DIEU, TOUJOURS DIEU
Pour ce monde placé en dehors de nous et qui , emporte par les détails de la polémique journalière, ne nous connaît que par la circulation légère des salons ou par le retentissement confus de noire nam , le spectacle que pré sente aujourd’hui notre société doit paraître remarquable assurément. Àu milieu do ces mouvemeos européens qui, propageant leur vibration d un peuple è 1 autre, se Cûmhi« nent et se compliquent dans une variation perpétuelle f source intarissable de craintes, d’espérances, de calculs et d’ambitions, seuls, nous dégageant de ce réseau poli tï-
que qui retient toutes les activités opiniâtrement attachées au champ des débats actuels , nous nous levons pins libres, et curieux à la fois du passé et de l'avenir clc l'humanité, nous promenons autour de nous nos regards sur un plus vaste horizon. Certes * entourés de ce tumulte retentissant d’hommes armés qui éclate de toutes parts, nous ne demeurons point indifférons et sourds comme ce philosophe antique que captivait tout entier la vaine recherche de quelque froid problème; maïs, plongés dans ce bruit immense de palais qui chancèlcnt ou s’écroulent , dépeuples enchaînés qui grondent , de nations étouffées qui expirent, nous avons voulu gagner une position assez haute pmi r distinguer et dominer 1 ensemble , et cet ensemble nous avons su le comprendre , et dans ce bruit immense nous avons entendu le prélude d’un immense accord,
La crise dans laquelle l’Europe se trouve aujourd'hui engagée est une de ces époques solennelles qui , dans la vie de rhumûuîté * viennent dJâgc en âge ouvrir à ses progrès une ère nouvelle* et Ton ne saurait s’étonner de voir tant d’hommes uniquement préoccupés par Fïnlérêt et la magnificence de ce grand spectacle auquel F heure de nüire v(6 nous donne droit d’assister et d’intervenir* lisentble que le seul litre pour oser prétendre h Lai tentiou publique soit de venir ia fixer plus passionnément encore sur l'importance de chaque minute qui s’écoule* et non de chercher h la détourner du présent pour la porter sur les temps qui ne sont plus ou sur ceux qui ne sont point encore. Sans doute, si dans ces réunions nous n’avions d'autre but que celui de charmer vos loisirs ou même de con quérir vos applaudissemcns* nous aurions l’aUeBlion d’éviter ces graves questions dont se compose F histoire de riuimanité; les nouvelles politiques» qui chaque jour 50
pressent et s’entassent , fourniraient à notre parole une ample moisson d’enseignemens et de prédications. Notre doctrine sacrée embrasse dans la sanction de sa morale religieuse l’existence elles devoirs des nations, commando auxpeuples de s’aider et de se secourir, et ne laisse point les crimes politiques passer devant elle sans les couvrir de son anathème et de sa réprobation; il nous serait même facile, en prenant pour base de nos discours ces textes parés de tous les droits de la nouveauté, de répandre sur ce frais canevas tout le trésor des richesses que Saint-Simon a apportées au monde. Mais il ne nous convient pas de nous détourner toujours ainsi de ce vaste ensemble avec lequel nous marchons , poussant au progrès toutes choses, parce que votre intérêt fermente avec plus d’entraînement lorsque nous vous parlons des armemens do la Belgique ou des émeutes de la place publique , qoe lorsque nous vous parlous des développemens de l’humanité, cl quo vous aimez mieux savoirquellcs sont les combinaisons mesquines de votre ministère ou les étroites délibérations de votre chambre, que de savoir quelles sont les sympathies des sociétés humaines et les décrets éternels de la providence du monde, invariablement attaches a 1 étude de ces mouvemens si larges et si compliqués b la fois, avec lesquels l’ humanité s’avance vers son but d avenir, lorsqu il nous arrive de toucher en pussant quelqu’une de ces questions que vous nommez vivantes, nous entendons bien vos frémissemens et votre agitation : oui , vous avez dans l’amc de nobles sympathies qui éclatent nu récit des douleurs de l’Italie ou de la Pologne , de la détresse du travail ou de la misère du peuple; mais en vérité, si nous en demeurions lit , nous ne remplirions envers vous que la moitié de notre lâche : nous sommes plus que des hommes
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politiques, nous sommes des hommes religieux. Voyez l'humanité : à travers cette tumultueuse confusion de troncs renversés, de constitutions détruites, de nations mélangées et de races éteintes, elle s’avance, Bfavancc toujours avec le meme calme et la même majesté, sans prendre garde h ces fleurons à* un jour qui sc détachent et se fanent derrière elle, car la couronne qui pare sa tête est vivante et sans cesse resplendissante de nouvelles richesses* Vous voulez connaître T humanité ! soyez donc assez puissans pour oser la contempler tout entière et détourner un instant vos regards de cette terre de sang que foulent vos armées.
Tout est lié dans le monde, et h qui ne sait pas comprendre le passé , il n’est donné de comprendre ni présent ni avenir. La création delà terre n’a point été l'œuvre de six jours, ni la création de l’homme le travail d un matin. Les astres qui peuplent l'espace , soumis h une éternelle instabilité, s'agitent dans un mouvement toujours nouveau. La terre chaque jour s'embellit et s’achève; sa surface se dépouille de cette végétation désordonnée des premiers âges et se couvre d’une chevelure ondoyante de moissons et de prairies. L’homme , précédé par un immense cortège d’êtres vivons qui tour h tour étaient venus s’essayer avant lui sur le globe, arrive h son heure, -et une nouvelle période de la création commence : ébauche encore grossière du type que ses enfans présenteront 11 a jour, mais plus parfait que tout ce que la terre avait porté jusqu’à lui, il fait un pas vers la divinité et reçoit d’elle cotte force fécondante qui imprime le progrès; associé aux plans de la providence et créateur à son tour, il tient dans sa main les destinées des temps à venir. La terre esta lui; il lui trace de nouveaux fleuves ? resserre scs larrons
des nu de rochers, assigne à la mer des rivages, parsème ses campagnes de, fruits savoureux et de fleurs brillantes, donne aux animaux des formes nouvelles, et pour en taire ses serviteurs les anime d’une partie de sa vie et de son intelligence. Jaloux de connaître cl d’augmenter sa puissance, il promène ses regards parmi ces phénomènes qui so succèdent autour de lui , suit dans le silence leurs rapports cl leurs enchaînemcns , et, saisissant leurs secrets, les maîtrise et fait audacieusement servir b l’accomplissement de m volonté des forces devant lesquelles il semblait qu’il dût venir se briser. Avec sa dignité et son intelligence grandit aussi son amour; sa vie s’étale sur nue splièie plus vaste, elle l’unit au monde et b l’humanité, et verso dans sa poitrine l’enthousiasme , la poésie , le bonheur.
A travers les siècles consommés comme des jonrnées de soleil, marche vers son but celte magnifique création, et vers le ciel s’élance un immense concert. L homme, plein de gratitude pour les bienfaits qui viennent par instans couvrir de fleurs sa triste vie, demande leur auteur h ces ténèbres qui l’environnent , et vers ccL Être dont la volonté toulc-puissante guide et harmonise toutes choses, retourne sans cesse son désir ou sa reconnaissance. La pensée humaine , rayon du ciel qui perce la nue , route lumineuse entre celle terre obscure cl le centre du monde , la pensee humaine , fille de Dieu , descend et remonte dans sou éternel mouvement , comme ces anges qui , se succédant sans relâche sur les degrés de T échelle mystérieuse, allaient se perdre dans le vague de l’air. Le sentiment divin , déposé au sein de l'homme , grandit avec lui à mesure que son progrès lui permet de concevoir une perfection plus grande en beauté, en intelligence , on amour, et les religions qui sc suivent ne sont que les strophes de ce chœur sacré qui
s’élève du sein des nations à mesure qu'elles se civilisent et se perfectionnent» Quel caractère de grandeur et de sainteté cette idée sublime de la création continue imprimé F histoire religieuse de I 'humanité I c’est le poème de b terre qui se déroule et se développe; c’est une hymne mm cesse vivante, qui, née avec le monde, commehii chaque jour s’enrichit d’une nouvelle harmonie, d'ou nouvel amour. Dans tous les âges, chez tous les peuples. Dieu, toujours Dieu.
Ainsi lorsqu’au matin , promettant aux hommes une belle jcfqrnée , le soleil paraît sur l’horizon eL chasse tes & nëhrcs , adoucissant son éblouissante lumière qui fatiguerait les regards trop faibles encore, il enveloppe dans des nuages de pourpre et d’or sa face radieuse, et la terre qu’il anime s’éveille peu à peu. Maïs lui, continuant sa marche que rien n’arrèle, glisse majestueusement parmi les vapeurs entassées à l’horizon ; tantôt abandonnant à la nuée sa lumière, tantôt laissant, tomber sur la campagne quel* qu’un de ses ardens rayons , semblant parfois s’étendre, mois pour reparaître bientôt plus éclatant et plus haut sur le monde* Que la terre se réjouisse donc, car voici que l'heure de l’aurore est passée, et son soleil domine les nuages I Humanité, sois glorieuse et travaille avec courage, sans que rien puisse altérer ta confiante et ton ardeur, ne recule point devant les grandes choses qui le restent à faire; ne redoute, au milieu de ion immense voyage , ni la fatigue, ni F accablement 1 Dieu ts accompagne et renouvelle ta force* Il Va donné pour te guider b lumière et Va associé à son œuvre; le but que tu dois atteindre est noble et désirable; n’hésite donc point en la route, tournant autour de loi des regards inquiets eUuppliant Tu es plus forte que les pères I Regarde en anït-re
( îsâ ) '
et vois quels prodigieux travaux ils ont exécutés pour to faire parvenir jusqu’ici. En avant pour les enfans , et qu’ils te doivent aussi le progrès dont ils jouiront un jour !
4 son origine , jeté sur la terre avec la naïveté d’uu enfant que nid n’a enseigné et qui, sans souvenir de ta veille, ouvre pour la première lois les yeux à la lumière , l’homme, frappé par la série non interrompue des mou venions qui se passent en dehors de lui cl n’aperçevaul encore parmi eux ni enchaînement ni rapport, semble an milieu de 1 tinivers comme un être passif, sorte de miroir impressionnable qui s’anime et se colore sous l'influence variée des Êtres qui se jouent el s'entrechoquent îi scs côtés. Timide et craintif, refoulé et secoué à chaque instant par une main qu’il ne peut ni voir uï repousser, ne sachant îi quelle source remonter pour cou jurer ces maux qui l’obsèdent et le faliguent sans relâche, il attribue aux objets matériels qui frappent ses regards celte influence secrète et mystérieuse; et, étendant à chaque phénomène sa faculté déifiante, il n’est poinL d’être si bizarre et si monstrueux qu il ne trouve moyen de le doter de quelque volonté bizairc et monstrueuse. Construisant ses dieux à sou image, il les conçoit comme lui capricieux et cruels; agité plus souvent par la douleur que bercé par le plaisir, il les regarde, dans le cercle du pouvoir qu’il leur attribue, comme souverainement despotes et tyranniques. Tantôt, suppliant et flatteur, il s’agenouille devant eux en rampant la face conire terre; il implore leur aide pour vaincre son cnnc- , mi , cl ieur promettant une part dans la victoire, pour les intéresser au succès ■ jure de les arroser délicieusement du sang de sa victime. Tantôt, trompé dans son attente par ces dieux insolcns qui oui ose se jouo-r de bu , il s in-
digne , et dans sa fureur, qui ne connaît plus k crainte il les injurie , les frappe et les brise outrageusement Mais clouûde mémoire , de jugement et de prévision, Thorai^ soumis à une éducation de tous les jours, réfléchit et compare ; entre toutes ces influences qui se partagent le monde, il apprécie le bien comme le tuai, et s'il conjure encore par ses prières et ses sacrifices des idoles maîtrisantes et difformes, taillées sur le patron de ses rêves, plein de gratitude et de reconnaissance, il célèbre par ses chants et ses louanges les êtres toujours bons qu’il ne connaît que par le bienfait. Les animaux qui le protègent, les arbres qui le nourrissent, les fontaines qui le désaltèrent, ont pari h son cuite et b son amour; il adore la Itme qui l'éclaire durant ses chasses de nuit , et se prosternait devant le soleil dont il reconnaît la puissance, il lui attribue la supériorité entre tous ;
«f Etre puissant, lui dit-il , loi qui donnes la lumière et a répands sur le monde la chaleur qui le fait vivre, père b .nourricier, tu aimes vraiment les hommes, car lorsque » après ta longue course tu les quittes pour te repose^ ils » t implorent, et chaque matin, remplissant leur espoir, i» tu reparais versant de nouveaux bienfaits» Tu sors delà » mer comme un géant vêtu d’une parure éblouissante, et p nul ne peut soutenir la majesté radieuse de ta face sacs » s’incliner devant elle. Tu es le maître de la terre! car » sans toi les animaux et les hommes seraient plongés dans » la souffrance et lânéontissement , et tu leur donnes iTexis- » inncc : sans toi la terre ne serait qu’un champ froid et » stérile, et tu lui donnes la chaleur et la fécondité. Tu s es le maître des deux! car la lune elle-même n’est rira fl devant toi, et ces astres, qui durant la nuit resplendh’a sent ri brillamment sur nos têtes, ne sont plus dès que
d lu parais, et tu les engloutis dans celle éclatante lumière » dont tu remplis le monde* »
Cet état sauvage ou tant d'hommes s1 agitent enedre aujourd'hui est le berceau ou se balance, divisée par le caprice de chacun , celle idée religieuse destinée à souder un jour tous ses membres épars pour régner sur le inonde, et dans cette religion de l'enfance de l'humanité, dont l'Asie nous garde encore quelques traces, b homme conçoit le inonde comme partagé en Ire le bien cl le mal, puissances opposées et coé terne lies qu'il confond dans la pompe de son culte et l'hommage de son adoration.
Des sanctuaires mystérieux de 1 Orient, dont notre regard ne perce encore qu'à demi la prolondcur ténébreuse , sortirent , pour s'étendre sur la terre , des théories religieuses plus parfaites; se propageant de peuplqen peuple, comme une ondulation variant de forme et de couleur, elles firent grandir T humanité en lui enseignant que le inonde n 'était plus livré au despotisme insensé des divinités incertaines; les dieux réunis en une seule famille s'étalent divisé l'univers , et chacun y régnait dans toute Tétendue u*, son domaine* En quittant l’Égypte pour passer dans la Grèce , ces dieux avaient abandonné les enveloppes emblématiques sons lesquelles Os se manifestaient matériellement sur les bords du Nil, et se présentaient sous les formes humaines les plus belles et les plus parfaites. Passionnés et sensibles à l'hommage , Os déployaient tantôt une colère implacable, tantôt une affection dévouée; attirés par l’appât des sacrifices cl se divisant entre eux au sujet des querelles de leurs cités favorites, ils donnaient aux hommes l’exemple de la guerre et la leçon du courage. Leurs temples étaient répandus en tous lieux, et l'encens des nations montait vers le Dieu universel dont
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elles adoraient les membres épars , morcelant sans la comprendre son immense unité. Les peuples <jui babîlwem le boni de la mer in roquaient Neptune, qui parle aux tempêtes et soulève ou abaisse les eaux de l'Océan; m autre volonté présidait aux moissons cl aux fruits de la terre i et dans une conception pleine de vérité et de graadents U soleil qui vivifie le monde était aussi le dieu de la poésie. Ils divi Disaient» sous Vem blême de la beauté ,idiz puissance fécondante , sorte de printemps de ia vio q tii y entretient une verdure et une jeunesse sans cesse renais* sanie, a O 'Venus 1 disaient-ils , GHe de la mer, toi qui re* » nouvelles dans I univers entier l'activité et le mouvement, » et étends ta puissance sur tous les êtres* tu parcours ie 1 ni4mdc> faisant naître des fleurs là où vient de passer h n faux de la mort; et de toutes parts des voix reconnais* » saules t\ic! ressent, leurs cantiques; tu peuples les eaux,
* et les monstres do P Océan reconnaissent tou empire et » racontent ta gloire; tu peuples les airs* et les oiseaux
* qui 1 habitent chantent Les louanges dans leurs eoucerEs » du prm temps; tu règnes sur Fliuma ni té tout entière, et » les hommes te doivent la vie et les nations l’existence: » Mère féconde, ton mi I se promène sur les combats, et n f u liens dans tes bras le dieu delà guerre* »
L idée d union entre tous ces dieux isolés était largement conçue et symboliquement exprimée par des rapports intimes de famille; accompagnant rhmnaniié dans son développement, celle famille s unissait et se pacifiait dage en âge, sc soumettant de mieux en mieux à la majesté régulatrice de Jupiter* À lu! surtout appartenait le nom de puissant, il était le roi et le maître; et Rome, reine et maîtresse du monde, lui ayait consacré le Capitole et l'implora U comme le dieu excellent.
e 0 Jupiter tout puissant, loi qui > nssis sur ton tronc » av, domines les dieux de l'Olympe , cl par ta haute an- » gesse ramènes parmi eux 1 harmonie; o souverain regu^ s Lateur du monde, toi qui te plais en la somptueuse de- » meure du Capitole, écoute-nousï car voici que pour te i» rendre propice nous t apportons de riches dépouilles et „ te présentons de magnifiques sacrifices. Que ton aigle » puissante descende vers nous, et qu’étendant ses ailes b au-devant do nos légions, elle les guide à la conquête p de ces provinces barbares que tenons as promises ; aide- » nous, maître du tonnerre, car tu es fort- Lorsque jadis a les géans de la terre, entassant les montagnes sur fe&
» montagnes, voulurent escalader 1 Olympe et le renverser b do ton trône , lu les irappas au Iront de ta foudre et les 1 ensevelis dans les cavernes de la terre , sois glorifié; car a lu avais de redoutables ennemis et tu les as vaincus 1 3» Père , ton sourcil ébranle le monde , et tu es élevé entre a tous Ici dieux , mais par derrière ta tête majestueuse se a dresse une sombre et immobile divinité que rien n’émeut » cl dont ic regard terne et impassible demeure incessant-* » ment ouvert sur les conseils des dieux et les actions des a hommes : tu os puissant , ô Jupiter, mats 1 inexorable » destin est plus puissant que toi 1 »
Des temples de l’Égypte s'était échappé pour grandir dans te sein d’un faible peuple du désert mi Dieu bien plus grand et plus magnifique. Plus puissant que les dieux du Nil et des autres peuples impurs, il las forçait h trembler devant lui , les renversait par sa sente présence, et par la main de son peuplé exerçait sur les leurs d1 éclatantes vengeances; entre toutes les nations de la terre, il avait choisi la nation juive pour être la sienne t et, résumant en lui tous les pouvoirs, il réglait la morale et la politique, les bataiL
les et les travaux domestiques. Semblable au 3 upUçr ro main , Jeliovah avait fait à son peuple de glorieuses promesses de complètes et de domination » et offrait comme pâture a sa faim du désert les- plus riches pays avec leurs habitans; scs ordres étaient absolus et imposés comme une fatalité* cl il châtiait cruellement ceux qui reculaient devaut leur accomplissement. Il avait parlé b Moïse sur la montagne au milieu de la tempête, et le peuple , aux éclats retentissants de sou tonnerre et aux feux éblouissons de ses éclairs, saisi de crainte et d'épouvante* s’était couché dans la poussière cl tremblait devant cet être terrible* o Grand Dieu , disait-il, vous êtes redoutable et nous nous p prosternons devant vous; mais ne nous montrez plus vos » effrayons nuages , et ne nous faites plus entendre votre v voix, de peur que nous ne mourions. Ne vous irr î lez point » contre nous , Seigneur, Seigneur d'Israël ! busse/ reposer » voire courroux, nous vous dresserons un tabernacle et ?» nous l’arroser o ds chaque jour du sang des victimes; nous j> combattrons vos ennemis et nous vous les exterminerons t> sans pitié et sans vous soustraire un enfant* Mette? volro » parole en In bouche de quelqu’un d'entre nous, alîn que * nous puissions suivre votre commandement, car lorsque » vous voulez punir, vous envoyez de cruelles douleur!» : » (esclavage, la lèpre, la mort et le feu du ciel sont dans >ï votre main , et vous les jetez sur les hommes comme il p vous plaît. »
Mais Phumanité grandissait toujours et s’élevait vers Dieu , continuant h croître et b se développer sous sa main* Les plus sages d’entre les philosophes disaient que toute la nature était groupée autour d’un même centre, et que toutes les parties de l’ uni vers s’harmonisaient entre elles comme en irn divin concert, Les plus sages d entre
Ica Juifs (lisaient que Bien était père de tous Ica lientmrs et qu'il ouvrait ses liras à Ions scs en fans sans faire de distinction ni de caste ni de rang, et que , leur pardonnant le péché de leur premier père, il les avait rachetés de la mort h laquelle il les avait condamnés jusque-là» Alors l'humanité, levant les yeux vers le ciel, et apercevant l'esprit de Dieu enveloppant T uni vers de toute sa puissance, plus grand , plus sage et plus aimant que tout ce qu elle avait successivement adoré , sentit en elle une nouvelle vie; et, transformée par cette nouvelle période de sa longue création, quoique divisée encore en nations opposées, s'unît cependant pour nue immense prière de reconnaissance et d'amour à cet être* infini dont la volonté réglait f univers, qui ne reconnaissait aucune puissance à l'abri de la sienne , qui avait commandé aux hommes de s’aimer et de s'incliner devant la majesté de son nom, et qui, IVeîl sans cesse ouvert , comptait les bonnes actions pour les récompenser et les mauvaises pour les punir, lorsque après celle vie terrestre les âmes remontaient vers lui pour coin paraître devant son éternelle justice»
Les peuples de l'Asie , sectateurs plus fidèles du Dieu qu'avaient connu les patriarches de l'antique Arabie, laissèrent nu milieu des camps ce dieu des armées qui si longtemps s’élaiL plu sous la tente; enthousiastes de combats et ariens de l’ivresse guerrière, brandissant le sabre, iis se répandirent par le monde, entraînés par leurs chevaux du désert; charnels comme les juifs et amoureux de volupté, ils ne songèrent à flétrir par leur dogme religieux ni lo luxe ni le plaisir, et répandant à flots sur la conception moïsiaque les parfums cl les trésors de leur imagination orientale, ils rouvrirent de la plus splendide ci la plus éclatante poésie cette idée * venir qui pour l%> II* o
( IDO )
lève de Pharaon était demeurée inanimée et sans couleur. Versant 1* anathème sur toute parole et toute autorité autre cj uc celles émanées de Dieu ou de Mahomet son prophète, ils ne reconnurent point dans la nation de légitimité anterieure à celle du révélateur, et proclamant le Coran souverain , ils confondirent sur la tète étincelante du calife la tbîarc des pont îles et la couronne des Césars. Mais ccUe organisation politique et religieuse, faite pour ta guerre cl encore tout empreinte d’aulïquité, ne découlait pas d’une pensée assez vaste et assez généreuse pour embrasser dans ses développement et recevoir dans son équitable généralité tous les membres de la famille humaine. Les kmnfteS'j comme ces esclaves antiques, parures de leur maître, vouées k riiumiliûoto prison du sérail , achetées et vendues au marché, à la fantaisie du guerrier, formaient des êtres d’une nature inférieure , et leur valeur semblait s'évanouir (lovant la majesté de Dieu* Mahomet , comme Moïse, laissait dans sa loi subsister loflclavage : honte et malheur m vaincu I Serviteur dégradé, ü veillait aux écuries ou au* portes du harem, et rampait sur les genoux devant f aute* rilé toute puissante de son maître, La guerre demeurait sainte ; les nations restées en dehors do la loi de Mahomet infidèles et par conséquent odieuses ; cl rien, dans la parole de leur Dieu , ne révélait aux croyans l'espoir duuc association pacifique étendue au même titre à tous les hommes, h toutes les nations*
Les peuples qui dans l'origine s'étaient partagé FOccident, préparés a se connaître et h s'unir par la conquête romaine, développèrent sous un autre aspect la tradition des Hébreux qu'ils avaient aussi reconnue comme point de dépari. Montant vers Dieu, plus que l'humanité ne lavait encore fait t Us le virent embrassant tous les hommes dun
6gal amour cl les appelant à la paix; mais ne & devant pas encore assez haut pour comprendre que la créa li on n*a pas été pour lui Fœ livre d’un jour» et qu elle se continue sans relâche, frappés par la différence qui existait entre la société qu'ils avaient sous les yeux et celle que leurs sympathies leur révélaient et qu'ils n’osnieal espérer sur la terre, ils no purent briser définitivement la cenceplion d’un mal absolu, et lui faisant sa part et son histoire, ils conservèrent dans leur théologie le dogme hébreu de la chute de rhomme et le dogme oriental de la chute des anges; incapables de saisir dans son admirable ensemble cotte volonté providentielle, marchant à son but à travers les peuples par des formes si diverses et des voies si variées , ils dressèrent hardiment le procès aux nations an* tiennes et aux nations contemporaines demeurées en dehors de leur ligne de révélation et m firent à Satan le splendide holocauste»
La parole évangélique , étouffée par les cris de la guerre, dut fuir cette matière toute do sang et de carnage ; quittant la terre, elle s'éleva vers le ciel, ruais pour dominer les combats et amollir les coeurs par la charité et l’amour qu’elle versai t du haut de sa chaire céleste» De là celle coustiLuiioü si remarquable des sociétés du moyen âge : les rois, chefs de la guerre et de Inorganisation politique, tyrannisant à leur gré leurs sujets sur cette terre faite [jour la douleur, appelant les hommes aux batailles, cl morcelant par des divisions nationales la fraternité universelle; puis, au milieu de cc camp immense, tumultueux, fer* mentant de haine et de passion, soumis à une loi loule particulière» toute de privilège» et par conséquent étrangère b Dieu qui n’en connaît point, au milieu de celte armée temporelle avec sa hiérarchie héréditaire de ducs et
de tarons, une hiérarchie toute pacifique, fondée m !c mérite et non sur In naissance , armée de prières, parlant d'amour, répandue partout, étendant son immense association chez les nations les plus antipathiques» et centrant jamais en partage de leurs rivalités étroites, jetées comme en dehors de ce monde matériel , et formant au milieu de la société une société avec son chef, sa loi, son gouvernement. Le clergé poussait jusqu'au cœur dcccltc classe pauvre et nombreuse qu’il déclarait avoir mission de consoler scs racines profondes; mais, sans puissance sur les privilèges laissés au despotisme onéreux des successeurs des Césars , il prêchait , an milieu des misères th peuple, de la patience et non pas des remèdes; il élevait le faible en vantant l'humilité, et abattait le puissant en flétrissant F orgueil, soutenait le misérable en lui faisant chérir la pauvreté, portait le riche h la charité en lui faisant craindre la richesse, entretenait le juste en le détachant du monde ci lui posant en dehors de la terre son but et sa récompense; demeurant indifférent aux découvertes de la science et aux conquêtes de 1 industrie, enseignait aux hommes h savoir dès celle vie s’élever au-dessus du néant des travaux et des jouissances de In terre; brisant les chaînes antiques de la femme, la déclarait impure cl indigne du sanctuaire, cl faisant du célibat une vertu, donnait au monde l’ exemple d'nne société sans famille; rattachait rhomme à la providence par la prière, en disant que Pétermdlc volonté sc laissait influencer par la supplication de ses créatures et l'intercession des bienheureux du ciel , exaltait la grandeur de Dieu et appelait ii elle P amour, en disant sa colère soulevée par la désobéissance du premier homme, et se propageant sur les entons entachés au jour de leur naissance du crime originel h
leur père; sa toute envoyant son fils sur la terre , se contentant, pour gracier l'humanité, du sacrifice de sa dou~ lourctJâo agonie; fon impassibilité expérimentant sur les hommes en les faisant passer par une vie chancelante entre le vice et la vertu; son impartialité se témoignant au jour du dernier jugement, condamnant à d éternels cbatîmens pour des fautes d’un jour la majeure partie de l'humanité, et récompënsunL quelques élus par une éternelle quiétude dans son insaisissable paradis»
Yoilti quelles sont les diverses phases successives de ridée religieuse qui , sc peignant dans le ciel ïi mesure que ce rameau de l’ humanité dont nous faisons partie s échappait en grandissant de son tronc mystérieux, sont venus répandre sur lui leur lumière et leur chaleur.
Aujourd'hui le fétichisme, perdu dans la nuit de Phîsioire, traîne scs dernières traces parmi les peuplades sauvages de l'Afrique et de l'Océanie* Le polythéisme est mort sur la terre d’Europe, ne conservant, pour atteste? sou passage , que les chants de ses poètes et quelques vieux restes de colonnes brisées. La Judée ne connaît plus les Hébreux , elle peuple, juif disséminé sur la terre » demeure dans Laltcolc , confiant h cette grande promesse qu'un jour tons les peuples doivent s’unir sous le trône d'un meme Dieu* Le mahométisme n’e&père plus l'Europe, et, refoulé par une civilisation plus puissante, partage son Coran aux peuples barbares de l'Afrique et de Elude. Le catholicisme, avec l'immense appareil de son antique hiérarchie, épuisé de ses dix-huit siècles et vaincu par la philosophie, expire aujourd'hui son dernier mouvement; comme ces grands assemblages de roues et de machines qui . lorsque lu piain qui seule leur donnait l'action
et la vie s’esl retirée, continuent quelques mslans encore un mouvement languissant et sans force qu’on abandonne * et qui s’éteint dans le silence.
Et nous, aînés de l’humanité, fruit glorieux du long enfantement des siècles, héritiers des progrès de tant de générations éteintes, nous qui rie cessons de croître en dévouement et en grandeur , nous demeurerions abandonnés sur celte terre froide et nue , isolés entre notre nais* sauce et notre mort, associés au monde seulement par quelque loi matérielle de gravité, et nous promenant sur notre globe parmi l’univers, sans qu’entre noua et lui il existât d'autres ficus et d'autres rapports qu’un peu de lumière pâle qui remplit l'espace l Pour nous , anges exilés, plus de temples et d'autels, plus de parfums et de fêtes, plus de cantiques et de chœurs, plus de religion, plude Dieu!..,,
O grand Dieu! vous qui animez toutes choses de votre vie et vivez dans l'éternité* vous seconderez notre effort et vous soutiendrez notre ardeur; vous donnerez h noire voix assez d'éclat pour qu'elle se fasse entendre parmi tout ce tumulte, et appelle enfin sur votre majesté l'admiration et P amour. Les hommes ne vous connaissent point encore, et, plus grands que les dieux du passé, ils en sont réduits à se glorifier de leur propre force et ta leur propre sagesse; mais ils vous béniront, ô uiouDieüï quand ils verront que le règne de h justice et de U liberté s’apprête â descendre sur l'humanité tout entière; et lorsque, pour marcher vers celle sainte association des peuples, il faudra lutter contre quelqu’un de ces rob du passé dont vous flétrissez les couronnes , ils ne diront plus dans leurs chants de désespoir : <* 11 faut vaincre ou mourir ! ^ ils diront : et li faut vaincre cl non pas mourii'i
( iS5.)
car U» Providence est avec nous* et nous marchons avec elle vers l'a venir du monde! »
Après cette prédicalion, qui a excité n plusieurs reprises les applnudisscmens de l'auditoire , Moïse ÏUtoiïret a prononcé Mtocation suivante :
Et moi aussi , après la puissante voix de mon père, je viens h mon tour élever la voix; je viens, entant que je suis , vous faire ma prière au nom de la classe ta plus nom « brense et la plus pauvre.
Il y a hîen long-temns que la plupart des hommes et des femmes qui sont ici viennent entendre la parole saintsimonienne* Or, depuis si long-temps, combien en est-il,
entre tous, qui commencent è se sentir touchés et convaincus? combien en est il qui nous aiment pour ce que nous leur avons dit ? combien dont notre voix ait attendri le cœur aux maux do la classe la plus nombreuse et la plus pauvre? combien qui , à la promesse toute nouvelle d’un bonheur prochain pour cette classe la plus nombreuse et la plus pauvre, se soient écriés avec transport : Ainsi soit-il !
Il m’a semblé qu’au jourd 'hui le moment était venu de vous faire un appel solennel et auquel vous ne pourrez refuser de répondre. Car si nous avons la vérité , que tardez-vous li vous joindre a nous? ci si nous n’avons pas la vérité , que lardez -vous il vous retirer de nous ? Depuis si long- temps vous devez nous connaître.
En présence des douleurs de Inhumanité, en présence des m aux terribles du présent, dos maux plus terribles de l'avenir, il faut prendre uu parti; il n‘y a pas de temps l\ perdre-
À toute heure du jour et de tu nuit, en ce moment mémo oii je parle, il y a des hommes, des femmes, dca Qjiians, qui périssent de toutes les misères* Nous avons pu voir tous, en nous rendant ici, par les rues et parles places , d’horribles nécessités*
Ici tfiêroe , en ce lieu, je vous prie de voir, vous riches et qui avez de la science, vous qui savez faire ou qui savez juger un discours, vous dont rcxistencc n’a pas été ahandonoée, et dont la jeunesse a grandi au milieu des soins «Vu ne éducation habile, afin que vous ne soyez pas feules de prêter à mes paroles une oreille distrait© et imLlenthe* je vous prie do voir qu’à colé de vous il y a des lia umies d des démines de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, des enfans aussi , cjui m’écoulent en grande attention et avec une sorte do saisissement : a Car , pensent-ils* peut-être ccs paroles auront-elles le pouvoir d1 adoucir notre misère cl de nous sauver des horreurs d’un prochain désespoir j>
O vous de qui il dépend de dire b tant de malheureux (quand votre cœur sera louché) : * Ne souffrez plus I > je vous prie en grâce de penser a cela en m’écoutant j i! y « Ih de l’éloquence pour vous et pour moi.
Je veux en peu de mots , je veux vous adjura r de prendre enfin avec nous une décision quelconque* De celte bienveillance dormante et inactive dont vous nous faîtes preuve depuis si long-temps , en vérité , aujourd’hui, c’est trop au trop peu. Nous serions coupables les uns et les autres, k entendre le cri pressant de la douleur humaine; noua serions coupables de rester plus long-temps h faire cl h écouter des discours, si de ccs discours il ne doit rien sortir de bon pour les hommes qui souffrenL; nous serions coupables , nous, par nos impuissant efforts , de tenir plus
temps aliusèe ici voire attention qui peut ailleurs être utilement occupée; vous série, coupables, vous, « entretenir plus long-temps de votre oisive et slcr.lo attention l’ardeur toujours vainc de nos efforts et de nos espu-
rances. , .
On nous a quelquefois demandé nos droits cl nos pouvoirs de venir ainsi rassembler des liommes en un lieu pour les edi retenir de ce qu’il nous plaît. Or de quoi vous a vous nous toujours entretenus ? De vous et de nous , et de humanité' tout cntîêrei de nos intérêts communs d’hommes, de nos souffrances d’hommes, des droits de tons cl des devoirs de tougf nous sommes Venus à vous pour voir si nous ne pourrions pas , les uns par les autres et les uns aux autres, nous aimant et nous associant, nous faire celle
vie plus heureuse»
En cela nous avons fait la volonté de I>icu.
11 n’y a pas à se méprendre sur nos intentions. Si vous doutez et si vous craignez , examinez nos actions et nos paroles.
Nous ne sommes pas tous des hommes de science, mais nous sommes tous des hommes de bonne volonté * cl nous venons b vous comme nous sommés* Nous vous armonçom tous, chacun dans notre langage, la parole de Saint-Simon-
Elle est simple , si yous voulez !a comprendre.
Saïïst-Sïmon dit aux hommes de s’aimer et de s’associer, et de vivre ensemble sur la terre comme une seule et
même famille. - - . ■
Trouvez-vous cela Lun ? Ht si vous te trouvez bon, cela est-il possible ; si vous le voulez, cela est possible, et si vous ne te voulez pas , c’est que sans doute vous ne te trouvez pas bon.
Car si les hommes veulent s’aimer , qui tes en empêche ?
et s'associer , et vivre ensemble comme une famille, qtii les en empêche?
S'il n’y a qu’une seule espèce d'hommes, et si hommes sont tous de la même famille , ils peuvent cl jlg doivcoL vivre en famille.
Cela est-Ü vrai?
Une famille bien faite doit vivre comme un seul corps, comme un seul homme-
El ainsi don e dot t v i vrc I a fa mil! c h u ma i n c , c m me un seul corps , comme un seul homme , se sentant si hm vi vre dans chacun de ses membres que pas un de ses membres ne puisse se garder insensible l\ la douleur ni au plaisir des autres ; toujours intéressée, pnr là., cl toujours attentive, dans chacun de scs membres, à la conservation cl au soin de tous,
SArNT-SiiM® enseigne aux hommes qu’ils ne peuvent pas être heureux les uns sans les autres*
Di t os-moi , au milieu même des habitudes de ce siècle égoïste, pourquoi il n est pas un homme, néanmoins, eu vérité pas uti, qui puisse se tenir absolument indifférent aux souffrances des autres hommes. S'il en était un, un seul; s'il existait cet homme capable, au milieu de tant de souffrances humaines de toute espèce , capable de se trouver, lui, parfaitement heureux, ne le regarderiez -vous pas bien plutôt comme un parfait misérable? CroiricMous bien que ce serait un bomme, et si c était un homme, cmriez- vous qu’il fut bien vivant ? Non, ÎI sérail tout au plus à vos yeux comme une de ces branches sèches et quasi détachées du tronc , qui ne vivent plus à elles seules que d'une imperceptible et chétive végétation.
Celui-là, au contraire, qui souffre véritablement des
maux do ses semblables, celui-là vous semble un homme et nn homme bien vivant.
C’est que l'humanité n’est qu’un seul et même corps dont tous les hommes sont les membres indivisibles; un seul et mémo corps qui , à mesure qu’il grandit et sc développe, acquiert de plus eu plus la conscience de son unité.
Voilà les choses nouvelles et q m les hommes , au temps du Christ , ne pouvaient pas encore porter.
AJor^ le maître ne sentait que très- faiblement Yumlè de sa vie et de celle de son esclave, car il coupait et taillait dans la chair de son esclave jusqu'à la mutilation et la mort, sans être plus ému que do la blessure ou do la mort cVtrn de ses animaux domestiques. La chair de l'esclave- était rite pour t^mnîtue* Et Jésus vint et dit : « Toute chair est vile, a humiliant ainsi par ces paroles la chair orgueilleuse du maître à l'égal de celle de l1 esclave. El il dit aussi : «Tout esprit est divin , élevant par là la pensée humiliée de 1 esclave au niveau de celle du maître.
Et pour preuve de cc qu’il leur disait, il souffrit dans sa chair. Leur montrant par s orr exemple que F esprit seul devait être compté pour quelque chose.
Et alors le nmilrc et l'esclave commencèrent à croire qaü y avait bien en eux quelque chose de semblable et do commun.
Et la plupart des hommes en sont encore là,
Blais aujourd’hui Sàixt-Simox dit aux hommes qu’ils vivent tous d’une seule et même vie , et qu'ils ne sont qu’un corps et qu’un homme.
Donc, au nom de Saint-Simon s je vous dis :
Voici venir Ifhiver , et chacun devons, selon ses moyens, va songer à se pourvoir , contre la pluie cl le froid, de
lonlos les choses necessaires, utiles cl agréables, Vous riches ÿ tous aurez des vêtemens commodes » somptueux et délicats , ei des demeures toujours pleines d'une douce chaleur; vous aurez une nourriture exquise cl des vins chaleureux; vous* riches, vous savez prendre de toutes les saisons voire plaisir, et chaque temps a pour vous scs douceurs.
Mais tous ne sont pas riches; et , du train dont vcal les choses, je vois que cet Irneril y aura dans l'humanité tien des membres grelotans de froid , bien des houclics aflaniées; je vois qu’il y aura bien des privations, Lien des douleurs, bien des morts 1
Eb bien ! je vous apprends que tous ccs membres qui souffriront, sont vôtres, que leur chair est votre chair, que leur vie est la vôtre , et que vous soutirez en vouifc malgré vous, les pointes de la douleur qui les déchirera* Car vous no pouvez faire, si vous êtes des hommes, que vous ne souffriez pas quand des hommes souffrent.
Gela csl-H vrai?
Si vous trouvez cela vrai , vous savez tour. C’est là qu’est la science divine et humaine» dont toutes les outres ne sont que le commentaire.
Aimer les mitres dans soi et s’aimer dans les autres*
C’est pourquoi , mes Pères » avant que de vous demander, moi aussi, #Ia sainte parole de l'apostolat, je nesub point allé vers les docteurs de sagesse humaine ni vers 1rs maîtres de déclamation , mais jo suis allé bien souvent pnr les rues et par les places visiter curieusement les tffisbre® de la classe la plus nombreuse et ia plus pauvre*
Peuple» peuple ! j’ai touché h plaisir de mes mains la poussière de tes haillons; j’ai recueilli comme une vosx qu’on aime la , saleté et la brutalité de tes discours. }' 4
( IJf )
soumis ma délicatesse à respirer les grossières haïeîoisê et h s'imprégner longuement de la moiteur sotilfreleuse do tes membres, jusqu'à ce que je me sois bien senLt souffrir et gémir en loi; jusqu’à ce que je me sois bien senti misérable 3 humilié et prostitué en toi; cL alors je me suis dit en pleurant sur loi el sur moi : « J irai vers eux, j irai et je les prierai d’avoir pitié, 6 peuple , de loi et de moi I n Pitié 1 pillé i Qui aura pitié?
Tel Vaudüoire, vivement ému , à interrompu te joint prédicteur par plusieurs salves d’apptedisseméfrs-
il ne s’agit pas de danser et de chanlct* cel hiver encore aux misères du peuple.
Je vous dis que la musique de vos bals et de vos coft certs est utre musique de mort, une harmonie funèbre pour Fliumanité souffrante»
Je vous dis qu h vos fêtes , la plus brillante d'entre toutes ces femmes et la mieux parée est la plus horrible aux yeux de l'humanité souffrante.
Si vous voulez danser , faites d’abord que le peuple aussi danse et chante à votre bienfaisance*
Mais il ne s’agit pas non plus encore de souscriptions , de quêtes el d’aumônes. Non ; nous ne sommes pas la à vous demander votre menue monnaie pour des misères immenses. Non.
Maïs écoutez ;
En ce temps if y a des jours où vous ides en Irnnsc d invasion étrangère; eh bien, si les barbares viennent, quand on prendra les noms, que ferez- vous?
Vous irez tous, nous irons tous, faibles el forts, courageux et timides, tous, à In mort, s’il le faut»
Eli bien !
Gu encore s’il arrivait par le malheur des temps France quelque jour , ou seulement celle ville de Paris où nous sommes* sc trouvât prèle a périr, et qu’il fût possible alors par la volonté de la providence , qu'il fül possible b l un de nous de sauver ce peuple de la mort en so dévouant pour lui , qui de nous, tous tant que nous sommes ici, ne se sentirait le cœur de le faire; hommes , ibmoics , enfants meme?
Eh bien! je vous le dis en toute vérité h ckcim de tous : il faut aujourd’lmi se dévouer pour on grand peuple qui vraiment souffre des maux horribles et qui semble fret à périr* Il faut sc dévouer.
Si je vous demandais de mourir , en vérité vous devriez le faire*
Mais non j je vous demande au contraire dû vivre, de vivre pour lui , de travailler dés ce jour de toutes Ici puissances de votre cire à son salut et h son bonheur.
Ecoutez : ü h cet te heure notre oreille pouvait saisir \m les sous qui bruissent ù la fois dans Paris , nous ouïrions d$ plaintes lamentables, des sanglots déchirons , des hlasp lié mes , des grinceinens de dents , des rires affreux , guifique concert de b douleur humaine*
Au milieu de toutes ces %'oix qui gémissent, b nôtre s’élève gémissante aussi et suppliante*
Enlendez-la bien.
Je vous jure quîà celte heure il se fait en ce lieu une grande chose pour rhimumilé,
Je vous jure que cette assemblée est autrement sainte que pas un des conseils des rois et des empereurs # etqiril y est ouvert en cc moment une délibération telle que n’en ouvrira jamais aucune chambre royale ou populaire-
Au nom dcPlmmnnilâ tout entière » je vous appelle tous et je vous dis :
Qui d’entre vous veut se vouer è lu consolation de toutes les douteurs?
Qui d'entre vous se sent lu force et P amour de travailler il la paci/içatîou et à l'association des hommes ?
Qui d’entre vous enfin veut entrer en famille avec la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , et la faire entrer eu famille avec 1m?
C’esli-dire : Qui cPcmfcfb vous veut être Saint-Simonien?*» Nous vous attendons.
*i; > £ 3 lu . f