PARTI POLITIQUE DES TRAVAUXEURS
Je repoussais il y a peu de temps le litre de club qu'un grand écrivain avait cru pouvoir donner h nos réunions. Nous avons eu à répondre aussi plusieurs lois à un reproche contraire , celui de former une association mystique j et nous F avons toujours combattu victorieusement en faisant h chaque instant l'application de nos idées religieuses au réglement des intérêts matériels de b société. Ce reproche vient néanmoins de se reproduire h In tribune nationale, dans un moment oii noire dogme intervenait incessamment , comme principe publique, dans les débats parlementaires. On a insinué également que nous subisrt* 10
sions le joug d'une nouvelle théocratie qui nous dépout lnit de loulc individualité, de toute liberté. Je répondrai plus tard à celte dernière imputation. Quant nu reproche de mysticisme, il n’y a qu’uue réfutation possible - c’est celle que nous avons faite jusqu’ici , et que je viens [aire encore ; c’est de montrer avec persévérance que notre religion est aussi une politique, et que nous sentons, que nous comprenons, que nous sommes Impatiens de satisfaire tout ce qu’il y a de légitime dans les vœux du peuple, tout ce qu’il y a de pressant dans les besoins des classes laborieuses.
De nombreux partis s’agitent dans le sein de la France : i] y a des royalistes purs pour Charles X cl Henri \ , des royalistes constitutionnels selon la Charte de des royalistes constitutionnels selon la Charte de \&hi des catholiques selon Bossuet , et des catholiques selon de Maistre; des libéraux ultramontains et des libéraux gnllicims; des philosophes critiques selon \ollaire, des philosophes rétrogrades selon Bonald \ des monarchistes scloa la constitution de 1791, des monarchistes selon les constilulions de l’empire * des monarchistes selon la déclaration delà chambre des représentant de 1 8 1 5 , des monarchistes selon le programme de F Hôtel-de-Ville \ enfin des mfwblîCatfis selon la Gironde et des républicains selon la Montagne.
Eh bien ! dans chacun de ces partis si divers , si opposés, sî aigris les uns contre les mitres, il y a pourtant des hommes qui * malgré le contraste frappant de îeor> croyances , sont liés par une communauté tV intérêts ri d’opinions sur les questions les plus essentielles dt? 1 organisation sociale. Dans chacun de ces partis il y ^ hommes qui tiennent du hasard de la naissance te droit
do vivre du labeur d'autrui , et des hommes qui sont condamnés par la naissance h entretenir péniblement t par leurs travaux , le luxe et le faste de quelques privilégiés héréditaires. Parmi les royalistes , les libéraux et les démocrates de toutes les nuances il y a des oisifs et des travailleurs, des bourgeois et des prolétaires ; des oisifs qui , sous les couleurs de rancion régime comme sous celles de I a république et de l'empire , sous le drapeau du mouvement comme sous celui du juste milieu, s’accordent parfaitement il vouloir jouir sans trouble cl b faire jouir leur postérité la plus reculée de tous les avantages de la fortune héréditaire ; des oisifs toujours disposés h s’enlrVider , malgré leurs inimitiés politiques, pour faire respecter comme inviolables et sacrées leurs communes prérogatives; des travailleurs qui , sous toutes les bannières aussi, avec la çoeardc blanche comme avec la cocarde tricolore , gémîs^ sent de concert sous, le poids de rindigenec patrimoniale, Quelle position fausse cl inextricable que celle d’une société où les ennemis les plus acharnés ont des senti mens et des besoins communs, où les amis les plus ardens ont des opinions et des intérêts contraires I Que signifient donc toutes ces distinctions, toutes ces dénominations de carlistes , de bonapartistes, d'orléanistes et de républicains, pour la masse de la nation , si la victoire successive du panache blanc , de l’aigle impériale et du coq gaulois ne change rien h b situation déplorable de la portion la plus nombreuse et la plus active de tous les partis iriomphans ou vaincus ? si Y oisif patriote admet et chérit comme V oisif royaliste le principe héréditaire d’où dérive fa misère des Ira- Tailleurs royalistes et patriotes? si le bourgeois républicain , comme le bourgeois monarchique, lient b conserver scrupu-
lftflâcmeùt des lois faites par lui et pour lui contre le prolétaire ?Taut qtiéfcsvicisài iodes politiques laisseront ainsi subsister les plaies les plus profondes de l’état; tant quelles resteront sans influence sur la vie intime de la société, sur la condition morale et physique du plus grand nombre de ses membres ; tant qu’elles ne produiront que des réformes superficielles, cl quelles se réduiront pour le peuple h «né question de costume, à un simple changement de couleur dans l’habit de scs maîtres, le volcan des révolutions ne sera pas éteint, et les partis, s’entre-déchirant tojtwi sans espoir de réconciliation , continueront de vaincre alternativement sans résultat.
Vienne donc un parti qui ne s’arrête pas h la métaphysique constitutionnelle, ni au vocabulaire des factions dont la longue querelle n’ a d’autre objet que le droit d’exploiter le peuple sous des formes et des noms divers; vienne un parti qui classe les hommes non plus sur leur manière de juger les vieilles théories politiques, non plus sur leur pris fé ronce pour telle ou telle dynastie, non plus sur leur engouement pour telle ou telle livrée , mais sur la part que chaque membre de la société prend a la production et à la distribution du bien-être universel , sur b mise et le lot de chacun dans les travaux et les bénéfices de l’association, sur la valeur réelle , le mérite , les services des individus; vienne un parti qui , planant sur toutes les qualification secondaires, soit moins jaloux de faire des révolutions dans les salons et les antichambre*-, dans le langage et e tiquette des cours, dans les almanachs royaux et nationaux, que de rallier b lui les TiuvAïu.Kcns de toutes les 01» nions et de toutes les croyances, pour ne former pus qu’une seule et grande division dans l’étal , celle qui un
d’an coté les classes nombreuses qui produisent tout et no possèdent rien , et de l’autre, la minorité privilégiée qui ne produit rien et qui jouit de tout.
Eli bien i ce parti est venu : c’est nous qui en proclamons l’existence , c’est nous qui en avons déployé le drapeau. Oui, sî par nos journaux , nos livres, nos enseigueincns et nos prédications , nous étendons incessamment le cercle dans lequel se développe le germe de la société future, nous ne perdons pas de vue néan moins les masses innombrables qui no peuvent nous entendre, la société extérieure qui vit îi nos cotés, le mouvement politique au milieu duquel notre mission doit s’accomplir. Ce n'est pas assez pour nous du bonheur des familles do plus en plus nombreuses qui acceptent entièrement la loi Saint- Simonienne; nous sympathisons aussi avec ceux qui nous ignorent ou nous méconnaissent, avec ceux même qui nous repoussent ou nous calomnient; ù tous nous souhaitons autant Je liberté , J ordre cl Je bienêtre que les sociétés actuelles peuvent en attendre à7 une législation transitoire qui, préparant la législation définitive, seconderait toutes les tendances progressives el favoriserait le plus possible Faméboration graduelle de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. El ce n'osi pas l\ des vœux, à de simples vœux que nous bornons notre sollici** lu de pour les générations contemporaines qui nous sont encore étrangères ; il entre aussi dans noire apostolat , et nous avons la volonté, et nous nous sentons la puissance de remplir une autre lâche * celle de réclamer, d’appuyer et de hâter partout où notre doctrine pourra se faire entendre, où notre parole pourra parvenir, h la tribune comme h ln chaire, le perfectionnement moral et matériel dos travailleurs.
Aiust , quand nous verrons des législateurs, des jw)&. listes s des homnSas d’état, se cramponner au passé, ne s'inquiéter que de co qui fut, à défaut de savoir ce rjüî doit être , eVlïbrcer d’imprimer une direction rétrograde à la société, nous signalerons et nous combattrons celle tendance désastreuse, appelant de toutes nos forées les chefs des peuples dans la voie du progrès , conjurant toute imitation de l'impéritie et delà témérité des hommes qui, pour n’avoir pas su accepter des réformes pacifiques ai pu prévoir des réformes violentes , livrèrent la France h toutes les horreurs de la révolution; demandant enfin au génie de Turgol de venir s’asseoir dans les conseils des rois et dans Jes assemblées des nat ions , pour y rappeler sans cesse que les lois doivent avoir pour but de moraliser , d’inslmkeel d’enrichir le peuple, et pour préparer, par des mesures graduelles et progressives , le triomphe pacifique et complet de ia loi d'amour, d’ordre et de liberté, proclamée par Saint-Simon.
Jamais il ne fut plus urgent -de sortir de l’arène où les opinions et les passions s’entre-choquent en vain depuis tant d’années; jamais le besoin d’une nouvelle efessific*tion des partis , d’une sphère plus large et plus élevée pour les discussions politiques , ne fut plus pressant et plus universellement senti. On ne s’enlend plus nulle pari ï à force de parler des prérogatives du pouvoir et des exigences de ia liberté, sans autre appui que des doctrines ei des traditions surannées , les publicistes ministériels comme ceux de l'opposition , vivant au jour le jour , également privés de vues d’avenir précises , vastes et lointaines, ne parviennent, dans leur controverse si animée, qu’à s’ébranler de plus en plus réciproquement dans leurs faibles croyances, qu’à accroître respectivement leur doute ,, leur méfiance et
leur découragement , tfh gémir et à faire de sinistres pro^ pU&s , les uns sur les rois , les autres sur les peuples , et qu’ù ne plus savoir enfin , après tant de discours profonds et sublimes , ce que c’est que la liberté et ce que c’esL que le pouvoir.
Taudis que les superbes docteurs de 1 éclectisme s u rilent de ne pouvoir régenter lu France h leur gré , et sont réduits ii dénoncer solennellement eux-mêmes leur impuissance, leurs perplexités et leurs terreurs; tandis que les défenseurs de la souveraineté du peuple et les avocats de riiérédité politique vont fouiller il Tenu dans les ruines de 1! antiquité ou du moyen âge , pour en extraire des lambeaux d’institutions monarchiques on républicaines; les classes laborieuses qui n’ont pas écrit ou commenté des volumes sur les révolutions anciennes cl modernes, sur T histoire du sénat romain ou sur les fastes de la paine anglaise; les masses populaires qui ne savent rien du passé, mais qui se sentent accablées sous le présent et qui désirent un meilleur avenir; les masses populaires manifestent par des excès l'intensité du mal dont le corps social est allligé; et les classes moyennes, refroidies aussi dans leur loi constitutionnelle, témoignent hautement du progrès de l incertitude, du malaise et de ta dissolution. Voyez le scrutin électoral naguère si recherché, menacé aujourd’hui de solitude ; voyez une grande partie de vos cohortes civiques rester sourde et inactive au bruit du tambour et des émeutes ; voyez vos magistrats , sans règle eL sans boussole , arborant dans un lieu et renversant dans un autre le siguc de la liberté et te symbole du christianisme; voyez la dévastation, la révolte, l'incendie , le meurtre, semer l’effroi dans vos provinces; voyez quel remède pu offre b tant de calamités I Entendez vos oracles , dép ouillés du sens
prophétique, prives è la fois de l'appui de la science et de (Inspiration , et comme frappés de vertige, promettre qU peuple , pour soulager sa misère, d’élargir le gauflrc dévorant. de In corruption, et lui recommander les vices m «nous! Au milieu de tant de symptômes d’anarchie , de tant de preuves d'imprévoyance, de faiblesse et de stérilité de la part de tous les partis, qui pourrait douter encore de la nécessité d’un parti nouveau qui porte le débat sur un terrain plus vaste et moins aride que celui où tant de discussions ont été et sont tous les jours infécondes?
Oui, le moment est venu de rallier les travailleurs que d’anciens préjugés et de vieilles haines divisent; le moment e&t venu de donner une discipline, une organisation, une forme régulière et légale aux plaintes et aux réclamations des classes pauvres qui font de l'insurrection royaliste ou de rémeulc républicaine selon que leur misère se produit h Paris ou dans la Vendée* Que les prolétaires, privés jusqu’ici de représentais directs , et mis en dehors des diseussions politiques, trouvent désormais place pour leurs immenses intérêts dans les débats de la tribune et de la presse; ils ne songeront plus b exprimer bririnlement leurs griefs, quand ils sauront que leur cause est mieux défendue par des interprètes puissans , par des organes pacifiques, Qu’a Lien droit-o ri pour faire un appel aux hommes généreux qui , divisés par des croyances politiques ou religieuses doni ils n’ont plus rien h espérer , se rapprochent d’ailleurs par une sympathie commune pour les classes souffrantes ? Qu’aUendrait-on?*.*, Le maln’esl-il pas assez grand ?***,
Lorsque Sieyès , averti par le malaise de la nation, comprit que les anciennes relations des diverses classes de h société ne pouvaient plus subsister; lorsqu’il posa sa ^
mcuso question : Qu'Csl-ce fjue k tiers-état? le besoin de reforme ne. s'était pas fait sentir avec plus do violence» et les signes des temps u’apparaissaicat pas avec autant d’éclat que de nos jours» Ayons donc h notre tour le courage déposer cette outre question : Qu’est* ce (jue les prolétaires?
En sc de mandant ce qu "était le tkrs-état> Sieyès apprit b la France, par sa réponse, que cet ordre qui notait encore que rbumble tributaire du fisc et des classes privilégiées, composait pourtant l'immense majorité de la nation, peuplait les champs et les ateliers , donnait son sang dans les batailles , égalait ses tu ait res en courage et en lumières et les surpassait eu moralité. Dès ce moment on put prévoir l'émancipation prochaine du tiers-état et l'abolit ion tics prérogatives honorifiques ou pécuniaires que le clergé et ïa noblesse considéraient comme des propriétés sacrées et, inviolables* La unit du 4 août vint bientôt eu effet développer toutes les conséquences de ta réponse de Sieyès.
En nous demandant aujourd'hui ce que sont les proie* laheSj nous devons apprendre b noire tour à la France, par notre réponse , que cette classe , dont l'oisive bourgeoisie ne parle le plus souvent qu'avec dédain et qu'tdie traite comme une humble vassale, compose aussi l'immense majorité de la nation ; qu’elle peuple les champs et les ateliers , donue son sang dans les batailles, cultive les sciences et les arts , fournit aux besoins de l étal, et entretient, charme et embellit sous mille formes diverses l'existence des classes privilégiées qui l’exploitent cl la méprisent. Celte réponse renferme aussi ['indication et le présage d'une nouvelle transformation décroissante du principe héréditaire* Frappé d'abord dans la transmission de l’esclave et du Serf, puis dans celle du rang, de la fonction, des titres, des pensions et des propriété seigneuriales, U doit Yèim néces-
Siiiranent un jour dans Tordre civil ; car la providence quî a fait l'homme pour le progrès et qui Ta poussé juscju-îci, qui le pousse plus que jamais h [abolition défirntivo et complote des privilèges héréditaires; la providence a dtmoé h l'homme assez de logique pour T empêcher de reculer devant la hardiesse de sa raison et les conséquences les plus lointaines de sa perfectibilité, pour le foire marcher droit, en dépit de Lous les obstacles, sans faiblesse et sm préjugés, h sa noble destination, iu règne exclusif du mÿ* rite et de la capacité (i).
Je sais que des orateurs habiles et de profonds penseurs, qui ont applaudi vivement à Tîmmense holocauste des I lires et 3es droits féodaux , s’efforcent d’établir une g™dc différence entre ThérédiiéiioLilimre , qu’ils appuient et l'hérédité bourgeoise, qu’ils appellent civile. Ils ce voient pas qu’elles reposent toutes les deux sur le même principe celui qui récompense le fils des services ou des travaux du père. 11 font ce qu’auraient fait les Gracques si, du sein des plébéiens dont ils défendaient la cause, lui sorti un homme qui leur eût demandé d’étendre leurs Tües philantropiques et leurs doctrines de liberté à la masse des esclaves; les Grecques auraient méprisé cm repoussé cot homme, et cependant il u7cût devancé que de peu de iemp* h prfdication de la fraternité universelle qui devait amener fa* boTüion de F esclavage chez les peuples civilisés.
Je comprends parfaitement , du reste , que , pour se mé*
) Nous ii’avsns pa* Léonin Je rappeler que la réponse èc Sscy^ necesflîiïrcmeîîl le iPoi» réarme vin tenta, le signal tl une imm^.
diSâiôlIUon ; taudis que la nuire n'cjjj <Jû’un appel an\ capacïi^ pour opérer 3 par la puissance seule de b persuasion , une éi amb induuni organique.
( xoo )
nager un succès parlementaire , ces prieurs habiles et ces penseurs profonds aient cru utile, indispensable même du poser arbitrairement un point d arrêt a la libellée,
de séparer l'hérédité politique de Hérédité civile , de dis- LinguerJà ou il y avait identité , cl de repousser comme une rêverie sans importance notre doctrine sur la propriété. Si même, pour donner sans doute plus de force è leur argumentation , quelques uns d'entre eux ojil jugé convenable d'acérer leur langage et de parler le plus dédaigneusement possible de la petite secte qu'on leur avait opposée , et dont on avait voulu luire peur à la représentation nationale, nous sommes loin de mous eu offenser > fil surtout de nous en plaindre : les do ci ri nés qui ont Ja vérité pour elfes ne se propagent pas seulement par la bouche de leurs upôtre$> elles se répandent aussi par f organe de leurs détracteurs ; chacun sert la cause du progrès selon sa vocti' lion cl sa capacité, et la Providence sait faire contribuer au triomphe des idées nouvelles dont le momie a besoin, .eeux-da même qui s'obstinent à les combattre ou qui affectent de les mépriser. Celait aussi une pelifc secte que le christianisme pour les coryphées du sanhédrin, pour les docteurs de là Judée et pour les-plb loao plies de la Grèce et de Home; et cette pçiilv Meh s .'.étendit bientôt sur toute la ferre k l’aide même de scs contempteurs et do scs persécuteurs qui pouvaient avoir quelque droit k se croire de grands hommes, et que le temps dévora néanmoins de plus en plus pour les bure rentrer oui in loul-a-fait dans TouLli h mesure que la petite surprit un essor gigantesque et convertit le monde entier à sa foi*
Laissant donc sans réponse ou rappelant sans aigreur les allusions amères dont nous avons été V objet , nous croyons à notre tour qu'il est utile et convenable qull entre dans
notre mission d'insister sur Finlime relation , sur lumtdet l'identité de deux questions que Tou s’efforce de sépara pour leur donner une solution contraire.
Oui, quoi qu'en puissent dire les tacticiens habiles de l'opposition, tous leurs raisonnemens contre ISiêrédilé tfe la pairie s’appliquent avec la même force h la transmission héréditaire de la propriété* Oui, si le tiers- état a pu fc avec succès et vérité h la noblesse :
On est grand par soi-méine et non par srs tiknx,
les travailleurs pourront dire aux oisifs* les prolétaires mi bourgeois : On doit être riche aussi par soi-même, et non par scs ancêtres !
C'est ce qu’a très bien senti le dernier défenseur tfe Bourbons h la tribune nationale, quand il a représenté toutes les attaques dont l'hérédité est aujourd’hui l'objet, comme la suite nécessaire de la révolution de 1789. Que l'on efface donc , si Fon peut , de notre histoire la nuit, ta nuit immortelle du 4 août, ou que Fon consente à en acceptcrb conséquences s toutes les conséquences > car cc n'est pas en vain que Dieu a donné à l'homme la puissance d enchaîner et de lier ses pensées et ses actes, et Saint-Simon a été le sublime logicien qu'il a choisi pour interprète de sa volonté providentiel lé*
Les doctrinaires, sans rien accorder aux sentimrns progressifs de l'humanité contre les privilèges héréditaire ont du moins compris toute l'exigence et la portée dr h logique, et plutôt que de condescendre à F application rigoureuse des principes de 178g , ils ont remonté U cours des siècles et reculé jusqu'à la sagesse du sénat romain ci à la justice de Platon.
La justice de Platon I Mais le vénérable métaphysicien qui Ta invoquée pour en faim ta souveraine immortelle des ptuples cl des rots > te seul législateur vc ri Uiù le de Vèumanittt, le fondement du gouvernement représentatif qui est le plus bel. ouvrage de l'homme ; le Nestor des platoniciens modernes a donc oublié que cctlc justice consacrait le principe des deux natures, sanctionnait la servitude et me liait ainsi hors derhumanité la plus grande partie de 11 mm a ni té; il a donc oublié que dix-huit siècles de chanté chrétienne et de frainimité universelle ont passé sur celle justice barbare délit Prmmfirtalïté souveraine a été effacée irrévocablement avec le sang du rédempteur des esclaves ?... La justice de Platon au iq* siècle I Les gladiateurs , [es affranchis , les publicaïns qui purent entendre la parole évangélique ? n'en voulurent plus , dés le temps d’Hérode et de Tibère (î),
La sagesse du sénat romain î Mais pourquoi ce conseil auguste, qui fut pris un jour pour une assemblée de rots, laissait -il pâlir fnslrr du Capitole? Pourquoi, si puissant et si sage , laissa-t-il tomber de scs mains les destinées de la ville éternelle? Pourquoi avec tant de grandeur, de force et de prudence, laissa-t-il périr la république? Parce que celte prudence , cette force et cctLe grandeur tenaient aux
(I) Voici quelqucÊ-unes dés maximes qnû la wtlîqh cl la justice éternel* les avaient inspirées li Plaiou :
ff Si üû citoyen lue son esclave, la Ici déclare le meurt- ici* éfcpfiipl de toute peine , pourvu qu*il St purifie ,* s^îl tucPeselavc d’un autre, il paiera an propriétaire le double do ïa valeur»
» Mais si un csclayfc tue son maure, on lui fera subit' tous les TOüiwofS qu’oïï jugera a PïtoEDa , folrvv qu'on ïe lui laisse fas la vie» S’il tue toute aulrc personne libre* le bourreau do la cité le bnliin tic verftefi \ et * il ne peut m LETAitiE rxpiREo sou* les co vos, if le mettra à mort* » ( Des foh j livre t}*)
principes ri mis mœurs (Fane aristocratie fondée sur Ib-
clavage et qui devait s’affaiblir en raison de t'élévalioîj du peuple , pour disparaître fcoul4t-faît devant les progrès do la ci vîllsatioit romaine et la prédication de F évangile. Parce que celte sagesse et celle puissance * reposant sur un ordre social incessamment modifié, finirent par n’avmr plug dé rendre dans leur décadence que les débris d’insliUilions devenues rétrogrades, abusives et tyranniques, Quand b patriciens succombèrent à Pharsule , c’est que leur cause était perdue depuis long-temps, que leur mission était terminée , que Tordre providentiel bien plus que lu hasard des combats avait décidé de la victoire. Le sénat et b dieux s’en allaient ensemble, Aussi lorsque les empereurs entreprirent de rendre un peu de vio hcc corps, pour s m servir dans les crises de l’état, s’nprrçurenUh que courtait plus réellement qu’un cadavre , et qu’il n’y avait plus moyen de le ranimer, Le fut le sénat réformé (TAugnsle qui étonna Tibère par sa servilité, qui «ccueihil dans son sein les valets de j\l essai i ne , et qui a fait dire de sa turpitude et do ses bassesses sous Calîgula qu il était dîgflo d’avoir un tel maître, Llccstavoc la poussière de ce squelette gangrené que Fon voudrait aujourd’hui, chez le peupla le plus avancé de toutes les nations européennes, former le modèle d’un nouveau corps aristocratique, A'm assemblée Héréditaire ! Ce que F antiquité repoussa cfiinmc trop vieux pour elle, on le trouve assez jeune pour nous! Insensés qui ne savez plus de quel côté tourner vos pas, quî vous irritez de marcher continuellement dans des voies sans issue, eide ne rencontrer autour do vous que fl è' paisses ténèbres, cessez donc de chercher la lumière a travers la mal des temps, et de prendre pour le Jlambnau do l'avenir la lampe sépulcrale qui vous sert h explorer les
catacombes tic l'histoire, h fouiller dans [es ruines du patricial !
Vouloir reconstituer des privilèges de naissance, des fonctions héréditaires après Je i/| juillet et le 4 août , après CohlenLz et Quiheron , c’esi renouveler les valses tentatives de résurrection qui furent laites sur le cadavre du sénat romain après Pharsale et Philippe I Que tes Calons et les Bruius de 1 aristocratie moderne apprennent donc è lire le résultat inévitable de leurs efforts dans rhistoirc de leurs illustres devanciers, et qu’ils se soumettent aux arrêts irrévocables do la Providence cou Ire tout ce qui s'oppose à la marche ascendante de f humanité I Quelle que suit leur confiance en eux-mêmes et leur obstination, après dixhuit siècles de progrès sous f influence d’une doctrine de résignation, les Champ ion s les plus opiniâtres du patricial ne doivent plus montrer le désespoir superbe des farouches aristocrates de 1 antiquité, ci le monde n aura plus è craindre sans doute que la honte de fa défaite, poussant jusqu au délire leur courage et leur orgueil stoïques , les porte jamais è se déchirer les eut rail les.
On a invoqué aussi h l’appui de l'hérédité politique la puissance et la splendeur de In pairie anglaise; comme si la France de la république et de Napoléon, après 1789 et iS-jo, avait la moindre ressemblance avec l'Angleterre d’Alfred ou arec le peuple féodal de Jean-Sans-Terre ; comme si la pairie anglaise avait été autre chose que la représentation naturelle et spontanée des supériorités féodales dont le temps nous a heureusement débarrassés; comme si la noblesse et le clergé du moyen âge pesaient encore sur nous. La grande-Bretagne, d’ailleurs , est-ello si contente , si radieuse et si prospère sous le joug de ses lords héréditaires? Voyez quel moment on choisit pour nous citer son
exemple ! c'est lorsque sa vieille aristocratie jette loules ses prétentions surannées h travers le char du progrès pftw en arrêter la marche; c'est lorsque l égoïsme, Forgueilct le préjugé nobiliaires se déballent violemment contre h raison du siècle; lorsque Texislence d’une représcuLMion féodale prolongée au-delà des temps féodaux menace nos voisins d’une grande perturbation. En vérité, Ton serait tenté de soupçonner quelque perfidie dans la sollidliidc de certains défenseurs de l'hérédité politique, en 1rs voyant recourir à dos leçons historiques et à des tableaux qui irn peuvent que faire ressortir avec éclat le caractère êlrangc de leur langage et de leur système pour notre temps et mire pays.
Quel que- puisse être le mot de T oracle parlementaire sur la qudslîon qui préoccupe si vivement les dépulésè; la France, l'anathème lancé par la glorieuse général ton fa ] 789 contre les privilèges de la naissance obtiendra une sanction toujours croissante dans l’esprit des peuples, L'aristocratie ne se fait pas fin scrutin, elle n'attend pas pour sc produire F achèvement d'riiic opéraiion arithmétique sur des boules. Quand elfe apparaît, c’est en elle-même (pelle puise sa puissance d'être et de sc manifester : b noblesse et le clergé du moyen âge, pour dominer l’Europe, nW renl pas besoin de la faire voler par assis et levé. Les gentilshommes étaient les plus braves , les prêtres étaient les plus éclairés; ils rendaient dors les services les plus émr liens à Tétai, La supériorité morale et militaire des sociétés féodales était en eux, cL ils gouvernaient naturellement et nécessairement le monde de la chevalerie et du caUiohcisme.
Aujourd'hui la valeur militaire a cessé d être la première vertu sociale, cl les prolétaires la possèdent d’ailleurs à üü
( iGi )
aussi haut degré que les anciens noliles. Le clergé s’est laissé aussi dépasser en lumière par les laïcs, et rien ne justiliorait plus désormais parmi nous la supériorité politique
du sacerdoce et de la noblesse. Mais la société, quand elle n’a pins de raison d’obéir a d’anciens chefs qui ont perdu leurs titres et leurs droits au commandement; la société, si elle peut rester quelque temps sous le niveau anarchique de 1 égalité absolue, et songer alors à se donner arbitrairement telle supériorité plutôt que telle autre ; la société huit toujours par reconnaître que d’autres supériorités, des supériorités réelles, des supériorités en rapport arec le pays et 1 époque , se sont élevées spontanément au milieu d’elle; eL sans leur demander l'exhibition d’un mandai officiel, elle écoule, elle aime, elle suit les hommes qui lui
impriment la direction dout clic sent la justice et la nécessité.
Le patronage héréditaire a cessé depuis long-temps de convenir à In F rance. On a beau dire que le horde re charge pas, qn il ne fait que sc modifier ; on a beau s'efforcer d’atténuer les résultats de la révolution de 1780 pour échapper aux conséquences de la révolution de i8âo
Fimmense dépouille du colosse féodal qu'elle a vaincu 4fis une bataille de quarante années, elle senL qu’elle ne plus rien que de belles funérailles à son ennemi terrassé; et , sure désormais d’avoir rompu pour toujours avec ThérédïLé politique , elle mardi o majestueusement h la biérnrcliie des capacités, à la noblesse intellect délie , à (aristocratie des talons, des services et des vertus.
Celte icndaucc magnifique et irrésistible a été reconnue et proclamée à la tribune par un orateur dont In pensée s'esl élevée bien au-dessus des discussions vulgaires de b métaphysique libérale, mais qui, craignant de ptmr pour Suinl-Sun omen pour avoir émis des idées plus avancées que toutes celles de ses collègues , a cru devoir sabir cette occasion de tracer entre lui et nous une ligne do démarcation dont il a fait un véritable abîme, car il a apposé que nous y avions englouti notre liberté, et il Ta signalé avec effroi par une éloquente protestation centra ce qu’il a appelé notre mysticisme social et notre fhtetëîie politique.
Mais qui sommes-nous donc, pour avoir accepté docilement ce que Fou repousse ailleurs avec tant ^Indignation et de répugnance? Oti avorte' nous fait un apprentissage assez complot de servilisme pour arriver h ployer le genou devant un maître, h cacher nos fronts dans la poudre, b abdiquer notre spontanéité, notre dignité, notre liberté? Allez , interrogez , et Fou vous dira si c’est dans les société secrétes du parti libéral, dans les hautes ventes du caria narisme, an pied des échafauds de la restau r a lion f Çbl nous avons pu nous façonner a la nullité, h l'obèissancc passive que vous nous attribuez. Il ne fallut pas moins sam doute que les dix années d’école préparatoire que nous avons passées dans les conspirations pour nous faire coitr-
lier plus facilement sous le joug ihéocralJqtie dont il vous plaît de nous croire accablés. Que les b ouïmes qui nous supposent ainsi ennemis de la liberté sachent donc qu'il n’est aucun de nous qui ne puisse leur dire ;
JZxminm ma >ie et voyez qui je sim.
Qu’ils apprennent que , loin de briser l’idole de noire jeunesse , nous l’avons entourée d'hommages plus dignes d’elle; que nous n avons pas déserté son culte, mais que nous l'avons purifié $ que nous n avons pas renversé son autel, mais que nous Pavons transporté du domaine solitaire de la personnalité dans les champs vastes et animés de P association ; que si nous avons renoncé h la liberté farouche, débile, isolée, que la haine et le soupçon accompagnent, ccsl pour suivre la liberté féconde et puissante dont la paix et P amour forment le cortège ! la liberté qui s’alite avec la direction paternelle des supérieurs , Passislance fraternelle des égaux et l'appui filial des inférieurs ! la liberté qui abjure l'indiscipline de P orgueil, mais qui garde la noblesse de la fierté! la liberté qui dépose le poignard et la lance pour saisir la palme pacifique, le burin ou le pinceau! la liberté qui s’estime heureuse de pouvoir quitter son casque redoutable , son vieux bonnet phrygien, pour prendre la couronne des arts, des sciences et de l'industrie! la liberté qui n'inspire plus d'épouvante, mais qui sème sur son passage l'espérance et le bonheur! Àh 1 dites, dites tant qu’il vous plaira que nous sommes infidèles à Pobjct sacré de nos premières affections politiques, que nous avons renié nos souvenirs , enchaîné notre intelfrgence, perdu notre personnalité, je trouve dans ma pro^ fonde conviction le droit et la puissance de repousser vive-*
Di enl mié SLijfjïüsiLioii aussi injuste que téméraire , et pldtl du gentiment d’une spontanéité qui ne m’a jamais aWndonné , et qui n’a fait que se développer dans fe sein de b fa mille qui m'entoure, je lais un appel aux homtiMfe plus jaloux de leur indépendance , k tons ceux qui comme moi ont besoin d’étre libres, sans abandon, sans isolement et sans anarchie; b tous ceux qui , tout aussi peu mystiques que moi , ne veulent pas réver , mais réaliser le bonheur du peuple* Venez donc, hommes généreux, queue renommée trompeuse abuse sur le caractère de notre doc* Irî ne cl sur la nature du pouvoir que nous rocon naissons; yenez, et quand vous aurez vu ce que c'est que noire mysticisme, cc que sont les habitudes de pros le motion dont on nous accuse, vous concevrez que chacun de nous se seule plus que jamais le droit de s’écrier ici , non pas comme expression d’une sauvage indépendance, mais comme ua éclatant hommage h l'existence d'une hiérarchie pure de toute contrainte et de ioul privilège :
Je marche dans ma force et dans ma liberté.
Cftle prédication est accucSHé par- des salves dVppIwadhftmciis*