ET LA RELIGION
Mes Fils , mes Filles, voulez-vous apprécier ce qui fit f influence du christianisme, représentez-vous la société antique, armée du glaive, foulant aux pieds les populations asservies; là régnent César et Jupiter. Jésus paraît : trop faible pour détrôner César, il lui ôte tout appui sacre , et partage Fempîre de ce monde entre lui et Satan* Dieu règne ailleurs, pur esprit, créateur do la matière corrompue et périssable t roi d’une cité mystique, incorruptible, éternelle, C’csL ainsique le christianisme, brûlant de convertira la charité tous les hommes divisés par la loi de la guerre.
les associe en un Dura qui , échappant à toute* les conditions de forme et d’espace , plane mystérieusement sur l’univers et les sollicite à un détachement continu de ces liens matériels dont il est affranchi. Que pouvait-il alors y avoir de commun entre la religion et la politique ? Comment la religion aurait -elle trempé clans tes affections, les travaux et les joies d'une société profane ? Non, avec une sublime audace , entre l'esprit et la chair pécheresse , entre le ciel et la terre sanglante, entre l’ÉgÜH^ sorte de colonie pacifique de la cité éternelle, régie par le vicaire de Diicc , et la cité guerrière , régie par César, dans lequel , du haut de sa superbe orthodoxie, elle ne devait voir que le vicaire de Satan, elle prononce un divorce solennel . elle ne se nieleau monde que pour l’enseigner, le préparer !t une nouvelle existence , et le purifier sans cesse par l’eau du baptême , le sang symbolique du Sauveur, l’onction du saint chrême; elle précipite l’enthousiasme de ses Saints dans le désert , que semblent déjà embaumer quelques parfums des palmes célestes , et elle flétrit impitoyablement toutes les jouissances de cette vie; quelquefois, dons l’impatience de son dédain pour ce globe de cendre et de Loue , ruisselant de sang et rebelle à sa voix , elle sonne I agonie de I univers , et, la croix à la main, elle pousse les croyant,' tremblansde terreur, dans les voies dit salut; et lorsque les pompes éclatantes des astres et du soleil doivent s’évanouir comme une représentation mensongère devant lu gloire éblouissante du vrai Dieu , en coûtera- l-il b sa sainte arrogance d’humilier les monarques et les grands de U terre, d’abaisser devant la majestueuse dynastie, qui remonte h un pécheur et se recrute puissamment dans les rangs les plus obscurs, l’orgueil héréditaire des rois, de lancer les foudres sacrées jusque dans
Jours palais » cl «le défendre contre leur tyrannie les peuples opprimés? César» légitimement catéchisé, prêché» excoimmi nié même s'il F avait mérité, descendit de son char de triomphe pour marcher humblement , dans la longue procession des fidèles * h la suite de leur père commun » les guidant vers Pote met royaume. Les rapports des diverses classes delà hiérarchie, quoique la religion s'abstint de les régler, grâce b sa discipline hautaine qui brisait et confondait les rangs établis par la violence, peu ïi peu se transformèrent; enfin ! 'esclavage fut détruit. Ce fut ainsi que le christianisme emprunta h I énergie de sa constante répro bat ion tout ce que sa puissance cul de salutaire.
Mais lorsque la société s'élance plus librement vers la culture de la science» de l'industrie et des arts» partout domine la sanction inulilatrice delà croix.
Heureux les s a va ns qui , détournant leurs regards de la matière . s'appliquèrent à la contemplation des phénomènes de l'esprit î par eux faillit remonter jusqu'à Platon , qui leur ouvrit cette carrière * la canonisation décernée h leurs efforts; mais malheur aux premiers «a van s qui se livrèrent h l'observation des phénomènes matériels, et qui, s’éloignant h chaque pas du Dieu des chrétiens pour pénétrer dans le domaine que I Église avait abandonné à Satan» accusés de le prendre pour complice et pourguidede leurs téméraires investigations » furent repoussés par mi terri b ! o a r ré l da ns 1 es fl a m m es de T e n fe cou flans ce 1 i es des b u chers ! Le soupçon d'une éclatante damnation atteignît , sur le trône pontifical» un pape lui-même formé dans les écoles arabes à la science profane !
Et alors quelle sera Finhustilie î Comment l'homme s'occupera-t-il légitime ment du soin d'embellir ce globe réprouvé et d'orner ce Lie chair corrompue , dévouée à la
mort ? Sans doute sou développement social exige (lnu menées travaux; la religion les la 1ère, connue une nécessité qifj] faut racheter * ou si elle les encourage* c est à litre d'ex pi aüon. Mais au lien de s'unir par son activité a ce monde dévolu au démon, si le chrétien emploie toute son énergie h le repousser, consume sa force à se tenir isolé d'une terre impure* s’enfuît dans la solitude* épie tous ses besoins pour les combattre* dompte son corps par lo jeûne* le cilice, la macération , invente des raflincmens de pénitence, ajoute au luxe des austérités, il assure* par cette multiplicité de pratiques , le triompha de l'esprit ; voila la véritable indus* trie chrétiennes* qui* de tous les travaux d’Herculc consumant son corps après If avoir victorieusement exercé, n envie que la gloire du dernier!
Les. art* subissent U même mutilation* Honneur d'abord a ceux qui expriment surtout la beauté spirituelle ! Quant h ceux qui reproduisent pins particulièrement la beauté matérielle , tardifs dans leur essor, ils portent la profonde empreinte d'une inspira lion incomplète. Voyez* dans f architecture * avec ses fléchas a longées vers le ciel , sa deolelic légère et merveilleusement suspendue * ses vastes vitraux , qui au dehors rende ni ses lianes diaphanes et au dedans uc versent qu’un jour dépouillé de son éclat* la matière s exténuant en quelque sorte sons une forme nionumcutüle ! Voyez , dans la peinture , le corps de l'homme se cacher sous les plis ondoyons de larges draperies qui en dissimulent les contours, n éclater que par son visage, et se changer, citez les chérubins, en une vapeur azurée, a Fexc?pliondc la lètc * radieuse entre deux ailes de flamme. Enfin la poésie, sombre, austère f mélancolique* ne retrouve toutes ses ressources qu’en puisant dans le paganisme des en n leurs que lui refusait F ascétisme chrétien.
EL cependant la sourde impatience d'une croyance qui n'offrait pas une satisfaction entière commençait à se témoigner.
Alors naquit un ordre célèbre, jaloux de retenir la société sous le joug de la foi, et pour y parvenir allégeant avec art le joug pesant de la discipline antique? pénétré d'abord d'un sincère amour pour la gloire de la religion , mais comprenant la nécessité de recommencer l'apostolat sur des peuples animés de besoins nouveaux; entreprenant avec zèle cette conversion de T humanité ébranlée au catholicisme , et forcé de convertir è son insu le catholicisme lutmême au progrès de ['humanité ardente ïi s'élancer dans des voies inconnues ; adoptant , loin de les répudier, tous les développemens de la science profane; levant, è petit bruit, par scs complaisances pour l'industrie, V anathème lancé sur In chair; fondant d'illustres écoles et de riches comptoirs; se faisant, suivant les paroles de l'apôtre, tout à tous , et , à ce prix , séduisant h la soumission les générations insubordonnées; aspirant hautement au monopole de l'instruction» et embrassant dans son enseignement la théologie el la physique , les découvertes les plus élevées de l'astronomie et les détails les plus vulgaires de la navigation; multipliant les livres de piété, el cultivant les lettres mondaines , et se prêtant même aux jeux du théâtre; conservant avec respect la tatînilé sacrée * et ajustant la docilité éprouvée de celte langue h. î expression des inventions et des mœurs modernes; champion vigoureux du texte évangélique, et cependant commenta leur facile d’une loi austère; combattant 1 hérésie, et lui -même ployant aux passions du siècle son inflexible orthodoxie; voulant s’emparer de toutes les âmes , mais allant au-devant des scrupules que se suscitaient les consciences, à la ibis indociles et timorées ,
iln ns une foule de cas imprévus nés de désirs plus lundis; prodigue alors ife absolutions de l'Eglise; brûlant de conclu ire les fidèles au ciel , mars leur en élargissant la roule sur la terre, , et dérobant en quelque sorte à V enfer, parla doctrine des accommodtnnens , les vie Limes qu’il aurait nutreibis impérieusement réclamées; vaste milice, qui, envnhîssanl la direction sociale par ses collèges, ses prédications, ses livres, sa coûtés s tou et son crédit , dominant le trône par le tribunal de lu pénitence, tour à tour conspirant avec les monarque,'; contre les sujets , et avec les sujets contre les monarques, pour Thonneur de T uni lé catholique, sanctifiant les persécutions d’un tyran ou le poignard d'un régicide , fidèle au pape , lorsque les clergés de chaque nation, atteints à divers degrés par le protestantisme, avaient brisé leur lien de dépendance, sut h la fois par un prodigieux mélange dVujbilïon et d'intrigue, de foi et d’hypocrisie , de vertus et de vices t d'opiniâtreté et de souplesse, embrasser, ainsi qu'en un réseau, les peuples cl les rois dam les filets de saint Pierre, agrandis avec une prévoyante facilité ! Ordre £i jamais célèbre , digne de gloire et de reconnaissance, parce qu’il tenta avec grandeur de lier le ni onde rel igi eux an monde po l i t ô/ ne* et favoris a par uni; Urge transaction b marche de la civilisation ; mais frappé d’une mort légitime, du jour où la société , ne sim ■ tant plus le besoin de ce médiateur habile et intéressé, put lui opposer à lui-raéme la rigueur delà discipline sucrée , le convaincre de fraudé et de boute , ci obliger tes papes à le condamner, en leur montrant sa rohequ’illui avait indignement abandonnée, Tel fut le jésuitisme, seul capable de sauver le Catholicisme, si le catholicisme avait pu être sauvé.
Ali : j i c^t-cje donc pas en vain qu apres de tels efforts un
j)rc l re de gciiic, 311 cœur droit, espère encore inéno^fir, pat uu pacte bizarre, une nouvelle existence au Catholicisme ? C'est peu que la papauté, dès long-temps reléguée dansllome par le mépris des souverains clpar] indifférence des peuples, et risquant au premier instant d’être reléguée dans le Vatican , sc meure avec pompe de conclave en conclave , près de s’éteîndre dans une nuit plus profonde que celle de> catacombes d où jadis elle s'élança radieuse; comment est-il possible de faire rentrer dans le dogme ce vaste développement qui, de toutes parts, le déborde, et de former, entre I Église et le inonde, une alliance , sainte h coup sué devant un Dieu nouveau , mais adultère devant IcDied de Jésus ' II est beau cependant à l’Église , après un si long temps de mystérieuse union avec le Chbist , de répudier le céleste époux, et, dans la ferveur d u 11 nouvel amour pour ce monde, qu’aie a voit dédaigné tant que
(.esar y régnait, maintenant affranchi, ardent de science et d’industrie, mais en proie au trouble élan désordre, de vouloir lui rendre le calme et l'harmonie par un hymen dont elle espère son propre rajeunissement. Mais, tout ce qu'atteste cette illusion de sa vieillesse , c’est qu’nujourd’inii une religion n’est possible qu’à h, condition d’être une politique, et que ta politique ne sera grande et salutaire qu’à la condition d’être une religion. Le catholicisme, grâce au prêtre qui le représente, dépouillant sa robe lugubre peur revêtir une robe de fête où éclatent eu riches couleurs les merveilles de la science et de l’industrie, offrant, d une main défaillante, l’anneau du pêcheur comme un anneau nuptial, tente un sublime effort, sans pouvoir échapper à son destin, et, en rêvant les délices d’une longue alliance, ne s unît un instant au monde que du baiser dun mourant , baiser de paix et d’adieu I
si.
Le catholicisme Itii-mèinc, par ses généreuses tentative* dlpfdrpation , a donc prophétise Je caractère de la religion nouvelle, El ni aîn tenant jetez les yeux autour de vous. Les peuples , séparés par les restes de tant de barrières, se tendent les bras sans défiance, se combattent et s’empressent de se réconcilier, foulent aux pieds, pleins d'une joie commune g le cadavre de César , se rattachent avec sympathie aux brillans symboles de la Liberté, ^enorgueillissent des Lropliées de la science et de l'industrie plus que de ceux de J a guerre * et éprouvent, au milieu de f antagonisme qui les divise dans cette laborieuse carrière, le besoin de s’unir; ce monde , encore agité par l'orage et souriant aux approches de la sérénité, semblable a lf Océan qui s'apaise et (fai gronde * aspire h la coucorde et au progrès. Ali I la religion qui s’obstinerait a le traiter comme profane , serait profane elle-même , car le monde brute d'être saint ; légitimement excommuniée par le dédain et l'abandon , cor le monde , sillonné des foudres de l'excommunication f lève un front radieux, où s’efîneent déjà les traces du vieil anathème; mensongère enliu , et destinée, comme T Ei indice d’un antique révéla leur , vain fantôme réclamé par un monde de ténèbres , de mort et de terreur, à s'évanouir an seul regard de ce monde ardent de lumière, de vie eL d’amour.
Et alors, comprenez le nèviaATKim jiduvêav ! Il n’a rien réprouvé de l'homme ni de h nature ; mais s'initiant à tous les désirs , u tous les besoins de toutes les classes de la société, écoutant et saisissant en lui-même, comme en un centre fidèle, les gémissement , les mu r mures confus, les vœux inachevés, Les vagues élans, les transports déréglés, éprouvant la faim du pauvre, la langueur du riche oisif, lu soif insatiable du savant, l’ardeur captive de
( 5 aâ )
l'industriel, l'espoir încertaiu du poète, seiilatit courir dans son cœur, dans sa tête, dans son corps entier leurs frémissement divers et tumultueux , Saint-Simon incarna en lui, par un miracle de sympathie , l’uumànité KNTikiiE , s'unit avec amour au monde extérieur qu’il se sentait appelé 5 connaître et h. pratiquer, fonda la religion nouvelle. Quelle religion plus digne de ce titre que celle qui vous montre dans l'immensité des globes remplissant l'espace , b terre, l'humanité» tout ce qui aime, pense et agit» dans ['univers colin , majestueuse unité, oii tout est lié d’une sublime harmonie » et vit d’une meme vie. Dieu; et qui dans ce tout in compréhensible» infini, éternel, ne distingue l'homme du mande extérieur que pour lier entre elles ces deux manifestations divines par l'action continue de la pensée et de ta puissance humaine, en sorte que* sollicité ii un accroissement constant * sans cesse il grandisse en amour , en intelligence et en force dans le sein de Dieu?
C’en est fait» Saint-Simon a exorcisé Satan » et délivré l1 univers du démon dont il était possédé; Phomnie déploie toutes ses facultés dans leur plénitude pacifique; il communie librement en Dieu avec ses semblables , sous l’aspect matériel aussi bien que sous l'aspect intellectuel : il est religieux plus qu’il ne le fut jamais; car cette religion est une politique; elle n’est religion qu’à celte condition , et c'est à ce titre seulement qu’elle peut inspirer ïi l'homme un amour nouveau pour Dieu.
Noire religion , loin de nous ordonner de croiser les bras en présence de la société, nous fait donc un devoir de lui tendre îa main» de nous mêler à elle pour unir et diriger tous ses mouvemens vers F accomplissement des promesses du BÈVKLATEl/H.
Dès-lors* ne soyez plus surpris que nous prenions part aux
débats journaliers de lu politique; mais si naos descendons dans la rêne des partis , c’est pour exhorter les eombaUnns à l'union en leur signalant un but capable de les rallier ; si nous assistons à leurs luttes toujours rouais s an tes , c es L pour déployer à leurs yeux une bannière pacificatrice* et non pour arborer leurs couleurs ; et comment pourrions-nous le faire sans cesser d'être religieux? Voyez vous- même s*
Irions-nous nous ranger parmi ceux qui, effrayés du désordre , ne voient un terme h l'anarchie, dont le spectacle les ulllîge, que dans le retour d une monarchie surannée, fondée sur des privilèges odieux, et qui, éprouvant une maligne joie du malaise croissant du corps social , espèrent que le moment approche où ils pourront imposer à son agonie le remède fatal que le malade, d'une mai u vigoureuse, s’obstine u repousser? Non; avec eux nous pensons que l’ordre est nécessaire à la société ■ mais, si af~ iaildie qu'elle soit , ce n’est pas du passé qu’elle attend son salut.
Irions-nous nous mêler aux libéraux? Mais auxquels? Ali I nous aviops prédît que la victoire de juillet mettrait la discorde entre les vainqueurs, et nos prédictions ne se sont que Jtrop réalisées I
El d abord , comment pourrions -nous adopter ces libéraux, qui, gardant plus de calme et de modération, parce qu ils u ont pas à réprimer la chaleur récente du combat et de la victoire , rougissent déjà du titre de iibcrmm pour ne plus s honorer que de celui de constitutionnels ; hier lacfcieux , aujourd'hui accusateurs des factions; Graeques delà veille, dénonciateurs des Catilina du jour; obéissant sans doute a un sentiment d ordre fortifié par le désir d'une sécurité plus grande pour leur position, cédant assurément
à un effroi |iLns vrai que simulé de P.Luiarciiic , mai* Iristeuif.MiL réduits à parodier la viabilité cl la légitimité ; poussant la peur de là démocratie jusqu’au dédain pour les classes inférieures q ne la morgue de la noblesse avait fléüii's du nom de vilains , cl qui doivent celui de prolétaire# h la inorgue de la roture; invoquant s avec un faste doc tond , les leçons de leur terne expérience contre le danger des vaines et brillantes théories , sans s’apercevoir qui Is sont, contre lu portion la plus ardente de leur parlî . les fidèles échos des reproches que le passé leur adressa tant de fois; im p or Lu nés et effrayés à leur lourdes grandes popularités, se couvrant do leur ombre an jour du danger, et les répudiant au jour de la. tranquillité! geo s qui ont l'ail une généalogie dus révotutious et veulent mettre les plus jeunes dans les lisières de leurs aînées; qui , après avoir érigé, avec nue secrète terreur, une statue de la liberté dont , selon eux, cm ne saurait dépasser les proportions sans lui donner celles de l'anarchie* renchaînen! ef lui coupent les ailes, de peur qu’elle ne s'élance au-dela des Iroûtières , aux cris des peuples qui l'invoquent, lu rendent sourde aux gémissement des opprimés et aux menaces des oppresseurs , mettent dans sa bouche , sous l'inspiration de leur égoïsme, le principe de la non- tu lavent ion , et , se déclarant les seuls i nier prèles légitimes de cette divinité, osent réclamer le colle d une idole monstrueuse s dont la vue fit mourir , aii sein d'un auier désenchantement f lui de ses plus fervent adorateurs (i ) , et déjà sont prêts , tiu us leur eulhousiasme glacé , à !u léguer aux races futures comme un modèle dont ne doit plus s'écarter une
(t) Allusion a Tfcnjamïn tlouttcint + que h diiraplion dû *fs ^ncrcu'-vs ^yrvrunqûs uonfdiiiüîï pii;mau>mii-’in au tant bain <
orthodoxie héréditaire? Sans doute nous professons l’amour de Tordre; mais vouloir que quarante ans d’efforts et du sang versé n’aicnt abouti qu’à remplacer T aristocratie des titres parcelle de I argent, mais affecter un pieux respect pour tous les débris du passé sur lesquels ils ont assis leur liberté, mais tenter constamment de maintenir T équilibre entre le piédestal et la statue, toujours occupés h se repousser, voilà ce que nous ne pouvons faire.
Enfin , prendronS'Hous place parmi ces libéraux qui , poursuivant avec vigueur le triomphe de Télé ment démocratique , mettent hardiment le marteau dans le vieil édifice > et souriant à l’espoir de sa chute définitive, ne savent pas prévoir la nécessité d’un édifice nouveau ; puissant* pour renverser, imputssans pour bâtir; pl us animés de haine contre le passé que d’amour pour un avenir qui se dérobe a leurs yeux; voyant la plaie du corps social dans une loi électorale incomplète , et ne sentant pas que la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, abrutie, ignorante, affamée, appelle un sauveur; démocrates zélés , qui font descendre jusqu’aux derniers rangs le droit d’élire, attribué aux classes prîvifégiéés , mais entravent la capacité , ensevelie dans les derniers rangs, d’une h arrière à son élévation par le maintien des privilèges des classes supérieures; qui haïssent le hasard de la naissance dans Thérédilé de la pairie , choquante seulement pour un petit nombre d’intérêts , et le caressent avec complaisance dans Thérédilé de la propriété, oppressive pour le plus grand nombre; qui s’indignent des sinécures chez les fonctionnaires publics, et ne songent pas à ces sinécures accablantes et multipliées dont les sueurs des . travailleurs pauvres font les frais pour les oisifs, admis à cumuler impunément la richesse et l’inutilité; gens pleins
foi et de dévouement , mais ne connaissant que la religion de la guerre et de la destruction ? noblement jaloux de la liberté, mais ne la conciliant qu’avec un état d’isolement pour l'individu , et poursuivis des images du despotisme et de la tyrannie jusqu’à les retrouver dans rétablissement de toute association , de toute autorité, de toute hiérarchie?
Ce parti est celui qui nous inspire le plus de sympathie, parce que nous reconnaissons que, s'il poursuit avec chaleur l’œuvre de la démolition » c’est surtout pour l'aplanissement des obstacles qui s’opposent au progrès; mais lorsqu’il achève légitimement de briser un lien religieux et social vieilli, nous proclamons que Thumanité a besoin d on lien nouveau qui, loin de gêner sa marche , puisse la hâter en la régularisant*
Non , nous ne saurions t sans abjurer notre caractère religieux , épouser un de ces partis ; notre tâche est de les juger et de vous enseigner à leur Occasion- Seuls nous pouvons révéler le catholique au philosophe , le philosophe au catholique, le libéral au féodal rétrograde, le féodal rétrograde au libéral : car s’il n’est pas une fraction de la société oùiln'y ait contre [tous des répugnantes, il nenestpasuneofr nous n’ayons des intelligences avouées. Donc , à nous seuls il est donné d’opérer entre tous une réconciliation : c’est- là maintenant notre mission, et tdleest à celte heure notre politique en dehors de nous * Quant à cette politique qui excite les sentïmeng, conduit les travaux, dirige les actions, règle les rangs, elle s’exerce déjà dans la nui lie Saint Sîmonienne ; elle y prélude à des destinées plus hautes , qui grandiront avec notre association; nous n’en saurions douter , les cœurs les plus généreux , les esprits les plus élevés ? enten-
dronl notre voix , grossiront nos rangs, et, déjà nous F a vons dit, rcoipir© du inonde est promis aux fils de Saint- Simon* Le monde est a qui le sauve 1
En effet, rappefez-vousrie, les graves pol i tique s de Rome, lorsque le christianisme naquit, s’occupaient surtout , avec une stérile ardeur, de la conservation des formes républicaines , du maintien des comices, de Félcclîon des magistrats par le peuple , de F équilibre, de F autorité du sénat et du pouvoir de 1 •empereur; Jésus dit : Jhmtez à Dieu ce (fui esta Dieu et à César ce qui eut n César * Et, à ces mots, surgît un ordre social imprévu, seul capable par la division, salutaire alors, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel , do déterminer un immense progrès* C’est ainsi que Saint-Simon, au milieu des débats multipliés (Furie polémique qui revêt mille formes et s’a Hache a mille détails, a su apercevoir nettement deux mondes , celui de la science et de i industrie, et les dm n par un lien commun, Fàmoimu La religion dédaignée du Christ, en fondant Fnssnciation purement spirituelle des peuples , fcréu une société h Fhiiage de Dieu , tel quelle renseignait et l’adorait; la religion dédaignée de Saint-Simon , en proclamant F associa lion universelle des peuples , sous Fnspct-L intellectuel et sou* l'aspect matériel a la fois, crée nue société plus vaste, h l’image du Ojkd quelle enseigne et qu’elle adore 1
Mes lils, mes filles, écoutez nous* Nous ne sommes point dos révtuu's, puisque nous vous entretenons des choses au milieu desquelles vous êtes plongés; et si nous pressentons l’époque & laquelle [ humanité f après s’être perpétuée sur la terre dans ta voie du progrès, sera appelée à iine4li;slïnéc plus glorieuse , c’est sur ce globe même qu'elle
doit atteindre le but vers lequel elle s'achemine. Enfin Dieü lui- même parle par notre bouche, puisque le Dieu que nous annonçons sait promettre, consoler , guérir, rassasier. Ecoulez-nous donc :
L'Europe secoue violemment les institutions du passé; sanglante , elle s'élance vers une pacifique unité. Gloire aux peuples généreux qui savent s'affranchir , et qui , donnant pour ailes h la liberté leurs drapeaux victorieux, lui permettent de voler vers les nations qui rappellent à leur tour ! Espérez , défenseurs d’une cause sainte, que vos couronnes populaires ne préservent pas d'un triste découragement, et, à notre voix, puissent vos yeux, qui n’ont envisagé que la guerre et tes ruines, entrevoir, avant de se fermer, fimage paisible de ce monde non veau, dont vous avez préparé In naissance !
Espérez , classes pauvres et laborieuses, auxquelles notre prudence ne s’adresse encore que par une fiction oratoire, mais qui avez droit de trouver ici des représenta ns dans les en faits désolasses privilégiées , puisque vous les représentez sur le champ de bataille; espérez , le terme de vos misères approche ; déjà vos maîtres disent hautement qu’aujourd’hui la guerre est surtout entre les riches et les pauvres ! Imp rude ns , qui parlent de guerre , comme si fissue de la lutte pouvait être douteuse entre un petit nombre d’hommes amollis par leurs jouissances , et des masses innombrables, s'élançant au combat en poussant un cri de faim et de rageî bientôt ils comprendront que lu guerre n’est point entre la richesse et la .pauvreté, mais entre V hérédité de for et Y hérédité des haillons i entre l oisiveté fastueuse et le travail affamé, cuire le privilège de la science et celui de l'ignorance ; ils sauront que Tinégalilé dans la répartition de la fortune et déshonneurs
cesse d’être odieuse, quand elle est h fidèle expression dr* services rendus ; el alors , pleins d’amour pour la paix , ils proclameront avec nous la nécessité de vous appeler au bienfait de l’éducation , l'abolition des privilèges de la naissance, le clccstement selon la capacité , et la rétribution selon les œuvres I
Femmes, espérez à voLre tour; admises à partager avec vos époux les fonctions sociales et religieuses , mais pacifiques , de !f avenir , vous goûterez dans un hymen assorti les délices inconnues d’un amour dont le règne complète votre glorieuse émancipation. Ah! quelquefois il m’a semblé que votre a me s’en l Couvrait aux accens de h religion nouvelle, mais que, dominée par la terreur d’un sexe dont l’opinion railleuse vous asservit encore, elle n’osait accepter les présages d’un destin meilleur, semblable h la Heur qui tremble , lorsqu’un sombre nuage pèse sur l’horizon, de s’épanouir aux rayons d’une douce lumière* Usez , osez enfui espérer , et bâtez- vous d’inspirer à cette société désolée l'espoir que savent verser dans tous les cœurs la grâce de votre sourire ci la mélodie de votre voix !
Artistes, assez long-temps ont retenti vos chants guerre, de tristesse et de désespoir, vos hymnes belliqueuses ou mélancoliques sont un dernier encens qui fume en présence d’autels a jamais renversés! Quoi! 11e pressentez-vous pas un riant avenir tic paix, de joie et de liberté? Le poète a 4 -il donc cessé d'être doué du regard prophétique P A-t-ü cessé, comme la mystérieuse statue, de s’éveiller harmonieusement aux premiers rayons d’un jour naissant ? Chantez, chantez le Dieu nouveau et l’humanité régénérée î Qu'à votre voix , les savans el les industriels abjurent leurs discordes, associent leurs eÜbrts , et # sous Fin vocation d’un 1>jec qui bénit leurs labeurs et réclame
leur union * animés d’un vif enthousiasme , bercés de vos chants , ravis de vos accords , enivrés du prestige des arts , ils marchent avec amour de fêtes en fêles et de progrès en progrès!
Ah ! si nos paroles sont propres 2i toucher vos cœurs , à éclairer vos esprits , à répondre à vos besoins* saluez en nous les dépositaires d’une révélation supérieure^ toutes celtes qui font précédée, les envoyés de Dieu, plus grand aujourd’hui qu'il ne s’offriL jamais h l'adoration de l'humanité! Pleins d'une ardente sympathie pour elle* nousk suivons dans toutes ses carrières , dans toutes ses conditions , dans toutes son nfFeclions; nous écoutons toutes ses plaintes pour les changer en chants d'allégresse; nous recueillons toutes scs larmes pour les sécher; nous touchons h toutes ses plaies pour les former! Nous vous convions tous au bonheur d'une plus vaste charité, et nous vous lé disons; vous avez besoin d’aimer! mais vous ne savez point entre vous compatir il vos misères, vous no savez point vous troubler mutuellement de vos infortunes, vous feignez souvent de ne pas voir les maux qui sont sous vos yeux, de ne point enten^ dre les soupirs dont le murmure frappe vos oreilles ; en un mol, vues ne vous aimez point les exs les ACTEES, et cependant P amour seul peut vous sauver ! Laissez-vous donc toucher aux nccens de notre religion, reconnaissez r.\ vérité h cet amour immense dont elle nous embrase, voyez, voyez enfin sur nos fronts cette auré&U que nous ravissaient vos dédains; elle brille mystérieusement, comme un symbole de notre divin enthousiasme ; et cette auréole, émanation fugitive de la lumière mystique d’un autre monde, tant que César régna terrible et puissant, fut la digne parure du chrétien : mais César a cessé , et le jour approche où elle se transformera surin tête du prêtre
nouveau, rie i/ittMiiWB m plus aimant, en une couronne imwokthllb, signe éclatant de son autorité tutélaire; car désormais le temple n’est plus séparé de la cité* et la heli-