‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 13 sur 46 · LE SACERDOCE · texte numérisé non relu

LE SACERDOCE

Mes Fils , mes Filles ,

SAINT-SIMON, fondateur méconnu d'une religion nouvelle , a légué h ses disciples, avec sa glorieuse révélation, les mépris qu'il essuya lui-même; nous iTavons rien refusé de son héritage, Mais si notre foi profonde, en face des répugnances que soulève parmi vous sa parole inattendue , nous rend inaccessibles au moindre découragement, pour être inébranlable, noire foi iTest poinL aveugle ; elle avait prévu les obstacles que nous rencontrons; et, loin de s'en indigner , dès long-temps elle a prémuni nos cœurs contre

lin justice d'une vainc irritation. Tel est l'un des caractères qui distinguent notre croyance dés croyances antérieures MOÏSE châtia cruellement les Hébreux de leurs fréquens retours h l'idolélrie* J K SI S lui-mcruo frappa d’anathème Jérusalem rebelle; et les chrétiens, chargés dû détruire acte, loi de guerre , s Essayèrent à la paix en livrant au siècle un véritable combat ou ils se présentèrent armés d'une solennelle réprobation et d effroyables menaces contre des adversaires armés du glaive et des suppliées; le glaive cl Aqs supplices furent -vaincus* Maïs SAINT-SIMON n'a point S de mai édictions à lancer, par la bouche de ses prêtres, sur le monde qui d’abord le repousse ; le premier il légitima tout le passé, parce que le premier il y signala une suite non interrompue de progrès ; en noiis inspirant Fen thon s î asm© de l’espoir, il nous révèle donc la puissance du regret; il nous fait ainsi comprendre quels liens peuvent encore, quoique affaiblis, retenir l'humanité , lorsque nous F appelons & u n va s t e prog r ès ; et il nous per met d' a d m ï rer , d a ns s a ' résistance aux apôtres de i avenir , un sentiment d'ordre qui la rend involontairement complice du passé, jusqu'au moment où la religion annoncée lui offrira un gage de sécurité dont elle a besoin. Ce n'est pas la terre de prornissïou qu'elle dédaigne ; mats elle redoute les diorrenrs du désert, et dans sa frayeur, elle sc rejette vers la terre de servitude. Je n’hësiie donc pas, au nom de notre mallire, z h vous absoudre de toutes vos répugnances; oui, nous glorifions le passé jusque dans l'opposition qu'il nous suscite:

? nous sympathisons avec la société jusque dans la haine et le I mépris qu'elle nous témoigne, parce que nous concevons la

(légitimité passagère de ces emportemens ; et nous ne disons pas même , comme Jésus : Pardonnez-leur , 6 mon pi re r mr ils ne savent ce qu'ils font ! Plus grand que JÈSÏJS,

S4HST-SIM0N nous découvre , dans celle première incréd ulrlé , une sage réserve qui ne do il céder qua la certitude d’une sagesse plus grande encore, et <juï , loin d’avoir hcmon de la démence divine, est elle-même une manisfesla Lion de celte prévoyance sacrée qui anime rbumanité.

Vainement je pourrais taire ressortir de vos reproches nue bizarre contradicliou qui ne vous permet de nous accuser qu’en vous accusant les uns les autres. Tour à tour nous sommes , h VOS yeux, des rêveurs s’élançant vers une chimérique utopie, des mystiques rétrogradant vers des ombres, et exhumant leur dépouille flétrie pour en accabler les générations actuelles , des agitateurs aspirant h tout bouleverser par un libéralisme effréné : et comment seriez vous d’accord contre nous , quand vous n’êtes point d’accord enfre vous-mêmes i1 Vainement je pourrais signaler, même chez les plus avancés d'en Ire vous, une véritable abjuration de vos espérances. L’avenir vous attire; le passé vous est odieux; le présent vous afflige! Et cependant , lorsque vous entendez une voix s écrier : Levez-vous et marchez ! 1 ’ ave n i r vou s l ro u v e s a us c n Lho n si as m o , le passé lui-m Orne parait vous offrir dans ses ruines un abri satisfaisant , el vous vous réconciliez avec le présent , dont tant de fois vous aviez déploré les misères. Et vous aussi, sourds à la parole du DIEU du progrès , vous retrouvez de l’encens pour 1 es î d o tes t \ i ic yo i a s a v î e z d écriées 1 s î gra n de est la pui ssancc de ce sentiment d’ordre, qui , malgré l'acharnement avec lequel vos opinions contraires sc poursuivent jusque sur le terrain ou nous sommes placés, voua frappe tTimmobilité, lorsque des révélateurs, encore obscurs, vous signalent un 1ml imprévu. Maïs , loin de moi ces faciles et In* justes récriminations ! Ge n’est pas sans résistance que

I l'homme accepte an Dieu ignoré ; il y a pour lui une solennité pleine de terreur dans cette initiation à une vie inconnue qu'il désire avec ardeur et refuse avec éüroî* Et Jacob » luttant toute une nuit contre un combattant mystérieux , tour à tour vaincu et vainqueur s recevant enfin de son rival divin le nom d’Israël* qu'il transmit au peuple dont ses fils ont été les liges fécondes, semble F image de lu société, alors que touchant h une ère nouvelle* et prête à former une nation régénérée , elle prélude, par un combat contre Dieu lui-même, à l'élection dont un jour elle doit se glorifier*

Cessons donc de noos le dissimuler , la guerre est entre nous* Déjà vous F avez commencée par des accusations que votre précipitation a quelquefois transformées on calomnies, mensongères comme un cri d'alarme, Pour nous , nous venons de faire Fapologiede ceux qui se nomment nos adversaires; que ce soit de notre part F unique signal des hostililési Oui , votre lâche est légitime: c’est h vous à vous défendre de l'Evangile que nous vous annonçons , jusqu'à ce que vous y trouviez des garanties suffisantes contre le danger du désordre et de l'illusion; la notre est de nous dévouer ,-avec un infatigable zèle, h vous faire aimer, connaître et pratiquer notre religion. Ce n’est donc pas une lâche indulgence que je viens lâchement réclamer. Je n’aî, au nom du DIEU que je prêche, aucune grâce à demander ou h recevoir; soyez, j'y consens, impitoyables envers nous, tant que vous pourrez Fêtre sans le devenir envers vous-mêmes. Mais ce n’est pas non plus l'anathème à la bouche que nous entrons en lice ; et de quel droit maudirions- nous l’opiniâtreté de vos refus dédaigneux , lorsque nous n'avons pas encore mérité d’être crus , parce que sans doute , 6 mon DIEU , nous n’avons pas encore as-

sez aimé? Toutefois, noms limiterons pas celle résignation chrétienne qui s'humiliait avec un morne courage sous la persécution : toujours debout , toujours prêts à répondre à toutes les agressions avec cette patiente ardeur qnc peut seul inspirer un amour profond de T humanité, nous oserions même nous plaindre, si la violence de vos attaques, en gênant la libre propagation de notre foi, nous donnait trop évidemment sur vous l' avantage de la modération. Songez-y bien; si nous pouvions échouer dans celte en [reprise que vous taxez de folie, nous tomberions avec honte , accablés de voire colère; et vous, si vous êtes vaincus, accueillis par des Lras caressa us f vous fie trouverez que des cœurs aïrrnms, avec lesquels vous vous glorifierez de voire heureuse définie 1

Mais que noire langue , faite du passé, est impuissante pour cet avenir dont nous balbutions encore les première s paroles! Je vous parle de combat, de défaite, de victoire*.. Est-ce donc qu'il existe entre nous , les énergiques rc présenlaiîs de Tordre nouveau , et vous, aujourd’hui les interprètes de Tordre vieüi , une véritable fui te | Non, nous concourons tous li une marche progressive et prudente; tous nous remplissons, selon les vues de la Providence, un rôle nécessaire, légitime, sacré dans ce drame immense I du développement social; et nous pourrions, nous quel Diiîo a choisis pour enseigner la loi d’uns charité agrandie, ne pas sentir, même avec amour, qu’à nos ira aux s’associent secrètement fës actes en apparence les plus opposés? 0 qu’elle est douce, pacifique et vraiment divine, cette religion qui nous apprend h ne rien haïr comme à ne rien redouter, qui nous invite au progrès sans nous irriter contre les obstacles , qui nous rend invulnérables à tonies tes attaqués et enlève a nos cœurs tout fiel, à nos lèvres tonie

amertume p qui met une couronne sur la UHe des martyrs cl a Vl tache point d’opprobre au front des persécuteurs; seule digne enfin d'unir les hommes en uue seule famille, o ii la discorde et la haine seront bannies jusque des souvenirs du passé I car le passé tout entier , maîtres et esclaves, vainqueurs et vaincus, oppresseurs el opprimés, bourreaux et victimes, laissera entrevoir h tous les yeux dessillés une harmonie, long-temps inaperçue, d* efforts efficacement combinés pour préparer le régne définitif de la paix et ch l’amour 1

Ah ! c'est vers ces jours de concorde et de joie que je veux essayer aujourd’hui de diriger vos regards 1 Moins avancés que nous, les chrétiens avaient placé dans un I ciel imaginaire toutes leurs espérances, dont ils n’avaient | pu concevoir la réalisation terrestre. Plus heureux, je puis entreprendre, dès à présent, de vous retracer la société de l’avenir. Mais qu’est- ce que la société sans la hiérarchie? Un corps qui ne se meut que par convulsions , livré h de perpétuels déchîremcns , h une douloureuse agonie. Où la vie est régulière et le développement continu , I h existe une puissante hiérarchie. Dérouler devant vous le tableau de l’association Saint-Simonie une, c’est donc mettre sous vos yeux le spectacle de notre hiêrarciue s^c&rdotale» se mêlant à tous ses mou ve mens pour les exciter et. les coor donner. Mais, quoiqu’il vos yeux Jn prêtre Saint^Suionie^ doive déjà différer des prêtres qui font précédé par un caractère propre comme celui de sa croyance, loi est aujourd’hui l’odîenx attaché h ce nom , que je veux d’abord , eu figurant successivement, sons leurs véritables traits, les prêtres du passé comme les types éminças des progrès antérieurs, vous apprendre , par ce qu'ils ont été, ce que nous devons ne pas être, et vous montrer que votre haine.

condamnation d’im passé cp uï fut utile, mais qui ne recommencera point, ne saurait désormais s'attacher aux fonctions sacerdotales, sans être une méprise et un anachronisme. Que leurs images, offertes b vos yeux, soient donc Je prologue de Ta venir,

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