UNITÉ DE LA RELIGION , DE LA POLITIQUE ET DE LA MORALE
Mas F it,$ , mjîs F iLhF.s f
Nous avons déjà signalé et. combattu T opinion vulgaire qui isole à jamais rune de I5 autre la religion cl la politique , en vous découvrant , dans le dogme chrétien et dans la philosophie même qui le renversa > F origine de ceüe division. Le chris liants me avait dû reconnaître deux pouvoirs comme 11 reconnaissait deux mondes; et quoi qu’il eut tenté entre eux un accord * sans lequel la société se serait stérilement consumée dans nue lutte i n termina b 1$ , sa gloire cependant est d1 avoir fondé le temple pacifique à
coté et au-dessus de In cité militaire. Mais h peine eut-il rempli sn mission, ] a philosophie so hâta de proclamer entre In religion et la poli tiqué Ja séparation qu’il avait Iui-mémo prononcée entre l’Église et FÉtat; lui interdit, connue un oubli de ses maximes, la moindre intervention dans les affaires temporelles; et brisa le lien , naguère utile et glorieux, à la faveur duquel la barque de saint Pierre avait traîné à la remorque la galère de César , mais funeste et honteux du jour où le pilote sacré , inhabile à tenir le gouvernail sur les mers inconnues vers lesquelles il s’était avancé , effrayé des révoltes de son propre équipage , ne sut plus que marcher côte à côte du vaisseau guerrier que menaçait aussi Pinsurrectaon ? et cessa d’arborer le pavillon pacifique qui long-temps avait été un signe de salut et de ralliement. Pour nous, après avoir reconnu la légitimité passagère de cette désunion de la religion et de h politique, nous avons montré comment elle s'évanouissait devant une nouvelle conception de Dieu et de la destination de l’humanité.
Mais si nous avons eu précédemment h reconquérir auprès de vous ( auréole de I apostolat , parce qu’à vos yeux le rôle politique auquel nous nous déclarons appelés était une abjuration du caractère religieux, n’avons-nous pas aujourd’hui une tâche semblable à accomplir, en vous expliquant notre silence presque absolu sur ce que vous appelez ta morale? presque tous, venant nous écouter, vous vous attendiez d’abord aux développemens des textes ordinaires de F éloquence sacrée; vous pensiez retrouver dans notre bouche, à part les formules du christianisme, des prédications sur les vices, les vertus, les passions et les devoirs de F homme : et voilà qu’assistant presque toujours à Imposition de vues générales du passé et de lave-
h ir jusliÊfOt la nécessité actuelle d’un nouvel ordre religieux et social , vous avez cru remarquer dans notre parole une énorme lacune, propre * selon vous, ïi autoriser contre nous de graves accusations! et cependant si, refaisant Boiirdaloue et Massîllofl dans des sermons multipliés sur l’ambition j l'orgueil, l’avariçe , l’envie, la charité , nous avions prétendu, h leur exemple, vous inspirer le détachement des choses de ce inonde; placer la vertu dans ce point, et vous forcer de boire cc calice en vous faisant espérer des joies délicieuses pour prix do voire sacrifice; K ces discours , auriez-vous long-temps entouré la chaire nouvelle, apres que îa chaire antique, en s'obstinant h vous offrir celte coupe a mère , vous avait donné lo signal d’une complète désertion ? D'ailleurs de quelle autorité eut été empreinte l'austérité de nos préceptes, lorsque nous nous serions présentés devant vous désarmés de celte croix, qui, entre les mains de Fora leur chrétien, est la lugubre sanction de son lugubre enseignement ? Et si nous vous avions conseillé une transaction avec la loi sévère de l'Évangile, ne nous auriez -vous pas reproché de vous prêcher solennellement cc que , sans nous , vous savez et p ra l î q ue % ? N ’ a u ri ez-vo u s p as même é té c h oq ués d u la s te doctoral avec lequel nous aurions proclamé, sans pouvoir lui imprimer une légitime consécration, la morale de nos jours qui s vulgaire sans être ouvertement avouée , corrige ce qu’elle a de relâché dans la pratique par une affectation de rigueur superstitieuse dans la théorie , et cc qu’elle a de rigide dans la théorie par un relâchement convenu dans la pratique? Tel ue fut point notre langage. Jusqu à ce jour nous avons du employer tous nos efforts à faire pénétrer en vous les principes d’une religion et d une politique nouvelle, et si vous n’y avez pas entrevu
II?; garnie d’une nouvelle morale , c’esL que l'opinion commune, qui sépare la politique de la religion , sépare iwm\ la morale de Ut politique*
Ce divorce remonte jusqu’au christianisme lui-même , qui j ne pouvant diriger pleinement l'activité sociale, s'appliqua surtout à poser la morale individuelle et à façonner les hommes pour une association qu’il ne lui était pas donné de réaliser, en les dépouillant de leurs passions violentes. Mais ce divorce fut publiquement consommé, lorsque , battu en brèche de toutes parts , l'édifice social tomba en ruines ; chacun alors érigea le foyer domestique en un sanctuaire ou H envisagea comme uniquement sacrés des liens que les bouleversera e ns des états . cmblaieni respecter, sans qu’il pût néanmoins s'en dissimuler faiïûiblisscmeuLf et cédant h ïa fois aux mouvement de l'égoïsme qui le portait à se replier sur lui-même, et u un sentiment d’ordre qui , au milieu d’opinions , d'intérêts et de sympathie» contraires , de langages confus et de bannières opposées , lui inspirait le besoin de trouver une règle invariable de ses notions et de ses jugemens , chacun prononça une scission profou de entre la politique et la morale.
Quoi donc? l'homme peut-il ainsi se séparer , se diviser, se mutiler, et prenant, selon le terrain sur lequel il marche, une allure différente» ici, droit, loyal, esclave de sa parole; là, rampant, artificieux , parjure, lour-h-tour rigide et complaisant , probe et corrupteur, pur et vénal, estimé sous une face et flétri sous une autre, chatouilleux en fait d’honneur cl impassible aux ou liages , observateur zélé des préceptes particuliers , et fanfaron d’immoralité publique, se piquant de fidélité à ses affections individuelles , et regardant comme une duperie le dévouement aux affections sociales , livrant h la censure sa vie politique cl se relu-
„jnnt dans sa vie privée comme dans nne for le res se , dé clarnnt ses Intérêts opposés à ses devoirs, s’abandonnant à leurs liraillcmens perpétuels, renfermant en lui , sous les noms d’ami , de père, de citoyen , de fonctionnaire, plusieurs hommes toujours en guerre entre eux , n’être enfin qu’une vivante anarchie? Est-il destiné b vivre au milieu de ce chaos? et d’ailleurs, lorsque la morale et la politique sont ainsi séparées, n’est- il pas évident cju elles ont Tune et l'autre perdu toute sanction? Ah 1 ne comprenez-vous pas la nécessité de rétablir 1 harmonie entre, ces sphères qui aujourd’hui prétendent b une triste indépendance, de faire cesser dans I* homme cette discorde de tons les momens, consacrée par une déplorable doctrine, de rattacher tous ses mou venions b une même destination , et de lui rendre enfin cette unité de senti mens , de pensées et d’actes , qui seule lait sa vie , sa joie et son progrès ?
Mrs PfeHfiS ,
Telle est f œuvre que nous venons accomplir, sous l’ inspiration de votre amour et de votre sagesse. Avant que vous eussiez fait retentir la parole de Saint-Simon , la philosophie , jalouse d’assigner b la morale une base immuable, inaccessible aux vicissitudes des événemem, supérieure b toutes les révolutions, et de lui chercher une sanction dans sa fixité et sa durée , se plaisait b considérer en elle une loi iu variable , profondément gravée dans tous les cœurs, tour-b-tour professée par les religions diverses, s u rv i va n ï b 1 eu r ruine, dom i na nt en corc les esp r î ts lorsque les temples sont tombés t inébranlable enlin comme nu
Cocher au pied duquel , ainsi que des flots împuissaiis viennent se briser tous les âges. Une autre philosophie, s’emparant des faits qui attestent la diversité de la morale suivant les époques et les peuples, se plaisait, au contraire, à reproduire l’image des fluctuations irrégulières , capricieuses , désordonnées , auxquelles elle semblait livrée et voulait l’asseoir, comme sur un fondement inaltérable sur l’égoïsme. Vous êtes venus, et, déroulant le tableau du passé qui explique les phases diverses de, la morale par ses progrès continuels , pour dissiper l’illusion de celte philosophie qui croyait trouver dans la conscience la révélation distincte d’une règle éternelle, vous lui aves signalé , dans cette lumière qu elle contemplait avec respect , le lîdèle reflet du flambeau allumé par le christianisme ; pour combattre l’autre philosophie, vous lui avez rappelé que l'isolement ne pouvait être le partage de 1 homme; et vous avez, avec une religion proclamant l'association universelle , annoncé une morale plus complète, née de cette destination nouvelle assignée à l’humanité. Fidèle h vos leçons , je veux montrer comment la religion, la politique et la morale, expressions d’un fait unique, sont liées d un nœud indissoluble , et ont toujours été marquées d un caractère commun dont l’empreinte profonde se retrouve dans la vie de chaque révélateur.
L histoire entière dépose contre celle triste indépendance que Ton veut assigner à la morale.
I ouïes les religions antérieures au christianisme , souvent nous l’avons dit, envisagèrent le monde et l'homme principalement sous I aspect matériel, cl ouvrirent sur la terre même une carrière à l’activité humaine. La conquête, ses travaux et ses jouissances, toi lut le but vers lequel la
politique dirigea la société ; et alors la morale, loin de régulier le momie extérieur , fui conforme à celle deslination.
ün effet, voulez-vous suivre h chaque pas fie sa vie mdi- TidueJIe l'homme de l’imtiqàité: instruit dès sa jeunesse h voir la vertu dans le courage , le vice dans la lâcheté , des dons précieux de scs divinités dans la force et la beauté, et dans la laideur et la faiblesse des signes de leur défaveur, entouré de leurs majestueuses et riantes images, il s'applique h développer sa vigueur , sa souplesse et sa grâce ; ambitionne les palmes des jeux publics ; vainqueur, s'enivre des appïaudissemeus de la foule idolâtre de ces spectacles* et des chants inspirés aux poètes par l'enthousiasme de ses victoires à la lutte, h la course , au pugilat , ou se contemple dans le marbre et l'airain qui immortalisent ses traits et le souvenir de ses succès. Lui-même, quel que soit le genre de triomphe qu'il obtienne, n'incline pas, ruais relève fièrement la tète sous la couronne qui lui est décernée; il fait profession d’aimer la gloire, et proclame avec complaisance ses exploits ou la célébrité de son nom; jamais il ne se lasse d'enrichir son foyer des dépouilles de l'ennemi , de grossir le butin qu’il a conquis, et îl ne craint pas de disputer hautement à ses rivaux le prix de son sang et les trophées de son courage. Dans V intervalle des combats, il rougirait de déroger jusqu'aux occupations pacifiques, partage des esclaves et des femmes, ci savourant les jouissances d'un repos que la guerre seule interrompt noblement, la tète parée de fleurs, dans de splendides festins, dont les prémices sont offertes aux dieux, il s'enorgueillit de vider de larges coupes, ou se plaît au son des instrument belliqueux qui réveillent en lui la colère des batailles et les joies sanguinaires de la mêlée, hpotix ,
il csl possusseu r de sa femme , dont la faiblesse ne, munmit, m do S°H asservissement , il l’honore dans sa fécondité, l« répudie dans sa stérilité , et lui donne ouvertement des rivales dont elle ne s’indigne même pas. Père , il a droit il.vie et de mort sur ses en fans , et même il précipite dans un abîme ses fils nouveau-nés, dont les membres débiles cl difformes ne promettent à la patrie qu'un citoyen inutile ,un indigne défenseur. Maitre.il fait tuer sans remords scs esclaves que la vieillesse met dans l’impuissance de I* servir, ou se récrée à la chasse aux ilotes, dont la population en se multipliant compromet la sûreté de la république : voilà l’homme qui, par sa conduite privée , ne dément ni le citoyen toujours prêt à voler nu combat pour I amour de la patrie, ni le prêtre dont In main ensanglante I autel, ni ses dieux violons, grossiers, impudiques; voilà l’homme éminesihemt moral de i/astiqiutê.
Sans doute cest avec des traits moins rudes que data ses actes privés se présente l’Hébreu; mais la révéla
lion supérieure de Moïse , eu lui prescrivant sous quelque? rapports une morale moins barbare , lui avait communiqué avec une égaie fidélité le caractère de sa religion et de sa politique.
Enfin , lorsque I Immunité , grâce*à ces religions qui favorisaient son développement matériel , eut à la fois assure sa domination sur le globe et élargi l’association, une religion nouvelle, envisageant le monde et l’homme sous 1 aspect spirituel , lui enseigna un Dieu pur esprit , la matière abandonnée à Satan, et lui assigna sa destination dans le cioi. Il y eut deux sociétés, l’une sacrée, l’autre profane; diverse suivant chacune d’elles, la politique reçut cependant un caractère d unité de la prédominance de I Eglise , qui sollicita de toutes ses forces l’Etat à lu
répudiation (lu monde extérieur , et alors la morale fut la constante expression de cet anathème.
Voyez le prêtre Chrétien ;
(| aSpire uniquement h développer son intelligence , et sans cesse averti par l'image de la mort de la vanité de tous les avantages que le sépulcre dévore , il llétrît sa chair par le cîlice et la macération . et s’enveloppe d’une robe lugubre, premier linceul de son corps périssable; l’œil étincelant de rariâur de sou amc , athlète nouveau préparé au combat par la médita Lion * lu prière et le jeune , il brûle de cueillir les palmes pacifiques de la gymnastique intellectuelle, sous rïnvoeation de la Vierge , mère du Seigneur , tondis que les tournois, perpétuant, dans leurs joutes guerrières, les traditions des jeux olympiques, appellent encore h leurs fêles martiales les chevaliers parés des brillantes couleurs de leurs dames. Néanmoins , redoutant quelquefois les tentations du monde jusque dans les applaudïssemens donnés à ses innocentes victoires , il s’enfuit vers la solitude , et s’offrant h son Dieu , à qui il immole tous ses pencha ns , comme un holocauste vivant , il semble allumer dans le désert une lumière qui rappelle aux mortels , errans a travers les ténèbres du siècle , la route du ciel; ou , s’il ose affronter la société profane , jaloux d'y conserver sa pureté, îl s’efforce sans cesse de corriger f amertume et l'impétuosité des Ilots du torrent ; érigeant en vertu le renoncement au monde , viwiev l’abandon k ses affections, h ses joies et à ses travaux , du haut de la chaire ou du tribunal de la pénitence , il condamne dans Y orgueil l’ambition de la gloire militaire, des titres qui se conquièrent par 1 épée , des rangs qui se fondent sur l’oppression , combat le faste de ses monumens par la tombe , ses pompes par te néant, ses lauriers par les palmes impérissables du ciel, son im-
mortalité par l’élernité, sa grandeur par lu majesté incorruptible de la cité mystique, et répétant sans cr«, que tout est vanité, promettant aux derniers , sur la tel.fe les premiers rangs daflS le séjour de la béatitude, il J conîse l’HüMiHTâîet lui-même, courbant son front sou, I autorité de ses supérieurs, muet dans sou obéissance mortifiant sa volonté comme il mortifie son corps , prêche' par son exemple, une soumission résignée aux pouvoirs irt stilués par Dieu ; il proscrit dans l'avarice la soif des bien, entachés do violence et de rapine , souillés du sang al lié ir.s dos pleurs des misérables , impuissante rançon, aujû(Jr du jugement dernier, pour racheter leurs avides pusses seurs des supplices de l’enfer, dont pour les riches les Ires s’o Livrent béans , tandis que la porte du ciel ne leur livre qu’un étroit passage, et il exalte la pauvreté il ré prouve dans V envie l’émulation déplorable des privilèges de l’ambition et de lu fortune; dans la colère , l’ardeur "insat.able des combats , s’indignant de la résistance , s’assouvissant sur les vaincus, les faibles, les inférieurs , et lavant dans le sang le plus léger outrage; et il lui oppose la chanté , la résignation aux affronts , et jusqu’à une sorte de provocation de la patience au renouvellement Je l’injure, tant d dédaigne la violence qui n'atteint que le corps! il a\iliL , dans la gourmandise , une indigne complaisance pour ces joîcs du festin qui ajoutent au poids de la chair, dont I aine , déjà accablée, doit lendresans cesse à se délivrer, et il In terrasse par l’abstihehce , qui , en exténuant a matière, donne à I esprit plus de ressort, d’énergie et d’é- <lal , il accuse, dans la paresse , In sourde rébellion d’une loi tiède et languissante contre les austérités de la pénitence, , les expiations du travail et les graves voluptés do la contemplation; enfin, poussé par son zèle à détacher
l’homme Je toutes les séductions des sens , il place la perfection dans le célibat; et la sanctification, qu’il accorde à peine au mariage , est voisine de la réprobation qu’il attache au dernier des démons dans lesquels il a personnifie les sept péchés capitaux; et c’est ainsi qu’il transforme en vices les vertus de l’atiliquilé, dont les traditions grossières sont encore vivantes autour de lui. Voilà le prêtre que le laïc doit prendre pour modèle sans pouvoir peut-être espérer d’atteindre à un mérite si haut; voilà l’homme ésuskmmest mohal de l’époque du christianisme.
Mais la présence de deux sociétés, dont l’une réprouvait le passé, dont l’autre en main tenait des restes, devait multiplier, dans l’application de la morale, de hizarres contradictions*
Si le chevalier, adorateur delà croix, faisait ses délices de la guerre, se préparait par de nobles exercices à gagner ses éperons, regardait comme une honte de no pas tirer vengeance de l'outrage reçu, honorait les femmes par sa courtoisie, recevait d'elLes le prix de sa valeur, et sacrifiait ses enfans à l’orgueil héréditaire de sa maison; le prêtre chrétien sacrait le front superbe de V héritier de César de la même main dont il le marquait de la cendre en lui disant: Souviens- toi que tu es poussière ; en s’appelant serviteur des sen-iteurs de Dieu , abaissait jusqu k scs pieds la couronne des rois; condamnait la guerre et bénissait les drapeaux militaires, et offrait pour le sang versé de solennelles actions de grâce h son Dieu, que , suivant le langage de Moïse , il nommait encore le Dieu jaloux, le Dieu terrible, le Dieu des armées* Glorifions cependant cette morale austère du christianisme qui combattit avec tant A efïicaché les mœurs brutales que nous avait léguées 1 antiquité* Mais, salutaire et légitime tant qu il fallut combattre
îe passé, aujourd’hui que, grâce à ses efforts , le pnss£ ^ commencé sa transformation , elle semble un joug pesant que l’on rejette dédaigneusement; la société, s'affranchissant de sa rigoureuse discipline , mais manquant de règles dans la conduite à laquelle elle s’abandonne, ne pratique, en mettant de côté l’hypocrisie et le soin du rechercher avec le ciel des accommode nie ns , qu’une morale facile et relâchée qu’elle a pourtant flétrie comme un funeste présent du jésuitisme.
Le temps est donc arrivé où se fait sentir la nécessité d’une morale nouvelle; cette morale, quelle sera 4-d le? Ainsi que dans les époques antérieures, elle doit être en harmonie avec la religion et la politique que nous avons déjà proclamées, et se laisser également entrevoir dans les actes principaux de la vie du révélateur,
Ln effet , vous reconnaîtrez sans peine le caractère de chacune des lois morales que nous avons examinées , dims la vie de chacun des révélateurs qui les ont annoncées. Dans 1 antiquité, où la morale est marquée de la destination matérielle que l’homme se conçoit,, vous apparaissent presqu,à la même époque un Hercule, qui, après avoir, des son enfance, étouffé des serpens , purge la terre des monstres dont elle est infestée. Mi rentrer dans leurs lits les fleuves débordés, dessèche les marais, terrasse les brigands, poursuit, combat, extermine tous les fléaux contraires au progrès de in société naissante; et un Orphée, qui , aux bienfaits dont la massue libératrice a favorisé les humains, ajoute les bienfaits de la lyre, subjugue par ses chants comme Hercule domptait par son bras, et, pacifique initiateur, déployant sa robe aux longs plis h côté de lu peau de lion jeLée sur les larges épaules do riiiithiieur
•ruumer, apprivoise les lamilles éparses à la vie sociale, üLleur enseigne les arts matériels qui en sont la première douceur.
Enfin, dans cette même période , Moïse commence sa carrière en révélant aux opprimés, par le meurtre d'un Egyptien , que leur patience doit avoir un terme , et que les jours de V a (Franchissement sont arrivés; il dispute h Pharaon les Hébreux, en punissant chaque refus de la tyrannie par une plaie effroyable ; discipline violemment en un peuple des tribus tVesclaves idolâtres; brise dans sa colère les tables de la loi, et , initiant h la fois sa nation à la liberté, à la terre de pr omission , laborieuse et sanglante conquête, et b l’adoration d’un Dieu jaloux et terrible quil enseigne à honorer par le sang des victimes, les prémices de la terre fertilisée f les chants d’une poésie sacrée et les pompes d’un culte resplendissant, ü reproduit en lui , sous de plus hautes proportions, Hercule et Orphée»
Mais sur celle terre, ou les Juifs attendent dans un dîviri messie un roi qui les enrichisse de conquêtes et de dépouilles, le Messie véritable, qui n’est pas roi, mais qui vient commander aux rois, ce révélateur d’une loi qui lait éclater la puissance de FinLeliigenco , détache de h terre , pousse è la solitude , à 1 abnégation, è l humilité , et condamne la guerre et l’oppression. Jisus marque ses premiers pas dans sa route nouvelle par un triomphe pacifique sur la science des docteurs , se plait è confondre les pharisiens par l’adresse de ses questions et la simplicité de ses réponses ; combat les dénions et les chasse du corps des possédés par rimpositiou des mains ou la seu le parole; rejette le monde extérieur dans sa pompe et sa magnificence eu mine le domaine de Satan; cache long-temps su
Vl?.: " aj’l>a[a!t <["R PB(* intervalle et mystérieusement ?d“U ( C! h“; "**«■>» J* désert , sur les bords ;1J .'J0'?1;1"1 * e b?tême no™ • s’impose la longue aus.
;nté ?" ijl S0i;lü,1<; el dlJ ieûne- rcl>oussc souvent sa mère f'mC <>n 'U‘ àisaal : çu’y a-i-il entre mît(
moy réprouve (oui le passé, dont ie temple de Jérusalem
ét7 le m0nUlïlenl le id"s glorieux, en prédisant sa ruineordonne à scs disciples de rompre les liens du siècle <l' renier leurs anciennes professions, de se détacher de toutes vîurs affections; se hvre aux outrages sans vouloir s’eu delendre , et . terminant sa carrière par le sacrifice de s s
"< L; ,]U; jl,0ise ;,va;' J* sienne par un hom¬
me , erbe de Dieu, semble n’avoir revêtu la chair que pour enseigner aux hommes par son exemple h la crucifier sans cesse, et n’avoir subi h son heure dernière une dérisoire royauté que pour communiquer au sceptre militai™ Kt IragiliLé de son roseau.
l'A maintenant, si à vos yeux le caractère de chacune de scs lois brille dans les actes du révélateur; si déjà vous pressentes que la loi morale nouvelle doit ressortir de la vie même de nohe maître; si vous bridez de savoir quel il fût, avant de 1 apprendre , rappelez-vous que tous les révélateurs urenl méconnus , parce que le progrès qu’ils apportaient rcuconliait ce puissaos obstacles dans les sentimens arriéres de leurs contemporains, et parce que leur face rat io use s obscurcissait, aux regards du vulgaire, de l’ombre grossière dont il la couvrait; rappelez-vous qu’Hj;ncBi.E périt consumé dans la robe du Centaure; qu’ünniix fut massacré par les Bacchantes; que Moisis . abreuvé de tourmens par l’ingratitude des Hébreux, chancela , devant le eigueur , sous le poids accablant do tout un peuple h porter des vallées obscures de l’Egypte au sommet lumineux
du Sîua, et ne pénétra pas dans la terre de proimssion; que J tevs p outragé, fouetté, crucifié, expia, par sa mort, les grossières préoccupations des Juifs espérant dans le Messie tm conquérant qui ajouta! à leur puissance; rnppclez- vous quel fut le sort de tous ces hommes divins; et, après avoir écarté les ressouvenir» de voire éducation chrétienne et les préjugés de votre époque, écoutez !
Or quel sera le début de cette vie , grosse de l’avenir de rhumanité , le premier mouvement de cet homme qui porte en lui les destinées du globe, la scène ou apparaîtra d’abord cet initiateur, jeune encore, s’ignorant liri-métac, mais ayant déjà la conscience de sa supériorité? Sera -ce dans lu solitude qu’il s’enfuira pour nmir ri r , accroître et fortifier par de silencieuses méditations ce germe qu’il brûle de faire éclore? Sera-ce dans le temple, autre solitude , qu’îl sc présentera pour terrasser une science surannée ? Non , il se hâte de condamner lu contemplation réveils© par l'activité , la science impuissante et vieillie du catholicisme par sa participation àFinsurrection du dix -huitième siècle contre le moyen âge* Libéraux ! il a mis la main à votre œuvre , versé son sang en Amérique pour la cause de la liberté; c’est le prélude de sa vie.
De retour en Franco, va-t-il prendre part à un nouvel affranchissement? Saint-Sim©» ne se recommence pas; trop prompt à grandir pour marcher une seconde fois sous le drapeau de la liberté le soldai d’Amérique , aspirant aux honneurs du progrès et non de la vétérance, ose méditer, sur la brèche de l'ancien édifice qui s’écroule, un édifice nouveau; et lorsque la révolution , foulant aux pieds les débris du trône et de faute! , épouvante l’Europe et se divinise elle^mème, il lui dit : Gloire a Tor, ton heure
VA FINIR, et LA MIENNE COMMENCE !
I'1 lo^qno Napoléon , transfiguration égalante de I-, révolu Lion , en propage les bienfaits dans l’ËUrope enfer par les prodiges de scs armes , rêve l’empire de Charlemagne et la fonda (ion d’une longue dynastie, donne pour hochet h son (ils nouveau -né la première ville du monde depuis vingt sièeles, et, vainqueur infatigable, semble de en laurier militaire , dont les autres capitaines avaient cueilli quelques rameaux, arracher à la fois le tronc et le feuillage, comme s’il devait avant de tomber le déraciner à jamais, que fait Saint-Sibon P S’allachcra-l-il au char du triomphateur , maudira-t-il la guerre et ses ravages, ou se sons- Uaira-t-d par la haine à la contagion de cette immense popularité ? Non , il mesure le colosse et écrit ces mots : Mon admiration pour le génie de l’empereur n u jamais altéré l indépendance de ma pensée. Il fait plus , il lente d ossujétir h son orbite puissant l’astre impérieux qui nu voulait dans les rois eux-mêmes que des satellites , tour à tour pâles ou radieux , suivant les largesses de sa lumière; il propose au héros qui tuait FKurope .vieillie d’en commencer la régénération par la science; et quand il lu voit s obstiner à s’appuyer sur son glaive et sur la crosse pontificale, que la science moderne, dont il était auprès de lut l’interprète le plus élevé, avait frappé» d’un double anal berne, il lui dit : Passe, ton heure est finie, eT la MÎMKJfE APPfvüCfffi !
ht signalant dans la chute de Napoléon la chute définitive de la guerre elle-même, acceptant avec la paix l’espoir du tmvail i chabililé et ennobli, eu face d’une dynastie qu il a jugée, sans conspirer contre elle, sans applaudir à la combinaison de l’ancien régime et de la révolution , dont les publicistes admirent la merveilleuse alliance et étudient stérilement l’équilibre menteur , le voilà qui
essaie d'inspirer è ces princes , balbutiant avec timidité If- langue d'hier et avec méfiance le langage du jour, une parole nouvelle moins propre h les effaroucher , favorable aux intérêts de tous; qui lente d'emmailloter , dans les lambeaux de leur pourpre royale, ['industrie naissant à une vie nouvelle, et d attacher à l'insignifiance de leur passagère restauration la gloire durable de son avènement. Enfin , il n’est pas jusqu'à ce congrès de rois qui , sous le nom de sainte-alliance, prétendent maintenir la sûreté de leurs trônes contre la liberté, qu'il ne Caresse dans leur amour monarchique de Tordre , afin de faire retentir jusqu’au milieu d’eux ces mois iï association universelle , cherchant ainsi à les aLteler au progrès par leur besoin de paix eide sécurité; et, les voyant toujours immobiles , la face tournée vers le passé, il marche. Il marche sans cesse; et s'adressant tour à tour aux savans, aux industriels , aux artistes, leur révélant leurs besoins, leurs douleurs , leur nouvelle destination , il les appelle à un rôle inattendu , et les dévoile à eux-mêmes comme les véritables puissances de la société; un jour, il prononce, sous la forme sublime d'une supposition inoffensivc , entre les rcprésenlans d’un passé qui s’en va et ceux qui sont la force et ta vie de l'association future, un jugement a jamais célèbre; et, leur ouvrant un magnifique avenir, il ne cesse de leur répéter : Gloire a vous, mon heure a commencé, et