une famille esclave, et condamnés par te fait de leur naissance h travailler sans être maîtres du produit de leur travail; rien cle plus naturel et de plus simple, que d'épargner* afin de laisser en mourant à ses en! ans assez descinves pour que leur subsistance suit assurée et leur vie tranquille. Au reste * alors il n’existe point encore de tyrannique législation qui impose h un homme T obligation de laisser après sa mort son bien h sa famille : les hommes* les bestiaux, les champs, sont propriété absolue , et on en dispose avec entière liberté.
Or, si dans le sénat de Rome , devant les patriciens , ou même dans le Forum , devant les plébéiens, des gens étaient venus et avaient dit : a Par le fait de la constitution actuelle de la propriété , l'immense majorité des hommes souffre, parce que leur travail sert h nourrir des hommes qui , par le privilège de leur naissance , prélèvent sur ce travail, auquel ils n’ont point contribué, une trop
large part. La société marche vers une répartition plus juste et plus équitable des richesses qu’elle produit : bientôt il ne sera plus donné à un particulier d’être propriétaire d’un esclave, n Je vous le demande , qu’auraient dît les propriétaires de cette époque? « Gomment? mais de tout temps les esclaves ont été faits pour être des propriétés particulières 1 La société pourrait-elle subsister s'Ü n’y avait pas des gens faits par la nature de leur naissance pour cultiver nos champs et manœuvrer nos usines , pendant que nous délibérons sur les affaires publiques ? NTai-je point reçu mes esclaves de mon père? ne les ai -je point achetés du prix de mes économies? Serai- je condamné fr ma u r i r sa n s ass u re r l’a v en i r de mes e n fa ns? Que vc 1 1 le n t donc ces novateurs ? s
Ce qu’ils voulaient ces novateurs, c’était F affranchissement des esclaves qui déjè commençaient h se lasser du métier qu'on leur faisait faire; ce qu'ils voulaient* c’était b progrès que réclamait la marche de Flmmamlé qui va adoucissant sans cesse les inégalités de la naissance; et ce qu'ils voulaient ces novateurs , ils Foi tinrent , et Fiiumani té reconnaissante leur témoigna sa gratitude par des honneurs divins, Los travailleurs furent délivrés d’une partie de leurs fers, on leur rendit une meilleure part dans le produit rie leur industrie, et il ne fut plus permis h un homme d’acheter un esclave et d’en transmettre i ses enfans la légitime propriété. Ce fut là une atteinte fort rcmartjuabte à ta constitut ion de la propriété.
Avec ce changement apporté au droit de propriété , naquit uu ordre social tout nouveau , moralement et matériellement bien différent de celui qui Lavait précédé. Ceux qui par leur naissance étaient condamnés au travail n’étaient plus des esclaves ? mais des serfs / attachés , non k la
personne de leur maître, maïs au champ pour la culture dut|rtel Us étaient nés , et dans la moisson duquel une pari leur A tait réservée. Le seigneur n’était plus propriétaire de la vie descs travailleurs, niais propriétaire d’une partie de leurs Iravaux? el ces redevances féodales formaient , comme la terre sur laquelle on les percevait, monnaie courante et propriété h alu relie à acquérir et à transmettre. Du reste, quelque chose semblait légitimer ces droits du seigneur sur la richesse que produisaient les paysans de scs domaines* À celte époque , le propriétaire ne vivait pas dans le repos et le luxe , tranquille dans sou salon de ville , ne sachant rien de ces hommes qui versaient pour lui leur sueur , ne connaissant de sa terre que le nom el le litre notarié* Quand venait quelque troupe de bandits et de pillards, chose commune en ces temps de désordre et tle brigandage, le seigneur, au lieu dTUne cravache, prenait en main sa bonne épée, et , suivi des gens de sa maison , qui pour livrée portaient alors des cuirasses de fer. il marchait h rennemi et protégeait ses vassaux* (Tétait là un service qui valait bien quelques fermages , et il y avait échange de travaux entre les deux parties* C’était Ih une charge que la législation de l’époque imposait à la propriété , et qui ne Peut remplie eût été déclaré félon , déloyal eL indigne du privilège de noblesse* La législation s'était même dès lors immiscée bien plus avant dans le ré glement de la propriété; car elle était venue ü en régler la transmission* Comme il convenait à la société que ces centres de puissance féodale demeurassent intacts et n* allassent point en s’affaiblissant par un partage héréditaire, elle prescrivait au père de laisser son fils aîné tout son bien; el blessant tout ce qu’au jûurd’hui vous appelez des sympathies naturelles, elle privait tous les autres etifans’du droit de succession. Alors cependant les pères et les mères.
les aînés et les cadets, trouvaient la chose toute juste , car elle était; dans la morale et dans les besoins sociaux de l’époque.
Peu h peu la civilisation étendit ses bienfaits ; la guerre intestine cessa de se faire de village k village, de province a province; les travailleurs pacifiques , plus tranquilles , s'affranchissaient, et quittant l'abri désormais inutile du château féodal, se formaient en communes et étendaient par la France leur corps vaste et puissant; les redevances et las droits seigneuriaux allaient s'affaiblissant; chaque jour tombait quelque fleuron de la couronne des comtes et des barons, et les vilains, devenus bourgeois , se divisaient sur le fruit de leurs épargnes la propriété du sol enlevée pièce h pièce à leurs anciens maîtres ; les derniers paysans en étaient venus à voir que les seigneurs ne leur rendant plus aucun service, il n’était pas de raison pour qu’ils leur fussent encore en rien soumis, et qu’eux aussi devaient être libres de leur personne. Alors parut la révolution française» qui se leva , prétendant abolir tous les privilèges de la naissance et rendre tous les hommes égaux. C’était beaucoup 1 ! Enfin, elle acheva de briser la féodalité, restreignit do nouveau le cercle dans lequel pouvait s’étendre la propriété de l’ homme, déclara qu’il n’était plus permis ni d’acheter, ni de posséder, ni de transmettre des redevances féodales ou des commamlemens militaires; et afin de diviser plus promptement la fortune pour marcher â l'égalité , obligea par sa loi, le père à partager son bien entre tous ses en fan s* Ce fui encore là une notable atteinte à ta -constitution de ta propriété ! Et de ceLle atteinte est née la France constitutionnelle*
Or, je dis que ce fait de propriété , de privilège , attribué k un homme par le fait de sa naissance , et dont nous avons
vu l’origine remonter au temps des sociétés sauvages , n’a pas encore atteint ce tju il doit être , et que , bien que dans ta série des âges, on FaiL successivement dépouillé de toutes ces enveloppes grossières qu’il avait dès l'abord revêtues, il ne présente pas encore ccs formes qui doivent commander l'amour et plaire h tous les hommes. Je dis", que dans la France constitutionnel le , ce privilège subsiste encore sous celte lorme « cpio t par le fait de leur nais sance , quelques hommes jouissent du droit de vivre richement, sans travail , du produit des travaux que d'autres hommes, par le fait de la naissance, sont condamnés b^ taire et b. partager avec eux. Je dis que depuis que les so- ; clétés ont commencé è marcher, elles ont été sans cesse, unissant tous leurs membres par un pacte d'association de plus en plus équitable, et de plus en plus dégagé des tra- , dîtions de la naissance. Et je demande : qui donc aujourd'hui est si puissant qu’il prétende opposer sa volonté b celle de la Providence, et tenir arrêtée ici cette société qui marche si largement b travers les temps? Je promène mes regards , et en vérité je ne vois personne. Bien des hommes forts sont eu lutte , mais contre un passé qu'ils ne veulent plus , et non contre un avenir qu'ils ne connaissent point encore; dans leurs discours et dans leurs livres , je n’ai pas même trouvé une barrière qu'il fût nécessaire de franchir ou d’abattre pour aller plus loin.
Les économistes se sont longuement occupés de la manière dont le travail dans les sociétés produisait les richesses. Il était naturel qu’ils s’occupassent de la manière dont cette richesse produite devait ensuite se répartir sur les divers membres de leur atelier social; qu’ils se demandassent s’il était juste que chacun fût rétribué suivant ta part qu’il avait fournie à l'ensemble des produits, s'il était convenable que
.chacun fût attribué suivant sa capacité naturelle! ou s'il était efTcctivc&ieût meilleur que quelques-uns , demeurant dam l’oisiveté , consommassent les produits créés par Put il usine des autres, cl fussent attribues suivant la capacité (j u avaient eue leurs ancêtres . Or » de tout ceci , chez les économistes j i! n en est point question* Cos philosophes, minutieusement «Lient ifs h suivre dans ses détails la fabrication d’une épingle > n’ont pas su porter leurs regards hors de cet atelier qu’ils avaient sous les yeux , ei élever (détendue de leur conception an -delà de l’espace d’une journée de travail. Ils ont vu que dans l’atelier F usage était que quelques-uns fussent les propriétaires des înslrmnens , et qu’ils les confiassent, moyennant rétribution , aux ouvriers chargés de les mettre on oeuvre; et ils sont partis de ce fiait de propriété , comme s’il eût été une convention invariable, un dieu terme, posé sur sa base depuis la naissance du monde, et destiné h y demeurer éternellement sans atteinte. Révoltés, comme malgré eux, par ccEto bizarre division de la société en ùisifs consommât ettjms et en trac ailleurs prodütëtëttrs , ils ont voulu chercher h se l’expliquer et à y trouver quelque fonds de justice ; et ils ont découvert qu'il pouvait éLre permis aux propriétaires de ne rîen faire t parte que leurs capitaux travaillaient pour eux* Certes , leurs capitaux ne manquent pas de travail; mais sans doute que cria vient de ce que d’autres hommes leur prêtent la main* Pauvres ouvriers , que ne pouvez- vous vous procurer aussi des instrumens qui se chargent de travailler pour vous et de vous épargner tant de sueurs et de peines 1 Mais sans vous ,ces cap i taux jOÎsifs comme leurs maîtres, demeureraient sans rien faire, car c’est vous qui aux maîtres et aux capitaux donnez la vie. Si ces économistes* qui dans leurs théories vous associent avec ces instrumens brutaux, avaient
vu revenir du travail ouvriers et capitaux , ils auraient pu , tout myopes qu’ils sout, être frappés <le quelque différence ; les capitaux, écus brillons nu soleil , soigneusement entretenus , eL vraiment grossis par leur travail , beaux à voir , rentrant noblement dans la riche habitation de leur collrefortj cl, d’autre part, les ouvriers usés parla fatigue, affaiblis et maigris par l’âge, incapables de reprendre leurs travaux, et allant misérablement expirer dans quelque hôpital de pitié. Oui, ils auraient senti alors qtToi» ne pèse point b la mêmebalaocc l’argent et la chair humaine. Assez
de ce sujet.
Sur la propriété, comme sur les autres points, il n est pus de lumières h. attendre de celle politique stationnaire , qui Hotte incertaine aujourd'hui; eratgnaul 1 avenir, parce qu’elle ne le connaît pas encore ; maintenant ce qui est, parce que jusqu’ici on ne lui a proposé que du désordre en échange , cl que voilà seulement que nous vonons , lui proposant cet ordre après lequel elle soupire. Ce n’est point elle qui nous enseignera , elle ne sait vraiment rien en celle matière, et eu est encore à régler des cens d’élection. Pour "l trouver des politiques avec qui débattre le fond de celle grave question , il faudrait venir à ces hommes à qui la pii- > litière période révolutionnaire avait permis l entier développement de leurs idées d égalité absolue, cl qui n avaient point reculé devant leurs dernières conséquences ; il faudrait venir à Clootz et à Babœuf, et repousser contre cux.rabsurde ctlmque système du partage des biens , et ontrer dans la discussion de celte loi agraire, si lauicuse dans Rome; mais, en vérité, je ne pense pas qu’ils aient ici beaucoup d’ adhérons , et je croirais volontiers que celle assemblée tout entière serait disposée à se lever contre eus. Quand de nouveaux Gracques» héritiers de ces pro-
jets empruntés h la populace romaine, se présenteront , prétendant que les têtes sont égales , et que Ton peut sans crainte y passer le niveau, je penserai à leur répondre; mais ils ne sont pas encore si voisins 1
Assez de politique ; voici la religion de la majorité qui s’avance; spéculant sur cette parole de son maître ? ya it faut rendre à César cequt appartient à César ; couvrant de sa béate sanction les armes de César et les dépouilles de sa conquête; et voulant élever jusqu'h Dieu le dogme suranné de la légitimité des rois* S’imagine-t-elle vraiment avoir lu force de maintenir dans I hérédité dé leurs privilèges tous ces de$cen~ dans des soldais de César, quand le descendant légitime do César, quelle avait sacré sur l’autel, en versant sur sa tête l’huile miraculeuse, a été abattu du Irène et jeté dans la pous^ sière, sans quel le songeât seulement à Y oser soutenir de Tappui de sa main débile et impuissante? Dans cette éclatante histoire, qui ne date que d’hier, nVt-clle pas été réduite à avouer que la voix du peuple dominait et écrasait celle de son Dieu , quand elle est venue h reconnaître qu’à Téfu des représentons du pêuple, appartenait cette place où elle avait fait monter celui qu’elle nommait l’élu de son Dieu*
Le fait de la légitimité de la propriété se lie si bien h celui delà légitimité de la couronne, que dernièrementun des plus puissans organes des opinions catholiques déclarait hautement que les idées Saim-Sîinoniennes , sur ‘la propriété, n’étaient que la conséquence logique des opinions libérales sur la royauté* Que ces prêtres se tiennent donc à l’écart; il s’agit de réglementer le travail , c’est chose indigne de leur pieuse mysticité; c’est chose d’ailleurs par Irop étrangère h l’aride étude de leur théologie de séminaire, Ils disent que Hiommo, déchu de sa dignité première,
’a été jeté sur la terre , et qu il y a trouvé, pour punition , ce travail qui Ty fait vivre au prix cle sa sueur. El moi , je ' vous dis qu’il y a plus de dignité h vivre sur la terre de son travail, que de vivre dans une nonchalante oisiveté parmi les splendides jardins de VÉdmî et que ce n'est point pour punir l'homme que Dieu lui a donné des mains laites pour le travail, mais afin qu’il eût la gloire à acquérir et de créer par lui-même les jouissances matérielles dont le globe est pour lui ta source inépuisable. Allez donc , in volonté providentielle ne saurait s’opposer h ce que le travail devienne plus commode et plus Lacile, et à ce que ses pro^ duïLs soient plus équitablement rétribués et répartis,
Après Vous avoir montré dans le passé ce fait de propriété, marchant de chute en chu Le, à mesure que les mœurs des hommes s’adoucissent et que leurs sympathies , quittant les sauvages travaux de la guerre, se portent vers les pacifiques travaux de l'industrie; après vous avoir montré dans le présent qu’il n’est rien de solide, ni même de réel, qui puisse nous forcer h courber éternellement la tête sous le joug injuste et fatigant de la constitution actuelle de In propriété; je vous demanderai si c’est chose juste et désirable , pour l'immense majorité des hommes , que de vouloir que dans la société chacun se présente en vertu de sa valeurpropre, et non en vertu de celle de son père; eu vertu des titres qu’il porte en lui , et non en vertu de quelques titres timbrés; en vertu de sa capacité, et non en vertu de sa NAISSANCE. Je vous demanderai s'il est quelque différence entre ce que je dis ici de la propriété héréditaire* et ce que vous-mêmes avez cent fois dit de la noblesse héréditaire , Nous marchons, et rien ne nous arrête; nous marchons, et c’est pour arriver è un état meilleur I Qu on m indique donc un but à atteindre qui soit plus beau que celui que je
' signale , ou ta société ne connaîtra plus du privilèges, sous quelque nom qu'ils se dissimulent , assurant h quelques J hommes le droit d'exploiter d 'attires hommes * et sera tout entière fondée sur l'attribution suivant, la capacité p taré t r itnt{ lo n s il i m n t les œuv res.
On ne saurait se le dissimuler , des masses immenses sont en souffrance et se lassent de souffrir. Au sein des classes oisives et éclairées , les souvenir de Spartacus et de / la Jacquerie verse l'inquiétude; les signes d’un mouvement I nouveau dans les constitutions sociales sont éclatans; et le temps est venu où le; salut de la société n'est plus crue dans uoepouyelle parole religieuse qui doit changer non les ma i- / très par les esclaves , mais les esclaves par les mal très . et répandre sur tous des paroles non de guerre, mais d'amom*; Les sym pa thies généreuses sont en marche par io us les son-
tiers pour améliorer dans leurs détails le sari des classes pa livres; nous venons les réunir et leur montrer une large route. Vous ne sauriez croire que les bienfaits de l'éducation soient long- temps encore refusés h ceux que ic hasard de leur naissance a fait sortir de la classe prolétaire ; et quela soc télé, aveugla d’inhumanité, consente long- temps encore li se priver ainsi do capacités puissantes , en les étouffant dès leur berceau , en les arrachant au sein flétri de leur mère, pour les jeter t tout chétifs , à quelque mécanique fatigante qui les use , et leur fasse acheter la sordide subsistance qu’elle leur donne au prix d’une vie monstrueuse, et d'une mort prématurée. Quand la société comprendra combien l'industrie est pour elle noble et puissante chose, elle ne confondra pins les ouvriers avec des in s t ni mens destinés h donner le mouvement aux machines; balançant froidement, dans ses calculs , le pain qu’ils consomment et le charbon qui alimente ta vapeur; cl proclamant la supériorité de ses
machines i nam mies sur ces machines vivantes, bonnes, par le pedbgiionneraenlde lascienee* h être laissées de côté. Non ! la majorité de l’espèce humaine ne saurait être assimilée h ces insectes que I on nourrît parce que 3 a richesse (ju ils produisent a plus de valeur que ce qu’ils mangent, et que les rigueurs de la saison moissonnent par milliers, sans que les esprits en soient frappés ni les cœurs émus !
Lyon , centre de vie et d’activité , ville de commerce et de production, jetée comme une île entre deux grands fleuves qui timbrassent, comme un anneau d’attache et d alliance, comme une station de repos ci d’échange entre le nord el le midi ; toi qui reposes si bien entre ces collines fleuries et ombragées de la Saune qui te dominent avec leurs touffes de verdure et leurs clochers aériens, el ces montagnes neigeuses , célèbres dans le 'monde, qui te font un horizon digne de la grandeur et de la puissance; reine d’industrie , Loi que la terre semble avoir pris plaisir h entourer de tout ce qu’elle a de plus noble et de plus poétique , n’a unis-tu donc jamais que des habitations infectes et des rues croupissantes pour ceux dont le travail le fait si vaste et sî riche ? Quoi ! toujours la misère pour ceux qui enfantent P opulence 1' Quoi ! ce sera toujours du sein d’une désolante pauvreté que naîtront ces tissus magnifiques destinés il alimenter le luxe des classes privilégiées de la nais sance ! et les sources où la société vient puiser son éclat et ses Jouissances , seront toujours en Le urées d1 affliction et de dégoût , exhalant comme des miasmes pestilentiels, funestes h ceux qui sont réduits à habiter pri^s d’elles? toujours pour ceux qui vivent entourés des plus splendides couleurs et des plus orgueilleuses parures , des haillons, des figures exténuées par la fatigue , livides par la maladie !
Non , pour des peuples qui marchent vers un étal uni
rersel d1 ass ociai ion , fondée sur Pin dus trie cl le travail pacifique , un pareil état de choses est monstrueux; et devant ta uiajçsté providentielle rien de monstrueux no saurait avoir une existence longue et une subsistance assurée* Voyez dans cette religion nouvelle qui plane sur Th amanite tout entière , et déjà s’apprête à y descendre amoureusement, voyez* pour (Industrie, les germes d’un meilleur avenir, et pour ceux qui la cultivent ! espoir cTuiae plus juste fi récompense. Comprenez comment le mon de matériel, sanclifté par un dogme nouveau , et revêtu de ce même caractère de divine sainteté que le dogme chrétien attribuait seu lement h l’hostie consacrée, donne au travail un caractère j profondément religieux , et rehausse l’ homme à ses propres
sonjmstcnce physique » et en l'associant à 1 accomplissement des plans tracés pur la Providence pour l'cmbellissemonL du globe. Alors les alefîcrs industriels, revêtus d'un caractère tout nouveau de noblesse , pourront, aussi bien qu'aujourd’huî vos temples , prétendre h dominer noble ment îa terre et s’élever dans Pair sans y porter les souillures de leur impure saleté. Alors , au lieu d'ouvriers voués à une misère et à un abrutissement héréditaires, vous verrez des hommes religieusement unis , harmonieusement classés, justement rétribués, occupés à appliquer leur puissance sur le globe, ce fonds commun de richesses, non plus sous peine d une mort de faim, mois pour en jouir euxmêmes et demeurer fidèles à la volonté divine qui a commandé à I humanité d embellir sans cesse la terre , a lin que f sans cesse la terre fût une habitation digne de sa puissance et de sa grandeur.
hA hiérarchie.
ï (kr'iViyS '
Mes Fils, -mes Filles,
Ce nom que je vous adresse , et que vous recevez encore les lifts avec dédain , les nulrcs avec étonnement , n’est pas sur mes lèvres une vaine el mensongère expression : je viens h vous, animé de cet amour ardcnL de P humanité que m'ont inspiré SainTtSuios cl mes pères * mûri par leur sagesse, entouré déjfr de iîîs nombreux, assis à mes cotés on répandu» parmi vous, qui tous me bénissent de la vie nouvelle que je leur ai donnée; je viens h vous, plein du désir de vous rattacher vous-mêmes è In famille
Süîot SÎmonienQO , et dévoué , dans tout ce que j ai do sympathie , do lumières et d'énergie , à propager parmi vous sa foi , ses espérances et ses joies délicieuses.
El cependant la fidélité avec laquelle je me rends le témoignage (Eavoir rempli ce devoir sacré ne me met plus aujourd'hui è l'abri d’une sorte de remords. Dieu m'a dit de vous aimer; et comment jusqu'à ce jour uia tendresse pour vous s'est- elle témoignée , si ce neât par des paroles austères t affligeantes* amères quelquefois ? Oui , je vous ai demandé compte, avec une inflexible miséricorde, de tous les maux que vous souffriez et que vous laissiez sans remède. Jrm ûrràché violemment le voile dont vous couvriez vos plaies, et je vous les ai montrées nues et saignantes * J?ai pénétré dans (es replis de vos cœurs , el je vous m épouvau lés de votre égoïsme dominant toutes vos affections* J’ai flétri votre mesquine philanthropie, et com¬
paré son impuissante stérilité * en présence de tant de misères, h ta rosée passagère qn absorbent sans fruit les sables brulaus d?im immense désert* Je vous ai révélé les élira yantes catastrophes dont vous étiez menacés, et, ou un tien du Splendide banquet «les privilèges , j’ai écrit, sur les " «mm de la salle du festin les mots tcrâhjcs qui dénoncent à votre imprévoyance l’arrivée d’inévi tables ennemis.
Ce que j’ai fait , sans doute j’ai dû le faire. Vous veniez-, parmi nous, nous traduire à votre tribunal; j’ai du vous traduire vous- mémos au -r ni rusai. oh notre loi. Par ma bouche Dieu a confondu l’orgueilleuse philosophie que vous invoquiez avec tant de coniiunce contre rétablissement d’une nouvelle religion; il vous a fait rougir de l’avare bienfaisance dont vous attachiez ïi votre époque la fastueuse enseigne , et il vous a découvert sous un jour alarmant ce présent enchanteur qui vous rendait dédaigneux <le notre
àmir. Plus que vous, j’ni meme été rigoureux ; car noire (*0i invulnérable émousse vos flèches légères , cl nous cuirasse contre le ridicule d’une sainte impudeur, tandis que nolre langage, en vous signalant ft vos propres yeux tels que vous êtes" a porté le Irouble dans vos plaisirs, dissipé vos vaines illusions, et vous réduit h nier sans cesse 1 accomplissement de notre doctrine, afin de vous mettre en repos avec vous-mêmes !
Mais, ô Dieu d’amour, celte société, que tu nous as confiée , ne doit-elle de notre part s’attendre qu’à de tristes représailles? Est-ce donc la guerre que nous venons lui déclarer, ou bleu est-ce lu paix que nous lui apportons ? Ne saurons-nous que l'effrayer en lui montrant scs blessures saignantes, et jamais lui rendre la santé et la vie ? Assez, assez. , ô mon Dieu , de ces paroles désolantes et sévères ! la nouvelle révélation n’a point paru, comme celle de Moïse , au milieu de la foudre et des éclairs: Saint-Simon n’a pas intime , comme Jésus, armé sa main d un rouet contre les marchands du Temple, ou sa langue de malédictions contre . le figuier stérile: il n toujours béni; et ses pacifiques bénédictions, échappées du sein de scs longues infortunes, I iront toujours croissant dans la bouche de scs enfans j Oui , je puis maintenant dépouiller la rudesse première de mes discours ; forcés à nous écouler avec moins de mépris, déjà vous avez appris ce que professe le Saint-.., Siinonisme. Ùadorction de i.’onivkrs aimant , intclUgeni I et fort , V élévation de l’isBusTnt* à des destinées religieuses 1 et sociales, Vèmaneipàtiov définitive des ikhuüs , appelées à concourir avec les hommes aux limclious panifiques de l’avenir, l’affranchissement des TttAVAiu.*en* , le classement selon la capacité et la rétribution selon les œuvitss, enfin lç progrès de l’humanité entière, constamment poursuivi 1
( tfe )
par P amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre; tel est le symbole de la croyance nouvelle, que nous avons, sous différentes , lermes, reproduit et développé devant vous, avec une chaleur de conviction proportionnée h votre résistance, avec une sorte d’emportement même déterminé par vos ; railleuses préoccupations.
Cependant , frappés de ce zèle fervent que vous appeliez fanatisme , et choqués de nos paroles qui vous apparaissaient avec un caractère de menace plutôt que de promesse, vous nous avez jugés, ainsi Pont fait du moins plusieurs d entre vous, résolus h accomplir noire œuvre an mépris d© salutaires méuagemens , et vous vous êtes écriés à $ an inciïiE. Ah ! connaissez mieux nos projets ci nos devoirs ! Sans doute rétablissement de toutes les religions 1 * récedcnles lut entaché de violence, parce qmsje moi; iü;s ,
toujours i naHen dj^j^prenani ii Pimproviste IcàJmimnes encore enlacés dans les liens de la vieille société, fut obligé Je briser ce qu’il n'avait pu dénouer- Mais pour nous qui P proclamons le progrès constant de PhuimmUé, nous saurons préparer celui que nous annonçons , et, par des tran sitions inusitées jusqu’à ce jour, vous faîie passer dans un ordre nom eau , sans vous exproprier forcément de vos sent imons , de vos opinions , de vos biens. Nous avons trop de toi dans lu réalisation de l'avenir que nous ré vélo us pour nous laisser aller un instant ii J Impatience; et si, pour obéir h notre loi, nous marchons saus lenteur, malgré 1 exaltation de notre enthousiasme, nous marchons aussi sans précipitation. Jamais nous n’a vous aspiré a une brusqua impatronisation de notre religion dans la société; no.us n attendons notre succès que du développement de la $ympal hic et des 1 u mtères que nous venons mspirer et répand i c
et nui» le hâterons de tous nos efforts. Mais nous ne nous écrions pas comme Josué : Sotài, arrête-toi, alin d’achever aujourd'hui la victoire! Àujoui d’hui » demain, toujours nous sommes au milieu de vous, vous entraînant victu- , i ieiisomeul avec nous au but qui ne peut nous échapper ! J El comment douteriez-vous de cet esprit de pot* et de conciliation qui nous anime, quand nos paroles oui jus qu’ii ce jour retend devant les possesseurs mêmes de ces privilèges dont nous annonçons l'abolition, loin des infortunés dont nous proclamons l'émancipation définitive? De puis la révolution do juillet, lorsque le peuple, encore, échauffé du la victoire, flatté par la bourgeoisie qui le caressait eu tremblant, mécontent du prix que l’on avait nccoi'd,’* î» son courage, pouvait prêter une oreille facile à nos discours, si nous avions voulu Te ni retenir de ses souffnmeos, et lut en dévoiler les véritables causes, toujours méconnues jusqu’h nous ; est-ce b lui, n’est ce pas toujours à vous que nous avons continué de parler? Vainement on nous n condamnés b ne point réussir, parce que nous ne nous adressions pas directement an peuple, ainsi que l'avait fait le christianisme : c’était par les classes souffrantes qu’il devait commencer, parce qu'il venait, non pas leur annoncer une nouvelle condition politique , mais les en rendre dignes en leur offrant d aboid les bienfaits do 1 instruction , les préparer à un premier affranchissement en leur donnant , dans un Dieu nouveau, un lien commun avec leurs maîtres, et consacrer ainsi leur faiblesse aux yeux de leurs oppresseurs. Mais aujourd’hui que le peuple amélioré , déjà affranchi de ses chaînes antiques , louche à ia plénitude de son émancipation , cl , pressé d’insuppor tables besoins , agité par ce mol de liberté qui lui a servi de ralliement dans sa victoire récente , n est plus contenu
que pur une dernière barrière , autour de laquelle vous îe voyez frémir avec une secrété impatience , il faut, bien vous te dire, malgré su misère, sa dégradation el tous scs maux, \ dont le spectacle nous émeut profondément , c’est vous qui êtes les faibles, je dirais presque les opprimés; car c est une oppression réelle que celle de l’ inquiétude et de la / peur ; c*cst doue vous que nous éprouvons le besoin de consoler et de fortifier ; c est vous dont nous voulons nous bâter de rendre h faiblesse sacrée, en vous initiant h * noire religion. Nous voulons vous faire ai nier le progrès auquel sc dispose le monde, et vous apprendre h vous en applaudir au lieu de vous en épouvanter* Nous voulons , par nos explications sans cesse répétées devant un auditoire que scs passions n’exposent pas h de fâcheuses méprises, revêtir noire doctrine d’une éclatante notoriété qui puisse la soustraire aux fausses interprétations et ôter ïi sa propagation tout danger. Enfin lorsque cette masse îrn* mense de la population se précipite encore ave ugl émeut ■ vers un étal social qu’elle ignore , mais dont elle a besoin, j c’est h nous h lui préparer le lit plus vaste qu’elle cherche* l\ édifier les digues cl à prévenir les ravages d’un débor* de ment imprévu. Voyez donc en nous les amis d’un ordre nouveau, et non pas du désordre; des hommes dévoués , non pas à une seule classe , mais h Imites les classes de b société; en un mot des bommes êeugieux, et dignes du titre ^ de pIïres o r ; l* eu si a x l t& roc ye ij.e.
Maïs sr les uns voient surgir parmi nous une effrayante itnavckic, d’autres y croient voir ressusciter une effrayante tyrannie. Si la transformation du système actuel de ta propriété* Faiqlition de IVuic/m droit divin et de la légitimité hcrcilmirc , nous onL fuit regarder comme des fau leurs de trouble et de hoti le vepsrii i uni . le règne de I'unitê
«ne nous préconisons, l’établissement de noire miEsacniE, nos attaques dirigées contre le despotisme de la souveiamçtê du peuple et du suffrage universel, ont alarmé les plus chauds défenseurs du libéralisme , et nous ont lait considé rer comme des partisans du pouvoir absolu. Nous avons h répondre aujourd’hui b ces accusations opposées.
Écoutcz-flous, et vous vous convaincrez que seuls nous pouvons concilier ces doctrines exclusives , par l’établissement d’une AiiToniTfc kocvbllk , émanée do noire religion, appropriée aÙbül qu’elle annonce, cl conforme b la loi du progrès. Écoulez-nous avec attention; car poui nous combattre , plus encore peut-être que pour adopter notre foi , vous devez, dons votre loyauté, éprouver le besoin de savoir ce que nous sommes.