MORALE DU MONDE
Au nom de l’amour infini qui est la vie de T univers* qui lie harmonieusement l'homme h l’humanité , rhumanUéau monde :
Nous vous* apportons b tous qui souffrez de vos progrès douleurs» eL qui ii’êtes pas sons compassion pour les douleurs de vos semblables , nous vous apportons une bonne el grande nouvelle;
Nous vous annonçons T associa lion religieuse de tous les linm mes , I a l'a mille u n î v erse I le «
Or, cet avenir dont mes frères vous ont fait lire Pécla tante promesse dans tous les monumeos du passé;
Cet étal définitif vers lequel l'humanité s'est avancée sans cesse en passant successivement parla pnlriarchîe , lu cité j. la nation et Féglise;
Cette société-modèle oii tous seront unis par la plus tendre affection, où les chefs aimeront leurs serviteurs comme un père aime ses enians, où les inférieurs, enfin, pratiqueront avec joie l'obéissance;
lout cela n’est point une utopie , un rêve de quelque imagination exultce. *le vous le dis, en vérité, cet avenir que vous avez cru réservé seulement à nos derniers neveux est tout près de vous; ces théories qu’au moins vous avez trouvées séduisantes sont déjà pratiquées, réalisées.— Car c’est nous qui sommes le commencement de l’associa lion universelle, qui sommes les premier-nés de celte famille vraiment sainte qui doit embrasser un jour Inhumanité entière, et déjà nous sommes initiés h ces joies que pnr nous Saint-Simon promet au monde,
C est pourquoi vous devez facilement comprendre le but de nos eftorts, Sî nous vous appelons; si nous cherchons à vous attirer a nous, ce n’est pas seulement que nous ayons besoin de cœurs aimais et dévoués pour nous aider à F accomplissement de Fceuvre que nous avons entreprise; c est que nous avons besoin aussi d’augmeiiler noire propre bonheur en le communiquant à d’autres. Quand nous vous montrons ces populations sons nombre qui , malgré qu en disent vos lois mensongères P sont inhabiles à jouir des bienfaits de la civilisation , à vous que la Providence a placés dans um position meilleure;
Quand nous déroulons devant vous les misères de tous ceux qui , voués dès leurs jeunes années aux travaux pé-
nibles, n’ont pas comme vous, au bout Je teur carrière, la consolation do laisser au moins un patrimoine h leurs pauvres eninns ;
En fi u, quand vous nous entendez proclamer, au milieu des partis, celle parole de paix et de conciliation, ce principe d une nouvelle politique , a savoir que toute instltulion doit avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique, delà classe la plus nombreuse et la plus pauvre , sans doute c’est assez pour que déjà vous sympathisiez avec nous.
Mais quand nous vous parlons du bonheur qu’il y a de sentir sa destinée pour jamais unie h des êtres qu on aime; d’avoir sa vie liée, mariée à la vie d’une famille entière qui s’accroît tous les jours,, qui marche incessamment forte et radieuse h Paecom plissement du plus noble but que des âmes généreuses puissent se proposer; alors, oh! dïtesmoi p vous tous qui vous pressez h nos enseignemens , et qui, sans nous aimer encore autant que nous voulons être aimés de vous, nous apportez au moins une oreille allen live et des cœurs bienveillant, ne comprenez-vous pas que c'est pour vous aussi , pour vous-mêmes, que nous voudrions vous convertir à nous? Car si vous n’êtos pas des plus maltraités par le sort en ce monde, si vous avez pu cultiver vos intelligences, si vous êtes h l'abri des cruelles atteintes de la misère , csl-ec & dire que la vie soit pour vous un temps et un lieu de délices? — Oh 1 l’homme ne vît pas seulement de pain et de parole, de richesse et de science, il vïtaussi d'amour; il a besoin d’aimer et d'être aimé; et la société où vous vivez est peu prodigue envers ses en la ns de cette sainte nourriture. Dans celte société vous avez participé pour la plupart b ce privilège de la naissance qui assure è quelques-uns des joies et des plài-
sirs refusés au plus grand nombre ; ainsi vous pouvez ])icil savoir que privilégié ne veut pas dire heureux.
Oïi! si j’avais la puissance de vous faire sentir ce que nous sommes I — Mais, je sais; il y en a quelques^iDs parmi vous qui dans noire conduite ne trouvent rien encore qu’une étrangeté ridicule; d’autres éprouvent quelque peine à nous voir abandonner les carrières que nous offrait le monde, pour nous consacrer h la propagation d’um; doctrine dont la réalisation leur semble h peu -près chimérique. —Eli bien! puisqu’on nous trouve étranges, ridicules, dignes de pitié et peut-être de blâme, examinons un peu ce que c’est que ce monde que nous avons quitté; voyons ce que c’est en dehors de nous que la vie. Laissons pour aujourd’hui la classe la plus nombreuse et la plus pauvre- C’est de vos affections , de vos intérêts, de vos espérances , de vous enfin que je veux vous parler*
Vous dites souvent à quoi bon les discussions religieuse»? Que chacun adore Dieu à sa manière, ou même ne l’adore pas; qu’importe ? ce qui distingue un homme ce n’est pas sa religion, c’est sa morale ; et vous acceptez aussi que clans la politique on puisse suivre des roules très-diverses, pourvu qu on demeure fidèle aux principes de la morale* — En un mot vous ne mesurez pas tant votre estime pour tel ou tel a ses actés religieux et politiques, c est-à-dire à la pratique des rapports qu’il se conçoit avec T)îeu et Fliuutanilé qu’à sa façon d’agir avec les individus, — Eli bien ! cJosl de vos rapports individuels que je m’occuperai au jnurd’hâL
Si ce lien était consacré à de simples enscignemens , si nous nous adressions ici principalement h vos intelligences, si nous n'étions enfin que des professeurs, je devrais examiner d’abord les théories do ceux qui «mi l aujourd'hui
Avs théories &br lu morale. Nous aurions en présence» d'une par^ les défenseurs de U morale naturelle* du droit naturel de L'a litre* les partisans de Futilité , de l'intérêt bien entendu, — Aux premiers , nous Ibrions voir que la morale de l'homme n'est pas immuable » mais progressive; que les senlimens qui sont aujourd’hui les plus naturels h l'homme lut ont été inconnus à des degrés de civilisation inférieurs. Et pour ne citer que les faits les plus fropparts * nous pourrions rappeler qu’avant le christianisme il parafait Naturel d'avoir des esclaves; que l abandon des en fa ns nouveau nés* le droit de vie et de mort attribué au père sur sa famille t ne répugnaient pas aux sentimens naturels dans plusieurs mitions de l'antiquité* Sans remonter si haut* nous ferions voir que dans le moyen âge il était naturel h nos pères de concentrer leurs affections sur leurs (ils premier nés, et qu'il était naturel mm h un bon Français de haïr très cordialement tout sujet d'un état ennemi delà France, Et après avoir constaté et défini le progrès accompli jusqu'ici dans la inonde* nous chercherions s'il n'y a pas lieu d’adopter un principe nouveau de morale. Aux seconds nous montrerions que F homme n'est pas seulement un être de calcul , mais qu'il est surtout un être de sentiment; que rutile* aussi bien que le vrai et le beau, est relatif à l’état de développement de b civilisation ; que d'ailleurs il ne suffît pas de proclamer le principe de Ftftî lîté; mais que * pour arriver h ^entendre sur l'intérêt bien entendu* il faut que chacun soit porté h obéir aux hommes qui désirent son progrès, et sont en état de lui faire aimer sou véritable intérêt; or cette disposition à l'obéissance ne peut exister que dans une société religieuse*
Mais que Dieu me préserve ici du langage cl des formes de lu science; car ce n'csl pas aux sa va ns qu'il a donné rb
toucher les hommes. Les savons n’ont pas la parole qui remue Foinc , qui donne la vîe , qui fait la lumière. Oh! dep u i s À rc hi m ède , i ls a ’o n t p as l ro u vé d ’ a pp u î à le u rs leviers pour soulever le monde. Nous sommes prêtres, nous sommes apôtres 1 Nous ne voulons éclairer vos esprits qu'à la divine 11 a m me qu'il nous sera donné d'allumer dans vos cœurs : ainsi nous pouvons laisser dormir Grotius , Volney et Bentham : ce n'est pas de vos livres, je vous l'ai déjà dit , c’est de vous que je veux vous parler.
Or, quand par aventure vos sages rançon Iront quelque ame jeune encore, ouverte b tous venans, sans ruse ni feîntise, aimante et désireuse d’être aimée, passionnée, enthousiaste du beau , ambitieuse de dévouement , enfin neuve, et , comme a dit quelqu’un, toute fraîche créée, qu’en font-ils, je vous prie?
N’onl-ils pas d’abord graud’hâtede lui montrer comme elle est folle de s’en aller ainsi par le monde nue et désar mée? car c’est duperie vr ai ment et folie de jeunesse de penser qu’on puisse impunément aimer ses semblables; et alors ils lui parlent raison , et ce qu’ils appellent raison, c’est le désenchantement de la vie : c’est lui décolorer tout P avenir , c’est renverser tout ce qu’elle avait d’espérance , c’est la mutiler de tout son amour pour ses semblables , c’est la mettre en garde contre tous ceux quirentourent et contre elle-même.
Qui pourrait les blâmer ? Ils lui épargnent ainsi bien d’autres douleurs; car ils ont comme Î1 disent, la pratique des hommes ! ils ont Pexpériencc du monde ! ils en connaissent la morale.
Votre monde! oh! chacun y est abandonnés ses propres forces. On y est passablement* bien garanti contre l’assassinat et contre Je vol b main armée; mais pour le
res le il faut apprendre de bonne heure à ne compter que sur soi-même- Le faible n’y trouve pas de supérieurs qui mettent leur gloire à Félever jusqu’à eux. I! doit le plus souvent s’ouvrir à lui-même un chemin à travers des rivaux intéressés de toutes paris à sa ruine» Et dans ce pénible combat Fiiommc qu’on avail regardé d’abord comme un sûr appui , ou qu’au moins on avait cru un spectateur indifférent et désintéressé, ne s’est- il pas trouvé souvent que c’était un secret adversaire» habile à profiter de vos moindres fautes, à vous supplanter, à vous fermer la carrière, à tuer tout votre avenir.
Voyez I n’est-ce pus vous qui condamnez vous-mêmes par vos propres paroles la société ou vous vivez? Ne ditesvous pas chaque jour que la moitié du monde est exploitée, mangée par Foutre; qu’en affaires il faut toujours un peu de ruse et d’ intrigue, car la franchise et la probité naïve sont des métiers de dupes; qu’on fuit de charité il faut tou jours commencer par soi-même , et qu’il est bien d'obliger, pourvu qu’il n’en coûte pas trop, car obliger
des au iis c’est faire des ingrats . ? Comme tontes vos
maximes sont étouffantes l . — Tu ns trouvé des hommes
qui Le font bonne mine et grande amitié; mon (ils, prends bien garde N ceux-là! c’est qu’ils ont besoin de toi » c’est que tu peux leur être utile, — Prends garde! ils le laîsse* ront après, comme Fécorcc du fruit dent tout le suc est exprimé- Ne te livre jamais tout entier : car tu compteras dans la fortune beaucoup d’amis; mais que le temps se brouille, et lu seras bientôt seul.
Voilà votre morale et votre sagesse. El qu’il est aisé* quand on est ainsi parvenu à flétrir dans un creur tout sentiment d’amour, d’enthousiasme et dé dévouement, qu’il est aisé de dire que F égoïsme est naturel à F homme !
Oh! ne vous calomniez pas ainsi vous- mômes, Sam doute il faut bien que Ton songe # principalement 5 soi <u aux siens dans une société dont les membres ne sont pas Üés, unis et vraiment associés pour l'accomplissement dW œuvre commune; mais ne voyez-vous pas qu'il y a eu toujours amour entre les hommes dans tous les temps ei dans tous les lieux ou ils se sont compris un même but, une mente destinée ? L'égoïsme naturel à rhommo ! Est-ce à dire que vous entendiez déshériter l’humanité de la gloire de tous ceux qui se sont dévoués avec joie b son progrès depuis les premiers temps de l'histoire jusqu’aux journées que vous a montrées Paris ? Ah l j'en appelle h jtnis-mènm: vous acceptez cette opposition d'intérêts qui soulève et nourrit parmi vous tant de haines, vous l'acceptez comme un mal nécessaire, inhérent h la nature humaine; vous ne voulez pas voir que ce désordre , après la destruction d'un ancien ordre social, est la condition d enfantement d'un ordre nouveau ; mais enfin votre résignation n’est pas toujours bien complète : quelquefois vous vous prenez a .rêver quelque chose de mieux. Oh! diles-moi, dans vos brillantes assemblées , dans vos salons , dans vos spectacles , ici même clans cette enceinte, lorsqu’un de vous vient à s’apercevoir qu’il est seul , seul I et que la destinée de tous ceux qui l’entourent n’aura jamais avec la sienne rien autre de commun que ce contact fortuit et passager, dites, ne sentezvous pas surgir de la profondeur de votre être un amer désespoir? Oh ! que vous voudriez alors pouvoir dissiper cette enveloppe de triste défiance qui vous tient à la gêne, qui vous fait toujours inconnus , étrangers les uns aux nutrès, et qui no laisse jamais pénétrer jusqu’au fond de votre atne le regard d’un ami, sans le faire accompagner de toute une escorte de soupçons inquiets et vjgîhms!
Oh! si vos yeux pouvaient s’ouvrir ! si vous saviez voir qu’il y a quelque part une autre société, un nouveau monde ,‘ù il n’y aura jamais d'étrangers , puisqu’il n’y a plus qu une famille ; oii toutes les joies sont partagées et les chagrins consolés , où les âmes se tiennent, oi. tous les cœurs sont l’un dans l’autre; si vous saviez voir Lou tes ces choses , vous comprendriez pourquoi nous nous efforçons de vous attirer
h nous*
Mais j’oubliais qu’il vous reste un abri contre les orages du monde : quand vos affections ont été trompées au dehors et vos espérances déçues , vous aspirez aux douceurs de la vie domestique; la famille est pour vous comme un port de salut où vous vous promettez un heureux repos.
Eh bien ! visitons ensemble ce dernier asile. Vous la tou lez murée votre vie domestique ; voyons si c’est hum le bonheur que vous cachez ainsi aux regards indiscrets.
El d’abord, pour élever ce sanctuaire où vous espérez trouver des cœurs qui ne soient pas jaloux , des cœurs qui vous aident amoureusement dans votre vie active, et vous soutiennent quand les jours de repos seront venus, des cœurs en qui vous vous sentiez vivre et revivre sans cesse; en un mol . pour fonder une l'ami He où vous puissiez trouver les joies que le monde vous refuse , quels sont vos premiers soins, vos premières démarches? Vous vous mettez en quête d’une épouse. Chercherez-vous un cœur qui puisse vous Comprendre et battre h l’unisson du vôtre, une moitié de vous-même, qui vive de votre existence, dont lousles senti-
mens , les pensées, les perspectives soient en commun avec
vous? Hélas ! vous avez appris de benne heure qu à Infaçon dont vain; monde est fait, lesentiuienl,l' ‘inclination, 1 amour, ne font pas des conditions essentielles d’un èonmariage. Je
vous disais que parmi vous la femme est marchandée lrtl; dément comme vierge : voyez vous-mêmes!
Le mariage civil et le mariage religieux , tels que vous |«s entendez aujourd'hui, sont des actes dont la loi cl |tt convenance vous font une nécessité impérieuse.
Mais 1 acte qui règle le sort des époux, l’acte vraiment important , qui n’est pas une simple formalité , qui doit, scion vous-mêmes, précéder les deux autres , c’est le contrat de mariage'. Or qui préside à ce premier acte d’union? Usl-ce un homme revêtu d’un caractère .sacré qui «il puis. sance de faire aimer h l’époux les trésors d’amour, de sagesse et de beauté qu’il trouvera dans son épouse ? Hélasl c’est un homme de Jiucajve , un notaire qui vient, dans un style barbare , Inventorier d’avance les dépouilles de deux fhin il les, 1 1 vient enregistrer ce qu’une mère n pu mettre d’argent pour acheter le bonheur de sa fille , cl constater ce que chacun des fiances peut escompter d’espérances K l'autre sur la mort de ses propres parens, l)'espérmces\..„ |^c mol vous appartient. Ce premier acte dWon est un premier sujet de discussion ; pour l’avenir, c’est un texte d’inlermii inb les discordes. Aussi, que vous crie la sagesse du siècle ? Vous dit-elle de chercher une famille qui vous donne avec une épouse de nouveaux frères, de nouvelles sœurs? Oh! non, ces UEACx-FRèRES, ccs “U-bs-subous , ce serait autant d’appelés au partage. Un bon parti, c’est une fille unique; mm tenez-vous bien pour favorisé du ciel si vous trouva quelque riche orpheline ; car vous aurez tout d’un coup la fortune, et
vous n auiez pas u savoir ce que c’est qu’un isEAu-phniî et une BtiLLE-UfcfiE,
Ah ne m accusez pas de remuer h plaisir celte boue ! La religion de la lamille , je lo sais, est la seule qui vous leste , mais puisqu’on donnant pour base à votre autel un
monceau d’or , vous oubliez que l’amour seul en devait former le ciment , que vous étonnez-vous après de le voir S’écrouler? Aussi lorsque les premières années de mariage se sont écoulées, h quoi réduit-on les conseils qu’on donne aux époux dans l’intérêt de leur bonheur, ce n’est pas b s'aimer , mais seulement il savoir se supporter l’un l’autre.
Au moins si l’amour paternel etmaLernel promettait aux cœurs de sûres jouissances ! Père affectueux, tendre mère, vous voici réunis auprès d’un berceau. Voyons 1 est ce enfin le bonheur?
Vous avez formé le projet d’uue éducation pour votre fils. — C’est vous qui lui ouvrirez la carrière, qui le diri gerez par vos conseils , par votre amour , dans son entrée au monde. Il y a tant de joie i» dire : Cet homme qu on estime et qu’on aime, e’est mon fils, c’est moi qui a t mis ou développé tout ce qu’il y a en lui de noble et de bon ! Et puis vous savez trop que nul ne s intéresse autant que vous h son avenir. — Mais avez-vous appris par des études profondes l’art le plus difficile , le plus grand et le plus beau, celui de découvrir la vocatiox des hommes? Quoi! vous dont le temps et toute la vie sont consacrés b quelque fonction spéciale, vous n’hésitez poinlh déterminer entre toute# les fonctions celle qui convient le mieux b votre fils 1 Quelquefois vous le laissez libre de choisir; mais est-ce lui qui peut choisir ce qu’il ne connaît pas encore? ce dont vous n’avez pas toujours In puissance de lui donner seulement l’idée ? El d’ailleurs une secrète vanité vous conseille toujours , même b votre insu , de le pousser vers telle ou telle carrière. Et comme alors , sans le vouloir, vous commencez b torturer sa vie I vous le soumettez h un long et douloureux martyre; et lui, contraint de se livrer b des travaux que ses goûts, que ses sympathies n avaient pas dé-
signés , il commence par haïr ses maîtres ; bientôt il s’Ci saîcra h la révolte contre vous-même; un enfant niera votm autorité devenue despotique; cl, de peur qu’il n’eil vienne à la maudire , vous serez forcé de renoncer h votre plus douce chimère , d’abandonner à d’autres le soin de sun éducation.
Or , pour quelques milliers de francs , vous .trouverez sans peine qui lui enseignera le grec et le latin avec Fa%fehrc et la géométrie ; maïs la santé de ce pauvre enfant ? Aura-t-il auprès do lui une seconde mère pour devinnune maladie naissante ? qui prendra soin de ce cœur si tendre et si facile? Oli ! qui garantira celte jeune amc d’un souffle empoisonné? — Qui lui apprendra à aimer, à aimer son père el sa mère ?
^ nièrei — Ah ! pleure* pauvre mère ; après dix am d'études ton fils reviendra tout plein des souvenirs de la Grèce et de Rome* Tu voudras pénétrer dans son cœur pour y chercher les germes d’amour que tu y déposas autrefois* Hélas! c'est un professeur de rhétorique* im-pro» fesseur de philosophie qui ont eu mission de les faire fructifier* Aussi vois! tout pouvoir le fatigue, toute autulilo lui pèse, toute dépendance est pour lui un esclavage, libre, il veut marcher , el déjà le monde PapptelJe. Pleure, pauvre mère. Lu ne peux pas le suivre , tu ne peux plus veiller sur lui, écarter les dangers d’une tête si chère* Ali 3 tic ns -toi pour heureuse si les soins et ta tendresse ne lu fatiguent pas.****
Et quand Saixt-Shîon vous révèle par nous les joies et le saint orgueil de la famille ; quand il vous dit que le lien' sacré, le liât du sang ne sera pas rompu > niais que le lien d adoption réunira ceux que des facultés se mbfabl es appel le n I à de c omm u nés de s l i né es , v ous dit <■ s
„vr Saint-Simon vient détruire la famille! Mais pour la détruire , il faudrait qu’elle fût. Où donc est cette famille dont les membres soient unis comme sont unis tous les engins de celle que Saint Simon □ laissée après lui?
lin fans de Saint-Simon . nous pouvons nous réjouir cl nous glorifier devant les hommes. Nous n’avons plus qu uu sentiment , une seule pensée , un seul but à nos efforts. Nous continuons l’œuvre sainte du progrès 1» laquelle ont travaillé dans tous les siècles tous les cœurs généreux. Dans celte chaîne immense , qui remonte aux premiers âges du monde , mes fils . mes filles , nous sommes l’aimeau brillant qui doit unir aux progrès du passé tous les progrès de l’avenir. El nous étions marqués , rendons grâces à Dieu, nous avons été marqués pour accomplir l’émancipation définitive des classes inférieures, pour réaliser l’association, la famille universelle, oh les chefs aimeront leurs serviteurs comme un père aime ses enians, où les égaux seront des frères, où les inférieurs, comme des lils tendres cl dévoués seront heureux et glorieux de leur obéissance.
1*K MÀRTÀGÊ*
Mes Fils, mû Filles ,
L’insinnt est venu où doit cesser la surprise qui vous est habituelle lorsque nous annonçons T association de |a femme aux fonctions religieuses et poliLiqucs , dont jusqu à ce jour Phoumie seul fut investi* Sans doute félonne ment et le dédain avec lequel vous accueillez cette révélation sont faciles à concevoir, si, négligeant de vous souvenir que nous ne lui promettons une place que dans la société pacifique de l 'avenir , dont nous commençons ta réalisation »
vous supposez que nous la réclamions pour elle dans le* rangs de ce monde, où , sous des formes brutales ou adoucies , règne encore la guerre. Est-ce donc nous qui voudrions la la ire rétrograder jusqu'à la barbarie de ces temps où, jetée au milieu de scènes de carnage , elle donnait aussi la mort , armée de la lance et de l'égide? Est-ce nous qui k contra gidrions, en la couvrant de la robe du légiste, h fléchir sous cct immense attirail de lois, dans les textes multipliés et les innombrables commentaires semblent former un vaste réseau , enveloppant et traînant dans la fange elle sang une population abrutie, ignorante, misérable, que lan ïrouve plus facile de saisir et de punir que d'améliorer? Est-ce nous qui voudrions la convier, soit au tumulte d& assemblées électorales, où les partis en présence sç fout, avec des armes souvent déloyales, une guerre que leurs ehpfc pions vont continuer ailleurs, soit aux débats violens, amer ® stériles de l'éloquence de la tribune ? Est ce nousquï lui imposerions le pouvoir, lorsque la politique, brutale ou cauteleuse, pousse les peuples sur le champ de bataille , se traîne ii travers le dédale d'une tortueuse diplomatie, et ravale Tari de gouverner jusqu’à l’emploi des ressorts d'une ignoble police, professe ouvertement un barbare égoïsme, se fait une loi d étouffer , comme une déception ridicule, toute généreuse inspiration, essaie tour à tour l'oppression connue un remède à I anarchie, l'anarchie comme un remède au despotisme , ei s amuse gravement aux fictions constitutionnelles, tandis que les peuples gémissent affamés ou périssent égorgés f Est -ce nous enfin qui envierions pour clic les palmes des arts et des sciences ou les fruits de l'industrie, lorsque le champ où il faut les cueillir offre le spectacle d une déplorable arène ? A Dieu ne plaise que nous ayons jamais ambitionné pour elle rien de ce qui
pourrait altérer sa dignité et sa douceur I Nous le déclarons; la femmes est aujourd’hui légitimement exclue du mouvement social. Mats, nous le demandons , celle exclusion cslclle une condamnation de la femme, ou n rst-elfe pas plutôt une condamnation expresse do votre société?
La subalternité de la femme* loïig- temps impérieuxmont déterminée par le caractère de la société, ne saurait se prolonger, lorsque le génie de la paix, dont elle lut la puissante interprète, triomphe de la guerre et de 1 antagonisme qui louchent à leur décadence. Autrefois , la femme s inclinait avec une crainte respectueuse devant l’homme, et reconnaissait elle-même sa propre infériorité, et l’homme se disait hautement maître et seigneur; déjà , mes fils, vous revendiquez avec plus de retenue l’honneur d’une orgueilleuse supériorité, et lorsque vous nous reprochez quelquefois de flatter las fruit mes , afin d'assurer la propagation de noire croyance en y intéressant leur vanité , vous avouez vous-mêmes leur influencé > et vous légitimes; ainsi les promusses de notre religion*
Oui, mes filles, noire religion seule peut assurer h voire sexe Je Lieu fait de cette égalité qu aujourd’hui vous n'obtenez qu’un parfaitement , au prix d'une adresse dégradante , d’une orageuse iu dépendance ou d'un triste isolement, Elle vous réserve la possession légitime du ra©g que vous ambitionnez , en vous initiant h de nouvelles affections générales avec lesquelles elle mettra en harmonie vos alléelions particulières. Car elle veut que l’époux et l'épouse, en se choisissant suivant leur cœur, égaux l'un à Tautre, accomplissant ensemble , chacun suivant la grâce propre h son sexe , la même fonction religieuse ou politique , for ment, par leur association complète, l’individu social ; et, grâce à ce c ara cl ère nouveau, le mariage parvient è son plus
haut degré de sainteté* I^inariage, dans les phases diverses ^|u"N a traversées , fut toujours l’expression de Pétât social auquel était parvenue l’humanité. A ["asservissement de la femme et à l'imperfection de l'union conjugale correspondent la croyance au principe du mal, le sacrifiée sanglant t la guerre , l'esclavage* les privilèges de la naissance, t 'oppression de Pin dus l rie , le développement exclusif ot hostile des facultés de Phomme : h l'émancipation définitive de la femme et à la perfection du mariage carres pondent ïa croyance en un Dieu unique, l'abolition de k loi de sang* rétablissement de la paix , l'extirpation delà servitude, la suppression des privilèges delà naissance, réiiiaiicipiition de l'industrie, et le libre développement de l'activité humaine*
L époux et l’épouse * dont nous avons proclamé , au nom delà loi nouvelle, le mariage à des conditions égales , semblent, depuis l'époque à laquelle P humanité parut sur h terre jusqu'à la nôtre , s'étre toujours cherchés, avoir toujours aspiré à cette union d’oit une conformité de sympathies , de pensées et d efforts , bannit les dernières traces du despotisme et de la servitude. Chaque progrès vers [association universelle est un progrès vers la plénitude de leur association.
Noos ne vous retracerons pas ces premiers temps oti la 1 ami Ile vit dans un état d'hostilité continuelle avec les familles voisines. Cherchez-vous sous la hutte du sauvage l'époux et l'épouse ? ces titres sacrés n’existent pas* Il n y a pas d union; car il n’y a qu’un seul être, P homme, et puis une dépendance obscure et passive de Phominc dont elle ne se distingue même pas par son nom , ne lui appartenant pas, mais faisant partie de lui. De mémo, en effet, que dans son brutal égoïsme il sc nourrit de la chair pal-
gîtante tic scs semblables , boit leur sang ci les regarde comme destinés b ne vivre qu'eu lui; il ne voit dans In femme qu'il épargne qu’un prolongement de su propre vie, cl, en mourant, il lui impose la loi de le suivre an tombeau.
La cité se ferme; fondée sur l'esclavage , régie par un pat ri cia t orgueilleux qui proclame la distinction des races, adoratrice de dieux grossiers dont les autels ruissellent du sang des victimes ; initiée par des révélateurs guerriers à 1* amour de la conquête s et par des révélateurs pacifiques aux premières jouissances des arts matériels, Déjà meme, près de ces derniers, se montrent de fugitives apparitions de femmes : près de Nu ma, Egérîe, dont la voix mystérieuse n’ose encore se faire entendre que dans les sombres profondeurs d’une forêt; près d'Orphée, Eurydice, qui, après lui avoir communiqué une inspiration timide cl passagère comme le premier baiser d'une fiancée, périt de In morsure du serpent; car le temps n est pas encore venu oh le pîed vainqueur de la femme doit écraser la tête du serpent, emblème du génie du mal; et qui rentre dans les ténèbres d’oü ta lyre de son époux ne peut plus évoquer qu’a ne ombre pâle et froide, prompte b s’évanouir aux premières approches de la vie et du jour, J /association a fait un progrès : le mariage existe ; maïs quel est le sort de réponse ?
Achetée de son père par son époux, et passant de la servitude de la maison paternelle h la servitude de la maison conjugale, non plus comme une proie grossièrement ravie, mais comme une propriété légitimement acquise , au milieu d’une cérémonie qui atteste par sa solennité la sainteté du joug quelle reçoit , et pnr son caractère symbolique l’asservissement auquel elle est réservée, elle n’est admise aux joies de 1 hymen qu’au prix de sa liberté , tandis que quel que* femmes, assises sur lé trépied prophétique ou gardiennes
du feu sacré , ne jouissent de leur in dépend a fi$e qa’att prix il ii célibat. Possédée elle-même , cite ne possède ni rfhèrîte, el se voit exclue de tous les avantages qui sont h privilège de h force. Oui, h (erre à qui la conquiert, la défend ou l’arrose de son sang! For el la pourpre * dépouilles de la victoire, à qui sait manier le 1er J le vin lui* même, breuvage héroïque, à qui se couvre d'une noble sueur! b la femme , rhoiineur d’exalter pur son admiration la valeur de son époux, el d’essayer de ses membres fatigués la poussière du cirque ou du champ de bataille! hh femme, la quenouille et Ile fuseau I k la femme, I obéissance, le respect, Fliumrliié, exprimés par ses attitudes, ses actes , son langage envers son maître, dont le bras protecteur est aussi anné contre elle du droit de vie et île mort! Étrangère aux fonctions sociales, tandis qu’il combat pour ses murailles, délibère dans le sénat ou sur la place publique , elle préside, dans l’intérieur de la maison, aux travaux des esclaves, y prend part, cl veille, dans sa captivité, sur 1 industrie naissante captive comme elle* Epousa unique, elle a souvent de nombreuses rivales, sans avoir le droit de se plaindre! mais malheur h elle si elle viole sa foi ! Elle expie, par sa mort, un crime qui ne porte pas atteinte à la gloire de son époux. Quelquefois cependant, de l’aveu de son maître , elle donne à un nouvel époux des en fans qui soient F orgueil d’une maison déserte et les soutiens de la patrie. Honorée lorsqu’à la vue des défenseurs de la cilé elle se réjouît de sa maternité, dédaignée ou répudiée lorsqu’elle pleuré elle-même de n’ètie pas mère, elle consent sans murmura i Imposition de ses filles nouvellement nées, moins précieuses dans une société militaire que clés üls , sacrés pour le combat , et s’enorgueillit du trépas gloi toux de ses eufans morts les armes à la main ; veuve,
n'échnppcb la coutume antique qui la précipitait dans lu tombe de sort époux que pour attester , par la perpétuité de son deuil , la force d’un lien que , vivant , son maître seid avait eu le droit de rompre par le divorce, et que , mort, il n'a pas cessé de conserver; ou , comme une partie de sott héritage, elle devient le pmnge de l'un de scs proches parons , ii moins qu’affranchie d’an nouvel hymen, elle ne demeure sous lu tutelle de ses fils, héritiers du courage et des privilèges de leur père , et moins orphelins qu'elle. Aussi , proclamant sons rougir son infériorité , elle déclare qu’un seul Iioiumc est plus digne de vivre que des milliers de femmes , et lorsqu'elle implore le ciel , cil e décrié r J üpiter, fais que les dteuæ i?ic soient propices , </ ttotque je ne sois qiiUme femme !
Votl b l'épouse païenne.
Arrêtez-vous vos regards sur la cité juive; Moïse, près duquel figure presque inaperçue sa sœur Marie * prophëlesse, et célébrant par îles hymnes la gloire du Seigneur, lait des Israélites un peuple de frères, adoucit la servitude , mais révèle dans Jéhovah le dieu des années et consacre la guerre par le sacrifice sanglant; l'époux est encore maître p et réponse encore esclave. Ecoutez plutôt la prière que nous ont conservée les traditions. L homme s’écrie avec orgueil ; H eut sois-tu , créateur du ciel et de ta terre r de ce que tu m’ûô fait homme et mn pas femme ! La femme murmure avec une touchante résignation ; Béni sois- ta , o Dieu , (fat nias fait ce que tu as voulu !
Mais le christianisme proclame une loi de paixet de charité, réprouve la matière alors $anglanLe*envoloppedanseôt anathème là femme, coupable d'avoir attiré sur la terre le mal et la guerre, le premier de tous les maux, en causant la chute de f homme * et prononce sa subalternité* Marie s’iu
dîne devant la supériorité de son fils, ne murmure pas mémo lorsqu’il lui dit: Femme , qu y a-t-il entre voks et moi? accepte le rôle de la résîgûatîoii et dq l'humilité , qui lui e^t, imposé ; et si elle paraît clique d'écraser la tête du serpent, et de recevoir dans le ciel les honneurs divins, c’est que , par tm mystère touchant, elle concilie b tendresse de sa glorieuse maternité avec la pureté de la vierge* Ainsi h christianisme fait consister h dignité de la femme h se sé* parer d'un monde brutal et violent où lui-même il reconnaît l'autorité de César; et. dès lors impuissant réaliser la pacifique association qu'il annonce, impuissant h prononcer l'émancipation entière de la femme , il ne lui conserve souvent sa dignité qu’au prix d’une sainte captivité et d’un mystique hymen.
Voyez au sein du cloître l’épouse du Seigneur, Sacrifiée par ses parents h l'orgueil héréditaire de leur maison , plus souvent jalouse d'échapper à la passion brutale du baron, die trouve, dans l'un de ces pieux asiles ouverts aux femmes sam appui, un abri tutélaire , dans Dieu lui -même un époux, et dans le ciel une dot* Forcée de renoncer aux joies du mariage , avec quelle ardeur elle cherche h se tromper elle-même, s’exaltant les ineffables jouissances d'un amour inaltérable, immortel, qui commence sur lû terre et doit à jamais se continuer dans le ciel ; ^embellissant aux regards de son mystérieux époux du sacrifice de ra parure, et souvent de celui de sa beauté même; ingénieuse à lut plaire par la recherche d'une austère simplicité, tournant tous les ralDnemens d'un rigide ascétisme en une innocente et mystique coquetterie ; l’appelant sans cesse par ses ferventes prières, quelquefois croyant l'entrevoir dans les ravissemens d'une sainte extase , ou se berçant de songes qui lui montrent son bien-armé assis
<hms sa gloire, au milieu des anges radieux que sa splendeur efface poussant enfin Vers lui, du fond de son obscure cellule, des soupirs suaves et brûla ns comme un pur encens qui monte vers la voûte céleste i Etrangère a ce monde , dont les flots agités viennent mourir sans bruit au pied du mur sflcréf qni la protège , elle ne lui appartient que par les larmes et les prières qu elle verse devant I autel pour expier les Tailles des pécheurs; n’exerce d’raito&nce sur son sort , que par le refus de s’associer , en les guidant de ses inspirations, h ses destinées encore belliqueuses; enfin, exclue même des dignités de 1 église, qui la mettraient en contact avec le siècle, elle brûle et se consume silencieusement dans le cloître, comme la lampe qui veille dans le sanctuaire et dont les vcnls déchaînés n- agitent point la flamme paisible et solitaire.
Cependant , au milieu de ce monde où règne la force brutale, l'épouse admise h partager les avantages de la conquête, apporte une dot , et n’est plus achetée; unie par un nceud indissoluble , dont le christianisme , dans sa salutaire rigidité, ne permet la rupture ni au divorce ni même au veuvage; compagne unique de son époux, et protégée, dans sa dignité, par P église , qui poursuit de scs excommunie® lions, jusque sur le trône, les dernières traces de In polygamie; elle trouve dans le langage de Y église, qui s’appelle fépouse du Christ et I honore comme son chef, la figure et la leçon dosa subalternité. Déjà elle partage le titre de son époux, privilège dont elle n’avait pas joui dans Pantiquité , mais non pas ses fonctions sociales , encore guerrières, et chez quelques peuples elle subit EulErônt Sdlêfinel de la loi saHqtie. Toutefois, s’associant au mouvement belliqueux du inonde qui l’environne , elle exalte la valeur du chevalier, dont elle pare le sein, bardé de 1er,
t) une taillante écharpe, attache avec avidité ses regard «ur tes joutes saqgfamies du îournoi , sourît aux grands coups de lance qui font voler' eu éclats les amures rougit de spu timide effroi, sent son cœur im$ai]Jir de joie aux fanfares bruyantes qui sonnent la victoire, savoure souvent avec une orgueilleuse ivresse dans le triomphe du courage celui de sa beauté , et, radieuse dlcméirio , pose la couronne sur le front du vainqueur* Mm lundi* quelle conlmue, dans ces fêtes guerrières , la falloir de 1 antiquité, redevenue chrétienne sous le ioit domestique ou dans les cours d’amour, jalouse d'imiter la pureté de Marie , elle enseigne à ses adorateurs à en respecter l’image dans dle-mêmc, dompte leurs pussions par la pudique réserve dont elle leur donne l'exemple, les oh lige k transporter dans les sacrifices qu ils s imposent, pour ob- Lciut une innocente laveur, 1 esprit austère des pratiques de la religion , el épure jusqu'au mysticisme platonique cel amour nouveau dont Pétrarque fut le Tiîudle. Aussi, objet d un véritable culte, elle demeura 1 lionucur de sou epoux* Enfin [dus chère cl plus respectable à ses yeux, si clic lui a donné un fils qui soutienne la gloire d’une noble race , clic reste chargée du soin de sa première éducation, verse en lui, connue un lait salutaire, des senti mens de pais et de charité ; et , mettant sur ses lèvres enfantines lu prière à Marie , façonne celle jeune îime, où s’éveille déjà rémula lion des exploits paternels , à l'adoration de lu femme î car elle sent que la femme , malgré les hommages dont elle jouit et 1 encens que I on brûle à ses genoux , a besoin d une constante protection, et, au milieu de sa gloire, ellemême s appelle la servante de son seigneur*
Voilà la dame épouse du baron chrétien 1
Mais enfin Saixt-SjjioXj au nom du dieu nouveau dé-
irônc Satan tic In matière; César d'il monde, prononce IV lïolîtiou complète de la loi du sang, de fa guerre, de la servitude ï et appelle tous les hommes h ne former qu'une seule famille.
Désormais plus de Sang, plus d'esclavage, plus d’anallïème dans le monde; dans le mariage, égalité. Désormais pacifique , toute fonction sociale ne peut être exercée que par un couple. L'amour mutuel des époux s accroît de leur amour commun pour l’art, la science , l'industrie qnUs cultivent ensemble et h laquelle chacun d’eux prend part suivant la grâce que Dieu a faîte à son sexe, Ht sî les chrétiens avaient dit dans leur mystique austérité, «le célibat est saint, » et avaient ajouté dans leurs transactions ■ urée le monde, « le mariage est légitime * , non s, nous disons : « Le uiarînge seul est saint aux yeux de Dieu, légîlitfie aux yeux de la société.
Réjoui sèesi-TOUs donc, époux, épouse, qui , h travers le cours des siècles, sembler vous être \ on jours cherchés , avoir toujours aspiré b cette union d’oh la conformité de sympathies , de pensées et d'efforts , bannit les dernières traces du despotisme et de la servitude; votre vie est une communion de travaux et de joies, et votre mariage, association complète, est b fidèle expression de Fatfcciatîm universelle.
Tel est le mariage nouveau annoncé par Sawt-Simoiï , seul capable d’ajouter au bonheur et h la dignité des époux , et cc n’est point une vaine* promesse; clic a pour sanction vos plus douces espérances cl tous les souvenirs du passé; ce nVst point une illusion mensongère, sa réalisation est attachée an progrès de l’humanité. Que si nous voulions, pour faire ressortir ce riant avenir, lui opposer le tableau du mariage ici qu’il existe aujourd’hui.
noire lâche serait facile* sur mi tel su jet , vous allez vousmêmes au-devant de notre censure , et vous achevez les uns par vos sourires, les autres par vos larmes cachées la condamnation que nous prononçons. Mes tilles, je ne veux pas vous entretenir des souffrances auxquelles \ ous condamnent vos affections particulières; vous les connaissez. Maïs vous êtes appelées à des affections sociales nouvelles ; laîssez-moi donc vous demander compte de celles que vous -témoignez aujourd’hui. Et d’abord, jetez les yeux autour de vous. Le sol de l'Europe entière tremble, là, faisant entendre de sourds gronde mens, précurseurs d une violente explosion; ici , secouant les débris de 1 édifice féodal. Les antiques dynasties, pâles de terreur sur leurs troncs chancelons, courtisent et menacent à la fois lents sujets émus , qu'elles ne savent plus diriger et ne peuvent plus retenir, appellent te glaive à|appui de leur sceptre, ou , saluant à leur tour de leurs fronts découronnés l'emblème de la souveraineté populaire, ne régnent qu’à ce prix. Partout retentit le cri de liberté; la bourgeoisie le répète contre l'aristocratie, et, victorieuse, s effraie des innombrables échos qui le lui renvoient du sein des masses populaires. Les classes inférieures, soulevées par 1 énergique besoin d'améliorer leur misère héréditaire, brisent en fureur les mon unions d’un passé oppresseur, et souvent même leurs ateliers, où l’indigence est encore le prix du travail, et le travail un signe de réprobatiern sacrale.
Au milieu do ces lutjes acharnées * h papauté ri ayant plus le secret de ces divines paroles qui ramenaient In paix, u. médiat eut aux souffrances des opprimés, et conjura Seul la tempête, après avoir perdu le monde que réjouissait sa bénédiction, mib la veille de perdre la ville éternelle, que
jsitlis elle sut protéger contre les barbares par la seule pufesanee de sa voix» et qu’à eeLLé heure elle est réduite à défendre en armant sa débile mâtn contre tes chrétiens euxmêmes, jaloux iFun second veuvage pour Rome, déjà veuve des Césars; trop heureuse si, reléguée dans le Vatican, elle garde encore pour consolation de la vieillesse les clés d’un monde mystique ou Fhmmmité dédaigne d'entrer î Partout le passé, marqué au iront d’un anathème irrévocable , se meurt; et pourtant, terrible dans sou agonie, que de flots de sang il verse avant de périr ! Ne voyez-vous pas la féodalité sauvage du Nord , jetant un regard irrité sur ia France, oii son règne est terminé , la menacer, 1 attaquer, la punir avec joie dans celle infortunée Pologne qui refusa d’étre F avant-garde de la barbarie au sein de la civilisation nouvelle , et que la civilisation laisse froidement égorger sans pouvoir décourager son héroïque enthousiasme? Fraitce 1 les peuples qui s’élancent avec joie à la liberté le saluent de leurs regards victorieux; et les peuples qui paient de leur sang leur ardeur b s’affranchir , avant d’expirer, te saluent encore de leurs derniers regards* Àe ! Lu a’as point h te reprocher d’avoir été, par ton insensible égoïsme, complice de ^extermination d’un peuple généreux* Mais Pœuvre delà destruction du passé, plus avancée dans Ion sein , te condamne a une affreuse incertitude qui divise tous tes en fans* Les uns poursuivent avec une légitime ardeur jusque dans ses derniers vestiges le l'en versement de Tordre social qui s'est écroulé, maïs dans leur aveuglement ne prévoient pas la nécessité. d’un ordre nouveau- Les autres, épouvantés de l'anarchie dont la perspective s’offre à leurs regards, poussent F amour de l ordre jusqu’à un respect superstitieux des débris du passé. El le pouvoir , ne sachant commenL diriger la nation , dis-
simulant son ignorance sous un faste doctoral , son hésilaltèn sous 1 immobilité, son incapacité sous une Icîntc dignité, son effroi sous (Tanières accusations; tour à tour caressant ses ennemis, reniant ses amis, redoutant la jinu autant que In guerre, exprime par son trouble perpétuel l’impuissance des traditions du passé et des traditions du libéralisme, pour diriger les peuples dans la voie nouvelle vers laquelle ils se pressent en tumulte.
A ce spectacle de discorde, de lutte et de guerre, sous doute , mes filles , vos cœurs se serrent d’une profonde tris, lessc; mais pour soulager tant de misères, pour remédier a tant de calamités, que faites- vous ?
Songez bien , si vous prétendez marcher au même rang que les hommes, que, comme eux, vous devez étendre vos regards hors de l’enceinte du foyer domestique, et vous élever h de larges sympathies. Or, je vous le demande, que faites-vous?
Ah 1 s il fallait mesurer sur le présent seul les promesses de votre avenir, apprécier la puissance inspiratrice que nous signalons dans votre sexe , et dont la société régénérée connaîtra le bienfait, d’après l’ascendant dont ' o us jouissez maintenant , h quel rôle croiriez-vous devoir prétendre? *
Ll cependant il o agit de conquérir cette égaliLé que vous ambitionnez , et Sont vous regarderiez le refus connut un outrage « votre sexe : que ferez-vous doue alors?
Keotilez : les citoyennes de IWiquité mettaient elW mêmes I épée aux tuai lie de leurs époux, de leurs fîls> de leurs IrèreSj et leur disaient : Soyez vainqueurs ou périssez avec gloire. Les dames du moyen âge armaient les chevaliers et exaltaient leur courage* À leur exemple voulez-vous ouvrir la liée des combats? Mars , ea vérité, votre patrie-
,jsnlR n’a plus assez d’énergie pour accepter sans pâlir les périls ol la mort de vos proches. A Dieu ne plaise <|UC jo vous accuse d’avoir dégénéré! Votre génie pacilitjiie esl plus développé, votre sensibilité plus délicate, et d’ailleurs vous comprenez i| ne lii où régne la guerre vous êtes asservies. Arrière donc la guerre et sou théâtre sanglant ! ce n’est point lù i[uc vous pouvez mériter votre gloire nouvelle.
Saurez-vous du moins, afin de laisser un champ libre à la hautaine activité de vos frères, vous assurer des droits h leur reconnaissance en courant avec enthousiasme vous enfermer dans le temple de votre dieu? Mais dès long-temps ce dieu n’est plus le vôtre , et votre foi mourante ignore f enthousiasme»
Comment donc signaler yotro puissance? Àh l vous repousses: avec horreur ces temps île désordre ou le souvenir de Pi n fluence de voire sexe ne sc conserve qu’à celé des noms de la régence et du directoire.
Quelle esl doue In carrière oli vous pouvez aujourd’hui figurer d une manière digne de vous et vous aflrancbir de votre subalternité? Aucune» Allez, oubliez ce rêve passager de votre affranchisse ment; rentrez dans l'ombre du foyer domestique, et, insensibles a tous les événement du dehors, satisfaites de la paix du dedans , si toutefois la paix y règne encore , mettez votre gloire h bercer vos en fans de vos monotones refrains , h proclamer la supériorité de vos époux, et reprenez sans rougir le rôle de la résignation ci do lh lundi Lé; car, pour mériter do plus hautes destinées, que fait es- vous et que savez- tous faire ?
Ah 1 cependant si une religion nouvelle avait proclamé l'abolition de !a guerre , le règne de b paix , l’améliorai ion du sort de la classe la plus nombreuse cl la plus pauvre ,
de cette classe avec laquelle vans avez traversé des jours de douleur et de deuil , P association de tous les hommes en une seule famille, vos cœurs pourraient-ils encore sc fermer à ces riantes promesses, vos yeux ne pas entrevoir dans cette révélation inattendue un renie de aux maux nombreux dont vous êtes témoins-, voire voix ne pas répéter cette bonne nouvelle ?
Vous hésiteriez ! vous ne le pouvez ; vous ne le pouvez , vous dis- je; vous avez repoussé la guerre * est-ce donc pour repousser encore la paix?
Ah! s’il en était ainsi, pour fermer tant de plaies , pr>msécher tant de larmes, pour arrêter tant de dots de sau^ que vous resterait-il ? Rien,»», rien que vos bals et vos concerts ! Voyez! vous avez dansé, et les prolétaires, ainsi qu'on les appelle , sont tranquilles ! vous avez chanté, cl la Pologne est sauvée \
Mes Ailles, mes filles, n’avez- vous plus dans vos cœurs cette inépuisable pitié qui vous fait compatir h toutes k g souffrances ; dans vos yeux ces larmes généreuses qui consolent; sur vos lèvres ce sourire qui ranime l'espérance? Ah ! repelez la bonne nouvelle; parlez, et vous serez crues; car l’heure de la régé aération a sonné , les signes en sont certains : parlez, et vous serez écoutées : tous ont besoin de paroles qui les réjouissent et les charment. Imposez- vous cette mission sublime. Prenez enfin possession vous-mêmes de cette fonction religieuse ci; sociale, et l’humanité, sauvée par voire amour, applaudira à vos discours, lorsque vous proclamerez, dans la participation de I épouse aux fonctions pacifiques de son époux, la plénitude de votre émancipation J
1Æ MONBE,
À celte chaire ou des voix éprouvées ont coutume d:ensngne-r la Toi nouvelle, nies pères, vous m'avez rlï t de faire entendre quelques accens de reconnaissance pour les bien " laits que Saint- Si «os , notre maître ÿ a répandus sur Dminanité. L’heure est venue de remplir celle sain te mission, et, pour la commencer, je saurai écarter le trouble qui menacerait de s’emparer de moi, je dissiperai toute crninle indigne qui tenterait de glacer mon iront. Rassuré par la profondeur de ma conviction , je me rappellerai que le plus faillie instrument , une fois consacré , ne peut plus rendre de
sons qui ne soient (leux el bien faisans aux cœurs des liommes. Et pourquoi verrait-on trembler la main qui v|ent agitei- le rameau de paix? Pourquoi verrait -on trembler les lèvres d’où cherchent à s’épancher des promesses d'espérance ol de bonheur? Non I Dieu ne laisse pas si aisément évanouir la flamme dont il couronne ceux que |cs premiers il appelle à l'accomplissement de l’œuvre éternelle. Il les suscite du milieu de la foule , et quand il a rempli leur sein de ferveur et d’enthousiasme , si obscurci silencieuse qu’ait été jusque-là leur destinée, ils s'élancent , ils parlent avec confiance, car ils brûlent xTépaudrs à flots autour d’eux la surabondance de leur joie religieuse, de faire rejaillir sur les auLres la lumière dont ils se sentent inondés, et de les entraîner sur leurs traces, fallût-il braver d’abord la haine et même le mépris du monde.
Ali ! quel que soit le jugement de ce monde auquel nous venons, à la voix de nos pères, livrer un premier témoignage d’apostolat, jeunes encore, nous avons appris cependant à le juger nous-mêmes , et à le plaindre en partageant ses souffrances, nous qui , avant de nous vouer à répandre la grande nouvelle qui a changé le cours de nos sympathies, de nos pensées, de nos travaux, avous traversé, avec des sensations à peu près semblables, les phases successives de la vie commune du siècle,
. En fa ns , nous avons entendu sous le ciel étincelant de 1 empire le battement des ailes de cet aigle immense qui dans son vol rapide enlevait les couronnes pendantes à sas seties comme des anneaux d or; et voyant nos pères , nos frères aînés, revenir chargés de trophées, dans noire admiration muette, nous pensions que la vie devait être une belle et glorieuse carrière à parcourir.
Plus lard , même dans l’air étouffant de la restauration,
quelques brises rafraîchissantes apportant jusqu'à nous les noms tle Jordan , de Manuel et de Foy , nous murmurions tonl bas ; « Courage ! » * et nous répétions avec une se crMe impatience : « Liberté ! liberté! » [Nous a rions haie de grandir !
Mais lorsque s’ouvrit devant nous celte société que jusqu’à co moment nous a avions entrevue qu’à travers le ré snau flottant de nos espérances , quand il nous fut permis tîetnhrasser d’un regard tout l'horizon f de nous avancer seuls, sans guide, dans ce champ inconnu, alors peu à peu disparurent cos brillantes couleurs que nous avions révées , remplacées par un pale brouillard qui h chaque pas devenait plus terne et plus fatigant à in vue. Tout se défor m ait et s altérait insensiblement; et pourtant noire pénible surprise uYxeiUiîl autour de nous que des sourires ironiques ; et tandis que nous voyions se dessécher h nos côtés de jeunes âmes que nous avions connues ardentes et belles d’espoir, la sagesse du siècle nous conviait à accélérer en nous ce dessèchement moral si horrible dans tes aulnes* v La vie , disait-on , est ainsi faite ! froide , monotone , ègoïsteJ, » À force de l’entendre répéter , nous coinmeacions à le croire. Nous cherchions à prendre Ihabitude de réfléchir sans regret à celle vanité de nos désirs dont ri en ne nous expliquai t la cause mystérieuse. Honteux de notre mélancolie, nous cachions nos larmes, et nous nous apprêtions ïi nous endormir dii sommeil général , qui , convulsif d’abord , mais ensuite pesant , n’est qu’un long intervalle de léthargie cotre l’enfance et la mort.
Dans ce temps vous êtes passés, mes pères. Vous parliez d aimer, d’enseigner, de servir nos semblables; de travailler à les délivrer de leurs misères; vous pariiez de Dieu et do l'humanité , cl ces mots nous ont agités et réveillés
r Diurne une musique guerrière , comme eue voix divine ; loin royonnans d’espoir , l’œil brillant , rendus à lu ri. " nous nous sommes mis à vos côtés; et voili. .qu'aujourdTmi run d’entre vos (ils, il y a peu de mois le plus découragé de tous peut-être, conservant en signe de résurrection dans su voix , sur ses traits , les souvenirs des douleurs , des combats d’où vous l’avez tiré , parle , s’exalte mi milieu de scs pères qui l’ont élevé à cette place, de ses frères qui l’encouragent du regard , de ses fils qui recueillent ses paroles; le voilà enseignant ce qu’il aime , aimant déjà cens qu’iî enseigne; tremblant d’émotiou , mais non plus frissonnant de lu fièvre dévorante de l’enoui ; souhaitant avec ardeur que sa vie se communique à ceux qui se pressent devant lui pour l’entendre , et non plus assailli de ces désirs de mort que nourrissait son désespoir; prêt enfin à entretenir ceux qu’il ue peut appeler encore euftms de Saint-Simon de leurs sou!, rances qu il a connues et de son bonheur qu’ils ignorent.
Vous, que je viens exhorter pour la première Ibis à vous joindre à nous , ouvrez votre cœur , écoutez sans défiance. Souvenez-vous qn’ii est clans l'histoire de l'humanité des heures solennelles où l’hoLome, sans croyances certaines, sans projets arrêtés , trou b hé dans ses plus secrètes pensées , égaré , entouré de débris' , ne peut sans témérité dire en quelque lieu que l’aient conduit ses pas : * Ce n'esl » point ici que j’entendrai une parole de salut. Dieu n’esl « pas ici. i
Disciple inconnu d’un maître nié connu , je parle dans la première ville de la terre , au nom do Saint-Simon , au nnm de Dieu. Ouvrez votre cœur , éc ou lez sans délie ace.
Nous avons senti jaillir en nous une source de b ou ho ni' inespéré qui peut aussi jaillir en i-ous . et nous venons vous
le dire, car Saint Simon ne nous a pas dotés tfun privilège stérile*
Il ne met pas en nos mains une coupe étroite pour que nous alitons solitaires J loin de la foule , nous enivrer de léllié et d'ambroisie; mais fi nous confie la mission et nous donne Je pouvoir de purifier les eaux où viennent puiser tous ces malades que le vain savoir de la philosophie avait condamnés à tm égoïsme incurable.
Il ne brise pas notre chaîne pour que nous nous échappions seuls vers une terre promise , mais pour que nos niai ns Je bres brisent aussi la chaîne douloureuse qui , d’or ou de 1er , pèse sur toutes les classes de la société , vainement condam liées par les ministres inflexibles du Dieu chrétien, et par eux abandonnées h une lutte et a une condamnation éternelles*
La révélation de Su st- Si. «on uTest pas une harmonie mystique qu’on puisse enfermer en soi et emporter furtivement au désert; elle s évanouirait dans la solitude comme un vague retentissement; elle se vivifie, elle éclate en jets suaves et mélodieux nu sein de la multitude* C’est pourquoi nous demeurons fiés à vos souffrances , à vos craintes , à votre désespoir; c’est pourquoi nous venons vous supplier de ne pas refuser l’appui que nous vous offrons, afin que notre allégresse soit de plus en plus vive et pure , afin que bientôt nous ne puissions plus dire ces paroles où s'enlace un regret : a Nous sommes plus heureux que vqusÎb
Nous sommes plus heureux que vous ! C’est là Vraiment le motif qui nous engage h soulever souvent le fardeau d’ir résolution t d’égoïsme, d’indifférence qui vous accable; h déchirer le manteau stoïque dont quelques uns de vous s’entourent d\iu air impassible pour dérober aux yeux leur misère; à délier le masque au triste sourire dont
quelques autres essaient de couvrir leur découragement et leur ennui.
Toutefois ne nous confondez pas avec ceux de vos jimMn* qui, se pinçant devant vous, vous appellent et vous rocoulenWj grands cris vos propres angoisses; cris de malheureu* pressés dans la foule qui veulent soulager leur poitrine, tm de malades qui irritent leur douleur croyant la calmer oit prolonger leur agonie !.,, , Comme si le présent n’offrait pa* assez de spectacles de désolation ri de mort , ils aiment il $c retourner vers le passé, à entasser d’horribles souvenirs, h épaissit* derrière eux les ténèbres pour y évoquer une affreuse fantasmagorie. Chacune de leurs paroles Réchappe comme une larme brûlante, chacune de leurs pensées se déroule comme quelque membre mutilé qui saigne en se tordant. Les uns vous épouvantent jusque dans vos songes par leurs tableaux monstrueux , où la douleur ïèlnk dans une hideuse nudité; les autres, par la mystérieuse rêverie de leur imagination maladive , excitent en vous des tressailleiuens d’ellroi , au milieu même des événemens les plus ordinaires de la vie* Tous veulent vous obliger à supporter la croix du siècle tombée sur cm, tous veulent rejeter sur vous le mal contagieux qu’en naissant ils ont pris île vous lorsqu il tendaient les bras pour vous embrasser.
Ne nous confondez pas avec eux; nous ne venons pas découvrir vos blessures pour eu repaître une cruelle pitié et provoquer en vous une horreur inféconde. Si nous nations pas à verser sur elles un baume salutaire t nous von* jetterions plutôt un linceul en détournant la tête, et mm vous inviterions à rappeler le prêtre chrétien. Mais nou.s cédons a cet entrainement invincible qui force celui qui connaît le remède d’uri mal à ne point se taire en sa pré-
seûce; h celte Impulsion involontaire qui contraint celui qui sait sa main pleine de vérités ù f ouvrir pour les semer sur ses pas; à celle puissance qui » dans tous les âges, chez tous les peuples , dans les circonstances les plus générales comme les plus individuelles , pousse irrésistiblement celui qui découvre la lumière h en éclairer les hommes; celui qui prévoit un danger à le signaler h ses frères; celui qui se sent vivre d’un sentiment progressif à le prendre en soi et â le propager sans crainte autour de lui. Écoute ces voix diverses : au cirque où meurent des martyrs, un homme s'élance : « A moi, bourreaux de César , je sms « chrétien 1 n — Des baïonnettes pressent dans l'ombre la poitrine d'un soldat : « A moi, Auvergne, voila lesenne-
„ mis I La hache de la sainte -alliance s'ébranle; de
jeunes héros crient au peuple : * Vive la liberté î » Eh bien ! noos aussi nous ne sommes pas libres de garder le silence, et quand d’une main nous vous montrons la vague menaçante s’élevant sur vos têtes , de l’autre 1 arche de salut, c’est le iras de Dieu qui nous pousse et do notre sein arrache ce cri : a Venez h Saint-Simon î il nous a sauvés ; il » vous sauvera comme nous ! »
Oh l pourquoi faut-il que vous soyez si lents a Jranchir Fintenulle qui sépare votre société, où vous êtes se\hs but , sans direction, delà société nouvelle, qui a devant elle un but certain dont ellè tend à se rapprocher sans cesse ?
Pour chacun de vous , vivre c’est accomplir une tâche inconnue, c est s’agiter dans l'espace en mouvemeus obscurs; c’est épuiser un temps de servitude sans savoir h qui profitera le travail , sans que le maitre soit révélé* Vous vi vez comme si vous étiez condamnés â vivre ; vous cherchez l\ tuions un bonheur que votre fantaisie créé vague,
changeant , mobile , et qui fuit , qui sc dissipe lorsque T0 tre main croit le saisir.
Quel bol auriez-vous à élever grand et sublime b t’éstWmité tic votre carrière ?
La couronné du guerrier s’est effeuillée et jonchera bien tôt pour toujours la couche de riiomme pacifique.
La palme immortelle que le chrétien avait à conquérir s est effacée dans le ciel en même temps (pic se sont éteintes les flammes de tenter,
Lt ce vieux drapeau de délivrance dont vous venez de secouer h poussière, flotte et frissonne au vent, usé, rétréci , troue par des mains autrefois amies , et il ÿe garantit n\ de r ardeur du jour ni de la tempête ceux-là memes qui I ont arboré, qui lui ont donné leur sang pour former « plus éclatante couleur, et qui espéraient au moins Irouver honneur et repos , couchés sous son abri.
À defaut cl un but immense de toute la vie, vous prenez soin, je le sais, de choisir sur voire route , de distance en distance , quelques signes que vous vous imposez l'oblîgalion d atteindre, comme 1 enfant, pour tromper l'ennui du chemin, jette à quelques pas devant lui une pierre qu il relève et rejette encore jusqu h ce qu’il s’arrête occnblé de lassitude, Youfc avancez eu haletant, vous déposai ces signes a et n en avez pas moins le cœur oppressé* Car où tendent tous ces travaux , toutes ces démarches? Quelle est la pensée généreuse qui préside à tous les détails Éfe votre existence et domine tous ces efforts ? Vous n’en lavez rien et ne» avez jamais rien pu savoir, ignorant que îîi était le secret de votre mal I Si vous vous agitez dansions les sens , errant au hasard, livrés au désordre de vos pen^ rêes ; aux caprices de vos désirs , c’est , dites- vous, püilr
passer le temps» pour user la vie, pour lïiire comme les autres.
I! résulte de celle absence d’unité sérieuse dans voire activité que la vie» telle quelle est réellement , n est qu’une sorte de répétition théâtrale dans laquelle on a été contraint de prendre un rôle » oh l’on est embarrassé de sou oisiveté allai réc , de son indécision obligée , du vide qu’on sent profondément en soi » des résolutions incertaines dont il faut changer k chaque instant » du langage Indice qu’on doit tenir à des personnages maltentiis et tout occupés d’eux- memes. Encore si vous comptiez des heures de délassement noble» d’épanchement digue et plein d’un vil intérêt; si le bonheur s’était réfugié dans le repos de vos salons » dans la familiarité de vos relations d'amitié ; si vous saviez alors vivre au sérieux , e’est-k-dire vous abandonner au cours naturel de vos sentiraens » de vos pensées» et échapper ainsi au malaise que vous éprouvez au milieu de travaux que vous n’aimez pas, et auxquels vous enchaînent seules la nécessité , la vanité» ou la crainte de ! opinion I Mais vraiment » quoi de plus insignifiant, de plus fade que vos conversations» que vos discours de rencontre? Quoi de plus misérable que l’air grave, important* avec lequel vous devisez, de l’extrémité des lèvres seulement , du temps , des plaisirs de la saison > de petites anecdotes de politique ou de ménage, de juge mens improvisés sur les on dit qui circulent et servent d’aliment a des milliers d’auditeurs? C’est comme une promenade languissanLe de convalescens. Aussi» las de ces entretiens fastidieux » vous avez réduit en symboles vos visites devenues un devoir insipide; vous avez aboli successivement la plupart de vos anciennes fêtes de famille; vous vous mariez à la dérobée; beaucoup d’entre vous ne pourraient supporter 1 idée de
vivre dans une petite ville où l'on est forcé de se connaître de s'intéresser les uns aux autres; et meme, quoique ror) préfère les grondes cités parce qu'au moins il est perm de s'isoler an milieu de ces vastes déserts d'homa^g comme a dit un poêle ? on voit cependant que ceux h qui h hasard a donné une large part dans le privilège de Pfaéri- Lage? ceux qui peuvent avoir une solitude fastueuse fr la campagne, un g villa f fuient au printemps avec un empressement Lion expressif ce trop long contact de l'hiver, véritable hiver do la vie*
C est bien assez, n'est- il pas vrai, d avoir b supporter son propre ennui , sans être obligé de supporter encore celui des autres; et c’est un sort digne d’envie de pouvoir ainsi éviter quelque temps l’égoïsme qui déborde, quanti on est pris trop avant du dégoût qu'inspire la fausseté continuelle des usages, et de faire trêve à cette disposition misanl repique qui ne nous permet d'indulgence pourperso une i personne n étant d'ailleurs ê [a place qui lui convient réellement , et tous choisissant de préférence le point de vue d où ils n aperçoivent , comme dans une glace qui renverse les objets, que les ridicules et les défauts d’autrui ?
IÜj bien ! nous ne nous lasserons pas de vous le répéter: vous vous êtes à juste raison & charge les uns aux autres, car vous n’avez rien à vous annoncer qui vous fasse palpiter de joie ou d espérance ; vos paroles se suivent b regret, car elles n’ont rien ê faire passer du cœur; ces sons qui s'entrechoquent, ces gestes qui se croisent , frappent l'air sans rien exprimer; et pour celui qui, ayant vécu long -temps avec les souvenirs des époques d’ordre et d'union» rentre dans le monde, et revient au milieu de vous comme un absent , animé du besoin de réunir les hommes , de le* ittVi
1er à Lu sympathie, à la franchise et au bonheur, cet auias étrange <ïc têtes pressé, malgré la variété et la vivacité des couleurs, malgré le luxe des costumes el 1’éclat des lumières* le frappe de stupeur, ainsi que l'aspect de Tune de ces salles de figures modelées de main d’homme , ferdéés, habillées, groupées de raille manières, mystérieusement occupées, dont la poitrine ne se soiOèvr^ , dont les yeux iransporens demeurent fixes etgranf1^6 msM qui, toutes immobiles , ne peignent dans leurs , m variées qu’une sorte d'étonnement subît et d incertitude générale*
Àhî il n’enest pas ainsi, $achcz-te bien, parmi les hommes qui conçoivent pour eux et pour leurs semblables un but tpiiles attire, une destination. Ceux-lb sentent intimement liés par un même désir d’avancement , désir religieux , inépuisable. Ceux-lb, loin de se craindre et se luir , se recherchent a Tenvî , se serrent la main avec tendresse , se regardent avec joie , se parlent avec effusion , car ils ont. toujours quelque chose h se demander , h. se répondre ; ils onL toujours hâte de se conseiller, de s encourager , de sc secourir; c’est pour eux une nécessité continuelle que celle de communiquer tous ensemble, de se réjouir ensemble de chaque progrès accompli; de travailler ensemble avec ardeur pour atteindre un progrès nouveau ; d effacer toute crainte du passé , de confirmer, de, réaliser tout espoir d'avenir; ils vivent tous d’une vie semblable , ils sont loué les formes harmonieuses d uu môme être qui grandit en Dieu , s’élève par la pensée et s’embellit par 1 auiour.
Vous ne connaissez ni ne comprenez ce bonheur, vous qui jusqu ici avez vécu dans 1 isolement ou qui n avez pu eu sortir qu’en vous laissant entraîner aux luttes violentes du désordre et de l’anarchie. Si quelquefois vos voix sac-
cordent et se marient en une seule voix , c’est une menace terrible qu’elles profèrent contre un ennemi commun; <j vos bras s’élèvent ensemble ets unissent , c’est encore pour frapper d un même coup un ennemi commun. Votre relé gîon, e est donc la haine! Oh! oui ,1a haine vous dévore!
c os! pourquoi nous venons & vous!
t ®4plowjhle yaflcLacJe epre celui d’une société qui n w s’éteindre l’élooe villa, guidai L avant d’avoir su rectum# ïre celle qui tfrnc expr.r à sa place ! Alors chaque homme accomplit ténébreusement, silencieusement, sa tâche. On gravit le chemin de la vie , seul , à travers les sinuosités Je la foule, tombant et s’ensanglantant les moins , parce que personne n’averirtU’cn hantj et sî quelque voix de côté ou d autre se fait entendre, on n’en tient aucun compte , tant les souvenirs donnent le droit de se ceindre de méfiance , tant il est arrivé de fois que l'on s’est vu dépasser par un conseiller perfide, qui s’est Tait de vous un moyen d’élêvn tion , comme d’un corps gisant et abandonné, et qui , à peine parvenu au-dessus de vous , s est mis h rire de votre souffrance, Si, la rage dans le cœur, on peut s’arrêter pour essuyer son front et étancher le sang de ses blessures, il prend des vertiges à voir cette montée sans fin, si encoinbrécot si rapide, derrière soi ce vaste précipice, et l’on est tenté de se cramponner à quelque fragment de roche et d’y attendre la mort, ou de s’élancer les yeux fermés et do rouler ou fond de l’abime.
N est-ce pas là , pour les plus ardens et les plus sympathiques d en lie vous , votre société; et en nous entendant, eu nous voyant, ne sentez- vous pas qu’il est préférable d’ouvrir un passage aux plus forts , aux plus habiles , aux plus nnuans, pour les laisser se mettre en tête et guider la marche, de se tendre sincèrement la main les uns aux an-
très , de sTéchelünnçr , de sc soutenir et de dérouter sur In peüte imc langue et double chaîne , de manière h ce que chacun trouve au dessus rie soi quelqu’un qui soit de moitié dans son travail; au-dessous quelqu’un qu’il attire h son tour , ot dont il soit aimé pour F aide qu’il lui prête ! Enfans de Saijït-Smon , réjouissez- vous ! Voici la roule large et facile oii vous a fait entrer voLrc maître * et dans laquelle [\ vous a donné mission de conduire l'humanité vers la nouvelle alliance.
Nous avons commencé la nouvelle alliance; nous vous appelons à la former avec nous : pourquoi tarderiez-vous encore à venir!1 n’etes-vous pas fatigués de Fincerlitnde et de Fégolsrae qui vous oppressent de toutes parts ? Ln voix qui dit un jour au patriarche de Canaan : « S’il y a cinquante justes dans la ville, je ne lo perdrai point, b n’est plus depuis Joug-Temps qu’un vain souille , et la société , dans ses progrès , a cessé d'adorer Fan tique rigueur du Dieu d’Àbrahain. Mais supposez que cette même voix se fasse entendre aujourd’hui , et promette le salut de la société h condition qu’en dehors de nous on trouverait cinquante hommes vraiment libres, commandant avec amour, obéissant avec amour; cinquante hommes heureux de leur union intime , de leur foi commune , de leur même confiance dans Favenir; à ceLfe condition , il faut bien le reconnaître , la société o’ échapperait pas à la pluie de leu qui , suivant la tradition, réduisît en cendres la ville de la vallée de Mainbré; car, eu vérité, lorsque nous parcourons du regard les rangs de ceux qui viennent nous entendre , il n’est personne d’entre eux à qui nous ne puissions , avec une conviction profonde, adresser ces paroles :
0 Le doute est tu loi. La loi dans le fils Av Marie s’était
retirée du monde quand le jour de ta naissance s’est levé, et la foi que la philos opine t’avait donnée» et dans Inquclle tu avais puisé la force de renverser les croix et de briser les trônes, celle-là , regarde, elle meurt chaque Jour wta tes yeux. Tu passes devant les temples sans trouble % $m émotion , sans effroi , sans espérance; des orateurs in~ fatigables font résonner sur tous les tons à les oreilles le nom de la liberté p et tu souris avec amertume h kms promesses mensongères; tu es marqué du signe de dispersion imprimé sur le front de tous les en fans du si fait). Q iJ -û I q u e no m I) r e i j se q u o s oi l ta fa mi Ile , que! q ue no ad) re u s que soient tes amis, tu es seul. Tu n’as point de véritable richesse, de véritable science, de véritable aihour*I)resse* toi un autel d or massif » remue la poudre des livres f verse sur ta tète toute ta charité» tu resteras pauvre, ignorant, égoïste, jusqu'à ce qu’une nouvelle vie s’empare de la tienne, comme elle s’est déjà emparée de la nôtre; et la terrible maladie du doute ne t’abandonnera que lorsqu’au lien de Iü foi exilée du moyen âge et de la foi de la liberté expirante t la foi du piOGitks , grande comme les siècles accumulés, s’offrira à tes regards. »
Écoutez-Dous doue» vous d’abord dont uous ne pouvons proclamer f affranchisse ment sans être atteints du même reproche qu’on adressait aux propagateurs de b foi chrétienne, lorsqu’on les accusait de (lutter les esclaves parce qu ils proclamaient réalité des hommes devant Dieu. N uus vous conjurons de vous allier à nos mères , à nos soeurs qui ont cédé à leur conviction et déjà partagent nos travaux. N est-ce pas vous que flétrit le plus cruellement l’égoïsme de notre siècle n’est-ce pas sur vous qu’au milieu même dos chants de liberté pèsent encore les anciennes traditions de J esclavage? Ge qu’il y a d’in cuti a in % d’in défini
dans le rang qui vous est assigné , voire gêne dans la société actuelle, sont mal dissimulés par ce prestige d’élîque Ile féodale, de courtoisie chevaleresque dont 00 vous entoure encore. Combien de fois ne vous siirprcne^vous pas à désirer d'échanger votre sort contre celui de vos frères» de vos époux ? Combien de fois , h votre entrée dans la vie, nVvea-vous pas été douloureusement étonnées des avertisseine ns multipliés d’une tendre sollicitude qui redoutait pour vous les misérables traits d’une' fatuité étrangement indulgente pour elle-même? Combien de fois tf avez-vous pas gémi de celle cruelle obligation de veiller sans cesse, ainsi que dans un camp ennemi , à vos moindres motivemens, à vos regards, à la direction que prend involontairement; votre pensée ? Il vous faut à grande peine mesurer votre marche comme si le sol était un mince cristal, et , cachant votre inquiétude , vous résigner de bonne heure à produire en quelque sorte aux yeux du monde les effets de ces chefs d’muvrc ingénieux qui saluent , penchent la tête, et marchent avec une prudente lenteur, mais que rien ne peut distraire ou faire dévier des ligues rigoureuses qu’a tracées Tartiste sur le socle qui les soutient. Telia es U a réserve glaciale qui vous est imposée ! Quel étrange contraste lorsqu'on vous voit, quittant celte contenance obligée , vous livrer tout à coup légères , rapides , éperdues , à ce plaisir des bals *pic vous permet l’excessive sévérité d’un monde qui a peu le droit d’être sévère ; image fidèle de la société, en apparence si uniforme , et en réalité si confuse , si agitée, dans laquelle des groupes isolés se détachent et se précipitent avec impétuosité , blessant de leurs pieds les pieds imprudent qu’ils rencontrent , oubliant tout ce qui les entoure, et s’oubliant eux.^ mêmes jusqu’à ce qu'éblouis, aveuglés, ils cèdent à l’ épuisement de leur vertige !
N’aiiriez-votis jamais d'autre alternative que dépasser toujours d’un excès h un autre excès, comme il xomfm choisir trop souvent entre la flatteri© ou le dédain t entre la résignation héroïque ou le remords? I/égalîté que mm vous annonçons vous permet enfin d’aspirer h cette dignïty dont vous sentez si impérieusement le besoin. Ah 1 ne craignez pas de vous laisser guider vers ce port inconnu où uous voulons vous conduire; Yousy trouverez ce que dam vos rêves les plus doux, les plus 1j ri J lans, vous avez entrevu de bonheur , et vous bénirez la loi religieuse qui veut que I épousé et I epoux confondant, dans un admirable enchaînement, leurs sympathies , leur vocation, leur activité , aiment, comprennent, pratîquen* les mêmes travaux, hélèrent ensemble, ensemble se réjouissent des inspirations qu ils ont reçues ou données , s’enorgueillissent ïm dn l’autre , ajoutent incessamment à leur mutuelle tendresse; moitiés d un anneau qui ont été jointes par Dieu, qui sc sont scellées , et brillent indissolubles et de plus en plus resplendissantes aux rayons du jour.
Mais on vous arrête, on vous dit que votre nature vous impose d humbles devoirs qui ne s’étendent pas itu-delii du foyer domestique; que, calmes et résignées, vous ni1 pouvez, sans déroger a îa plus belle vertu de voire sexe, prendre part n aucune action sérieuse et générale, si ce u est quand on veut bien sc servir devons pour faire dé vosdmmft ou do vos chants (le nouveaux moyens d’opposition à )'é* goïsme des gouvernemens.
Kh bien 1 répondez à ces hommes qui ne voient point dans le temps les signes éclatons de votre émancipai ion ■ qui oublient la part glorieuse qu’ont prise les femmes il l ou tes les grandes entreprises de l’humanité; répondez :
Un jour quelques hommes aux mœurs farouches, niais
beaux d'énergie et portant avec eux les dieux de leurs pères, s’arrêtèrent sur les bords du Tibre ! ils élevèrent çà et là quelques pierres pour servir de fondement au Capitole; puis ils préludèrent par quelques combats mix conquêtes qui. ont depuis immortalisé leur nom. Les habitons des villes voisines prirent en pitié leur chétif établissement dont ils étaient loin de prévoir la splendeur prochaine; mais les femmes de ces aveugles cités en surent mieux pressentir la grandeur, et Ton soit vaguement (quelque mystérieuse que soit la lumière répandue sur ces temps éloignés) que, lorsque ces peuples vinrent en armes redemander leurs filles aux Romains, ces femmes, qui déjà se sentaient associées aux destinées de la ville éternelle, de Rome, métropole du monde, s’élancèrent échevelées au-devant de leurs pères, et demandèrent à mourir plutôt que d’abandonner leurs époux.
Dites aussi à ces contempteurs frivoles de votre sexe qu V près que Rome fut affaissée sous b poids de ses conqucles, les femmes, qui s’étaient affranchies par le désordre d’une loi qui leur prescrivait b culte de dieux sanguinaires , furent les premières à saluer f aurore du christianisme # qui les élevait à une pureté nouvelle en leur permettant de bénir un Dieu de prix.
Filles des Gnicqucs et des Scîpions, filles des Fabius, on vous vit alors briser vos colliers d’or et de perles d’Orieiit, rejeter l’éclat de la pourpre, repousser b seuil des palais orgueilleux des patriciens dégénérés, et, les yeux en larmes, suivre, pieds nus, les traces bridantes des apôtres. À votre exemple, d’autres Romaines répondirent aussi à l’appel des libérateurs de la classe la plus nombreuse , cl , s’élançant dans U voie que vous leur aviez ouverte, scellèrent de leur sang la parole de régénération.
Au me me temps, u en doutez pas, de nobles matrones du jeunes femmes, fièrqs de leurs riches parures, se faifiaient gloire de rester en fermées pendant le jour duos leurs gynécées pour lire les petits vers des poètes à la mode; d'aller ensuite, portées dans de somptueuses litières assister aux fêtes horribles et scandaleuses du cirque et du théâtre* Elles blâmaient tout haut le fol engouement 4c celles qui, au milieu de tant de désordres, avaient compris quelque chose du plus à faire que de respirer les parfums de leurs jardins , d applaudir les chanteurs , les joueurs île il u Le , d entendre de fades éloges et de couler une vie monotone, honteuse de tristes voluptés et par logée entre Temb&rrus de varier des plaisirs fïétrîssans et de gourmauder les précepteurs d enfans abandonnés aux soins des esclaves.
Celles-là , qu importe 1 Leur sexe presque entier a conquis un juste titre à la reconnaissance du 1 Humanité. Et depuis que la toi chrétienne a perdu son influence et sa vertu , croyez-vous que les femmes aient cessé de parlicfe per aux progrès de la société? Elles ont assez sacrifié depuis trois cents ans à la nécessité d'user le vieux lieu social, Pendant la régence , elles ont protesté par assez d intrigues contre l'obscurité du rôle auquel elles étaient condamnées , et* pendant la révolution, elles sc sont rachetées par assez de sang de leur nullité politique, Lôsfouérailles de F ancienne société sont trop longues. Le temps du deuil est passé* Femmes de France, à votre tour! ne vivez plus des débris du douaire de vos ancêtres. Hors de vos salons il y a des blessures à guérir- Rompez ces causeries du boudoir. Fuyez , fuyez ce demi-sommeil , ces demi -clartés. Descendez de vos balcons, on s'agite, on soutire sur la place. Là, vous trouverez au grand jour, une grande famille gémissante, tremblante d epuisumenl, b rc
Iflver, à réchauffer sur voire sein , à rappeler h la vie. Allez , femmes privilégiées : pour prix de vos efforts , vous recueillerez des larmes ferventes de reconnaissance , une gloire impérissable , et des applaudissement reLentissaut de génération en génération jusqu’aux derniers rangs de la postérité. t
Et vous , faut-Ü aussi vous demander de vous joindre b nous; faul-îl chercher h expliquer comment vous avez pu rester si long-temps sans répondre à notre appel ? Jeunes gens! que faites-vous? Quels projets fermentent dans votre sein? À quelle oeuvre ayez-vous résolu de consacrer votre «ninour , votre intelligence, votre force? Vous arez été affligés à la pensée des maux sans nombre qui vous enlourenï; mais une incertitude accablaulé vous a saisis ; privés de guides, vous avez gémi de votre impuissance ; et maintenant, la plupart d entre vous, après avoir tenté mille fois de mettra fin h cette inutile pitié et à ces vains désirs de bien faire, peut-être se préparent à sortir du petit monde d amour eide passion qu’ils ont rêvé * à choisir une place h l'ombre; h s’établir, en un mot, à prendre un état, alors même que ce serait en dépit de leur vocation. Car, comme on dit avec une sorte de pudeur d 9 oisif : « 11 faut qu’un jeune homme fasse quelque chose dans le monde. &
Quelque chose ! seulement quelque chose 1 quand un trouble, un malaise général s’est emparé de tons les esprits; quand on n’entend plus que dessous dis corda ns qui remuent et déchirent jusqu’au fond des entrailles; quand la multitude t près de vous , se débat tour à tpur plaintive et irritée; quand, pour quelques frelons bourdonnant bien liant et ignorant le mal dont leur oisiveté les rend coupables, toutes les abeilles de la ruche sont h terre, s'agitant affamées et déjà poussant h demi leurs dards; quand
ta dissension et la misère, comme deux ennemies terribles se lèvent , se dressent à la fois en secouant bruyamment leurs armes sur nos têtes î Ah ! il est bien temps vraiment pour de jeunes hommes de songer à faire quelque choit c’est-à-dire à borner leur activité aux détails d’une occupation qui n’excite point leur enthousiasme; et, négligemment assis , la tête entre les mains ou l’œil fixe à È embrasure d’une fenêtre , à demeurer spectateurs indifférons du progrès! Voulez-vous donc vous lier les mains, et, bourreaux de vous-mêmes , comprimer votre intelligence, et vous raidir pour étouffer vos inspirations !
Quelque chose ! Àh ! il n’était pas besoin de vous damier un avis si bon leux , jeunes guerriers des républiques anciennes , devant l’univers que vous brûliez dès voire enfance d’asservir à votre patrie , ni à vous, philosophes studieux qui alliez dérober les secrets de la science dan* les profondeurs des sanctuaires, et du temple h répandît dans les écoles; ni à vous , ardens disciples du Christ, si pleins de charité pour les infortunés que vous veniez soustraire à 1 insolent patronage de l’oisiveté et préparer à un complet affranchissement ; ni à vous, jeunes guerriers dit moyen âge , on face des bordes infidèles mondant le sol chrétien , cl qu il vous fallut repousser à grand travail de siècles derrière le sépulcre de Jérusalem ; enfin ni ii vous* enfans passionnés de la liberté, martyrs dont chaque jour agrandit la mémoire , qui , ayant mission de vaincre le Cflifiolicisme et la féodalité^ avez étreint de vos bras pnissans ces colosses , el les avez ensevelis sous tes flots populaires.
Pet b s-fils du christianisme, fils de la révolution , votre coeur s est-il «donc rétréci? Vos désirs sont-ils aujourd’hui moins beaux, moins généreux, voire sang moins ardeat#
vq Ire regard me in s vaste? Vous avez à acquitter une dette glorieuse que vos pères oui, contractée envers rhumanité; vous avez le reste de In rouille du passé h effacer pour jamais » un grand enseignement politique è achever, la foule des malheureux h secourir, quelques imprudens privilégiés h émouvoir, h sauver ; vous avez h répandre dans le monde entier la promesse d une ère nouvelle , ère de paix , d'union , de liberté, où il n’y aura plus qu’un seul peuple, la famille humaine, et où la mère de tous les hommes , la société attentive , appellera chacun de ses enfans , délivré des dernières entraves du privilège de la naissance, aux bienfaits du classement suivant la capaciLé et de la rétribution suivant les couvres; et alors vous marcherez non pas à la conquête de troupeaux d’esclaves ou d’ames affligées , mais h la conquête pacifique d'hommes grandis dans la lutte , forts et fiers de la conscience de leurs droits; et, invoquant votre foi , vous vous précipiterez avec ardeur au milieu du désordre pour le faire cesser, nu milieu des co mb alla ds pour leur faire déposer les armes.
Et vous enfin qui avez vu sur votre route tant de projets naître et mourir , l’autorité passer à tant de mains , tant de mains s’armer du burin et rayer en tous sens le marbre de la loi, majesté muette et injuriée par les partis, vous qui avez vu le vieil édifice du moyen âgé tomber et s’écrouler en mines brûlantes sur l'Europe , et l'astre impérial se lever au milieu de ces débris, sillonner le monde de sa flamme et s éteindre à l’approche de quelques fantômes enveloppés du suaire arraché è la tombe des rois antiques , et ces fantômes s évanouir à leur tour devant un sou flic du peuple, et abandonner leur sceptre fragile à une autre dynastie; vous avez vu toutes ces choses, vieillards; tua jeunesse doit-elle me faire craindre de me tourner un instant vers vous? Jé-
sus de sa voix louchante disait : n Laissez , laissez venir ]U9 petits à mot. Au nom de Sajkt-Simon, je vous dis anjot)r. d’hui ; « Laissez , laissez venir à vous, n Ne vous détournez pas & cause do mou âge. Moi aussi j’ai beaucoup vécu, car j’ai beaucoup souffert. A vous doue mes dernières paroles! Souvent il m’a semblé que les discours de mes pères allaient à vos cœurs, et qu’en vous éloignant vous étiez émus; et alors j’ai vu avec un tressaillement de joie que vous n étiez pas deceuxqui, courbant tristement In tèle , murmurent que le moment est passé pour eux de s’enquérir du bonheur , et qu’habitués à leur chaîne, ils veulent la iraincr jusqu’au tombeau, ni de ceux qui, se retirant à l’écart, s’efforcent d’isoler le temps qui leur reste h vivre de la destinée commune. Pleins de confia nec dans vos pressentiment vous n avez jamais pu vous résoudre à dire* ni pour vous ni pour r humanité, un dernier adieu à l’espérance, et, à travers l'obscurité qui enveloppait voire marché, quelque éclairs pari ois ont glissé ; vous les avez suivis avec un entraînement involontaire , et ils vous ont conduits à la religion nouvelle, sainte patrie promise à vos pénibles recherches.
Ali 1 nous vous adjurons tous* au nom des sou fi rances de 1 humanité* de chérir et de glorifier avec nous ce séjour d union et de paix * où vos souvenirs amers du passé, oit vos haines du présent , où vos craintes de Ta venir, seront calmés et dissipés par la loi d’amour que nous vous apportons, nous , eufiins de Sàikt-SimüNj les premiers-nés de la famille universelle I
DÉGOÛT DV PRÉSENT T BESOIN l/ A VENIR
U»e fais déjà * dans celte enceinte, j’aiparlé devant vous et ma vois a tremblé, car j ni pensé «rabord qu'elle ne saurait aller jusqu'à vos cœurs, qu'elle vous laisserait froids, et que moi- même je resterais muet et oppressé sons le poids de mon émotion. Si vous saviez en effet ce qu'on souffre à se sentir rempli d'une ardeur qu’on craint d’être impuissant à répandre autour de soi! Si vous connaissiez les lourmens de celui qui fait refluer sa vie sur un seul point et la tient commèsuspendue à des accens d'où dépendent des destinées qui lui sont chères; l'angoisse inexprimable d’une mère qui
va supplier quon fasse grâce h ses cnfans , de citoyens qui implorent la pitié pour leur ville affamée, d envoyés demandant du secours pour la patrie mourante I Eh! ma vohm ce moment , tFesl-ce pas la voix de toutes les mères qui supplient qu'on fasse grâce h tant do pauvres en fans corn damnés en naissant h l’ignorance , à la misère * à la déprava lion? Moi -même , suis-je autre chose ici , sur cette limite où mes pères m’ont dit d’avancer, qu’un envoyé de tous les infortunés du siècle, qu’un parlementaire delà classe In plus nombreuse et la plus pauvre? Pendant quelques in* * tans , u mon Dieu , donnez de la force h ma parole , failli jour â ces pensées qui se pressent tuimdUicuseoient dans mon sein , étendez, ce battement de cœur à ceux qui ni entendent! Douleurs de Fhomme isolé, inspirez-moi! Détresse de l’humanîté sans croyance, inspirez-moi ’ Amour de ceux qui souffrent, souffrance de ceux qui aiment, in* spfrcz-moi !
Vous tous, qui pour venir h nous traversez cette ville brillante dont chaque rue, chaque porte s’ouvre pour of- Irir des distractions à l’ennui , des jouissances au désir, des plaisirs quî effleurent Famé sans la pénétrer; dîtes, quand vous entrez ici comme â une source nouvellement j ail lie où 1 on peut puiser des consolations et des espérances, vous trouvez-vous seulement froids et calmes, comme s il s agissait d’une séance solennelle de quelque assemblée littéraire? Ou h ion dites-nous s’il ne vous arrive pas d’éprouver quelques uns des tressaillemens de celle douce rl bienfaisante chaleur qu’on ressent toujours lorsque par sa présence au moins et son assentiment on participe è une* œuvre de charité sérieuse, h des actes de vertu et dé dévouement religieux* S'il en est parmi vous qui s’entourent d’impassibilité et d’égoïsme: si, lîèdes et indifférais , il*
écoutent nos paroles avec nonchalance, comme on ieuilictle un livre par hasard tombé sous In main : enfin si tous ces mots sacrés d’amélioration de la classe pauvre, de progrès de l'humanité, d’amour de Dieu, n’ont pus la puissance de les préparer par un seul frémissement, ali S ju ne veux pas ic savoir , de peur que celte idée lie refoule moû courage. A ceux- là, pitié; pitié profonde à ceux qui ne chercheraient ici que les richesses et 1 éelaL d un discours de rhéteur, à ceux qui ne sentiraient pas leurs entrailles émues par un cri de compassion et de douleur, par un cri d’amour et de foi , par des bras supplia ns tendus vers tous pour que tous viennent se joindre à nous.
Mais j’en croîs mon espoir , nos efforts ne seront pas perdus. Le lien, quelque faible, quelque vague qufil soit encore , qui de vous à nous s'est insensiblement larme et nous devient de plus en plus cher , doit rendre notre parole de plus en plus confiante. Si notre ferveur quelquefois encore vous étonne, déjà pourtant vous avez foi comme nous à l'affranchissement prochain de la classe la plus nombreuse. Cette foi c est le plus solide fondement du temple nouveau , et ce temple est le plus saint de tous les lieux où s’assem Lient aujourd’hui les hommes; car où trouver aujourd’hui un plus touchant spectacle que celle famille afride de paîxj et d'union, cherchant à réveiller au sein de tous des échos assoupis qui s'harmonisent avec le son de ses paroles en un mélodieux concert , actions de grâces unanimes pour la nouvelle p rornessc qu’n faite au monde la providence éternelle qui nous donne à tous notre force, notre intelligence et notre amour ?
Basiliques romaines cVoù le doute a chassé la foule des fidèles , oit depuis long-temps la voix menaçante qui tombe
( Uli )
de la chaire va mourir impuissante sur des piliers humide et des dalles désertes;
Conseil des rois aux lambris chancelai] s , aux figures changeantes et toujours attristées;
Chambres des élus de la bourgeoisie , étroileset broyantes arènes où se heu rien ! , se choquent des cris vulgaires d’iuipü tien ce et de frayeur;
^-Asgémhlée.s populaires où la généreuse audace s'exhale trop souvent m protêts de vengeance ,
Au milieu de vous, on sent (ou jours quelque c\mv de vide qui offrait», qui met mal à l’aîse ou qui allume les passîoos fu ues tes*
A travers tant d’agitation, de confusion , de désordre, que cette enceinte an moins , où semblent bruire encore des sons d’inst rumens et des pas légers de danseurs, soit consacrée b la concorde, à l'espérance I séjour do pais, qu elle apparaisse au sein de la tourmente comme une arche .sainte flottant vers l'avenir J
Car , vous tous, vous n avez pas encore reconnu Saimt- Sïüdn pour votre maître et votre père : souvent encore nous vous adressons à grand regret, pour votre hésitation fatale, de durs reproches et des paroles amères. Mais, nous le savons, et nos cœurs en tressaillent de la joie la plus pure, pas un seul parmi vous qui n’ait en lui quelque chose que nous armions ! pas un qui chaque jour, apprenant ù nous connaître mieux , ne se sente è soji tour entraîne à aimer quelque chose de nous. Enfin, réunis pour entendre une parole religieuse qui vient calmer toute haine , étouffer toute discorde , vous-mêmes , à votre insu vous êtes liés h ceux qui vous entourent par un commun désir d’union et d amélioration générale* Par nous , par nos efforts, chacun des partis qui ailleurs se déchirent ici commencent h si-
comprendre f à se rcrtéÈ® justice* Et c est pour cela tj ne nous sentons avec une profonde conviction cju’icî sont déposés les germes impérissables de I avenir , qu ici se continue l'œuvre magnifique de ce siècle dont nous sommes tous les en fans , dont nous avons partagé les premiers travaux dans ses premières années si resplendissantes*
Siècle de victoires I siècle d^ (franchissement ’ tu es beau f, Lu es grand i nous sommes glorieux (Fètre tes fils 1
Ces deux géans du moyeu âge que les siècles qui t'ont précédé ont essayé péniblement de renverser, le catholi^ cîsme et la féodalité , ont au pied de ton berceau brisé leurs fronts découronnés*
Ton premier cri fut un cri de victoire, et, radieux d'avenir, tu envoyas la France, messager armé, porter h l'Europe la non voile de sa délivrance.
Depuis ta naissance, il a été livré bien des combats, mais il n'y a eu de vaincus que les ennemis du progrès; et comme les premiers feux du jour dévorent les vapeurs de la nuit, chaque rayon de ton regarda dissipé quelque ombre du passé*
Siècle de victoires , siècle d'affranchissement , le commencement de ton œuvre est sublime; lu domines les pyramides des siècles! Ah 1 qu'importe le chiffre que t'attache encore la main mourante du christianisme ? tu ^appartiens pas h Rome, lu appartiens au monde entier; les nobles son timons de la longue suite des âges écoulés sont réunis en loi; tu as recueilli les richesses accumulées jusqu'à toi par l'humanité, et tu as su augmenter encore et féconder ce précieux héritage* Ah ! oui , tu es beau, tu es grand I honneur à toi l nous le saluons avec enthousiasme**.
Et pourtant à la fiu de tes cent années cette majesté que tu déroules passera plus éclatante au siècle qui doit te
suivre; car Ion bras puissant n’a pas mission Je creuseriin port ou Humanité se doive arrêter et terminer sa conrsr comme elle n’aura pim de barrière devant elle, son pmgrès tritura plus de limites. Laisse donc, laisse flotter sur nos tètes un signal nouveau; h des initiateurs guerriers laisse succéder des initiateurs pacifiques; car vois toi-mènje des taches qui n’apparaissaient pas autrefois sur ton soleil s’étendent et obscurcissent les airs. Aussi long- temps qu'il lallut h coups répétés combattre par le fer et Féloquçmé pour ouvrir partout un passage h la liberté, fardeuretia rapidité de tes enfans les avaient eux-mêmes éblouis. dm$ la chaleur de la mêlée, ils ne sentaient pas la souffrance aigue de leurs blessures... Alors ils s’entouraient tousnvec amour d’une seule couronne; mais après le combat îlss’àii arrachent, s en disputent les feuilles, et le laurier ainsi de cliii'é , dépouille , ne semble plus entre leurs mains qu un triste cyprès. Sî , pour un jour, quelque alerte imprévue les réunit encore dans un même effort, la victoire au milieu d eux a bientôt ramené la discorde, et les insignes d honneur conquis par le sang ne h ri dont sur leur poitrine que comme des signes de défi.
Ah l quand cesseront parmi vous toutes ces inimitiés* toutes ces querelles :* Quand viendra la dernière de ces pénibles journées de lutte et de méfiance, ou la plupart tfe vous, au milieu de la foule comme dans un dédale, incertains j ellarés, les pieds meurtris, font voler autour d'eux des nuages de poussière; et , égarés par des lueurs vagues et trompeuses, refusent d’avancer vers Fa venir * qui ri leurs yeux inquiets et troublés paraît sombre et gros dr tempêtes.
Lu jour,*,., alors [ humanité ignorait encore toute rétendue de cette terre , sa demeure;..,, un jour, unie or?
puissans génies auxquels il est donné de s’inspirer de la science et de l’industrie , comme aux révélateurs il est donné de s’inspirer de Fanion r, fui saisi d’un pressentiment qui s’empara de son ame tout entière : il réunit autour de lui quelques matelots , quelques soldats , cl les emmena sur des Ilots inconnus. A mesure que derrière son hardi navire fuyaient tes rives d’Europe et d’Afrique, son œil brillait, son sein se gonflait d’espérance; maïs ceux qui levaient accompagné, impuissant à comprendre Fassurance de celte audace religieuse, sentaient au contraire faillir leur courage; ils se regardaient entre eux avec inquiétude, murmuraient , et, sans honte, demandaient à retourner en arrière* ils menaçaient de mort le grand homme, quand tout-à-coup au-dessus dos vagues commencèrent à se détacher des hgnc$ tremblantes et brumeuses, et on entendit ce cri : Terre, terre ï C’était un nouveau monde!
Eh bien ! cette scène qui sur un point de l’Océan sê passait entre quelques navigateurs au quinzième siècle /elle se passe aujourd’hui sur tria pins vaste théâtre.
Ton souille, 6 Saint-Simok , a ouvert ce sillage que nous continuons et que nous laissons derrière nous, et ton doigt révélateur nous a indiqué la constellation du progrès qpi brille au loin et nous invite à le suivre.
Pleins de confiance et d’ardeur, nous avançons, nous appelons tous ceux qui nous entourent , nous leur redisons ce que nous a enseigné Ion génie, él en leur montrant les hauteurs naissantes de 1 avenir, nous aussi nous nous écrions : lerre, terre! Mais voici que plus aveugles, plus incrédules que les compagnons de Colomb, un grand nombre d’entre eux hésitent à s’élancer avec nous ; ils se penchent en arrière et regardent ♦ comme si les temps du
j»asæ leur semblaient plus beaux et plus rruns il travers leurs souvenirs.
El cependant , depuis cinquante années, tfltftce q«i dans le passé pourrait exciter vas regrets et vos désirs g été étalé tour à tour sous vos yflox. Dans l’admirable succession des événemens qui ont rempli celle courte période, il semble que la providence ait pris à lâche d’enseigner au monde qu’il ne faut point redescendre à ces plaines aband on nées qu’en passant ont foulées et moissonnées les générations éteintes, pour trouver la paix, ta liberté, le bonheur !
Souvenirs de fëlat patriarcal * des républiques ancien nés, delà féodalité el da catholicisme , tout s’est reflété dans ce cadre étroit d’un demi siècle où je veux appeler un instant vos regards pour vous y faire voir la haute manifesta Lion de la volonté de Dieu,
Le moyen âge s’était évanoui,
La milice féodale avait déposé Ses armes eL vivait retirée dan> ses anciens manoirs, ou remplissait f antichambre des rois. Depuis long-temps on ne rencontrait plus un Dugtie;r clin , un Bayard , tm 1 n renne , pour pratiquer les anciennes ver t u s de ï a ch e va I e ri e ,
La milice religieuse s’était mêlée aux joies profanes de ce monde. Les apôtres du Christ avaient pour héritiers des abbés littérateurs : In voix d’un Bernard , d'un Vincent de Paulc, d un Bossuet, ne rctentissiiit plus pour ranimer dans les cœurs une foi mourante*
En lin ta double loi qui pendant dix- huit siècles avait régi I humanité tombait en désuétude, La tiare et la coït* renne n obtenaient plus la vénération des peuples; et, dans le desordre où I humanité était plongée , il semblait ipie Dieu lui-même eût permis une interruption mmtferitMcr
au développement fie ses dessein* éternels» afin qu’il fui loisible aux hommes de se luire à eux-mêmes uue loi et un ordre social en choisissant dans les débris amoncelés de tous les siècles antérieurs.
Les philosophe* se mirent les premiers à l'œuvre, et, d’un seul élan, reculèrent jusqu’à F Origine des sociétés* Voyant autour d’eux les hommes corrompus, ils s’en prirent amèrement de cette corruption à la civilisation même; alors on entendît ces tristes paradoxes : que l’humanité avait dégénéré depuis qu’elle n’était plus errante au fond des bois ; que l’état sauvage était Fétat naturel de l'homme , et l'ignorance grossière des peuples une sainte innocence; et tous ceux dont la parole avait, dans la suite des âges, entraîné les nations , tons ceux dont F inspiration puissante avait soumis les ho mines au joug de la religion, de la science et des arts, Orphée , N mua , Moïse et Jésus, furent traités d’imposteurs et signalés au mépris et h. (a détestaLion de l’univers.
L'humanité ne joiguîL pas sa voix h celle des philosophes pour renier sou passé tout entier, Elle brisa avec fureur les liens qui la tenaient engagée dans une odieuse servitude; mais elle ne se hâta point de renverser ses villes » de répudier les jouissances des arts ? de briser les msLrumcns de la science, et d anéantir les richesses de ^industrie pour retourner dans les cavernes du sauvage, ou sous la tente des patriarches,
C est aux républiques de Rome s de Sparte et d’Athènes» que la France du dix-huitième siècle va d’abord emprunter ses iustî Lu lions. Les philosophes ont fait place à des hommes nouveaux qui toujours sont prêts â sacrifier leur vie et leur mémoire pour la liberté, et qui pourtant s'efforcent de renouveler les lois et les mœurs de ces nations antiques dont
la force et la prospérité étaient fondées sur l’esclavage du plus grand nombre. Des sénateurs , des tribuns, des consuls apparaissent sur la scène , poursuivant le cours dune épouvantable parodie; mais le sang qui rougit les places publiques et les champs de bataille est impuissante cfmenter leurs lois éphémères*
Un homme vient alors qui de (ou te la volonté du génie entreprend d’arrêter lo désordre. De sa puissante épée il remue les décombres dont te sol est couvert, cl: prétehdà la gloire d’éléver un nouvel édifice. Mais , né pour la guerre, il n a pas le secret de l’avenir : c’est encore un copiste du passé. Comme le consulat romain ne va pas à sa taille héroïque, il fait changer les décorations de la scène, mai» il ne sait pas créer une scène nouvelle. A d’illustre* guerriers il distribue des fiefs .militaires; par le vicaire de Jésus d fait légitimer les droits de son glaive : après mille ans, c’cst une répétition de Charlemagne.
Cet homme avait pour mission d'arrêter au dedans lé progrès de l anarchie, au dehors de répandre au loin les germes de Ja liberté. Il fut vaincu aussitôt que sa mission fut accomplie, et sa chute profonde a montré que la société ne pouvait plus, ne voulait plus , comme mi temps des Carlo vingîen s , être asstijéiiè à la force militaire, et que Huimanité ne pouvait pas, ne voulnîtpas accepter une d va as tir nouvelle Jondee comme les anciennes dynasties sur le tl roi t de la naissance.
Ainsi I u rent éprouvées successivement toutes les institutions qui avaient eu quelque vie dans le passé; r! cependant le temps marqué par lo providence n’était pas venn encore où I avenir devait cire révélé. C’est que la France avait besoin auparavant de recevoir aux yeux «les autre* peuples une éclatante justification ; comme elle avait aiv
mhé violemment scs rois de leur trône, on osait estimer scs malheurs te juste châtiment de sa révolte; et parmi ses propres enfrnt» plusieurs, émus de celte pitié profonde qui s'attache toujours aux vaincus , attendaient de leur retour h salât commun. Voulant délier ces âmes généreuses de leur vieille fidélité , la providence, exhuma la royauté de son lointain exil, et la fit asseoir magnifiquement vêtue sur son trône antique, comme autrefois ces hauts soigneurs que la mort avait frappés , et qui , revêtus de leur brillante armure, demeuraient exposés, la face décou verte, en spectacle b leurs anciens vassaux, pour que chacun pût voir et loucher le cadavre. Grand Dieu ! tu laissas pendant quinze années le sceptre h leurs mains impuissantes; pendant quinze années, ils ont pu recommencer la gloire de leurs aïeux et nüériler l'amour des peuples; mais la royauté en èux était bien morte; elle n?a donné un dernier signe du vie que pour tremper de ses propres mains son linceul dans le sang.
Qifespérez-vous encore du passé , vous ions qui ne voulez pas vous joindre à nous pour marcher h Tavenir? Aux siècles écoulés que pouvez-vous désormais demander ? Peutêtre attendez-vous que cette religion, qui si long-temps a régné sur le monde, sc relève plus forte et plus puissante que jamais pour le salut des peuples. Mais voyez : elle aussi depuis quarante années a subi mille épreuves qui toutes ont montré son impuissance.
On dïL que la persécution est comme un vent qui allume et propage les feux de l'enthousiasme. La persécution ne lui a pas manqué : le sang de scs prêtres a coulé ; mais la mort de tant de victimes n'a pas , comme celle des anciens martyrs, converti leurs bourreaux.
Ou dit que la magnificence du culte est un prestige qui
fascine la multitude* Pendant les quinze aimées de la re^ ta li ration, le clergé catholique a pu étaler aux yeux tous ses pompeuses cérémonies ; il a pu montrer la croix partout, dans les villes, dans les champs, et, je crok jusque dans les nuages * et lu multitude est restée indtile rente* Il a couvert de missions publiques et secrètes le $0| de h France, et il n'a su exciter partout que la colère et b haine : et alors ces grands convertisseurs du inonde ont réclamé le secours des gendarmes; alors ils ont invoqué l'appui d’une loi sacrilège (oh J que leur Dieu leur soit en aident en miséricorde 1), ils se sont mis sous la protection du bourreau! Eux aussi sont vraiment morts : cesouî les hommes du passé ; h nous, 6 Dieu puissant . Dieu d’uniour, à les en fa ns appartient l’avenir.
Ce grave enseignement , oii conduit une rapide excursion dans des souvenirs historiques récens encore , peut naître aussi du tableau d’un voyage réel qu’on voit entreprendre chaque jour à Fun de vous , jeunes hommes qui surnagez dans la foule , et que le hasard de la naissance tï’a pas condamnés au supplice héréditaire d’un travail matériel long comme toutes les heures des jours, monotone comme le sommeil de toutes les nuits; libre, dans son oisive inquiétude , de mesurer de Fœil toute Faridité d’une existence isolée , je le vois étouffant dans une atmosphère pleine d’égoi sine, de déceptions, de mensonges; obsédéde sollicitations importunes, pressé de se clouer à quelque fonction pour laquelle il ne se sent que du dégoût, ou de nouer quelque union que quelque protecteur a marchandée pour lui , afin de lui procurer la surprise d’un parti avantageux; ou bien encore s déchiré par une passion refoulée violemment , je le vois qui ne peut plus demeurer aux lieux ou jusque alors il a vécu ; je le vois qui part, ré-
soin d’erver dans le mande, peut-être de s’exiler dans un nuire âge de la cîiî Italien ; car les phases successives que, dans fa suite des siècles , a parcourues l’Iuimairité, Fini inanité les déroule toutes ensemble sur la surface de la terre, et chacune des races vivantes rélléchtL les traits de l’ime des races évanouies.
il cherché donc an loin une félicité qu'il n’a point trouvée dans sa patrie*
Au-delà du détroit qu’il franchit, peu de jours le retiennent sur Ce soi classique du constilulionnalisme où passe tour à tour, des chasses et des ban quel s du château gothique aux débats et aux banquets des commîmes, celle vieille aristocratie qui s’est taxée b une aumône légale envers un peuple souffrant d’ artisans laborieux, afin de le maintenir dans sa dégradation héréditaire , tandis que les classes inférieures n’ont pour se consoler de l’excès de la fatigue et de l’excès de l'indigence que des paroles do liberté qu’on leur laisse tomber de la tribune , et les émeutes, étouflees loi ou lard dans leur sang.
Il poursuit sa course, et reconnaît avec une sorte d’effroi raspeef religieux du moyen âge dégénéré sous ce beau ciel de Lisbonne, monastère paresseux où rampent des mendhns entre le spectre de l’inquisition et sou bourreau couronné, se plaisant é la fois aux représentations grossières des mystères de leur croyance et au spectacle des échafauds.
Du Midi remonte-t-il au Nord , Ü reconnaît l’aspect guer* ricr des siècles reculés du moyen âge sur les bords de la Néva, d’où descendent aujourd’hui , pour protéger Tagonic delà féodalité, les boyards, chassant devant eux leurs scrls, et , à leur insu, les exposant h puiser l’amour de Faf- IrftiSEhissement dans nnolnlle imprudente avec unehéroi-
que nation c|iiï , diîl-eüc périr, suivant Foracle d\me barbare diplomatie , oh I du moins , ne périra pas sans avoir auparavant enfoncé , comme un Irait profond, la liberté aux il an es du colosse oppresseur.
Lés de heurter sans cesse les ruines de l'ordre soeinl antique dont FEurope esL couverte , il se lance avec un reste d’espoîr au-delà des mers , vers cette Amérique il a Nord , astre inspirateur des publicistes du vieux monde, Il parcourt, surpris, ces familles isolées qiron veut appeler un peuple , cl qui , dévorées par la concurrence, réchappent h la misère que par l'émigration; et il cherche €ï\ vain à retrouver les IraîLs pales et glacés d’une liberté mu elle en présence de celle morgue patricienne demi l'égoïsme a soudoyé les tyrans des Hellènes , et des troupeaux (Fesclaves courbés cl pleurant sous les fouets de leurs maîtres.
Et le dégoûL Je saisit; il s'éloigne de tout vestige de civilisation ; voyageur plaintif, il veut aller se rajeunir nu spectacle de la nature vierge. 11 aime à se perdre dans 1rs savanes immenses, h écouter la voix des fleuves roulant leu rs gr an des eaux, à s’e n î v re r d u vaste mu r m u i*c dus forets que le vent courbe et relève* Il demande Fhospilalilé dans les huttes informes des sauvages; mais ces chevelures sanglantes arrachées aux crânes dos ennemis , ces massues, ees trophées barbare a qui frappent ses yeux , ces supplices affreux ou le vainqueur épuise lentement, par des tortures raffinées, la vie du vaincu, cette aveugle fureur, et ers ruses mortelles déployées dans leurs guerres qu'éternise leur esprit inflexible de vengeance , à son dégoût font succéder F horreur.
Alors ît revient au pays oii fl est né, car fl a senti que ce uTesl à aucun de ces degrés inférieurs du progrès que sa
loi est de vivre; que nulle part dans ces pays, parmi les sujets comme parmi Icschefs, il n’a trouvé d'égaux; il s’est reconnu supérieur à tous par le sentiment plus profond de sa dignité et de sa puissance d’aimer; il n’avait rien il recevoir d'eux, et partout où l’ont conduit ses pas, il a cédé, par les témoignages de sa surprise ou de son indignation , au secret besoin de s’acquitter de ce devoir sacré que lui eussent imposé seuls le nom cl l’exemple de sa patrie, de propager en tous lieux ta civilisation , et de hâter la délivrance des peuples. Plus isolé, plus découragé, plus dés enchanté qu’il ne le fut jamais , il rentre dans le cercle uniforme qu’il avait cru pouvoir fuir malgré l’arrêt de la providence . et il reprend le joug de ses anciennes habitudes au milieu d’une société qui vit malgré elle sur les débris de l’ordre de choses qu’elle a courageusement détruit , parce qu’elle n’a pas encore de religion, de morale, de politique, qui soient à elle, qui lui appartiennent eu propre.
Le jour en effet où une société aurait entièrement cessé d’être unie par les principes généraux d’ulie croyance, d une morale , d’une politique communes, elle aurait entièrement cessé d’exister ; ce ne serait plus qu’une agglomération d’êtres animés, aussi peu digne du nom de société que léserait du nom d’édifice l'amas de sable ctde pierres éparses que la vague roule en se jouant sur le rivage J
Aussi jamais un lieu ne peut disparaître que lorsqu’il est remplacé par un autre lien , ci dans le cours de celle évolution continuelle dont la terre est le théâtre , aux heures ou il m inanité doit se dépouiller d’un système vieilli , cette (die de Dieu ne rejette entièrement son ancien voile que
lorsque iTune main assurée elle a saisi la nouvélte p;inav qui va reutbclUr encore.
Qu'on ne s’étonne fin ne pas si les h 6 min es aujourd’hui restent malgré eux embarrassés dans le réseau usé des idm qu'ils croient avoir répudiées. Que des philosophes, .fiers de leur incrédulité , tiennent à conserver le nom do $bréf % liens; qü’ils veuillent mourir en terre sainte dans la religion de leurs pères, et qu’à leur dernier jour ils appellent le prêtre que, pleins d’ existence , ils souriaient h voir passer près d’eux; que d’éloquens contempteurs de Loulc distinction, de lotit privilège, de toute généalogie, se saluant à Fenvi avec complaisance du titra d’honorables, ambitionnent Fanoblisseineiii , et même les majorât* et la pairie , tl n y a dans ces exemples trop communs riva qui doive surprendre; car de quelque côté qu'un envisage les gouvernant et les gouvernés , on voit qu'ils ne vivrai que d’emprunt , aux irais de traditions surannées , quoique pour la plupart à demi honteux, ils cherchent il le dissimuler à tous les regards; en sorte qu’à Lien observer, vraiment on dirait que cet ordre célèbre , dernière milice exilée de la foi catholique, couvre encore la société i\é pan de sa robe, comme une nuée orageuse emportée par le venl de loin projette son ombré oblique sur la plaînr dont elle n’a pas inondé et détruit les moissons.
Et c’est pourquoi il nVsl pas rare d’entendre répéter h cleini- voix, avec nue déplorable gravité :
<1 Nous ne sommes pas meilleurs que nos ancêtres; seulement lu surface est plus polie , lu contenance plus modeste, et nous savons mieux colorer nos défauts. «
Heureusement ce n’csl la qu’une vainc exclama lion tir désespoir ou de triste résigna Hoir» alors qif ayant explwv l'histoire du genre humain a la fois dans 1rs noues du jtâSîtè
el dgtos celles du siècle , on n\ i pas su comprendre de quef avenir tant de progrès ont été les promesses. Mais ce passé, qUW instant vous avez pu regretter dans votre inquiète ardeur, ne vous est odieux, que parce que vous lui avez demandé ce qu’il ne peut vous donner; mais ce présent, que vous avez voulu fuir, ne vous est insupportable que parce que vous concevez le désir d’un progrès auquel il ne peut déjà plus satisfaire. Ah! cessez donc de haïr et de désespérer , et jetez enfin les yeux devant vous. Oui , c’est chose juste et heureuse que le retour vers le passé ou le repos dans b préseul soient impossibles. L’humanité n’a pas liilté si péniblement contre tant d’écueils pour s’arrêter dans un calme léthargique, ou pour sombrer dans le néant :Dieu ne Ta pas laissé lout-u-coup Sans pilote et sans guide.
Quand approchera le terme du voyage, des signes écla- Irans 1 annonceront aux hommes : su recette terre , de toutes parts iertîlîsée et embellie par le génie de la civilisation , uo autre crépuscule plus éclatant , plus majestueux encore que celui qui chaque matin s’élève, se déploiera devant eux, précurseur de l’astre radieux qui éclairera une route plus glorieuse.
Jusqu’alors il faudra obéir h cet instinct qui depuis rorîgine du monde pousse en avant les hommes. Les fa milles se dispersent , des colonies se fixent et s’entourent de murailles , comme pour arrêter de force leur course vagabonde. En avant ! en avant ! dit une voix à qui rien ne résiste; et les villes s’entr1 ouvrent, étendent leurs bras, et enserrent des républiques, des royaumes, des empires, et les richesses affluent de toutes parts. On veut sc reposer au milieu du somptueux éclat du triomphe, Ces palais * rosplendissans des merveilles du luxe, sont si beaux.
ces
parfums si doux, ces coupes si enivrantes, ces spectacle* si voluptueux , ces chefs-d'œuvre des arts si ravisse ns ! En avant! en avant! dit encore une voix; et le travail de IV prit commence , et des hommes inconnus , vêtus de haib Ions , s’en vont, des bords de )’ Orient à Pextrémhé de I Occident, de la ligne brûlante du Midi aux glaces du Nord, agiter et faire tressaillir les âmes! Ils promettent lé ciel pour prix du sacrifice de la terre, et sur la pierre des temples païens , sur les informes rochers des autels druidiques, s élèvent les flèches élancées que surmonte la croix; clla fraternité spirituelle semble établie : le reste est vaine ebose , ou peut attendre en paix maintenant le jugement de Dieu, Non , non ! en avant! en avant î répète la voix, et alors cest inutilement que les anciens chefs des peuple» cherchent a s attacher , à se retenir aux jours qui découlent : ils sont entraînés h leur tour dans la tempête des ré* volutîons, et une ère nouvelle commence; au jourd’lmi è peine quelques pas ont été faits , et déjà cependant, dons leur effroi timide de ce rapide mouvement, quelques hommes de peu de foi, cherchant un milieu entre le passé et le présent, voudraient qu’aulour de ce centre ou ils essaient dose placer tout ce qui sc meut pût s arrêter dans un repos subit ; rivaux bizarres de Prométhée et de Pygrnalion, ils voudraient renvoyer la flamme au soleil et pétrifier)® vie. Mais la voix qui les presse, ce n’est pas tin souffle insaisissable qui vient on ne sait d oii , et qu’on peut laisser relenlir et passer sans prendre garde. Elle s’est toujours échappée Jïdele et vivante du sein des hommes de génie qu’à chaque époque une puissance supérieure envoie pour guides a l’humanité. Et on la suit quoi qu’il arrive; on la suit, celui qui \ a portée eut-il senti ses membres déchirés par les Bacchantes, eut-i! été condamné h boire la ciguë, à jmourir
sur la croix , sur un bûcher , sur un échafaud, sur le rocher d'une île déserte , ou sur un lit de misère et d'oubli.
Écoutez donc ; de nouveau sur vos têtes ce cri , a E11 avant, en avant! » s’ est fait entendre. Vous pouvez maintenant mettre fin h vos courses haleta ti tes, h vos mille détours sans but; vous pouvez vous dire vraiment délivrés de votre chaîne , si violemment secouée que vos faibles maîtres en ont pris la fuite; car voici que nous vous apportons une religion , une morale , une politique nouvelles.
Saint-Simon est venu enseigner une foi nouvelle. Vous que le doute assiège, vous qui , effrayés du vide où vous a laissés le monde, lorsque, s'élançant hors du sanctuaire chrétien et vous voyant encore en prières, il s'est ri de vous et sans pitié vous a enlevé une û une toutes vos consolations, puis s’est contenté de vous dire : « Pauvre amc crédule, que fais-tu ? Tu regardes encore au ciel , mais le ciel est désert !... Tout ce que tu vois, tout ce que tu connais, tout ce que tu sens, c'est roc livre fatale d*une nature qui ne peut ni te secourir, ni t'entendre» ni t'aimer ; tous les événemens de ta vie sont les jeux du hasard ou des circonstances, ou de la force dos choses, v O vous J vous que ce langage froidement mystique a désespérés , et qui cachez vos larmes furtives, nous vous appelons dans un temple qui surpasse en majesté l'église de Saint-Pierre , comme celleci avait surpassé la grandeur du Capitole; un temple oit vous pourrez sans honte et sans crainte avouer tout haut votre croyance , votre Toi dans Dieu, que nous, autrefois pour la plupart sceptiques , indifférons ou incrédules comme ïeplus grand nombre, nous nous sommes voués ù servir, à connaître cl h aimer.
Saint-Simon est aussi venu enseigner une morale nouvelle. Dépouillez votre froideur, vous qui, redoutant le
délire des affections vives et ardentes en l'absence 4 règles certaines de conduite, avez cru devoir étouffer vos sympathies sous les replis de votre raison* Et vous qui, m contraire , vous étant doucement laissé aller k beauçotm aimer, avez beaucoup souffert , recommencez une seconde vîe plus heureuse et plus calme que la première, À favenîr Fassurance tic votre regard ne sera pas vaincue; la sérénité de votre front ne sera plus obscurcit , car vous ne serez plus obligés de comprimer voire amour , qui , no pouvant pas se tarir aussi vite que vous vous efforciez de rétrécir votre cœur, a reflué de tous côtés, et malgré vous s*est échappé secrètement en passions amères ou coupables peut-être; vous ne serez plus contraint s de voiler la vanité, le désordre de vos sentimeus , toujours tremblant do rencontrer du mépris dans chaque sourire, de comprendre des allusions haineuses dans les discours les plus losigmflans , ou de voir tout u coup votre repos troublé { votre b o nhc u r perd u , v o l re no ni il é \ r i p ar la déc n i ï ve rte de quel que faiblesse, qui, effrontément étalée* n’aurait excité qtFün scandale passager, imm qui provoquera dominât plus de réprobation de h part du monde , que vous fautes d’ avance expiée par plus de remords , et que vous aurez pris plus do soin pour la dérober à tous les yeux. Àbl consolez-vous ; marchez avec confiance* La morale nouvelle vous sollicite elle-même au développement de vos symj»*' tbies individuelles, parce qu’elle saura I m mettre en barmonte avec les sympathies sociales.
Enfin Saint-Simos est venu enseigner une politique nouvelle, qui , intimement unie à la religion et i\ la morale, fera disparaître les dernières traces du système des castes * transformera eu organisation pacifique F organisation guer* ri ère , substituée» à la discipline altière et rigide des tvuq>*
passés un lien d’amour, cl guidera ensemble Ions les enlaus de ta famille humaine, élevés et protégés avec une même tendresse dans les mil te sentiers des beaux-arts , des sciences et do l'industrie. Pauvres hommes de la classe lapins nombreuse! U poussière q ni, au fond de vos chaumières et de vos ateliers , couvre vos larges fronts, sera essuyée. El vous, femmes, que le génie de la guerre avait rejetées dans la servitude ou dans l'étroite liberté du foyer domestique, te génie de la paix vous ouvre enfin te temple et la cité do I avenir !
À l'œuvre donc, vous tous, et ne dites plus que celle révélation de l’avenir est trop belle; car l’humanilé n est pas condamnée par Dieu h l'horrible supplice de concevoir de nobles désirs sans trouver en soi la force et !a volonté de les réaliser, À l'œuvre! ne nous laissez pas supporter seuls tout le poids du travail. Aidez-nous , aimez -nous , afin qu’il nous soit donné d'accomplir [dus rapidement notre mission qui est notre vie elle-même! et afin qu'elle devienne bientôt la mission et la vie de la France, la mission et la vie du siècle.
l’àh j .
Müs PbflüS f
A peine Saint-Simon avait-il rendu Je dernier soupir , en disant au disciple choisi: U avenir est à nous I pleins d’une sainte confiance , déjà vous offriez aux artistes , en même temps qu’aux s a van s et aux industriels, une part de Fhérilage du maître. Folie! s*ëcnenl quelques hommes , presque honteux d’avoir témoigné leur dédain autrement que par le silence ï et votre voix tombe étouffée* Cependant, inaccessibles au découragement, bientôt vous développez, devant des auditeurs assidus , les plus hautes questions de la politique et de la religion; et moi-même , en voire nom, je signale la source d’înspîralions qui s'ouvre pour I art. Peu nous comprennent; Folie ! répètent les autres, étonnés que notre rêve ridicule ne soit pas encore dissipé.
Mais aujourd’hui que noire association. , grâce h voire amour, à voire sagesse, à vos elTorls, a triomphé du mi pris qui s’attachait à ses promesses , et que la vieille société cherche avec plus d’ardeur, hulelanle. el désolée, mw parole d’espoir et de vie , le temps n’esl-il pas venu, mes Pères, ou je puis de nouveau présenter aux artistes la coupe salutaire que SainL-Simon nous a léguée, afin q,,^ leur tour, pleins d’une sainte ivresse, ils en versent sa monde épuisé In féconde liqueur? Ah J ce n’est (dus du lond de la solitude, on vous semhliez , en les appelant à recevoir de vous un manteau prophétique plus vaste que celui d Élie, ne tenir à la main que d’obscurs lambeaux , parce qu alors la révélation nouvelle se dégageait h peine de ses langes philosophiques i ce n’est plus de l’étroite enceinte , ou votre enthousiasme religieux dut se manifester surtout sous les formes scientifiques assorties aux prétea- U°iîs de notre siècle à une rigueur positive; c’est d’une enceinte plus large, que rét$$ît déjà l'a fllucnce des auditeurs; c est en façc d'une nombreuse assemblée, qui tressaille quelquefois aux acccns de la prédication nou* vclle; c est au moment où notre apostolat * sous la ferme de journaux , de livres, de missions et d'cnscignemcns» embrasse la France, et commence à la familiariser avec notre langage» que nous leur tendons la main. Ouï, nous avons , avec une laborieuse ardeur, creusé les fondement et pose les premières pierres du temple. Qu’ils viennent î et le temp]c lui -même s’élèvera , embelli des productions de leur génie, paré des splendeurs du culte, prêt enfui à convier la société, et h lui offrir, au milieu de misérable? ruines, un magnifique abri.
Mrs visa > tuais s
Vous qui cultivez les arts, et vous qui éprouvez le besoin de leurs ravissantes émotions, je m adresse h tous, car tous vous pouvez rendre témoignage de In vérité de nos paroles : les arts n’ont, jamais Henri qu’à la condition d’accomplir une auguste mission ; tel fut leur destin* Soit que prêtant l’oreille, d'abord aux hymnes de la Grèce, aux chants d’Homère, aux odes de Pïndüro* à la prose homérique d’Hérodote , aux tirâmes d’Eschyle et de Sophocle, puis à I- éloquence dos Pères de l’Église , continuée paivPim^d’Er mile et par saint Bernard jusqu’à Bossuet, h ta poésie sacrée qu accompagnait une, mélopée grave , austère, solennelle, aux vers du Dante et de Millon, vous ayez tour à tour, à ces accens divers , tressailli d’une ardeur païenne ou d’un enthousiasme chrétien, en vous transportant dans les temples de Panliqtiité oti clans les vastes cathédrales du moyen âge, au milieu des chefsd’œuvre enfantés par Phidias et Zeuxis. Michel-Ange, Raphaël et Paleslrma; soit mémo que vous ayez protesté , là avec Euripide, tes Grecques et Lucrèce, ici avec Rabelais , Cervantes , Molière, Rousseau, Voltaire et Mirabeau, contre un état religieux et social vieilli qu'attaquèrent en même temps Ions les autres artistes conjuré»; partout vous avez pu sentir que l’inspiration i féconde et puissante, avait, ses racines profondes dans l'a mou r ou dans la haine des croyances et des in si ilu lions , selon leur harmonie avec les progrès qu'accomplit incessamment P humanité.
Maintenant donc que la société, déshéritée de sa foi antique et privée d’affections communes , sait ce qnV le doit
haïr, mais ignore ce qu’elle tïoït aimer; sait j,a!. f|uc|N chemins elle ne doit plus repasser, mats s’arrête, ignorai quel but nouveau elle doit poursuivre, et attend un signa! que personne ne lui- donne , que font les artistes ? Los un$ ressaisissant la lyre chrétienne, la vengent par la doue™ è de leurs accords des mépris quelle avait essuyés, ou L. lent de ranimer 1 enthousiasme religieux qu’avait desséché une désespérante ironie... Mais la multitude, sourdu désonnais aux impuissances consolations d'une religion ijiii naguère Vamli exaltée de ses accens et édifiée de ses cérémonies , laissant aux classes supérieures ces chants privilégiés, n a qu’un seul hymne , que répétèrent les échos des Alpes et, du Rhin , que saluèrent les foudres rlc cent combats, Allons f en fans de la patrie ; et depuis long 4e tops elle n a connu d’autre poésie que les paroles dont un grand homme , au pied des pyramides* sur un champ de Bataille, au lever du soleil, électrisait scs rangs belliqueux, et quiles inépuisables bulletins de ses victoires* D’autres, ciî proie à un décourageant scepticisme , désenchantent la vie, et s abandonnent en blasphémant à une amère mélancolie... Maïs les masses échappent par leur misère h I h contagion de cette déplorable tristesse, et , parcourant sons cessa le cercle fatal de leurs rudes labeurs e! de leurs rudes privations , ne savent pas même les noms de ces bardes glorieux dont elles ne comprendraient pas les soulfc&nces, et demandent du pain. El cependant quelques artistes protestent couire les formes décrépites d’un (it! impuissant , agitent , dans de longues querelles , s’il faut prendre pour modèle Racine ou Shnkspeare , s'enfermer dans I idolâtrie du siècle de Louis XIV ou rétrograder jusqu nu moyen âge; et les plus vigoureux, n’apercevmil î pas devant eux de hauts m oui i mens oè ils puissent lailir
C 4gâ )
leur nH, vont tour à lour se reposant sur le château féodu], r église , là mosquée, et battant l'air de leurs larges ailes.,* Silence 1 le canon de juillet gronde! Allons, enfans de la patrie, redit le peuple, long-temps muet, qui retrouve son chaut de victoire et de liberté ! Il chante, et le vieux trône s'écroule dans la poussière* Maïs l'heure ri u combat passée , il chante encore , et d'autres tremblent; cor le peuple a faim, et ce qu'il chante, c'est la haine , la guerre, la vengeance ! Ah ! que suit-il autre chose, et quelles paroles d'amour, de paix et d'espérance lui avezvous enseignées ?
Artistes, nous ne vous accusons pasl Jusqu'à ce jour vous avez réconcilié les classes supérieures de la société avec les émotions religieuses , vous leur avez révélé le vide que laisse dans les cœurs aima ns T absence de tou le croyance, vous avez courageusement défendu contre de rétrogrades tentatives la liberté politique , et proclamé la liberté de l'art; honneur à vous! nous ne venons pas ensevelir et sceller sous la première pierre de notre monument toutes les gloires contemporaines , mais les expliquer, les absoudre, et leur ouvrir un théâtre plus vaste et plus majestueux; car enfin , grâce à vos propres efforts, tout est prêt pour que vous puissiez proclamer, sous milîe formes diverses, la nouvelle parole religieuse, qui promet h la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, pour prix de scs sueurs et de son sang, et aux classes privilégiées, pour prix de leurs progrès , un avenir meilleur, conforme aux besoins de tous* Assez, assez long-temps tes fruits de la poésie ont ressemblé à ces primeurs délicates , souvent làdes et décolorées, que la richesse seule est admise à savourer, tandis que la foule Irempe de ses pleurs un pain grossier, ou gémit affamée* Chantez, chantez pour tous ,
et tes disses supérieures, qui accusent c) les-mèmes Y tu de décadence, parce que votre langage, h elles seutei □dressé, nte rien qui remue proton dément tes entrailles h ces accens nouveaux que associent tous les hommes eûlfts eux , comprendront Votre génie et béniront vos triomphes!
Artistes , abjurez donc tes querelles , stériles aujourd'hui , que vous continuez sous les noms de classique H de romantiques. De même qu’au nom de SArsT-Snmif nous intervenons entre tes rétrogrades et les libéraux , qui n’aperçoivent que deux mondes en guerre, celui de IW torilé et celui de la liberté, afin de leur signaler, au milieu des débats d’une lutte ardente , deux mondes distinct mais harmoniques, celui de la science et celui de l5 industrie, unis par un lien commun, la religion; aujourd'hui nous intervenons entre les classiques et les romani iipira, qui n ’a perçoivent dans l'art que deux formes, celle de Racine ou du siècle de Louis XIV, et celle de Slmkspeare ou du moyen âge , afin de leur découvrir, h travers tes aecitions variés de leur polémique et de leurs ÜUonnimris multipliés, deux formes dislinctcs, maïs amies : Lime, expression de l' in le Higeftc©, de l’esprit , de la sagesse; l’autre, expression de la force, de te matière', delà beauté; toutes deux répondant fidèlement aux deux laces sons lesquelles Dieu et I humanité se révèlent a nous, destinées h s’associer h leurs progrès et a s’unir dans au art nouveau inspiré par l’amour te plus vaste. Nous nous proposons de mettre sous vos yeux ces deux aspects de fart, qui jusqu’il ce jour se sont successivement dévoilés, et de vous les montrer prêts h se réconcilier, grâce h te révélation nouvelle , comme l’intelligence et la force que les religions et les politiques du passé n'avaient sanctifiées et développées que 'lour -à "tour; écoulez 1 car notre poétique
est toute une religion; écoutez î car la régénération do Part est celle de h société,,. Oh ! que ma voix puisse vous toucher, vous éclairer, et vous donner du moins un premier signal! quelle serait ma joie! Ainsi lorsqu’au milieu d’un calme funeste et pesant, un vaisseau, malgré toutes ses voiles déployées , pendantes le long des mats , demeure immobile, tous, les yeux tournés vers les points divers de l'horizon, cherchent de quel coté viendra le vent qui leur permettra do continuer leur course et de se dérober ii Forage; alors, s'échappant de la main du pilote expérimenté, une plume légère, qui vole et se soulient, trahit 1 approche d’un vent favorable prompt à s’élever, à souiller, h grandir. Soudain toutes les voiles s’apprêtent à le recevoir, et se gonflent; la masse s’ébranle aux cris de joie de l’équipage* les flots écornent sous la proue qui les sillonne, et bientôt le vaisseau , pavoisé de toutes scs couleurs , s cmbaumanl des parfums de la terre prochaine, touche au rivage désiré et le salue de ses bénédictions !
L’homme, ainsi que nous l avons souvent répété, s’csl d’abord développé dans sa force , et a sympathisé avec Dieu sous son aspect matériel. Tel est le caractère général de toutes les religions de l'antiquité. Alors il offre à ses divinités un sacrifice sanglant , et de F autel s’élançant aux combats, a la fois il assure sa domination sur ta nature et élargit le cercle de l’association.
Or, quel est alors l’artiste ?
L artiste , à travers les phases que présente cette première période de la civilisation, est surtout l’artiste dit monde extérieur. Remontez jusqu’aux temps les plus reculés : il édifie ces vastes poèmes, aux innombrables vers, dont le
héros principal , Puni vers , divinisé dans tous ses phénomènes, avec ses astres propices ou mal faisan s , ses moî> tsgnes en feu > scs fleuves débordés , ses sombres Porùls. ses mer» bruyantes et ses sables orageux , enveloppe ç\ domine Phommc de toutes parts , pèse sur lui , Pélreinl de scs replia , semble meme se Pmcorporer, et le voue h mifr servile adoration et h d? in fatigables travaux: il élève ce,; temples aux proportions gigantesques, images, symboles sculptures de Puni vers ; dresse ccs pyramides , colosses géométriques, dont P homme, atterré de sa petitesse et de son impuissance , admire avec effroi les formes massives et régulières, plus belles encore à ses yeux que celles de son corps chétif et grêle; ou, dans des sphynx monstrueux et des statués inachevées , dont b tête humaine s’accouple, la avec les membres de ranimai, ici avec un marbre equani, 9 marque l’homme du caractère sacré de la brute et impo^ la matière à Phu inanité qui s*en dégage h peine. Mais ad* elle cessé de subir le monde extérieur, et puisant dans scs travaux le sentiment de sa force, revêt-elle ses divinité de ses traits et de scs passions : « Gloire! chante l'artiste, gloire à Jupiter qui renversa du haut de leurs montagnes entassées les géans aux cent bras et aux membres hideux! Gloire à Apollon ( vainqueur du serpeuL Python ! Gloire à Hercule , fléau des monstres de la terre ! » EL lubmèmc il s’attribue sur la un turc un pouvoir dont la lyre, entre ses mains, est le merveilleux instrument; if ajoute aux récits des antiques métamorphoses des dieux et dos hopjjp* en animaux, en plantes, en rochers . le récit plus noble de Tapothéose des héros , et immortalise leurs combes, leurs victoires, leurs jeux. Regardez; il inonde sa poésie d’une ardente lumière , qui , épanchée par terrens connue celle du soleil au milieu de sa course , perce les vastes 1er
vètê do jets étmcelans , reluit dans la plaine , à travers la poussière quelle fait tournoyer en longs tourbillons, sur les casques d7or, les cuirasses d'airain , les chars rapides , les glaives nus , échauffe le sang des guerriers . noircit la grappe sur le coteau , dore l'épi dans les sillons , excite les moissonneurs, allume partout ht soif des combats, des travaux, des plaisirs , et fut briller toutes les couleurs, parler tou Les les voix , bruire Lous les mou veto eus ! Ses vers tour k tour volent en si filant comme une flèche acérée, se traînent en sinuosités de dragon qui rampe, galopent du pas cadencé des chevaux , tels que les finis irrités d’une mer grossissante , mugissent * ou résonnent comme des cymbales qui s’entre-choqneni et retentissent; tantôt se déploient, en mètres variés, pareils au tissu précieux que des mains habiles ont formé de rentre lacement de fils diversement colorés; tantôt éblouissent les yeux, comme ces boucliers où les cités avec leur fortes tours, les champs avec leurs ondoyantes moissons, les guerriers acharnés aux combats, les bergers suivis de leurs troupeaux , les juges fixant le prix du sang versé , les jeunes gens agitant des danses guerrières, et la terre pressée des vagues blanchissantés de l'Océan , brillent de l'éclat de tous les métaux associés par un art divin. Déjà c'est k la taille de Phommc, dont il célèbre surtout la puissance , qu’il mesure scs poèmes , taudis que précédemment c'était en quelque sorie sur le modèle de F univers, dont il exaltait surtout l empire, qu’il taillait sa poésie ci son architecture. Temples, paroisses ! ce ne sont plus ces énormes Babels , mo~ nuiRcns de scs antiques efforts pour rivaliser avec In grau denr de 1 univers. Sorti vainqueur de In lutte qu’il nul à soutenir contre le inonde extérieur, il en consacre K* glorieux trophées dans ces temples , qui, au lîcu d’écraser
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{'homme par leurs masse» démesurées , le laissent à hm en face de leur ensemble facile a embrasser et de leurs proportions moi us hautaines* Le vieil Allas ployait mu le monde; Hercule , soutenu de sa massue, ne fléchit pas sous ce fardeau. Là, au milieu du marbre» du cèdre, du bronzé ci de for dont il décore leur enceinte, à un jour éclatant et pur, qui circule sans en émousser les lignes sévères , il marie les sons ébloutssans des flûtes aigues, de la lyre sonore , de la trompette et des instrument à la voix d’airain; là tout fait tressaillir les cœurs d’onc bdlh qticuso a rcl rur, to u t s erab le di re au b ras frén i i ssa n t de son oisiveté : Que faîs-tu ? Frappe ! S'il entraîne la foule au théâtre purifié par les libations , il y étale f homme m débattant avec énergie sous f empire d’une fatalité extérieure, qui tient entre ses mains» ainsi qu’une hache menaça nie , les ressorts principaux du drame , spectacle où la victime tombant noblement instruit à l'héroïsme ! S'armet4l du ciseau ou du pinceau, le marbre, avec sou immobilité vivante, la toile, avec le prestige des pitié brillantes Couleurs , reproduisent les images des dieux et des hommes dans leur vigueur, leur souplesse, leur beauté; mai* peu content do retracer inanimés leurs prodiges, leurs exploits, leurs actions , il figure par des danses solennelles, aux rapides évolutions» aux attitudes expressives, ta faits principaux des traditions publiques, Enfin, lorsqu’il parait dans rassemblée, vêtu de pourpre, couronné de fleurs , de chêne ou de laurier, radieux , il chante ou il récite, d’une voix fière et majestueuse, avec des gestes animés et fréquens 5 il exalte chez tous les spectateurs le sentiment de la force , les excite au développement de l'activité matérielle, allume dans leurs cœurs une ardente ambition, leur promet des palmes, des couronnes» des
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flpplaudisseinens , [«gloire, In puissance; t\i lui-même il .se décerne pour prix de ses chante une impérissable immortalité. Tel fut dans le passé I artiste de la matière, de la force * de la beauté, du cultb -
MaisPlioinmes’esi ensuite développé dan s son in tel licence, et a sympathisé avec Dieu sous sou aspect spirituel Tel est le caractère du christianisme. Alors s’offre pour lui le sa~ orifice mystique d’une immortelle victime; et lui , aspirant h la paix, brise les chaînes de 1 es clavage , et s’unit h ses sembhib3cs*par les liens d!unc religieuse Ira terni té*
Or quel est alors 1 artiste?
L’artiste, dans cette seconde période de la civilisation , est surtout l’artiste de l’homme, mais de \ homme intérieur , se séparant violemment du monde extérieur, dévolu à Satan. Après avoir reçu la langue de feu avec un souffle rapide et imprévu, qui est Ylmpiralion même, il enseigne la bonne nouvelle , et raconte la vie du révélateur , épopée étrangère au récit des phénomènes de la matière et de la formation de ] 'univers, et débutant, non par une Genèse, mais par une généalogie , dont le personnage sublime, ac^ tif comme verbe 9 passif comme chair, opère les miracles pur la parole , ou par la vertu silencieusement émanée de sa divine essence, soumet les montagnes à l’empire de la foi , tondis que jadis la nature n’obéissaît qu’il la lyre , à I a verge magique ou au sacrifice sanglant, et dont enfin les actes sont des discours et les épisodes des leçons* Loin, loin tîu spectacle de ce monde qu’il avait adoré au point de se confondre avec lui , et qu 'aujourd'hui il prétend fouler aux pieds comme un voile importun entre lui et le créateur, il pénètre dans la cité invisible , incorruptible, éternelle , on, sous les noms d'anges et d’archanges , de trônes, de dominations , les puissances spirituelles forment mie Lié -
twchie dont les rangs sont réglés d’après leur connaissant du Dieu infini. U ue chante pas J’ u divers 9 il le commente incessamment , Bible majestueuse doul la lettre tue et dont V esprit vivifie; et fermant les yeux à la pompetfce assemblée des astres, il écoute avec Platon leur céleste harmonie! Ou s’il embrasse la nature d’un rapide regard , c'esl pour y chercher, dans la fleur qui se flétrit, le m$seau qui se tarit, le nuage qui passe, I empreinte qui s'eflke, réclair qui se dissipe , des images de caducité; et depuis le corps humain , dont la grâce et la vigueur ne laissent survivre que Famé immortelle, jusqu’à F univers liii-mûniü, destiné h s’évanouir devant la grandeur éternelle de Dieu, depuis les monarques, dont tout ce qui reste est une poussière sans nom , jusqu’aux e aspires , dont les cendres sont si légères, il parcourt une série de tons où contrastent sam cesse la beauté , la force, la gloire , la puissance, hm, la fragilité, la faiblesse , le néant, la chute et h mort. Le grand jour siérait mal à ces austères tableaux ; il y verse un éclat semblable à celui du soleil à sou déchu , doux et triste b la fois comme celui de la lune laissant deviner ii travers les nuages son disque argenté , pareil a celui de la lampe qui veille dans le sanctuaire sans être agitée par (es vents , et digne d’éclairer les scènes pathétiques «la drame que jouent sur le mystérieux théâtre de la conscience les opinions , tes croyances , les passions* Ah! sans doute, dans son impatience d’un globe périssable, qifa 4 -il besoin de temples splendides, lorsqu’un toit simple et obscur ou les édifices purifiés de f antiquité suffisent h une passagère hospitalité? S’il érige une église f voyez cependant : assise sur de vastes fondations , elle ni? pèse sur la terre que pour s’élancer plus librement vers le ciel; et, déployant sa légère et merveilleuse broderie* f dm
^èe en flèches pénétrantes comme une a r dénie prière, nu dehors presque diaphane .au dedans conservant un mMe de robscurité-des càtiicombes » grâce à cette vaste Ceinture de vitraux colorés, qui h la lois allègent ses flancs et transvasent la lumière; communiquant par la transparence des tableaux quelque chose dlmmidéfciel à leurs personnages prêts à descendre ou à remonter sur tes rayons du jour ; répudiant, par lu profusion morne dos sculptures, toute la matière grossière et nue qui pourrait 1 alourdir, convoie sî elle devait être à travers les airs transportée par les anges; sonore, et si exacte n annoncer au loin scs solennités, qu’elle semble moins jalouse d’être vue que d cire entendue ; élevant enfin au-dessus de la lèle des fidèles une voûte que forment par leur entrelacement les ogives, rameaux élancés d’une double avenue de pilastres ; à la laveur de cette lumière incertaine et colorée dont les reflets vaporeux semblent étrangers à ce monde , an milieu des hymnes saintes, dont les sons, tour à tour graves et lugubre! , mélancoliques et suaves , vont par degrés déteignant dans un écho lointain, au-delà duquel Toreille en croît deviner de nouveaux * au retentissement solennel de r orgue, muet si un souille Cad lè ne ranime» au sein des émanations de reuaens qui* connue la voix, ne laisse pas de trace, et comme la pensée emplit l espace , elle sollicite an recueillement, à lu méditation , à la rêverie; l artiste a idéalisé la pierre. Et s’il ose , sans crainte de profanation et d’idolâtrie, reproduire les personnages de su religion, amortissant ficelât de ses couleurs, ci leur déro haut de leur vivacité , abandonnant aux plis de larges draperies les formes du corps, mettant toute la vio dans le visage , et surtout dans le regard, îl semble avoir lait poser filme! Agence et la su gesse plus que la force et la
beauté. Enfin il recule presque de van L le ciseau , et , se bornant a d'imparfaites ébauchés , il refuse la durée du marbre à des formes périssables qu* a tien dent les vers du sépulcre. Mais c’jst avec délices qu'il associe h une religion prédicatrice la musique, et lui fait soupirer, par la vois douce, flexible et pure cPinslrumens choisis, des cbnts mélodieux , qui s’effaroucheraient de la voix bruyante dinst rumens plus sonores, interprètes de fa joîe, des combats et d’une active ardeur! Aussi c’est souvent du fond de la solitude, comme si le désert était un degré enlrr la terre et le ciel , qu’il vient instruire les hommes, et Iofst qu’il paraît au milieu d’eux , vêtu de couleurs ternes m lugubres, enveloppé de larges vélemons qui , tombant jusqu’à ses pieds , voilent son altitude ou retiennent ses mnu* veinons, souvent immobile, accompagnant sa voix d’un geste rare et mesuré /le front humble, tournant vers le ciel ou repliant sur lui-même un regard qui semble tracer la roule que tous doivent choisir , parlant comme s’il écoutait une voix secrète dont sa parole est le retentissement extérieur, traduisant par les vibrations d’un accent varié les nuances dé la pensée , il détache de l’activité matérielle, excite à la contemplation solitaire , et exalte rhuimiité, ^indépendance et l’abnégation : tel fut dans le passé Tût* Ustede l’esprit, de l’intelligence * dota sagesse, du rainiE, Sans doute il est facile de trouver dans l’époque, que la chronologie rattache à la poésie du culte, le premier essor de la poésie du dogme. Socrate, chef de la philosophie spiritualiste qui réagit contre le matérialisme des religions antiques, sculpte lui-même les trois Grâces en les voilant à demi; Virgile, conduit par Platon sur les limites des deux mondes poétiques, suit Homère et précède le Dante. Mais il est aussi facile do constater, sous le règne de la
poésie du dogme , les traditions vivantes de la poésie du culte. C’est peu qu’au sein même de là liturgie , à la voix de la 'sainte colombe se mêle un ressouvenir des accents de l’aigle des prophètes; l’Église glorifie le Dieu des années , et parant du bannières victorieuses ou conquises sa pacifique enceinte que Ses chevaliers font retentir du bruissement de l'acier , elle semble vouloir rivaliser avec leur luxe militaire par ses orne mens de pourpre et d or. Même à côté de ses hymnes s’éveillent les chants des trouvères , célébrant les grands faits d’armes, les fêtes des tournois , la gloire , la beauté, et offrant les premières traces des formes du paganisme, également empreintes dans les vers du Dante, de Camoëns et du Tasse. Enfin h côté de la croix paraît le croissant; et voilà que la poésie arabe, devançant même les cathédrales hautaines et sévères, élève scs mosquées aux minarets élégans, aux dômes de cuivre et d’étain, aux sanctuaires éblouissans et parfumés, et. parla profusion de sa lumière orientale, semble insulter aux pâles clartés de la poésie d’Occident. Certes cette poésie matérielle , même à l’observer dans l’inspiration de la loi de Mahomet, fut loin d’atteindre la grandeur, la puissance et la majesté de la poésie spirituelle du moyen âge; mais elle subsista , et protesta, par sa perpétuité, de ses droits à remonter à un rôle brillant. Ainsi se témoignent hautement les deux faces de l’art qui ne peuvent se séparer sans une sorte de con trainte et de violence.
Vienne, vienne donc une ère glorieuse , où l’art se comp jette en se développant à la fois sous ces deux faces réconciliées, et s’élève au plus haut degré en unissant ces deux mondes dans de ravissantes merveilles !
Mes fils , mes filles, Fère régénératrice est vernie; oui notre religion, associant tous les hommes pour le libre (!évelûppemenl de loulcs leurs facultés en Dieu s adoré désarniais sous tous ses aspects» ouvre une nouvelle carrière à I uvL Et ne vous défiez pas de nos promesses ! Vous le saves, jamais nous n avons annoncé un progrès sans vous le montrer contenu, dans la société qui nous entoure* eu un germe fécond, qui n'attend pour se développer avec magnificence que les rayons d'une bienfaisante lumière. Voyez donc si vous ne découvrez pas autour de vous dans ijuel ques poètes les précurseurs de l'art, tel (pie nous l’anpuiicous pour Ta venir* Saus doute , au sein d'une époque toile tjuc la nôtre , ces poètes n ont pu être religieux dans IVeeption profonde de ce moi; ils manquent cl’ime inspirnlion sociale; ils voient entre FinLelligencc et la force, IW prit et la matière , aspects de F univers vivant , une lutfft continuelle , et sous les uoms de Dieu et de Satan \U le* immolent Lour^à-tour 1 un à Fautre , passent et repassant sans cesse du ciel à 1 enfer et du sabbat au ebeeur dos séraphins I mais enfin déjà se caractérisent en eux lusfonm5? diverses de Fart.
Ecoutez l'un : il vous initie à ses souifrances, à ses juifs, à son désespoir, à ses espérances, à ses doutes, à sa foi, cl vous révèle sa vie ultérieure eu vers aussi mélodieux que le murmure des flots mollement balancés , ou que la brise du soir qui soupire à travers le feuillage; il reflète duttl sa poésie la lumière silencieuse de la lune , les rayons truür b la ns des étoiles, y fait glisser des ombres fugitives, leur baume de ces doux parfums qu'aux approches du soir exhale le sein des fleura, éprouve et inspire F amour de la solitude, et semble vouloir passer loin des regards, comme
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uu cygne qui s’élève vers les deux, ou repose n l'écart sur les flou aplanis ses ailes argentées. Sïl ne peut se taire devant réélût d’une gloire extraordinaire » i! juge Bonaparte et ne le chante pas* Choisit-il un héros , c est Socrate donL il redit la mort, c’est-à-dire Imitation à une mystérieuse immortalité; ou comme un prêtre, qui lui-même a souffert et douLé, s intéresse et s’attache à un incrédule désespéré, il pénètre ! avec son œil habitué à se contempler soi-même, dans la pensée de Byron , et ne peut le quitter sans I avoii en quelque sorte , dans d admirables vers , confessé et enseveli. Enfin c’est par des Harmonies qu'il continue son œuvre poétique qu’il a commencée par des Méditations . À ce langage méconnaîtrez-vous le caractère de l artiste du DOGUE 1J
Voyez l’autre ; jeune encore, c’était vers nue sphère mystérieuse qu’il avait pris uü premier essor, Méconnu parce qu’il s'était méconnu lui-même, il se lasso d’agiter une bannière blanchie par ïn poudre du passé; déjà il s’était fait le tribun éloquent de la liberté de l’art; mais ambitieux den exercer la dictature, il s’en prend aux hommes d’ autorité, tels que Cromwell et Napoléon , chante la gloire avec transport, et s’enivre d’une héroïque apothéose; enfin, tandis que fauteur des Méditations s’était enveloppé do molles et vaporeuses clartés, lui s élancé vers l’ O rie ni , patrie des couleurs éclatantes et de f éblouissante lumière, et y semble sous son end natal! Toujours il a devant lui un vaste horizon ou son œil embrasse à la fois d’innombrables objets dont il imprime les images à ses pensées; il n’est pas jusqu aux sons qui ne soient pour lui des apparitions ; aussi c’esL peu que les monts, les vieilles tours , les antiques Bubels , les modernes colonnes se dressent dans ses vers de toute leur hauteur , si dans sa prose il ne rebâtit une ca-
thédrale et presque le vieux Paris. À ces traits nu recojinaisseas-vous pas sans peine le ca roc 1ère de Tarlisle du cülxü?
Enfin, entre ces deux artistes, quel poèt£, portant m son front le signe ineffaçable de sa grandeur , mais désolé comme le prêtre d’un temple désert , tantôt se replie m lui-même, en haine d'une société qui le blesse , ^interroge sans cesse* doute toujours et sonde l'abîme de sa pensée; tantôt semble respirer en présence de la nature , et poursuit par de lointaines excursions les impressions de m scènes variées; lour-à-lour* s’abandonnant à scs médiations* cherche un fil qui le conduise dans le labyritilhe mystérieux de ses rêveries * et fait revivre avec une inépuisable profusion de couleurs les lieux divers qu’il visite; iufortuné pèlerin , errant, h la fois, sans but et sans espoir, & la lueur des éclairs qui sillonnent d’épais nuages, dans le monde intérieur et dans le monde extérieur qu’il nepeuî se lasser de parcourir; essayant, maison vain, du lutter contre une aveugle fatalité; semblable k Mazeppa, qui* lié vivant sur un coursier fougueux et sauvage* emporté milgré lui , voit autour de lui passer* s’enfuir, rouler les forèU, les plaines, les Heures , les montagnes, et sent succéder dans sa tête une foule de pensées qu’altère son vertige; vaste génie , éblouissant les yeux * enchantant les oreiller allant de l’un à l’autre de ces mondes poétiques* cornai rOcéan qui bat en même temps de ses Ilots les rives des deux mondes qu’il unit; tel est Byron !
Ah ! je vous Je demande, artistes dont ces trois pote sont dans notre époque les types hardis , la carrière que nous ouvrons h l’art n’est-elle pas la plus vaste qu’aucune religion ait jamais ouverte* qu’aucune liberté puisse souhaiter, puisqu’elle n’a d’autres limites que celles des tucultés de l’homme, dont elle exprima et favorise le dévelop*
peinent? — Vous, sachez, d'une voix mélodieuse , pénétrer dans les replis de la posée, célébrer les merveilles du monde uitélieeiuel , exalter la gloire de Dieu dans sa $0- «resse infinie ; faites répéter avec un enthousiasme plus grand encore que dans le passe t Il cuvcux (fut peut connaître!... inspirer la noble ambition de découvrir, sous la pompe et la magnificence de l’univers, comme sous un voile brillant , les lois dont l'admirable régularité préside h tous les mouvemens qui frappent vos regards; et faites espérer aux sa vans celte gloire grave et solennelle comme un jugement , dont P éclat modeste et sûr plaît à leur cœur* - — Vous * sache/, par une rapide succession de tableaux enchanteurs , mettre sous les regards la richesse, la fécondité de la nature; chantez Dieu dans sa beauté infinie; célébrez la puissance dr T homme qui façonne le monde extérieur à son usage et le dompte comme un coursier; dressez de nobles trophées à l'industrie; exaltez ! amour de ses pacifiques conquêtes , et faites briller aux regards firoage éblouissante de celte gloire qui couronne les vainqueurs aux applaudissement de la foule charmée. Vous enfin , sachez unir en vous les poètes divers ; attachez à votre lyre et plus large et plus haute les cordes empruntées l\ la lyre d’Orphée, à celle des prophètes ci du Dante; mettez d'accord entre elles ces cordes qui f jusqu’à ce jour, n’ont rendu que des sons incomplets et opposés; montez les au ton nouveau révélé par Saint-Simon; osez chanter alors I et, tenant à la fois attachés à vos acccns les savant et les industriels , célébrant Dieu dans Punion de l'homme et du monde extérieur, vous nous ferez entendre une harmonie ravissante, inouïe jusqiPà ce. jour; donnez , donnez enfin le signal h tous les artistes, et, prenant votre place l\ la tête de la société, marchez ! l’humanité suivra !
Oh ! que ne puis-je d'abord vous inspirer à vous-mc^ l'amour de cet avenir qui vous défend de maudire, de te g relier, de désespérer 1 Voudrez-vous donc tou jours ramasser la poussière du passé pour en pétrir de scmrfe divinités ou de fragiles oionumens que la foule ne visite pas? Toujours exhumer des cadavres , pour les livrer M'insulte , ou inaugurer la couronne sur leur front pâle et décoloré! Assez de vos idoles, toutes vieillies aujourd’hui; car devant ta gloire imprévue d'un Dieu nouveau /la gloire des dieux de la veille noircit d'un siècle entier* IN'icnîteï pas, n 'imitez pas ces artistes d’Éphèpç qui persécutèrent l'apôtre Paul et rejetèrent la loi du Christ parce qu'ils vivaient en fabriquant de petits temples de leur Diane*; h temple est tombé, et ceux-là seuls oui vécu qui ont suivi b loi du Christ; car Jésus venait soulager les misérable* consoler les affligés» rassasier les affamés I Ecoulez , écoutez h votre tour les gémissemens du plus grand nombre, écoulez : la société entière jette a pleine voix un cri k détresse, d’effroi, de colère! El vous que Dieu a faits pour enseigner uux hommes l'espoir, I amour et la paix » que faites vous? A quel rôle êtes-vous abaissés? Accusés dV voîr naguère accepté le patronage des cours , mijourdW vous subissez celui de l'oisiveté bourgeoise , dont vous vau* évertuez h flatter les caprices, à dorer les petits riens, it chatouiller les petites passions, tou r-M tour chantant, Latissant, peignant, sculptant pour clic, tandis que cc public blasé vous glorifie comme de divertissantes superflu! tés, et, tel qu un maître superbe, ne voit en vous, rois decouronnés, que de frivoles jouets bons à amuser ses loisirs! Vous -mêmes, enfin, vous abdiquez au point de ne pas dépasser à vos yeux celte taille de nains que vous infligent des pygmées ; vous, artistes, dont les productions sont h
vie et la gloire rEo la société! Aussi, fidèles quelquefois* au milieu de voire abaissement, aux souvenirs d'une gloire éclipsée, vous désespérez de fart déchu de son pouvoir; ou, si vous ave/ un plus noble génie, dédaignant d’accepter les caprices de la sociélé, vous prétendez loi imposer les vôtres, chanter pour vous-mêmes sans vous soucier de son suffrage, el , bâtissant votre poésie solitaire, vous résigner avec superbe au jugement de la postérité I Ah ! ne sentez-vous pas combien il est doux d'entendre à sa voix répondre un chœur nombreux, harmonieux concert ou le coryphée anime de son enthousiasme un peuple entier, et s’anime h sou tour de l'enthousiasme de tous! Venez, venez donc tous, les uns affranchis du joug des oisifs, les autres affranchis de vous-mêmes , venez faire retentir dans une société désolée une parole de for, d’amour et d’espérance! Alors vous serez glorieux et bénis; et ['inspiration ne sera plus pour vous celte eau amère et fugitive que vous trouvez à grand peine après avoir creusé un sable stérile et brûlant , mais s’épanchera comme une source inépuisable et vivifiante !
\ous tous, qiu voulez le bonheur de Phumanilé , quels que soient voire âge, votre sexe ? voire condition; nous vous appelons pour que vous veniez nous aider h rédifica- Lïon de ! ordre social dont notre maître a posé la base. Cet appel que je vous ai fait chaque fois que j3ai pris la parôle devant vous, je le répéterai sans cesse el sous toutes les formes, pour que, comprenant enfin comment nous nous sommes donnés tout entiers h Dieu , à l'humanlfë ? b vous, remplis à voire toivrd admiration et de reconnaissance pour la sainte mission qui vous est offerte , vous vous donniez à uou&, h I humanité', à Dieu, — - Je répété^ î cet appel peur
qu’il soit à la connu iss a ace de tous que ces euseigB®$Gtts organisés sur plusieurs points de la capitule , ces prédications régulières, ces publications nombreuses * ces journaux par qui nous entrons dans la politique du jour, ces missions qui parcourent la France et la Belgique , et qui bientôt porteront à l'Angleterre les premières paroles de l'alliance qui doit sauver le monde ; que tous dos e iïorls enfin sont de notre part au nom de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , une requête présentée b ceux qui veulent et qui peuvent travailler à son émancipation définitive. Tous nos efforts, c’est au nom de ces populations innombrables cjui souffrent , et qui, parcü qu’elles tbayài&u^ méritent plus aujourd’hui que les secours mesquins de la philantropie, plus que l’aumône impuissante de lu charité chrétienne ; c’est en leur nom une quête d’amour, de lumière et de richesses pour établir , le plus rapidement possible , l’ordre social oii toute richesse, toute lumière , tout amour, seront seulement a ceux qui tua vaillent.
Mais pour venir b nous, pour vous donner à nous, vous devez auparavant nous connaître* Or vous dites quelquefois : o Ces hommes ont revêtu leur politique d’un coutume religieux; mais ils n’ont pas foi an Dieu qu'ils nous annoncent. »
Le Bien que nous annonçons, c’est Yst monr infini qui, répandu dans l’univers , unit en une seule vie l’homme à l'humanité, l'humanité au monde*
Ce Dieu c’est celui qui , par les douces joies d’un père, oar les tendres soins d’une tuère , accueillait votre eutiée à la vie; c’est lui qui se révèle h l’ami dans son ami *àie“ poux dans son épouse; c’est lui encore que l'homme à sou moment suprême retrouve dans les adieux de* heureux
qu’il a faits : toudîans adieux , mystérieuse» promesses titre tour.
Le Dieu que nous vous annonçons c’ost celui que vous seules eu vous quanti vos coeurs sont émus eu récit d’une action généreuse , 1 au spectacle d’un beau dévotement, h fa vue de quelque être qui souffre et qui réclame voire appui.
Enfin, ce Dieu e’esl celui qui toujours a récompensé, par les bénédictions de l'humanité tout entière , ceux qui l’avaient aimé comme il veut être aimé , qui Lavaient aimé dans sa plus belle manifestation, dans l'humanité*
El cependant vous dites ; * Ces hommes iront pas foi au Dieu qu’ils nous annoncent !***. *
Écoutez! — Depuis le jour où Saint- Simon, quittant la vie, disait a son disciple : « Continuez mes travaux, j'en jouirai avec vousj le temps de la moisson est proche : l’humanité par vous me comprendra, a — * Depuis ce jour , six années aujourd’hui sont écoulées. Cet anniversaire est convenable pour vous montrer ce que nous sommes. Ceux qui ne savent répondre ù notre appel que par des accusations î réfléchies ou haineuses jugeront si leurs préventions sont fondées, — Ceux qui trouvent nos idées trop belles pour pouvoir se réaliser sauront où nous en sommes do notre utopie, de notre folio, de notre rêve. Toits enfin pourront connaître si nous sommes en effet une religion et si vraiment nous avons pris Dieu ati sérieux.
Mais pour bien nous comprendre , il faut comprendre aussi noire maître î c'est pourquoi je vous parlerai d'abord de Saint-Simon.
«Jésus ayant guéri un aveugle-né , les juifs demandèrent îi cet homme : « Que dites- vous de celui qui vous a donné h vue ? h H leur répondit : « C/esl un prophète. »
n Et comme ils avaient résolu que si quelqu'un mm\naissait Jésus pour le Christ il serait chassé de la synagogue ils firent venir pour la seconde Ibis celui qui nvalt été aveugle , et ils lui dirent : « Donnez gloire k Dieu, non* s a v o n s q ne ceL ho m m e as t lui pé cite ur . »
» Il leur dit : n Je ne sais pas si c’est un pécheur, seulement je sais qu’ayant été aveugle, maintenant j’y vois clair. ?
» Alors ils le renvoyèrent avec des injures, en disant:
« Pour vous, soyez sou disciple , mais pour nous autres nous sommes les disciples de Moïse.
» Nous savons que Dieu a parlé a Moïse; mais pour celui -ci nous ne savons d’oü il est. a
a Cet homme leur répliqua : « C'est ce qui est merveilleux: ({uc vous ne sachiez d'où il est , et que néanmoins il m’aît donné la vue. «
Or il y en a parmi nous qui étaient des aveugles -nés* ils n’avaient rien compris h I humanité ni au monde; il marchaient a tâtons dans la vie, trébuchant a chaque pas, appelant h grands cris la lumière qu'ils désespéraient dcjii de rencontrer jamais. Ceux-ci ayant entendu la parole de Saint-Simon ont été guéris et leurs yeux se sont ouverts.
Ils voient mamtcnonL I ils voient la route qu’a suivie l'humanité et le but qu’il lui sera donné d'atteindre , et, dam cette marche solennelle de la famille humaine, ib voient aussi la place que ta Providence leur avait réservée.
Et cependant quand- nous vous disons : «CcL homme dont la parole nous a donné la vue , c'est en vérité m prophète et plus qu'un prophète, car c'est lui qui est venu réaliser tou tes les prophéties* accomplir toutes les promesse* de Dieu » ,vous nous répondez : « Que pur lez -vous de Dieu et de prophète ? — Comment Dieu aurait-il parle pr h
bouche d'un tel homme? Nous savons que cet homme était un extravagant. »
Je pourrais bien vous dire aussi : n Je ne sais si c’était un extravagant , mais je sais qu’ayant été aveugle, maintenant j’y voisetnir; ce qui est merveilleux, c’est que vous le traitiez d extravagant , et que néanmoins il m'oit donné la vue, »
Mois je dois m’élever a des considérations plus hautes.
La vie du révélateur est toujours le symbole de Fore nouvelle qu’il annonce et comme lu figure fie sa doctrine. Aussi long-temps qu’il n’csL pas parvenu & communiquer aux hommes le feu divin qui s’est allumé en lui, les hommes ne comprennent pas cette ligure et ne savent pas lire ce symboles le révélateur est pour eux un pêcheur ou un extravagant , et comme ils ignorent encore que Dieu lui à parlé, ils ne savent pas <Toü il est.
Voyez Saint-Simon : lorsqu’il arrive au mande, la lutte entre les partisans de l’ordre ancien cl les novateurs est dans toute sa force.
Au milieu du désordre, son premier mot c’est que la lutte ne se terminera que par la révélation d’un nouveau principe-social j et dés ce moment la réorgansation de là société européenne, Fttttàm religieuse de tous les hommes divisés et ennemis devient le but de sa vie.
Et sa vie est déjà F emblème de cette union religieuse- , car i] y a en lui b h fois et le digne rejeton d’une des plus nobles tiges do F arbre féodal, et l’un des défenseurs do la liberté naissante en Amérique.
Et maintenant il cherche ! il cherche , b travers un saint désordre , les conditions de Y ordre nomma* et, par de sublimes écarts * la direction de la route véritable; et sa vie téut entière devient le type cl le symbole de celte porfeçli-
tnlité a mission de révéler aux hommes. « Ma vie, at— il dît lui-même, présente une série de chutes , et pourtant ma vie n’est pas manquée; car, loin de descendre , j’ai toujours monté. J’ai eu sur le champ des découverte» Faction de (a marée montante ; j’ai descendu souvent, mais rua lbrce as censi ve Ta toujours emporté sur la farce opposée* »
Il cherche ! et d’abord c’est aux savans qu’il s’adresse; il ouvre sa maison et sa bourse aux plus illustres professeur* de ricole Poly technique et de l'Ecole de médecine : il rucueille près de lui, dans sa propre maison » quelques- m de leurs élèves, qui depuis ont montré , par des succès de premier ordre dans la science, que Sàikt-Siuox avait ait moins su les choisir* De ces maîtres célèbres , de ces élèves déjà si riches d’espérances* S a ikt-Si mon sollicite chaque jour des résultats nouveaux, et jamais son importune ‘avidité n’est satisfaite* — Mais en lin que voulez - vous ? voici de la mécanique, voici de la chimie, delà physique, delà physiologie* — Encore ! encore! — En voie! encore,— Non , quelque chose 1 quelque autre chose I — Mais quoi donc P ~ Par exemple tin moyen de faire cesser celle lemble guerre, héritage sanglant de lu révolution , et de rétablir la paix en Europe ! — Un pareil trait était plus que suffisant à des physiologistes, à des physiciens , h des chi mistes , h des géomètres pour juger un homme en dernier ressort* Sxist-Simok ne s'est pas encore relevé dans leur* esprits d’une telle chute! Cependant , ayant connu de près les savons , il passa outre*
Mais ce moyen! ce moyen ! il le cherche partout, il fe demande aux artistes , aux industriels , aux princes , aux philantropes , à tous ; ne sachant pas encore que c’est dé uiisiïuj, que doivent sortir la doctrine et les hommes capü-
( ànj )
Lies de rétablir autour d'eux l'unité , l’ordre , l’harmonie.
Cependant tant de zèle et de courage no seront pas perdus ; l’unité religieuse viendra coordonnerct sanctifier ces immenses travaux. Saint Simon sait enlin tout ce que l’homme a besoin d'aimer , de connaître et de pratiquer ; il a une religion, il s’écrie : Je crois en Dieu,
Et vous, qui m’entendez ici le glorifier, pensez-vous qu il manquât de foi en Dieu , lorsque, réduit è la misère , tombé de chute en chute presque sur un grabat , mais enfin ayant touché le but , il repassait en sa mémoire lu route qu’il avait parcourue, et que, se trouvant méconnu et méprisé , il écrivait ces paroles remarquables : a Les recherches que j’ai dû foire pour bjcn connaître tous les vices et toutes les misères de mon époque m’ont beaucoup nui dans l’opinion publique; mais je suis loin de les regretter. Mon estime pour moi a toujours augmenté dans la proportion du tort que j’ai fait à ma réputation. J’ai tout lieu de m’applaudir de la conduite que j'ai tenue , puisque je me vois eu étal de présenter à mes contemporains des vues neuves et positives. 9
Le Dieu auquel il avait foi ne lui a pas manqué ; Saint - Simon mourant n’a pas dit, comine Jésus : « Seigneur, Seigueur, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Un homme était près de lui qui le comprenait tout entier et qui recueillait sa parole; et tandis qu’à vos rois , qui s’en vont , comme, yous dites, vous chercheriez en vain des successeurs, Saint- Simon trouvait un héritier à cette dynastie nouvelle, riche alors seulement du mépris et dp la risée dont les privilégiés du jour levaient poursuivie.
Je vous exposerai maintenant ce qu’est devenu depuisla mûri de Saint-Simon cel héritage, le premier héritage selon )e droit nouveau , Je droit de la capacité.
( oao )
il y ri six ans : aujourd’hui qu’uo homme se trouvait^ qui avait reçu de Saint-Simon la parole de l'association universelle. Celle parole , il brûle de la répandre. beaucoup sont appelés par lui* Mais beaucoup s’étant oppraeliés se reliront effrayés de Funmemité de la laciie qu’il leur propose*
Cependant quelques hommes d'élite , de ceux qui reftiseul de courber la leLe sous F inflexible niveau de la inédîocri té, hommes obscurs encore, mais qui, mûris a van Lie temps par de profondes études sur Fhistoire et la philosophie, sentaient fortement le besoin de mettre un terme h la crise qui dévore la société , Font écouté. Font compris.** Us le suivent 1 et il est content , car les hommes qu’il a trouvés sont des exceptions dans l’humanité 7 ils sont dignes de T APOSTOLAT,
Quatre années sont employées 5 des travaux d’élnho- Lion, de propagation , d’enseignement ; travaux qui cc valurent à leurs auteurs que le genre de succès auquel des hommes nouveaux doivent prétendre* Les hommes illustres et constatés daignaient les épargner par égard pour leur qualités de rêveurs* trouvant plaisons ces imberbes qui venaient régmita'lc monde * Lorsqu’une lumière inattendue sc lève, elle trouble toujours la vue de ceux qui sont accoutumés à vivre dans l’obscurité*
Cependant voici que les disciples se sont assimilé complètement la révélation du maître, et qu’en 3a perfectionnant ils ont embrassé sa conception tout entière. Mainte* nant ils pourront se débarrasser de tout cet appareil do logique cl de méthode positive qu’ils durent employer dans le commencement pour Satisfaire aux exigences du siècle. Maintenant iis ont fait assez de science pour être en droit dt parier de Dim * La doctrine enfin atteint une phase non-
velle, ce n’est plus une philosophie , c'est une reliu igpï» Il ne é’agil plus de réunir une école , iî faut fonder une société.
Or, une société , ce sont des chefs qui commun dent et des inférieurs ï\ ni obéissent. Quel autre sentiment , eroyezyous? quelle autre foi que l'amour de l'humanité et que la loi en Dieu peuvent donner aujourd'hui à des hommes la force de dite hautement ;« Nous hommes capables de commander 1 * El à d’antres : « Nous sommes heureux et glorieux d'obéir. ! b Car aujourd'hui, quand vous voyez quelque homme exercer son action sur d’an Ire s hommes pour les amener h l'exécution de ses volontés, les mots d intrî gant et de dupes vous viennent bien vite à lu bouche. Et comme vous 11e savez rien autre chose que votre monde , que voire société corrompue, vous avez raison ; car rhnmami est ainsi faite ; il y a des hommes qui ont pouvoir d'entraîner, de pousser, de diriger les autres, et il y a d'autres hommes qui ont besoin , qui sont heureux d'être poussés , entraînés , dirigés. G est pourquoi , là oir il n’y a point de but social , point de religion , point de foi en Die a, les puïssans ouï toujours exploité les faibles à leur profit. Les uns sont dupes et les autres fripons. Or vous n'avez, vous, pas de but social ; vous n'avez pas de religion qui vous lie, vous n avez pas de Dim dont vous exécutiez tous , suivant vos capacités diverses, Punique volonté; c'est pourquoi il n'y a guère de relation possible entre vous que sous la condition que je viens d'exprimer.
Mais nous ! mais avec moi mes frères et mes sœurs, mes fils et mes filles , nous tous sujets d'un pouvoir nouveau , uous savons qu'entre les mains de ceux qui nous commandent nous sommes des ins trame ns ! mais nous le savons , vous dis-je ! mais nous l'avons voulu; nous y mei tons notre
bonheur, notre gloire, notre vie. — Car dans ce monde où nous étions seuls auparavant , nous étions , comme voua l’êtes vous-mêmes , malgré vos prétentions contraires, de* iustruinens , mais des inslrumens abandonnés, perdus, sans valeur ! Nous sommes donc vraiment libres! car hooj connaissons notre obéissance et nous l’aimons. El pourrionsnous ne pas l’aimer, puisque ceux qui nous commandent chaque jour soutiennent noire faiblesse; puisque, avant de l’avoir éprouvée , celte obéissance, ils nous avaient donné leur amour; puisque enfin eux seuls ont su nous mettre en œuvre suivant notre capacité? — N’accusez donc plu* parmi nous les uns d’une ambition secrète, les autres d’un aveuglement épais : — car nous n'en faisons pas mystère, nous ne comprenons de progrès parmi nous que par l’accroissement constant de l’autorité paternelle des chefs et par la pratique de plus en plus complète de l'obéissance dans leurs inférieurs. — Car nous savons que par lh seulement nous aurons la puissance de transformer la société qui nous entoure, que par lè seulement nous pourrons nou> rapprocher du Dieu qui sait unir , dans un même amour, les faibles aux forts pour le progrès de tous.
El cependant vous dites ; « Ces hommes n’ont pas foi au Dieu qu’ils nous annoncent! » La loi , la volonté de Dieu, c’est que tous les hommes s’unissent en une seule famille où chacun soit placé suivant sa capacité ! Ehbieu ! avant de nous juger , apprenez donc è nous connaître , et voyei d’abord si nous savons pratiquer la loi que nous vous enseignons.
DlSCJPLB lit SAINT-SiMON , ilRRJTIRR pB sa promusse , vous êtes le lien qui unit la société nouvelle à Saint-Simom c’est par vous que nous pouvons nous glorifier de continuel sa vie , et c’est vous qui nous avez ouvert les portes de
layenir, — C’est vous qui pendant long lornps aviez dirigé loqs les travaux de la doctrine. Et cependant quand lu docjtrine atteignit une phase nouvelle, quand Vécole fut près de devenir une famill# t oit ceux qui seraient les premiers obtiendraient sur tous les autres un pouvoir suprême; tous , qui sentiez vivement ce prochain avenir, vous nous avez appelés aussitôt prés de vous; au nom de Saikt-Simqh, vous avez abdiqué la première place et proclamé chefs les deux hommes , entre ceux que vous aviez formés, donL l’uo ton offrait toutes les qualités nécessaires au gfuveriiment de la société naissante* Pour ce grand exemple vous serez h jamais glorifié* Lorsque, sous une autorité puissante et paternelle j la société tout entière sera organisée peur le progrès do la classe la plus nombreuse, la société entière béni ru votre nom , et tous aimeront h raconter comment vous avez le premier pratiqué la loi dont vous aviez reçu le glorieux dépôt.
Ali J vous tous qui voulez le bonheur de l'humanité , si vous hésitez encore à vous unir à nous , si de telles actions ne sont pas h vos yeux de plus saintes t de plus puissantes garanties que vos chartes écrites , garanties de papier t qui ne vous garantissent guère depuis quarante ans du despotisme on bien deTanarchie > venez nous voir de près et dans notre intérieur. Ces noms de chefs et d1 inférieurs vous répugnent , car vous aviez des chefs justement détestés près de qui l'obéissance était honteuse et flétrissante, Àh ! venez nous voir, car nous n’avons rien h vous cacher, et nos portes vous sont ouvertes; venez, et vous verrez que parmi nous les serviteurs sont des fds dévoués qui trouvent dans leur obéissance le bonheur, et les chefs de tendres pères dont tous les instaus sont consacrés au progrès de tous.
Et ne demandez plus si nous avons foi au Dieu que nous
annonçons. — Ohl si vous en doutiez encore , voyez ce que dans de faibles femmes la parole Saint-Simonie^ n pu faire, — Voire société n!a pas épargné latalomnie^ la nôtre , car c'est là trop souvent l’usage qu’on fait pririai vous de la liberté. One odieuse accusation nous fut lancée nu jour, revêtue de Finviolabijité parlementaire, accusation qu’un de vos plus célèbres génies , qui croit pouvoir du liant de sa solitude et du sein de sa lucarne juger lasQ. Ciété et pénétrer F avenir, naguère encore ramassa A&1& quelque obscur journal comme dans un égout impur , ne craignant pas de s’en rendre l’écho. Et pourtant dans le Tnênic temps une femme , une femme est venue seule se pincer devant vous pour rendre témoignage h la parole de Saint-Simon , à la nouvelle volonté de Dieu, cl bientôt usa voix quelques autres femmes se sont levées et sont aussi venues s’asseoir parmi nous , remplies d’une foira inébranlable que de fades plaisanteries n’ébranleront pas plus que de lâches calomnies; car Dieu est avec elles , et comme elles viennent unir leur voix à la nôtre pour prépar rcr 1 émancipation définitive des classes inférieures, elles n ignorent pas qu’elles obtiendront au moins l’amour et la reconnaissance de ceux qu’elles auront sauvés.
Mes sœurs, mes filles , au uoni de SaIxNT-Simoïï soyei bénies; si vous êtes venues prendre place dans mie m politique , ce n’est pas que vous ayez méconnu ta douceur que Dieu a donnée h votre sexe pour son plus bel ornement. Mais Sa jxt-Siuon , par la voix de nos pères, vous disait : a Ma politique, îl moi, c’est qu’il n’y ait plus des r aces privi légiéès et des races proscrites , des amis cl des ennemts, des étrangers e t des compaê*iotis , mais partout de?
PARMTfS,
(r Ma politique c est qu’il n’y ail plus des fU'Ufm et dès
esclaves t des seigneurs et des tieiïfs , des nouvel des
des èourg^W et fos prolétaires 3 mais partout des Zrai’tnï-
leurs associés pour le progrès de tous.
» Ma politique . c'est qu'il ny ail plus d'orphelins
abandonnés ni de vieillards délaissés ; mais qu'à ces pauvres en fa ns jamais il uo manque une nièce 9 ci qu'au travailleur qui louche au btii de sa carrière , il ne manque jamais pour lui fermer les yeux un tendre fils , héritier légitime de tous ses travaux. »
Et alors vous vous êtes levées pleines de foi j d'cniliou si as me et d'amour , et vous ayez dit : « Nous prendrons parl é celle politique qui ne veut plus d'orphelins abandon * nés ni de vieillards délaissés ; nous prendrons pari h celle politique qui veut partout des associés et partout des parons. »
Hommes eL femmes qui noos entourez , si notre voix n'a pas encore la paissance qui persuade; si vous n 'entendez pas que celte voix qui vous crie : sissocialion universelle , c est la voix de Dieu lui- meme qui vient vous révéler le véritable usage de celte liberté qui vous a tant coûté et qui si souvent vous pèse , au moins ne fermez pas les yeux h la lumière et sachez reconnaître Dieu dans le progrès de la religion nouvel le.
Celle salle naguère était exclusivement réservée aux plaisirs des classes privilégiées ; c’éLuît une salle de bal et de concert oit les heureux d it jour venaient goûter des joies inconnues au plus grand nombre. Aujourd'hui c'est un temple consacré è Fenèeigneinenl d'une parole religieuse. Ici désormais lu voix de Saint-Simon se fera seule entendre ; In voix de Saint-Simon qui s’adresse è tous sans exception» aux riches comme aux pauvres , aux faibles comme aux pnissaus.
Nous vous avons annoncé T un ion religieuse de toutes tes classes de la société ; eh bien 1 vous , que la providence n placées dans les classes privilégiées , voyez près de vous autour de vous ; c’est ici seulement que vous jouirez i'uw semblable spectacle ! Autour do vous , près de vous , et déjà jusque dans notre famille, il y a des b ouïmes deccHr classe si nombreuse et si pauvre h qui Sajpît-Sïmox est venu promettre surjette terre un meilleur avenir. Et ces hommes , pour mieux nous connaître r, consacrent déjà la plus grande partie de leur Jour, qui n’est pas un juin d’oisiveté, maïs de repos ! Car ce soir même, et ainsi tous les dimanches, ils reviendront encore entendre un enseignement qui leur est spécinlcmentdestîné.— -Et ces homme* nous amènent leurs femmes , leur famille ; et nous montrant leurs enfans , ils nous disent avec joîe : « Pères, voici ceux qui f par vous , recevron t selon leur capacité , cl qui, sans vous, n’auraient reçu que selon leur naissance, b
Hommes et femmes des classes privilégiées , ne voyezvous pas la tache à laquelle Dieu vous convie? Ne viendrezvous pas avec nous partager de si nobles travaux, et répondrez-vous pas à notre appel en accueillant cette qbetk d’amour, de lumières et de richesses, que nous venons vous fajrc en faveur de la classe pauvre, — Ahi venu;. A nous; et si vous craignez d’être, comme nous, méprisés, méconnus, calomniés par quelques-uns, tenez vos jeiu fixés sur Saint-Simon, Eu présence d’un tel homme, vous sentirez peut-être en vous assez de foi en Dieu pour vous dévouer comme lui et faire aussi quelque crédit h PhumanHc*
XXVIU.
QP1 NOUS SUMMKS.
Mês Fils, mês Filles,
Qu’ Après un long silence ce nom vous soit doux encore, ce nom oui, du moins un instant, vous rattache à la fa mille nouvelle; qif après un long repos mes forces ne trahissent plus mon zèle pour la propagation de la croyance qui seule peut vous enflammer d’espérance et de joie. Ce n'est pas b vous, témoins assidus de nos travaux, que j’ai besoin d’expliquer ma lassitude et mon épuisement. Et pourtant , je dois vous rapprendre , si ma voix avait toujours senti qu’h ses accons répondaient harmonieusement les tressaillemcns de vos cteurs, si, à chacun de ses ciforls pour pénétrer en vous, elle y avait éveillé de ces échos
puissant qui redoublent l 'énergie de la parole crénlriçp si enfin elle avait, trouvé dans votre assemblée un cliœmfidèle, prompt a s’unir à elle par ses irémîsscmens , et poussant du fond des entrailles, h la promesse du chis$e< ment selon la capacité, de la rétribution selon Icsœuvrc^ et de l’amélioration morale, intellectuelle et physique di la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, un solennel et triomphant amen; ahl soutenue , ranimée, excitée par ce touchant accord , elle ne se serait point arrêtée , ou m se serait interrompue que dans un délicieux enivrement! maïs éprouver au milieu de tous un triste isolement , mais donner, donner toujours et peu recevoir, mais bru tenVuu ardent prosélytisme , et ne pas voir se réfléchir vers sot, de vos iront s à leur tour illuminés , les rayons de la lumière prodiguée; telle a été souvent ma douleur* 0 Dieu! je n'ai pas douté de ta parole î mais je me suis avec amertume accusé de faiblesse, el vous-mêmes, mes (ils, mes filles, je vous ai accusés cf en durcissement aux cris de* infortunés dont ma voix était dans cette enceinte comme un lamentable retentissement-
Toutefois mon silence a profité aux progrès de mes fils; tour h tour , l’un tremblant de sa profonde émotion cl s’épanchant vers vous avec une parole tendre et poétique; [’autre t plein d’ardeur et discutant contre vous d’ime voix énergique et chaleureuse , ils se sont essayés à cette chaire avec succès* Je reviens donc à vous, heureux et fier à trouver en eux de nouveaux auxiliaires de notre tache immense; oui je viens h vous; car mes Pères , pleins de sagesse et de bonté, ont calmé mon impatience; et leur inspiration > d’accord avec mes pressentiment m’a tr^cé la route où j’espère , plus sûrement aujourd'hui, vous entraîner sur mes pas*
Et en effet ai-je lieu de vous reprocher , h vous et h moi* nrêmc, voire lenteur à répondre à nuire appel?
Jusqu'à ce jour j’ai dù, ainsi que mes frères, chercher à faire naître en vous la confiance dans 1 avenir par la réhabilitation du passé; afin de vous montrer comment ious les événemens se lient b. un vaste plan dont l’exéculion reste encore inachevée, j3ai dû esquisser en de rapides ébauches l’épopée de l'humanité , dévoiler le secret île tant de ruines dans celte loi invincible du progrès qui pousse les sociétés h briser successivement , comme d’odieuses prisons , les cités et les temples où d’abord elles avaient cherché un refuge et un abri; signaler , à travers ces luttes acharnées et sanglantes , la guerre reculant devant la paix, f esclavage devant la liberté, le désert devant rassocialion, l'oisiveté devant le travail, la haine devant l’amour; relcver enfin h vos regards ccs colosses des siècles écoules , Orphée, Hercule , Moïse et Jésus, Alexandre, César et Charlemagne, et vous les retracer armés de la lyre, de la verge, de la croix , de la maitôue, de I épée, guidant et poussant les peuples vers un but majestueux.
Eh bien! avez- vous refusé d’envisager Hnstoire du même œil que nous? Non; vous avez salué avec reconnais* sauce, dans les révélateurs et dans les conquérons, les initia leurs du progrès» et quelquefois meme il vous est arrivé, comme à des voyageurs eu face de ruines gigantesques, de battre des mains à une gloire antique retrouvée.
Et lorsque nous avons fait ressortir de I image du présent la nécessité d’une régénération, sur quel point nous avezvous démentis? Si on vous parlait de fégoïsme privé ou politique se blasonuant hautement de celte devise * Chacun chez soi f chacun son droit , vous le flétrissiez plus duremenL encore que nous* Dépeignait-on cette anarchie profonde
qui isole, les uns des autres les travailleurs , et translbrnu toutes les carrières eu de déplorables arènes, oii chacun, livré à ses propres forces , trouve uü piège pour prix de ^ crédulité , pour prix de sa défiance une chute solitaire et tombe sans consolation ou triomphe sans joie ; vous approuviez de toute la vivacité de vos souvenirs de la veille. Au tableau des angoisses poignantes dé Fincrédulil^'Am# ce poète martyr du scepticisme moderne , vous tronrie au tond de vos propres cœurs les secrètes morte rej du vautour qui rongea le nouveau Promélhée, puni non d’avoir ravi , mais d’avoir rejelé le feu divin J Sous le nom de mariage, démasquait-on ce trafic avilissant des femmes mnrchandées pour leur dot , et les amères douleurs d’une union flétrie ; vous dissimuliez, sous un triste sourire, fembarras que vous causait notre austère franchise; et toutefois ym refusiez de croire nu relâchement de Tumeur des piumu de leur famille, afin d’échapper h un dernier désenchantement. Enfin, lorsqu’on vous étalait voire liberté impuissante pour remédier aux maux héréditaires de la classe b plus nombreuse et la plus pauvre, impuissante pour secourir les peuples entraînés par l’exemple de la France , impoUwiiic pour dérober aux outrages ses plus généreux défenseurs, vous frémissiez ! Non , vous n’avez rien démenti , vous avez fait bon marché de votre époque, vous avez appuyé notre main sur chaque point douloureux, vous avez été innovant de nos traits, nt h chacune de nos censures nous avons reçu de vous un aveu formel , h celte chaire, inmtformée en quelque sorte en un confessionnal public oii vous accusiez du moins les antres , quanti vous ne vous accusiez pas vous -mêmes.
Ouï! maïs Taverne!. .. l’avenir vous laissait [raids, fians, incertains ; il vous apparaissait du ns une perspective
( âSi )
lointaine comme un mont inaccessible , enveloppé d\>b scurilé , et vous vous traîniez dans la vallée*
Soyez justifiés! Occupés de légitimer le passé et de constater l'insuffisance dit présent ÿ nous n’avions pu encore eue vous indiquer faiblement les chemins qui vous feront atteindre ce sommet éloigné* Maintenant que nous avons en quelque sorte «aligné le passé avec 1 avenir , et montré dans tous les âges h magnilique avenue du temple nouveau , sans jamais perdre de vue l'antique monument qui va grandissant toujours, nous saisirons, dans le présent même , tous les liens épars f obscurs et Ilot tons par lesquels il se rattache aux destinées futures, afin d en former un fil qui nous conduise au but sublime que nous ambitionnons.
Mais lorsque nous vous parlons de marcher ensemble vers Pavei# , sans doute vous avez besoin de connaître avec plus d’întimïlé ceux qui s’offreiU à vous pour guides; et si vous êtes déjà trop rapprochés de nous pour accueillir les grossières inculpations dirigées contre notre doctrine et contre nos personnes , vous devez du moins apprendre de nous à les dissiper avec facilité. Nous ne venons pas, prophètes voilés, vous conduire à travers les ombres vers un ténébreux séjour; mais, le front découvert, vous diriger, à la face du soleil, vers un inonde de lumière et de vie,
Laissoz-inoi donc aujourd'hui répondre h quelques -unes des accusations dont nous sommes l'objet. Ah! il ne nous suffit pas de trouver en nous-mêmes un profond témoignage do la moralité de nos actes et de U légitimité do notre croyance , pour noos raidir * dans un dédaigneux silence , contre de téméraires calomnies. S’il est beau de
s’envelopper de sa foi comme d’un manteau pour résister avec constance, il est encore bien plus beau de chercher sans cesse ù Fétendre sur ses adversaires, afin dapnï^ leur colère* Que les chrétiens aient déclaré que h vérité dont ils étaient possesseurs était étrangère sur la Irrrrct s’attendait h y trouver des ennemis; qu'au ciel était m origine , sa demeure, son espoir, son crédit cl sa gloire; qu’ils aient fait de leurs apologies autanL de dédaraliom de guerre plus ouvertes a la société, et quf appelant k leurs juges au tribunal suprême, ils sc soient écriés m un saint orgueil : Fous n ou s condamnez , Dieu nous abml; pour nous , dont la religion n'est pas réservée h grand/r dans un inorne isolement interrompu par d'impétueuses attaques , et h fleurir dans un ciel mystique , mais à s’enraciner et à fructifier sur la terre dont elle embrasse toulr la destinée, nous devons dissiper les nuages qui obscurci* Paîen t noire véritable caractère , afin que noire bannière, pure d v méfiance et de crainte, au milieu de IVffroyabli4 mêlée dont nous sommes témoins , serve Je ralliement aux hommes égarés.
Chaque fois que nous sommes attaqués , nous entendue se succéder contre nous des accusations diverses comme le point de vue des accusateurs* « Qu'cst-ce que les SainE- Simoiiicns? des philosophes, des athées», disentles uns; ft des chrétiens, des jésuites p , disent les autres. Écoutez; * Oi i sont , disait-on aux premiers chrétiens, où sont le* images de votre Dieu , ses autels, ses victimes, ses prêtres, et quel est ce Dieu , partout présent , inaccessible aux sens, devant lequel doivent s’anéantir loules les divinités en laissait! Ie ciel désert et la nature inanimée? Allez, vou* êtes des philosophes , des athées, — * Non , s'écriait-on d'au-
\re prarL j 11* tir croyance est une secte de la loi de Moïse : ec sont de vils juifs, de misérables pharisiens. & Ainsi fut irai té le christianisme.
Mais si celle profonde analogie entre le sort de celle religion et celui de la nôtre vous avertit de vous tenir en garde contre l’erreur ou entraîne la préoccupation du passé et (a difficulté de se familiariser avec l'aspect nouveau sous lequel Dieu est offert, jugez d’abord de la différence profonde qui sépare notre doctrine du christianisme, par la différence des objections suivantes ;
Souvent vous nous avez dit : Vous êtes des professeurs, des orateurs, des publicistes > vous n’êics pas prêtres. » Aux chrétiens au contraire on disait : «Vous manquez de science, de littérature, de connaissances politiques; vous êtes indignes de parler des choses divines , vous n’êtes pas prêtres* * Les païens ne pouvaient comprendre une religion dans le christianisme qui avait mission de se détacher de leurs sciences, de leurs arts, de leur politique , afin de les renouveler; et vous , vous ne pouvez comprendre une rcïî gîon dans notre doctrine qui a mission d’embrasser la science , Ira poésie et la politique , afin de les régénérer.
En effet Jésus venait convertir l'humanité de l’aiiiour, de la science et de la pratique de l'aspect matériel de sou existence, à l’amour, à la science et à lu pratique de l’aspect spirituel de la vie ; symbole d’une seconde créa Lion de I homme , il était le nouvel Adam» Ses disciples , malgré la décadence des révélations précédentes, ne pouvaient donc triompher que par l’énergie do leur réprobation , de cette société païenne que les traditions de ses rites multipliés et son asservissement h ses passions divinisées tenaient enlacée dans les nœuds desséchés de sa religion expirante.
Aussi frnppiuciilMIs !o monde d’un étonnement &nm mêlé d* une sorte d'horreur.
Ils déclaraient aux païens que toutes leurs religieus étaient d’extravagantes erreurs cl d’épou van tables supersll Lions , et eux , foulant aux pieds la statue de Jupiter tonnant , ils adoraient sur la croix leur Dieu mort coamie m vil criminel. Loin des éclatantes solennités drs temple magnifiques qu'ils fuyaient avec a boni î nation comme le* monumeus du culte des démons t ils couraienL se profiterner au fond des catacombes. Spectacles * jeux du cirque , laides chargées d’offrandes consacrées , parfums et courënnes de fleurs, ils rejetaient tout, et, enveloppÈsiTim sac, le front courbé sur la cendre, détestant leur vie passée comme une longue souillure , ils signalaient leur conversion par le sacrifice du vieil homme. Quiconque fait la volonté de mon père (/tu est dans les deux , cdut-là est mon frère t ma sœur , ma mère f répond aient-ils h leurs parons affligés , cl dans leurs caresses les plus têtières ils redoutaient un piège de Satan; et ils ajoutaient avec Jésus; Quiconque n'est pas avec moi est contré mot* Jaloux Je rompre tous les liens, ils insultaient à l’opulence par le dédain de ses jouissances , à la pourpre par les haillons , h h gloire par rhumililè, au inonde par la soliLude f b l’ urbanité par un mépris farouche do tous les usages , au plaisir par h pénitence, à la science par une sublime ignorance , aux arts par une sauvage rudesse; et leurs anathèmes j précurseurs do la brutalité des barbares , désignèrent en quelque sorte ta civilisation profane b une impitoyable t destruction. Tous les fléaux, guerre, incendie, inonda» lion , pesle, famine, selon eux chat! mens envoyés par Dion b un siècle pervers, trouvaient dans leur joyeuse résigno^ lion, au milieu de la désolation générale, une apparence
( ooô )
d’ accueil et de complicité. 11 n’était pas jusqu’à la ruine du monde qu’ils ne semblassent conspirer, par l'annonce réitérée de sa fin prochaine; et lorsque , montrant ou jour leurs fronts pâlis par le jeûne et par leurs veilles noqfcur nés autour des tombeaux, ils proféraient les menaces des supplices de l’autre vie, et ne réservaient qu’à eux seuls les palmes éternelles } on eût dit qu ils avaient pénétré dans les secrets de la mort Enfin la croix qu ils apportaient au monde ne pouvait s’élever que sur des ruines mandiles, et devaiL dominer de son ombre lugubre tout ce qu’elle no renversait pas*
Est-ce donc là le langage que nous tenons, nous qui * nous mêlant incessamment à la société, la poussons sans cesse vers sa transformation; nous qui ne disons pas: « Brûlez ce que vous avez adoré; d mais, « Agrandis- » sez , embellissez encore ce que vous adoriez»; nous qui avons souvent fait l’apologie do ceux-là même qui se nommaient nos adversaires, et avons pu dire, on appréciant la liaison de leurs efforts avec les nôtres, an contraire des paroles de Jésus : Cdui-là même qui est contre nom * à son, inm est mec nous? Àh 1 c’est que notre religion, au lieu de jeter sur le passé un voile ténébreux , signale dans toute Fépoque antérieure une série de phases toujours plus lumineuse» , ne voit ni dans les croyances précédentes , dont la succession correspond à une lie tireuse succession de progrès, ni dans les philosophies qui les ont renversées , l'oeuvre du démon , mais ltouvre de Dieu lui-même; c’est qu’enlin elle u’apéonlit pas Ions les dieux anciens devant son dieu nouveau , mais apprend à l'humanité à adorer désormais Dieu , qu’elle a honoré sous mille noms divers et sous ses aspecLg différons , sous
lu face matérielle et sous la face spirituelle h ta fois, son unité majestueuse , indivisible , infinie!
Cependant pour n'ètre pas chrétiens , nous pourri^ n'èlre que des philosophes.
Non : voici venir ceux qui philosophent au nr>m i,> Saint-Smon, dont il se proclament les héritiers légitimes Se traîner h la remorque de la métaphysique révolutionnaire , mériter, par une timide transaction avec le passé et le présent, les caresses du catholicisme, les faveur* de la démocratie, et qui sait même, peut-être le souffre de l'oisiveté privilégiée, peu alarmée de solitaires spéculations; telle est l'œuvre philosophique ! Mais avoir l'audace de se séparer de tous les rangs , aiîn de tendre la mm k tous; mais brûler du désir impérieux de remédier db a présent aux maux de la société; mais , attachés h ce but commun, former une véritable famille où les uns commandent, ou les autres obéissent, tous avec amour; ali 1 ce n'est point une œuvre philosophique , c'est une œuvre religieuse, et telle est la nôtre.
Oui , nous avons regretté parmi eux surtout un homme ou cœur généreux, artiste passionné, dont la brûlante faculté s'égare dans les obscurs détours d'une prétendue science nouvelle; nous avons gémi de son éloignement et de son erreur. Mais f puisque ces hommes qui honorent dans Saiixt-Siwojn- un nouveau Socrate , se disent chargé de préparer philosophiquement la venue du nouveau Messie r et nous accusent d'avoir prêté h notre maître , » notre père, les proportions sublimes de révélateur, eiIiii d'usurper celles d'apôtres, il faut bien le leur dire, ils n'ont méconnu dans Saint-Simon la majesté de la révélation que faute d’avoir trouvé en eux la grandeur de
I1 apostolat. Près deux un hoiüBie a Passé • Portant sur soji front le signe divin, et eux, obstinés à l'attendre f/uand la poussière de la roule ci la profondeur de sa trace attestent son passage, traînards égarés, ils se croient ses précurseurs. Ils n’ont rien appris des Juifs ! L’astre s est levé, et ils commencent à déterminer par leurs ténébreux calculs r heure de son apparition. Ils se vantent de raisonner , parce <[u 5 ils se sentent incapables dagîr, sans songer que si faction, indépendante du raisonnement, est une aveugle brutalité, le raisonnement , qui n’a pas pour but une acLion, tombe dans un aveugle mysticisme* Enfin ils nous insultent avec une verve étrange de colère , sans doute parce qu'il est plus permis à des philosophes qu a des prêtres d’injurier et de haïr, Ab 1 qu’ils jettent les yeux autour d’eux , et qu’il disent si tous les signes des temps ne s’accordent pas à déposer de P avènement d’un révélateur. Lorsque Jésus naquit, César venait b peine de consommer la victoire du plébéianisme sur le patricial , et les philosophes n’avaient pas porté la main jusque dans les sanctuaires des temples* Et le révélateur nouveau n’aurait pas encore paru, lorsque déjà la France, par la révolution, génie aux cent noms , a rasé l’édifice féodal et religieux du moyen âge , par Napoléon , a propagé en Europe ec vaste mouvement de destruction ; lorsque abandonnant à une tempête de trois jours le tronc déjà déraciné, et pour la dernière fois extirpé, oii se mourait le passé , clic proteste aujourd’hui contre un reste tfe privilèges odieux maintenus dans la pairie; lorsqu’elle exhale, par la voix de ces poètes, la tristesse * le scepticisme, le désespoir, qui empoisonnent Te bonheur envié des classes supérieures , et atteste enfin par de sourds gémis semons et des concerts philantropiques , par de> émeutes et des lois, la misère profonde des classes infé
rien ces ! quoi donc I à tant drinfortnnés laudrait-il iju ï leur exemple nous vinssions dire : * Prenez patfrmee ; nous n ne pouvons rien pour vous , mais nous frayons la voit »à votre sauveur* Le jour viendra , quand ? nous no sa- » vous , mais il viendra le jour où vous entendrez le signal h de votre salut. Vos fers vous meurt rîssen L ? consoloz^vous f » nous tirons du fond de k mine le métal dont il doit for* a ger son sceptre libérateur. Vos temples sont déserta? 3 nous bâtissons b petit bruit une école d’où sortira fM- » ficaleur du temple nouveau. Vous souffrez de la fmgik « de la soif? voyez ; voilé que nous nous promenons m " les rives du Gange et du NU , et que nous rapportons île » leurs bords lointains les Ilots où doit s’abreuver le re- » velu Leur avant de vous Inver du nouveau baptême. » Voyez ; voilà que nous interrogeons tous les mtmumens » de il u de et de T Égypte 1 Nous secouons lu poussière <b w bibliothèques; nous fouillons même jusque dans [a Chine] » Vans languissez, vous expirez dans les souffrances cl dans » le désespoir:1 réjouissez-vous! nous avons exhumé des mo n miefirj déchiffré des hiéroglyphes mystérieux t et l'œuvre » s’avance. Ab! prenez patience; ce fruit divin * ce fruit » initiateur veut mûrir dans sa saison , après que farbre
* s’est lentement fortifié et complètement développé* Es-
* pérez : le germe est en terre , encore quelques siècles, » et l’arbre portera son fruit, w Àh 1 loin de nous la pensée d'accuser d'inhumanité ceux qui se refusent à voir dans SAïflT-Sinoj* le Révélateur ! Mais que notre 'miséricorde pour les maux dont nous sommes témoins ait tant de longanimité; que, la main sur le cœur palpitant et désordonné de lu victime défaillante * nous nous amusions à soutenir des thèses en nous refusant à croire h la vernie du Sauveur; non , nous ne lo pouvons 1 Non, ô mon Dieu!
Ld n’es pas si lent h secourir, et lorsque retentissent des cris de souffrance et de détresse , ton envoyé a paru, Dana Ion inépuisable bonté, lu étouffes les plainte» dans des actions do grâces , les accrus du désespoir dans des chants Je jnîe et de bonheur! Tu n’es jamais attendu; lu préviens toujours. Toujours ta révélation devance les vœux de lu plus grande partie des hommes qui long-temps se défendent contre tes bienfaits, en continuant à l'accuser de cruauté jusqu’au jour oit 1rs disciples de ton messie , au prix d’une courageuse persévérance , dessillent leurs yeux aveuglés !
Ainsi, pleins d’amour et de confiance, déjîi nous commençons h agir, et vous, vous dissertez , vous discutez, vous commentez. Pour vous , point de brise qui gonfle vos voiles et vonà polisse b un port désiré : irrité de notre audace , que vous ne comprenez pas , vous nous menacez de la tempête ! Ah ! nous sommes sans crainte , et , vous le voyez, sans colère, car je vous le dis, en vérité, Saint- Simon dont nous vous avons appris la doctrine et jusqu’au nom, Saint-Simon est avec nous !
Oui, Saint-Simon est avec nous, Saint-Simon révélateur d’une religion nouvelle,
A ceux qui voudront approfondir la légitimité de notre croyance, nous répondrons par nos livres, nos enseignetnens et nos prédications ; à ceux qui se hâtent de nous calomnier nous- mêmes, nous pouvons répondre dès ce jour: car est-il nécessaire , pour montrer qui nous sommes, de nous caractériser tous? Pour savoir ce qu’est une société , sachez quels sont ses chefs. Telle la solidarité profonde, intime, indissoluble, qui nous unît, que tes en fans n hésiter o ni pas, si leurs pères sont trouvés forts, b s’écrier : Gloire b nous- mêmes !
Mes Pères, vous queDosp réservait h rhonncurde.com* mencer la conversion de la société, l’avez^ vous donc traversée sans l'aimer, sans la connaître, sans la pratiquer? Non. Avant de vous détacher de ses liens vieillis pour en former avec elle de plus sacrés, vous deviez avoir mmù ses Lorncs et vos forces. Voici le temps oü s’ouvre poürreüî la carrière du dévouement. C'est dans ce moment solennel qui marque une phase de la double destinée du révélateur et du guerrier. Saint-Simon , arrivé au terme le plus élevé de sa carrière scientifique , qu’il avait parcourue à tli: géant, après avoir vainement tenté, en s'adressant^ Napoléon, d’opérer, par la science, la régénération pacifique k l'Europe, pressentant la chute du colosse et le retour k la paix , va s’élancer dans la carrière industrielle, et continuer le cours de ses vastes progrès. Napoléon, dont 11mission se borne h la destruction du vieil état social et ne s'étend pas à la fondation de l1 association nouvelle , celte tache accomplie, recule devant les peuples conjurés , et va abdiquer le sceptre avec la victoire. Alors, mes Pères, vous, dans les rangs de l'École polytechnique, vous, parmi quelques citoyens courageux , vous courez au combat, indignés de voir la métropole de la civilisation, près de tomber au pouvoir de nations tant de fois vaincues et de hordes encore sauvages. Àh ! qu'on cesse de nous di^mander compte de notre amour pour la liberté et la patrie! Saint-Simon a, de son épée* servi cette cause en Amérique, et, sous les murs de Paris, nos pères ne lui ont pas manqué.
Mais tandis que la paix, achetée par l'humiliant retour d'une race déchue, favorable aux études philosophiques ci au développement du travail , permet h Saint-Simon dt; proclamer l'industrie l'un des élémens fondamentaux des
sociétés modernes , et lui suscite la pensée de tenter , pour le bonheur de tous, la conversion industrielle de la vieille royauté féodale , mes Pères , que la ite^vous?
Allez-vous, comme de froids savans , vous renfermer dans les recherches de Pérudïtïon et les abstractions de la métaphysique?
Vous, mon Père (1) , arraché h vos méditations par une généreuse activité , vous organisez en France cette association secrète, dont le nom seul semblait mie déclaration de guerre au pale drapeau du passé; et, marchant h côté de Lafayettc, clans ceüe route périlleuse que vous avez ouverte ii plusieurs des partisans aujourd’hui les plus exaltés ou les plus timides de la liberté, vous exposez dans les hasards de celte longue conspiration une vie que les juges dévouent h l'échafaud*
Vous, mon Père (2) , étranger aux mouvemens du libéralisme, vous embrassez, dans un calme fécond, les conceptions philosophiques et industrielles , vous les sondez dans toute leur profondeur, afin de découvrir la valeur de leur application sociale; et, poussant à bout les combinaisons de ces théories, vous cherchez, par vos eiïbrls créateurs , à donner la vie à ces systèmes inanimés*
Ainsi tous deux vous aspirez h une régénération de la société, l’un en essayant d Exprimer des systèmes le baume salutaire, 1 -autre en expérimentant le libéralisme; dominés tous deux par une vue politique , vous agissez , l’un surtout, sur les idées, afin d’agir ensuite sur les hommes; l’autre surtout sur les hommes, afin de les pousser
(I) Le ]>i>re Itazanl.
('£) îïoirc père Enfantin-
à ht réalisation des idées : lotis deux enfin s après nvm épuisé et J es hommes et les idées , vous vous reueoiUi-7 près du disciple; cor déjà lé mai lire a louché h but ci trouvé un Heu sublime eu Ire la science et l'industrie. Voire mission va commencer; vous étiez prêts pont elle. Entreprendre de concert avec le disciple la propagation de la doctrine nouvelle par le Producteur ; à celte publication , qui déposa d'heureux germes f faire succéder un premier enseignement solennel ; créer une association çi y occuper le premier rang aux acclamations de tous , cl surtout de rhériliejr direct, unique de SjUTïT-Sniojr ; rallier à f amour et au respect de la hiérarchie de jeunes kumnito nourris dans [’indisejplme du libéralisme cl d eus la studieuse indépendance de la philosophie ; se faire aimer de tous, afin d’apprendre à tous à s’aimer entre eux; fonderie temple oit retentît la prédication , f école et ses nombreuses succursales où ne cessent jamais les leçons, des jounjBUX qui portent au-dehors uolre parole , dos missions qui parcoure ni la France et interviennent d l'étranger-;, animer sans relâche d’une puissante inspiration ces nombrctixlravaux; et, pour suffire à cc déploiement d’activité, enlever h leurs professions et aux fonctions diverses dont f École polytechnique est la première entrée , des hommes mn renoncer» tsa ns hésiter à des avantages positifs, à une considération assurée , pour courir une carrière où les attendent d’abord f injure cl Je mépris; déterminer des, ptutfp pleins de tendresse à adopter la foi nouvelle, c’csi-Wire ii sc donner h elle , eux, leurs enfans et leurs biens avec une inébranlable sécurité, que ne vous procurent jamais Am le monde les garanties les mieux cimentées ; améliorer chaque jour, par le classement selon la capacités t la rétribution suivant les oeuvres , le sort moral , intellect lu: J et pli y*
si(|(le *Cs membres de la famille; commencer dans celle même enceinte l'instruction des ouvriers qui viennent y chercher une parole d'amour et d’espoir ; recevoir enfin de l'associa Uon toujours croissante d’unanimes bénédictions ! et tout cela l’avoir accompli , non pas à la faveur d’une doctrine secrète , mystérieusement enseignée , mais» vous le savez » à la face des hommes que leur voix ne cesse (rappeler hautement ; lavoir accompli malgré de nombreux obstacles, en dépit des attaques du ridicule» du mépris et de la haine, dans un espace de six ans et sans le prestige <f im nom déjà fameux et sans les ressources de la fortune 5 voilà ce qu’ont lait nos Pères !
En fans do Saint-Simon , ohl vous pouvez sans doute» après que vos pères ont été trouvés loris» vous écrier * Gloire à nous ! Mais vous aussi» vous qui, à leur voix puissante , du sein des écoles les plus célèbres» des facultés diverses, des carrières scientifiques , de l’armée » du barreau » des ateliers de fin dus trie, des retraites littéraires , êtes accourus vous réunir sous une bannière commune; vous aussi vous pouvez montrer sans rougir ce que vous avezété» ce que vous êtes devenus : et, après avoir à votre tour été trouvés forts , vous écrier : Gloire à nos pères 1
Et que vieul-on nous reprocher de ne point porter la livrée de la misère comme les apôtres chrétiens? IVesl-ce donc qu’à des hommes exténués parles austérités de l indigence et de la macération , et revêtus de haillons» que sied Paurêole de Taposiolat? Mais devant de tels apôtres reculeraient à ta fois les classes privilégiées et les classes inférieures , comme devant le symbole d’011 état social également antipathique aux habitudes fies unes et aux vœux des autres l Àh \ lorsque notre religion , loin de prêcher le détachement 4m biens de la terre» sanctifie les progrès
de l'industrie et réhabilite la richesse comme prix du |r?j vîiil , ce que nous avons h montrer aux yeux de Um c’est une association affranchie de tous les privilèges h naissance, appliquant dans son sein le classement selon la capacité et In rétribution selon tes œuvres, remplaçai peu à peu les souffrances par des jouissances momies ? jn tectuelles et matérielles; travaillant à les accroître en b faisant partager a un plus grand nombre d'hommes, jjilouso enfin de s’embellir des merveilles du luxe et de ]a pompe des arts , et de se rapprocher de plus en plus à I» société de t’avenir dont elle est le brillant symbole! Tandis que le catholicisme ne s’est soutenu dans la société moderne qu’à la faveur de la transaction que kjésuitime opéra entre la rigidité du dogme et les besoins n ou veaux des peuples émancipés , lorsqu’il ne tente aujourd’hui de se relever de sa chute qu’en se profanant au point de, balbutier la langue de toutes les sciences et de tous les intérêts sur lesquels pèse l’anathème de la chair, vouloir qu’une religion nouvelle affiche la pauvreté et parodie l'antique apostolat, l'anachronisme est étrange! autant vaudrait lui rendre les lions du Cirque.
D’ailleurs ces apôtres chrétiens , dont vous prétendez nous infliger les exemples, ne se son hile jamais arrogé un droit sur les biens de leurs convertis? N'éiuit-cepasà leurs pieds que les nouveaux prosélytes apportaient le prix delà vente de leurs biens? et s’ils osaient en retenir une partie T par un miracle de saint Pierre, périssaient ÀuonieelSa* phîrc.
Mais non I appelez-nous du nom de spoliateurs. N 'avezvous pas dit de Saint-Simo« qu’il mendiait? Le matin mendiait , les disciples dépouillent ! Oui, Sajnt-Simos J mendiait , mais comme Christophe Colomb mendiait nu
voîsseaa pour donner un monde ! Et nous , nous dépouillons ! mais pour propager, étendre, multiplier par nos ensoignemens, nos livres, nos missions , la lumière nouvelle ! mais afin d'enlacer dans des milliers de bras la vieille société agonisante qui se débat dans d’affreuses convulsions*
Enfin , ne voyez-vous pas que déjà sc pressent autour de nous de nombreux ouvriers qui , froissés , humiliés , souflrans , viennent chercher des paroles de consolation et d’amour près de ceux qu’ils saluent avec une si naïve clfusion de cœur , du nom de père , du nom de mère ? mot bien doux pour leur bouche habituée à prononcer le nom de ma%e! Ne voyez -vous pas que, satisfaits d’un espoir rîaot sans se flatter de goûter les bienfaits Je sa réalisation, ils réclament du moins de nous pour leurs enfans une éducation qui soulève le poids fatal du hasard de la naissance , et pour leurs en fans du moins attendent de nos progrès l’acc ompUssenject de nos magnifiques promesses ? Ail I en présence de besoins si douloureux , si légitimes , si puissans , nous avons plus que jamais hâte de dépouiller.»*., avec plus de gloire encore que Saint- Simon ne mendiait; car, plus heureux que lui, nous voyons accourir à nous de nombreux et fidèles disciples, et Ton nous apporte avec amour, et Fou nous demande avec amour , parce que nous donnons avec amour î
l'éducation
Nous appelons tous les cœurs généreux à l'accomplissement de l’œuvre politique et religieuse la plus importante qu’on puisse concevoir* Sur les débris d'une société qui chaque jour se dissout davantage, édifier une société nouvelle où chacun soit classé selon sa capacité et rétribué selon ses œuvres , telle est la mission que nous avons reçue de notre maître. Car Saint-Simon n’appelle pas les hommes h lui pour leur dire seulement : v Allez et enseignez! s Dans chacun de scs ouvrages , et par la voix de chacun do ses cnluns* fi leur crie : h Venez et organisons! n
Jusqu'à présent nous nous sommes appliqués principalement, dans nos prédications, h vous tracer le tableau brillant do l'avenir , et à vous montrer dans Histoire k tendance progressive de Humanité vers l’état déûnitil1 qup nous vous annonçons. Mais îl ne nous suffit pas qu’oa reconnaisse en nous la faculté d'imaginer un ordre social à la vérité très- désirable , ou bien celle d'ordonner, délier dans un système heureux tous les faits du passé; car nom ne réclamons pas seulement le titre de sa vans et h qualité de poète. Si noire science n’est pas nue fulîliié, ù notre poésie n'est pas un rêve, nous devons prouvera® nous sommes en étal d’utiliser les enseignemeus de 1W et de réaliser les promesses de Fan Ire.
L'ordre selon la capacité doit remplacer âéfuûLivement l’ordre selon la naissance* Par quel moyen F ordre selon b capacité pourra- L- il s'établir et se maintenir? Par quels moyens pourrons -nous l'établir et le maintenir? Voilà ce que je veux commencer de vous expliquer aujourd'hui.
Pour faciliter ma lâche, je dois vous faire avant tout une large concession. À classer les individus selon leur capacité, à les rétribuer selon leurs œuvres, il y aura, je le confesse, des difficultés qu'on ne rencontre pas dans un ordre social où c'est le hasard qui décide pour chacun k sa première éducation , de sa première instruction, è sa première richesse. Mais cet ordre social oii vous vim et que nous venons remplacer, si simple et facile qu’il paraisse en théorie , est-il donc si commode à l'application , est- ït si favorable au plus grand nombre; surtout est-il tellement stable, qu'aux yeux même de ceux qui s'y trouvent le mieux partagés , il puisse être inopportun don chercher uu meilleur ? Souvent déjà nous vous l'avons prouvé , F ordre actuel est sans prévision pour ceux qui
travaillent- Les artistes , les savans , les industriels y sont livrés h leurs propres forces, et pour un petit nombre qui parvient h grand’ peine h percer la voûte fatale qui pèse sur ja classe la plus nombreuse, et qui la Lient isolée des lumières vivifiantes de la civilisation, il en est mille qui s’ignorent eux-mémes , ou qui , méconnus de leurs semblables, sont étouffes et perdus dans la foule* Il y a dans la nature de cet ordre qu’on nous vante quelque chose de profondément immoral î car c est toujours sur les travailleurs que retombent les désastres publics; à ce point que, pour se soustraire aux chances funestes qui do tous cotés entourent le travail , chacun d’eux achète aussitôt qu’il le peut, avec le titre de propriétaire, les privilèges et les garanties que nos lois accordent seulement h Yoismte opulente. Maïs celui même dont le succès a couronné les efforts , celui qui vient d’échapper aux orages en abordant au port si désiré de ta propriété , jouît-il dans une poix profonde du fruit de ses labeurs ? Non I la misère croissante des populations qui travaillent et qui ne possèdent pas est toujours près de lui comme une menace terrible* Il est à l'abri du naufrage; il a pris terre! mais derrière lui mugit une mer indomptée quî semble toujours prèle à submerger tous ses rivages, ci qui n’épargnerait pas le champ même qui fui payé du travail le plus légitime.
L’ordre actuel est défavorable è tous sans exception ; c est pourquoi nous venons enseigner à tous les moyens de le transformer; ti quelque rang que chacun de vous soit placé dans la société, que notre position devant lui soit donc bien établie , et que nid me se méprenne sur le caractère de notre mission.
Hommes et femmes des classes privilégiées ! vous à qui ta Providence a donné le bienfait de [ éducation , del’iu-
slruction , de la richesse, écoutez! Vous n’êtcs pnr sans ii voir éprouvé souvent une compassion vive pour les souffrances morales et physiques de la classe la plus nombreux Quand vous étiez penchés sur le berceau de vos jeunes enfans qui viennent si hrillans à la vie, vous pensiez quel* quefoïs a tant de malheureux qui n’ont pas de pain pour les leurs , qui manquent , hélas ! pour leurs pauvres enfant. de feu, d’air et de lumière* — Oh! quand vous entouriez de soins délicats, de prévenances empressées , [es dm jours d un père ou d’une mère, vous avez songé souvent à tant de malheureux qui, pour n’étre pas dévorés parla faim , lorsque leurs vieux parens sont h l’hôpital ou sur quelque triste grabat agonisans, sont forcés de les laisser seuls, seuls, ô mon Dieu! et d aller chercher de tourna r. quand ils voudraient ne s’employer qu’à leur fermer doucement les yeux* — Alors vous sentiez vos coeurs sc gonfler d’une sainte pitié; alors vous vouliez voler au secours de tous ces malheureux; car vous sentiez confusément ,que ce ri est pas le hasard qui vous a fait riches et puissans; vous sentiez dans vos cœurs que Dieu vous a destinés à conquérir l'amour de tout ce pauvre peuple , en .vw donnant les moyens de. le sauver !*, . Hommes et femmes des c lasses p r i v ilégiés> je vous p ri e , q u ’é 1 es * vo us vernis faire en celte enceinte ? — Voir des baladins comme on l’a dit quelque part , se donner en spectacle nu public, ou peut-être entendre , comme en un cercle académique, quelque brillant discours ! Oh! vous êtes venus ici pour quelque chose de mieux I — Ecoutez ! — Quand vos Ctfiurs se gonflaient d’une sainte pitié , quand vous vouliez travailler à changer le sort du peuple, ou venait vous dire r * Le pénale! mais il brise en Cornouailles toutes les ■macIi'ÎBCSj il pi Ile, -il incendie les ateliers et les müniifaclïires. Iæ peu-
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plo I mais à Bruxelles , il poursuit des citoyens désarmés cl Jes immole avec rage. Le peuple ! mais il est dans vos rues , tumultueux , aigri , irrité, l’injure et la menace h la bouche!» Et alors vous faisiez taire voire pitié; alors, pour éviter d’épouvantables maux, vous consentiez qu’on maintînt a tout prix ce qui est, jusqu’au jour, si pareil jour devait jamais venir! où , mieux instruit sur ses vrais intérêts, le peuple n élèverait plus , pour réclamer un meilleur
sort , qu’une voix calme et pacifique . Eh bien ! ce jour
est venu! Nous sommes les représentons de la classe la plus nombreuse. Je vous le dis, en vérité, nous sommes devant vous la voix du peuple, sa voix calme et pacifique; sa voix qui ne vient pas avec une servile humilité, comme au temps des chrétiens, demander une aumône stérile; qui ne vient pas avec colère , coin me en des jours de triste mémoire , réclamer une égalité mensongère; mais qui vient avec amour vous inviter à ne plus former avec lui qu’une seule famille où nul ne soit condamné en naissant à la misère, h Fîgnorance, à la dépravation; une famille où tous soient unis des liens de la plus tendre affection, qui n’ait plus d’en fa ns abandonnés ni de vieillards délaissés, où chacun enfin soit estimé , honoré , aimé , suivant son mérite et ses tr livres.
Et vous aussi , hommes et femmes de la classe la plus nombreuse , écoutez ! Nous sommes devant vous la voix des classes supérieures. Je vous le dis , en vérité , nous sommes ici les représenta ns des vraies Supériorités sociales , les représent ans de la science , de l'industrie et des beaux-arts ; et nous venons vous enseigner , à vous, enfans jusqu’à ce jour déshérités des joies de la famille humaine , comment vous pourrez obtenir, pour vous et pour vos fils, votre part du divin héritage. Ecoutez! vos
(itîi:es étaient serfs , et vos aïeux étaient esclaves : vou* détesté vos maîtres , et vous avez, avec violence , brisé Ici derniers anneaux de vos fers*.. Glaire à vous! mais pÈt^ sez-y l la haine est aujourd'hui indigne de Fhomine; la viülence ne peut que détruire , et l'humanité n’est pas si riche qu’elle puisse impunément détruire. Vous tous qui poêlez dans l'association humaine une place qui vous est due, sachez d’abord revêtir le calme religieux et la diguîié sainte. Déposez tonte haine et toute violence; accoutumez vos oreilles à nous entendre désormais condamner sans réserve toute insurrection violente» nous qui fomentons, comme l’a dit notre maître , qui fomentons, nous dc nm en défendons pas , une insurrection morale; nous qui voulons que tout ce qu’îl y a dans In société de sentîmes Uûbles et généraux s’insurge contre la prépondérance du désœuvrement et tes envahisse mens de la nullité, (Opinions # etc, , page 56b ) , — Hommes eL femmes de la classe la plus nombreuse, souvent , j’en ai la conviction, xm avez senti que vous pourriez aimer et bénir les classes méinv les plus privilégiées si vous trouviez en elles des cœurs pleins de tendresse pour vous eL qui vous soient dévoués. Eh bien ! réjouissez- vous * ce jour est venu Lear voici que nous venons à vous , les bras désarmés et le cœur ouvert, Nous vêlions It vous comme des pures h leur famille; car vous êtes notre famille , famille é nous promise , qui ne sommes vos aînés que pour vous aider à grandir, qui Savons reçu de Dieu plus d’amour, de sagesse et de force, que pour chercher des hommes qui puissent continuer l'oeuvre de notre maître en déployant plus de force, è sagesse et d’amour que nous-mêmes.
Et maintenant vous tous , hommes et femmes des classes privilégiées , hommes cl femmes de la classe lu plus nota-
foreuse * laissez-moi croire un instant que vous accepte?: tous la luî de l’avenir , V attribution selon la capacité et la rétribution selon tes œuvres; que tous vous voulez travailler de concert avec nous pour établir Tordre nouveau , et qu*il vous tarde seulement d’apprendre de nous les moyens de le réaliser.
Saint-Simon a posé les bases d’une politique nouvelle* En annonçant V association pacifique universelle, il a sulITsommerit fait voir que la prépondérance des capacités de guerre ou de chicane est essentiellement transitoire : puisque toute lutte doit cesser de nations à nations, de gouvernés h gouvernant 3 d’individus à individus, le pouvoir cessera d'être livré a des soldats ou i\ des avocats* Puisque la société doit s3 organiser pour Tamélioratîon morale , intellect uclle et physique de la classe la plus nombreuse , elle ne confiera plus ses desLinées ii des militaires ou à des légistes, mais à ceux qui sauront inspirer, diriger, exécuter les travaux des beaux-arts, de la science et de P industrie* Tout fonctionnaire sera donc un artiste , un savant ou un industriel; et, comme cette triple division embrasse toutes les capacités spéciales, tout travailleur aura sa place et son emploi dans notre société.
La société Sain t-Si mon ienne aura toujours un sentiment net de sa destination , et toute fonction sociale aura tou* jours uh rapport direct avec cette destination. Aujourd'hui, par exemple, nous voulons modifier , transformer, convertir à nous la société qui nous entoure, et long-temps encore ce sera notre fout principal* Aussi s parmi nous , toute fonction d’art, de science ou d'industrie se rapporte principalement U Tapostolai* Mais quand cette grande œuvre de la conversion du monde extérieur sera plus avancée , le pouvoir Siimtbimonien se proposera directement d’assurer le
progrès moral intellectuel et physique de la société nouvelle. Alors il organisera les grands travaux de l'industrie soit pour la fabrication des produits, soit pour leur clïstrîh u lion. En même temps il fondera les institutions qui seront nécessaires au perfectionnement de la science comme à son enseignement. Enlin , en rappelant sans cesse les hommes à leur destination providentielle , il saura développer sans cesse les sympathies sociales, inépuisable source de tous les beaux-arts.
Mais alors comme aujourd'hui le classement de chaque individu sera déterminé d’après la manifestation de sn capacité , dans Tune ou l'autre des trois grandes directions de l’activité humaine. Toute difficulté de classement, s'il y en a , sera donc réduite h la difficulté de provoquer celle manifestation.
Âujourd hui la société Saint- Simonicnne se recru le, de fonctionnaires dans la vieille société. Or , dans la vieille société, les individus remplissant, pour la plupart, des fonctions qui sont sans rapport avec leur capacité, ceux qui viennent s?unir h nous ignorent presque tous à quoi ils sont propres ; souvent même leurs aptitudes naturelles $e trouvent complètement faussées par l'éducation qu’ils ont reçue. Puisque malgré ces inconvénîens , qui sont d ailleurs inévi tables dans un temps d’nposlolal les liens qui nous unissent sc resserrent chaque jour davantage, et que de jour en jour FautorHë devient parmi nous plus forte ci I obéissance plus facile , c'est un premier gage de la réalisation prochaine de nos doctrines , c'est un gage assuré que dans l'avenir la pratique de la loi Saiut-Simon tenue n’offrira aucune difficulté sérieuse. Dans l’avenir, en effet, nous aurons, pour maintenir l'ordre établi et pour
classer les Individus, tm moyen général , efficace, absolu , j’allaîs rfîre infaillible; je veux parler de l 'éducation.
1 /éducation des générations nouvelles sera pour nous une œuvre capitale , et, sous un certain rapport, ce sera l'œuvre la plus importante de l'association. Car notre association ayant pour objet le progrès constant de Hiumnnlté, la génération active aura toujours pour devoir de préparer, de cultiver, d’élever la génération desLinée à la remplacer. Mais l'éducation doit être envisagée d’un point de vue encore plus général.
Dans toute société vraiment organisée , dans toute société qui se propose un but déterminé, il y a toujours une éducation morale commune à tous, qui ne se borne pas h f enfance, mais qui, au contraire , exerce sur chaque individu une influence d’autant plus grande qu’il prend lui-même une part plus directe à la vie sociale. Ainsi dans la société catholique du moyen âge, la solennité des prédications et des communions générales , les confessions particulières, la fréquentation des sacremens, la canonisation des saints, les magnificences du culte , tout avait pour résultat prochain on éloigné de rappeler les fidèles h ïa loi morale , h ta loi sociale établie par Jésus , et développée par son église. Dans le même temps les sociétés féodales savaient, par leurs fêtes, leurs exercices, leurs tournois , leu rs r éc om p e n ses nation a le s , ex ci ter , p r ép a re r toutes les forces individuelles h l’accomplissement de 1 œuvre militaire pour laquelle elles étaient instituées. Blais dans les sociétés modernes, dont la destination n’est pas définie, où il n’y a aucune sympathie générale, aucune volonté commune, réduction morale , celle seule garantie possible de l’ordre public* est è peu près nulle* Aussi long temps que le succès de lu révolution française a pu
paraître incertain , on u vu s’élever dans nos assemblée* poétiques, ou même sur nos théâtres, des artistes puissaos qui faisaient l 'éducation des masses et qui les élevaient Selon la toi et la foi des temps do critique révolu Lioimnirc. Mais leur action fut éphémère et désordonnée , comme Fœuvrc de destruction dont ils provoquaient T accomplie sement. Aussi nulle institution durable 11’a marqué leur passage; et tandis qtfil a été donné l\ des hommes obscur* d’établir , dans nos villes et dans nos campagnes , des fêtes religieuses auxquelles les populations n’ont pas une seule fois manqué pendant une longue suite de siècles, tous ces hommes qui, depuis quarante ans, ont occupé la scène politique avec tant d’éclat n’ont pas eu la puissance de fonder un seul annmrsaire- Et maintenant que la société ne sait plus ce qu’elle doit renverser ou ce qu’elle doit élever, aucune voix n'a puissance de remuer le^ cœurs cl de les entraîner.
Si l'éducation morale des en fans n est pas Lout-b-füit nulle , elle est tout-è-faît fausse et funeste* rééducation morale des en fans demeure généralement confiée au clergé catholique; car on sent instinctivement que la morale ne peut reposer que sur une base religieuse, et, en dehors de nous, on ne connaît pas encore de doctrine religieuse dont la morale soit plus parfaite que celle de la doctrine chrétienne. Mais en même temps, comme les paréos n’ont plus foi aux dogmes du catholicisme, comme ils n’eu pratiquent pas les préceptes, surtout comme a leurs yeux le plus grand malheur serait que leurs enfans prissent trop a 1 1 sér î e u x les i nsp i r a t î on s de lu r el î gi o n chré tienne , et voulussent lut consacrer leur vie, ils ont grand soiu de leur choisir un directeur qui n’ait pas une foi trop ardente et qui ne soit pas par malheur dévoré du désir à'itfmrcr le
salut des âmes qui lui .sont confiées. Quoi qu’il en soit, les enfans ne tardent pas, en grandissant, à savoir à quoi ien tenir sur ^instruction du catéchisme , et alors se trouvant entourés d’exemples qui leur répugnent, s’il leur arrive de sonder avec scrupule le fond de leur conscience * ptmr savoir quel droit ils ont de condamner des actions ipf autour d’eux le monde approuve ou tolère , ils s’aperçoivent bicniét avec épouvante que leur moralité if avait pas d’autre sanction que celle religion qu’ils ont quittée » que leur raison condamne, ei que leurs sympathies repoussent. Et alors cet enfant, puisqu'on ne lui n rien appris du monde dans lequel il est appelé à vivre , il faut qu'il refasse lui-même son éducation* Eh bien ! il y a dans votre monde une éducation morale à la portée du plus grand nombre ; il y a des romans de mœurs » il y a des peintures de mœurs et des drames de mœurs î Qu il ouvre donc vos livres pour y trouver les sentiment les plus contraires développés, défendus avec une égale puissance; qu’il parcoure vos musées pour y voir, b coté du souvenir d’une noble action , quelque orgie dégoûtante ^ qu i! entre b vos théâtres ! vus théâtres 1 c’est là qui! verra ces êtres privilégiés dcDicu, ces hommes et ces femmes qui ont reçu le secret des nobles inspirations , qui savent ébranler, amollir les cœurs les plus froids et les plus endurcis , qui savent communiquer à toute une assemblée palpitante d’émotion les plus secrets mouvemens de leur ame ! hélas ! ils sont condamnés chaque soir à solliciter , à conquérir les apphuidissemens de la multitude pour les passions les plus haineuses et les plus dèsordonnées : pour faclullère, le meurtre, ou le suicide ' Oui , voilà le triste rôle où vous avez réduit tous vos artistes , ces sublimes enfans de la poésie , qui devraient * couronnés de
fleurs , marcher a lu tête des nation® , et les conduire a paix , au bonheur , à l'amour.
Chez nous* tous les artistes , puisant leurs inspirations dans une source commune * uniront leurs efforts pour cn^ traîner la société dans une même route, et Péduçalioi] morale que nous donnerons à Fenfancc 11c sera pas mensongère P puisque notre monde h nous sera la pratique Je tout ce qu’ils auront appris.
C’est par une éducation morale commune h tous , étendue h tous les âges, appliquée h toutes les circonstances de la vie , que nous saurons faire aimkr de tous ta lui sociale sous laquelle tous seront appelés h vivre. C’est tb T je le répète , la véritable et seule garantie possible de l'ordre social ; et c’est aussi la vraie garantie de la liberté, car il n’y a de liberté que la ou chacun aime ce qu’il doit faire. Mais c’est par une éducation spéciale appropriée à chaque individu que nous pourrons à la fois connaître et développer' sa capacité, et le rendre digne d être appelé b remplir une fonction.
On s’étonne dans le monde actuel de voir des hommes, qui depuis long- temps ont passé l’âge ordinaire oii la vacation se décide, manifester tout à coup, à l’occasion de quelque événement imprévu, des facultés qu’on n’avait jamais soupçonnées en eux , et qu’ils ignoraient euxmêmes. Ce fait, dont les exemples ne sont pas rares, paraît k plusieurs une objection insoluble contre la possibilité de classer les hommes selon leur capacité. Sans doute on aura quelquefois des erreurs à réparer; mais dans le fait que je viens de rappeler, ou devrait voir la preuve de la puissance des circonstances extérieures pour développer les facultés individuelles, lors même qu’elles ont été peu-
J nul long- temps comprimées; alors oo serait tout porté h reconnaître que ce développement se fera sans effort lorsque les circonstances les plus favorables h sa production seront assemblées par une prévision sociale autour de lenlant et de l’adolescent.
S’il est vrai qu aujourd’hui l'éducation morale des enfans soit fausse et funeste, que vous diraî-je de cette éducation spéciale qui devrait avoir pour but de cultiver leurs vacations particulières? Lumineuse majorité des enfans en est complètement privée, car elle est réduite dès l’âge le plus tendre à gagner péniblement sa vie par des travaux abrulissans, Pour les en fan s des classes riches ou seulement moyennes, le privilège de la naissance se traduit à la vérité en leur faveur par une première instruction; mais dites-nous en quels lieux cette instruction est en harmonie avec les fonctions diverses de la société , en quels lieux elle est appropriée h chacun selqn sa capacité propre , en quels lieux surtout l'instituteur étudîc scs élèves avec une tendre attention pour découvrir en chacun d'eux les signes de lëür avenir. Aussi c’est bien rarement la capacité qui détermine la fonction dans les classes mêmes qui auraient la possibilité de choisir. C'est presque toujours le caprice et la vanité des familles , ou le désir inexpérimenté des entons qui en décide.
Il n’y a dans la société actuelle aucune harmonie d’eflorts , aucune coordination de travaux, La société actuelle ne suit pas employer les hommes ÿ c’est pour cela qu elle tïst inhabile è élever les enfans. Mais nous qui venons harmoniser, coordonner tous les travaux , nous qui savons quelles fonctions doivent être remplies , nous sommes par cela meme en état d’organiser l'éducation. — * L’organisalion des travaux la plus avantageuse pour la société et
pour l’individu , c’est évidemment celle où chacun sm appelé à faire le genre de travail auquel ses dispositions naturelles, cultivées par FéducaLion, te rendront le plus propre. L’éducation spéciale aura donc pour objet de cultiver dans tous les enfans sans exception leurs facultés particulières, à mesure qu’ils auront été mis à même de les manifester*
Mais on craint qu’en offrant ainsi h tous les sujets des chances égales p€ju’en mettant à la portée de tous sans exception tous les bienfaits de l'éducation r il ne reste plus personne pour remplir les fonctions les plus pénibles, les fonctions inférieures.
IJ y a dans la nature même de celte difficulté quelque chose qui devrait faire sentir tout d’abord son peu de valeur* Si elle était fondée en effet , il faudrait conclure aussitôt que l’humanité ns petit continuer de vivre qu’à la triste condition de tenir la classe la plus nombreuse dans foiratîssement et l’ignorance où elle se trouve aujourd’hui; dr sorte que tous les progrès de la civilisation ne profiteraient qu’au plus petit nombre* Alors il faudrait blasphémer Dieu , nier la Providence et croire à la toute^pubsance d’un mauvais génie. Au moins faudrait-il redevenir chrétien , accepter encore les dogmes de la chute, de la dégradation et de fexpiation. Mais non , ce ne serait point assez* la classe privilégiée devrait, sous peine de périr, regarder* comme au temps de Rome et d’Athènes , la classe la plus nombreuse comme une espèce inférieure, une nature différente qu’on ne peut maintenir clans l’ordre que par la loi de l'esclavage. Heureusement nous n'en sommes pas réduits à ces tristes nécessités , et les réponses ne manquent pas.
On doit remarquer d’abord que les fonctions intérieures
il le In société deviennent tic moins eu moins pénibles , prccque Phu inanité s'approprie de plus en plus lésions de la nature extérieure , pour faire des travaux qu’à Porh gifle elle exécutait elle-même. Ainsi , pour remplacer les esclaves des sociétés antiques dans Paccbm plissement des travaux les plus rudes , elle a successivement réduit en 'esclavage Pair, Peau , le feu , la vapeur. L’introduction et le perfectionnement des machines ont toujours pour résuL Lit d’épargner aux travailleurs une dépense de force brute, <pti leur permet de se livrera des occupations où leur adresse et leur intelligence sont mieux utilisées. Or Pmlroduclion et le perfectionnement des machines seront beaucoup plus rapides dans la société Saint- Si mon ienne que dans la société actuelle , parce que les travailleurs n’étant plus divisés par la concurrence , n’étant plus séparés en maîtres et en salariés? mais étant tous associes f une production plus abondante et plus facile n’aura jamais, comme dans (ordre actuel , le résultat monstrueux de réduire des ouvriers à la mis Ère, Une autre fois je reviendrai sur ce sujet, pour mon Irer que nous seuls pouvons donner une solution satisfaisante b cette question vitale des machines qu Agitent vainement les plus grands publicistes; qu’il me suffise aujourd’hui d’avoîr signalé leur introduction comme un moyen efficace de rendre les fonctions inférieures de moins en moins pénibles.
Voici d’ailleurs ce qui lève entièrement la difficulté que \ examine ; c’est que dans Pavenir les fonctions inférieures» dans quelque ordre de travaux qu'on les considère , seront toujours un noviciat et un apprentissage par lequel on devra nécessairement passer pour s’élever à une grade supérieur. La réprobation plus ou moins avouée , qui pèse au^ lourd’ hui sur les fonctions inférieures , tient uniquement à
SG