‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 16 sur 46 · L \ LOI DE SAN · texte numérisé non relu

L \ LOI DE SAN

Mi- s Fils, mks Ftu.es ,

La vois des disciples de Saint-Simon , au milieu de ce ■ rapide mouvement cjui agile les populations , qui brise ou ébranle les trônes vieillis , qui oppose les uns aux autres, sur les places des cités ou sur les champs de bataille, sur la brèche profonde de la féodalité ou devant ses remparts encore altiers, aux portes du temple ou au pied de l'autel, les champions et les adversaires du passé, s elève , non comme une voix plaintive , pleurant sur des débris avec les lamentations de l’antique imprévoyance, mais comme une voix prophétique, signalant, avec l’énergique accent

de 1 espérance, un monde nouveau naissant au milieu des ruines de cc vieux monde croulant; ci tandis que. de sublimes tristesses, inflexibles comme la fatalité dont ['univers leur semble le jouet, ou aveuglément résignées aux décrets d’une rigoureuse Providence, nous avertissent, par leur désespoir on par leurs regrets, de la décadence d’un grand destin , noire voix , en laissant tomber des paroles de paix et d amour pour un passé qui cul son éclat et son utilité, vous avertit aussi qu’à celle pompe sépulcrale s’ajoute la fête riante de l'avénement d’un destin plus grand et plus glorieux î Vainement vos regards inattentifs ou préoccupés ne vous auraient pas permis d’embrasser dans son immensité le spectacle de ces événement : ouvrez les yeux; devant vous l’ histoire de vos jours se dresse colossale; et si, empressés, les nnsd’cnlcver, les autres d’apporter une pîerrc , et vous heurtant avec violence dans vos efforts divisés, vous avez pu méconnaître l'étendue de la lâche a laquelle vous participez, contemplez enfin la chute de l'édifice social le plus vaste qui ait existé * ci la naissance d’un édifice plus majestueux. Cessez donc, par un dénigrement superficiel ou par une étroite frivolité, de vous rapetisser avec vôtre époque; comprenez ce qu’il y a de grave, d’élevé, de solennel dans votre existence, et soyez, en un mot, les dignes contemporains de vous-mêmes.

Mais placés sur les limites d’un monde qui finît et d’irn monde qui commence , vous éprouvez le besoin de savoir quels caractères distinguent de 1 ordre social que vous abandonnez celui que vous cherchez sans le connaître encore. La guerre fut le signe de la vieille humanité* tapai* est celui de I humanité régénérée; dans le passé, Janus, avec ses deux visages, lut I emblème do l’homme passant du repos aux combats, et tour à tour rouvrant ou fermant le leur

[*]c du Dieu; dans l'avenir, l'homme n’o plus qu’un seul visage tourne vers In paix , et ne consacre qu’à la paix le temple du Dieu qu’il adore* C’est vers cet avenir que vous vous acheminez. Si le glaive n jusqu'à ce jour régi le monde, aujourd'hui n’cst-ce donc pas pour détruire les institutions du glaive que s’émeuvent les nations ? À h ! cc n’est pas nous, sans doute, apôtres de conciliation et d’amour , qui pourrions uc pas déplorer la nécessité des combats ! mais ne serait -ce pas nous rendre complices d’un passé sanguinaire jusque dans son agonie, que de ne pas oser absoudre la guerre, destinée à détruire les œuvres de la guerre dans ces moi lumens grossiers , où la victoire insolente s est perpétuée sous la forme d'une tyrannique oppression, et demeure seule responsable du sang que sa chute doit coûter?

Oui , loi de sang SEttA 4UOLIE : telle est uoLre foi, tel est le but constant de notre sainte ambition. Mais lorsque déjà vous comprenez , malgré le prestige des trophées militaires, que l’épée, si long- temps illustrée par le choc héréditaire des générations belligérantes , parée de lauriers , et frayant aux vainqueurs une roule triomphale , doit enfin être vouée à une rouille plus glorieuse que sa fatale splendeur, ou ne doit encore, avant de se transformer en un pacifique instrument de travail, sortir du fourreau que pour préparer une mission de paix; ne comprenez-vous pas que ce glaive infâme, qui flétrit à la fois et la victime et Texéciileur , doit aussi cesser de frapper ? Car , ne vous y trompez pas, ces deux glaives , qui créent chacun une noblesse , l’une d’honneur , l'autre d’opprobre, placés en des mains si différentes, obéissent cependant à une même loi, à la loî de sang, dont le bourreau, le guerrier, et le sacrificateur furent long temps les ministres impitoyables;

où le sang ruisselle soit sur Tau tel soit sur le champ de bataille , il coule abondamment sur l'échafaud- Ainsi sa retrouve partout la guerre , première destinée (le Ihuma* nilé, comtüandée ou tolérée par la DIVINITE» sous quelque forme qu'elle ait été jusqu'il ce jour adorée 1 Si donc nous invoquons l'abolition de la peine de mort , cc n'est pas au nom des droits naturels et imprescriptibles dont on ne peut doter l'homme sans le condamner dans tout son passé, soutenir la vérité sans lui imposer la honte de les avoir méconnus , et déclarer Pan tique origine sans professer, comme les chrétiens , le dogme de sa déchéance , en prolongeant la durée de sa dégradation jusqu'au jour où il retrouve tout à coup ses droits > qu'il tenait primitivement de ta nature, et qu'il avait eu la folie de violer j c'est au nom des pnoonks accomplis parlai» c'est au nom du DIEU qui embrasse ces progrès et en promet de nouveaux 1

Au pied de l'autel fondé par Saint-Simon et agrandi par nos pères viendront expirer » comme sur une borne insurmontable, lus Ilots de sang douL le cours a traversé tant de siècles et n'a pas encore tari. Qu’à la voix du Dieu que notre maître nous a révélé, l'épée s'arrête, la hache demeure immobile! pour opérer ce prodige, le Dieu révélé par Jésus fut lui -même impuissant, et naguère l'écrivain Catholique dont le génie réhabilita le pape, entreprit avec une égale éloquence la réhabilitation du bourreau, Pour moi » j'ose annoncer la venue prochaine d'une ère toute pacifique] Ah ! sans doute mes paroles rencontre* root dans plus d'un esprit une opiniâtre incrédulité; ce qu'il y a aujourd'hui de plus vulgaire, c'est le désespoir qui éteint ! enthousiasme et frappe de désenchantement les cœurs les plus généreux! Espérer, voilé la folie ! II faut, il faut donc les ramener fin pitoyablement avec moi dans

le pissé, leur montrer l'humanité s’acheminant par une roule terrible, mais de moins en moins sanglante, vers cette époque nouvelle, cl peuMHre alors leur espoir, enhardi par le spectacle de cette succession de progrès, saluera avec transport l'avenir riant , où le règne de la guerre, déjà affaibli , fait place au règne de la paix , et la loi de réprobation , d'expiation et de mort , h la loi d’amour, do progrès et de vie.

À peine 11 mm me , secouant comme un linceul la forme sous laquelle il existait avant de revêtir la forme humaine, a 4“ il passé de cette vie grossière, et en quelque sorte de rînsensîbililé du limon, h une vie plus parfaite et, mieux sentie ; impuissant dans son amour, son intelligence et sa force, encore limités pour se lier à tout ce qui l’enloure et pour y découvrir une sublime harmonie , il saisit , dans les phénomènes dont il est assailli , ridée de deux puissances , l’une bonne, l'outre mauvaise, livrées entre elles h une lutte éternelle, et la poursuivant sans relâche dans toutes les existences vouées h un antagonisme irréconciliable.

Grâce /"crie-t-il avec effroi à ses dieux impitoyables j usque dans leur clémences guerre! crie-t-il avec fureur à ses semblables 1 C’est par rhomicide qu’il implore la faveur ou conjure la malfaisance de ses divinités* Le voilé d’abord h la fois sacrificateur , guerrier, bourreau. La victime, renneuii , le criminel , c’est rétranger! Voyez ces sauvages hurlant de joie autour d’un malheureux dont iis s’apprêtent k dévorer tes lambeaux pal pi ta ns : savez-vous quel est ce banquet ? une cùmmunwn épouvantable, mais une cornmunion religieuse des membres d une famille ou d’une tribu, qui s’unissent plus étroitement entre eux, sous 1 invocation de leurs idoles , par la chair et par le sang do

rhoimtiè ! Un jour* un jour viendra ou ils communieront du sang mystique d’un Dieu mort pour eux !

L'association s’accroît, mais sous l'empire prolongé de la croyance aux deux principes, quelle que soit la figure qu’elle leur assigne ! Grâce, grâce! crie toujours l'homme h ses dieux ; guerre! répète-t-il toujours h scs semblables. Point de repos pour le glaive exterminateur; Il égorge dans les temples , il égorge dans les camps, il égorge dans les tribunaux. L'ennemi est traité en coupable, et le coupable en ennemi* L’antique Némésis est cruelle comme Bcllone* La tête des criminels, dévouée aux dieux infernaux et chargée d’imprécations, leur est livrée comme une rançon pour la cité tremblante ; et lorsque Je génie du mal , sous la manifestation d’un lléau dévastateur, semble menacer une contrée dans sa vie, sa richesse, sa tranquillité, on lui fait aussitôt, non pas seulement dans l'oblation d'une hécatombe , mais souvent dans T abandon d’une victime s’offrant librement, on violemment immolée, cette victime fût-elle un homme ou un peuple entier, une part digne d'apaiser son courroux* Le supplice est un sacrifice i et comme si cette terrible justice redoutait de sommeiller, elle confie aux pères et aux maîtres le droit de vie et de mort sur leurs enfans et leurs esclaves ; partout le châtiment aux cent yeux toujours ouverts, aux cent langues toujours accusatrices, aux cent bras toujours armés, veille, dénonce, torture! Enfin, pour la société encore dominée par la barbarie , il y a une prière dans les cris de la victime, un encens dans la fumée de la 11 amuie qui dévore, une hymne dans le sang; et, en cessant d honorer par un meurtre sacré ses dieux farouches, elle prév iode aux combats ci h la vengeance eu communiant de la chair des animaux immolés, prémices fidèles du carnage

t?t du trépas; la ferre alors semble un vaste autel incessamment arrosé de sanglantes libations!

Mais voici quan milieu de ce culte effroyable , un prophète, après avoir affranchi un peuple de la servitude, affranchit en lui l'humanité de Fadoration du génie du mal. Cependant, s’il suhslitue aux sacrifices humains Fimmola^ tîon des animaux. , lui-même, par F épée des lévites , immole b la colère de son Dieu des milliers de coupables; législateur de tribus barbares, il semble encore sur elles l'inexorable exécuteur des hautes œuvres divines; et, de 1 auLel où ruisselle le sang des boucs, des génisses, des colombes, il les pousse* altérées de massacre, ii la destruction des peuplades idolâtres; car Jéhovah a toujours une expiation à demander aux fils d'Adam; il est le Dieu jaloux, le Dieu terrible , le Dieu des armées; Moïse réclame [mur lui le sang * comme le prix de toute rémission; il discipline rigom reuse ment son peuple en lui montrant la vengeance ellemême sous les I rails de la justice, qui prend œil pour œil, dent pour dent, main pour main , pied pour pied ; il limite ainsi le caprice du ressentiment particulier en le soumettant è la loi inflexible du talion, et prescrit néanmoins h la nation , chargée de lapider les coupables, les joies horribles du bourreau*

Enfin l’homme ne voit plus dans le génie du mal qu une créature de Dieu, révoltée contre son créateur; pour lu première fois, il cesse de se croire voué au mal par une éternelle fatalité; le bien fut un présent de la Divinité; le mal est son propre ouvrage et celui de Fange rebelle qui l’entraîna dans sn chute ! Quelle victime assez grande pourra donc opérer sa salutaire rédemption ? Jésus, fils de Dieu , Dieu lui-même ! l'homme dans ses progrès s’est senti digne de lu miséricorde de Dieu l C’est donc encore

sur la vertu expia trier, du sang que repose le christianisme: et le sacrifice accompli sur le Calvaire, renouvelé sur les autels multipliés où une foi ardente transporte la sainte montagne elle- môme, continue P œuvre delà rédemption. Toutefois le sacrifice sanglant , arrêt de mort rendu par la divinité, et dont Plionunc ne commençait l'exécution sur une victime que pour la continuer sur son semblable, est aboli ; fa cbair et le sang de l’immortelle victime, mystérieusement offerts sous les espèces vivifiantes du pain et du vin , en associant en Dieu les hommes admis au banquet sucré, leur font trouver dans le souvenir de la mort du rédempteur une espérance d’immortalité, et dans les pures délices de ce sacrifice inépuisable un arrêt et un symbole de vie. Le prêtre chrétien n’est donc plus le sacrificateur; et dès lors, du sein de la société ecclésiastique, disparaissent le guerrier et le bourreau.

Cependant, le christianisme , en glorifiant Dieu, proclame hautement la puissance de Satan par la solennité même de la divine rançon payée pour i’humnnilé, cl reconnaît, comme sou légitimé royaume, la terre impure et sanglante. AliJ ce royaume sera vaincu, puisque Dieu n’est plus avec lui! Mais si le christianisme nous présente un premier usage de la guerre pour détruire la guerre , il offre lui-même , entre Druu et Satan, le spectacle de la guerre, qui d’abord se prolonge entre l’Église et César, et se.conlinue d’une pari, au sein de la société profane, jusque dans le guerrier , théâtre de la lutte des deux principes, se vengeant avec volupté de -son ennemi, el s’accusant avec contrition do sa mort, se faisant honneur dans la cité de sa victoire, et s’humiliant dans le temple sous le poids du meurtre, égorgeant et se macérant; de l’antre, dans lu société religieuse, jusque dans le prêtre disant ami-

thème aux combats et chantant des Te Ümm, faisant profession d’horreur pour ie sang, et abandonnant 1 impie, par une hypocrite fiction , aux rigueurs du bras séculier ! Le criminel lui-même, réclamé par la vengeance d’une société brutale, et couvert du pardon de I hghse , dispuLé par Satan qui le convie , avec «ne joie effroyable , h son empire , et par Dire qui l’a racheté de son sang précieux, se trouve sur l’échafaud entre la croix et la hache, emblèmes des deux inondes entre lesquels îl a passé sa vie, et va subir la mort. Espère, lui dit le prêtre; le bourreau frappe.

Ah! sans doute, dans une société où régnent la violence et la force, l’ordre no peut être maintenu que par la violence et la furcc; César s’appuie sur le bourreau; leur sceptre est le même. Sans doute, dans une cité hérissée de remparts , ombragée de bannières belliqueuses , forgeant b grand bruit des armes meurtrières , vomissant des légions avides de carnage, leur dressant b leur retour des aie» de triomphe, et se plaisant aux batailles au point d’en offrir dans ses fêtes une vive image aux regards d’un sexo faible et doux, l'échafaud lienL bien sa place, présente un spectacle familier b tous les yeux; et la peine de mort, lorsque tous se font un devoir ou un jeu de la mort, n’est pas une exception b ht loi commune.

Comment donc le christianisme , forcé de reconnaître l’existence de ces sanguinaires traditions, aurai t-ü pu s opposer b l'application do ce châtiment ? Et dailleuis , lois qu’à la naissance de l'homme, il murmure b son oreille, en le lavant de la tache originelle, ces mois: Dieu l'appelle, le démon f attend ; armé contre lui , sois vainqueur ou redeviens sa proie i lorsqu’après sa mort il l’abandonne coupable aux mains de Satan , ne doit-il pas voir dans César et dans le bourreau des instrumons de la justice céleste i' Ne doit-il

pas enfin ajouter à la mystique expiation du sang divin [ » cruauté de l’antique expiation ? Quoi ! Dieu, lui-même sur une croix , mourut innocent pour racheter la créature souillée, et un fidèle, zélé pourrait se montrer avare du sang des hommes, tous chargés d'un anathème mérité? x\on; sachez quelle est sa pitié pour eux : effrayé de la loi du Chiust, qui proclame le petit nombre des élus, impose à ses disciples les plus purs les tourmens de fincerlitude, et, en laissant errer sur le plus grand nombre le signe fatal de In malédiction , leur fait de leur sort h venir une terrible énigme , il invoque dans la vie. présente, comme infligeant a la victime une sorte de privilège pour la vie future, le châtiment du glaive; il veut que le glaive, entre les mains du guerrier et du bourreau, moissonne largement, afiu que Satan soit réduit b glaner. (îrdcc ! crie-t-il encore à son Dieu ; guerre ! répète-t-il à ses semblables.

Ne soyez donc pas surpris que de Maistre ait fait, avec une pieuse lèrocité , l’apologie du bourreau ; comprenez comment, la nécessité de l’expiation une fois admise eu vertu de la guerre des doux principes, il a dû arriver à voir en lui la pierre angulaire de l’édifice social , le lien de l’association humaine, un agent incompréhensible de Dieu, a veugle et farouche initiateur à de mystérieuses destinées, liant l'ordre de la vie présente à l’ordre de la vie future, u appartenant en quelque sorte aux vivons, qui le fuient avec épouvante, que par le droit doter la vie, supportant avec un calme privilégié l'anathème qui l’isole; être b part, créé , par un décret de h. timte-puissancô divine comme un monde (i). Mais le terme de la loi antique est arrivé; le bourreau , entouré d’une réprobation de mépris , parce

(i ! Eiprefftfân rïr IV MaUtre*

c >SI )

qu’il frappait sans courage et sans colère * d'une réproba ikm de terreur parce qu’il ouvrait violemment les portés de rétemité, le bourreau lui-même inspire aujourd lnii plus de pitié que de mépris et de haine. Il cessera d dire condamné à son aflVeuse profession, et lui aussi est heureusement menacé dons sa sanglante souveraineté , dans sa terrible dynastie* Mais au moment oh il louche è la lin de sa carrière, il a réfléchi sur son front solitaire les derniers rayons de celte longue période de sang et d horreur; grâce U’êloquence de De Maistre, il a subi une sorte d Wtation , comme si le passé, avant de disparaître, devait are amnistié tout entier, et entendre son oraison funèbre jusque dans la personne du bourreau!

Oui , la croyance aux deux principes qui s était conservée, mais en modifiant leurs rapports, dans le christianisme, avait perpétué la loi de sang sous les figures du guerrier et du bourreau* Voudriez -vous maintenir h bourreau? il vous faudrait, sous peine d’inconséquence, redemander César et Satan; mais César, subalternisë * ne garde que la force nécessaire pour achever de se mutiler; mais l’homme, qui a conquis par sa longue expérience le secret de sa destinée, n’est plus réduit à expliquer le mal par l’influence d’un mauvais génie, auteur de sa chute, puisqu'il sait aujourd’hui que le mal va chaque jour m transformant en bien , grâce au développement continu de «on amour, de son intelligence et de sn force* Il n’a donc (dus à se racheter incessamment d’une tache originelle , mais à se glorifier de Ions ses pas dès le début de sa carrière; il ne voit plus dans le crime une misérable prédestination, une condition imposée h lapins grande partie de l’humanité , niais la tradition d’une civilisation arriérée susceptible d’une heureuse transformation, 11 lui est enfin

permis d'accueillir avec transport, dans la révélation de Dieu affranchi de l’antagonisme du mauvais principe , l’expression la plus haute des progrès qu’il a accomplis et qu'il espère. Saint-Simon , en faisant disparaître la guerre do la religion qu’il enseigne , supprime dans la société jusqu’aux dernières traces du sacrifice sanglant !

Cependant il est des hommes dont la prudence , à défaut de foi religieuse, voyant dans l’échafaud un ouvrage avancé sans lequel la cité serait envahie parles médians, réclame sans pitié l’extermination des coupables , et , non contente de choyer le bourreau , prétend que l’on garde Satan pour l’édification du peuple. Oui, il est trop vrai que I ordre social actuel accuse ainsi sa funeste origine, et que , s’il ne devait pas lui-même se transformer, il devrait être encore défendu par la hache. .Mais no voyez-vous pas qu il achevé de se dissoudre? No voyez-vous pas que la multitude n’a plus besoin d’être contenue par la terreur? Pour qui donc l’échafaud? Sera -ce pour le peuple qui s’est montré si généreux envers ses ennemis? pour qui donc celle vengeance des lois? Sera-cc pour le peuple qui, le 1er u la main , abdiqua le droit de la vengeance? lit quoi! des hommes coupables d’un énorme attentat contre une nation (1), couverts du sang de milliers de leurs concitoyens, responsables du deuil de tant de familles, accusés éloquemment par les tombeaux de leurs victimes , vivront I Ainsi I a prononcé le tribunal, et l’élite des hommes les plus avancés , sans applaudir peut être à tous les motiis qui ont dicté la sentence, l a confirmée par son appro-

fl) Coll* prédication fulproi.oiiLét peu île joins aprùs l’airitilc la Chambre îles pairs dans Je procès des ministres.

baî ion; ils vivront 1 Ah! qu’on me dise alors où sont les criminels dignes de Féchafaud ! Cet arrêt, en supprimant la mort pourtfMfei grands coupables, abolit définitivement la peine de mort; Forme terrible, qui s’esl arrêtée sur leur tête, ne peut plus retomber* Législateur, arraches: de votre code ses feuillets sangla ns ; bourreau , retirez-vous.

Et prendrez- vous acte des cris de vengeance que poussait le peuple, pour le calomnier et laisser peser sur lui 1 antique sévérité de la loi? je ne veux point suspecter les senlimeus des juges qui n’ont pas condamné à mort; mais j’atteste qu’ils ri ont pas eu besoin de courage pour demeurer sourds h ces vociférations sauvages , qiic dementaient des souvenirs ineffaçables de magnanimité. D’ailleurs, faudrait-il s’étonner que ce peuple, âtit eu r de votre liberté , et toujours aussi misérable depuis sa victoire, se fût montré impitoyable envers ses ennemis , lorsque ses prétendus amis ne Font payé que dlngràtîtude ? Savezvous bien qui il accusait en demandant la tête des ministres? Tous ceux qui dédaignent encore aujourd’hui d'améliorer sa condition. Ali ! cessez du moins , lorsqu'il vous a donné son sang sur le champ de bataille et dans Lu cité , lorsqu’il est entré dans une nouvelle carrière de progrès uù il n’a point reculé, cessez de penser que vous ne puissiez continuer son éducation que par 1 échafaud !

Que la pénalité entière, dans ses différons degrés, ne soit désormais qu’une coordination d efforts convenablement gradués pour déterminer le progrès chez les hommes encore arriérés ! et combien ces salut aires tentatives doivent être efficaces dans une société ou î abolition des privilèges de la naissance , en permettant le classement scion la capacité , la rétribution scion tes œuvres, et en favorisant l'amélioration morale, intellectuelle et physique de la

classe In plus nombreuse el la plus pauvre , Icnd toujours a diminuer le nombre des coupables , et h hâter leurs pas tardifs par le spectacle des encouragemens donnés au progrès! alors le développement social ne sc présente plus qui' comme la continuation de celle heureuse influence exercée par les bons, c’est-à-dire les hommes les plus avances, sur les médians, cest-à-dire les hommes les plus retardataires, el tournant au profit de ceux qui l’exercent en les sollicitant à un développement toujours plus grand de sympa tliie, de lumières et de puissance 1 c’est ainsi qu’une loi d’amour et d’espoir, succédant à la loi de terreur et d’amour , unit de plus en plus tous les hommes en Dieu !

Et uous accuserait-on de u’clrc pas religieux, parce que nous cessons de prêcher le dogme de la réprobation , de la chute , des peines éternelles , de la damnation, de l’expiatmn , de la mort , comme si ce dogme n’était pas In conséquence de la croyance aux deux principes! Ah! c’est nous plutôt qui serions autorisés h affirmer que toutes les époques antérieures n’ont point été religieuses, dans l’acception profonde de ce mot, et n’ont point révélé à l’homme I idée de Dieu, qu’elles n’ont connu qu’avec un caractère de lutte, réfléchi dans l’ordre social tout entier: si nous les légitimons, c’est qu’elles ont été des préparations nécessaires à l’époque nouvelle , qui enfin nous montre Dn;c comme une majestueuse imiTÊ où tout est harmonieusement lié! Il n’y a donc plus de place dans la révélation de jSaint-Simoh pour Satan ; plus de place dans l’ordre social qu’il proclame pour César et le bourreau; et sans répéter avec De Maistre que le bourreau fut créé comme un monde, nous dirons cependant que le bourreau fut, avec Satan et Cesui , la pi i sonni lies lion d un inonde, long-temps profane

et sanglant, aujourd'hui pur et pacifié. Ah! ce né ta il pas en vain que les pères de l’Égîise avaient pensé . dans leurs vagues et merveilleuses prévisions , que la vertu du sacrifice de la croix associnit au bienfait de la rédemption l’homme, la terre, la mer, les astres, l’univers. Le sang mystérieusement versé sur l’autel, emblème du sacrifice que l'homme sut faire de ses penchans violensct grossiers, ainsi qu'une rosée douce et inépuisable, a racheté nonseulement l'humanité , mats encore le monde de ['oppression qui long-temps pesa légitimement sur l’aspect matériel de leur existence ; la matière purifiée rentre dans le sein de Dieu, dans le sein du temple, relevée de sa longue réprobation ; la croix, dernier signe de la loi du sacrifice, disparaît h jamais ; et les hommes qui autrefois , levant vers Dieu des mains trempées de sang, lui demandaient toujours grâce, et étaient toujours impitoyables, brûlent du désir tou jours croissant de communier en lui avec tous leurs semblables.

Espérez donc avec nous 1ère nouvelle oii sera abolie la loi de sang. Le passé tout entier autorise vos espérances. Mais c’est peu que de consulter ta succession fidèle de ses progrès vers la sociéLé que nous annonçons; consultez aussi les sublimes pressenti mens qu’il en a laissé éclater, et sachez lire aujourd’hui dans les traditions qu il nous a léguées de mystérieuses prophéties ! Ah I lorsqne l'humanité, luttant violemment contre le mal, condamnée h la guerre par un terrible anathème, gardaiL cependant entre ses mains le (lambeau de l’espoir , cl ivosant encore en éclairer la roule de l’avenir, en projetait du moins dans le passé les rayons consolateurs jusqu à 1 extrémité la plus reculée, oseriez -vous désespérer, maintenant qu avertis par Ions vos progrès , prêts à vous affranchir d un

monde sanglant , et placés au seuil d’un monde pacifique vous pouvez vous promellre tout ce quelle n’avait lait que regretter? oui, voyez enfin devant vous tout ce quelle avait vu derrière elle. Les hommes, nous disent ces antiques traditions, s'uniront pour élever en commun, grâce à un même langage, un monument qui immortalisât leur nom. Voici l’heure, en effet, où les peuples vont „c parler qu’une langue et s’associer pour bâtit ensemble ce sublime monument. L’Iiomme, disent elles encore mérita d’être chassé de J’Eden, pour avoir mangé dj fruit de I arbre de la science du Lien et du mal; et noos nous disons ; c’est parce qu’il fl connu le bien et le mal,’ c est parce qu’il a employé tous scs travaux à transformer en imu délicieux les fruits amers du mal, qu’il est admis dans nu séjour de bonheur! Et Dieu, disent-elles enfin, chassa du Paradis l'homme, déjà possesseur du bien et du mal de peur qu i! ne portât aussi la main aux fruits de arbre de vie, et il le condamna à la mort. Et noos, nous vous disons ; Dtru appelle aujourd’hui, pour prix «le ses clloi ls , I homme à une existence nouvelle; affranchi de b lo. de sang, et se sentant associé dans le passé, dans le présent, dans l’avenir , à l’harmonie universelle , il cueille t luit (l iirhte de vie, et il prend possession de lu

;;C 1 • ■»« aile, , ce monde nonvo.n ni,

iru vous convie par noire voix , vous y touchez; l’humanité I ava.l des long-temps pressenti , Sawt-Siuox vous le révèle; élancez-vous donc avec nous vers cet âgé d’or que lcs anNques traditions reculèrent dans le passé, et que notre Maître vous signale dans (Venir l

^ASSOCIATION TÏNIVERSBLfcE.

Mes Fils, mes Filles ,

Je tue propose d'attirer vos regards sur le spectacle de l'humanité s’avançant vers l'association universelle. Le christianisme, qui Lavait placée entre deux effroyables catastrophes , ne pouvait , sur celle terre , selon lui , marquée des traces de la vengeance divine, et réservée è un second horde versement , signaler dans ses pas un enchaînement de progrès. Si Bossuet entrevit dans sa marche un plan suivi, et raconta , avec une hante éloquence , tous les événemeos de l'antiquité et d<?s temps modernes con^ courant l\ rétablissement, h la propagation^, h la splendeur

tel Evangile, incapable toutefois de s’expliquer les incidens étrangers à l’horizon qu’il découvrait du Sina et du Calvaire, il ne vit, hors de ce cercle lumineux, que ténèbres, erreurs et chutes; et lorsque , docile à sa loi, il faisait si bon marché de l’ordre dans l’univers , il devait également envisager, dans la société, l’élévation et l'abaissement des empires, la fondation et la ruine des Irônes, les victoires et les revers des peuples, comme une série de catastrophes destinées à châtier les rois et les sujets, b éprouver leur fidélité, à leur enseigner la fragilité de la gloire et la néant de leur puissance, et à faire éclater, par ces jeux lerrihlcs, la grandeur, l’indépendance et la majesté do Dieu; Ib, domine sa voix, qui retentit, sur les déhns des royaumes réduits en poussière, en accens inspirés de Jérémie, et imprime b l’histoire la sublime tristesse d’une oraison funèbre. Ainsi In loi de Jésus, qui frappa le passé de réprobation, et no se crut pas in mission de le trauformer, laisse b la loi de Saint-Simon, qui voit dans Porigincet dans la fin de l’humanité deux termes de son développement, la joie et l'honneur de proclamer dans tous les faits passés, présens et futurs, l’accomplissement d’un continuel progrès.

Oui, le temps est arrivé où l’humanité, qui ne s’est affranchie des sphères successives quelle a traversées qu’ci» les brisant avec colère , injuste , sous le christianisme , envers les religions précédentes , et n’échappant aujourd’hui au christianisme qu’eu méconnaissant scs bienfaits, se glorifiera , en glorifiant Dieu , dans tous ses étals de civilisation , et s’absoudra même de son ingratitude envers eux. tiar, rapidement entraînée par une loi à laquelle, sans la connaître, elle obéissait, en prenant une roule nouvelle, vile devait, haletante , secouer sur la route qu’elle abandonnait la poussière de ses sandales, et lui dire : Sois nmti-

dite, la m'égarais , et, l’ anathème à la bouche , marcher, marcher toujours» Jusqu'à ee qu'elle reconnût * dam ces chemins multipliés do ut elle accusait les détours et les len » Leurs» de secrets et rapides achcmîncmens vers un hui chéri; cl que, pleine d’espoir , essuyant avec transport la sueur <îe son front, elfe continuât à s avancer, en essayant déjà quelques accens d'une hymne de reconnaissance et d’a mour I

Que des hommes, qui se décernent* en témoignage de la supériorité de leur raison, le titre d’hommes positifs f nous accusent de 11e présenter qu une vaine utopie, et de n'étre que des nâvEuns; à qui cependant s'appliquerait j 1 is Eemen L ce n om A e ré v e u rs ? es L- ce à n o us, q u î , en ve r 1 u fie tous les progrès antérieurs , pouvons hardiment caractériser le progrès nouveau; ou bien à eux- mêmes, qui, ne concevant pas nettement le passé, n’aperçoivent de l'avenir qu’une image incertaine, fugitive et confuse, et, pour ne voir que le sol auquel touchent leurs pieds, croient leur marche plus affermie? Ah ! comprenez que le moment est proche, o ii la mission des hommes positifs t expirant dans l’ incertitude et dans l'ignorance des destinées humaines , les forcera d'abdiquer entre les mains des hêvkürs , qui t capables de les révéler , peuvent seuls guider la société dans une route et plus large et plus sure. C’est en vain qu’ils nous opposent leur résistance et leurs mépris î Quoique la terre de servitude les retienne , bientôt nous ferons luire h leurs yeux dessillés la colonne de feu , là 011 ils ne voient encore que ténèbres, et ils s'élanceront avec enthousiasme sur les pas de Sajnt-Sijioiv, de ce Moïse nouveau, qui, plus grand et plus heureux que le premier, vu tirant les classes laborieuses de l'esclavage dont les accablent leurs maîtres, 11c fera qu'une seule famille ries

Ilt'îbroux et des Égyptiens réconciliés , en les appelant & i1 association universelle I

À peine Hui ma ni té est-elle née, elle nous apparaît épafse en une foule de familles* ayant chacune ses dieux, et livrées entre elles à des combats sans cesse renaissant Hé bien! sur le globe, arrosé de flots de sang, au milieu des cris de discorde dont l’air résonne , b travers mille bannières adverses , surmontées des emblèmes de la force, de la ruse et de r audace , quel bras essaierait de déployer la banni èro de V association universelle 7 Tous sont armés, La guerre! voilà le début de l'humanité ! Faut-il donc maudire sa barbarie et déplorer sa fatale ambition? Non, c’est par la guerre que s'étendent ces centres étroits d’association. Chaque cité naissante , se proclamant, avec orgueil, située au centre delà terre, assurée de la victoire par ses oracles, croyant porter dans son enceinte le gage de la protection des dieux , aspire h la domination générale , et , quoiqu'elle se propose l’asservissement des vaincus, semble entrevoir, dans ses rêves de conquête et de puissance, que las peuples ne doivent former qu’une seule société.

Et quelle voix annoncerait alors le classement selon la capacité , la rétribution selon les œuvras , C amélioration mord le y ù it allée 1 1 wl le et phys tque de in cluss c la p l us n otn h rcuse cl la plus pauvre? Les vainqueurs , après s’être d^abotd rassasiés des membres palpita m de leurs ennemis, les réduisent b la servitude, et , ne voyant en eux que dos hommes d nue race dégradée, adorateurs de dieux subalternes, ou même déshérités de leurs divinités , les emploient , connue de vils inst ruine ns , à l’accroissement de leur gloire ot de b^irs jouissances ; les esclaves , n ayant plus de dieux, ou convaincus de I lafénopilé de leurs idoles , ne savent qii’o-

bèir. Le dèspoüsme est mm remords ; l’esclavage ml sans bassesse, . Tliérûtlilé sans contradiction ; tout repose sur la perpétuité des races, Faut-il doue maudire l'ordre selon la naissance ? Non, parmi tous ces peuples insatiables de combats, la liberté , la patrie, les dieux, c’est la guerre : et c’est dans les fers, loin de la cité, hors des temples , que la paix et le travail peuvent trouver un premier asile- D’ailleurs, soit que ces classes inférieures, recrutées par la victoire , cl disciplinées par la force pour les pacifiques labeurs de l'industrie, uni retiennent dans un libre exercice la belliqueuse ardeur tic leurs maîtres, soit quelles nourrissent dans de studieux loisirs la science cachée de leurs superbes despotes , c est pour tdlcs, cest pour leur ailtunchissemcnL , c’est pour leur élévation il un sort préférable à leur antique et sauvage liberté, que conquièrent et s’instruisent les guerriers, les prêtres, les philosophes. Faut il enfin déplorer amèrement le sort de la femme, alors la propriété de son époux, la première de ses esclaves ? Non; lorsque la force guerrière poursuit une oeuvre utile, sa faiblesse doit être asservie; mais plus puissante, en sa captivité, pour dépouiller le guerrier d une longue férocité, un jour elle sera libre au sein d une société pacifique. Glorifions donc 1 humanité dans la guerre et dans 1 institution de Tordre selon la naissance, qui ont contribué a son progrès.

Mais , sous le règne de cette loi , que recoiinaU toute la terre , quelle est la contrée où l’association commence h sc fortifier et à offrir la première lueur d’une bienfaisante clarté ?

Arrêtez vos regards sur l'Afrique. Là se présente I Lgyple, Tune des sociétés les plus anciennement établies, parce que le Nil attache à ses bords nourriciers les tribus nomades

que repoussent vers lui les sables du désert* Ah ! sans doute ce vulgaire asservi, grâce aux mystères de la science dont il favorise par ses travaux dédaignés la noble création, plus tard sera admis h une science supérieure à celle que lui dé rotent ces hiéroglyphes impénétrables pour son œil profane ; mais vous vous hâtez de fuir, avec ces nombreux es suims qui vont -se développer ailleurs, une région oh la vie, èmiimilloUée dans des langes héréditaires qui perpétuent renia u ce des castes intérieures, semble avoir rîmmobilité de la mort.

Et d’abord 1rs Hébreux, délivrés h la fois de cette servitude et de leur culte grossier, proclament , avec Moïse, l'imité de Dieu et celle de la race humaine, et forment en Ire eux une première famille- Avec quel amour vous reposez vos yeux sur celte nation! Maïs cet arbre fécond, après s être péniblement enraciné, au prix de floU de sang, dans la terre promise , des douze rameaux qui faisaient son ornement en perd dix, que lui arrachent violemment l'idplâtrïe et la conquête , et transplanté luimême sur les bords de l’Euphrate , revoyant enfin le sol natal, sans pouvoir jeter autour de hu de nouvelles racines ou étendre son feuillage toujours émondé , semblerait frappé de stérilité , si la branche précieuse , qui doit initier les peuples à ira premier essai d'association P n'attendait pour fleurir , au milieu des orages continuels de la guerre, un intervalle de sérénité* Abandonnez donc F Asie avec ses vastes agglomérations d’hommes parquées en immobiles divisions, el avec cette petite société étroite et impuissante , dont la gloire n’est pas de conquérir , mais de ne pouvoir être conquise, et de garder dans l'exil el la captivité sa croyance in altérable; car Jéhovah nest pas le dieu de ta patrie; c'csllc créateur du monde*

Voici, voici sur la terre d’Europe, la Grèce, au territoire entrecoupé de montagnes et de mers , de détroits et de défilés , qui la défendcM glorieusement contre Pé- I ranger et In divisent entre elle , aux villes nombreuses, bâties par l'Egypte et pur ta Phénicie , et rattachées , par une loi commune, au temple de Delphes; assise sur Pcsclavagc, mois étrangère au régime des castes; sans cesse agitée, en face de l’Orient aux longues évolutions, de guerres que se livrent ses cités indépendantes, qui, gênées par d’inévitables rivalités, réagissent promptement sur ellesmêmes, renversent les rois, s’érigent eu républiques , luttent contre raristocratie, perfection nentleç arts et les sciences, et attaquent enfin par la main de Socrate leur Olympe guerrier! Gloire l\ la Grèce! A ce titre elle mériLe encore d’être appelée la terre de la liberté. Mais la Perse , qui a tant (Poutrages à venger , trouvant plus f'jcite de la corrompre que de la vaincre, déjà promet h ses satrapes la patrie de Léonidas et de Miltiade! La Grèce va-t-elle périr, ensevelie dans le sein de sa rivale, et emportant avec elle les destinées de P Europe naissante? Parais, jeune lié ros, qui, dans ton ambition, dédaignes Philippe pour père, et In Macédoine pour royaume; laisse Démosthènes, vendant à PÀsic son aveugle éloquence, défendre, contre ton père et contre toi, sous le nom de liberté, l'anarchie de la Grèce , sa uvc-la , en achevant de P asservir, de la domination étrangère , et force-la à la paix; ému e d’Achîlle, dont lu envies le chantre, cours soumettre Troie agrandie dans P cm pire immense do Cymis; disciple d'Aristote , fais servir la victoire aux progrès de la science; épargne Jérusalem , mystérieuse cité, que Babylone se repentit iPavoir brisée; fonde dans Alexandrie le vaste entrepôt eu vont entrer en communication lu philosophie grecque ,

les traditions orientales, la sagesse égyptienne* et s'échanger les richesses de trois mondes; justifie par tes succès les prophéties cl les oracles de tous les dieux; pousse tes conquêtes jusqu’à I Indus; mais recule devant ces vastes régions qu’un jour l’Europe abordera par un autre chemin ; et, comme étonné de ces royaumes imprévus, de cet océan nouveau, qui, en agrandissant la terre, déconcertent les rêves de ton orgueil, regagne lentement l’ Occident , à jamais affranchi par ton glaive de la dépendance de l'Gricnl; commence, entre les villes de la Grèce, scs colonies multipliées et les provinces que se partagera La haute lignée de capitaines, une communion poétique, philosophique, commerciale, et meurs plein de gloire; Lu es Alexandre,

L’Europe est sauvée; déjà subsiste entre ecs différons centres un premier lien* Alors Rome , après avoir fait un rude apprentissage contre les nations belligérantes de ritalie , maîtresse de cette contrée, franchit les Alpes et les mers, trouve dans son orgueilleuse barbarie la force de subjuguer des peuples puissaos, amollis par les jouissances de la victoire et des arts , et dans sa foi en des dieux sanguinaires le gage doses succès sur des étals déjà incrédules aux divinités de la guerre; se prend à trois fuis à Carthage, cl. soumet avec elle scs riches possessions; fait presque du même coup tu ni ber en son pouvoir la Grèce et l’Asie- Mineure: hérite de tous les travaux des conquérant, qui, comme une race de géans, continuent à travers les siècles leur œuvre immense; permet à son aigle altier , qui couvre de ses ailes Fompire d’Alexandre et celui de laTyr africaine, un dernier essor vers les Gaules el les contrée# du Mord; s'initie elle même à ['humanité; réunit tant de peuples divers, obligés à la concorde, sous une mente loi ; leur

laisse soupçonner qu’un seul Dieu règne dans lu ciel connue une seule cité sur la terre, et s’arrête épuisée. Cependant ce patricial superljc, par lequel Rome a accompli son œuvre guerrière , malgré les attaques des plébéiens, lente de maintenir autour de lui , et autour de la cité dont il est l’inflexible gardien , les barrières qu’avait posées l'antique distinction des races , cl résiste,

poiul de grâce I voici un précurseur de Jésus : il n’habite pas, sous le manteau philosophique, une école, ou, sous une dépouille grossière, le désert du prophète. Au sein de Rome, il offre en lui, jeune encore , b l’œil pénétrant d’un Sylla , plusieurs Maries; il incarne, sous sa pourpre sénatoriale, l’audace agrandie du tribunal; complice, par son ambition hautaine, des factieux qui élirau lent une autorité vieillie, il aspire ?i changer les lois de l’empire , dont sa race divine , selon les traditions chères à son orgueil, avait jeté les fondeuiens ; supérieur pourtant aux superstitions du paganisme , et plein de foi seulement dans sa fortune ! pour accomplir ses desseins, il se fait d a- Lord une arme do la gloire, et rattachant en dix ans les Gaules , rilelvélic , la Germanie et la Bretagne , à ce centre puissant qu’avaient lentement accru des siècles de combats , il conspire , par ses succès dans les guerres extérieures , ses triomphes dans la guerre civile; bientôt il marche le rival , non pas de Pompée, qu’il oblige à chercher un refuge b la tête du sénat, mais du sénat lui-même, dans lequel résidé la génie de Rome; il fait évanouir, en passant le Rubicon, ainsi qu’un vain fantôme, la limite longtemps sacrée d’une jalouse patrie; il brisé à Pbarsole, à Clique, h Monda , le patricial dont le patronage n’était plus qu une lourde oppression pour scs cliens; il étend h une foule de peuples , encore marqués du joug de la défaite, le droit do lit'-,

«jui ne reste j>lus enfermé enlre les sept coltines, cl, en prodiguant le titre de citoyen , prépare au nom d'homme une dignité inconnue; enfin, après avoir achevé le destin de Rome conquérante, et consomme la victoire du plébéianisme, grâce à l’immense dictature dans laquelle il apparut comme un continuateur des Scipîons et des Gracques, il tombe de la main du pouvoir qui déjà avait frappé la royauté d’une sanglante apothéose dans Iloinulus, cl d’exil dans Tarquin; il tombe; mais , de même que Socrate, faisant des libations de sa ciguë à Jupiter libérateur, affranchit les hommes de leur Olympe grossier, et fut le représentant de la révolution philosophique, César, versant son sang sous les poignards du sénat , et le léguant à ses successeurs comme un vil jouet de leur puissance, demeure le représentant de la révolution politique, flétri par les vers du patricien Lucain, célébré par les chants du plébéien Virgile et de l’affranchi Horace!

Mais, pour racheter 1 humanité de son antique servitude, ce n’est point assez de ces deux grandes victimes. Que la fondre, sans cesse élancée du Capitole, se taise; que le ciel plus serein verse sa rosée, et que l’arbre mutilé de la terre promise fleurisse : Jésus paraît, et il scelle de son sacrîfice sa foi île charité.

l'iiu première parole d’association universelle retentit; lu guerre est impie; les hommes ne doivent former qu’une famille; le classement selon la capacité et la rétribution selon les œuvres sont légitimes ! Mais cette association universelle ne doit se réaliser que sous l’aspect spirituel; car si la paix est sainte, la guerre reste forte. Mais les hommes ne doivent s’unir que des liens de la fraternité ; car la hiérarchie politique repose sur le glaive des héritiers de César. Lutin c'est seulement dans le ciel ,

ou clans la cité ré^ie par le vicaire du Christ, cpic sont ji mmis le classement selon la capacité , et la rétribution selon les œuvres! Jésus n paru; la terre nllend encore Sm^T'SiMON.

La guerre, sous le christianisme , n’a plus de religion; comme chrétien, le chevalier na plus de patrie. Aptes avoir incliné sa bannière sous la bénédiction d un piêtie pacifique, co n’est pas, comme le guerrier de Borne et de la Grèce, an dieu de la cité qu'il obéit, niais à l* honneur; voila sa divinité* Respecter ses sermons, défendre la veuve cl r orphelin , secourir la faiblesse et venger 1 injustice , telle est la loi qu'elle. lai dicte; c'est ce mysticisme héroïque qui unit en un ordre fraternel les chevaliers de 1 Europe, prêts ti I ' ac coin p 1 î se m en t du devoir, en quelque lieu qu’il appelle leur courage , ainsi que l’adoration d un Dieu pur esprit forme des clergés de chaque nation une même milice- Qu’avons- nous besoin de rappeler combien cette transformation du sentiment patriotique fut favorable aux grandes entreprises que les chrétiens dirigèrent contre leurs eonémis communs? Mais, à part ccs occasions ou s exprime l’ intérêt de la chrétienté, chaque guerrier ne sc reconnaît d’obligations qn’envers sa divinité, s impose pour la servir tous les sacrifices, cl lave dans le sang lataclie la plus légère, qui peut le rendre moins digne do ce culte épuré; c est dans le duel enfin , ignoré des anciens , mais familier aux guerriers modernes et provoqué par eux jusque sur le champ do bataille , parce que la guerre n’a plus qu une sanction individuelle, qu’expire le patriotisme militaire de 1 antiquité.

Ah 1 oc doutez plus que la guerre doive un jour disparaître , lorsque t cessant d’élre un culte, elle a toujours

besoin d’expiations, et qu’nprès avoir frayé une route. J I évangile, cl défendu la civilisation chrétienne, elle met son épée au service de I industrie, autrefois asservie, et fait asseoir le génie du travail pacifique sur le char de triomphe du vainqueur 1 Si, dans les temps plus rapprochés de nous , l’amour de la patrie semble précipiter les peuples aux combats , c est que , le lien du moyeu âge , qui unissait les nations dans une vaste association , une fois brisé , le guerrier , comme le prêtre , reprit sa nationalité.

Déjà, au sein du royaume de l’esprit de l’église, le classement selon la capacité et la rétribution scion les œuvres, quoique imparfaitement établis, favorisent l’élevalton des rangs les plus obscurs aux dignités les plus hautes, et opposent, sur le trône de saint Pierre, la majesté du génie à l’orgueil de la naissance sur le trône des Césars. C’esL peu; l’ordre selon la naissance, perpétué dans la cité guerrière, perd de son inflexible rigueur, ne repose plus sur la distinction des races , mais sur la possession héréditaire des privilèges; et l’eau sainte du baptême, qui rachète les classes inférieures de l’empire de Satan , les

aide a se racheter de leur asservissemenl daus le royaume de César,

Ainsi l’Europe entière , lentement formée par les travaux de tant de conquéram, détachée de l’Asie par Alexandre, réunie en partie sons 'Home antique, enfantée h la vie chrétienne par Rome moderne qui discipline les essaims innombrables des barbares , constituée par le bras puissant de Charlemagne qui l’arrache violemment à l’idolâtrie, et la sauve de fa domination du croissant, formant déjà «ne association spirituelle , plus douce envers les classes inférieures qui peu à peu s’avaneent vers leur émancipation, honorant avec éclat la faiblesse de, la femme

libre dans l'enceinte dû foyer domestique , s’achemine vePS une transformation nouvelle ; et voilà que, découvrant un vaste continent , et prompte à s y épancher, rite ajoute , 5 son poids dans la balance des destinées du monde, celui d’une immense colonie dotée de tous ses progrès. Bientôt , sous les coups de Luther et des philosophes s’écroulent la société politique où domine l ordre selon |a naissance, cl la société religieuse impuissante Contenir les arLs, les sciences et l’industrie dans tous leurs développement. Enfin la révolution française éclate, et renverse tout entier l’ordre social antique.

L’instant d’une révélation approche; déjà même au sein du silence et de l'isolement se prépare cet avenir; cardans celte vaste trame où s’ourdissent les destinées de l humanité , ce n’est pas au moment où se bris® sons retour te i qui en a formé le tissu , que l'on sème la chanvre dont on fera la fil nouveau réservé à la continuation tic a uvre commencée. Non, jamais de lacune , jamais d’interruption; tout marche, tout travaille , tout se déroule à la lois.

Cependant, après l’explosion révolutionnaire, la .société, livrée aux caprices furieux d’une multitude encore grossière cl sauvage, était menacée de périr dans les convulsions d une démagogie effrénée, ou de tomber, comme une proie facile , entre les mains de la ligue formée contre elle par la royauté cl l’aristocratie européenne.

Un homme, destiné à briser l’Europe vieillie du moyen âge, cl rêvant, dans le désœuvrement de sa précoce ambition , les empires gigantesques de l’Orient ; simple ans ses mœurs et subjuguant tous ceux qui l’entourent par un mystérieux ascendant; parlant de république , et t commandant en roi : né pour l'autorité» cl foudroyant sans remords, dans Paris même, la souveraineté populaire.

( 5go )

paraît; prélude h sa future grandeur par ses triomphes d Italie, comme César h sa perpétuelle dictature parla conquête de la Gaule; usurpe le pouvoir sur l’anarchie, favorisé dans sa rapide élévation par les vœux de la bourgeoisie , qui sc souvient que l’un de scs premiers exploits a été de mitrailler le peuple, et par les vœux du peuple, auquel il donne l’égalité de la gloire sur les champs de bataille; ose impunément rétablir le trône, parce qu’un obscur enfant de la révolution y semble une sanction vivante de ses principes , ressusciter la féodalité, parce que scs titres surannés, jetés au mérite dans tous les rangs, sont à la fois une vengeance et une satire éclatante des privilèges d'une noblesse abâtardie, rebâtir l’autel, parce que l’autel , utile aux yeux de plusieurs comme appendice d’une organisation régulière , précieux pour les cœurs long-temps sevrés d’émotions religieuses , ombragé et comme humilié pai la pompe des trophées militaires, n’est pas dangereux; apprivoise !’ Europe frémissante avec la France, qui l’avait épouvantée d’une tête royale jetée en signe de défi , par les prodiges de ses armes, par le retour de l’ordre intérieur et le tlic-âtral appareil de sa royauté d’un jour; incarne en lut la révolution , niais l’asseoit sur un char de triomphe et non plus sur la charrette fatale; détrône les rois par l’épée et non par la hache; humilie les souverains, non plus devant le bonnet de la liberté, mais devant l’insolence d’un diadème nouveau; sape dans leur base les vieux châteaux avec le secours de modernes barons, et brise, le sceptre en main, les fers des peuples asservis; accorde , dans ses vasti: c amp, le classement scion la capacité et la rétribution Moi, les œums; tente d'initier vingt, peuples divers, enrôlés sous ses drapeaux , a une fraternité d’armes , et institue, paru tous, sous l'étoile de l’honneur, une sorte de connu-

( 3oi )

MON miutAHUIÎ et toutefois essayant Je greffer sur une tige antique sa lige récente; rappelant dans son palais les noms illustrés par une rouille séculaire pour donner h son Irène naissant le prestige de la vétusté; perdant en popularité tout ce qu’il veut gagner en légitimité; abandonné de In France, lorsque après avoir accompli l’œuvre révolutionnaire , il prétend fonder sous ta seule sanction du glaive line unité européenne; provoquant contre lui, de la pari des nations étrangères, 1’enlliousiasme de le liberté dont Ü avait semé les germes dans leur sein, il tombe alors; et laissant les sujets demander h leurs maîtres des institutions pour prix de leur victoire, permettant à la 1* rance, par son exil, de reprendre possession , sous des princes faibles quoique rigoureux, du mouvement révolutionnaire que son bras de fer avait comprimé, il attend; et dès que celle race superbe, qui n’avnit vu en lui qu’un instrument de la providence pour relever la couronne, et la lui rendre h elle plus affermie, dédaignant de s’enraciner dans un sol nouveau , ne cherchant d’appui que parmi des ruines et des fantômes , érigée par les potentats étrangers en geôlier de l’esprit d’insurrection , qui de la France avait souillé parmi leurs sujets, eût blessé la nation dans ses seulimens , ses intérêts et la jalousie de sa gloire militaire, qu’elle narguait les lis en main , et s’efforcait d'ensevelir comme en un linceul sous son vieux drapeau blanc , il s’élance, surprend par son retour ceux-là même qui l attendaient , d’un pas louche à Paris et de F«utre à Waterloo ! Déjà sa mission nouvelle est remplie : il vient, lui qui était à lui seul sa dynastie, troubler le rêve de légitimité de ces princes, en leur enseignant que, sous peine d'un autre exil , il ne faut pas prendre à la lettre la monarchie telle qu'il l’a reconstituée; lui-même il dissipe l'illusion de sa

légitimité soldatesque , car dé j h il en avait une , en se prêchant comme liberté , brise son parti redoutable , composé de générations nourries dans les camps * dédaigneuses des idées libérales, et ne comprenant que la guerre, l'obéissance militaire et la jouissance héréditaire des titres etm quis par Pépée; conduit ses invincibles légions à de sanglantes funérailles* en ensevelît une grande partie dans la gloire d’une défaite que les vainqueurs auraient enviée: force leurs restes mutilés h se réfugier dans les rangs des libéraux; et lui, jeté vivant sur un roc lointain, y domeure long temps, au profit des nations rassurées contre son despotisme, 1 épouvantail des monarques qui voudraient rétrograder; se venge des souverains qui , non contons de Pavoîr détrôné, le traitaient sans pitié, en prédisant la chute de leurs trônes; les affaiblit lui-même de sa déchéance;

car, lorsque sa gloire roturière , qui avait fait pâlir les astres de la légitimité, s’éteignît dans les flots de l'Océan, avec elle s’éteignit aussi Péclat majestueux de l'antique royauté qu'il sembla n’avoir usurpé tout entier que pour bisser en disparaissant les rois, ses saLellites, plus pâles encore de l’absence de ses rayons; enfin se réconcilie avec les peuples en paraissant se réconcilier avec fa liberté dont il avait sucé le lait , et en se faisant de Sainte-Hélène une tribune d'ob , par sa bouche , le génie de la guerre luimême exprime la pensée d’une vaste alliance entre toutes les nations civilisées, et semble entrevoir les premières lueurs d’un pacifique avenir !

Grâce h lui, la révolution a donc triomphé; Je lien déjii commencé entre les peuples par le catholicisme s’est resserré; ci l'Europe vient de manifester sa touchante sym patine pour la France , le jour ou la Franc© renvoya dans un interminable exil une orgueilleuse dynastie dont

la mission fui de mener le deuil du passé , après avoir at- Icslé , partie prodigieux efforts pour le ressusciter, sa mort irrévocable.

A|j I répondez : lorsque la révolu lion , en complétant l’œuvre du christianisme , a aboli les privilèges de la naissance et uni tous les enfans de l’Europe dans une cause commune; lorsque la guerre, après avoir élé, entre les mains de Napoléon , un instrument de civilisation , tombe vaincue avec ce géant , donL la lourde épée ne peut plus trouver d’héritier, le moment n’est-il pas arrivé oit un ordre social nouveau doit remplacer l’ordre social qui périt? cl quel ordre, social plus conforme au progrès , plus digne de satisfaire nos vœux, que celui que vient fonder Saikt-Sihon , en proclamant l’association pacifique, universelle, le classement scion la capacité et la rétribution selon les œuvres ?

Tisane , nfiJOtns-Toi ! SAINT-SIMON a paru !

Oui , tel est l’ordre nouveau , préparé par tous les tra vaux de l'humanité, justifié par le cours de tous les événement lointains ou rapprochés ; voilà l’avenir auquel nous marchons sans pouvoir cire arrêtés , et d’après lequel il faut régler le présent si l’on veut terrasser à jamais le. passé I

En effet, vous avez renversé une odieuse dynastie j Clés* vous en repos? Le trouble » te malaise , la souffrance de toutes les classes de la société, sont portés au point ipie le passé a osé , en face de la tombe des héros de juillet ( 0 *

(i) Allusion au\ faits qui &c «nul passés a de Sain 1 -Germa în-

PÀnxciTOÏs, à l'occasion delà célébration du service du duc de Btuï.

célébrer dans ries soties rie saturnales Jn victoire des vaincus.

Hlnis l’eussiez vous détruit jusque dans ses derniers vestiges, vous flatterie z- vous d’une plus grande tranquillité? Non : au jour d hui In question ne se trouve plus, entre le dogme déclin de In légitimité, l’ancienne féodalité expirant sous le nom pompeux de chambre des pairs, vaine et puérile réminiscence des hommes de L restauration, le clergé impuissant et la liberté. Elle n’est pas cependant, ainsique le proclame un langage de tradition, entre le bourgeois et le peuple , cuire les riches et les pauvres ; mais elle est, dans des termes plus profonds et plus religieux, entre les oisifs rBiviiiciés et les tbavaim.eubs, dans la triple direction des arts, des sciences et de l’industrie, entre les derniers débris d’une féodalité sans éclat et l’ordre selon la capacité, entre ririflimTÉ de la richesse et Vaksàpni de la misère , entre le privilège de la science elle privilège de l’ignorance.

Dédaigneriez- vous de nous croire et de préparer, par de sages ménagemens, par de prudentes transitions, la transformation de 1 état actuel des choses; jetez les yeux sur votre situation ! Vous ne souriez le nier, les classes inférieures sont pourrons un auxiliaire embarrassant , dont vous vous servez, quelquefois avec joie, mais que vous vous hâtez de congédier, que tour ii tour vous caressez et vous gourmundez, et qui ne peut intervenir sans vous causer de secrètes et légitimes frayeurs, ür pensez- vous que ce peuple qui aspire h une situation meilleure, eu vertu du progrès de sa moralité, devenu plus exigeant encore , grâce aux désirs nouveaux que fera naître en lui la liberté de l’enseignement, n’envisagera pas les classes en possession de privilèges héréditaires du meme mil dont la bourgeoisie naguère

tmvïsngeait une aristocratie déchue de sort utilité et de sa

gloire ?

Écoutez nous sans défiance; nous ne sommes pas les flatteurs intéressés de ce peuple; car tandis que nous plaidons sa cause, et que nous nous efforçons de contribuer à l'amélioration de son sort * c’est de Lui-même que nous rient Feûlrfige : dès long-temps nous F avons prévu , si nous ne parvenions h vous persuader 3 en excitant pour lui vos sympathies, de F arracher à son abrutissement» à son ignora ace * h sa misère , les premiers nous serions exposés au danger; semblables en ce point aux chrétiens, (pii j venant aussi pour affranchir les masses populaires , c ntend a îc n L ce pen da Ut retentir au tou r A e u x ccs cris : Au x a k tes tM c n n t t le xs ! C’est do ne Aï 'n us et no i k pas a u pe apte que lions devons d’abord nous adresser ÿ c’est par vous et avec vous que nous devons opérer sa régénération. Et ne nous avez-vous pas souvent accusés d’un langage abstrait, scientifique , métaphysique ? Que faisiez-vous qu'accuser noire prudence a laquelle voiis-inémes étiez intéressés? Ecoulez nous donc sans défiance.

de vous le demande, ce peuple, héréditairement corn damné au travail cl h la misère , se vouera-il h être éternellement le piédestal de t* oisiveté privilégiée?- lorsqu'il a déjà fait dans les camps l’apprentissage de la rétribution selon tes œuvres , lui en coutera-t-il de vouloir dans ses ateliers ce qu’il a déjà obtenu sur les champs de bataille? Croyez- vous qu’il se laissera bercer toujours du mot sonore de liberté, et ne verra pas I esclavage là où il endure une misère sans adoucissement et sans espoir ? Que Jerezvous alors? Essaierez -tous de réaliser pour cet infatigable Hercule la fable des douze travaux? vaine tentative ! Il commence à comprendre qu’aux conditions fixées à

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celle heure cuire h* gens qui lui fournissent l occasion de travailler, et lut qui fournil du travail, les rôles de In générosité et de la reconnaissance doivent être intervertis. Combien alors les classes privilégiées sc jelcraienL volontiers dans les bras d*un Bonaparte! Maïs quoi donc! ce peupla qui naguère a vaincu et nfa pas souillé sa victoire; ce peupie qui vous a sauvés et a tout respecté, cl qui récemment encore , dans une affligeante et brutale destruction (i , na pas démenti son noble désintéressement , est-ce donc là le peuple que Ton mitraille* que Ton renvoie h coups de canon dans ses ateliers ou que l’on jette dans une guerre étrangère? Oubliez* vous d'ailleurs que , pendant que vous travaillez à la ruine de l'ancien ordre social* les nations imitent votre exemple , et que partout les classes inférieures et les classes supérieures vont se trouver aux prises: qu’une guerre , si elle avait üeu , n’auraii d’autre résultat que d’accélérer le mouvement révolutionnaire ea Europe J

Vous le voyez ; sî le problème devait être résolu par la force , un Bonaparte ne se mettrait pas du côté de votre faiblesse. Les forts se servent des forts. One ferez-vous donc? Quelle sera la voie de salut de la société? Comment échapper à d'efîroyabics désordres , prévenir d’épouvantables secousses? Rappelez- vous que ce peuple a mis deux lots la main a votre révolution; que si, ù l’issue de la prc~ uiière crise, sauvage et brutal, il ne parut pas mériter d’être affranchi de l’exploitation de ses maîtres , aujourd'hui if s’est amélioré au point d’exciter quelquefois votru admiration. Ah! n’ü-til pas assez payé de son sang et de

(t ) Lu dcmniiuon Hé IVfdicnVUc e* le renverse ment de* trois de quelques églises.

scs sueilfs pondant la pai* et pendant la guerre [es frais do sott éducation? Que ferez-vous donc, non pas seulement pour vous sauver, mais pour le sauver aussi* pour vous sauver ensemble ? que ferez- vous ? \ nus l'ignorez !...

Âb! nous vous le répétons, la religion que nous vous annonçons, qui émancipe les classes laborieuses et pauvres, eL offre en même temps , pour régler le monde, des moyens d’ordre puissans , parce qu’ils sont appropriés aux besoins nouveaux * peut $rxbn fournir un remède h celle crise et In terminer. Celte religion féconde, pacifique, régénératrice, peut seule vous épargner de pénibles convulsions, et vous acheminer sans danger , sans regrets , vers un état social auquel nous marchons irrévocablement ; seule elle peut vous délivrer des débris d’uil ordre politique vieilli et d'une religion surannée.

Oui, les philosophes ont insulté, renversé la choix; elle s’est relevée : les jésuites l’ont défendue; elle est encore debout : je la vois part nul * jusque sur la tombe des héros de juillet, victimes d’un passé qu'il ont détruit en tombant sous ses coups î Vainement fa brûleriez-vous pour en jeter les cendres au vent, clic reparaîtrait cForou de bois, n’importe î Vous avez besoin de croyance, et elle ne descendra , malgré tous vos efforts , des temples qu’elle surmonte , que lorsque la société * reconnaissante de ses bienfaits passés, ne verra plus en elle* cependant, qu’un emblème menteur de Texistence nouvelle l\ laquelle elle est appelée.

Vous le savez, la Croix, instrument de mort et d’ignominie, adorée sur fautel , dominant ta couronne des rois, attachée h l’épée du chevalier , blason née sur la cuirasse du guerrier, suspendue au sein de la vierge , la croix fut long-temps l’emblème véritable des souffrances et de Top-

probre , légitime alors, d’un aspect du momie et de l'homme, de l’aspect matériel, dans lequel il fallait que rimmanité se mortifiât pour espérer la vie , s’humiliât pour espérer la gloire! Or qui peut aujourd'hui, après avoir reconnu sa sainteté et sa douceur dans les progrès quelle a déterminés , la convaincre , en face des progrès nouveaux, d'imposture et de rigueur, si ce n’est Saint-Simon , par une révélation plus vaste ? Plus de souffrance et de mortifications; il n'accable pas Dieu du poids de la matière toujours en révolte contre lui, et, pour sauver l’esprit de l'homme, il ne lue pas son corps ! Plus d'opprobre ; il glorifie Dieu sous son aspect matériel aussi bien que sous son aspect spirituel , et il réhabilite le développement de l'activité humaine dans toute sa plénitude. Plus d’humilité ; il classe tous les hommes chacun selon sa capacité. Plus d’ahnégalion; il fonde un état social qui met un terme à celte lutte entre le devoir et l’intérêt, en accordant h tous le* efforts le prix qui leur est dû. Plus de résignation, mais des joies toujours plus belles. Plus de consolation, mais une espérance loujoirrs plus ravissante ! Répondez : l'empire prolongé de la croix ne vous parait il pas maintenant une calomnie envers Dieu et l’homme qu’il flétrit et mutile dans un aspect de leur existence? ne vous parait il pas aussi impitoyable pour l'humanité qu'il lui fut d'abord doux et miséricordieux? ne voyez-vous pas un signe do guerre et d'antagonisme là oit brillait d’abord un signe do paix et de charité? gloire à Jtü sus qui par la croix a racheté l'homme du joug de la matière alors sanglante ! niais gloire, gloit^ à Saint-Simon qui rachète à son tour la matière sou mise et pacifiée du joug ■accablant de In croix ! (Iroix qui sauvas le monde, aujourd'hui tu pèses sur lui; disparais! tombe ; et qu’au bruit de ta chute une refigiou nouvelle

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