MES PÈRES
Vous dont la présence cl le nom fidèlement invoqué écartent d’abord de notre association le soupçon de cette anarchie que l’on nous accuse de semer , permettez , avant que ma voix achève de dissiper celte erreur, que le récit de votre élévation au rang suprême soit , pour ceux qui nous écoulent , une première révélation de notre véritable caractère.
Lorsque Saint-Simon , après le glorieux enfantement de sa religion, fut prêt b mourir, il rappela dans sa mémoire tous ceux auxquels il s’était communiqué. Savans , poètes , historiens , industriels , hommes d’étal , aucun ne 1 avait compris, ou «lu moins compris tout entier. Près de son lit de douleur et de mort était un jeune homme qui , seul , avait saisi sa pensée dans son harmonieuse plénitude. Alor.le maître méprisé et méconnu légua au disciple obscur et
ignoré lu lâche la plus! mge, la plus haute , In plus gloneusu qui jamais ail élé léguée, eelle d’appoler à une régénéraliun complète l'humanité entière; et Saint-Simon forma
l-‘s yeux, sûr de la vérité dp sa religion , également sûr de fidélité de son disciple*
ht déjà en effet l’héritier de la nouvelle promesse appelle à lui d’au 1res disciples, qu'il dirige avec une iotatigubie ai limité dans des travaux tpii en eiührassenl à la fois I élaboration et la rapide propagation. Mais , parmi eux , deux hommes ont atteint le premier disciple, et celui-ci son réjouit : bientôt tous deux le surpassent , et il s’en réjouit encore! car l'héritage du maître prospère entre leurs mains. Lutin le jour arrive où . d’un commun accord, les disciples xouveaox déposent V obéissance , eL le disciple ancien l’autorité. Jour solennel, nous ne l’ou hlierons jamais ! Comme les hommes de notre époque , ^ nourris dans un orgueilleux isolement, et faisant profession de ne reconnaître aucune supériorité , plus d’une lois nous avions murmuré contre les essais d’un pouvoir naissant ; mais (juand nous vîmes le disciple lueii-aimé de S vint- Simon , le contidenl de sa dernière pensée, l’hom me choisi par la Providence pour lier un monde régénéré au révélateur qui tic survivait qu’en lui , saluer le premier des chefs nouveaux , remettre entre leurs mains le dépôt sacré tju il avait reçu , et abdiquer en eux S vint -Si mon, nos esprits lurent, étonnés, nos cœurs profondément émus, et nos fronts s'inclinèrent. Oh! qu’elle nous pair lit alors puissante celte rcluriim du m-.wr.-.'..-
il' avoir été le premier anneau qui liiiloçhc rijuinanilé î* ta nouvelle révélation, ne jouira pas moins de l’iinnueur d’avoir rat inc lié à un nouvel ordre la société insub ordonnée. Oui , nous confessâmes alors les misères de notre orgueil , et nous nous relevâmes plus grands aux yeux de nos pères, plus grands aux yeux de nos fils; des ce jour la hiérarchie fut instituée, et l’amour, le respect, la soumission, fidèlement observés et transmis, remontent ! des derniers degrés de notre association jusqu’à nos rimes serti***, héritiers légitimes d’une autorité légitimement émanée de Saint •Sun* , plus aimés , plus respectés , plus obéis que ne te saut aujourd’hui les rois et les pontifes , assis stir leurs l roue* d orî
Mais si vous ôt£s pujssans parmi nous , mes Pères » ah ! j’ai besoin de le dire hautement t vous n oies poissons que par votre amour, votre- sagesse et votre énergie : les acclamations unanimes qui ont accueilli votre commonc élévation oui fidèlement accueilli toutes vos décisions ; et si nous avons abjuré notre sauvage indépendance» ce nest pas pour nous meLlre dans les liens do despotisme s mais pour accepter un pouvoir tendre et éclairé » dont le titre que vous portez est répression la plus vraie. Ce n est donc pas une théorie encore abstraite» maïs un fait déjà réalisé au milieu de nous » que nous allons exposer en caractérisant la hiérarchie SainL-Simonienne; et en parlant de la douceur de TautoriLé et de Tobéissance dans 1 avenir , nous ne prédirons pas seulement, nous raconterons.
Mes Fils, mes Filles,
Je suis, vous te voyez» déjà autorisé à repousser tonte accusation d’aua relue j puisque l’ordre existe au milieu tb
nous, nous ne pouvons vouloir le désordre ; F arbre doit elre jugé par ses fruits. Mais je vous le dis, l'anarchie que vous nous reprochez existe ait sein même de votre société. Je ne vous en fais point un crime; telle est vojtrë condition inévitable , après la chute légitime do système religieux , monarchique et féodal , que vous avez renversé*
El d'abord , parmi vous, les mots d’OBËBSÀtfcu et d'Aü- ToiüTi sont entièrement décriés : depuis trois siècles que vous luttez contre des supériorités long- temps favorables., plus tard contraires ii l œuvre de la civilisation qu’elles étaient inhabiles è continuer , l'autorité a revêtu le c a r a c t ère de ^oppression et de la tyrannie. robébisa nce celui de la servilité cl de la dégradation 11 y a despotisme dans le commandement , avilissement dans la soumission , noblesse et dignité dans la révolte. Ce n'est pas assurément que pour renverser l'antique édifier la société se soit passée de guides; mais quelle discipline peut exister dam des rangs armés pour détruire la discipline ? De quelle puissance peuvent être revêtus des chefs marchant au ren versement de la puissance ? Ils se déco i trou nent eux-mêmes, et, chargés du pouvoir comme d’un anul hème, ils cherchent a sc faire pardonner IVuilorilë précaire qu'ils n exercent qu en tremblant. Alors le peuple a scs flatteurs, le peuple prend ses victimes, Poslracisme surveille la gloire, 1 ' t ngrnli inrle étouffe la possibilité de nuire, la chute est près du triomphe , et la roche Tarpéieime auprès du Capitole.
Alors le gouvernement est quelque chose d'hétérogène , d’hostile même au corps social * qu'il semble flétrir clans sa beauté et attaquer dans sa constitution; selon tes publicistes les plus modérés , pur système de garanties contre les attentats violons , il doit cire dépouillé do tonies
les attributions qui en feraient un instrument de vie, de progrès et de gloire pour la partie saine de la population . ,ISC voit condamné h n’étre qu’un instrument de mort, de dégradation et d’opprobre pour la partie la plus corrompue. Une indépendance entière, dans laquelle chacun se retranche , croit ce qu’il veut , fait ce qu’,1 veut , est son roi , son prêtre , son Die,, même , voilà le rêve des cspr.ts
les plus ardens !
Faut-il donc s’étonner de voir se produire sous de tels auspices la doctrine de l’égalité des intelligences , constamment démentie par toutes les expériences , mais complaisamment caressée par les partisans «onséquens de la liberté absolue? et, si vous jetez les yeux sur vos associal.ons scientifiques ou industrielles, ne voyez-vous pas. dans l’antagonisme de chacun de leurs membres, les ravages chaque jour plus flngrans de l’anarchie , préconisée sous 1c nom de libre concurrence? Oii fut jamais une plus grande divergence de sentimens , d’opinions et d’actes ? Vos nombreux journaux expriment à peine, par leurs couleurs et par leurs nuances multipliées , les innombrables fractions entre lesquelles vous vous divisez; cl, à bien examiner celle discorde si fréquente entre les désirs et les pensées, les sentimens et les actions du même individu . en vérité chaque homme est lui-même une. anarchie.
Arrêtez maintenant vos regards sur le pouvoin. Vos célébrités parlementaires viennent tour à tour s’y essayer et s’y éclipser , parce qu’avec une intelligence quelquefois remarquable elles n’y apportent aucun plan, et ne reçoivent delà société aucune révélation unanime, Étaler ses regrets d’avoir pris une tâche pénible; protester de sa faiblesse et de son insuffisance , avec un mélange d’hypocrite modestie cl de réelle humilité; réclamer à chaque pas un appui;
marcher de lâlonnemens en tâkumcmens; disputer eéié monïeusêîhcnt rie politesse à l'entrée de la voie nouvelle où Tou se hasarde; éluder, en ta dispersant sur le plus grand nombre, une pesante responsabilité; courtiser la foule des publics; ne marcher cpF enlacé des liens de toutes les opinions, sans avoir lot dans aucune, ici est aujourd’hui le rôle du pouvoir* L’exercice de sou autorité consiste dans une perpétuelle abdication ; i[ met son habileté la plus ! grande h s’annuler autant qu’il le peut; ii ne dirige pas t car il ne sait ois conduire; iî se laisse alternativement pousser dhin côté ou d’un autre; il n’est plus pilote , il se fait gouverna ÎL Enfin le système politique moderne , dont nous u’avons d’ailleurs jamais contesté la légitimité temporaire, parce tjue seul il présente quelques garanties d’ordre et de liberté par une salutaire transaction entrernticien régime et la révolution, ruais incapable assurément de déterminer un progrès nouveau, puisqu'il se borne à encadrer dam des formes anciennes un progrès jf déjà fait; ce système , dis - je , résultat bâtard d’une union monstrueuse et mensongère entre le passé et le présent. , cherchant depuis quinze ans , avec une égale impuissance, à se détruire ou à se mettre d’accord avec lui-même; échappant, par des chocs violehs ou par de perpétuelles oscillations, à cel équilibre , qu’on s'efforce vainement d’établir entre & es rouages Fun par F a utre meésgâm ment dérangés , nous offre encore, sous l’apparence (la Forrlre qu’il parodie J lu spectacle d’une réelle anarchie.
Et cependant la société tend , dans sa partie la plus énergique, à faire disparaître même les débris du passé qui survivent dans cette fragile institution. C’est à dégager Félément libéral de Falliage suranné dont le tient enveloppé une combinaison nncessaîrcineiit provisoire
qu'aspirent aujourd'hui les esprits les plus généreux et les plus ankns. Et tel est l’effroi qu’en éprouvent quelquesuns d'entre vous , que vous ne me démentirez pas si j'nl laste que des libéraux ont pu même, dans nu excès de ■ prudence désespérée, murmurer tout bas quelques regrets j honteux en faveur du régime que le bras du peuple a ren- j versé. Enfin la musse immense des travailleurs pauvres s’agite sourdement cl ajoute îi vos inquiétudes. Donc , de quelque côté que vous tourniez vos regards, vous n'envisagez qiMHtardne et que menaces d'une anarchie plus grande encore 1 El lors qu’elle éclate en vous? hors de vous , autour do vous, c’est nous que vous accusez de vous 1 apporter dans votre société livrée au chaos et à lu confusion ! Appelez-vous donc anarchie tout ce qui ne ressemble pas h ce que vous voyez ? Nommerez-vous «Mufti K la cou servalion du désordre actuel ? Voulez-vous obstinément habiter au milieu de ruines chaque jour plus dégradées, au lieu de vous abriter sous l’édifice nouveau que nous élevons ?
Oui, seuls nous pouvons rétablir foaiJBE , parce que seuls nous annonçons , au nom du Dieu cl de Saixt- Siuon, un but nouveau , capable dc détcrminer upq véri table association ; ce but , c'est le croques dans la triple direction de l'amour , de l'intelligence et de la force , s’accomplissant par l’ainçlinrîlli11" »meido , intellectuelle et physique «le la classe la plus nombeausu cLia plus pauvre. Et comment atteindre ce but , digne de nous passionner , si ce n’est par une mimncniE formée , sans égard aux privilèges de la naissance , des hommes les plus aimons , les plus inlclligens et les plus forts, personnification vivante du triple progrès de la société , dont le roNTiPü-noi qui lu couronne est le type le plus
élevé * Proclamer F affranchissement de In classe la plus nombreuse et la plus pauvre , et F amélioration constante dé son sort , c’est donc terrasser le dogme de la souveraineté du peuple* et lui substituer le dogme de la souveraineté de la capacité, qui peut seule réaliser ce plan magnifique» Décréter le classement, selon la capacité, c \ I a ré tributs ou sel o n 1 es œ u v re s , c 'est ô J er U I a m u iti tude le droit d'élection, pour le remettre entre les mains des supériorités sociales, seules compétentes pour l’exercer avec amour et discernement. Déclarer que la règle du gouvernement doit être l'intérêt du plus grand nombre , c’est exclure le plus grand nombre d’une intervention aveugle cl désordonnée dans sa direction. Ainsi , notre religion , par cela seul qu’elle fonde une hiérarchie dans Minière L des masses . që la fonde pas sur elles ; le pouvoir ne remonte pas des derniers rangs jusqu’au trône, mais il descend du trône jusqu’aux derniers "rangs; ilTîe vient pas du peuple ,
mais de la capacité souveraine, qui n’occupe ,1e. rang suprême que parce que c’est elle qui aime, sait et accomplit le mieux la volonté divine sur Phuinanité.
Disons-le hou te nient, nos cm; es sont nos chefs i> va la crA. Cb us Dieu, Sî la société , on brisant une autorité vieillie, a fait remonter sa haine et sa colère jusqu’à Dieu lui- mémo, source de tonte hiérarchie , parce que toute hiérarchie est l’expression d’une association formée pour atteindre le but qu’il a révélé, qu’elle fasse aujourd’hui î remonter son ïmiour et sa reconnaissance jusqu'à Dieu , source d’une hiérarchie nouvelle, cnprddc de la diriger dans une plus vaste carrière! Nos cïikfs sont des chefs légitimas ; mats leur légitimité ne repose plus sur la transmission héréditaire des titres , des dignités , des richesses. Les d y xastirs nofvellhs , fondées sans autre
condition que colle de la capacité, ne se perdent pas dftns la nuit des temps, et n’ont pas à étaler les nombreux rameaux d’un arbre généalogique : elles éclatent par elles-mêmes, et ont pour sanction, dans le passé, la suite non interrompue des progrès de l'associa lion , ' dont F histoire atteste que le règne des privilèges de la naissance a toujours tendu h disparaître ; clans 1 avenir, les progrès pressentis , prévus , poursuivis , vers lesquels elles s’acheminent avec une insatiable ardeur : dynasties a jamais aimées, puissantes, glorieuses, dont tons les siècles écoulés , par T immobilité meme du système des castes et par l'hérédité des privilèges du patricial antique et moderne , ont préparé te sublime avènement qui recommence sans cesse pour le bonheur toujours croissant de I liumaiHté !
M a i o tena n t n o n s a cc userez-v oasde DESrOTlssLB?Nouâp o u rrions vous renvoyer à vous-mêmes cette grave accus a Lion en vous montrant dans cette féodalité de richesses, engraissée des sueurs de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, une véritable oppression, et le reste vivant des despotismes de l'antiquité. Àh! c’est parce que nous venons mettre lin an règne des privilèges de la naissance que nous sommes à l’abri de cette odieuse imputation î Jusqu’à présent , toutes les hiérarchies, destinées à conduire les peuples vers un but provisoire, et à des conditions diverses, héréditairement inégales , furent obligées d’appuyer leur force moral*1 incomplète sur la force matérielle r soit pour contenir fini - j patiente précipitation des masses au-delà du terme assigné, / soit pour consolider le frein d'une rigoureuse discipline. I Mais aujourd’hui que la société ne compte dans son sein ni ilotes ni profanes t appelle également tocs les hommes
( ift 1
à jouir du classement selon ht capacité cl de la rétribution selon les ce livres , et s’avance vers un but défini lif, le progrès constant d’aüiour* de science et de richesse « où j sera if pour la hiérarchie nouvelle, dont la mission est de i hâter sans cesse cet heureux mouvement , l'insurrection à réprimer, h impatience h contenir? Le glaive est brisé , dé- I sonnais inutile, et le sceptre repose aux mains de l'amour.
Redouteriez vous cependant de la part des chefs une vaste conspiration contre les gouvernés? Je neveux vous objecter ni leur religieux amour de l'humanité, ni l'influence de leur éducation, ni leur sympathie pour ces populations dont en partie ils seront sortis, maïs leur propre intérêt, inséparable de celui de la société, puisrpie la distribution \u mieux entendue des inslrmnens de travail peut seule assurer leur commune prospérité. Conspirer la dégradation et F asservissement des classes inférieures, e*est conspiré’ rabaissement de leur propre dignité et l’ altération de leui propre bonheur. Quoi donc? lorsque personne ne craint h cette heure que îu bourgeoisie, assise pourtant sur des intérêts héréditaires , fasse rétrograder les travailleur pauvres jusqu’au temps du servage, on voudrait que la • hiérarchie de l'avenir, qui n existera qu'en vertu du classement selon la capaalc } essayât. de faire rétrograder/ a.vtjH h mus , séfis la loi du Difeù du rnonnks, les classes inférieures , déjà mises en possession d’une nouvelle destiner monde . intellectuelle et physique?
Enfin* vous inquiétez - vous des ravages de l’ambition dans un tel avenir? Les ambitieux, vraiment dignes de ce nom , ont tous du leur puissance à des intérêts réels, méconnus ou opprimés , qu’ils ont groupés autour d’eux , et dont ils se sont servis en les servant. Maïs là où l'abolition de tous les privilèges oppressifs détruit le
trrrme ri o tonies les révolu tiens et ouvre un libre accès ;i \:im les genres de mérite , l'ambition fondée sur la capacité, c'est - h - dire la seule légitime et la seule jiiiîssanle, est appelée à serviriez hommes et a se servir ©lie -racine sans révolte" sans usurpation , sans tyrannie : iii ou le supérieur ne grandît qu'en faisant grandir ses inférieurs, là ou le tronc s'élève à mesure que s’élèvent les degrés du tronc , Fambition la plus vaste et la plus exaltée se confond nécessairement avec Faniour le plus énergique du progrès; de tous.
Quelle garantie égale vous offriraient le suffrage universel et Fêtai lissera ont dTune hiérarchie émanée de la molli Lu dé ? S a ns d ou Le ces doctrines ont é té I égî I ï me m en l proclamées, lorsqu'il s’agissait de renverser le pouvoir absolu et des privilèges devenus odieux» Maintenant encore que les masses fournissent à peine quelques recrues aux premiers rangs , on a pu vouloir leur donner, comme une misérable compensation, le droit d’ élire lès supériorités sociales; mais n’csl-il pas plus conforme à leurs intérêts de les appeler à être élues elles -mêmes dans tout ce qu’elles auront de véritables supériorités? Ce fut, sans doute , un grand pas que de vouloir intéresser le peuple à fa choéè pu- i Miqiie, en lui aUmptani le choix des capacités des tin des à Èe gouverner ; mais n’en est-ce pas un plus grand que de transformer cette stérile délégation du pouvoir en mie élévation féconde de imites les intelligences aujourd'hui anse- / velîes dans son sein? H est bien de vouloir ajouter à sa dignité; maïs n’est- d pas mieux do "substituer à celle dignité de parade, avec laquelle contrastent si mal ses aveugles passions, sou ignorance et m misère, une dignité réelle » née de son amélioration ni orale * intellectuelle cl physique ? Enfin , -au lien de lui décerner les honneurs
d’ une vainc souveraine Lé ♦ n’cst-il pas préférable fie te faire passer delà condition de salarié h celle coassocié, et de lui ôter des courtisans pour lui donner des supérieurs toujours occupés de Fêle ver à eux? Ah I ne rendez pas arbitres du progrès les hommes tes moins progressifs ; ne décernez pas le prix du combat par la main de ceux qui savent le moins bien combattre ; et * une fois délivrés de ces fantômes du despotisme et de la tyrannie , que voire haine du passé évoque encore avec terreur, attachez avec confiance vos regards sur l’avenir, où régnent seuls l’amour, l'intelligence et le travail*
Ah ! laîssez-nous doue enfin réhabiliter dans vos esprits IVutoiuté et Foréissance , flétries d une réprobation si longue et sî souvent méritée ! Et comment, dans l'associa-
lion nouvelle dont tous les membres marchent avec ardeur dans une même carrière, leur amour mutuel pourrait-il sc manifester, si ce n’est par l'autorité et l'obéissance ? Gouverner, c'est exciter , harmoniser , diri g c r le sx. flUrisaîe rs \r but aimé de tous ; obéir, c*C3t suivre une route plus -facile , plus douce et plus prompte. L’autorité et F obéissance nr ^sont que la transformation politique de Fumeur qui unïl tous les hommes en Dieu, Et pourriez- vous leur préférer cette triste indépendance qui aujourd'hui isole les sentiment les opinions , les efforts, et qui, sous un nom pompeux, n’est rien autre chose que Y égoïsme , accompagné de tous les maux qu’il enfante P Combien , combien d'infortuné* expirent désespérés, dans la solitude qu’ils sc sont ftiîle autour d’eux - memes , victimes d’une anarchie qui les a livrés sans défense à toutes les attaques , comme si la société était un champ de bataille , où le droit de chacun est clc faire la guerre à ses dépens !
Cessez, cessez désormais de vous figurer l'obéissance
sous l'emblème d'un joug pesant, subi avec douleur* L’obéis-— i sauce ! c'est l’appui que le faible trouvé dans le fort, c’est le lien tutélaire qui unit l'inférieur au supérieur , c’est le degré à la laveur duquel le moins avancé s'élève h un progrès nouveau , c'est la part de joie et d'espérance que l'affligé reçoit du consolateur, cest un échange continuel, où le plus riche s'enrichit même de tout ce qu'il prodigue au plus pauvre, c’est enfin Finitiation du moins aimant, du moins intelligent, du moins actif, à des trésors d'amour, d i nlcll igence cl d5 uct i vi té , qui lui son t incess a mment ouverts. Ah! sans doute, l'obéissance doit encore, dans l’avenir, coûter des larmes aux inférieurs, mais des larmes de reconnaissance et d’amour; car celui qui commande est un père, celle qui ordonne* une mère; ceux qui obéissent sont des fils, sont des filles, toujours chéris! Oui, le sentiment qui unira, que dis-je, qui unit déjà dans la hiérarchie^ saint- sïmomcnnc les inférieurs et les supérieurs entre eux, fait pâlir, par son exaltation passionnée, 1a tendresse paternelle et la tendresse filiale la plus exaltée, dont tous les siècles écoulés nous aient transmis le modèle! Que venez - vous donc nous parler de cette obéissance passive , empreinte d’une servile patience ou d'une religieuse résignation * comme si l’autorité pouvait être encore le despotisme brutal d'un maître , ou la sainte rigueur du ministre d un Dieu incomplet et jaloux! Le moine du moyen âge mortifiait sa volonté comme il macérait son corps, et subissait î obéissance comme une expiation de ses fautes ou de celles d'autrui * sous des chefs dont le devoir était tl exercer constamment son humilité’ Loin de nous cet est-lavage anobli! loin de nous cette autorité au cœur étroit , au front impérieux, au langage austère ! loin de nous celle
f uj8 )
obéissance ;m é&Hr contrit, au Irool courbé, au moi ru- laugage!
O l>îeii , hi ne veux plus que nous t’adorions en nous prosternant devant tes autels, la face contre terre; mais que notre amour pour toi , pur de terreur fet de résignation, éclate ptr un inépuisable espoir, et par d’inépuisables actions de grâces ;
Et tel est aussi notre amour pour les chefs que tu umts as donnés. Noire obéissance porte uniront libre et riant, et né s’abaîsse point h une dégradante altitude ; et leur autorité manquerait de jouissances, si les ordres qui en émanent sans cesse, en témoignages de tendresse et de protection * ne remontaient vers eux en férnoîg nages de tendresse et de reconnaissance !
Tu n és pas, ô mon Dieu, le Dieu solitaire des chrétiens;
Et ruutorité de nos chefs , qui ne sc complaît pas dans u ne silencieuse solitude , partout virante, signale partout sa présence par un redoublement continuel dévie.
Tor-mèmé * o mon Dieu, tii te réjouis des hymnes de Fiiiimanîté se développant en toi, et saluant Faccoaiptissèment de ta volonté ;
Et Li puissance de nos pères , image de la tienne , retrouve avec délices la confirmation de son amour et de sà sagesse dans les unanimes acclamai ions de leurs enfans.
Comme , mi souffle léger du vent , frémissent toutes tes leiiiltes d’une immense forêt , à b parole du chef nouveau résonnent tous les cœurs avec un merveilleux accord. L’air ! ori té et l’obéissance formel il , parleur concours, une harmonie de plus cil plus parfaite, dont la pureté serait altérée ou la plénitude déLmle , si h h voix qui commande ne ré-.
|)oiicl;til avec entraînemenl la voix de ceuxqui obéissent; harmonie vraiment divine, image, reflet, écho vivant de celt,, harmonie infinie cjui unit entre elles foutes les parties rie Pu divers !
Oh !ÿj mes parles laissaient encore subsister ces frayeurs tm acinaires do la tyrannie , mes Hiles , ludîz^nous à rassurer 1rs cœurs, vous dont le sexe, asservi sous F empire de lu force bru Laie, relégué dans I étroite liberté du loyer do mes ikpie , sons une loi de charité incomplète, ne peut être appelé que sous le règne définitif de la paix cl de F amour à participer b toutes les fonctions sociales» Quel spectacle sublime présente alors l'humanité, unie , non «Tapr$$lç* cou- J veillions d'une égalité factice , mensongère , stérile , amis d'après la loi (F une inégalité réelle, légitime, féconder en une seule famille , donL tous les membres tendent une main à leurs inférieurs pour les élever avec amour jusqu à eux . ut présentent l'autre main a leurs supérieurs f doucement uüîÿés jusqu’au rang qu'ils occupent! La famille humaine, L^ràcc à ce mutuel appui , sc rapproche toujours de Père ! glorieuse où, touchant à l 'égalité qu’elle poursuit sans cesse, tdle méritera par ses progrès d’èüc appelée à des dcslinées nouvelles dans le sein de Dieu, qui mjjom’dHuii n exige point de nous le sacrifice de notre liberté * mais dont h culte peut seul la concilier avec l’ordre ! Oui , je vous le dis : j’osàts , et nul n>st pins umm que moi ! car ce qui m'est ordonné est ce cju-il m’est doux de faire» Et mot aussi, j'en fais gloire, j’ai senti mon cœur tressaillir au tioni de liberté 1 mais ce bien que j’avais cherché P P obéissante me le donne, en Fembel lissant d un charme toujours eonvemi 1
Venez 7 venez donc à nous , vous qui redoutez 1 anarchie, par In société oii vous vivez est livrée h un désordre et h
une confusion qui no cesseront de s’accroître ; vous qui re doutez le despotisme, car la société privée de cette puissance morale qui fait la douceur de 1T obéissance , quand elle commande , blesse et accable d’un joug matériel ; vcnés accepter une autorité et une obéissance fondées unique ment sur l’amour. Venez , vous aimerez et vous serez aimés; pour accueillir les fils nouveaux qui s’ offrent à nous, nous avons de vives étreintes dansnos bras, et des Larmes dans nos yeux. Mous ne vous appellerons point nos frères ; le christianisme, chargé de révéler aux palricicnsct aux plébéiens , aux maîtres et aux esclaves qu'ils étaient tous d’une même nature , dut courber les superbes et les oppresseurs sou s ce nom, également adressé aux faibles et aux opprimés , comme sous un niveau divin , qui, en détruisant par une égalité fictive une illégalité fondée sur d’odieux privilèges, préparât le règne de fînégalïté réelle et légitime , fondée sur la capacité. Vous serez d'abord nos fils , vous serez d'abord nos filles; mais réjouissez-vous ; notre religion est celle du progrès, et ce jour sera b tan dou x , ou nous pourrons v ous appeler du nom de frères, de celui de sœurs, lorsque vous aurez atteint le rang que nous occupons i plus doux encore serait celui où nous pourrions vous rendre un hommage lilial; car notre srnhî lion io plus haute est d’être surpassés ^ par ceux que nous avons engendrés è la vie saint-simoi n renne, Venez donc , selon le rang que vous aurez mérité dans noLrc hiérarchie, nous aider h établir un ordre nouveau , destiné h mettre un terme à l'anarchie et au despotisme.
Dieu rcous a uormi le thonde. Les pères de rhumauïté nouvelle n’iront point , timides candidats, la tête baissée et les mains suppliantes, solliciter les suffrages du peuple, pour être admis h le régir, el le peuple ne s,inforincrft ni
( SiGl )
je lcllr rang , ni de leur fortune / ni de leur âge* Ils procla- * ment, ou nom de Dieu qui les envoie, le but religieux capable de déterminer un progrès immense pour la société» et la société les salue de scs acclamations* On ne sait d ou J ils viennent; nul ne connaît leurs noms encore obscurs; mais Üs parlent , et ils ont dans leur voix une puissance qui courbe , et dans leurs acçens une douceur qui attire et qui retient 1 ils commandent, on obéit avec joie; ils marchent , on les suit avec empressement* Le secret de leur autorité est tout entier dans leur loi en Dieu , et c est parce qu ils ont foi en Dieu qu’ils ont foi en eux-mêmes; c est leur amour pour Dieu » source de leur amour brûlant de Tluimauilé, qui leur révèle toutes les plaies, les initie a toutes les souffrances, et souvent remplit leurs yeux de larmes, que ne laisse jamais tomber l'inébranlable certitude de remédier b tant de maux* Ces hommes sont en effet les hommes de l’espoir I. l’espoir, émanant sans cesse de leurs discours, de leurs gestes, de leurs attitudes, les enveloppe en quelque sorte d’une auréole divine qui les désigne h l’amour et b la soumission des peuples. A peine ontils paru , autour d’eux se groupe une nouvelle société, qui , pleine d’enthousiasme et d’avenir , au milieu d’une société languissante et décrépite, vit, se recrute b chaque instant de tous les cœurs généreux , de tous les esprits élevés , transfuges glorieux d’un monde mourant, grandit, s’accroît, se fortifie; et bîenLôt le jour arrive, oii elle enlace tout entière dans ses milliers de bras la société expirante, la presse, lu réchauffe, l’étreint avec une incroyable ardeur, et fait enfin succéder aux sourds géraîsscmens d’une longue ' agonie un cri sublime, un cri d’espoir , signal de la régé- , néralion!
Voilà les hommes que nous annonçons, que nous coui-
lîKïiçons dëjS'; cor notre?, ambition marche, la tête haute elle front découvert , c’est une ambition toute de paix vt d'amour ! et no nous demandez plus d'on vient notre confiance dans le succès. Un mot suffit : nous ne savez ni commander ni oréir : chez ïvousTon commande et l’on oïîèit : divisés , irrésolus, livrés h de eontihueftés inquiétudes , aujdtiriühüt pleins dé zèle, demain lièdes et découragés, vous no formez point une association réelle ; nous chez lesquels existe une miuïABCïUr; toute puissante par rameur qu'elle témoigne et qu’elle inspire , nous formons une société élroi tement unie, quë rien ne peut rompre, eidès lors destinée è vaincre pacifiquement. Sans doute vous pouvez nous résister quelque temps encore, et surtout r&itlcr nos liantes prétentions; mais rappelez -vu us que les Juifs tournaient aussi en ridicule la royauté du Christ, et cependant le frète roseau qirils avaient dérisoirement placé entre ses mains a passé a celles de ses glorieux successeurs, et a brisé 1rs chaînes do les clavage I Sans doute les chrétiens ont acheté partie longues persécutions T honneur de la victoire; mais les persécutions n’ont rien pu contre eux, et vous vous ne pouvez pas même contre noos la persécution. Vous mugi riez de profaner vos principes de tolérance et de liberté , et de gêner la propagation de noire religion * lorsque pour la combattre, ei meme la calomnier quelquefois, vous avez vos salons , vos chaires , vos tribunes , vos journaux I N estce donc pas assez pour vous croire victorieux ? et cependant, sous quelque forme violente, passionnée, outrageante, que vous présentiez notre religion , oui , vues m êtes les apôtres involontaires , et vous nous alliez encore h la propager. Car ce n'es! pus seulement In douce haleine du zéphyr qui répand au loin les semences fécondes de l’arbre nouveau ; les vents déchaînés les Colportent dans leur vol
impétueux , les secouent , les froisse»! , les il isp erse ni , cl en favorisent encore la salutaire multiplication! Essaierezvous des persécutions plus efficaces ? prenez-y garde; tout l’odieux dont vous pourriez vous charger , en vous mettant en contradiction avec l’esprit du siècle, tournerait à notre profil. Que pouvez-vous donc contre nous;1 llien, tant .pic vous n’aurez point' brisé ce lien qui nous .mit et fait notre force. Brisez donc alors notre religion; ôtoz-mms le Dieu que nous adorons; ôtez-nous Humanité souffrante , gémissante , appelant li grand cris un progrès qui la sauve : ôtez-nous la croyance dans le passé , la croyance dons un avenir de gloire et de bonheur; ôtez-nous la révélation de Saixt-Simox, ôtez-nous le souvenir de ces paroles divines qui ont fait tressaillir notre cour, agrandi notre esprit , et réglé nos actions, effacez, comme on efface sur le solde l’empreinte d’un pas léger , effacez ce sillon large , profond , em brassant le globe entier , qu’a tracé sur la terre le nouveau iiÉvrxATiiUB; détruisez la mémoire des sacrifices nombreux que tous nous avons faits à notre foi ; dissipez comme un vain songe l’amour des pères pour leurs fils, l’amour des fils pour leurs pères , et alors vous nous aurez vaincus*... Mais si vous ne le pouvez, que pouvez-vous donc? — ( outre nous, iuex! pour nous, tout I tout vous dis-je. — Oui, que votre voix s’unisse avec amour à la nôtre, ou qu’elle nous maudisse avec colère, allez, Dieu vous appelle a la propagation de notre foi; et, revêtus d’une véritable mission, l’éloge ou l’injure à la bouche, allez et enseickez !