LE CLASSEMENT SELON LA CAPACITÉ , LA RÉTRIBUTION SELON
les cuvées , et veut que ï humanité ne travaille à son progrès que par F amélioration toujours croissante UE VOTRE sort; poêles , faites succéder h vos chants de douleur et de blasphème des hymnes de joie et de reconnaissance; qu'à vos acceus s'élève la cité nouvelle <ni revivront , pénétrés des délices croissantes de Pauicmr et de Fespoir , ces hommes généreux que vous voyez aujourd hui mourir sans espérance entre un passé qu ils repoussent et un avenir qu’ils ignorent!
Tous, bénissez ensemble le Dieu nouveau : car lui seul est vivant; et tous les cultes expirans ne laissent debout au milieu de leurs ruines que son autel , naissant encore
et déjà majestueux, destiné à rallier les peuples dans un avenir toujours plus glorieux d’amour „ de paix et rie liberté !
LA CONSÉCRATION de la matière.
Mes Fils, mks Fillks ,
Si chaque jour , eu aggravant les troubles de la société * redouble eu nous l'ardeur de propager notre doctrine qui seule peut les terminer, chaque jour, en vous convaincant de l'impuissance de iuutes les théories actuelles pour asseoir la tranquillité, vous inspire un plus VÎT désir d'étudier la révélation nouvelle, qui seule, eu présence de tant de maux, prononce une parole d'espoir. Ah 1 lorsque, vous pressant autour de nous, tour tour attirés par notre croyance et vous défiant de nos promesses , vous nous apportez du moins en curiosité et en bienveillance tout ce que , hors de nous , vous éprouvez de dégoût et de mécontentement, ne
lardons phis; interrogeons le pilent , et raclions * dausfe c ara c près épars , tous faire lhve r impérieuse nécessité la religion que Sajft Simon nous a enseignée. Car toujours, entre un culte qui tombe el un culte qui s’élève, se retrouvent , flnus celle mystérieuse lacune , ces tnoU tracés eu langage éclatant : Au Dieu inconnu!
Ors si vous jetez les jeux autour de vous, quel est 1 ordre de faits, d intérêts» de travaux, de plaisirs, de ëüüÜL noces , dont le spectacle aillé soudain au-devant d(j vos regards ! Quel est 1 aspect de noire existence qui, ejj se dessinant fortement devant vous, vous découvre h la fuis, bizarrement alliés, la richesse et Pindigencc, la prodigalité el lu mendicité , les couleurs pourprées d'une santé exubérante* el une cadavéreuse lividité* les joies scandaleuses de 1 orgie et les angoisses déchirantes de la faim ? Quel est ce monde qui tout ensemble vous étale la magnificence des hôtels eL la misère des grabats , lu pompe riante Am léles el les hideuses douleurs de 1 hôpital ? les sépultures privilégiées et la fosse commune;’ Quel est cet élément dt la société qui s assied au conseil des rois et rampe dans b poussière, pèse d’un poids immense dans la balance pditiquoft ne. se fait compter que par fies émeutes et des incendies, obi lent surtout la considération et supporte presque toute la rigueur dSino infamante pénalité, fait envie ou pîtié * esl oppresseur ou opprimé, violent ou frauduleux, vaste , leçon d , tumultueux , désordonné , monstrueux , suldi me, comme I ébaudie d’une création? Cet ordre, cet aspect , ce inonde , eel élément , vous en conviendrez avec ii ruiclîise nu avec pudeur; c est Perdre, P aspect , lernotfde,
I élément matériel!
idi bien! osons pénétrer dans cri empire que le christianisme jugea profane , et qui i\ tam d’égards encore mé-
rj4a cet anathème ; osons toucher è (Jette matière eôrrnmym*., corruptrice -, souillée, et cherchons si elle aussi elle nTesl pas marquée du sceau divin , si aujourd’hui elle Rappelle pas le verbe nouveau avec plus d’ardeur que le vérin* di rélieu ne la repoussa, si elle n'aspire pas, avec une p il iss a u Le énergie, aux honneurs d’une religieuse réhabilitation!
À ces mois, réhabilitation delà matière, rassurez -vous. Souvent vous avez paru croire qu’il s’agissait de rénorme consécration de ces excès auxquels la loi de Jésus opposa 1 ’aù TU-'ga lion y l a co ntl n ençê , Vai/stincncé, en fr a ppa n t d u no juste réprobation des jouissances qui alors ne pouvaient être obtenues qu’au prix de l'esclavage, de la fraude et de la violence; et T indignation vous a saisis , comme si le Saînt-Simonisme devait réaliser ccs sabbats de l’enfer , ou les dénions , par une sacrilège parodie, revêtaient les saints ornemens. Rassurez-vous; nous ne venons pas, complaisons apologistes du désordre , décerner des palmes à ceux qui , dans une molle oisiveté , savourent une opulence trempée des sueurs du plus grand nombre, ou, poursuh vaut la fortune avec une brutale avidité , écrasent , sous les roues de leur char, leurs rivaux ou leurs inférieurs. Nous ne venons pas tresser des couronnes de fleurs pour ceux dont rinsolcnte fatuité ne voit dans la femme qu’une victime et qu’une proie; nous ne venons pas enfui verser par nos cl un N s Tivresse et le sommeil aux heureux du siècle, qui laissent h peine tomber de leurs tables somptueuses quelques miettes pour la classe la plus nombreuse et la plus pauvre* Plus qu’à vous cet assouvissement de I é~ goisme nous parait révoltant; plus qu'a vous ce délire d’une passion qui immole touL à elle-même nous inspire du dégoût et de la pitié I
D'n il leurs, à vous bien examiner, vous êtes, ce mesemble, peu disposés à rivaliser avec la spirituelle exaltation des chrétiens. Où sont parmi vous les hommes prêts h regarder noire planète comme un globe de lange et de boue, lot* et l’argent comme de vils métaux qu’il eût mieux valu' laisser ensevelis dans les entrailles du sol , à se dépouiller de leurs biens, et b dédaigner ce que, dans son énergique langage, I Écriture appelle la giniste de la terre? Vous n’enviez pas les glands des forêts cl le cristal limpide fe ruisseaux b cet âge d’or dont vos mets recherchés et vos vins exquis vous font démentir les délices préconisées, ri vous croiriez acheter trop cher, par les austérités du jeune, une mystique béatitude. Vous ne répétez plus avec saint I atil que le célibat soit un état supérieur au mariage. Vous ne vous montrez pas insensibles aux découvertes de l’industrie, aux raffinemens du luxe, que vous encourage/ de votre admiration et de votre envie , et vous n’échangcriez pas , contre les mortifications du cilicc ou des baillons, les soins délicats dont vous choyez votre chair sans crainte de tomber dans une avilissante idolâtrie. En un mot, vous avez réprouvé par votre pratique b religion qui avait prononcé I expresse condamnation des jouissances matérielles: et toutefois vous n entendez pas sans vous effaroucher ces mots, réhabilitation de hi matière.
Ali . que celte étrange contradiction vous éclaire sur la nécessité d’une morale nouvelle qui enlève à ces jouissances , avec le caractère d’égoïsme sous lequel elles se manifestent encore, ces noms honteux dont elles sont stigmatisées , afin que l liumanité , en les recherchant , puisse se concevoir une destination sociale et religieuse] Car, de grâce , en I absence de ta morale du christianisme et delà morale que nous vous apportons, quelle sorte de loi vous
étCMOiÿ conçue? Vous murmurez les mots de modération, d’économie, d'hygiène. Oui, l’horreur de la banqueroute, la crainte de votre ruine, l'amour de votre santé, contiennent votre ambition, votre goût de luxe et de volupté. Àhl vous avez l’art du savoir-vivre, vous prenez seulement la fleur des plaisirs , vous jouissez de tout et n'abusez de rien; et, fidèles aux leçons de cette admirable doctrine, dont Àristippc et Horace sont pour vous les révélateurs , vous chatouillez doucement vos propres oreilles du nom de philosophes et d1 honnêtes gens ! Accourez î accourez donc, classes laborieuses et pauvres, qui de votre travail et de vos privations laites une large part h ces philosophes; voycz4es consommer les fruits que vous avez mît naître, en vantant les douceurs de la médiocrité; disposer désirésors qu'ils vous doivent avec une prévoyante réserve; ne remplir qu 'h moitié leur coupe; ne jamais la vider jusqu’à la lie ; et, habiles ménagers de leur fortune et de leur bienêtre , mettre leur épicuréisme è un régime prudent qui leur promette une vieillesse longue , saine et tranquille 1 Et maintenant réjouissez-vous, classes pauvres et affamées! Vos maîtres sont économes et sobres ! Réjouissez- vous! Ah! sans doute il y aurait une amère dérision a se borner à cette sagesse née des calculs d'un pur égoïsme et à légitimer les jouissances des sens par la prétendue modération de la classe privilégiée.
Mais c’est peu ; effrayés de nos paroles, vous vous mollirez surtout choqués du rôle que nous réservons à l'industrie, éclatante manifestation, dans nos temps modernes, de l’activité physique de l'homme.
Sans doute il est difhcite au premier abord de ne pas conserver è la science la supériorité qui , jusqu’il ce jour* lui a été attribuée. Malgré l’; absence d’organisation des sa-
vans, malgré les indignes passions que le déffclil d'harmonie introduit dans leurs sanctuaires divers que ne coordonne pas encore, en les embrassent , le dénie d'un vaste temple, la science . dont la généalogie remonte jusqu’aux antiques théocraties , grâce au lien établi par |c catholicisme, entre lien! dans son sein un reste de communion; est affranehie d une loi sevère qui ici défende l'exportation, là prohibe l’entrée de scs découvertes; inspire, par la seule vue de sa robe , la vénération, et semble dans scs observatoires, ses laboratoires , scs musées , ses académies , habiter une pure sphère au-dessus de loule profana lion. Mais l’industrie!... privée du prestige d’une tradition de gloire e! dr puissance, n ayant n montrer dit passé que les flétrissures de l’esclavage, de l'anathème religieux, de la réprobation politique; née dans les fers, grandissant sous les coups de fouet de scs maîtres , sons le poids de l'excommunication des prêtres, à travers leméprts des patriciens antiques et modernes qu’elle ne pouvait toucher sans salir leurs écussons et. les dégrader de leur épée; ramassant les titres de la Kodalilé quand ils furent tombés au-dessous du cours que leur avait donné la gloire; livrée aux inspirations de l’égoisme: se déchirant elle-même par une bille intestine ; se rançonnant avec une émulation de rigueur; cherchant à s enrichir en s’affamant ailleurs par un vaste système de douanes qui rend vivantes les murailles de la Chine; avare de ses procédés mystérieux que défend une loi de sang, munie de ses brevets d’invention comme d'armes cachées , subissant les déplorables conséquences de tontes les passions individuelles réduites à se défendre , faute d’un lien commun qui les associe pour le bien général; élevant des théâtres où se déploient toutes les passions honteuses, la fraude, la cupidité, le charlatanisme, la lit-
veut du jeu , l'avarice ,oii s engendrent et s'alimentent tous les appétits sordides , dans ses ateliers, scs hôtels, sa bourse, que flanquent d'une part les tribunaux , de Fautrc les prisons et le pilori ; mêlant enfin h ses innombrables Iravaîfteurs des notaires, des avocats, des juges, des huissiers , des recors, des gendarmes, des geôliers, des bourreaux , qui maintiennent une apparence de discipline dans les rangs de cette armée désordonnée; telle est Pin du s trie!
Cependant , ne vous hâtez pas de la condamner. Examinez d abord comment elle se présente avec un développement immense lie h des progrès eorrespondans dans les sciences et dons les arts; comment, privée jusqiFà cc jour d'une religion parce quelle travail pas eu de vie politique, mais affranchie aujourd’hui de sa longue complicité avec la guerre , l'esclavage et le brigandage, clic peut réel a mer, grâce è un baptême nouveau , une régénération qui ia rende digne de respect et d'amour,
\ oyez en effet quel vaste mouvement signale dans les Leuips modernes le déploiement imprévu do l’aspect matériel que le christ fan isme avait légitime ment opprimé en exaltant f as|éct spirituel,
v O Dieu invisible \ créateur de Tu ni vers, qued'un mot ffltu arrachas , que d’un mot tu rendras au néant; toi qui y associes les fidèles par une Mystique communion , et nous » prescris de nous détacher, avec autant de zèle que de Sa-
* iim> dlJ et de nos propres corps; toi qui laisses hril-
wler un reflet de ta lumière, retentir un écho de ta parole
* seulement dans les profondeurs de V esprit s retrouvant le ^ ciel en se contemplant lui-même, gloire h toi ! * Ainsi parle I église; hors de 1 église, la féodalité, héritière des traditions guerrières de ! antiquité* asser vissant les populations lato rieuses au sol quelle couvre de carnage et se dispute avec
1 tireur, justifie encore Porrêt que la religion lui mine contrr la matière.
Or, voici que les communes à côté du château hérissé de créneaux érigent Tatelier affranchi * vouent; au travail des bras étonnés d'en manier les pacifiques inslrumens sans être chargés de fers, et arborent près de l’écusson seigneurial la bannière que leurs mains s’en orgueil lissent d'avoir lissiie , et que T honneur n’a pas consacrée de son lustre belliqueux. Ici, des laboureurs et des bergers font de leur* montagnes un rempart à leur laborieuse liberté , qu’ils sont Lrop pauvres pour racheter, et qu’iïïpaientde leur couragpj là, d’industrieuses cités sc forment dans leur ligue un rempart plus sûr encore, et trafiquent sur les mers qu’avaiciil tant de fois sillonnées les pirates normands, tandis quête vaut sa tête au-dessus des flots qui furent long-temps son asile, Venise, siège des intérêts matériels bouveaux dau$ cette même Italie où domine le siège des intérêts spirituels , unit 1 Occident à l'Orient par un échange actif de leurs richesses , que la Méditerranée lui apporte fidèlement eu dot.
MaSs où volent ces fioLLcs et ces armées qu'anime tm pieux enthousiasme ? Suivie de ce cortège innombrable» h croix retourne au Calvaire d’où jadis elle était partie escortée de douze apôtres; et là même où elle s'était dressée, telle qu’un sanglant anathème, contre l'empire de la matière, à son insu elle initie à des besoins de luxe et d'industrie l’Europe, qui, en aspirant à la conquête d'un tombeau, développe en elle le germe d’une nouvelle vie: ci ces pèlerins armés qu’elle avait entraînés revêtus du ci' lice, elle les ramène couverts de la pourpre I Déjà le umho mutisme, conservateur religieux de la matière, longtemps inexpugnable derrière les Pyrénées » à défaut du
Coran que repoussent les pnpula Lions chrétiennes , leur a imposé Aristote et tes nomL roux disciples de sa science profane. Ohl que In naïve curiosité de ces esprits ardens * rassasiée du monde des idées ou les avait guidés Platon , h peine fortifiée, sous ie patronage d’Aristote , dans les exercices d’une gymnastique intellectuelle , s’élance avec audace vers le monde des choies dont il leur offre ['inventaire, sans s’effrayer meme de rie plus sentir, au milieu de leurs téméraires explorations, d’autre appui que la main de Sa Lan 1 Mais ce n'est pas seulement la science qui des écoles arabes passe dans les écoles européennes; la poésie matérielle du mahométisme exerce une influence sur la poésie spirituelle du christianisme; semblable h la hpurî , qui. Hère de ses attraits, ouvrant sous ses noirs soumis un mil noîr étincelant, laissant retomber en longues tresses parfumées sa chevelure d’ébène, rayonnante de perles* d'émeraudes et de chamans, s’enivrant d’un air voluptueux qu elfe rafraîchit en faisant jouer dans les plumes du paon la lumière éblouissante du soleil, heurte* et teint, en passant, du reflet de sa splendeur, la vierge au front chaste et voilé, aux yeux d’azur tournés vers le ciel, chantant les pures délices d’un ineffable amour, et couronnée d’une auréole dont les rayons n empruntent rien h fécial grossier du jour terrestre. Enfin, tandis que f Occident reçoit ces bienfaits de l’Orient armé, d’un débris impuissant et méprisé do ce même Orient, dont î! associe dans ses églises la poésie h ses hymnes mélancoliques , niais qu i! écarte avec dédain du camp et de la cité, il reçoit un nouvel enseignement, Les juifs, forcés de se créer une tort une qui tie repose pas sur te soi, de même que leur religion ne peut plus avoir de temple sur la terre , grâce à cette opinuHrc nationalité qui survit à fa patrie et unit entre eux
les membres dispersés de la même fa mille , élablisëënl des transactions commerciales entre les peuples que rapproche une croyance commune. Ainsi, h ta faveur des étreintes audacieuses ou serviles, volontaires ou provoquées , dont la civilisation orientale, celle de la matière, sous l'ih vocation de Mahomet ou de Moïse, enlace la civilisation oc* cidcntale, celle de V esprit , avec laquelle elle ne peut encore s'harmoniser, cl no communique que FtmtlïèmcJt la touche cl le glaive h la main , l’ Europe porto dans son sein, au milieu du tumulte d'une fermentation désordonnée, avec deux ordres distincts de travaux, tous les é\èmons d\m progrès inouï! Arrière le croissant ! Loin délie ses barbares initiateurs J Désormais elle est seule chargée des destinées du monde , elle qui saura mieux développer 1! indus trie , les arts matériels, les sciences physiques dont elle leur a repris le dépôt , parce qu’elle connaît aussi la loi de paix et de liberté!
Place, place a celle Europe aventureuse 1 Déjà , h son insu, im dieu nouveau se meut en elle, et ce réest plus seulement aux inspiration* de Jésus qu’elle obéit. Ali ! ce n est point la barque de saint Pierre qui, affrontant des flots inconnus , aborde la première aux rivages do l’Amérique , ou qui, exorcisant le géant assis au Cap des Tempêtes , sa fraie un chemin hardi vers les vastes contrées de lindr, devant lesquelles reculèrent les phalanges d’Alexandre et les légions de César, Elle suit, et ne précède pas Christophe Colomb et \ asco de Gaina* Rome et A cuise s’en vont ensemble* Venise ne suffît plus au commerce agrandi do l’Europe, et triste, ressemble à une flotte qui, après avoir volé surfes eaux en livrant à tics vents propices ses voiles blanchissantes et ses banderoles d’azur, immobile dans te port, no montre plus que la nudité de scs mats abaissés* Rome, année des
clefs du monde mystique, v*>ii , avec un étonnement mêlé d’inquiétude et de jalousie, l’Europe se précipiter, sans qu’elle îe lui ait ouvert, vers un continent nouveau qui semble , avec ses étonnantes productions et ses fabuleuses richesses , réaliser pour les peuples éblouis les merveilles tant promises du paradis , et devient du moins la figure de ce monde de commerce , d industrie et d opulence auquel tous aspirent désormais; et à peine Christophe Colomb a- t-il protesté contre les étroites limites que la foi religieuse assignait à la terre, Luther proteste contre les bornes étroites que cette loi assignait au développement de Lhamanité; le premier agrandit le monde extérieur , et le second brise les obstacles qui empêchaient 1* homme de s’en emparer.
En vain le protestantisme affecte-t-il la prétention de rappeler la pureté primitive de h\ loi de Jésus; il la fait déchoir de„sn spirituelle .exaltation. En meme temps qu’il dégrade et dépouille de son éclat celte hiérarchie vieillissante, mais majestueuse encore, dont l’édifice portait sa tête jusqu’au pied du trône céleste, il enlève ecs degrés hardis , par lesquels l’âme était sans cesse sollicitée h remonter vers sa mystérieuse origine, aux temples humiliés qui semblent regretter dans leurs flèches élancées leurs mitres sublimes , et dans la pompe des arts leurs habits de fête ; et de la inqme main dont il rattache les clergés de chaque pays h la patrie, ïl ouvre les cloîtres oii la solitude cessait d’être sainte, parce que le monde voulait cesser d’être traité en profane.
O Rome ! vas-tu , fidèle h ta loi véritable, accabler de la croix le siècle qui . selon Loi , s’égare, ou périr en l’em brassant ? vas-tu, par la voix sévère de tes prêtres, faire répéter de Ions côtés : c O Dieu invisible! créateur de F uni-
» vers, que d’un mot tu arrachas , que d’un mol tu rendra » au néant , toi qui associes tous les fidèles par une mystiifm y cou uni in ion, et nous prescris de notis détacher, avec mil an t » de zèle que de Salan , du monde et de nos propres corps; » loi qui laisses briller un reflfet de ta lumière, retentir un y écho de ta parole seulement dans les profondeurs do IW » prit f retrouvant le ciel en se Contemplant lui-même, y gloire à Loi I » Rome, Rome se prostitue elle-même et reçoit, de ses ennemis le nom de la moderne Babylone; et le jésuitisme, s'efforçant de retenir sous son empire la chrétienté qui lui échappe , en cultivant lui-mème les arts, les sciences et l'industrie qu’atteignait Pan a thème de la chair, est réduit à jeter un pont hasardeux et tremblant entre le monde spirituel cl le monde matériel qu’à ses propres veux sépare un abîme.
Les arts redemandent au paganisme des types morts do la beauté , de la force , de la volupté , de la puissance qu’avait répudiées le christianisme; font surgir du sein même de la société moderne des types vïvans, audacieusement opposés à toutes les orthodoxes , celles de la foi , de Pabnégotioiij de la coétuièiiec 7 de la science et delà ciievafô» rîe, et les énlu minent de vives et fraîches couleurs que le pinceau étalé sur la toile, ou naguère il ne retraçait qu'avec une austère sobriété les formes délicates et amaigries de ses vierges et de ses martyrs*
Les sciences physiques multiplient leurs expériences* Descar Les prétend inventer Puni vers sans admettre la création; Spin osa proclame l’éternité de la substance unique; Kepler et Nom ton assignent les lois qui coordonne ni entre eux tous les corps; Galilée ajoute à la solennité du drame divin qu'ils accomplissent par leur gravitation dans Pespace, en changeant la nature du rôle attribué à la terre;
ri Vau croit ^ clans la découverte de la circulation du sang par Harvey , surprendre l'explication du mystère de la vie j que la foi avait cherchée dans ta puissance de l'esprit* L'industrie prend une vaste extension. L’Angleterre, entraînée par une ambition qui revêt ostensiblement la figure de la cupidité* inet ses armées et ses flottes au service de ses négocia ns , remplacé le prestige chevaleresque de rhonneur par l'ainour de l’intérêt national * aspire à 1 empire des mers pour s'assurer le monopole du commerce t spécule sur la gloire, et, préférant <\ de stériles lauriers les productions variées de tous les climats , multiplie ses comptoirs, pénétré chez des peuplés encore sauvages , se glisse au sein des vieilles civilisations ombrageuses, dépasse dans scs lointaines explorations, ici, les traces des plus fameux conquérons , lit, la croix plantée par les infatigables missionnaires de la foi évangélique, et nouant entre toutes les parties du globe des relations commerciales plus nombreuses que les relations spirituelles établies par Rome chrétienne , ouvre ainsi k voie b l'Évangile nouveau qui proclamera l'association universelle, en même temps que, par l'importance qu'elle donne h l’industrie , elle justifié d’avance la réhabilitation de cctaqurcl nouveau de l'homoie, du monde, de Dieu, de k religion. Enfin , tandis que l’Angleterre accomplit celle tâche glorieuse, la France, fidèle è son auguste sacerdoce , poursuit le renversement du dogme chrétien ; imprime le caractère du matérialisme à sa philosophie, qui repoussant Dieu sous l'aspect spirituel, incompatible avec une foule de besoins méconnus, le nie ouvertement, ou accepte sn réprobation & l'exemple de Satan, et proclame la prédominance des intérêts et des sciences physiques ; porte an dernier coup iila féodalité que k hache des rois a décimée, que k va-
leur roturière , favorisée par In pondre à canon , a désarçonnée , et h qui les bourgeois , les traltans , les marchands, mettent le pied sur la gorge en lui enlevant peu h peu ses dépouilles cl jusqu’il scs litres surannés; propage, à |a fa" veur de l’imprimerie , sœur jumelle de la pondre à canna ses idées dans toute l'Europe; eu fait' un hommage royal il Catherine; les introduit dans la Prusse, dont Voltaire, habile & pressentir la chute ou l’élévation des paissances, consacre par ses adulations la supériorité future sur l'Autriche, prête à tomber de la suzeraineté féodale; aide l’Amérique h saflranchir de la suzeraineté oppressive de la métropole; dépose partout d'heureux germes que la révolution, les armes à la main, va féconder; délivre ainsi les peuples des obstacles qui gêneraient leur association matérielle, pendant que les économistes embrassent la société dans ses relations avec le monde extérieur qu’elle cultive , et réclament I abolition des barrières qui divisent les travailleurs de louLes les contrées.
Comment ne seriez-vous donc pas frappés des immenses déveioppemens de la matière qui, captive, énervée, aveucL imilée, IgmJjIahlô à Ssmson chcjî les PluiklinS, Sitôt qu’elle a repris ses forces, ébranle les voûtes du temple? et tandis qu’elle en sort avec des prêtres apostats, d um, autre part elle revient h attaquer, le renverser avec les philosophes laïques , clergé irrégulier qui semble demander pour elle un accès dans le temple nouveau !
Ah! pmscpi’ellepout fournir aux besoins physiques del’faumamtésans k précipiter dans la guerre ou dans l'esclavage, elle est affranchie de cette violente brutalité qui lui avait rnénié anathème du Christ : et si jadis le verbe chrétien, dédaigneux de la chair, assis sur une humble monture, entra justement dans Jérusalem , et put chasser les marchands
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èu temple qu’ils souillaient alors; aujourd'hui le verbe nouveau * saintement incarné dans la matière, s7 avança nt ? non plus dans un simple cortège, mais en semant sa roule triomphale dû tous les trophées du luxe eï des arts , tenant d’une main le pacifique rameau, cl de l’autre conduisant vers le temple, sur le même rang que la science, l'Industrie régénérée, peut s’écrier d’une voix solennelle: AUollile portas!
Oui , tel est le précieux bienfait qu’apporte notre religion co n ( o raie à tonales vœ ux d e i ’hom nie * ne sa e ri fia n t aucun des aspects de la vie, embrassant les progrès de toutes les facultés, et résumant toutes les religions antérieures dans sa majestueuse unité.
Le paganisme avait consacré la matière; mais lorsqu’elle s’assouvit, h la faveur du glaire, sur une proie teinte de sang qu’elle jette dans les fers, sur un butin qu’elle arrache pii dérobe*, et ne consomme que dés fruits dus à ia guerre, à l'esclavage * a la rapine : « Anathème ! * s’écrie le christianisme; et certes* rien de ce qu’il n condamné dans celle odieuse manifestation ne survivra b sa juste sentence.
Toutefois la matière avec ses besoins , scs travaux et scs joies, ne put s’anéantir devant le pur esprit qu'enseigna Jésus. En face de l'église , César, traité en profane, privé de consécration religieuse* et no trouvant que dans les antiques traditions de la gloire une sanction individuelle de son honneur * malgré tous les efforts du spiritualisme pour le détacher de la terre et pour lui faire perdre sa force, puise une constante énergie dans la matière dont il est I expression la plus régulière , se pose avec audace cl proclame sa légitimité. C’est peu : loti jours en face de l’égbse , les juifs, marqués è l eus les yeux de l'ineffaçable
réprobation que leur imprime le sang du rédempteur-, avec une incroyable patience, avec un inflexible espoir que ne décourage aucune persécution * affrontent dans l'excommunication et dans Poutrage des épreuves dont ifi attendent le prix , et par une ténacité de confiance qui b signale comme des exemples d'un étrange vertige et delà céleste vengeance, ils osent dans PEiirope, couverte de mon uni eus élevés 5 la gloire de Jésus * refuser de recounaître en lui le messie véritable de Dieu, et maînicniréi* tinoment la prédiction tV un messie temporel, roi des nations, et les enrichissant de tous les biens (le la terre! Oii donc ont-ils pris celte persévérance inouïe? dans Hin pêne use persistance de la matière! Prophètes bizarres ! leur aveugle et grossier entêtement, h mesure que tes sièch ont marché, n revêtu le caractère d'une prophétie; et après avoir fermé, pendant dix-huit cents ans, les yeux à la lumière, en annonçant toujours la venue prochaine du soleil, au lever du jour nouveau ils se trouvent justifiés : car ih sont d accord avec I humanité, prèle è saluer un Messie qui lui donne la jouissance légitime de tous les biens de la terre pacifiquement conquis !
Toutefois le christianisme a du combattre lesp rétentions de la ièodalîté , et réprouver également les travaux drs juifs, car I une exerçait son activité matérielle toujours par lu guerre et 1 esclavage; et Jes autres, dispersés è travers les nations, sans liens communs avec elles, déshérités do la puissance de leur loi religieuse, ne pouvaient la signaler que par la fraude , Pava ri ce et la cupidité.
Eufiu S uivt-Simox a paru; et conciliant en lui le Messie chrétien cl celui qu attendent les juifs, il consacre à la lois Ions les travaux de l'esprit étions ceux de la malien ;
il fait rentrer, en les purifiant, dans le temple nouveau, CCS colonnes des temples antiques qui ont traversé les âges sans tomber,
Àh ! comprenez tous In nécessité de sa mission ! Meme encore de nos jours , malgré les transformations opérées par le christianisme, la matière ne vous a p paraît-elle pas empreinte de violence ou d’astuce , exploitant toujours , quoique h un moindre degré , par la force ou par la ruse , et reproduisant ensemble la physionomie féodale et la physionomie juive? En un mot toutes les jouissances maté n elles ne continuent-elles pas à mériter T anathème chrétien? Mais lorsque, grâce h l'abolition de l’hérédité qui effacera les dernières traces de ht guerre , de l'esclavage et du hasard de fa naissance, les hommes seront classés selon leur capacité et rétribués selon leurs œuvres, alors elles ne seront pas pour les uns un butin , le loi de l’exploita- Uon, le partagé de l'oisiveté; pour les autres, l'entretien avilissant de l’esclavage , Tau mu ne expi a triée accordée nu mendiant , le salaire auquel ^ouvrier est taxé sous peine de la vie? mais elles seront pour tous le prix du travail; pour tous elles seront en harmonie avec leurs besoins; car elles seront mesurées h l’œuvre, expression de ht capacité? enfin, légitimement acquises par la coopération de chacun à l’amélioration morale s intellectuelle et physique de la classe fa plus nombreuse et la plus pauvre, clics ajouteront encore h son activité pour poursuivre ce but sublime, et c’est ainsi que se trouveront admirablement conciliés l’intérêt particulier et l’intérêt général , l'égoïsme et Fab négation !
Hors de là , répondez ! quelle est la légitimité de ces jouissances ? Si vous n’entrez pas dans celte rouit1 que nous vous ouvrons, ou vous égarez-vous? Et si vous étiez clin-
qu6s de CCS mois réhohilila t îou de la matière, n’esl-il jjasdvident que la matière devrait vous inspirer au moins le plus prolbud dégoût , si elle ne recevait celte salutaire censécralimi ?
AI) ! dépouillez doue vos scrupules et n'hésitez pas à adorer avec nous le Dieu nouveau , le Dieu de l’avenir!
O Dieu d’amour et de bonté! toi qu’adoraient les chrétiens, comme eux nous t’adorons , mais avec plus de ferveur ; car pour nous ton amour ne s’arme pas de la foudre et la bonté de la réprobation.
Ü Dieu de sagesse cL de lumière ! loi que vénéraient les chrétiens, comme eux cl pius encore nous Le vénérons, car mieux qu’eux nous comprenons l’ordre , l'harmonie , larégularité de tes plans infinis.
Mais , ô Dieu d’amour et de sagesse! tu es encore pour nous le Dieu fort , puissant et fécond ; le Dieu for! , mais non le Dieu jaloux, le Dieu vengeur, le Dieu terrible , le Dieu des armées, que, sous le nom de Jéhovah, invoquaieui les Hébreux; mais non la divinité belliqueuse et sanguinaire que, sous le nom de Bellone , de Minerve , de Mars, deJupiter , révéraient les païens; mais le Dieu fort qui enfantr sanscesse d innombrables merveilles et ne se repose jamais.
Pour nous tu es encore le Dieu de la grâce et delà beauté, mais nonl une de ces divinités qu’honoraient d’impures bacchanales ; car tu es aussi pour nous le Dieu de sagesse. Ab ! si nous célébrons en toi le Dieu fort , puissant cl fécond , c est que nous briMons , eu nous unissant au monde extérieur pour le fertiliser cL 1 embellir, d'imiter les mii acles de ta puissance créatrice sur le globe que tu as inféodé ‘i I humanité! Dieu d amour, de sagesse et de force, sois donc à jamais béni et glorifié!