APPEL AIX HOMMES RELIGIEUX
G’esl un plaisir grave el sérieux pour moi que de venir ainsi j après quatre mois de voyago et d’absence, m'asseoir de nouveau à celte reunion du dimanche* Il me semble, eu promenant mes regards autour de moi , voir Lotis les progrès accomplis durant ce temps par la persévérante propagation de noire religion s résumés tout d’un trait dans le changement d’aspect que présente celle assemblée. Voilà donc celle salle qui dans l'origine paraissait grande, puis qui peu à peu devint étroite à un public qui s'y pressait, également attiré par l'étrange nouveauté de nos doctrines et par l'audacieuse éloquence de la parole de mes frères I La voilà donc remplie enfin u noire gré, remplie par des
hommes qui nous comprennent et nous connaissent , qui viennent à nous comme on vient à la venté , et qui , lorsque notre parole est palpitante , savent que nos cœurs sont palpitans aussi , et sentent alors les vibrations de notre amour pour l'humanité se propager jusqu’à eux, et leur faire goûter par ins tans l 'enthousiasme des grandes choses.
Vous en avez gardé le souvenir, mes Pères : combien de fois, avant mon départ pour la mission du Midi, combien de fois m’entourant de vos sollicitations affectueuses n avoz- VOUS pas cherché à me donner courage pour élever à mon tour ma voix dans le temple ? maïs toujours cet aspect contraint et glacial d un public en apparat me refoulait dans Pâme épanchement et discours. Hélas! cependant, que je sentais profondément et la misère de la politique européenne , abandonnée aux jeux d’uue diplomatie féodale , et la misère de la morale humaine abandonnée à 1 enseignement d’un clergé ignorant et flétri, ci la misère des classes prolétaires abandonnées aux caprices d une industrie vagabonde et désordonnée! Oh! que je sentais bien toutes ces choses dans la profondeur de ma vie, mais pour prétendre à PaUenlion d’un auditoire académique, sentir! sentir ne suffisait pas , il fallait bien dire. Souvent , lorsque quelqu’un de mes frères , avec la prière des supplions sur les lèvres et des larmes dans la voix, déroulaiL le tableau des douleurs héréditaires qui affligent le peuple, implorait quelque amour et quelque pitié pour ces enfans condamnés par leur naissance à une pauvreté imposée comme une fatalité sur leurs têtes, s’agenouillait, pour ainsi dire, à cette place pour mendier un peu de sympathie , de doux sourires de contentement et de satisfaction erraient sur les bouches et dans les regards, on se plaisait à entendre cause si bien p la idée , et d élégantes figures peu
cîiécs l’une vers l’autre chuchotaient : a C’est bien dit, je suis fort content aujourd’hui. » Oh! je reculais épouvanté; j’aurais craint de blesser ce beau monde par la simplicité de mon discours dépourvu des richesses de l’art. Aujourd’hui les temps sont bien changés; que celui d’entre nous qui sent l'amour de l’humaziité bouillonner et fermenter en lui vienne hardiment occuper cette place, et sa parole libre tombera sur des hommes qui sauront la comprendre et l’aimer.
Quant à moi, surpris h l'improviste par la nécessité de remplacer celui de mes frères qui devait parler aujourd’hui , je m’assieds ici aussi confiant en vous que je le suis en moi , soutenu que je suis de toute l'autorité du nom de Saint-Simon. Les paroles que je prononce devant vous ne $e présentent point aventureuses et livrées h votre merci; l’éclatante justification des progrès que nous avons su accomplir en quatre mois leur donne h la fois sanction et garantie. NoiU la doctrine n’a point été jetée au hasard dans le monde ; elle est attachée au temps , et elle se déroule majestueusement avec lui , clic grandît sans que rien l’arrête ; et chaque jour ? chaque heure , passant devant clic j connaît sa puissance et dépose son tribut.
Quand je partis, pauvres de nombre, nous avions à peine dans Paris quelques emeignemens épars de semaine en semaine; et, pauvres de ressources, pour obtenir une hospitalité hebdomadaire , sous le toit de celte salle , nous étions réduits à en disputer les faveurs aux musiciens et aux danseurs ses hôtes habituels. Aujourd’hui nos salles sont è nous, nos salles sont des temples, et ce n’est plus seulement de semaine en semaine , comme au temple catholique, que les portes s’ouvreut; chaque jour retentit la parole Saint-Simosienne , chaque jour la foule se presse
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pour Pentendrc, et chaque jour aussi notre famille segmente el prospère. Celte enceinte elle-même, cette muàite avec ses quinze cents auditeurs* est devenue trop étroite cl nous gêne ; les curieux qui viennent ici savent quelle n'est pas cPim abord facile * et cependant notre parole est à tous , et tons , meme les curieux , oui droit à feuteniitt. Dieu soit béni 1 notre maison est devenue trop petite pour nos amis * il nous en faut une au Ire !
Infatigables dans l'activité de notre propagation, marchant à notre but avec tous nos efforts, avec toutes nos facultés, nous avons sillonné la France de nos missions, et Pjâaignement dm provinces n’a plus été pour .elle une cause qui leur permît d’ignorer ou de méconnaîtra lespriiicipes rénovateurs de Saum-Simon. Certains d’etre aimés et soutenus b mesure que nous serons mieux connus, allant de nous-même vers ceux cjui ne peuvent venir h nous, nous suppléons , par la parole écrite , h Fimpcrfection de la parole vivante* et, malgré l'impôt onéreux qui pèse mv la presse périodique, nous trouvons dans notre dévouement le moyen de soutenir deux journaux: et chaque maiÎD, donnant un exemple jusqu’ici tout nouveau, nous répandons sur la France renseignement éclatant que nous fournit le mouvement politique , au même prix que nos paroles lorsqu’elles se répandent sur un auditoire posé autour fc nous. Aussi notre nom est devenu fort, et notre politique devient populaire.
il nest pas donné b tous, je le sais, d’entrer dès mrjourrHiuL dans la vaste profondeur de nos vues d'avenir, et cependant U est peu de villes où ne s’étende déjà quelque rameau de noire grande famille; et chaque jour la parole Sainl-Simonienne transportée capricieusement et parées voiu inconnues, comme la semence des grands arbres
germe en quelque point ignoré; un homme se lève , et dit :
! Je suis Saint-Simonien » ; et, plein de reconnaissance pour sa nouvelle vie, vient à nous et appelle à lui. Ceux-là seuls, sans doute, peuvent se dire Saiul-Simoniens , qui comprennent Saikt-Simok tout entier, et conçoivent la hase de cet immense édiüce dont nous posons les premières pierres ; mais si nous examinions autour de nous et que nous vinssions à compter tous les hommes qui s échelonnent de loin en loin autour de notre bannière , approuvant notre politique présente , et soutenant de leur voix les mesures sages et prudentes que nous réclamons au milieu des agitations de l’intérieur et des menaces de l’extérieur ; si nous venions à classer les distances de tous ces journaux de province qui circulent incessamment autour du nôtre , semblables à des satellites qui , bien que guidés par la même loi et éclairés par le même soleil , suivent cependant dons leur roule une ligne moins directe et moins assurée ; si nous en étions à tenir ainsi compte de tout ce massif d’opinions que nous traînons à notre suite, il serait facile alors au plus indifférent de voir combien chacun de nos pas s’appuie profondément sur le sol , et d’entendre quelles acclamations s’élèvent du sein de la France chaque fois que nous réclamons en faveur des classes prolétaires une amélioration faite pour préparer leur émancipation , en faveur des nations étrangères une intervention laite pour préparer leur association.
Je vous rends grâces, mes Pères, vous dont la sage prévision et l’inaltérable constance ont guidé ce grand mouvement, et nous ont fait ce que nous sommes : vous aviez peu , et avec peu nous avons fait beaucoup ; je vous remercie au nom de uics frères et au nom de mes fils.
Oh! cst-U donc quelque homme croyant à une Pravi dence dans le monde, et qui , voyant noire mur elle conduite avec tant d’audace et couronnée par tant de succès, puisse penser que noire doctrine est la doctrine de Terreur! Non ] L humant té vit de progrès , et partout où est le progrès sc trouve aussi la vérité, qui seule lui donne la vie, Cenx qui soutiennent Terreur, quelle que soiL la force dont ils disposent pour arriver h leur tâche monstrueuse, agissent bien diversement; leur marche est une lutte emkrr rassée et non pas un triomphe qui chaque jour se tranquillise et s’assure. Avec quelle confiante sérénité et quel noble orgueil je me prends parfois à comparer la position que nous avons su nous créer au milieu de la société, à la position ou sont descendus les hommes aveugles qui tiennent en main les destinées de la France, cl qui, refusant obstinément leurs regards h toute perspective d'avenir, prétendent frapper d’immobilité toutes choses, parcéqu’il leur plaît de se déclarer stationnaires , cl parce que d ms leur ambition insensée ils croient pouvoir arrêter Thumonlté au point où il leur convient qu’elle demeure , cri dressant contre elle un bras d’homme* Dérision ! Qu'éat-ib donc fait durant ce temps qui servait nos travaux et nous faisait si bien grandir?
L industrie, secouée par la commotion qui avait passagèrement ébranlé le tronc constitutionnel, demandait pour se raffermir un gouvernement qui ralliât autour de sa stabilisé la confiance publique ; mais ni une pusillanimité chancelante , ni des colères capricieuses ne sauraient concilier le crédit ou le respect; cela scnL par trop la faiblesse do Tenfance! et l'industrie, incertaine de sou avenir, ne sachant si elle devait porter son assurance vers la paix ou
sa Révision vers la guerre , est demeurée dans sa crise de doute et d’hésitation funeste ti la.ims ans capitale#» prives de revenus et aux ouvriers privés de salaire.
Los partisans de la dynastie précédente, sa.s.s et abattus par la puissante énergie des révolutionnaires de juillet, n’avaient pas même élevé une voix lorsque leur roi était encore sur le sol de France, Üs semblaient résignés; et voisins encore de celte grande et soudaine vigueur de a nation , ils n’osaient pas même entrevoir dans leur avenir un rayon d’espérance. Une attitude assurée et résolue a-t-elle continué J» les maintenir dans celle opinion et a leur faire abandonner tout rêve chimérique et criminel;' Il suffit d’avoir parcouru les campagnes de l’Ouest ou les villes du Midi pour voir si les légitimistes font au gouvernement l'honneur de conspirer dans î’nmbre , pour voir s’ils jugent nécessaire de se renie riner dans 1 asile de leurs foyers domestiques pour rendre un culte solitaire à leurs idoles proscrites, ou dans le secret de leurs salons pont proférer leurs projets audacieux et leurs séditieuses espérances. Les principes bâtards du doctriiiarîsme , justice leur soit rendue , ont , je le sais , rallié et séduit nombre de partisans de l’ancien ordre politique, qui sont venus à imagiucr qifaprès tout le pas à franchir pour venir de la restauration au juste-milieu n’était pas si difficile qu’il dépassât leur force. Mais , sans vouloir jeter la moindre défaveur sur la réussite de cette propagation parmi cette classe d’hommes , ni le moindre blâma sur les méthodes employées pour la conversion , nous avons de la peine à penser que celle conquête de fonctionnaires soit bien glorieuse et bien assurée, et que leur secours soit d un appui Lien solide : il est des faits qui parlent haut , et qui semblent faire croire que la torce et 1 action étaient plus gvan-
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des au sein des hommes qui, en trois jours , avaient chassé la légitimité de son antique palais, qu’au sein de ceux qui dans leur sollicitude, avaient jusqu’au dernier jour valûtment tenté de conserver la sainte garantie de ce lambeau féodal.
Voilà donc, par le succès de la propagation du tloctrinarïsine à l’intérieur, en tons lieux haine, mépris ou méfiance, dont partout les acccns s’élèvent ou retentisseut; dans la province, mouveinens insolens qui se rient des lâches caresses par lesquelles on cherche à les calmer; et dans Paris, agitations tumultueuses comprimées ii grand peine de milices et de baïonnettes.
Quant à l’exlérieur, ces théories pacificatrices, sonienues qu’elles étaient par le consentement et Pallianœ <ks puissances féodales qui se partagent les peuples de l'Europe, semblent avoir atteint un résultat en apparence plus conforme h i’ al tente de ceux qui en ont fait le salut du mouds; tous ces mouvemens séditieux des peuples contre leurs maîtres sont aujourd'hui b peu près comprimés. Grâce à de sagas précautions , l’émeute d'Espagne n’a été qu’une tentative avortée; les. armées de l’Autriche ont mislîiij sans qu’il nous fut nécessaire d’intervenir, ii ces troubles d’Italie qui pouvaient compromettre la tranquillité générale de l’Europe ; cl la ilussie paraît avoir fidèlement rempli sa tâche et terminé le long supplice de la Pologne, parcelle mort dont un ministre avait osé prononcer la sanglante
condamnation . Oui , un silence de mort couvre aujouP'
d'hui l’Europe, et l’éclat du tonnerre qui grondait sourdement de toutes parts n’épouvante plus Poreilledefl hommes timides : le feu qui sillonnait le cîel est rentré de n o a vea u dans V o b sç u ri l é du mi âge ; et les yeux que 11 lumicre fatigue peuvent se reposer un instant j c’est le cabic;
mais le calme qui précède l’orage! Est-il tin homme assez aveugle pour s’y méprendre el confondre avec la sereine immobilité d’un ciel azuré l’immobilité pesante d’un ciel nuf^eux qui amasse la foudre et couve la tempête? Que les stationnaires se hâtent donc de jouir du bénéfice précaire de leur triomphe provisoire , nous ne le leur envions pas , nous n’envions pas des triomphes de sang.
Noire politique à nous est facile h saisir, sa ligne est droite et no s’enveloppe pas dans les replis d’une diplomatie tortueuse* Le but que nous nous proposons est placé en face de rhumanilé, et non point derrière elle, sur celle route du passé dfoù elle s’éloigne chaque jour. Pour la politique extérieure, association universelle de tous les peuples. Hors de celte tendance que légitiment toutes les sympathies humaines, tous les progrès des nations, je ne veux connaître ni les restrictions mesquines d’un patriotisme étroit, ni les absurdes calculs d’un chimérique équilibre qu’un grain de sable renverse ; hors de cette tendance vers une alliance qui seule peut, sans blasphème, se prétendre sainte, je ne veux rien reconnaître qn’injustice , immoralité, impiété. Pour la politique intérieure, amélioration des classes prolétaires. Hors de cette tendance, dont personne n’aurait l’impudeur d’oser nier publiquement fa justice , je couvre de pitié cl de réprobation tout acte administratif ou financier qui , audétrimeut dos classes pauvres et laborieuses, va soutenir de sou appui quelque injuste avantage exclusivement réservé aux classes privilégiées. Assurément celte roule est aisée à suivre, et aucun obstacle ne s’élève pour l’entraver. Elle seule, au milieu d’une misère sans cesse croissante, et dont, h part nous, personne ne saurait assigner le tonne; elle seule peut amener au calme el à la tranquillité. Pour demeurer immobile
et se refuser môme aux premiers pas en celte large route t on ne peut conduire la discussion ni sur la dureté des maux qui pèsent sur cette partie de la nation, ni sur l'ignorance des remèdes propres h les apaiser peu h peu , et à amener, par une marche progressive, leur entière guérirîson, La maladie est grave, l’irritation qu'elle cause nt violente, et les agitations produites dans le désespoir etl'im* patience de la douleur ébranlent le sol d’une façon terrible* Ecoutez ! Il est dans la nation une race d'hommes nommes prolétaires , dont le nom ne sc trouve nî dans les codes ni dans les constitutions; le Litre de citoyen, quand on veut bien leur en faire l'abandon , le titre de citoyen n'est q u ua mot, et il ne porte avec lui ni droit, ni valeur, ni privilège : les charges que leur impose ceî; honneur c est de leur propre personne qu’ils les acquittent , car il nest pour les aider ni rentes ni revenus ; fa propriété n 'est pas une prérogative fuite pour leurs familles. Ces prolétaires donc sont gens misérables , et chez eux la misère se transmet héréditairement , comme ailleurs se transmet la richesse; quand les enfaus leur viennent, pauvres gens! ils les élèvent comme ils peuvent, se restreignant pour les nourrir lorsque le temps est dur* se dépouillant pour les couvrir lorsque la saison est froide , n'ayant que des caresses pour calmer leurs plaintes lorsque le mal les accable , que delà résignation h leur offrir lorsque la faim les dévore. Ils aiment aussi leurs on fa ns , les prolétaires , mais ils sont incapables de les soutenir, et la mort est brutale pour leurs tristes familles* Voyez , voyez vos statistiques, et dites-moi: y a-i-îl aussi égalité pour l'impôt que prélève la mortalité dans cette classe flétrie? Non! pour elle ni bien -Être, fiî instruction, ni éducation; soû 11 rance , ignorance, immoralité, Dès que les bras peuvent s'agiter. au travail!
cor il faut T ivre , car il far il gagner son pain par sa sueur. Qu importent les capacités naturelles? la grossière occupation du métier ou de la manivelle y passe bien vite un niveau qui les étouffe dans leur enfance el les empêche de prendre un imprudent essor. Imprudent I car de terribles précipices environnent ceux qui * fiers de leur force et dédaigneux de ^immobile condition de leurs pères, veulent, au milieu de la société qui les entoure, s’ouvrir d’autres voies , se créer une existence nouvelle. Lancés au hasard sans règle et sans expérience, isolés dans lu foule, sans appui et sans direction, étrangers aux lois, aux tuteurs, aux usages, les prisons et les bagnes ouvrent devant eux leurs portes béantes ; et pour ceux qui veulent aussi approcher de ces palais et de ces châteaux , qui se dressent parmi les chaumières , qui veulent aussi effleurer les splendides banquets de l’oisiveté , Ü est des antichambres oh les seigneurs du privilège entretiennent et vêtissent des valêts lorsqu’ils sont inlelligens et bien faits- Quant au reste de ces hommes , de ces prolétaires , tout l’espoir de leur vie, c’est le travail ; tout leur apanage, c’est la misère; le salut de leur vieillesse , le hasard de l’aumône , la charité de rhûpital; la pensée de leur dernière heure, l'incertitude sur le sort de leurs enfans abandonnés sans héritage. Chez eux la personnalité de fbomme n existe qu'à moitié, car leur existence ne dépend ni do leurs bras, ni de leur volonté : pour trouver leur nourriture sur lu terre , ils doivent satisfaire à une condition sans laquelle il n est pour eux ni pain ni salaire, ils doivent trouver un maître qui consente à prendre leur travail, et c’est sur cet homme que s’attache et s’appuie la destinée de leur vie. Et quand ces régulateurs capricieux de l'industrie, ces distributeurs arbitraires des instrument de production ,
quand ces privilégié* de la naissance sont assez fournis de tissus el de rubans , assez munis de meubles et do bibliothèques , assez pourvus de campagnes et de maisons de ville; quand la banqueroute les inquiète ou que la guerre les ûieuace * et que, pleins de sollicitude et d’effroi , ils se bâtent do faire rentrer leurs crédits et leurs capitaux dam l’asile de leurs portefeuilles et de leurs coffres-forts; oh! alors , les prolétaires égarés , ne sachant plus que faire fa leurs bras impuîssans, réduits à la détresse , émut en gémissant , la faim les travaille et les agite, elle les bat comme une mer, exerçant d'affreux ravages sur leurs têtes, les entassant , hâves, soucieux, éperdus, et les faisant déborder à ilôts du silence ignoré de leurs ateliers dans 1rs rues et dans les places publiques. Alors,1 alors aussi, pour ceux qui dominent cet Océan qui se soulève, rinquiétiKk, la crainte » l'épouvante , car les voix sont nombreuses aï h tumulte immense; du travail , du travail ! c'est le crî éloullu qui sort du sein de ces niasses souffrantes. Du travail ! c’csL un maitre; du travail! c’est du pain,*,.. Point de travail! Eh quoi > messieurs , voulez-vous donc dans votre société conserver toujours une organisation ou pour apaiser de fris orages votre gouvernement n'aura que des arrêts coïte les aUrmipcmuns et des lois martiales? Des armes sontelles un remède contre la faim? et faut-il que ces malheureux, imitant l'enseignement qée leur donne la force, croient avoir tout fait pour leurs erdans qui pleurent et demandent à manger , quand ils les auront fait rentrer dans le silence en élon liant avec la main leurs plaintes et leurs gêmîs&frmens? Qui donc serait intéressé h une harmonie si fragile? Mais tous demande ni la paix , el pour fa maintenir les propriétaires sont réduits h la perdre sans cesse, et h livrer leurs journées aux rudes fatigues du métier d’homoie* de
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guerre, Est-il doue autour do nous quelqu'un qui propose un moyen , un remède , pour adoucir et faire disparaître de jour en jour cet immense désordre ? Fentends Lien par- 1er de grands et petits propriétaires * de hauts et bas censitaires; mais hors de nous je ^entends répéter nulle part ce grand mot de travailleurs.
N'est-ce donc rien dans la nation que ta classe des travailleurs? Est-ce sa misère ou sa dégradation qui empêche de la compter, et d’apprécier sa valeur? Mais c’est elle qui partout, aux champs, aux métiers, aux usines, patiente, active , industrieuse, produit les moissons et les richesses , nourrit les propriétaires, et leur donne l'argent dont ils paient leur orgueilleux impôt. Ouvrez les yeux, et vous verrez vingt-huit millions d’hommes couvrant le sol de la France de leur infatigable population; vingt-huit millions d’hommes , dont ni vos lois ni votre politique ne font mention, et dont la statistique semble seule signaler Fèxïstence et le nom* O propriétaires 1 vous avez élu vos représentons et vous leur avez confié k conduite de vos intérêts et le dépôt de vos prérogatives, vous leur avez recommandé la réserve dans les dépenses» et l'économie dans le budget; mais leur avez-vous dit : * L’intérêt le plus pressant est celui des travailleurs; tombent devant lui les intérêts de minorité ! La contribution que prélève Fêtât est lourde pour là nation, mais il en est une autre bien plus pesante, c’est celle qu’une oisiveté fainéante prélève sur le travail des prolétaires; Tombe, pour Falléger, le taux des rentes et des fermages. » Non 1 vous ne le leur avez point dit , et k nation ne connaît que les représentons de k propriété !
Eh bien! nous, hommes religieux, par notre amour pour Fhumanité et noire inaltérable conviction , nous nous
posons en face du momie comme les représentons tk m classes prolétaires que vos chartes négligent; notre vois ne cessera de retentir pour réclamer sans relâche tout, tout oc qui pourra améliorer leur condition présente et préparer leur émancipation h venir. Si quelqu'un veut vérifier nos litres , examiner nos pouvoirs, qu’il prenne l'histoire Je Inhumanité, car c’e&l elle qui consacre nos droits et notre légitimité. Sa parole retentit comme un chœur imnieme qui s'élève du sein de tous les peuples, du milieu de tous les âges, et clic dit que sans cesse elle veut marcher, et que sans cesse elle avance, détruisant les privilèges de la naissance , améliorant les conditions du travail, écoutant la voix de ceux qui savent lui montrer le chemin qui conduit à ccLlc égalité , et se jetant a leur suite avec entraînement et avec enthousiasme.
A nous donc les hommes religieux! car il n'esl point d’association autour de nous qui puisse leur offrir un but plus digne de leur ardeur et de leur activité, point d’entreprise où puisse éclater avec plus de désintéressement et de grandeur leur dévouement et leur amour, non pour lu patrie seulement , mais pour f humanité tout entière. A nous! car ce n'est pas aujourd’hui qu’ils feront défaut h l’humanité qui les appelle ; ils ne lui ont jamais manque aux jours où sa voix , s’élevant du sein des masses souffrantes , est venue réclamer leur appui et leur intervention; ils no lui ont pas manqué aux jours où il s’est agi de détruire quelque privilège, d'adoucir quelque inégalité de naissance, d’abattre quelque tyrannie ou de préparer quelque affranchissement; sans s'inquiéter ni de leur faiblesse ni de leur petit nombre, sans s’étonner ni de la fatigue des obstacles ni de la difficulté de l'exécution » voua
les avez Vus élever d'âge en âgé leur voix assurée et Infatigable, appelant a eux et se confiant, pour vaincre , au temps, à la justice et à la persévérance.
Ils étaient religieux ces hommes qui, les premiers, ébranlant le joug de (esclavage antique, osèrent nier la divinité du ma lire du Capitole , refuser h l'image de César le sacrifice et I1 adoration , parler de fraternité devant les cirques du peuple et d’égalité devant le trôné des empereurs. Ils étaient religieux ceux qui , plus tard , voyant l'immense invasion du despotisme oriental menacer l'Europe et 1 embrasser comme une vaste inondation tombant des plateaux d'Asie et des déserts d’Afrique, se jetèrent parmi le peuple , lui prêchant la guerre au nom de sou Dieu, ne luî permettant pas d’attendre lâchement que lennemi vint dans ses foyers pour songer à les défendre, maïs traînant les masses è leur suite et les jetant sur les barbares pour les contraindre h demeurer et è respecter les limites des nations. Ils étaient religieux ces hommes qui, sans appui et surgissant de leurs solitudes , isolés au milieu du fanatisme qui de toutes parts dressait autour d’eux ses haches sangla nies et ses bûchers infernaux, osèrent braver auditcieusement rautorité des papes et la colère des rois conjurés, ruinant pièce à pièce les privilège^ catholiques, et réclamant au nom de la société la liberté pour l'examen de sa tradition et de sa croyance. Non 1 les hommes religieux iront jamais manqué à l’ humanité au jour où sa voix s’est fait entendre. Nos pères n’out-ils pas noblement répondu , lorsqu'il a fallu briser ces chaînes féodales qui tenaient le peuple des campagnes asservi sous le joug d'une noblesse fatigante ? N’ont - ils pas vu quelle puissance et quelle énergie se développent dans une nation , lorsqu’une fois un sentiment commun de perfectionnement 'et H, b
d'amélioration réunît loua les hommes pour un mémo but, un même travail, trn même enthousiasme ? N’oal-ill pas montré comment se répand et S’étale la fièvre religieuse ; comment la persécution la redouble , et comment elle chasse r invasion ? ünc nation qui fermente le progrès, niais c*est un volcan qui éclaire et embrase ! M'avaient- ils pas aussi leur sainte divinité qui marchait au-devant des armées et les guidait à la victoire? N’ avait-elle pal son culte splendide de triomphes et de glorieux combats; nV vait-ellc pas ses victimes , la Liberté! Les Décius m lui manquaient pas aux jours de la bataille. Elle avait ses fêtes do géans , et V éclat éblouissant de ses hymnes sacrés qui faisaient fléchir les genoux et versaient le délire comme une flamme.
Ne dit- on pas que l'esprit religieux n'est plus de notre Sge? En vérité, c’est une étrange méprise sur !a snintelédu mot religion 3 ou une opinion bien aveugle sur lo dignité de noire jeune France; mais l'irréligion, c’cst Tégoïsmc; ct? de notre temps, ne flétrit-on pas un homme ou un parti avec l'égoïsme comme on flétrirait avec h lâcheté? Ëtaihce rintérêt égoïste de leur personne ou fintérlt religieux de l'humanité qui soutenait et animait ces hommes qui , réunis sous le trône féodal des Bourbons dont leur adroite hardiesse rongeait ln hase, durant quinze ans tinrent leurs têtes sous le tranchant de la hache sanglante de la restauration? PTétait-Ce pas l'amour religieux de 1 humanité qui , plus grand et plus pur que l’étroit amour d’une patrie aveugle , se rangeait comme une barrière sacrée sur la frontière d'Espagne pour arrêter nos armées séduites un instant par des princes coupables ? N'élait-ce pas l'instinct religieux du progrès qui, aux jours de la victoire populaire* amenait cl ramenait sans cesse autour des palais celle toute
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în dcslracl îb 1 e qui présentait son sein toujours ardent, toujours enthousiaste , à la mitraille qui venait s y engouffrer et s’y perdre comme une dernière écume de la légitimité expirante ?
Ceüc nature , si riche de générosité, de dévouement, cette nature , si profondément religieuse , est-elle donG tellement changée pour quelques jours de repos , qu’on puisse venir affirmer de sang-froid que le règne est venu de Fégoïsnic et de S3 individualité* Mais, depuis un an, à la vue des horreurs qui désolent 1 Europe , n est-il pas vrai que la France est haletante comme un guerrier retenu dans le ranu; à l'heure où sonne le combat? Au fond dé lame, était-ce la crainte des armées autrichiennes qui attachait les regards aux mouvemens de 1 Italie et la rendit si longtemps frémissante lorsqu’ils s 'éteignirent? Etait-ce le dan- : ger d'invasion des armées de la Russie , qui , devenu plus imminent, allumait cctLc tumultueuse indignation qui éclata lorsque la Pologne, lâchement abandonnée , déchirée de blessures ? épuisée de sang , s'évanouit? Est-ce seulement pour préserver vos frontières qu’au jourd’hui encore vous voudriez jeter vos armées jusqu’à la V Ulule et jusqu à la Lithuanie ? N on, non 1 je ne vous entends point parler de F intérêt delà France : vous parlez de son honneur 1 L’honneur, mais c’est ainsi que Fon nomme ce qui reste aujourd’hui de religion en morale et en politique* L’honneur I Eh bien I c’est aux gens d’honneur que nous nous adressons, comme on s’adresse à des hommes religieux; c’est avec prière que nous les adjurons de joindre leurs efforts aux noires , que nous les adjurons de ne point se tenir en dehors de nous, parce que nous prétendons au titre d’hommes religieux; c’est avec prière que nous les implorons pour ce mot de religion, qui est grand dans Fhistoire du monde. C'était à nos pères
de vouer une haine implacable à ce nom mensonger dont se fardaient leurs tyrans, mais nos pères n’ont été puissarts que parce quili étaient religieux; soyez donc religieux comme eux* et comme eux aussi vous serez grands et forts.
Ecoutez-moi! Lorsqu’un misérable tombe dans la rue f sous la faim qui le dévore , l'honneur , la religion font un devoir à tout homme digne de porter le nom d’homme, lui font un devoir de le secourir et de soulager ses souffrances. Promenez donc vos regards autour de vous : dos milliers d’hommes jonchent le sol et se flétrissent sous la faim et sous la pauvreté. Les voyez-vous , dans leurs tristes réduits* rongeant leur misère; les voyez-vous, avec leurs eu fa ns qui rampent en pleurant sur la paille fétide dos grabats ? Oui ï Eh bien! que faites -vous donc pour enx! vous les plaignez 1 Mais des remèdes, des remèdes, en proposez-vous? Non 1 Vous nous écoutez , puis vous croyez avoir beaucoup fait quand vous avez dit que nous avons raison. Oh î vous ne pouvez demeurer là , vous ne le pouvez sans honte et sans impiété. Osez nier que lu politique doive avoir pour but fl amélioration * sous tous les rapports , des classes pauvres et laborieuses; osez le nier! mais alors donnez un remède pour soulager ces immenses misères qui pèsent sur l’humanité ; levez-vous h votre tour et dites : « Voilà le but que nous proposons , voilà comment nous sauverons ces hommes de la mort. * Oh ! il n’est point d’autre moyen que celui que nous enseignons , vous le savez; venez donc à nous , soutenez- nous, répandez autour de yous nos Idées et notre politique , et dites alors : « Nous aussi nous sommes Sainl-Simoniens ! »