PRÊTRE CHRÉTIEN
— Le voici I apôtre de paix et de charité, il se sépare, afin de le vaincre, du monde encore militaire; il prodigue sa science indistinctement à tous les hommes , et il ne doit
pas aux prorogatives de la naissance le rang qu’il occupe lui-même. Ce n’est point en touchant la terre , c’est en la repoussant avec dédain , c’est en accablant la matière d’anathèmes, qui! s’anime d’une force toujours nouvelle* Isolé du reste des hommes, n ayant de famille que la sainte milice dont if est membre, et de patrie que le ciel ; ne condamnant plus la femme h la servitude , niais au silence et à l’obscurité , comme si sa voix et sa beauté étaient profanes ; supérieur h l’humanité par les victoires qu’il est obligé de remporter sur les plus douces affections; enveloppé de sa robe noire, quî fait encore ressortir, sous un Iront pale, la mvsliquc ardeur de ses yeux, morlaux délices du monde, H semble avoir pris possession d’une vie nouvelle , et prétend commander h la société du même droit, dit-il, que Tâme commande au corps; mats cette société grossière, il no peut la dompter sans une discipline violente f dont il ne maintient la brutale austérité qu'en s’armant de la foudre céleste , et c’est par l’excommunication qu’il fortifie Fernpire de sa loi de charité* 11 ne verse plus sur les autels le sang des victimes ; mais il réclame , en offrande à son DIEU jaloux d’expiations, les larmes, les cendres, le cilice , le sacrifice de Lous les pencJians; et jusque dans un plaisir innocent il voit un vol fait à la pénitence. Aussi imprimet-il h son sourire même quelque chose de triste et de contraint; à travers ses hymnes d’allégresse il laisse s’exhaler une vague mélancolie, au sein d’un temple où le jour ne pénètre qu’en se dépouillant de l’éclat de ses rayons, et il annonce au loin ses solennités de fête et de deuil par de monotones accens , interprètes communs de la joie et de la douleur* Et lorsque, pour prix de longues épreuves, il promet un séjour de béatitude éternelle, il le montre suspendu sur les bords d’un abîme effroyable, où les pleurs et les grin-
( ftiG )
cemciîs de dents des réprouvés a lie stent l'implacable vengeance de sa Divinité. Ministre d’en Dr eu d’amour , il menace sans cesse; d'un Dieu de paix, il lutte toujours contre le siècle ; d'un Dieu d'humilité * il courbe jusqu'à ses sandales la couronne des rais; d’un Dieu de [sincérité } il poursuit par des votes tortueuses une domination que lui dispute César; d’un Dieu dont le royaume n’est pas de ce monde, il règne sur ce monde, afin do le rendre digne de l’autre; enfin, condamné à une perpétuelle contradiction pour accomplir le précepte salutaire d’upc religion nécessairement incomplète, il éprouve souvent en lui-mème de terribles combats entre ce Dieu dont il est l’organe, et Satan, qu'il lui est plus facile de réprouver que de vaincre* Gloire cependant au prêtre cbréLien , qui , semblable h la colonne de lumière ci de ténèbres , eu éclairant de ses vives clartés la roule de l’avenir, conduisit rimimmlé, qu’il avait affranchie , jusqu’aux limites de la terre de pvombsiwi, et confondit, de son ombre funeste, les persécutions cTiitt passé oppresseur et guerrier î
Eb bien i nous accuserez-vous de vouloir recommencer les prêtres chrétiens, nous qui remplaçons l'adoration du Dieu pur esprit, qu'ils croyaient, par l'adoration de i’ÜM-
- VEïiS AIMANT, INTELLIGENT UT FOUT ?
Non; avec les auteb qu’ils avaient encensés sont h jamais tombé! tous les prêtres du passé; sous leur empire, l'industrie ne.se développa qu'à la condition d’être esclave; la science qu’à la condition d'être oppressive; i’ amour lui-même ne triompha de la force militaire que par une lutte acharnée; partout l'essor des facultés fut rétréci par la nécessité dr l'antagonisme ; cl Xlnnnanilé . grandissant d. âge nuage par l'union cl par lardés union alternative de- bi religion éTdcTàpoîiLîque , porte c p co re éc ri l sur son front T gueimlk !
( ai? )
Arrière donc la guerre , la lutte , l’an tagonisme , el avec eux tous les prêtres empreints de ce signe fatal ! Gardonsnous cependant de les maudire! c’est par la guerre même rju’ils ont contribué aux progrès de l'association! MaLs si aujourd’hui rhimumiti, avide d'un destin plus beau , espère le développement -IpUS» et plein de ses facultés, ce ne sera point un des prêtres du passé, morts et réduits en poussière, mais un pd£thb soiteaii , vivant , radieux de foi, d’espérance et d’amour , qui la guidera au sein du ! cette ère inconnue de paix, de gloire et de liberté!
Ouvre-toi, cité nouvelle, plus sainte, plus grande, plus heureuse que Memphis, Rome et Jérusalem; ouvre t ton enceinte, ou règne le DIEU qui se ni vêle a. notre
CORPS BAR SON CORPS, A NOTRE INTELLIGENCE PAR SON INTEL- LICENCE , A NOTRE AMOUR PAR SON AMOUR !
L’aurore a blanchi le faite de tes monutnens; déjà je vois s’avancer tes habit ans en deux longues processions, les uns , les mains enveloppé es de leurs manteaux et le front calme et méditatif; les autres, 1 æü étincelant d'ardeur , et le bras impatient d’agir ; au milieu de leurs rangs lloUenl des bannières que le sang n'a point rougies; des armes meurtrières ne chargent point leurs bras; car ils aspirent à des conquêtes qui ne doivent pas coûter de pleurs; ils marchent séparément au son de la musique; mais déjà , se mariant aux accords do leurs înstrumens. une ouïssante"
Ils entrent.
* Soyez bénis , satans ; industriels , soyez bénis , dit le PnÉTEE 1 voici un jour encore qui doit étendre vos succès. Mais notre Dieu n'est pas un Dieu solitaire; il ne vous accorde des progrès toujours plus beaux qu'au prix d’un amour toujours croissant : Aimez-vous donc les uns les autres! Sa vans* c'est l’industrie qui popularise vos découvertes ; c’est elle qui h votre gloire , en échange de vos richesses scientifiques, ajoute ses magnifiques largesses; c'est elle enfin qui, en vous demandant sans relâche des secours, vous pousse sans cesse à reculer les botnes de la science. Industriels , c’est. la science qui vous apprend h féconder le sillon que vous tracez f qui rend plus sûres les mers orageuses semées d’écueils, qui dirige vos pas dans les routes ténébreuses que vous vous êtes tracées au sein de la terre; cTcst elle qui, conquérant pour vous, dans l’air, l’eau, le feu, d'utiles auxiliaires, chaque jour plus avare de vos sueurs, chaque jour devient pour vous plus prodigue de trésors 1 associez donc vos heureux efforts, afin que Dieu , mieux aimé, mieux connu, mieux pratiqué, se réjouisse lui-méme dons f humanité fidèle à f accomplissement de sa loi I »
il dit , et unît dans ses mains la main du chef des satans et celle du chef des industriels, symbole de l’harmonie sociale. La journée est bénie et les travaux commencent* Le Pontife pèse dans ses balances les destinées de la science et de l’ industrie, la part qu’elles doivent obtenir dans la munificence de l’Etat, et si les dote incessamment de leurs mut u elles richesses.
Initié par la sublime prévoyance du Pontife aux besoins de l'industrie, le CHEF de là science signale aux satans chargés de la perfectionner les problèmes qui laissent
encore en suspens de vastes améliorations ; leur génie a-t-il répondu h son attente, il veille à ce que la vérité h peine éclose, grâce il la fidèle rapidité des savons qui la propagent, soudain porte scs fruits! C’est ainsi qu’attentif au développement de la théorie et Ae P enseignement , toujours occupé de leur salutaire correspondance, appréciant les travaux des deux classes de sa vans, dont il stimule et unit l’ardeur, classant chacun selon sa capacité et rétribuant chacun selon scs œuvres, il poursuit avec amour le progrès de la science, dont il est le prêtre-
Initié par le Pontife aux découvertes de la science, le chef t>e l’industrie en enrichit l’atelier qu’il préside- Par lui se combinent les efforts des industriels qui transforment la matière et de ceux qui la font circulai'. A sa voix puissante, les pacifiques instrument de la production, les machines d’où elle s’échappe , en se multipliant sous mille formes diverses , et les flottes , déjà prèles à livrer leurs ailes au souffle des vents, et les fleuves, les canaux, ces chemins qui marchent , et ces rouLcs innombrables dont le sol est sillonné , semblent se concerter et régler Tune sur r&utre leur infatigable activité* C’e&tencore lui dont la voix paternelle assigne les rangs, proportionne la récompense aux œuvres, confère le travail et le repos; et chargé du gouvernement de T industrie dont son amour embrasse le progrès constant, il en est le prêtre.
Maîs voici un jour de fête où la cité se reflète dans la splendeur du temple- Le prêtre delà science et le prêtre J de l’industrie , chacun le front ceint d’une couronned’or , s’asseoient sur des sièges égaux, à côté et au-dessous du trône pontifical. Le Pontife suprême , la tôle ornée d’une triple couronne, paraît; il proclame un nouveau progrès h accomplir.
Accourez alors, pacifiques saleüiteatTun chef pacifique, vous qui par le prestige de la parole, du chant, du rhy thaïe , de la couleur, traduisez avec amour sa parole aimante! Us s’avaucent en deux chœurs; F un est formé de tous ceux qui par leurs récits et leurs poèmes ne se lassent jamais de célébrer Dieu et Pliu inanité, mais dont l'inspiration , pour éclater dans toute sa force, tx besoin A interprètes qui s’asseoient h elle; l’autre de tous ceux dont la poésie active met en lumière, sous les voûtes du temple, les trésors de la poésie féconde , mais immobile et silencieuse* Ces poètes, ces autistes, pompe animée, fêtes vivantes du temple, relèvent du Pontife qui nuit leurs detut chœurs, comme les deux classes de sa vans relèvent du crètee ai la science qui les unit, et les deux classes cPiN D üST rie ls du pkêtue de l h ND us trie qui les unit encore. Partout k Pbktee associe.
Mais à chaque degré de cette triple hiérarchie , la fjïmsi prend place u coté de F homme , dont clic complexe l'exi* tcnce religieuse cl sociale. Assise auprès du PONTIFE, sur sa tète, la couronne stérile des Sibylles s’est changé* en couronne nuptiale ; elle tempère le calme majestueux du visage de son époux par la grâce ineffable de son sort- : rire, et la mâle gravité des accens du prêtre par les enclin nleme ns de sa voix douce et puissante; tondis que son époux soutient la crosse pacifique , le globe, cet emblème menteur de l'ambition des Césars, qui, jusqu’à présent, a reposé dans leurs terribles mains , comme une ptfoie Irem- Liante entre les serres de l’aigle , désormais emblème véritable d'une puissance que l3 amour a portée bien au-delà des Hontes de la guerre, repose paisible dans la main d’une femme ‘ Oui, voilà le PRÊTRE nouveau, homme et Kjuisrü à la fois , qui gouverne la société, qui a pour elle le cœur
J’n n père et les entrailles d\mo mère , et qui ia pousse h mie continuelle amélioration* Chaque page qu'il ajoute n ioe fastes de rimmanilé est empreinte de caractères où le passé que sait le prêtre , et l’avenir que devine la prêtresse, semblent, par leur hymen, avoir contracté une mystérieuse alliance* Par moitié au passe, par moi Lié a IV venir, appartient l'anneau qu’il ajoute h la chaîne des temps, figure du présent, Enfin , quel que soit le rang occupé dans chaque hiérarchie par la femme , partout elle s'associe aux, travaux de son èroux, surtout par ses inspirations, et reculant toujours par l’élan de ses vceux l'horizon de la sphère où elle est placée, partout elle est T Image vivante de IVp&n-AtfCtij mais, nouvelle Pan dore, elle ne la retient pas captive comme un bleu qui doive lui échapper; elle lui donne tin essor toujours plus libre devant lequel tous les maux s'évanouissent par degrés.
Et alors quelle solennité que le mAmàoe! Ce n’est plus une union déterminée par de froides convenances , les calculs de i Varice ou le caprice d'une inclination éphémère; commandée par Pautorité despotique des parens, ou disputée à leur prudence par la passion aveugle des époux* Conformité de penchans, d’études, de travaux, telle est la loi invariable du mariage; et , s'initiant h la fois h Fhymen et ;i une fonction sociale, ils chérissent Hui dans F autre un époux, un associé , un prix de leurs progrès , une dot noblement gagnée 1 et cependant , ce jour de fête n’est luîmême que lé présage des jours plus rians qu’ils se créent ensemble ! Après s'être choisis sous les yeux de leurs parons, une fois unis par la imiu du Prêtre , ils se chois V Sent tous les jours* Quelles délices ineffables que celles de leur mutuel amour s'accroissant de la vivacité dé leur sympathie religieuse, qu’à sou tour il ne cesse de fortifier;
mobile puissant de progrès , et enrichi lui-même do tous les progrès qu’ils font dans la même carrière ! Heureux époux ! voire h auquel nuptial ne se flétrît point sous des larmes amères ou dans les transports insensés d’un délire passager ; il s’êmbellit d’un éclat toujours plus pur; pour vous , le flambeau de l'hymen brille d’une flamme toujours plus ardente. Et lorsque, vivant d’une vie commune , éprouvant les ravissemens d’une inspiration partagée , vous associez vos efforts et brûlez de rester , en grandissant , clignes l’un de l’autre, n’esl-ce pas un nouvel hymen, signe d’un nouveau grade conquis dans la hiérarchie, que vous espérez ensemble, hymen plus doux encore que le premier, consécration touchante qui n’est point réservée au stérile honneur de la décrépitude, mais à la gloire de vos succès I
Mais le Piuître , dont In bénédiction a confirmé le choix des époux , est appelé h bénir leur enfant ffouvEAU-Nf; !
il ne le reçoit pas comme un coupable qui doive, à son entrée dans la vie, subir l'expia U on d’une faute héréditaire : il l’accueille d'un sourire caressant comme un initié revêtu d’une robe plus pure , déjà affranchi , par sa naissance même* du passé, seule tache dont l’homme ait toujours è se racheter! Comme le sein du prêtre se gonfle d'un secret espoir sur ce berceau mystérieux, et que souvent, dans son ardente ambition pour le développement de In société, il dépasse de loi n tes rêves de l’orgueil maternel ! Avec quelle sollicitude il confie h ses pareil s comme un dépôt précieux cet enfant qui * par eux , appartient à Dieu et è l’humanité ! Jeune enfant , souris à ta mère , heureuse de la reconnaissance ; mais souris encore à ce prêtre* qui salue avec un égal amour tous les nouveau -nés , et ne mesure pas scs promesses au rang de ceux qui l’ont engendré; mais qui, te promettant la part de joie et de bonheur due
à tes mérites , te berce d'un oracle qu’ü saura réaliser , et déjà prêt à le prendre par la main , te conduira , non plus par une route hérissée d’obstacles, mais par un chemin doux et facile, h la vue de tes parens réjouis, jusqu’au grade dont tu seras digne, te donnera une famille que tu aimeras et dont tu seras aimé , mettra à tes côtés Fépousc do ton choix , et, après avoir embelli ta vie, ne t’abandonnera pas aux portes du touekau !
(t Et pourquoi ces sombres couleurs , ces habits de deuil , ces lugubres emblèmes? Mettez, mettez sur le front du mourant une couronne de fleurs, signe d’espérance, Il ne meurt pas3 il s’kremîîte lui-même avec effort à une vie nouvelle , et voyez , malgré ses douleurs, briller sur scs , lèvres pâles un doux sourire * présage d une meilleure des- . tinée! Àh ! n’arrosez pas de larmes intarissables cette dépouille glacée qu’il abandonne ! Plus belle et plus brillante sera la forme sous laquelle il reparaîtra au milieu de vous: la__mort esL.à Ll fois un but et un fieu de départ ; la fin d'wnv carrière, et le commencement jd’uD^çarrîfere pTus heureuse; lien mystérieux qui ratlache ijii .progrès à im progrès nouveau. La vie est-elle donc si amère pour que vous pleuriez [a mort, commencement d’une autre vie? » Ainsi parle le PRETRE : debout auprès du mourant, il le fortifie de scs paroles, l’encourage de scs promesses , comme une mère pleine de tendresse aide de sa présence le premier enfantement de sa fille chérie; après la mort, il entonne, en habits do fête, le cantique sublime de la résurrection î Et c’est ainsique, près de Haute! nuptial , k côté du berceau ou sur les bords de la tombe 9 le PE ÊTRE va semant partout des paroles d’amour , de joie et d’espérance : à inus il parle un langage commun, à chacun la langue do chacun; il ne s’affranchit point des liens de rhumanUé; il
est lui môme le lien vivant de la grande famille; il ne craint pas de se profaner en prenant part aux efforts de la société; il ne peut sé sanctifier qu’en les excitant et en les dirigeant vers un même Lut; supérieur aux autres hommes, ce n’est pas qu’il abjure les aflections naturelles h leurs cœurs; mais mieux qu’eux tous il devine, il pressent, il conçoit Ions leurs besoins et peut les satisfaire* Aussi ne parle-t-il pas au nom d’un Dieu de vengeance; l’amour qu'il inspire est p tir de crainte et de terreur. Ce n’est pas I 'expiation qu’il demande, mais le progrès I Délivré de toute lutte contre Satan et contre César, il exerce, sans trouble et sans partage, une autorité légitime » et toujours pacifique; il l’exerce au nom de Dieu et de l’humanité , et le hï-gxe iw i Dieu arrive sur jla terre*
Pâlisse donc, devant la gloire du nouveau Pontife, la gloire des pontifes anciens ! Comme le Dieu qu’il adore, plus grand que les dieux antérieurs, est l'héritier de leurs attributs divers , réconciliés, el l’un par l’autre complétés*! il réanme, agrandit et compte lie tous les prêtres qui l’ont précédé. De la main do prêtre païen, il prend te sceptre qui dirigeait l’activité des peuples; de lu main du prêtre chrétien, la crosse pacifique qui réglait leur sagesse* Po* tipe-Roi , il préside, par sou amour, au développe ment de Inintelligence et de la force, désormais unies : do sa tête majestueuse et féconde émane sans cesse la pensée du progrès, qui se propage par le prëtredk la science et par le prêtre de l’industrie ou sein des ateliers qu’ils dirigent, imprime h tous les travailleurs une nouvelle impulsion inspire les poètes et les artistes, circule avec rapidité dans tous les rangs , se ramifie jusqu’aux derniers degrés de la hiérarchie, et communiqué ou corps social tout entier un inaltérable accroissement de gloire , de bonheur et de vie I
( saâ )
Ainsi sc réfléchit dans Tordre politique Tiiarmonic sublime de T uni vers !
Mc$ fils, mes filles, saluez donc , dans le PONTIFE NOL- VEÀU , la société de Ta venir !
El maintenant que mes paroles vous en ont laissé en * Ircvoîr, à travers leurs ombres infidèles, la rayonnante lumière, reportez vos regards sur le présent. Qu’ai -je besoin de vous retracer l'anarchie qui vous livre aux plus cruelles divergences, el impose ses couleurs opposées mémo a» Pouvoir, qui, h son tour, vous les renvoie ? Quelle union entre T artiste, le savant el Tikotstiuel? Le poète dédaigne le savant; le savant, le poète; et tous deux s'accordent dans leur mépris pour l'industriel, qui lui-même , contre chacun d’eux, est d’accord avec l'autre. Sous T influence de pareils sentiment, la science et l'industrie, au lien de sc pénétrer mutuellement , semblent deux oasis, qui ne communiquent è travers les sables que par de faibles ruisseaux , tandis qu’un fleuve devrait , entre elles, couler à pleins bords el les féconder incessamment.
Mais oii la guerre régne- fc-elle avec le plus d'acharné ment , si ce n’est dans les rangs même, soit des sàvàks, soit des industriels ? Les sa vans , que le spectacle de Ttinivers vivant, harmonieusement lié, devrait inviter h une laborieuse concorde , ne voyant en lui qu’un cadavre glacé , ressemblent h des héritiers qui se querellent, sans respect pour le mort, sur la valeur de l'inventaire, et s’arrachent ses dépouilles par lambeaux! Les industriels? AhJ if entendez- vous pas le cri de détresse qu'ils poussent » s'accusant (Taveuglement dans T excessive abondance de la production ou dans la témérité de la spéculation, et payant a l’anarchie hv déplorable tribut de la banqueroute , dont le hasard fatal
( suG )
menace aujourd'hui tant de têtes , et s'est déjà iàit une si large part?
Cependant , que font les portes que Diku investit de la gloire d'unir les hommes entre eux? Divisés eux-mêmes, ils ne vous plaisent qu'à la condition d'exprimer avec énergie les plaisirs farouches de l'indépendance, les douleurs de l'égoïsme, les joies de la ruine; des accens blasphémateurs , des cris de guerre et de désespoir, voilà ce qui vous fait tressaillir, vous arrache des larmes cruelles dont vous vous enivrez avec frénésie , et c’est à son langage de plainte et de désolation que vous reconnaissez le chantre légitime de votre épocpic.
Oui , partout la discorde , la souffrance! jusqu'au sein du loyer domestique, où i1 amour le plus ardent est souvent une fièvre passagère; le mariage , un jour de fêle suivi de longs jours d'indifférence ou de deuil ; l’hymen , la consécration d'un divorce flagrant ; où enfin la tendresse des époux rencontre dans l'absence d une même occupation des limites qu’elle ne saurait franchir ! Ah ! ne vous réjouissez pas de la naissance de vos fils! La société, comme une marâtre impitoyable , leur réserve les maux que vous avez éprouvés , sème sur leur roule des obstacles multipliés, et si elle vend à quelques-uns les jouissances de la fortune au prix d’une dégradante oisiveté , elle vend au plus grand nombre les douleurs de l’indigence au prix du plus rude travail ! Souvent meme, dès la plus tendre enfance, elle sait briser, entre eux et vous , tous les liens d’affections et d’opinions communes, réduire ce nœud qui vous unit à un isolement qui le rend bien précaire, et en vous condamnant au milieu d’eux à une douloureuse solitude, rendre auprès de vous vos cnfnns orphelins. O que In vie est maintenant amère I Jamais plus de malheureux ne l'ont vo-
( ai; )
ïontai renient quittée; et toutefois que la moivt vous apparaît hideuse! Nul espoir ne fait briller à vos yeux sur la tombe une lumière tutélaire; la vie est pour vous la planche du naufragé* & laquelle vous vous rattachez, aii milieu des ténèbres, avec une secrète terreur; et lorsque la mort vous ravit ce qui vous fut éfaer , que d'angoisses dans ces regrets, qui u ont plus à se prendre qu’à un cadavre, qu a une poussière sans nom f qu’au néant ! Votre inconsolable affliction vous rend alors la foi du blasphème ; et c’est ainsi que p ri vés , dans tout le cours de voire existence , de l’appui et du charme de F amour , vous ne savez ni mvm ni mourir !
La voîlk donc cotte société en faveur de laquelle vous ) vous armez contre nous de mépris et de colère J Ah ! lorsqu Un si déplorable présent vous accable, faut-il vous obs* tîner h condamner la sociAtê soimai.E qui a puissance de vous eu délivrer? Vous nous accusiez de mysticisme l N V ÿez-vons pas vu que la matière , rëhabildéé se s
travmiXj.jgs régie par
un prêtre qui préside k son développement , rentre aa seiu du temple comme au sein de DIEU Im-inêîn* ? Vous nous accusiez d oppression ? N’avez-vous pas compris que tons les privilèges de la force sont abolis parle ppniife nouveau ?
De despotisme? Quoi ! la femme que vous-mêmes, inspirés par les souvenirs du passé, poursuivez encore de vos injurieux dédains, est conviée, dans tons les degrés de la hiérarchie, h partager le rang de rhoninie,ct vous trembleriez? Que venez-vous donc toujours nous parler des prêtres égyptiens et des prêtres chrétiens ?Non, vous no pouvez plus nous confondre avec eux, et, si vous voulez nous accuser, appeleznous de notre nom que nous n’avons pris h personne; déliez vous encore , j’y consens, de l’avenir que nous vous
imnoiiçuïfê; mats cessez de nous imputer Radieux tlu passé.
Et cependant , pour être dépouillés dû lotis les enchante- 'inens, devez-vous ailée ter de ne voir clans la perspective à\m destin meilleur qu’une décevante illusion? Êtes-vous donc ) réduits à ce point de misère, que vous vous défendiez de l 'espérance comme d’un piège * et du progrès comme d’une utopie ? Telle est la vérité ; quelles que soient les repu gn noces qu'ait soulevées légitimement, je b répète, b nouveauté de nos senti mens et de nos opinions, oh! que vous vous défieriez moins de nous , sj vous pouviez vous délier un peu moins les uns des autres , et croire à la puissance de «ûkemutuelle sympathie! Mais vous savez trop Lien que I1 êgà&sme vous dévore; vous êtes les premiers à voüsTë reprocher, et chaque fois que je Pai signalé, du haut de celle chaire , comme la plaie de votre société, rPai-je pas senti a !Ti listant même, de toutes les parties de cette enceinte, affluer rapidement vers moi les témoignages de la justesse de mes paroles? Et pourtant même alors c’éhiil vous calomnier* Âh ! vous connaissez eucorc le dévouement, mais à la destruction du passé; l'enthousiasme, mais celui de la ruine; une religion, mais celle de la guerre; hors du champ de bataille , ce qui vous manque, et vous le sentez, ebsl la religion de la paix , du travail , de l'ordre . du progrès r et e est alors qu’en vous taxant d'égoïsme vous vous rendez justice. Mais vos cœurs cent fois vous Pont dit; l’égoïsme est toujours le pis-aller de l'homme! Osez, osez donc espérer un nouvel AMOUR ! car, je vous le dis, prétendre 'tomber votre présent avec sou anarchie, son isolement , et ses douleurs , c'est faire une utopie., celle du désespoir ! et voilà le rêve que jamais vous ne pourrez réali
H!r. voilà la chimère que je vous défie d’atteindre ! Dieu d’amour, Dieu d’espoir, Du;c du progrès, j’en jure ton saint nom! et voiis-mémes , malgré vous, à chaque in : slaul, vous secouez ce présent qui vous pèse, vous le défieriez sans retour; ou donc allez-vous? marchant au ha sütrd , vous heurtant les uns les autres f inquiets, médians , nui, vous avez besoin qu’un bu! , capable de vous rallier , vous soit enfin révélé ;
Il est si doux de rencontrer des cœurs, des voix, des1" mains, qui répondent aux nôtres, et de se sentir vivre d'une vie commune au sein d’un monde ois tous sont aimés de chacun , où chacun est aimé de tous! il est si j digne de plaire , cet avenir où les hommes formant une seule famille , aspirent, grâce, h leurs efforts âssociîsTâTi perfectionnement de f humanité entière par I* amélioration morale, intellectuelle et physique, de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre! eiquelleaSWîté pourrait \ous paraître plu s Conforme aux progrès accomplis et espérés p af la société que ce Lie autorité nouvelle , ihèocmüyue, parce qu’elle 11’çst plus fondée sur la force t mais sur un dmn amour ; monarchique , parce qu’elle est confiée à la capacité souveraine; aristocratique , parce qu’elle est déléguée h toutes les supériorités réelles, sans égard aux privilèges de la naissance ; démocratique , parce qu’elle est exercée dans l’intérêt du plus grand nombre? Ah J cessez enfin de lutter contre vous-mêmes en luttant contre nous; marchons ensemble , unis dans un même vœu ci dans un mémo langage, vers celle société régénérée! qu’est-il d’impossible à la concorde? Dieu, selon les antiques traditions * n’avait- il pas prévu que les fils de Noè élèveraient jusqu'aux cieux le monument de leur orgueil s ils parlaient Vue même langue? Mais aujourd’hui Dieu lu inné me , par
ta voix du Pfr&TiFE Nouveau, appelle h ne former désormais qu'use famille les peuples long- temps dispersés , & n’avoir désormais <tiîjiine voix les nations long-temps divisées par leur parole ? afin qu'avec mi admira Me concert de sentimens , de pensées et d’efforts* tous comtiniïent, sans jamais l’interrompre comme l’antique Bahol , l'édifice nouveau où T humanité , Cessant de se méfier des promesses de l)ï£tï* le bénira avec des transports toujours plus vifs de reconnaissance et <r amour î
l/ INTERVENTION.
Mes Fils* mes Filles l
Le prosélytisme * quelle que soit «ujourd hui la défaveur qui s1 y attache, est le témoignage de la vie d’une religion on d’une doctrine; son absence est le symptôme de leur dépérissement* Rappelez -vous ce qui s’est passé dans la société moderne. La philosophie , occupée d’arrêter les progrès du christianisme, qui déjà ne pouvait prolonger son empire sans une violence morale , soutenue quelquefois de la violence matérielle, lui reprocha la conversion des barbares comme «ne atteinte h la liberté de conscience ,
l it un coupable fanatisme dans l’ardeur des missionnaires à initier des pWipIndes sauvages au cul le plus épuré de la croix; ei lou te fois, en lui imposant la loi de tout tolérer, elle se réserva à elle-même le privilège de ne rien tolérer dé contraire à ses maximes; en lui interdisant toute propagation , elle se propagea de toutes ses forces; enfin , en le contenant dans mie complète stagnation , elle s’épancha en une rapide circulation, La liberté, après avoir signalé comme un avilissant despotisme faction du pouvoir dans les rapports sociaux, et f avoir condamné a f immobilité , loin de se vouer b la même attitude, sVgîta pour briser des liens désormais odieux. Alors la philosophie eï la liberté Lu mit puissantes; la religion et l'autorité» forcées d’accep ter ces conditions, proclamèrent cllcs-mêmes , en y sousi crivanl , leur solennelle abdication.
N’est-il donc pas remarquable que la philosophie et lu liberté on soient venues h tenir un langage pareil a celui de leurs adversaires vaincues, et semblent, a leur tour, par l'abandon avoué de leur ferveur première , constater leur propre décadence? La philosophie, quoique répétant ses formules déjà surannées ainsi qu’une vieille litanie, privée de toute exaltation, parce qu’elle a perdu sa foi en elle* même, effaçant , sans qu’il lui en coûte, ta contradiction que ses ennemis lui avaient reprochée , tolère paisiblement la religion dont elle est paisiblement tolérée, et, passée comme elle à l étal de superstition, se meurt h côté d’un * mourant; c’est qu’après -avoir rempli sa tâche, elle est at teinte par le .vague besoin iVim lîcn religieux : comme la philosophie, la liberté, qui naguère étendait sourdement ses racines , ou déployait ouvertement son icuiibge autour d’elle , renonce h se multiplier* Toutes deux enfin renient Voltaire dans l'arrêt que 'sa main frémissante aLlacbaîl h
chacune de scs lettres, et Mirabeau dans la prophétie que lui dictait son inspiration révolutionnaire. Tel est e spéciale qu'offre la société, ou une commune décrépitude, atteignant les doctrines triomphantes et déchues, se révéla surtout en ce jour par les faits importai» qui occupent votre attention.
En effet, k peine la France a -l -elle achevé l'œuvre glorieuse de su délivrance, et par son noble exemple est elle intervenue dans les destins de V Europe, le camp des libéraux se partage.
Les tins , sympathisant timidement avec les peuples qui prennent la France pour modèle , oit meme condamnant IVm p ressèment de ses généreux imitateurs, effrayés de ce cri d'insurrection que de toutes parts la rébellion leur renvoie, et déplorant avec amertume les fruits dTmie révolution, plus belle il leurs yeux avant sa fécondité, refusent de tendre la main a des alliés qu ils ne cherchaient pas, et, habiles ti colorer ce refus, prétextent hautement les droits sacrés de la patrie et l’amonr bien entendu de la liberté, envers laquelle iis se déclareraient coupables , s ils avaient despotiquement imposé aux autres nations les joies de FaL franchissement ; et alors, signalant dans le rôle précédent de la France, qui s'était fièrement constituée la pat roue des opprimés et l'ennemie des oppresseurs, le ridicule d un chevalier errant du libéralisme , ils s'extasient devant la précieuse découverte du principe de la non-inlcrvenLion , en vertu duquel rois et sujets, nobles et bourgeois , bourgeois et peuple, peuvent , dans chaque contrée, s attaquer et s égorger comme en un champ-clos , sans que les étrangers, spectateurs de ce combat à outrance, doivent secourir ceux qui défendent aujourd huî la cause cju ils défendaient hier, libres seulement de s'immiscer h ce sanglant démêlé pav
leurs applaudissenicns , à condition que leur enthousiasme soit prudemment calculé sur la distance cl tempéré par r étiquette de la diplomatie. Certes le degré de tiédeur et iV in différence auquel la doctrine de la liberté, malgré l’élan sublime de juillet, est enfin retombée, peut seul expliquer la naïve impudeur de ces hommes; et la morgue de prudence et de sagesse qu’ils étaient dans cette systématisation de IT égoïsme politique atteste qu’ils sont assurés de j trouver, au fond des cœurs *un secret appui dans un désir d’ordre et de paix* Et comment , incapables de prévoir In sérénité après l’orage , et ne trouvant ni jen eux ni autour d’eux la révélation d’un avenir tranquille, au prix de Forage même qu’ils voudraient conjurer, iraient-ils exposer le vaisseau de TElat aux hasards d'une horrible tourmente? Non, ils abaissent les brillantes couleurs dont il était pavoisé, plient les voiles, tour à tour, à demi gonflées et pendantes le long des mats, et , pilotes timides, debout, les bras croisés, sur le navire qui se balance et semble encore attendre un signal , ils contemplent de loin les naufrages qu’ils se félicitent d’éviter.
^ Les autres, émus d’une sincère sympathie pour les peuples qui , les yeux sur la France, ont bravé la tempête, professent l'intervention; mais eux-mêmes , malgré une foi plus vive dans la liberté, placés entre F amour de leur opinion et la crainte de paraître Fenil) rasser avec trop d’exagération , entre la tentation d intervenir cl un scrupuleux respect des droits de tous , également impinssans è saisir dans un vaste ensemble la marche de la société , ne peu vent échapper à un secret remords de ta pousser dans mie carrière sanglante dont ils ne découvrent pas le but dans une ère de' prospérité et de repos; dès lors, accessibles, m a 1 g ré leu r gé iiéros i ié , h u i î e pe u r ég oïs Le , c u gou rma n *
Aani tmc politique méticuleuse, ils en acceptent tout. Las la tutelle, cl toutefois ils portent à leur tour dans la conscience de leurs adversaires un véritable trouble par le blâme énergique de ne point servir une cause chérie.
lï y a donc, selon nous , chez: les adversaires et les partisans de ï 'intervention , une louable moralité? se formulant , chez les premiers, sons le nom d'amour de la paix, chez les seconds, sous celui d amour du progrès. Mais P impossibilité, pour les uns et pour les autres, de concilier la paix et le progrès les livre îi une incertitude qui s'augmente de leurs mutuelles hésitations , de leurs reproches réciproques, et laisse toujours indécise la grave question en li-
Nous nous proposons aujourd'hui d'intervenir entre eux* et de résoudre, avec noire foi hardie ci vivante, mi face d-iinc immense perspective, ce problème difficile pour leur foi Liinîde et morte, en face de Phorizon étroit qui borne leurs regards. En effet Saint-Simon , par la voix de nos Pères , nous révèle le passé aossi bien que Pavenir* Il nous dévoile , dans celte confusion apparente des nations et des diverses classes de la société se heurtant comme Jes [lots soulevés de mille fleuves élancés de leurs lits, mêlant au retentissement de leurs chocs des cris de guerre et des imprécations, victorieuses ou terrassées, subissant le calme de l'esclavage on brisant violemment leurs fers, une secrète harmonie entre tous ces mouvement; qui conspirent en tumulte h. un Lut commun, et dans le spectacle de ce chaos , il nous découvre un spectacle nouveau, celui d’une gravitation constante vers l'associa lion universelle. Au milieu de celle vaste agitation, il signale h noire admiration et a noire reconnaissance quelques hommes d'une stature colossale , apparaissant de loin à loin , révélateurs guerriers
ou pacifiques , qui s'incarnent dans les peuples agrandis. , et» par eux, entraînent puissamment les outres au progrès! Gloire h ces révélateurs ! Gloire à ces peuples choisis! Car c'est uniquement pur l'ardeur avec laquelle les hommes se sont communiqués eu Lie eux que peut être constaté le développement de leur mutuelle sympathie, el le zèle de la propagation ne mérite d'être réprouvé sous le nom de fanatisme que s'il s'agit dune foi rétrograde! Ainsi l'intervention n'est pas un laiL accidentel et passager; tour h tour armée, pacifique , religieuse, politique , scientifique , im duslridle, poétique, philosophique, générale, individuelle, elle est le fait régulier el toujours croissant de Hi Limant Lé,
Entreprendre de retracer l'histoire de Tune, ce serait tenter de faire l'histoire de l' autre. Mais embrassez d'un rapide coup d'œil l'intervalle immense qui sépare lu société actuelle de ce premier âge ou elle était éparse eu familles Isolées , el cherchez comment la Lente nomade s'es l changée en cité, la cité en capitale, la capitale en métropole comment L’autel grossier du foyer domestique s'est transformé en un temple magnifique , enrichi des offrandes d’une partie de la terre; comment l'hospitalité, premier traité d’alliance de citoyen h citoyen entre des cités ennemies /a fait place h de larges alliances de nation h nation; comment les hommes , ignorant le terme vers lequel ils sV c lie minaient, mais se croisant sans cesse, le glaive eu main, dans leurs routes aventureuses, ont marché, sans jamais s’arrêter, par des sociétés de plus en plus considérables, vers l'association universelle : telle est l’œuvre de 1 intervention !
El déjà le pre -si n Liment de ce lien qui doit les unir établit, au sein d'un cercle étroit, une solidarité entre les ancêtres et In postérité la plus reculée; fait d'abord, suivant la rigueur îles temps barbares, remua lerlu honte de
l’iiiiijiiité jusque sur les pères et redescendre le châtiment jusque sur les enfansi plus tard rend le mérite réversible suites uns et sur les autres; et, agrandissant l’association incomplète par cette évocation des races éteintes et cet appel aux races & naître, affecte il ta satisfaction de ce besoin invincible de communion les générations passées et les générations fui lires. Lh est la source de la puissance de développement 'S que manifestent ces sociétés limitées. Aussi avec quelle or~-/ gtu'illeuse assurance elles aspirent à la domination delà terre, dont elles croient îi cliaque pas rencontrer les bornes ! avec
quelle énergie elles attestent , par leur haine dédaigneuse pour les étrangers , le sentiment de cette unité dont elles ne retrouvent encore la conscience qu'en elles . jusqu’au jour où, soupçonnant une unité plus compréhensive dans laquelle elles ont leur place , elles proclament , en la légitimant, entre les diverses nations , une intervention qui pre¬
mièrement ne s'exerce , en s’avouant elle-même, que dans
chacune d’elles !
Toutefois , dans ce vaste concert des peuples , ne travail lu ut que sous une étroite inspiration , tous les efforts se sont, è leur insu, admirablement coordonnés, et, grâce ii la mission particulière de chacun , une lâche commune s’ est accomplie.
A l’œuvre , Egyptiens ; avec votre savante théocratie et vos masses ignorantes, dont vos îles de verdure, au milieu de sables arides, et vos pyramides hautaines, au sein de plaines étendues, sont les fidèles images, accumulez des trésors de science; couvrez-Ies, dans votre avare jalousie, du voile de vos mystères et de vos hiéroglyphes, et dédaignez de vous souvenir que vous êtes vous-mêmes les héritiers d une initia lion étrangère , dont le sphynx éthiopien , veillant nu pied de vos tombeaux , est pourtant le témoignage
À 1' (B uvre t Hébreux ! assurez , au prix de rextemimaiiou de peuplades idolâtres et sauvages , le triomphe de votre croyance plus humaine; emprisonnez avec orgueil dans ht terre de promission le dépôt sacré dont la terre d’exil vous a cependant appris a mieux connaître ia valeur , et ignorez tout ce que l’arche, cheminant h travers le doserl , emportait de pieux larcins faits h FÉgyple !
À l’œuvre , Grecs et Romains ! multipliez vos conquêtes, glori liez-vous de vos trophées, et, dans votre mépris pour tes barbares, ne demandez pas à Orphée à quelles lyres sont empruntées les cordes de sa lyre civilisatrice; ne "cherchez pas à démêler dans les livres sibyllins les caractères de l’Orient et de FElruriel
Mais enfin, après que vous avez tout rapporté à vous seuls, aveugles in s t rumens d’une loi générale de progrès , voici que parmi cette agrégation de tant de peuples que 1rs armes do ht Grèce et de Rome ont précipités vers lapais, grâce à la science de l'Egypte ÿ qui fuît du sanctuaire comme F eau trime urne brisée, les autels du paganisme vont être lavés du sang qui les a souillés; grâce à la révélation de Moïse, développée par Jésus, sur les débris des dieux grossiers abattus , une nouvelle loi de paix et d’amour est promulguée, et du concours de tant d’efforts égoïstes jaillît la reconnaissance de la fraternité humaine !
Qiéavons-nous besoin de vous rappeler la longue intervent ion du christianisme entre Dieu et le génie du mal , entre l’homme et le monde extérieur, entre les maîtres et les esclaves, les puîssans et les faibles, les vainqueurs et les vaincus* les hommes et un sexe opprimé? Remarquez seulement qu’elle fit gloire d’elle -même sous ic umn de prosélytisme. Et lorsque F Eglise eut déterminé l'abolition de l'esclavage rl rabaissement du pouvoir ne César, h celte
( ajy )
prédominance do la papauté, qui , do sa crosse pacifique, arrêtait les années prêtes au combat, terrassait le sceptre oppresseur* limitait les usurpations, traçait sur le nouveau inonde h ligne du partage entre des conquérant et qui , s’armant au besoin des foudres de l’ex communication , maintenait, avec un mélange de mansuétude et de rigueur, dans la chrétienté turbulente une imparfaite harmonie, succéda la prétention de J’équilibre européen , permanente iule^ventiou réduite h, s’appuyer sur la force, dernière raison des sujets et des rois , en P absence d’un lien commun <|iil les unisse ! Aujourd’hui t dès que la décadence de Perdre social antique fut imminente, les débris de ce système essayèrent , sous le titre pompeux de sainte-alliance, de se réunir encore et d’entraver la marche d< ^ nations vers leur affranchissement.
Ainsi s’est toujours exercée l'intervention. mission in-” 1 volontaire ou avouée, progressive ou rétrograde, des peu- j pies les uns vers les autres; mutuelle initiation, sanglante ’ ou pacifique, à ce qu’ils aiment , savent et pratiquent; per- J pétuclle éducation, brutale ou douce, dont le ministère est dévolu, par un droit divin, aux plus avancés d’entre eux* Ceux là , en effet , ont été les peuples choisis, qui , soit parla terreur, soit par l’amour, ont agi sur les autres avec le plus de puissance : noble privilège qui n’a point appartenu h un seul , qui ne reste point héréditaire ; cl quand le flambeau sacré est h prêt s’éleindrc entre de débiles mains qui le laissent retomber, une main plus hardie s Vu empare, le secoue, le ranime; et , s’élançant à la tête des nations, éclaire la roule de l'avenir d’une clarté imprévue! Professer la doctrine de la non-rntervendon en présence de tant de témoignages de llnterveniïon , n’est*
ce donc pas, en face du mouvement , professer la doctrine cle l'immobilité ?
Ah! qu’un tel spectacle est propre à accroître la sympathie humaine ! Songez, en effet , aux modifications que, dans celte multiplicité de rapports et celle conspiration tT influences toujours renaissantes , les arts , les sciences , rinclustrie, la religion , la philosophie t les lois, les langées,, les mœurs , les usages , (es traits meme du visage et les formes du corps , ont dû se ravir , s’ emprunter t se léguer, se communiquer; éludiez dans sa contexture profonde la civilisation moderne , où se croisent et s’ entrelacent , pour en former le lissa inextricable ci éclatant* ces innombrables fils, semés, cultivés, récollés , ourdis , colorés , continués par des milliers de mains , qui toutes ont participé h ce labeur commun. Contemplez enfin I Trima ni Lé actuelle. Babel vivante, dans laquelle sont entrés bruts, grossiers, incohérons , tant de matériaux divers peu à peu soumis à l'harmonie, statue colossale et vraiment divine , où brillent tous les peuples dans ce qu’ils ont eu de plus parfait , temple magnifique où sc sont successivement transformés tous les débris des âges les plus reculés; et déclarez, en vous sentant vivre en elle , si vous ne sentez pas b la fois dans les affections de son ame, dans les connaissances de son esprit , dans les jouissances de scs sens , dans les fibres les plus intimes de son cœur et de sa tète aussi bien que dans les fibres les plus saillantes de son visage , revivre le passé tout entier. Non , vous ne pouvez du passé rien supprimer* pas un antel, pas un sanctuaire, pas une cité, pas un fleuve, pas une montagne, pas un buisson peut-être, que sa vie présente ne vous apparaisse incomplète et altérée; tout se
lient , se répond , se combine; enfin la terre , par les accidens de sa surface , la variété de sa situation au* rayons du soleil, sa nudité et sa fertilité, sa froidure et sa chaleur, imprime un caractère particulier à la mission de chacun , détermine , par la nature meme des diflerens théâtres, la nature différente des rôles , intervient dans la destinée des nations qui l'habitent , et s’associe elle-uiêuie l\ celte merveilleuse solidarité qui unit entre eux tous les dcvcloppemens de l'humanité.
Mais si la civilisation ne fait son œuvre que par l'intervention, à chaque époque, un peuple so rencontre, qui a dans ce vaste travail une part plus large h réclamer. Qu'il vous s u (lise d’interroger des temps rapprochés de uou$, et voyez Rome. Rome s’élançant aux combats, les yeux tournés vers son Capitole; poursuivant , avec une infatigable ardeur, l'accomplissement des oracles qui lui promettent l’empire du moode; dédaignant tous les arts hors celui de la guerre, conquérant d'abord par la force des armes, par la terreur de son courage , et bientôt par la gloire de son nom; forcée en quelque sorte d’ouvrir son sein aux nations qui briguent le droit de bourgeoisie, et aux rois qui s’enorgueillissent du titre de citoyen romain; instituant, sous sa toge inviolable et sacrée, un premier essai de communion politique entre les habitans de tant de cités diverses; imposant h une foule de régions long-temps divisées une concorde inouie; les préparant ainsi h la loi de la charité chrétienne, et recevant enfin dans ses murailles belliqueuses l’esprit pacifique du christianisme, comme si la sainte colombe n’avait pu trouver d'asile que dans le nid sanglant de l’aigle, Rome n'est-elle pas une ville privilégiée qui fraye la roule du progrès , n’est-elle pas une cité choisie ? Gloire è
Home ! Mob son temps n’est plus; et maintenant, sans doute , vous brûlez de discerner la marque irilàiliib le d'une élection nouvelle, et vous cherchez quel peuple, entre tous, lève un iront marqué du sceau divin f rayonnant du signe d’une éclatante mission , parlant à tous une langue qu’ils comprennent, offrant à ions une main qu’ils acceptent et déployant un étendard auquel ils sc rallient tous*
Or, entre les peuples que nourrit la terre d’Europe, quel peuple inquiet, aventureux, sans cesse emporté par son audace hors de ses limites, s'étendant dans la Bretagne et se répandant dans l’Asie-Mineure, franchissant les Alpes avant Armibal, d’une main touchant ou Capitole, et de ï ’ a u i re ai i temple de I) e 1 p ï ics , fa is an t trem hier I a p I us g ra n d a des cités conquérantes , qui , en le combattant , déclare combattre pour son salut, tandis qu’en toute autre uièléo elle ne combat que pour la gloire; tombant enfin, mais sous César, et entraînant dans sa chute Rome, qui tourne alors son bras contre elle- même , comme si elle n’avait plus d ennemis dignes d'elle à vaincre , et fait autour de cette grande victime des libations de son propre sang; prélude à ses hautes destinées par celle fougueuse impatience avec laquelle il va se hasardant il tons les périls et visitant toutes les contrées?
Ecoutez!.*.- et, avant de le nommer, voyez comme sous ses pas s’agrandit le sillon lumineux qu’il a tracé.
O r , 1 o i sq u c le mp i re ro ni a in é p u isé , p p r t a n t s a tête des bords du Tibre aux rives du Bosphore', afin de prolonger son agonie , lègue f Occident aux barbares et la ville éternelle h la papauté naissante , que! peuple , subissant iubmêmc l'invasion de ces hordes sauvages , mais prompt h s’incorporer ses vainqueurs par leur rapide conversion; déjà fort et fidèle au milieu des autres nattons faibles f ïdo-
lâtres ou hérétiques; prêt au combat dés que le croissant défie f Europe, et trouvant d’abord pour l'écraser un Charles Martel; plus grand encore avec un nouveau Charles » impose pour barrière h la loi de Mahomet les Pyrénées, sème sur le sol de P Allemagne , entrouvert par le glaive, la foi chrétienne, et en fait surgir, dans des peuples régénérés ? de vivans remparts contre les inépuisables essaims vomis par P Asie; asseoit h la fois sur de solides fonde meus la cité pacifique et la cité guerrière; semble, pour ce grand duel du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel , prendre loyale mesure de leurs armes; et alors, plus puissant, s’élance, en donnant h PE uropc , par la voix d\m ermite, le signal des Croisades; éteint, dans des flots de sang versés autour de Jérusalem tour à tour délivrée et reprisé , Pardeur envahissante des infidèles qui ne savent plus que s’acharner au cadavre du bas-empire; et, commandant partout le respect de la croix, disséminant des monarques en Angleterre, en Sicile, h Constantinople, en Orient, étendant partout sa pourpre royale , faisant partout flotter la bannière protectrice de sa féodalité, traverse, avec un miraculeux éclat, cette longue lice du moyen âge, oii il combat et triomphe nu nom de Dieu et des dames, dont Pamotir inspire ses exploits et îes premiers accens de sa poésie?
Ecoutez ! son nom est dans vos cœurs , son nom est sur vos lèvres ; maïs, avant de te nommer, écoutez encore
Or, lorsque Perdre social condamné par son impuissance doit tomber son tour, quel peuple, le premier, secoue les chaînes du servage, enfante mie bourgeoisie industrieuse, oppose a ses nobles chevaliers de dignes rivaux dans ses obscurs soldats, installe en un tribunal la justice long-temps errante en croupe des barons, plante sur son territoire ,
en place des écussons seigneuriaux, F écusson royal, et absorbe l\*marchïetînd>uhm te dus fidsetnm vaste cl paisible empire; quel peuple, le plus ardent h la poursuite de l1 émancipation ? repoussant Luther par le pape et protestant contre tous deux par le scepticisme, fidèle b l’église comme b k royauté, mais se servant de la première pour renverser le jésuitisme, et la limitant par (hérésie avouée du gallicanisme, se servant de la seconde pour battre en b r écho la féodalité , et la limitant par les parlemcns , porte bientôt h hache dans le tronc meme de F a rbre immense que la réforme religieuse ci politique avait émondé sans le déraciner, et résume dans une ruine gigantesque, qui n’épargne ni Faute! ni le trône, toutes les révolutions successivement tentées ou accomplies ? Quel peuple alors , hardi b sg placer, par son élan dans In voie de la destruction , hors de la loi commune, provoquant les tyrans au combat, appelant les peuples a la liberté, hideux de terreur, sublime d’énergie , se précipite dans Far une , en lasse succès sur succès, va chercher les ennemis de sa cause jusqu’en Egypte, comme naguère il en avait couru défendre \m amis jusqu’en Amérique; promène sa révolution dans toute l’Europe» détruit le prestige des vieilles royautés par le scandale prodigieux de sa royauté nouvelle , légitime un moment les trônes surannés pur d’héroïques usurpations, humilie è jamais une poudreuse aristocratie, en inféodant tous les champs de bataille à la victoire roturière , excite les sujets, guéris do leur respect Superstitieux pour leurs maîtres, h la conquête de leur affranchissement : et, celte tâche remplie, abdiquant le chef qu'il s'était donné, mûrissant en silence, aux pâles rayons d’une dynastie qui achève de s éteindre , les fruits de la liberté que le sang avait souillés , ot que tes feux d’un despotisme éblouissant
avaient desséchés; constant dans sa haine du passé et dans ses pressentimcns devenir, au premier signal dW imprudente rétrogradation , pousse un cri, triomphe , et pardonne? Eli Lien! parlez enfin , quel est-il ce peuple, levant entre tous un Iront marqué du semai i divin > rayon liant du signe d’une éclatante mission, parlant a tous une langue qu’ils comprennent, offrant à tous une main qu’ils acceptent, cl déployant un étendard auquel ils se rallient tous ?
L’Europe reconnaissante a salué la FRANCE 1 Oui , voilà le peuple choisi, qui f depuis Broun us jusqu’à nous, jette hardiment son épée dans ta balance des destinées de la terre; fonde avec Charlemagne une Europe moderne * et brise avec Napoléon cette Europe vieillie; par l’un exalte la papauté de toute la splendeur de k victoire docile , et par Tau Ire la terrasse de toute T Insolence de la gloire rebelle; qui, à oiisie siècles d'intervalle , fait répéter à d’innombrables échos , dans la chanson de Roland et dans ta Mar mUaisc, ses hymnes de guerre cL de liberté; qui, tour à tour, propage, avec une égaie puissance , la lutte et 1a paix , la ruine et la fondation , 1 enthousiasme et l’ironie, la religion et la philosophie, les découvertes de la science cl les raffinemens du luxe, les miracles du génie et jusqu’aux caprices les plus futiles de la mode; qui se propage lui-même sous tous les cieux „ et , citoyen du monde, ou lui seul échappe à l’exil et à l hospitalité par une prise de possession du droit de bourgeoisie , s’acclimate h toutes les mœurs , et se plie avec une merveilleuse flexibilité à tous les usages, mais afin de couver dr peu h peu tout ce qui 1 entoure à scs usages et à scs mœurs; qui balbutie un unit de toutes les langues , et impose à tous les étrangers son propre langage » digne
instrument , par son allure franche et rapide , chine activité incessante, précis comme un idiome mort , plein de vié et de fraîcheur comme l’expression la plus précoce des vœux de l'humanité; peuple prompt à tout s’approprier pour le perfectionner , et de tous le plus imitateur et le plus imité, ardent h réfléchir toutes les lumières, et à les renvoyer comme un foyer fidèle en rayons plus lumineux , prodigué de tous les trésors d’amour, de science et d'industrie, qtril découvre ou recueille , et , loin de les conserver en obscurs lingots , battant toujours monnaie, et les versant dans le torrent de la circulation; avide au plus haut degré de toute espèce de renommée, parce que rien n’est plus populaire que la gloire; taxé de vanité, parce qu’il lui est plus doux dVtre admiré que de s’admirer soi-mème, d’inconstance parce qu’il est mobile comme le progrès , de frivolité parce qu'il se joue de tout enthousiasme rétrograde, et pénètre le secret de toutes les affectations; accusé de manquer d’esprit national parce qu’il est éminemment sociable, d'imagination parce que, depuis trois siècles, il renie énergiquement, sous imites les formes des arts, la poésie d’un monde destiné à périr; peuple voyageur, conquérant, missionnaire, revêtu du signe de Lous les apostolats, en un mot, peuple vraiment piûVntK, et digne cTtiiilier Lous les peuples à la communion universelle !
FRANGE, FRANGE ! loi que T un de tes poètes chéris a déjà nommée la reine du monde, si nous te glorifions, ce n’csl pas qu’un patriotisme étroit nous inspire; ah J c’est qu’à nos yeux tu es destinée à enlacer tous les hommes dans les liens d’une vaste association ! En vain Ton voudrait te nier le pouvoir dont lu es investie; tu tires l’épée , et mille glaives brillent hors du fourreau; tu parles, et mille voix répondent à tes a c cens; vers toi sont
tournés tous les regards , comme autrefois ible furent vers Reine, belliqueuse ou pacifique; maîtresse, parla seule attitude , d’arrêter ou de précipiter les mou venions de l’Europe , épargne , épargne le sang , mais détruis le passé; arme ton bras , et lu vaincras; dire l olivier , et tous ! accepteront; car les peuples t’ont voué leur sympathie; ils ont foi en toi : et telle est leur sainte confiance, que dédaignant, pour aller jusqu’à Loi , les oracles de tes inter prêtes mensongers , ils découvrent avec amour, b travers les nuages dont t’enveloppe une ténébreuse et craintive politique , ta tête sacrée , toujours radieuse rf intervention !
Et vous, adversaires pusillanimes, partisans timorés de rinterveution, si vous comprenez enfin quelle a été et quelle doit être la mission de la France, mettez un terme h vos frayeurs et à vos remords. Oui , si la France aide les peuples b briser leurs fers , espérez : elle saura les unir par un lien nouveau. Après les avoir conduits en chœur hors des débris du passé , elle n’ira point, impuissante à les guider autour de Féd i lice, naissant qui doit les abriter, ainsi qu’un coryphée épuisé de lassitude , s’asseoir b l’écart, et rompre en se retirant la chaîne harmonieuse qu’ils forment en se tenant par la main î Àh! sa gloire fui belle! mais que sa gloire nouvelle est plus belle et plus touchante! Brûlant d’un sainL amour, et ressentant dans scs vastes entrailles tous les maux de la société souffrante, par nous, elle proclame l’association universelle, le classement selon la capacité, la rétribution selon les œuvres, l'amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Disciples de Sairt^Simoh , glorifions-nous donc nous-mêmes! car par nous seuls aujourd’hui la France n’est pas déshéritée du signe de sa mission divine que d!uvcuglus eu fans prétendent lui ravir !
l'intervention CO-
Mrs Fils, mes Filles,
C’est en vain qu*une élroÎLe politique, aveugle au vaste tableau du dé Yeloppemen t dèî n u m a ni té , prétend appuyer de considérations empruntées h F histoire le système de non-inlerventîon qu’ci le prône avec compLisancc , et que démontent les événemens les plus solennels inscrits dans les annales des nations. Chaque page du recueil des tradi-
(i) Lft prédication que l'on va lire présente 7 d un point de vue bis torique pins général , le sujet trnîté pins spécialement , dans ta précède nie , du point de vue de la p nsi don ri do la mission de li Frmtt-ti,
( îi5o )
lions du monde nous offre, en traits éclatons, d'irréfragables témoignages d’une constante intervention, et, entre tant de noms fameux liés à celle œuvre immense , lait luire k nos regards ceux des conquérans ;N ces grandes époques où I accomplissement de la loi du progrès réclame le secours de leur bras.
Voyez leur apporilioncoïncider d’abord avec la venue des philosophes critiques, puis avec celle des BéciKiaATKifas lœljgixux. Tandis qu’Alexondre détruit d’antiques empires , les disciples de Socrate et de Platon déracinent de vieilles croyances ; tandis que César fait la conquête du inonde , un homme obscur apporte d’un coin ignoré de la terre un nouveau dogme à ce monde qui se croyait irrévocable* nient incrédule; tandis que les rois de France , et surtout Louis XIV, renversent l'orgueil féodal , Luther , par la réforme , Bossuet , par le gallicanisme , ruinent le pouvoir papal; Bacon et Galilée portent des coups terribles au catholicisme; Descaries et Spinosc font «avec leur ontologie audacieuse une brèche irréparable h la t héologie chrétienne; tandis que Napoléon travaille puissamment à établir l’unité européenne, un homme, obscur comme Jésus, transforme religieusement l’unité métaphysique de Descartes et de Spinosa , qui , sous sa forme philosophique, n’avajl pu faire aussi , comme la doctrine de Platon , que des sceptiques et des athées ; un homme obscur vient allumer le flambeau dune foi nouvelle, révéler le Dieu vraiment in- Jmi , qui se manifeste dans tout ce qui est dans l’espace et dans le temps, prêcher une charité plus large que celle des chrétiens, enseigner une unité plus complète et plus vaste que celle du catholicisme, cl signaler l'affranchissement definitif de la classe lu plus nombreuse et la plus pauvre , b réalisation prochaine de l’association universelle.
Hommes puissans par l’inspiration , pitissans par la pensée , puissans par les armes, tous tous qui avez poussé infatigablement le char de la civilisation sur le seuil de t’avenir oii notre maître l’a saisi , soyez donc aujourd'hui bénis au nom du dieu du progrès ! soyez glorifiés en Saint- Simon !
Mais, entre tous ces hommes , ceux qui ont concouru par la guerre à ce noble travail ont surtout besoin A eLre relevés de la réprobation qui pèse sur leur mémoire* et d être plus dignement appréciés. Voyez dans la suite des âges, elfc rie grands intervalles, de b ri ! (ans météores sillonner les airs ♦ À leur aspect, les peuples sont saisis tourâ lourd admî ration et de terreur. Puis vient la postérité , qui , tout éblouie par les traces lumineuses qu’ils laissent après eus s tantôt s incline avec respect, et tantôt les maudit pour avoir embrasé la terre- Cependant, s’ils oui porté quelque part le demi et la dévastation; s’ils ont rempli leur siècle d*é pouvante et de ruines; si des empires , des croyances, des institutions, revêtus du sceau de l'antiquité, ont disparu devant eux, sachons reconnaître, dans Tincendie meme qui ravage temporairement quelques contrées , le feu qui sert à réchauffer et à éclairer de plus en plus P humanité dans Tensemble des temps et des lieux. N’allons pas, snr la foi de contemporains intéressés, sous 1 inspiration de 1 esprit de parti, ou sous l5 influence de traditions classiques qui remontent à Tune de ces sources suspectes , n’allons pas blasphémer des noms que le Dieu du progrès, sous la forme du génie des batailles, juste envers ceux-là même qui ne le suivent qu’à leur insu , par passion pour la gloire , a inscrits en caractères ineffaçables sur celte colonne historique quî domine tous les âges, cl dans laquelle les pyramides , la colonne trajanc et la colonue française,
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viennent sc combiner comme les magnifiques matériaux d’un même cl sublime édifice.
Que l'aristocratie républicaine d’Athènes et de Home accuse donc Alexandre et César; que l'indépendance parlementaire et 1 indocilité féodale se réunissent contre Louis XiV; que des libéraux du xix* siècle se fassent même sur ce point les échos du jansénisme et de la fronde; qu ils joignent ensuite leur voix à celle de leurs adversaires pour méconnaître et déchirer Napoléon; laissons les amis de Démostliènes, les partisans de Pompée exhaler leurs plaintes et se venger sur des ombres; laissons gémir Lucain sur le triomphe du conquérant des Gaules ; laissons Boileau et Rousseau le poète tremper leur plume dans le iicl. pour en salir la mémoire du vainqueur de l’Asie; laissons le féodal Vlonllosier, l’ultramontain La Mcnnuis et le philosophe Lemonley accabler à 1 envi de leurs analaùius 1 autocrate de Versailles; laissons le républicain Chenier braver courageusement le héros d’Arcole et de Via reego , dont la gloire avait pu d’abord séduire le royalislo Chateaubriand; laissons Chateaubriand lui-même jeter plus tard de la boue sur l’infortune d’un grand homme, par distraction du génie et par aveuglement de parti. Tous ccs exemples d'ingratitude, ou, si l’on veut, de justes ressen limons , ne sont pas faits pour vous toucher, vous qui, dans la vie des conguérans et des rois, cherche/ moûts à saisir le fil secret de leurs actions que le résultat évident et manifeste de leur domination et de leurs notoires sur les destinées de l'humanité. Hé lien! c est du point de vue où vous êtes placés avec nous que je vais faire comparaître aujourd’hui devant le tribunal de 1 histoire les quatre ombres que je viens d'évoquer. Là, je
ne leur demanderai pas une fatigante biographie ou une apologie plus ennuyeuse encore ; je ne les interrogerai pas sur le mobile de leurs actions, sur les fautes, les crimes ou les excès qui peuvent avoir marqué leur règne; je leur dirai seulement : le genre humain , parti de la barbarie la plus complète, de l’isolement et de l’onlhi’opophngie , marche b l’association universelle, et s’efforce d’améliorer le plus rapidement possible dans son sein le sort
MORAL , INTELLECTUEL Ct PHYSIQUE de la C.laSSC lit plus
nombreuse et la plus pauvre. Je leur (lirai : qu’avez-vous l’ail , vous , qui ail pu lo rapprocher de ce but magnifique
La Grèce, héritière de l’Égypte, chargée de continuer l’œuvre civilisatrice qu'elle avait ébauchée; la Grèce, merveilleusement située pour servir de lien à l’Orient et à l’Occident , pour recevoir de F Afrique et de l’Asie les premiers progrès accomplis dans leur sein, et pour les transmettre h l’Europe; la Grèce , se rattachant è Memphis parla tradition , et î> Rome par la prophétie; In Grèce était divisée en une foule de petits états indépendans qui se jalousaient, s’inquiétaient et se déchiraient incessamment les uns les autres ; le régime républicain y était partout en vigueur avec un caractère démocratique plus ou motus prononcé.
Jlais qu’étatt-ce que celle démocratie? Vous allez en juger. Pour donner à nue poignée d’hommes libres le temps de luire les souverains sur la place publique , et les soldais il la frontière, une population active, mise en dehors de l’humanité , privée de la protection des lois et de l’appui des dieux, subissait l'obligation héréditaire de fournir à tous les besoins de la cité qui la repoussait de son sein, et de subvenir il toutes les exigences des républicains qui ne
lu considéraient que comme un vil troupeau de bétail. C'est vous dire que In classe la plus nombreuse cl la plus pauvre était esclave. Alors on achetait les rhéteurs et les philosophes au marché; alors le poète inventeur tic l’apologue était enregistré dans l’inventaire d’une succession , comme un jouet et un objet d’agrément, parmi les meubles laissés par son maître défunt; alors les jeunes Lacédémoniens allaient à la chasse aux ilotes.
Tant que in Grèce aurait été ainsi morcelée, tant que ces petites républiques seraient restées indépendantes, avec leur jalousie cl leur ambition respectives , le fléau de. la guerre n’eût pas cessé de ravager ces belles contrées ; le peuple souverain, continuellement occupé à délibérer ou J sc battre, aurait toujours eu besoin d’une multitude d’esclaves qui demeurât chargée de le nourrir; de telle sorte que le principe de l’association, renfermé dans d’étroites limites , n aurait jamais pu lier de vastes agrégations d’hommes, former de grandes familles politiques, et faire présager la paix universelle; de telle sorte encore que le joug moral , intellectuel et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre n’aurait éprouvé que d’insignifiantes améliorations, puisque le poids des mêmes nécessités aurait toujours pesé sur elle,
lié bien 1 c’est cet état d'hostilité permanente et d’oppression éternelle ; ee sont, ces entraves à l’extension du lien politique et au soulagement des classes laborieuses, que Philippe de illacedome , instrument aveugle du dieu du progrès , fit cesser par l’invasion do la Grèce ! G’csl cet immense bienfait que son fils Alexandre, avide de renommée et de puissance, sut consolider et étendre h l’Orient tout entrer par ses rapides et prodigieuses conquêtes.
Déjà 1 unité avait etc préparée en Grèce par la préémi-
nence alternative d’Athènes et de Lacédémone; déjè , sons le patronage de ces deux métropoles, des ligues , des alliances s'étalent formées, qui, après quelques années de guerre générale, avaient établi un certain équilibre, procuré d’assez longs intervalles de paix aux peuples de P Eurotas et de l’Iltyssus, Au scinde cette paix, les arts et les sciences avaient pu être cultivés, des instituts philosophiques s’étaient ouverts î le siècle de Péridès avait lui sur le monde; Athènes était devenue la métropole d’une civilisation supérieure h celle de P Égypte , mais que Pitnpuissance de s’étendre ail dehors par les armes tenait comme emprisonnée dans PAUique et dans P Asie-Mineure. Lors donc qu’Àlexandre , à peine âgé de vingt-six ans, se précipita sur FQrient, il y apparut comme le représentant du peuple le plus policé de la terre; ce fut le génie même du siècle de Péridès, conduit par la main victorieuse du disciple d’Aristote, qui vint s’asseoir et régner sur les ruines des empires qui avaient fleuri aux bords du Nil, de PEuphrale et de Plndus; vingt nations différentes se trouvèrent alors placées sous une loi commune, parlèrent bientôt une même langue, et furent ainsi préparées à recevoir plus tard une même religion. En vain la mort , sons pitié pour la gloire d’un homme qui, nuilgré son ambition cl son orgueil, mérita le surnom de Grand parce qu’il avait rinslincl des grandes choses , et qu’il fut dans PantiquUé un puissant auxiliaire de la sociabilité humaine; en vain fa mort vint frapper prématurément le jeune conquérant des républiques grecques et des monarchies asiatiques et africaines; ses heutenans, tout en démembrant son vaste empire, ne purent détruire l’immense et salutaire effet de sa conquête; chaque portion de ce magnifique héritage resta scellée de l’esprit de la Grèce;
ctjiit|»e royaume conserva religieusement les traces du passage de la civilisation athénienne; chaque successeur d’Alexandre eut sa capitale qui lut une véritable ville grecque. Antioche, Seleucie, Nîcomédie, Ptolémaïde, qui devaient un jour briller dans les fastes de l’épiscopat chrétien, s'élevèrent comme les vastes entrepôts des richesses intellectuelles que l’Attique versait sur le monde : Alexandre fit oublier Thfehes et Memphis, en continuant dans son musée 1 œuvre du Lycée et de l’Académie; les communications entre les peuples les plus éloignés devinrent plus fréquentes et plus faciles; de nombreux rapports s’établirent entre les nations; I esclavage, perdit de sa barbarie primitive , à mesure que les maîtres, moins obligés de se livrer au métier des armes ou aux luttes de parti sur la place publique, purent adoucir leurs mœurs par la pratique des travaux pacifiques; et la classe lu plus nombreuse et la plus pauvre, n’étant plus sous le coup de la nécessité qui l’avait réduite en servitude dans les constitutions purement militaires de pays incessamment déchirés par les factions et par la guerre, put espérer la fin d’une oppression dont la cause diminuait de plus en plus.
Ainsi , Alexandre , malgré ses défauts et ses vices, laissait après lui le germe , les élémens d’une société politique et d une communion morale ot religieuse plus étendue qu’aucune de celles de l’antiquité; ainsi il avait aplani les voies à l’unité de Rome conquérante, sur les débris de laquelle devait s’élever ensuite l’unité de Rome chrétienne; oins! sa puissance et sa grandeur s’étaient déployées au profit de l’association universelle et de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre! Gloire à lui! Gloire et respect h sa mémoire |
Dira-t-on maintenani (nies il a servi la cause fin progrès
et exécuté les décrets d’une volonté provîdeuti elle » c’est sans le vouloir et pour assouvir seulement sa soit* do renommée et de domination? Mais songez que cette ambition dont vous l’accusez, que ce besoin de commander l'admiration et de régner sur des peuples nombreux» révélaient précisément Famé ardente, la liante intelligence et la puissanie activité que réclamait une mission aussi extraordinaire que la sienne. Songez que le prince magnanime dont vous affectez de ne faire qu’un soldat ambitieux avait pris pour bréviaire i ou , comme II le disait lui-même» pour provision > les œuvres, du poète sur ta cendre duquel, selon l’expression de Chénier , trois mille ans ont passé, sans (jttil ee&sc (Cêirejeane encore de gloire et if immortalité; songez qiT Alexandre avait choisi Homère , Finspirateur de Platon, pour le compagnon de ses courses triomphales, et qu’au milieu des embarras de la guerre et des joies de la victoire, il écrivait au philosophe qui avait été son maître : « QiFil aimerait beaucoup mieux être au-dessus des autres hommes par la science des choses sublimes et excellentes que par ta grandeur et l'étendue de son pouvoir, »
Au lieu d’être bouillant, impétueux , superbe, si le fils de Philippe , le disciple d’Aristote , n’eut possédé que les qualités privées et les vertus modestes d’un citoyen de Stagyre ou d’Athènes, jamais il n’eût pu comprendre, accepter et remplir le rôle brillant qui lui était réservé dans I accomplissement progressif des destinées du monde. Il est vrai qu’un écrivain illustre , dont le style et la pensée portent le plus souvent le cachet du sublime , a dit d’Àtaxa mire que, s’il fût demeuré paisible dans ta Macédoine, (a grandeur de son empire n’aurait pas tenté ses capitaines, et qu’il eût pu laissera scs en fa ns le royaume de ses pères; il est vrai que Bossuet , après lui avoir reproché sa trop
grande puissance, connue élant la cause de la perle de tous Les siens, s’écrie : « Et voilà le fruit glorieux- de tant de conquêtes ! b
Mais Bossuet était évêque chrétien , et il écrivait dans un temps oii, le rolè politique du christianisme étant fini, comme il le constatait loi-même pat son gallicanisme, le prêtre catholique, relégué dans le mysticisme de son dogme, n’avail plus qu’à tonner contre la vanité et le néant des grandeurs temporelles î
C'est h la préoccupa Uon du ministre de l’esprit pur, à un excès d’exaltation cfti’îl faut attribuer ces écarts du génie qui, perdant son œil d’aigle, ne sait voir que la perle d’un chétif héritage dans Pimmense mouvement qui entraîne la Grèce civilisée sur les pas d’un grand homme dans les vastes et barbares contrées de P Asie et de l’Afrique, qui associe rOrient aux lumières de TOccident, et qui pousse si vivement les peuples à leur destination providentielle* Ah ! qu ils avaient bien mieux cohipris Alexandre , ces poètes chrétiens qui , jaloux de lier par leurs inspirations F histoire, de ce héros du paganisme 5 leurs traditions sacrées, présenlèrentle vainqueur de Darius comme l'instrument dos desseins de leur dieu , firent prédire sa venue par Daniel, et mirent dans la bouche du grand-prêtre Juddus la justification de ses conquêtes! de le répète, gloire au nom d’Alexandre !
Passons maintenant à César, et voyons quelle a été l'influe ne e de sa glorieuse carrière sur la marche de Phùiuanîlé.
Comme ta Grèce , l’Italie avait été primitivement divisée en petits états indépendant , qui se faisaient une guerre continuelle* Du milieu d’eux surgît un peuple pliisremuaiU
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plus belliqueux que Iris autres , et qui se donna religieusement la mission de conquérir le monde. Ce peuple, placé sous i 'influence des mêmes causes que les nations greo ques* avait aussi scs hommes libres et ses esclaves; il sui> divisait les premiers en patriciens ci en plébéiens. Le lien poli! ique s y trouvait donc fort resserré, et In sort de la classe fa plus nombreuse et la plus pauvre nj. était pas plus heureux qu’à Athènes et qu'à Lacédémone. De rapides conquêtes élargirent bientôt b cercle de F association : les Salins, les \olsques> lès Snmnïles , les Etrusque#» les Véiens , vinrent se réunir dans l’unité romaine , et déjà la république était puissante ou-dehors même de 1 Italie lorsque l’Orient se soumettait à Alexandre. D’un autre côté, fa cause des masses laborieuses fît quelques progrès an profit des plébéiens ; le tribnuat fut établi , qui ne cessa de lutter contre les prérogatives de la noblesse et de réclamer pour le peuple uûe répartition pins équitable des avantages sociaux. Cependant le patricial, opiniatrémeni attaché à scs antiques privilèges * défendait toujours avec vigueur la vieille constitution ; et malgré les Gracqucs , Saturnin et Marins , malgré Finsurrection des alliés et des esclaves, 1 aristocratie restait debout , orgueilleuse et oppressive. Profitant de sa haute position, elle cultivait les arts et les lettres , et paraissait dans la lice avec tout I éclat îles vertus et dos ta bus. G était au nom des Dieux et des lois saintes de la patrie que des hommes tVïm noble caractère et versés deiis la philosophie , Ms que Caton, fi ru lus » se consa* craient li la défense des privilèges de leur caste Connue h une cause juste et sacrée. Ensuite la conquête romaine , en s’étendant au-delà de b péninsule italique, n’avaitguèrc saisi que la dépouille des successeurs d’Alexandre, et s’é-
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tait bornée* par conséquent, è reconstituer Fondé eré^fë par l'épée victorieuse tic ce grand capitaine*
Un nouveau progrès vers Fossociatîon universelle consistait donc h faire pour POccident coque le destructeur de la monarchie persane avait fait pour POrîent; il fallait placer sous une même domination lés peuples du Rhin, , du Bosphore , subjuguer l’Espagne , la Lusitanie, les Gaules, PHelvétie , la Bretagne, la Germanie; planter les aigles romaines du Caucase aux rivages de la Bretagne; il fallait encore que In formation de ce gigantesque empire concourût avec P amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre; il fallait poursuivre, accomplir Pceuvro des Gracques et de Marins, renverser unr aristocratie odieuse, qui, propriétaire exclusive du territoire, se croyait généreuse envers les pauvres quand elle nr, leur laissait plus que la charge de nourrir un enfant sans leur en fournir les moyens; il fallait, proclamer la soumission commune des patriciens eL des plébéiens à une même loi, justifier S par ta eu s en faisant entrer ses affranchis en partage de quelques-uns des bienfaits de cette révolution, préparer le règne de la fraternité universelle, dont Pinfluenoft devait faire tomber les chaînes de Pesclave ; il fallait tout cela , et le génie d’un seul homme y suffit : je vous à i nommé César! *
Voyez4e passer, avec la rapidité de Péclair, des Gaules en Italie , de Rome en Macédoine t des plaines de Pharsale aux côtes d'Afrique, des ruines de Carthage aux bords du Nil eide PEuxin ; voyez-le franchir tour h tour le sommet de PAU as, la crête des Alpes et la cime des Pyrénées* Il promène partout, sur son char do triomphe , le nom , la langue , les arts, la philosophie , In civilisation de Rome; il
porta avec lui le siècle d'Auguste tout entier, qui est près d’écfore; il iniLic les peuples idolâtres à ce septicisme qui ne permet plus aux augures romains de se regarder sans rire ; il facilite » par la fusion de tant de royaumes en nu seul empire » l'établissement de l'association universelle quePéglise chrétienne va commencer dons l’ordre spirituel; il donne h l’Europe civilisée une nouvelle métropole , qui sc rapproche toujours de plus en plus de T Occident , à mesure que les lumières s’y répandent davantage et que les conquêtes du peuple initiateur reculent sur ce point les frontières de la barbarie. Il lait de toutes les nations une seule nation # de Rome une patrie commune ; il révèle h la terre , si long-temps arrosée de sang * les douceurs de la paix; il abaisse les grands et relève les humbles* Gloire ! gloire au nom de César! Lui aussi a fait marcher P humanité vers J association universelle! lui aussi a amélioré le sort et préparé L affranchissement des masses laborieuses ; et c’est avec raison qu'un tel homme , iÏEmt ses destins aux destinées de la terre et pressentant la sublimité de sa mission» peut dire avec orgueil au milieu dVn imminent danger, pour ranimer les forces d’un rameur impuissant contre la fureur des flots : « Courage » mon ami * tu portes César et sa fortune! * La fortune de César était celle du monde* Gloire 1 gloire au nom de César!
Maïs entre toutes les uaiions que cet illustre conquérant avait soumises , la France , destinée à accroître L héritage de Pioflueuce exercée par Rome , armée par Charlemagne pour les grands combats , grâce è l'organisation que son génie imprima à la force militaire, protectrice de PEu rope qu'elle sauve de la barbarie du Mord et de la civilisation de P Orient , commence, par les mains des rois de la
troisième rAce » è.ètfaiiio» pièce b pièce, l'édifice féodal* terrasse, par dilatantes victoires ou par une puissante dU plomaLie, rinlerveiiLioa de la noblesse étrangère , favorise l'émancipation des classes inférieures ; et tandis qu’elle coucentre dans le palais du monarque Faularilô éparse dans la foule des châteaux q uî couvrent sou territoire, elle invoque ses propies lumières contre I autorité suzeraine de Rome, quelle avait autrefois assise, sur de solides foudemeus , Comme un phare au milieu des ténèbres de T Occident.
Quand Louis X 1\ moula sur le I relie, les seigneurs étaient vaincus et desarmés; Richelieu avait continué a leur égard le système de Louis XI , et consommé a peu près leur mine. D’uu nuire côté, la réforme religieuse avait obtenu, après cent ans de sollicitations trop sou veut ensanglantées, ses lettres du iiaturalisalwn i le gallicanisme gagnait dans le clergé, et In philosophie contribuait, d'une manière plus ou moins directe, par ses hypothèses hardies , autant que les sciences physiques par leurs brillantes découvertes, à détrôner les vieilles doctrines. Les grands voulurent pour* tant profiter de la minorité du monarque pour se relever de leur chute, comme les théologiens s’emparèrent ensuite de sa vieillesse pour reconquérir le. terrain que leur avait lait perdre l'esprit de tolérance et d’examen : les premiers eutrop rirent la guerre ridicule delà fronde; les seconds conçurent les dragon a des et la révocation de Ledit devantes; maïs ce furent les derniers symptômes de vie, ou plutôt les dernière* convulsions de deux corps épuisés, irrévocable ment dévoués à la mort. Les frondeurs devinrent courtisans; les persécuteurs du calvinisme combattirent euxrnènaes les prétentions de là cour de Rome; de telle sorte que la désorganisation du système social qui avait régi les peuples depuis Charlemagne et Nicolas I" se trouva égal»-
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avancée dans la direction spirituelle et temporelle. Les parlemeqs , qui n’avaient acquis de l'importance qu’à mesure que le pgfcvoir était échappé insensible meut au corps sacerdotal et à l'aristocratie militaire , les parlement, fiers des lambeaux qu’ils avaient arrachés peu à peu aux anciens dominateurs de la France, s étaient en vain il;. liés de pouvoir survivre à la dissolution d’uu ordre social au* quel leurexistet.ee était intimemeut liée. Malgré leur prétention de remplacer les pairs de la vieille monarchie féodale , ou de- suppléer les états -généraux et de représenter ainsi la nation, ils partagèrent la défaite et riiuiuüïalîoü des grands ; la cour leur fil aussi subir Implication durœrictis, et le prince leur garda rancune. S’ils firent des remontrances, elles ne lurent plus écoutées , et ils durent enfin comprendre que c'en était fait d eux, comme de louLes les autres branches de l’ancienne organisation sociale , quand Louis Xi Y, absorbé par les affaires du dehors, las des tracasseries domestiques, et, cédant h la fougue de son caractère , fit entendre ces paroles fameuses : .« L’état , s c’est moi. »
Ce mot , que Napoléon a voulu reproduire en des circonstances tout- h- fait contraires , n’a pas peu contribué à faire peser, sur la mémoire du grand roi, le reproche d’impopularité. Cependant , si 1 on réfléchit que le peuple n’était pour rien dans cette boutade du maître, qu’il était alors inaperçu dans la sphère politique, et que lu déclaration superbe de l’autocrate do Versailles ne s adressait qu’aux classes privilégiées qui avaient aussi 1 ambition de renfermer l’état eu elles-mêmes, et qui déjà étaient signalées comme oppressives dans tous les écrits populaires, ou finira par se eouvamere que le langage despotique de Louis Xl\ fut plus hostile aux prétentions ièndales, ullFaïuoiiLiines et
parlementaires , qu'aux intérêts nationaux , cl qu’il ne fit qu’exprimer, le plus laconiquement possible, l’étal d'anéantissement où élaieot tombées les anciennes puissances sociales, et qu’aplanir , bien innocemment sans doute, les voies il la révolution.
Oui, la vieille société, en Ce moment, se résuma tout entière dans le Roi , dominateur fastueux de l’aristocratie vaincue et appauvrie .pénitent soperbe de l’église affaiblie, pupille hautain de ces tuteurs des rois, que, dès sa jeunesse, il avait visités le fouet à la inain. C’est ce prince qui fonda véritablement la monarchie française; et, en revendiquant les armes b In main.pourl’agraiidissemenLde son royaume, toutes les provinces qui lui aliénaient Ou qui en avaient fait partie, il acheva de constituer dans la France celte unité , forte et compacte , qui se révéla par le rejet de toutes les divisions féodales , devenues mensongères, et par une résistance si vigoureuse ù des ligues formidables et à d’audacieux projets de morcellement. Il fit plus : par la gloire de ses succès il propageai» gloire des ouvrages qui popularisèrent une philosophie hardie; il enseigna aux diplomates la langue française , et , en étendant sa munificence aux savans de tous les pays, se montra pénétré du sentiment de la communion des peuples, dont il rêva peut-être la réalisation . sous les auspices de la France , et surtout sous les siens; enfin il élargit le cercle de l'influence française en faisant entrer dans le mouvement de sa politique l'Espagne et le royaume de Naples, qu’il enleva à la tutelle delà rétrograde Autriche. Gloire, gloire h Louis XIV, qui prépara ainsi l’immense essor de la civilisation la plus avancée! S’il se laissa aller h persécuter le protestantisme, c’est que, dominé par le sentiment profond de l’imité, auquel il dut h la fois ses actes les pins glorieux et scs fautes les plus graves.
il vît dans la réforme une violation funeste de celle unité tp/Èl fié lui fut pas donné d’envisager dans sa puissante transformation; et s’il se fit le champion des Smart, c’est qu’îl sent il lésée en eux la majesté royale qu’il avait élevée si haut î Mats en assumant en lui la responsabilité de la royauté féodale, ii la présenta , dans ses successeurs, au combat que le peuple engagea contre elle ; îl lui imposa une sourde couronne qui tomba avec la tête du dernier d entre eux ; d livra, mutilée et avilie, la noblesse à cette lutte dans laquelle triompha le tièrâ-état, dont il avait accru les ressources par les encouragement accordés au commerce et à 1 ind usine; et c’est ainsi qu’en retirant , par une haute usurpation, toute la vie du vieux corps social , dans la royauté impuissante è se défendre seule contre tant d attaques réunies , îl abandonna un cadavre décharné h la fureur du souille populaire qui en dispersa au loin la poussière.
La révolution de 1789 avait déraciné , sur le sol de la France, f arbre féodal, déjà privé de sève, desséché, foudroyé par Louis XIV, Mais ce tronc .décorateur pesait sur le reste de F Europe, même sur F Angleterre* qui le supporte encore aujourd’hui avec peine. Pour continuer 1 œuvre libératrice en dépit des coalitions aristocratiques et royales, pour associer les nations européennes aux conquêtes philosophiques et politiques du dix-huitième siècle, pour achever fa ruine du passé et jeter les fondemens de 1 avenir , pour préparer le règne pacifique du nouveau peuple du , il fallait une main vigoureuse, une volonté d airain f un génie qui , ayant soif de bruit et de mouvement, pût aller attaquer l’ancien régime dans ses retranchement formidables, déposer le germe des ré formations dans toutes les capitales , et disposer de plus en plus vingt peuples di
vers , par le mélange de leurs années et parmi coulacl perpétuel , h réaliser Pinuucmio unité dent le centre glorieux ne pouvait se trouver qu’en France, Celte main puissante, celle volonté irrésistible, ce génie insatiable, se rencontrèrent chez un homme que tou les les précau lions d\me politique peureuse ja’eflaeeiûiit pas de sitôt de la mémoire des nations. Napoléon a paru , il a vu, il a vaincu ! Gloire à lui 1 car ses triomphes , quoi qu’en ail été le mobile * cmt merveilleusement contribué à étendre le cercle des sociétés humaines ; car en cherchant à escalader le troue universel, selon l’expression d’un poète parvenu de bonne heure à lu célébrité, il laissa partout sur sou passage les traces de lu civilisation française, cl porta du midi au nord , du couchant k Portant , sur les ailes de la renommée et de lu gloire, d innombrables matériaux pour la cité univers! le* Et là ne se borne pas la part qu’il a prise a l’accomplissement des destinées de PhuinaDité. Ainsi que je vous Pai fait remarquer dans Pu ne de mes prédicat ion s, il n’a pas seulement lié té la réunion des peuples sous une autorité commune , il s'est mis aussi, chef de soldats, dans la vota de 1 améliorai ion du sort de la classe la plus nombre u§e et ta plus pauvre; il a proclamé dans la société militaire ta classement scion la capacité et la rétribution sélon les œuvres; il a manifesté dans ta sphère guerrière, ou roulait essentiellement sa politique , que le genre humain était mûr pour P aboi il ion définitive des privilèges héréditaires, pour PaffrapchtasemenL complet de Piulelligeiice , du courage et du travail , cl pour Pavéocmenl excl usif du mérite* Gloire à lui , quoique son œuvre n'ait eu qu’un caractère exceptionnel et transitoire, quoique ta gloire des armes ne doive pas être la gloire définitive de Phumanité!
Voilà donc , pouvcms-uüus dire avec autant d’orgueil
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nue de joie , el non pus connue Bossuet , avec atuertume et ironie, voilk fa* fruit* glorieux fie (mit de conquêtes ; voilà le résultat de celle intervciUiou continuelle des feupies forts dans les querelles des peuples faillies; voilà les prodigieux effets du contact et du commercé des nations. La série historique au sommet de laquelle nous somme* main louant placés nous a fait traverser Lien des mues , gémir sur h ï en des désastres ; nous a montré, A intervalle en intervalle, des hommes à proportions gigantesques , dont le poids semble écraser les peuples, et qui sont tour à tour Beffroi et faditit ration de la terre* Maïs nous voyons aussi dans ce tableau mouvant, parfois horrible el magnifique , que cJcst la perfectibilité humaine elle-même qui s est développée sous des formes plus ou moins terribles ou brillantes, à travers tant de vicissitudes , de prodiges et de catastrophes* Nous voyons dans la civilisation primitive de rÉgypte Ehumonîlé parquée dans dos castes héréditaires, au pied des Pyiuuiloes; et nous la retrouvons délivrée de la plus grande partie des prérogatives du sang, pleinement affranchie dans les camps, et classée ftous les armes, sciée la t opacité, autour de la colosse mkxqium* Celle grande métamorphose est le produit des qiîah^stb siixliis n ix tekvknti on , qui , selon ce mot sublime de Napoléon , contemplaient tes Français du haut des Pyramides !
El fi nous comparons maintenant celle marche ascendante des nations qui se mêlèrent les unes aux autres , dont ^histoire permet do suivre la civilisation de révélateur en révélateur , de conquérant en conquérant , de philosophe en philosophe; si nous la comparons à la situation dos peuples qui se retranchèrent soigneusement derrière leurs frontières , qui s’isolèrent du reste du monde , et qui vécurent en véritables anachorètes sur celte terre , où ifr
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étaient pourtant appelés par Dieu , comme membres de la famille humaine, à croître aussi en amour, en intelligence et cil force, combien ne devrons-nous pas nous consoler de trouver dans nos annales quelques pages entachées de sang et de larmes , et d’avoir vu le séjournes nations progressives profondément remué par la charrue des révolutions et des conquêtes ! Jetez les yeux sur l’empire de la (dune, pays classique de V immobilité , celte terre promise des stationnaires : il n’a pas des Napoléon , des Alexandre, des César, b accuser de dévastations et de meurtres. Gardé par sa fameuse muraille du côté de la barbarie , et par ses préjugés du cote de la civilisation , il conserve religieusement Je statu i/«o, el par répugnance pour Vinterventùm étrangère, comme par respect pour son ordre légal, il vieillît dans une perpétuelle enfance. Voilà le type qu’il faut offrir aux hommes d’état qui redoutent la propagande, aux orateurs qui vantent obstinément le Chacun chez soi . chacun pour soi.' Non , non , malgré tout Je prestige de leur éloquence, je ne crains pas que les peuples soient jamais séduits par un semblable modèle... Montesquieu conseillait au despotisme de s’entourer de déserts; il faut renvoyer l’avertissement de ce grand homme aux partisans de l’immobilité.
Reconnaissons donc que l'intervention , le plus souvent guerrière dans le passé, toujours pacifique dans l’avenn', est inséparable du progrès; recounaissons-Ie dans un moment où , malgré tous les efforts de la diplomatie , l'Europe se divise en deux camps irréconciliables , celui de J ancien. régime et celui de 1 affranchissement ; dans un moment où la France a plus besoin que jamais d’exercer la suprême influence que lut attribuent le caractère, sympatique , les lumières et l’énergie de ses peuples; dans un
moment oii le monde opprimé se réclame de la haute autorité que Dieu lut a donnée sur les autres nations. Qu'elle achève la tache de Napoléon ; qu'elle rende T Europe toute française * en attendant de recueillir dans les contrées les plus lointaines le fruit de son infatigable prosélytisme. On vous l’a dü mieux que je ne pourrais le faire* P Amérique et lus côtes africaines, le Nil et la Bérézina, te T âge et le Danube , le Thabor et le Saint-Bernard , le sauvage du Canada et !o barbare du Bosphore, ouL vu, connu, admiré ses glorieux enfans 1 Quand l’heure de son intronisation universelle sera venue, son nom aura déjà été répété depuis long- temps, avec atÉtidrisseiûent et reconnaissance, au sein des populations les plus éloignées; le genre humain se trouvera français avant qu'on ail eu besoin de lui en faire la déclaration solennelle, et Paris, étendant sur les deux mondes les allés dtl génie do l'avancement , sera proclamé la métropole définitive de Punivers civilisé.
Mais 7 pour atteindre ce but magnifique, il ne faut pas se borner à 1 a propagande révolutionnaire ; il faut aussi ( et c’est là surtout a partie la plus importante de la mission de la France), il faut songer à lu propagande organisatrice* Quand vous aurez fait un vide immense sur les débris de l'Europe féodale et chrétienne , par la philosophie et par les armes, pourrez-vous laisser long- temps sans abri les peuples que vous aurez excités à la démolition de l'antique masure qui leur servait de refuge? Non, îî sera instant d’élever un nouvel édifice, et ce sera pour lors le lourde l intervention pacifique, de 1’ intervention religieuse; celle qu’exercent en ce moment même quelques-uns de mes frères, dans la capitale de cette Belgique que la diplomatie dédaigne an repousse ; celle que j'irai aider moi-même , en descendant de celte chaire, au milieu
fit! cc même peuple qui, après avoir brisé héroïquement lo joii" hollandais , semble embarrassé , connue la France de juillet, de son glorieux triomphe, h défaut d’une vue d’avenir, d’un nouveau principe d’ordre, d’un nouveau lien d'amour*
Oui , si nos armées ont l'ait envie, mis armées européennes, en leur oilraiU l'égalité proportionnelle sous une lunue vivante, dans leur hiérarchie; si nous leur avons inspiré le désir de nous imiter, en leur montrant nos soldats affranchis (tes privilèges de la naissance , classés selon Unir intelligence et leur courage, el récompensés selon leurs services , faisons sentir b l’ Europe te besoin d’une imitation nouvelle plus vaste et plus complète. Qu’elle voie la France tout fâmhftii, la France pacifique, sous le règne exclusif de la capacité Qu’elle soif, jalouse du sort de nos autistes, de nos savais et de nos industriels, comme elle l’a été de nos soldats , en les voyant aussi classés et rétribués suivant leur mérite, et pleinement délivrés ainsi des prérogatives héréditaires. Qu’elle vienne, empressée, impulieute, frapper aux perles du temple de i.’AVP.xin, et que le spectacle de la doctrine saint-simomeune bÉausée l’entraîne irrésistiblement dans le sein de l’ Association pacifique et de la mi univeisselle.