UNITÉ DE
1ÎELU-IUN ET DE l.A ï'ULJTJQl'E.
Mes Fils , mes Filles ,
Vous vous étçnncz que les disciples de Saixt-Simov s érigent en juges de la lutte des peuples et des partis , embrassent dans leur prévoyante sollicitude tant (1 intérêts opposés , et aspirent. îi les réconcilier par la fondation d’un nouvel ordre social. Ce rôle politique , selon vous, est une abdication de tout caractère religieux, et mie telle ambition suffirait pour effacer de nos fronts , si vous étiez disposés î. i’y voir, l’auréole de l’apostolat. Il vous semble, en effet , que la religion naît d’autre tache a remplir que de contempler incessamment les choses divines , dont vous séparez les choses humaines, quclh d.iiu
af usaient les yeux tournes vers Je ciel , y chercher avec amour la lueur de 1 t ï toile tutélaire, la montrer de loin à fa société errante parmi les ténèbres , en lui laissant le soin de régler sa marche d’après celte clarté, et qu'elle déroge eu intervenant dans la sphère d’un monde habitué à se considérer comme profane ; enfin votre opinion élève un mur d’airain entre la religion et la politique , entre h temple et la cité.
Supposez cependant que nous venions vous dire;
écoulez les interprètes d’une religion nouvelle, les cm voyés de Dihu , plus grand aujourd’hui cpi "il ne s’ofli it jnmais ii I adoration de l’humanité, les dépositaires d’une ré* vêla! ion supérieure h celles qui l’ont précédée; écoutes: ï \oici que l’Europe, au prix de Ilots de sang, terrasse le despotisme cl la féodalité , on résiste à leur oppression, La cime la plus nombreuse et la plus pauvre, vouée à l’hérédilé de fa misère, trop souvent réduite h se venger avec barbarie de la dureté de ses mailrea , subit encore la loi des antiques palricîaLs, Partout règne la guerre , entre les rois et les sujets, les nobles et les bour« geois, les bourgeois et le peuple. Une déplorable anarchie isolé les savons , les industriels , les artistes , et sc trahit hautement par leurs mutuels mépris. La science languît dans les académies, théâtre de son inaction ou de ses rivalités. L'industrie , étrangère aux bienfaits de l’association, accepte » sans rougir, dans l’emploi d’amies déloyales et dans les ravages de la banqueroute, les nécessités de ses coin bals multipliés, La poésie n’a de chants que pour maudire, blasphémer, désespérer; et la lyre » qui naguère bâtissait et unissait » détruit et divise. Les femmes , attachées au foyer domestique , sont condamnées è nue triste servitude * on aux joies amères de
l'indépendance. Enfin , au sein de la famille particulière, cuire l’époux et l'épouse , le père et le lils , ta mère et la fille, se réfléchissent la division et le désordre qui troublent b famille publique. Tob sont les maux dont vous gémissez ! Mais ce n est pas à nous qu'il appartient de vous secourir par une ellicace médiation entre toutes les classes de b société. Non ! vous exhorter à vous aimer les uns les autres, à chercher dans votre loi un adoucissement Ii vos peines , à vous résigner à votre sort , et à espérer dans une autre vie une meilleure destinée , lever nos mains vers Dure , sur le haut de la montagne, pendant que vous combattez dans la plaine , c'est là notre unique devoir ; un mur d’nirain doit séparer la religion de la politique et le temple de h cite*
Supposez , dis-je , que nous vous tenions ce discours, et vous ifiiésileriex pus a reconnaître en nous des prèlresj uiais, à Fiostant même, ne nom aecosertesé -vous pas diine cruche ironie* d'une barbare dérision, et iFaurifesfi- vous pus le droit de vous écrier?
Quoi ! vous osez vous dire envoyés de Dieu , et chargés d'annoncer en son nom un a u Ire Évangile ! et quelle est cette bonne nouvelle que vous apportez aux nations? Vous étalez un dép I o ra b 1 e i& van 1 ai re des in isè res h u m a i nés ♦ e i , lorsque nous en espérons le remède , vous trompez i tupiloyablemenl notre attente. Suffit-il an médecin de sonder ta plaie et de la mettre ù nu? au pilote de signaler I écueil et de prédire f approche de là tempête ? Où donc est le gage de votre mission? ignorez-vous que ta parole de Dieu n eclote qu'en proclamant nue améliora lion dans 1© sort du plus grand nombre? Moïse délivra les Hébreux , et leur ré vêla , sous des traits nouveaux, la puissance divine, en les conduisant dans la l erre promise* disses initia les maîtres et
les esclaves » les riches et les pauvres , les poissons cl leu faibles a une commune charité , et adouci L le sort de tous. Le Dieu de Moïse et celui de Jésus ont été crus. Mais vuu*t malgré la solennelle prétention d'une révélât ion récente r malgré (a fastueuse investiture d'une mission exlraordinoire * que venez* vous faire ? Prêcher In résignation ? Ce langage était bon, î! y a dix-huit cents ans, lorsque P univers était en proie au génie du mal. Proposer les oisives délices d'une vie future P Le prêtre, qui berçait Pin foi tune dr l'espoir des joîes célestes , frappait la terre d'anathème, cl inspirait aux fidèles un profond détachement de ses biens j vous ne sauriez plus professer le même dédain sans méconnaître le progrès. Enseigner aux hommes qu’ils doivent s’aimer? C’est ce que savent aujourd’hui les petits enfaiïs. Mais ce qu’ignorent les sages eux-mêmes, el ce que vous ignorez , c’est Part de tarir ces sources de rivalité , de haine et de guerre qui débordent , tandis que la sympathie demeure stagnante au fond des cœurs. Enfin prétendre quii faut aimer Dieu? Quoi ! l'humanité , errante à travers 1rs orages, sans qu’à ses regards brille un rayon d’espoir, jet smt un long cri de douleur sans être entendue, et offrant le triste spectacle de ses maux sans être soulagée, s'arracherait à son indifférence pour ce Dieu, spectateur impassible de ses souffrances, ou cesserait de le blasphémer? Non, il n’est pas le vrai Dieu celui qui ne sait ni promettre, ni consoler, ni guérir, ni rassasier! Non, nous ne croyons pas à votre Dieu! Insensés, qui fermez les yeux à ce monde palpitant de vie et de douleur, et poursuivez aveuglément les chimériques jouissances d’un monde mystique, vous n’êtes que des rêveurs; et Dieu, s’il existe, Dmt> ne parle pas par votre bouche !
Oui , tel devrait être , tel serait le langage que vous die-
1er aient vos espérances trompées et vos besoins méconnus; et JToù vient cependant , lorsque nous sommes b P abri de ces reproches qui fortifieraient voire incrédulité, que vous accusez le Saint-Simonisme, précisément parce qu’il est uue politique, de n être point une religion? C’est que, malgré vous, dociles à fin fluence du christianisme, qui vous a habitués à la distinction de deux sociétés et de deux hiérarchies, vous cédez encore b celle de la philosophie , qui, du jour où cette religion cessa d’être utile, proclama le monde trop impur pour mètre pas b Pabri de son intervention , et, . avec un respect hypocr ite pour les paroles de I Évangile » la relégua dans la pureté d’un monde supérieur, où d’ailleurs, secrètement convaincue de sou irn puissance eu face de besoins imprévus , elle se relirait de son propre mouvement.
Si pourtant vous interrogez les temps antérieurs au chris- ^ tianisme, iis ne vous présentent point Pexcmple de celle scission profonde entre la religion et la politique. L’Egypte, J la Judée, la Grèce et Rome placèrent l’encensoir, le sceptre, le glaîvé dans les mêmes mains, ceignirent le même front du diadème, du casque et du bandeau sacré, couvrirent de la même robe le prêtre , le guerrier, le citoyen. Lè, le gouvernement, les travaux de la guerre , la culLure des sciences, de l’industrie et des arts’, le rang assigné aux différentes classes de l’État, tout se rattaché à l’autel et concourt h atteindre un but commun , assigné sur la terre même par la Divinité, Cette loi unique, qui embrassait h la fois les rapports religieux et politiques des nu tiques cités , a même séduit quelques esprits au point de leur faire revendiquer, eu faveur de cette unité , la supériorité sur la loi de J £sff$ qui consacre la division de deux pouvoirs. Pour nous, nous reconnaissons la légitimité de cette unité rnili-
taire, sons [ empire de laquelle Thymine, se liant à la Divialle principalement sous l'aspect matériel , sc développa dans sa force. Mais l'homme, qui tendait vers le règne de l'unité pacifique t devait un jour briser I imite guerrière ; le christianisme a accompli celle lâche.
Nous avons donc l\ montrer comment le caractère de la loi de Jércs lut ild Caractèic particulier il cette religion, ré clamé par la nécessité provisoire d\m progrès immense, et comment 1 accomplissement même de ce progrès imprime un caractère nouveau î* notre religion.
Mes PiviiKs ,
\ous avez annoncé lsèrc pacîlique où se réuniront à j nmais la ueligion et la pouTïtjUE, tour a tour unies ci séparées j iisqu^a nous. Ma voix s'efforcera de jusiîiier votre promesse. Maïs déjà le spectacle que nous présente le mouds u'eiî présageddî pas la réalisation ? Jadis , lorsque paru! Jésus, les autels vieillis, eu tombant, nVn traînèrent pas dans leur chute ce patricial héréditaire, qui leur survécut orgueilleusement dans les palais et dans les châteaux modernes» Aujourd’hui j av tx lésant eU de ton Les les religions, qui chancèle ni on sont couchés dans lu poussière , les trônes militaires sont ébranlés , la féodalité est abattue. Inslî tulions religieuses. institutions politiques, momimens sacrés ou profanes, tout s'écroule , loul tombe ; riea n 'échappe à celte loi de dévastation, cl le soleil, dans sa course, u!éclaitr sur la face du globe que dévastes ruines qui ne se soutien* lient qu'en sc prêtant un fragile appui. Ah! ce n’esL pas seulement le temple qu'il faut rebâtir, c est encore la cité ! El U ptïligion nouvelle , si elle ne remplissait qu'une partie dr
CPti^ tâche , sérail incomplète , et condamnée par les débris qu’elle n* aurait point réparés. Que Fon ne dise doue pins (pie la religion est prés de disparaître; elle est à la veille de tout embrasser ; qü elle ne sera pins rien; elle sera toit ; tout , mes Pères; car le vieux inonde finit , non pas sous lus coups de la foudre vengeresse , on le choc éclatant d une comète échevelée , mais par de terribles explosions sociales qui coûtent bien des larmes et du sang; il finit* et le jugement ï>ks peuples commence, grâce à une éclatante manifestation de Dieu en Saint -SçitfOtf- Oui* voici, voici qu’à sa voix puissante tous tes peuples s élancent de leurs misérables ruines comme du sein d’obscurs tombeaux qu ils soulèvent avec joie , et* secouant tous les privilèges usurpés t renaissent à la vie sous l'empire d'une justice nouvelle, Saint-Simon proclame avec majesté le classement
SELON LA CAPACITÉ* la RÉTRIBUTION SELON LES ŒUVRES; et
cette loi , dont tes chrétiens r avaient pu concevoir lac complissevnenl que dans le ciel , mais dont nous prédisons rétablissement au globe renouvelé» eu réalisant sur la terre le replie de DifcV lai-même, associe a jamais la politique