NOTRE POLITIQUE EST RELIGIEUSE
fn écrivain célèbre, qui s’efforce vainement de raviver le cadavre du passé en le parant des insignes de l’avenir ; un disciple de De Maislrc , qui s’évertue è cens tl tut ionnaliser le Dieu des chrétiens , et qui se flatte de rendre le Vatican hospitalier pour la démocratie; M* de La Mennais a dit de nos réunions que c était un gleij sous un cloctjeîu
Nous sommes loin de nous étonner de ce langage. Pour le prêtre catholique , dont le royaume n’est pas de ce monde, tout ce qui se rapporte aux intérêts temporels , tout ce qui tient h. la politique, doit avoir le caractère profane, et
dès lors l'assemblée la plus religieuse qui s'occupe d'améliorer le sort terrestre îles hommes, si elle n’a pas son rang tl son nom écrit dans une charte, ne peut être tpéim club aux yeux du théologien qui a vieilli dans les habitués cl les croyances spiritualistes du christ taoïsme.
Tout en faisant la pari de la préoccupation mystique, du penchant l\ l'hyperbole ei du besoin d'exagércUonépjjram* mnliqoe dont les esprits les plus élevés ne savent pus toujours sc défendre , nous ne pouvons cependant accepter la qmlifictüion que M. de La Mennaîs a laissée sortir de sa bouche. Ce que nous pouvons cl devons faire , c’est dV plîqiicr pourquoi nous ne sommes pour lut que des dtthhlcs ou dos tribuns ; c'est de démontrer, parles expressions mêmes dont il s’est servi dans un sens hostile , la supériorité de notre doctrine sur la sienne*
La religion chrétienne , toute de charité et d'humanité , racheta le genre humain de l'esclavage antique* dont la perpétuité n’avait pas semblé un instant douteuse à [orgueilleuse philosophie de la Grèce et de Rome. Gloire au n~ dempteur , au sauveur des esclaves !
11 trouva le monde gémissant sous lu loi de sang , cl 11 lui donna la loi de grâce. 11 entendit les plaintes des nations courbées sous le glaive de César , et , ne pouvant les soustraire temporel iement à cotte domination brutale , il les consola par la perspective de la récompense selon les œuvres dans une autre vie, La science païenne n'avait plus rien h dire pour 1T améliora lion de In classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Superbe et dédaigneuse dans son impuissance, elle s'arrêtait au doute de l'acadcmic ou l\ Pégmsnic d'Épicurc» abandonnant les masses populaires h la fatalité <p pesait sur elles de tout le poids de l'ignorance, de l abjection et de la misère. Les grands, dans cette société décré-
pi|Cf u'éiaicnt pas mieux disposés que les sages h délivrer h terre de la servitude. Jésus comprit que les traces de celle science inféconde, que le règne de celte grandeur oppressive , ne pouvaient de sitôt disparaître. 11 transigea arec César qu’il n’était pas encore temps de détrôner, et il commanda la patience, la résignation , lî> oü il ne pouvait faire cesser la douleur ni apporter le bien-être.
Patiente cl résignée pendant quinze siècles, l'humanité n été conduite , par les progrès mêmes qu’elle a faits sous la bannière de la croix, à désirer mieux que le régime de la croix , régime de privations et de souffrances.
Elle prolesLe depuis trois siècles contre celle loi d’expifllious et de sacrifices, contre le mépris des choses terrestres; elle a protesté par la réforme et la philosophie, par Luther et par liacon , par Montaigne et par Calvin; ello a souillé le gallicanisme à Bossuet , le scepticisme 3i\ ollaîrc; clic a fait dire à Rousseau qu’une société de véritables chréliens ne serait pas une société cl hommes.
Or ce ne pouvait être en vain que l’humanité parlât si haut pendant trois siècles. Ses protestations ont été entendues ,ses besoins ont été compris. Un homme est venu qui lui a dit : « Je t’absous de tou incrédulité, ou plutôt je sanclifie la révolte contre des croyances qui te furent chères et qui ne sont plus que des superstitions. Dieu n’est point un être sans manifestation, un esprit pur, assis , dans des régions imaginaires , entre la miséricorde et la vengeance. Dieu est tout ce qui est, son royaume est partout; il vit dans la chair comme dans l’esprit; il doit régner sur la terre comme dans le reste de 1 univers. Sa loi réglera tes actes comme tes pensées , ton industrie comme ta science; sou culte deviendra le symbole de ton action
sur la nature, ses ministres1 dirigeront Lei4ravûux spirituels et matériel'» , ils embrasseront dans leiir sollicitude toutes les faces de ton existence , il a gouverneront dans la cité comme dans le temple, pour le perfectionnement le plus rapide possible du sort moral, intellectuel et physique de fa classe la plus nombreuse et la plus pauvre; ses ministres seront donc h la fois des hommes religieux ct/toÙtttfucs* 7>
Ainsi a parlé Saint-Simon. Et c/est la mission qu’il nous a léguée d’améliorer le sort du peuple, c’est le caractère politique qu’il nous a transmis qui ont pu faire prendre pour un club le lieu où nous répétons et enseignons sa parole ! Cependant qu’on ne s’y trompe point, c’est par la critique , la guerre et la destruction que les clabistês et les tribuns manifestent leur sympathie pour les classes opprimées , et qu’ils remplissent leur mandat, tandis que flous venons, nous, pour une œuvre de reconstruction, pour réassocicr îcs hommes par l’amour et par la foi* Ji n y a réellement club sous un clocher* que h'v où le langage religieux sert , comme dans l'Ouest ou dans le Midi » | soulever les préjugés de la multitude; où leprôtre, abandonné de la puissance d’en haut, s’adresse en désespoir fie cause aux passions populaires , où le théocrate catholique, soudainement converti à la démocratie, convoque au farinn les masses superstitieuses , métamorphose le tabarum en nrbre de liberté, et va jusqu’à essayer de poser, d une main inhabile, le bonnet rouge sur la crois.
Mais c’est bien en valu que le catholicisme u I tram oniam essaie de se rajeunir en cachant ses rides et ses infirmités sous le manteau du plus fougueux libéralisme. La société, fa plus en plus savante et industrielle > ne peut plus écouter
avec amour, avec foi, avec reconnaissance:# les interprètes d\ipe doctrine qui place le bonheur clans ta pauvreté de l'esprit et dans les souffrances de la chair.
Laborieuse ol pacifique > v lie ne peut plus s’abandonner à la direction d’un sacerdoce qui proclame inviolable te patrimoine de César , c es Uh-diro les traditions delà guerre* la perpétuité du droit (te conquête, les privilèges de la naissance et de l'oisiveté.
Sages du christianisme, vous n’avez plus rien u dire à votre tour cp faveur de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre- L'existence d’umombrabtas prolétaires condamnés héréditairement aux travaux les plus pénibles* avec K indigence et 1 3 avilisse me ni pour salaire , est pour vous un fait permanent et nécessaire, comme l'esclavage le fut pour les sages de Ta iniquité , et toute votre science , toute votre philantropie , s'arrêtent h Y aumône. L’humanité cependant a désir, besoin et puissance d’aller au-delà* Life a senti que sa destinée n’était pas d’être éternellement mendiante; elle répugne h voir la foule de ses bis les plus affectueux, les plus intelligent et les plus forts, travailler à lenvi, sous le poids des exclusions les plus révoltantes, à embellir la vie d’une poignée deulans égoïstes , dont le coeur, la Léle cl le bras s’engourdissent dans l’oisiveté. La plus belle portion de la race humaine , celle qui cultive les arts , qui explore le champ de la science, qui étend le domaine de l1 industrie T ne veut plus se nourrir du morceau de pain qu’un privilégié de la naissance, fidèle au précepte évangélique, au sein même de sa fastueuse paresse , lui jette par commisération ou laisse tomber de sa table, de sa ta- Lie dont les veilles et les sueurs de la classe indigente entretiennent pourtant la somptuosité. L'intelligence et le travail sont las de recevoir la charité; Us demandent qu’on
leur fasse justice en rendant à chacun selon ses œuvres.
A poires de la charité, failcs donc place aux apôtres delà justice!
Je n’aurai donc pas besoin de dépouiller le caractère religieux pour entrer aujourd’hui dans le domaine des questions et des intérêts politiques qui préoccupent si vivement cl si justement tous les esprits.
Il y a bientôt un on que. passant en revue tous las peuples de l’Europe , je vous les montrais combattant ouvertement mi conspirant en secret contre l’ordre social du moyen âge , contre les dogmes du catholicisme cl les institutions de la féodalité. Une conflagration générale me semblait imminente. * Voyez, vous disais-je, voyez les signes des temps qui apparaissent avec éclat sur tous les points de Fhorizon, 11 n’est plus permis d’en dealer, nous vivons à l’une de ces époques rares et solennelles pour l'humanité , où tout un monde s’en va , où tont un monde arrive. Les nations européennes présentent ce double spectacle. Les unes subissent l’agonlc convulsive d’un ordre social dont elles ne veulent plus; les autres éprouvent les douleurs inséparables de l'enfantement d’un ordre nouveau. * Et je demandais à la France , dont la voix n tant d’influence cl d’autorité sur les destinées du monde , je lui demandais de mettre fin à celte agonie cl de hâter cet enfantement.
Mais celle double lâche que la France seule pouvait accepter, et que la France était impatiente d’accomplir, quelques hommes la trouvèrent périlleuse et la répudièrent* Pleins d’une horreur bien légitime pour la guerre, ils *e fl Allèrent de l’éviter en comprimant l’action du peuple initiateur sur les nations voisines, et en ménageant surtout
Je plus possible les préjugés cl les intérêts de l’aristocra-
Uc ci de la royauté féodales * que la révolution do juillet avait fuît trembler un instant de Lisbonne a Pétersbmirg , et qu’elle semblait devoir emporter, qu'elle emportera tôt ou tard pour la gloire de notre pays et le bonheur de I humanité , dans fabime ou Charles X a précipité la légilimité du hasard , le droit divin de h naissance.
En sacrifiant aimï h P amour du repos > h la crainte d'une commotion universelle, la mission libératrice que la Providence nous avait assignée, et que nous étions si dignes et si jaloux do remplir , quelles sont les améliorations pacifiques que la France a obtenues pour prix de sa renonciation aux avantages et aux progrès plus rapides qu elle pouvait attendre pour elle et pour l'Europe , en jetant encore l'épée de B rennes et le souvenir de Napoléon dans la balance des intérêts de la civilisation? Quelle est celte paix au maintien de laquelle on s’est cm obligé de faire céder les considérations les plus puissantes? Est-il bien vraiqu’après tant de concessions aux congrès et aux chancelleries, après tant de répugnances manifestées contre la guerre, après tant de sacrifices accumulés pour en retarder fexplosion , est-il bien vrai que nous jouissions et que nous ayons fait jouir les autres peuples de ce que nous avons payé si cher ? Est-il Lien vrai que nous Vivions, que le reste do l’Europe vive dam une douce quiétude, au sein de Perdre et de la tranquillité? Oui, la paix règne officiellement entre les grandes puissances, mais les troupes autrichiennes se promènent impunément en Italie pour y protéger les vengeances pontificales; oui, la paix règne entre les puissances, mais famée hollandaise est toujours prête à renouveler Les scènes de carnage et de dévastation dont elle a naguère rempli la Belgique; oui , la paix règne cuti c les puissances, niais les 1 mi?$ sauvages de l'autocrate
consomment l'extermination de tout un peuple de \ièmt Oui, la paix règne en Europe , mais comme l’obCeb daxs Yaesovie. Oui , voilà la paix , voilà la paix des diplomates, à Faill i de laquelle la grandeur et l'opulence , les majestés et les altesses , peuvent vaquer tranquillement à leurs plaisirs et s’endormir dans une délicieuse oisiveté sans prendre garde à la guerre réelle, profonde , acharnée , qui déchire les sociétés les plus paisibles en apparence! Et que me fait celte paix mensongère? vous dira le véritable anxi detFhumauilép Que m'importent la sécurité de vos courtisans et le repos de vos privilégiés , si, tandis que vous les rassurer par des protocoles sur la conservation de leurs douces lia* blindes, sur le maintien êtàLstatu quo<\ui leur attribue le monopole des jouissances sociales, j'entends à nies côtés la portion la plus nombreuse , la plus active et la plus éclnî* réc de la nation, l 'industriel, fartisLe et le savant , pra* tester h I envi contre îe système que vous appelez pacifique, et qui les plonge incessamment eux-mêmes dans la misère, le trouble et la désolation^ Que m’importé la bonne intelligence de vos plénipotentiaires* si dans tous les rangs de U société il y a discorde, perturbation ci souffrance? Que m’importe que les potentats s’accordent b respecter les traités de Vienne et de Paris/sî leurs sujets sont divisés rie senti métis, d’idées et d intérêts ? Que m’importe que les héritiers de la sainte-aï lia nce s’entendent parfaitement îi Londres sur la délimitation des territoires , si ehaqfoc contrée est en proie au désordre, incertaine de son avenir, accablée sous le présent ? Si Ton dresse des échafauds à Lisbonne , à Grenade et h Modèle; si Anvers et Bruxelles sont encore menacés de la flamme et du fer ; si , malgré votre assurance j que la üèatiosa-uté polonaise ïïë r^ninAir pas , l'étroitesse et Pégoïsme des hommes d’état qui dlrb
r^cnt les conseils des deux nations (es plus puissantes et les plus civilisées de l'univers laissent creuser par la barbarie h q uATttâbftiB toîiiïe ue la POLOGNE ; si les libéraux de !a France s’accusent, se déchirent et se découragent, si les royalistes soulèvent la Vendée , si les émeutes troublent la capitale j si le sang coule dans le Midi, si partout enfin je ne rencontre que des symptômes de haine, de dissension et de misère ?
Que Ton ne vienne donc plus se vanter des efforts que l'on a laits , des succès que Ton a obtenus dans la poursuite d’un système qui , s’il assure la paix et le bonheur à quelques-uns , n’en laisse pas moins la classe la plus nombreuse cl la plus pauvre exposée a toutes les chances de troubles, de misère cl de dépravation, que lui lègue inévitablement le hasard de ta naissance, dans l’ordre social qu’à tout prix Ton s’efforce de maintenir*
Et cependant les classes privilégiées de l'Europe éprouve ni ou sont m en acé e s d Jép ro i 1 v er 1 es fcc rr ï b I es consé q u eu ce s que cet ordre social , qui leur est si cher, peut quelquefois traîner à sa suite. Vous avez vos parias / et , comptant sur leurs travaux pour subvenir à tous les besoins d’une vie molle et fastueuse, comme les privilégiés do l'antiquité comptaient sur le labeur de leurs esclaves, vous ne concevez pas d’existence possible pour vous sans Pas sujé tisse ment hé inédit aire de P immense majorité de la population aux peines et aux privations les plus dures. Mais tandis que vous savourez les délices et que vous réclamez rmviolabiliié d'une organisation politique, toute partiale pour vous» voilà qu’aprfes avoir porté ses tristes fruits depuis Plu dus jusqu'à la Baltique, cette organisation peut vous livrer incessamment ou plus horrible fléau. Oui , un mal cruel, que la misère enfante et perpétue, est né dans Flndoustan, au milieu
de ees castes nombreuses qui , dénuées de toutes les commodités de la vie , croupissent et meurent dans la boue* et ce mal , rendu contagieux par la contagion de l’indi* gcucCipar la communauté de besoin et cVinfortune* ce ma! est passé des parias de l’Asie aux serfs et aux prolétaires européens. Princes , ministres t courtisans, heureux du sife^ de, favoris de la fortune, légataires du hasard , vous ne songiez qu’à vos propres jouissances quand vous reculiez d’horreur devant la gttëm, et maintenant c est la peste qui s’avance pour vous faire songer à la détresse des peuples, Eveillés par vos dangers, vous allez demandant de toutes parts à la science qu’elle arrête ce torrent dévastateur , qu’elle vous préserve de la mort. Et la science vous répond en vous montrant l'origine et la cause permanente du mal dans la demeure infecte, dans la saleté , la nudité et la faim de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre! Comprenez donc l'avertissement politique que vous donne 15 science ; faites servir les conseils que l’égoïsme sollicite cPcdle à apprécier et à partager tout ce que la sympathie , d’accord avec la raison et l'intérêt, peut inspirer pour l'amélioration des masses laborieuses ; que votre ordre social ne consacre plus l'hérédité de l'avilissement cl de l'indigence; que dans vos cités les populations ouvrières ne soient plus exposées à manquer de pain cl de vôtemèns et condamnées >i respirer itn air pestilentiel en échange de leurs travaux ; que T homme ne vienne plus mourir de faim ou de froid sur la borne , dans la capitale du monde civilisé , et vous ifaurez plus à redouter alors le choléra.
Pour éviter, pour rendre de moins en moins possible dans l’avenir le double fléau de la guerre cL de la peste, il tant donc se hâter de mettre un terme aux causes d irrita Lion et de malaîscqui tourmentent profondé ment aujourd’hui toutes
les sociétés européennes. C'est h 3a France, qui marche depuis long-temps h la tête de la civilisation . de donner la signal de celte magnifique régénération; c’est il elle qu est
réservée celle glorieuse initiative.
Cependant tandis que nous, disciples de Saint-Simon, nous comprenons ainsi la mission des entons de la France cl que nous nous efforçons de la remplir , les publicistes, les législateurs cl les hommes d’état qui nous entourent , semblent la méconnaître et la repousser de plus en plus. Au lieu d’abandonner les traditions de l’ancien régime , caressées trop souvent sous l’empire ct-remiscs lout-è-fait en honneur par la restauration j au lieu de s éloigner ptu. déminent des institutions et des supériorités sociales qui tombent de vétusté pour s’attacher aux nouvelles puissances qui surgissent dans les arts , dans les sciences « t dans l’iudusine; au lieu de lire dans 1’hisloire la décroissance continue et la disparition prochaine du privilège de la naissance au profit do la capacité; au lieu de reconnaître que tous les maux actuels proviennent d’un respect superstitieux pour les débris du moyen âge , et qu’il ne peut plus y avoir d’ordre véritable que par l’amélioration du sort des masses populaires; au lieu de chercher un asile contre les révolutions dons la prévoyance des besoins nouveaux de la société, dans l’élévation des classes inférieures, dans la fondation d’un édifice qui puisse traverser et satisfaire l’avenir, îts attendent témérairement sur des ruines le signal des orages; ils se plaisent h braver i provoquer de nouvelles tempêtes; ils embrassent aveuglément les dernières colonnes de la masure féodale ; ils s obstinent il v i v i c de souvenirs et de regrets, visitant religieusement les cuveaux funèbres du patricial pour s’y entretenir avec des ombres; ramassant les lambeaux de la toge sénatoriale et
les tronçons de Parmure chevaleresque pour en masquer une. fois encore te hasard de la naissance , et pour jeter es simulacre de noblesse héréditaire b travers no siècle qui a manifesté sa soif ardente d’égalité, en ne voulait plu§ reconnaître d'au Ire supériorité que celle des lumières, des services et des vertus.
Certes , si une politique aussi insensée ne devait être funeste qu'à ceux qui la professent et h pratiquent , on pourrait leur en laisser la responsabilité, et après les avoir averüs généreusement, et toujours en vain , do leurs périls, sc contenter de gémir de leur égarement et deJbur opinîô* treté. Mais lorsque les écarts du publiciste et de Phomora d’état peuvent compromettre le repos et la prospérité des jiations , il est du droit et du devoir de quiconque aperçoit l'écueil où ils vont se briser de le signaler avec courage ppuc le salut mémo des pilotes inhabiles et téméraires qui conduisent le vaisseau de Fêlai au nau frage> et avant tout pour le bien de Phumaiiité,
En faisant sentir le danger des théories surannées et des évocations aristocratiques , il ne peut entrer dans ma pensée de dénoncer le pouvoir et le parti rétrograde aux passions populaires. Mon intention est au contraire d’éclnr rer ce parti et le pouvoir sur les conséquences terribles que la répugnance pour Pin novation et la peur des grandes réformes ne manquèrent jamais de produire. Quelle que soit râpreté de mou langage, vous ne pouvez en roéconnaître le caractère et le Lut, Ce n’est pas une insurrection brutale que je prêche, mais une organisation pacilique que l'invoque. Ce n’est pas le glaive que je veux faire briller sur la télé des grands, mais le fanal de ^expérience et le flambeau do Pa venir.
Le fanal de l’expérience ! Laisse ns-lc donc nous guider b
travers les événement immenses du dix-huitième siècle.
La société française se trouvait alors divisée en trois classes, dont les deux premières > qui possédaient la plus grande partie du sel , ne payaient aucun Impôt, tandis que le troisième > qui ne possédait presque rien, supportait la totalité des charges publiques. Celte répartition monstrueuse avait été justifiée autrefois par les services quo la noblesse et le clergé rendaient \ l’état. Mais depuis que les services avaient cessé , depuis que le tiers- ordre n oiuit plus le client des deux autres , depuis que les corps privilégiés avaient brisé eux mômes le lien moral qui faisait toute la force de leur patronage , le peuple ne souffrait qu’avec peine ta prolongation d'un système politique et religieux qui blessait en môme temps scs sympathies, scs intérêts si ses lumières. Quelques hommes pressentirent de bonne heure, avec plus ou moins de profondeur et d'étendue, les besoins et tes vœux populaires. À leur tète parut Turgot , qui, à Togo de vingt-trois ans , proclama en Sorbonne le principe de la perfectibilité de Fespècc humaine; Turgot , que j'appellerai un des précurseurs de Saint - SniQN , et qui , parvenu au faite du la puissance, s'efforça défaire servir son élévation à la réforme des abus , h Famé lioration du sort du peuple. On sait qu'entre autres moyens de soulagement pour la nation, et de richesse pour le trésor , il proposa l'abolition des corvées et des jurandes * et FégalUé proportionnelle de l’impôt territorial. Le cabinet de Versailles, quoique dépositaire scrupuleux des traditions de la monarchie féodale, s’était trouvé forcé, par ses embarras financiers, d'adopter les vues du ministre réformateur , dont un historien a dit qu’il eût lait la révolution par ordonnances s’il eût pu sc main tenir. Mais l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale* quoique imbue de philoso-
pbisme cl sans foi pour los dogmes Au moyen à«et cm au ]>oulc versement do ï ordre social, au ren versemen t des principes d’éternelle justice t à la violation des drolu ds propriété , en apprenant qu’on exigeait d’elle le sacrifice des privilèges que le moyen âge lui avait légués. Les grands seigneurs et les abbés qui se piq noient le plus d incrédulité s’unirent aux parlement, qui de leur côté faisaient les démoerotes pour obtenir le renvoi de Hiommc d’état qui , selon r expression de Malcslicrbcs , possédait la lettrée bacon et le cœur de L’Ilôpilal, cl dont les veilles étaient consacrées h l'extirpation des préjugés politiques et au bienêtre du peuple.
Turgot emporta dans sa retraite, avec les regrets de b nation et l'estime du monarque, la conviction que l’ordre et la prospérité ne pouvaient renaître en France .qui la condition de grands changemens et à'txm régMératioft complète- Après lui et après Nccker, son imitateur timide, vinrent des ministres courtisans qui , alarmés à leur tout par les progrès du déficit et pressés par les besoins du hésor, se décidèrent u demander de légers .sacrifices aux ordres privilégiés. Ils réunirent h ect eilèt les étals provinciaux ? les parlemens et les notables; et toutes ces asseui* Idées , formées des représentons des diverses aristocraties qui pesaient sur le pays, refusèrent de concourir aus demi-mesures et do fournir les faibles subsides demi lo ministère proclamait si haut l'importance et la nécessité.
Alors le gouvernement de Louis X^ I , placé entre les projets des réformateurs et Popiattfrclé de l’arislocralm ^ défendre l'intégrité cle ses vieilles prérogatives; le gouvernement de Louis XVI imagina son juste milieu, doüt Galonné et B rrenne furent successivement les ministres. D une pari U maintint ïa nquobali ui dont il avait Itnppt
théories en répildianl Tui'got et Nockrr, <lo l'autre , il força militairement la magistrature à accepter quelque» ôdiîs qui ne posaient que pallier misérablement le mal invétéré qui consumait la France , et dont la guérison radicale demandait une main audacieuse qm allât en extirper le principe dans les entrailles les plus intimes du corps social*
j>e cetto double condamnation prononcée contre F al la diraient au passé et contre la prévoyance tic l avenir , il résulta que les immobiles et les progressifs , réunis par ïn haine commune tic Farbilrairc * sc lignèrent contre le pou* voir cl le réduisirent ans abois. Colonne cl b rien ne disparurent t et les liantes classes, qui avaient repoussé avec fureur les vastes réformes de Turgot cl les mesquines améliorations de ses successeurs ; et leprince/qni salait privé de l’appui du ministère du liers-état pour se je lcr entre les bras des ministres de la noblesse et du cierge, pour passer d’un projet de cure radicale au pansement superficiel des plaies profondes de 1 état, les hautes classes , dis-je , et lo^ prince qui avaient poursuivi ou délaisse le ministre pacifique, se trouvèrent bientôt lace h face , d abord avec Mirabeau , puis avec Robespierre.
Voyons maintenant quels averlisscniens salutaires nous pouvons tirer* pour le présent el pour F avenir , des leçons retentissantes d'un passé qui est encore si près de nous. Aujourd'hui la société française n’est plus divisée en trois ordres; la noblesse , le clergé cl le liers-élat ne sont plus séparés par des distinctions civiles ou politiques* Tout est peuple , parmi nous; Ions sont soumis à l'impôt, tous sont égaux devant la loi.
Cependant , sans aüénucr Pim portance de celle égalité comtitulionudle , sans rien retrancher surtout do la recon-
naissance qui est due aux hommes qui ont conquis \\m'w vmnlité àc l'impôt et jiro clamé fumlé du corps social , m dépit des protestations et des résistances de toute miim des castes privilégiées , il est permis de dire que !tï société française, après les grandes époques de 1785 et de i S5-0, se divise encore en deux classes bien distinctes, lésais^ rl les travailleurs > Les ot&ifs qui, comme la noblesse et le clergé, forment la minorité Clc ia nation, et qui y uissent, par «droit de naissance , du monopole de l'éducation et du bien-être , sans remplir aucune fonction sociale , sans *c iivrer h aucun travail scientifique ou industrie] ; les fmvaitleurs qui, comme le llers-élat , composent l'itnmçà&e majorité de la nation , ne vivent qtt?à la sueur dé leurs fronts , et ne transmettent h leurs enfuns que les chances de privations cl de souffrances qu'ils onL reçues de km pères.
Ce fait fondamental et incontestable une fois posé, il à c v i en l m a u i teste que l1 humanité n!a p as a l ici nt le dernier terme de son développement , et qu'il lui reste encore des progrès h accomplir, des privilèges héréditaires à détruire, des améliorations nombreuses et capitales à apporter dans la condition de la classe la plus laborieuse et la plus pauvre. Oui, c’est vers l'abolition complète des droits du hasard fît de la force brutale, vers le classement selon In capacité et la rétribution selon les œuvres, vers l'association universelle des travailleurs , que la société humaine n’a cessé de marcher jüsqu’ici* c’est vers ce but qu’elle s’achemine aujourd'hui d’un pas plus rapide et plus ferme que jamais.
La sagesse cl le devoir des gouverne me us consistent a reconnaître cette tendance, a la favoriser, sauf h rendre la pente du progrès lapins douce possible, en évitant 1rs frobsemem trop violons et les transitions trop brusques, et
gii conciliant, autant que les circonstances peuvent le permettre, les Souvenirs du passé , les nécessites du présent et les indications pressantes de l'avenir*
Ce n’csl qu'en entrant hardimëttt et franchement clans cette voie que le pouvoir peut triompher des embarras qui F arrêtent incessamment; ce n'est que par une saüsfottion large et profonde des besoins et des vœux du peuple qu'il peut conjurer les boule ver semens et prévenir les catastrophes* Pas plus qu'en 1788, les combinaisons étroites et les concessions mesquines ne suiTiraienlà l'élcndue et k l' intensité du mat qui iourmenle la société européenne tout entière*
Ccries, si , comme beaucoup de gens l’ont avancé légèrement , nous comptions sur l'appui du la violence et sur les progrès de l’anarchie pour faire triompher notre doctrine; si nous attendions la conversion du monde de sa lassitude et de son désespoir; si , comme Mahomet ou Cluirïemagûè, SAiKT-SuffON avait pu permettre l'intervention du glaive pour accélérer la propagation de sa loi pacifique ; si nous pouvions sourire h l'idée de grandir plus vite au sein du désordre; si nous acceptions , eu un mot , les calamités publiques pour auxiliaires; 0I1 ! alors nous souhaiterions b l’aristocratie européenne l'opiniatrelé des ordres privilégiés de b vieille France > aux potentats l'aveuglement du cabinet de Versailles, aux peuples des princes bibles ci irrésolus comme Louis XV J, aux rois des inmistrès présomptueux et ineapableseommo Galonné et Brienne; persuadés qu après le retour ou l'imitation de tant d'impéritie, d'obstination et de témérité, la grande ombre de Mirabeau et le génie de b Montagne viendraient bientôt présider h une nouvelle explosion des foudres populaires, et, labourant encore le sol européen avec la terrible charrue
(Wré Vol u lions» laisseraient tomber sur celle terre violemment et profondément relouée une semence don! nous seuls serions en mesure de recueillir les fruits, parce que, seuls, par notre but, notre organisation, noire foi cq IV Tcnir> nous aurions la puissance de survivre aux orages et d’offrir un port sur aux peuples naufragés.
Mais telle n’est pas notre pensée , notre espérance, tm- Ire mission. Si nous aimons h suivre dans l histoire les traces de f humanité se développant comme un seul homme de génération en génération, ce qui nous réjouit et nous flal Le le plus, c’est qu'à chaque phase mémo ni h la île son éducation , elle comtale les progrès qu’elle a faits, eUir gnaje les progrès qu’elle veut faire par des scntiinoiia , des idées et des actes qui s’éloignent de plus en plus de sa barbarie , de sa sauvagerie originelle. Comment pourrons-nous donc désirer de voir donner de sangbns démealisà celle décroissance manifeste de la brutalité primitive, nous qui venons expressément pour annoncer que la guerre doit disparaître , et avec elle la domination de la force mh Jîiaire? nous qui voulons substituer à la capacité de des* Irucüon lu capacité créatrice; nous qui détrônons Césnr pour donner le sceptre universel ït l'amour, à l*mtcllîgonc© et à la force, qui vivifient, éclairent et enrichissent h monde; nous enfin qui avons proclamé vingt fois que U parole pacifique de Jésus avait plus fait pour Pal&auehbsemenL des esclaves que le glaive exterminateur de Sparlacus I
Ah ! si nous reconnaissons, pour l’antiquité même, la supériorité de la force persuasive sur la force hrptale, qîlG ne dirons-nous pas ■ pour notre âge, quand rinfiueace des senlimens , des idées et des actes pacifiques s est accrue de dix-huit siècles de progrès? quand c’est à ces pro-
rrrès mêmes que nous devons de pouvoir' prêcher la fin du règne de la violence, une organisation politique et religieuse toute fondée sur l’amour et la réalisation de la paix universelle.
Oui, la loi que nous apportons h llmmanité a la puissance et d’émouvoir et de remuer les masses laborieuses; mais c est en les faisant tressaillir d’enthousiasme pour l’association pacifique de l’ avenir, et non en les faisant rugir de colère contre le passé , que celle puissance doit éclater. La succession de Mirabeau et de Robespierre ne peut pas appartenir k ceux qui ont recueilli le patrimoine de Saint- Simon. Ainsi , en présence de l’émeu te , que nous seuls avons le droit de condamner , parce que seuls nous pouvons mieux faire qu’elle ; parce que nous sommes affligés de la voir exprimer des vœux d’amélioration par des moyens rétrogrades; en présence de rémeule nous ne cesserons de proclamer la nécessité d’une doctrine qui satisfasse pacifiquement , par des voies régulières et durables, par la conciliation de l’ordre et de la liberté ? tous les licsoins moraux, intellectuels et physiques qui se manifestent- avec plus de violence et d’intensité dans le sein de la classe lu plus nombreuse et ta plus pauvre. Témoins de notre persévérance apostolique , les hommes qui ont pris pour un club le Heu de nos prédications comprendront sans doute alors le caractère religieux de noire politique , cl ils ne s'étonneronl plus que nous ayons pu dire de notre maître : H fut le plus humain des (heocrates , le plus divin des démocrates*
IU