‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 38 sur 46 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Non 7 vous n'aimez pas le peuple ; non , vous ne souffrez pas descs maux; non , non. El vous te sentez Lien vousmêmes; vous sentez lien vous mêmes la sécheresse et lu dureté de votre cœur ! Oh ! je vous plains 1 je vous vois frappés do langueur et de stérilité, tristes et impuissans; impuissans h aimer , impuissaus h vivre ; si Lien que c'est pour vous une joie, un bonheur, uu délire, si quelque chose, dans les mille hasards de votre journée, peut vous aller au cœur : une parole , un son , un geste , un regard vous saisit cl vous touche, vous remue, vous anime, vous fait palpiter et vivre, et vous arrache ainsi un moment ii cel engourdissemen t in térieu r de vous-mêmes où vous tiennent l’égoïsme et l’indifférence !

Oh ! alors vous applaudissez. Non, vous u’aimez pas le peuple ! et ni moi qui vous parle , ni moi non plots, non, je ne l’aime pas le peuple comme je voudrais l’aimer; mm, je ne souffre pas de ses maux comme je voudrais en souffrir .jusqu’aux larmes, jusqu'au sang; car alors peut-être, quand je viendrais vous dire ici la plainte et In prière du peuple, peut-être à votre tour en seriez-vous transis jusqu’aux os; si je l’avais Lien en moi tout entière cette douleur du peuple, ît vous aussi peut-être je vous la jetterais, comme un charme, pour quelle pût s’attacher à vous et entrer dans vous malgré vous , sî bien qu’eusuite étant devenue votre, vous n’eussiez point de trêve que vous ne l’eussiez fait cesser.

Peuple , peuple , impirc-moi donc ! Douleurs du pmiph’, nie voici, pronez-moi ! O Dieu ! je veux Lien aujourdlnù èîïc la victime sacrifiée pour tous !

« J/ai faim , j'ai froid , donnez, dit le peuple, donnez I » En tendez- vous ? J’ai faim, j'ai froid I Oh! j'ai honte à * prier si souvent, et pourtant je ne veux pas mourir, *

Mourir ! et que fait-il donc le peuple, en vérité que fait-il à la vie ?

s Nous sommes venus à la vie, disent les enfans du peuple; et nous aussi , riant au soleil et saluant la terre avec amour, nous étions beaux et forts cl- nous ne demandions qu’à vivre, Qu’avcz-vous fait de nous? vous avez tordu au travail nos membres avant Page , vous avez abruti notre intelligence , vous nous avez mis h la peine , et vous n’avez éloigné de nous aucune misère ni aucune souillure. Tout vous a semblé bon pour nous, et vous avez eu moins de souci de nous que de vos animaux domestiques , qui ne vous servent pas cependant , U faut le dire, avec plus de patience et de docilité que nous-mêmes. Vous usez et vous abusez de nous selon qu’il vous plaît, vous êtes les juges et les régulateurs de nos actions , et vous disposez de nous jusqu’à la mort; et quand il vous semble que nous avons péché envers vous, vous mettez nos corps h la géire, et vous nous enfermez dans des lieux horribles et où IVpéraucc n’entre jamais, »

Pauvre peuple ! Yoilà donc pourquoi le peuple vient à la vie ? f

« Et nous aussi , peuvent s’écrier tant de filles du peuple , et nous aussi, enfans, nous étions belles, innocentes et pures,

* Qui donc a pris soin de notre grâce et de noire pudeur? Hélas , liélas ! nous avons été abandonnées!

* Enfans , on nous a donné des guenilles pour nous parer, cependant quYn os yeux éblouis et perdus , d'autres qui u étaient pas plus belles étincelaient d’orgueil et de magniliceaçe,

» Àli! nous avons en froid rimer* nous avons eu faim l’hiver et Vè\ét cependant que bruissalent autour fa nous nulle le Los brillantes dont nous étions chassées comme indignes,

» EL cependant les autres n'étaient ni plus belles tjuo nous ni meilleures*

o Et nous aussi nous avons rêvé les délices d’un amour chaste, et notre cœur était plein de douces caresses pour un époux,

y Ilélns 1 au milieu de nos tristesses et de nos amertumes de tout genre, Piufâmc est venu , l'infâme qui s’étail réjoui de loin dans la contemplation de noire misère, sachant bien que nous lui étions livrées; il est venu, le sourire à la bouche * pour que d'aucune manière nous ne puissions lui échapper, il nous a marchandé notre honte,

. le sourire à la bouche , mesurant froidement y notre besoin mn üvïtricteiise munificence, J] nous a perdues , perdues sans pitié, cl nous sommes perdues 1 O douleur dos douleurs! se traîner dans la honte, vivre de honte a merci à tous, mendier de la plus horrible des mendicités, être infâme h tous, infâme , horrible à soi- même /

» Dieu ! cl nous aussi , nous étions venues â la vie belles, innocentes ci pures, et nous ne demandions qu’à vivre ainsi.

» Vous avez bien pris soin de notre grâce et de notre pudeur I »

Pauvre peuple !

Âh ! j’ai écouté aussi en grand silence le grelottement des enfans qui meurent au coin d’un© borne de froid et de faim !

Et j'ai pénétré aussi dans les yeux creux de la pauvre mère cette faim intérieure qui s’oublie pour celle de son cnliiut, -

Peuple! peuple! est-ce assez?

Ne pourrai-je rien pour Loi? pauvre peuple !

El cependant Hii ver arrive...* L’hiver! Tu sais, toi, ce qne c’est que l'hiver, o peuple !

Mais la plupart de ces hommes et do ces femmes qui m’écoutent ne savent pas ce que c’est que rhiver.,*. Oh ! ils rapprendront I

Je vous dis que l’hiver arrive avec une coupe pleine d’amertume pour tous ceux qui n* accompliront pas la volonté de Dieu , qui est de s’aimer et de s’associer * et de vivre ensemble comme une seule et même famille*.

Je vous dis que la santé séchera au front des grands et des puîssans > et qu’ils pâliront d'ennui et de crainte au milieu de l'abondance de tous les biens de la terre , ci que toute joie les abandonnera comme s’ils notaient que des têtes viles et faites pour la douleur.

Je vous dis que toute cité sera troublée de terreur > et que les heureux du siècle n’oseront plus se visiter les uns les autres aux heures habituées de fêtes pour s’enivrer aux festins ou pour danser au son des î ns Iraniens : car la famine aux cent voix et aux cent bras, suppliante ou terrible, échevelée, les arrêtera clans les rues, et s’attachera inexorable aux roues de leur char; la famine horrible, horrible à voir, à entendre cl h toucher.

Et elles se tiendront enfermées dans leurs maisons , mornes, et le front soucieux, cependant que leurs jeunes filles, assises sur leurs genoux cl jouant tristement avec leurs riches parures, demanderont à leurs mères è quoi bon tant de belles choses, et pourquoi les avoir ainsi parées, si elles ne doivent pas bientôt , aux fêtes étincelantes de la nuit, briller de toute leur beauté aux yeux des jeunes hommes, à l’cmi de leurs compagnes ! Alors, curieuses qu’elles sont, leurs mères tremblantes leur cacheront U

grand soin les bruits épouvantables qui remplissent b cité : savoir, qu’on n trouvé en un jour tant Je

femmes et d’enfaiilîi morts dans leurs greniers, ejtqu’otia relire tant de cadavres do la rivière, et aussi qu il y a dans les rues des tumultes , des émeutes , des émeutes loule&dè femmes , et qu© les armes en sont tombées des mains aux gardiens de là sûreté publique.

Et au-dessus de toutes ces douleurs Dieu est lîi prenant par la main tous les hommes , les faisant passer i louto heure àcStélos uns des autres, riches et pauvres jgraiîè et petits , faibles et forts f sans néamoîns qu’ils sc Iieurlent T qu'ils se saisissent. Ôh î oui, c est Lien Dieu qui a h main sur cette grande mêlée d'hommes , c est Lieu Dieu dont le souflle pacifique nous pousse incessamment dans ces voies mystérieuses dont il sait Fissile , nous prèpanmlii tous f les uns par les autres, & travers tant d épreuves et d'initiations successives , une destinée commune de paix , d’amour et de bonheur.

j C’est bien Dieu qui nous a conduits Ici même , et qui

nous y lient , me disant a celle heure , ci moi ■ fl Parle, » ci h vous : « Écoutez ! »

Penseriez- vous peut-être que rien au monde se fasse en vain et au hasard? Et si vous ne pouvez vous défendre de reconnaître h fa surface de toute chose le signe d une pensée providentielle , pouvez-vous imaginer que celle pensée s’arrêté" quelque part et laisse quelque chose on dehors d elle? Non, non; celui qui voit Fin fini me ni grand est aussi celui qui voit rinfiniment petit; celui qui gouverne 1 ensemble est aussi celui qui gouverne les détails; non. Dieu uc.de daigne ni ne négligé rien. O Dieu 1 non rien n échappe a ta pensée, a l'on action , à ton amour.

Mais Dîé u ! Qui songé ii Dieu en ce temps* et qui * inquiète seulement s'il y a un Dieu?

Dieu ! 11 y a bien en ofïbt parmi les hommes un vague ressouvenir d’une ancienne et lointaine in 1er ven Lion de Dieu dans les affairés humaines.

I! y a dix-huit siècles les hommes étaient Lien comme aujourd'hui affligés de grands maux , el dans Patiente aussi de maux plus grands encore. De Porierit k l'occident ( dit nord au midi f U y avait dans toutes les villes et dans toutes les campagnes do grandes tristesses.

11 avait des postes et it y avait des famines.

Les esclaves, tant de fois noyés dans leur sang, remuaient.

11 y avait des révoltes et des émeutes : la classe lu plus nombreuse et lapins pauvre était lasse d amuser le cîrijuc de scs tortures , lasse d’être jetée aux poissons , lasse de mourir à In peine ou sous les coups* lasse enfin de vivre une vie qui ne fui pas la sienne, niais celle de ses mai très; fa classe la plus nombreuse et la plus pauvre attendait venir pour elle de grandes choses.

(icpen daul les riches et les pntssans d’alors so dévoraient les uns les autres dans la fureur de leurs ambitions mutuelles ; ils s’assassinaient tour h leur sur les places publlipies, au temple , au sénat; ils se prpseri valent el ils s1 emprisonnaient, La classe la plus pauvre et la plus nombreuse assistait bruyante el toujours battant des mains h cette lutte exterminatrice de ses tyrans, toujours prenant sa part joyeuse de leurs iêles triomphales ou de leurs ignominieuses funérailles. Iî se passait sous le vestibule et dans l'intérieur des palais d’étranges Scènes. Ç’éüiient dis rires et des larmes, des couroimemcns et des meurtres, des apothéoses et des funérailles. On se hâtait de jouir du pouvoir , car il avait de terribles vicissitudes; et aussi u’étaü-ce que le pouvoir de faire du mah fous les grands corps de 1 éUU étaient tombés daus le mépris, cl les domina leurs passagers de ce grand tumulte ne se défendaient du mépris

gué par la terreur, il n’y avait plus cVdhe pari ni auKitîé , ni dignité?; seulement quelquefois on voyait par les rues sc ruer menaçantes les haches des licteurs et les épées dos cohortes urbaines qui faisaient place nette à l’ordre public.

Enfin , pour comble de maux, les Barbares se muniraient à l'horizon.

Eh quoi 1 l'humanité doit-elle donc périr! Non, non ! Qui a lait ces ruines là oii il y avait un édifice ? Dieu, eu vérité, l)ieu. — Qui avait fait cet édifice ?

Ni l'édifice ni les ruines , Dieu , il faut le croire, n’a rien fait en vain. Écoutez. A ces grandes époques où l'humanité semble vraiment prête à périr , alors qii’mitsi que la dit un poêle , ses moeurs, ses rois , scs dieux s en vont, alors qu’il n’y a plus de lien entre les hommes , et qiribfiV gîtent désordonnés , au hasard et à l'aventure, comme uu camp qui n'a plus de chef, comme un chœur qui n\ plus do coryphée , alors que toutes les volontés et louLcs ha voix, naguère en une seule harmonieusement confondues , crient , éclatent, gémissent, se menacent , se heurtent , effrayant et bizarre concert dont on ne saurait dire si c'est un sanglot ou un rire; alors c’est le moment pour tous ceux que n'a pas encore saisis le vertige de la dernière terreur , c’est le moment de faire silence et d'écouler à terri s’il n’y a pas quelque part un commencement d'harmonie nouvelle , un chant , un prélude d’abord élouflfé et perdu dans la foule, chant de la nouvelle alliance, prélude du chœur nouveau qui s'élève peu à peu grossissant et rallie h lui, les unes après les autres, par sa douceur ütfint&> toutes ces voix confuses et dispersées,

« Aimez-vous les uns les autres I dit une voix venue dû l’Orient; aîmez-vous les uns les autres ! c’est la volonlv de Dieu ; car vous êtes frères !

Elles hommes comprirent que c’était h voix de Dieu; car elle leur était douce : et cette voix courut de F Orient h l'Occident» saisissant les oreilles et prenant les cœurs.

Dieu a condamné cette société qui ne vivait que par Fépée , et l1 'homme divin commence par les villes de Judée la société pacifique,

11 appelle à lui les hommes de paix et de lionne volonté sur In terre , et Ils viennent.

Les jeunes hommes surtout et les enfans* dont l'oreille plus naïve s ouvre amoureusement aux bruits mystérieux de la terre ! les enfans tout d'abord l'entendent,

lis se pressent sur les pas de Jésus, recueillent ses paroles , cherchent le regard de scs yeux , s’efforçant de prendre sa main et de toucher ses véteuicus , car ils sentent qu’il y a pour eux dans le toucher y dans la voix, dans les yeux de l'homme divin , une croyance de bonheur que ira pas même le sein maternel!... cependant que les anciens et les sages raillaient le Nazaréen , lui crachaient au visage, le couronnaient, le crucifiaient.

Bien , ii a souffert ! liien , il s est dévoué ! et il a Lu dans le calice. Bien, terre, réjouîs-ioi : le juste est mort; il a pris possession de loi par son sang.

Allez , cclui-la sera le maître cl le seigneur!

En tous les lieux du monde civilisé, partout où il y a des homme§ de paix et de bonne volonté; partout ou il y a dm hommes qui s'aiment * c’est sous F invocation de votre nom , o Jésus ! seigneur Jésus , qu’ils se rassemblent !

Ils se pressent h Rome sur les pas des apôtres , ils abondent aux Catacombes , ainsi qu’à un avare portique les clicns affamés ; enfans d’esclaves, de plébéiens, de patriciens, tous étonnés de se trouver et de s’aimer comme frères. Elles y descendent aussi b ces demeures souterraines comme b u uc fête nouvelle , patriciennes , plébéiennes , es-

cîaves, tontes ghdüaanUtiâsî comme sœurs- Ainsi se fait k paix entre ses ennemis irréconciliables ; ainsi commencent à communier ensemble avec amour deux races jusque^ séparées et qui semblaient se vouer T nue ù T autre b une mutuelle extermination* Aimez-vous, disent ils; aimonsnous les uns les autres : c’est la volonté de Dieu, car mm sommes frères*

CVst alors qu’on ouil dans Rome de ces bruits horribles dénions égorgés et dévorés dans ces Catacombes, et ainsi île monstrueuses amours ; car le prêtre, s'ennuyait dans son temple » le sophiste était muet dans son école , la emmbue délaissée s’imlail; ci le père, , inquiet de son mm, commençait à douter des grandeurs de sa race future*

Il y avait aussi nombre de grands politiques* il y avait les hommes de la liberté, et les hommes du peuple, «t b hommes du prince; il y avait nombre de juges et Aamm " philosophes, et de merveilleux rhéteurs, hommes ïi la p&role intarissable, éternels discoureurs, raisonnant gravciiical, d’un boni de l’année h f autre, des droits et des devofede l’iioiume , et de la constitution qu’il fallait h. h aocîéié , si c’était ta république ou l'empire , ou quelque autre chose; grands hommes qui tous dans leur sagesse ou leur audace proclamaient hautement comme une nécessité éternelle, comme un fait de droit naturel et divin, F esclavage de la classe ! a plus nombreuse et la plus pauvre!

Et pendant tous leurs beaux discours , b l'intérieur ^ peuples pressurés s’agitaient en révoltes journalières, ca même temps qu’aux frontières ie sabre dos barbares exterminai t les colonies de l'empire abandonnées sans dé tensc et secours*

Voyez, voyez la similitude des temps!

Mais, pifenscif-y bien ! Si ce i Test jvoîn I. folie de rêverie botiheür dé rinimanité , si ce È*cst point folie de travailler de toutes les puissances de son être au bonheur de ffiumamiê 'i mais Si c’est bien nu contraire avoir compris la sagesse et la* bonté fie Dieu, si c’csl bien vouloir ce que Dieu veut et faire ce que Dieu fait , il arrive selon la loi providentielle du progrès, d’après laquelle lotit s’accomplit, i! doit arriver que toutes les douleurs humaines s’en iront progressivement une à une \ et s'effaceront successivement de Ja terre.

Ainsi chaque heure est précieuse, car chaque heure, si elle est bien employée , peut consoler une doulpur. Ac vous y trompez point : chacun de vos retards a sa victime, do vous laisse avec ces paroles : Songez-y bien.

Après cette atiocuium , Laürest su lève et prononcé fci prédication suivante*

L’illÎRlLDlTK.

Le parti politique des travailleurs est désormais cousli-

îué.

Lanouvelle classification des partis que nous avons récininée a été comprise; l’appel que nous avons fait aux artistes, aux savan.se taux industriels de tontes les opinions et de toutes les croyances a été entendu, caron y a répondu Mu tribune même par un outre appel aux oisifs do toutes les croyances

lit de toutes les opinions , par une invocation alarmante à tous ceux qui, sous des couleurs diverses * représentent la fortune héréditaire , et qui doivent être jaloux par conséquent cie conserver au hasard scui de la naissance le réglement et la distribution de la propriété.

Gloire a notre Maître ! un progrès immense vient de s’accomplir dans la propagation de ses idées. Ceux qui naguère se chargeaient: de les vulgariser par des travaux lii*toriques qui ne s'adressaient qu’à un petit nombre de lecteurs ^ remplissent aujourd'hui celle mission Sur un vaste théâtre d’ou leur voix peut retentir dans tout f univers civilisé. Gloire à notre Maitre! sa doctrine, que fou crut d'abord destinée à périr silencieusement dans la solitude d'une méditation stérile, cl dont on ne s’occupa ensuite (pic pour prédire qu'elle expirerait sous le ridicule; sa doctrine , si long-temps dédaignée comme un rêvé un une folie, oblicnt chaque jour la mention hmorable dans lehtd* lelîn des combats parlementaires , cl ses superbes eontempleurs veulent bien enfin lui accorder (juçlqtie importance!

La concession est vraiment remarquable! Les notabilités les plus altières de l'éclectisme consentent à reconnaître quelque gravité dans un système qui éclaircit f précise et résume tout ce que l’his toire et la philosophie ont dicté aux écrivains et aux penseurs qui ont illustré P Allemagne, l’Angleterre, Fltalîe et la France depuis trois siècles! On est heureux d’apprendre de In bouche de ces émioensdoo teurs qu’on n’a pas tout-h -fait poursuivi une chimère en se jetant arec enthousiasme, sur les traces de Saixt-Sukjx , dans celle voie du progrès qu’avaient apercueeL vaguement signalée avant lui Yïco , Herdcr, Leasing, Turgot , Pries- Uey, Kanl et Condorcet ! On aime h voir prendre au sérieux, par les profonds publicistes qui ont conçu la doctrine de în rjuasi-lrgîticmté , des idées sur in propriété, qui apparais

sent on germe et comme un épisode prophétique dans les écrits de tant de grands hommes , et dont la justesse fut pressentie par les Pascal , les Montesquieu et les Mirabeau ! On ne saurait trop se féliciter enfin de ce que V obscur inventeur, long-lenips condamné a l’oubli, a pu fixer, quoique tardivement , l’attention solennelle de son illustre vulgarisateur !

Cependant, tout en nous applaudissant de V importance que l’on daigne accorder à une doctrine qui a ses racines dans la philosophie la plus profonde des temps modernes , et qui se présente sous les auspices des autorités les plus imposantes, n’oublions pas que si l’on revient péniblement du silence dédaigneux affecté jusqu’ici envers nous, c’est pour nous adresser des paroles hostiles et pour prêcher une espèce de croisade aux oisifs de tous les partis contre l’envahissement des idées vraiment philantropiques et liberales qui dépouillent le hasard de ses dernières prérogatives pour ne plus donner d’autre mesure à la considération , au rang et au bien-être , que le mérite elle travail.

Déjà même cette prédication belliqueuse semble avoir fait impression sur quelques esprits et amené de bizarres rapprochemens. Les proscrits et les favoris de la restauration , les disciples de Bentham et ceux de Royer-Collard, ont proclamé à l’envi q„e ]a misère de h dafise ,a ,u' nombreuse était une condition éternelle de l’état social, et qu il fallait combattre par conséquent comme des perturbateurs ou mépriser comme des rêveurs les hommes qui se llatlent de guérir ce que la sécheresse profonde du métaphysicien et la froide raison de l’économiste s’accordent a déclarer incurable.

lin publiciste catholique soutenait aussi hautement, il y i*

peu d'années , cette opinion dans un livre remarquable *yr h situation des sociétés européennes. Il présentait la mendicité comme un fait indestructible qui servait même providentiellement k stimuler la charité chrétienne.

Ce concert extraordinaire des partisans de la légitimité , du mouvement et du juste milieu , sur la permanence fatale ou providentielle des maux qui affligent la plus grande partie de Pespèee humaine , n’a rien qui puisse nous étonner et nous surprendre. Nous y voyons au contraire la justifie alion la plus éclatante de ce que nous avons si souvent répété sur l'impuissance des idées chrétiennes et libérales h. mettre un terme aux souffrances du peuple, et sut la nécessité d’un parti nouveau qui classe les hommes autrement que selon leur préférence pour telle ou telle race royale, pour telle ou telle forme constitutionnelle.

Cette harmonie des orateurs cl des écrivains que l’intérêt commun de l'oisiveté héréditaire fait triompher de leurs répugnances et de leurs inimitiés politiques oit religieuses, pour assurer à la constitution actuelle de In propriété le respect des générations les plus lointaines; cette harmonie touchante des privilégiés de la naissance qui votent la misère à perpétuité dans les races innombrables qui composent le peuple des travailleurs, et dont tons 1rs membres, sans distinction d’âge ni de sexe* sont admis dû père en fils, aînés et puînés, h partager également , sans que le cours des siècles l'épuise, ce funeste héritage; celte harmonie profonde que cachent vainement des divisions superficielles, est, je le répète, toute naturelle, et ptU nous prévue, signalée depuis long-temps* N avons-nous pas en effet rappelé plusieurs fois que les plus grands hommes de Pniiïtquïtè crurent tous h l'éternité de 1 esclavage * que Platon et Aristote, d’ailleurs si opposés * s'entendirent

parfaitement sur la vérité et la nécessité du principe des deux natures ? Certes ces philosophes immortels n’avaient pas moins de prévoyance et de portée dans l'esprit que les doctrinaires et les économistes les plus fameux de notre époque; et cependant il fut donné à de misérables pêcheurs de démentir les oracles de l’antique philosophie , et de renverser pacifiquement l’institution barbare que l’académie et le lycée d'Athènes avaient unanimement supposée légitime et inébranlable. 11 y a là de quoi rassurer les masses laborieuses contre les prévisions funestes et les affirmations désespérantes des publicistes qui, au nom d’une science morte , et de par l’autorité de Reid ou deMalthus, lèguent aux dernières générations humaines, par une substitution hideuse et inépuisable, la lèpre morale, intellectuelle et physique dont la société est affligée, et qui opposent à l’espoir de guérison que nous sommes heureux d’apporter au monde le mot terriblode jamais.

Mais du moins Aristote et Platon , en déshéritant pour toujours les esclaves de toute pensée d'affranchissement, ne les abandonnaient pas à eux-mêmes, et il restait à cette portion misérable de la famille humaine, pour assurer et protéger son existence, l’intérêt, la sollicitude et la prévoyance des maîtres. Le théologien catholique aussi ne délaisse pas entièrement les classes indigentes, car il fait briller devant elles l’espérance d’une compensation perpétuelle à des maux passagers dans le royaume céleste , et il leur promet la charité des grands de la terre auxquels il ordonne de soulager les malheureux, sous peine de damnation. Les sages de notre temps sont plus intrépides : eu prédisant à la classe la plus nombreuse quescs souffrances dureront autant que l’humanité , ils ne lut laissent rien pour atténuer la détresse qu’ils ont lo malheur de croire éter-

nelic. Si b philantropie manque do sanction pour obtenir de l’opulence qu’elle compatisse h la misère du peuple; si l'ouvrier du dix-ncuvii'Ttie siècle na pas, comme l esclave de l'antiquité on le serf du moyen âge, la protection domestique du maître ou du seigneur; par respect pour sa liberté, on s’en rapporte exclusivement ii lut du lande sm existence , et on interdit aux législateurs et aux hommes d’étal, de régler définitivement et d’assurer par detntf- 1 lirions permanentes les moyens de le faire vivre. Je ncsagère rien : voici des paroles claires et précises , des polos Lien désolantes, tombées il y a deux jours de la iribime française. D’.m côté, l’organe le plus puissant dummiHb.

(M Guizot) à dit que toute tentative du gouvernement de vouloir intervenir dans Us relations de ta propriété H (tu travail serait chimérique et funeste ; que l’état ae'tàel ( quelque déplorable qu’il puisse être) n’ était que te cours ordinaire des choses. D’autre part» «n orateur de l’opposition (M. Comte) , recommandable par les persécutions qui a subies , et parles recherches laborieuses auxquelles il s est livré dans rhilcnlio» de servir le progrès de la science sociale, le courageux fondateur du Censeur européen est venu confirmer le langage du publiciste officiel, en déclarant qu’il serait fâcheux que te gouvernement prît sur lui ta responsabilité de guérir les maux de ta socttHè ; car cette g ,lt"' 50TC est impossible.

Ainsi donc , ne pouvant plus renvoyer la foule inllu>r' lune qui meurt de faim î> la servitude ou è la glèbe, ol ne croyant plus assez au Dieu de la charité' pour compter sur l’efficacité des menaces évangéliques contre la dnrri c* riches, on arrive alors , après avoir enlevé aux m.‘ c*,r< la providence divine , sous prétexte de philosophie, eU rnvir le providence hurûaînc, sons prétexta de lîbei i t »

Mais que font maintenant , au milieu des hommages dont on entoure leur rndividunlilésouveraine, ces ro,s aftamés, déguenillés, qui n’ont pour tout diadème que les éclaboussures de boue dont se couvrent nécessairement des Iront» que le poids des privations les plus cruelles tient sans cesse courbes vers la terre ?

Voyez -les „ entre le prêtre catholique dont vous leur avez appris à repousser \'in(lumccf le propriétaire dont vos lois ont fait l’arbitre suprême et irrévocable de toutes les conditions de travail et d’existence dans les ateliers et dans les champs, et Je gouvernement que vous condamnez a la nullité en présence des calamités publiques ; voyez ccs hommes libres, ces innombrables souverains de votre choix, cherchant partout une assistance . et ne la trouvant nulle part; ils demandent à vivre, et on leur dît sèchement qu duc tient qu’à eux! «Fournisscz-aous-en donc les moyens, s écrient-iis ! » Et on leur répond alors: « Nous ne le pouvons pas, nous ne le devons pas, par respect pour votre indépendance! » Ah! dites plutôt que c’est par respect pour les Iroditious, les habitudes elles jouissances de ceux que lehasard de la naissance a truités avec une prédilection toute spéciale! Mais vous qui opposez à nos vœux d émancipation complète pour les travailleurs le caractère Sacré que le droit naturel a , scion vous , imprimé à la transmission héréditaire de la fortune, quand des hommes vous demandent à vivre , pensez-vous que celte prétention ne soit pas de droit naturel aussi, et qu’elle ne doive pas obtenir la priorité sur toutes les autres? Suivons ce pendant jusqu’à ses dernières conséquences l’aLhéisme politique qui veut priver la classe pauvre et luboricuse de 1 appui d une providence sociale. I .es hommes libres , dénués de tout , ont entendu la réponse des hommes libres qui 11c manquent de

rien. Ils sont nus * mais ils sont rois , et ils vont exercer la plus belle de leurs prérogatives; ils vont choisir* noa pas leurs moyens d'existence, car la société, en leur refusât son intervention , ne leur en laisse plus la possibilité, mais leur genre de mort , et ce sera un hommage éclatant qu'ils rendront h la dignité, b la liberté, b la souveraineté de l'homme , lorsqu’ils opteront, sous le coup de la nécessité, enLre l'attentat sur les auïresei ratlcnUtsur cux-mémcs, entre le meurtre et le suicide, entre la morgue et V échafaud !

On bien , si , reculant d'horreur devant celle épouvanta ble alternative , ces hommes libres veulent essayer vmm de faire comprendre b leurs frères plus heureux toute lenormité de leurs souffrances, s'ils poussent des cm de désespoir, s'ils menacent la tranquillité publique pat iu émeutes, s’ils expriment leurs douleurs cl leurs besoin^ par des clameurs et des actes coupables , et sous la forma violente que comportent F absence du bien être et de l'éducation, oh ! alors les travailleurs de notre temps, que jp trouvais tout-h-riieure plus isolés, plus abandonnés que lu travailleurs de l’antiquité, oblicuncnt un nouveau rapprochement avec les esclaves de l'ancienne Grèce, L'austérité civique du Spartiate renaît tout à coup dans nos murs . çt pour échapper au désordre Ton se trouve réduÎL à des mesures extrêmes qui blessent plus la mansuétude des peuples civilisés du dix-neuvième siècle que la chasse aux ilotes ne pouvait révolter les mœurs farouches des honaétci gens de Lacédémone! Et s’il se présente des hommes annonçant hautement qu'il faut réorganiser , et offrait m moyens de sauver la société où toutes ces choses se passent, la société où la partie des classes pauvres qui se soumet b la loi meurt ii rhôpilal ou ne laisse pas de quoi payer sesfu-

nératlles , tandis que celle qui ne peut pas $ê résigner à son sort 1 raine sa vie dans tes prisons ou ne la soustrait au bourreau que pour se Pafitacher elle-même î on dïL que ces hommes sont de^rAw-rir* ! Mais il n’y a donc de réel au monde que fét or ni lé du mal cl la nécessité du qrimel Malheureux* airêlczîOuond Hm inanité Jgnoranle, impuissante et sauvage , était encore errante clans les forêts, quand elle r eue ou troll a chaque pas des obstacles & son développement; quand, faible et débile comme l’enfance, die avait a lutter contre les monstres des déserts, H n clémence des saisons et toutes les aspérités de la nature , on conçoit qu’a lors son imagination, incessamment émue et troublée, ait peuplé U terre et les airs de divinités malfaisantes; on Conçoit que , sous lo régime d^s castes héréditaires 3 lorsque le hasard de la naissance condamnai!. H mineuse majorité des familles ii une servitude perpétuelle, et que la force brutale était la suprême loi , on conçoit quel'Orient ait donné le sceptre de P uni vers au génie du ma!, que Typhon ait fait redouter sa puissante aux premiers habiUins de l'Égypte, qu’Arnmne aïL obtenu un culle de terreur dans le pays des Mages. Le monde souffrait trop alors et connaissait trop peu de remèdes à ses douleurs pour ne pas croire à la suprématie du mal* Ce n’était pas nu sein dé populations misérables et abruties , dans les sociétés où une minorité privilégiée refusait la qualité 3’ homme à la majorité que la conquête et la naissance rendaient esclave ; ce n'était pas chez des nations si voisines de la sauvagerie primitive , que ridée d une providence pouvait apparaître et s’établir* On avait droit alors de ne reconnaître que l’empire de l'aveugle destin. Mais aujourd’hui que nous pouvons mesurer, k travers des milliers d années , le progrès qui s’csl accompli depuis Tantropophagie solitaire jusqu’à l’homme qui a

conçu l'association universelle el le règne exclusif itavor lus pacifiques ; aujourd’hui que nous pouvons constater d'âge en âge la dislance progressive qui naüs sépare dc plus en plus de la barbarie féodale et de la férocité antique considérer comme une rêverie in seule amélioration qj| puisse fermer les dernières plaies du genre humain, proclamer que ces plaies sont incurables , pour avoir droit de repousser le remède, et prétendre que les masses populaires sont destinées h rester cou rbées sans espoir de meilleur avenir, sans providence divine, sans providence sociale , sous le joug de la falâfilé, c’est mentir h f histoire, à l’humanité, à Dieu !

Eh J que ne fait-on pas pour accréditer ce mensonge désespérant parmi les classes laborieuses et souffrantes * pour les amener à une éternel] e résignation et pour rassurer surtout Ica classes favorisées par la naissance sur la Intimité et U stabilité de leurs privilèges? On ra jusqu’à nier l'évidence; on répète sans cesse la sentence paradoxale que } ai déjà signalée ici; on dit que te monde ne change pw, qu'il ne fait que se modifiai Pitoyable jeu de mois qui, sous un hommage hypocrite à la loi du progrès, qu’on veut bien appeler ta plus noble croyance des temps modernes, cache un véritable outrage il la majesté de la pensée divine qui sc déploie d’%e en âge dans les conceptions toujours plus larges et plus élevées de la raison humaine. Et pourquoi ect outrage;' Parce que le souvenir des révolutions embarrasse et importune les partisans idolâtres du statu (juo; parce q u en rapetissant les magnifiques évolutions de frsprit humain dans le passé, on se flatte d Atténuer l'impôtt a i3 ce et la nécessite d es améliora lions que le présent réclame.

Luther et Bacon, Descartes et Newton, consolez-vous ri du Hem de la postérité reconnaissante s’élèvent quelques

ingrats qui voudraient effacer les traces glorieuses et profondes de votre passage sur la terre , eu prétendant quil n'en reste plus rien que L'indépendance de quelques cours d'Allemagne , que la saisie de quelques biens d'église , que des discussions un peu plus libres dans les croyances , qu'une observation un peu plus exacte de la nature , qtie des modifications qui n’ont pas empêché Je monde A* aller comme atiparaùant* Consolez - vous , cette négation audacieuse de votre influence sur la marche ascendante de l'esprit humain , de la rénovation immense dont vous avez donné le signal dans le domaine de F intelligence s et par conséquent dans celui de la politique; cette négation impie trouvera peu d’échos chez les nations civilisées de l’Europe, et sera considérée comme un Blasphème partout où le progrès inspirera une foi vive et sincère !

Consolez-vous aussi, philosophes et trihuus du dix -huitième siècle, si Pcnnrmîté de vos travaux et l’immensité de votre gloire sont méconnues à la tribune mémo dont vous avez préparé les matériaux et jeté les fou demens. Consolez-vous : ceux qui nient votre œuvre colossale ont pris h tache de tout rétrécir* Il entre dans leurs pci ils arrangernens de réduire les plus grandes réformes à de petites proportions, À les entendre , les siècles les plus fameux n ont eu que de folles prétentions quand ils ont cru faire du nouveau , et peu s’ en faut qu ils n’en viennent b parier des subi i mes mouuiuens de la perfectibilité humaine, comme de l'enfantement ridicule de la montagne de lu fable. Une espèce de monomanîe déprimante s’est emparée d'eux; on dirait qu ils ont mission de déscnchanLer le monde sur la grandeur des événemens et sur Illustration des hommes. Remplacer la généreuse inspiration du poète et la haute 18,80,1 dtI philosophe par le calcul du bureaucrate , suhsli-

tuerie partage à l’éloquence, Pérudition à la science cl Pad russe h inhabileté; racüre la fu mi Uarî té de la présomption au-dessus de ta noblesse de Passurimce, préférer |e commérage à la solennité dans les conseils des nations, prétendre que la supériorité des modernes sur les anciens repose avant tout sur la transforma Lion décroissante du théâtre delà démocratie, et se féliciter que le Forum des Gracques rFëst plus aujourd'hui qu'un salon d1 honnêtes gens ; voilà la mesure de leur intelligence politique ci dû leur foi aux progrès. Pitié donc, mille lois pitié pour qui s’efforce ainsi déton (fur le génie de 1 avancement dans des bras de pygmée par de perfides étreintes î Pitié pour quint voit qn 'un modificateur dans Mirabeau » qu’un dm Quichotte dans le comité de salut public, qu’un dàmta[t\$ dans Napoléon! Pitié pour qui se démène misérablement devant les gémis de Plusloire, et s’évertue ù les fallu descendre Ix son niveau, afin de pouvoir les insulter face à face î

ti Mais, disent les hommes qui s’appliquent ainsi, et qui ont intérêt h resserrer le plus possible les I imites à o la perfectibilité humaine; maïs, dismU-îIs, les philosophes et ks tribuns les plus célèbres du dix- huitième siècle avaient prédit qu'if n7y aurait bientôt plus ni nobles ni rois , et ïiûuj avons toujours des rois et des nobles i ils avaient aimanté que ta royauté et Taflàtaàrafie seraient an jour errantes ie long des républiques ^ et l’ai îstocrûlîe et la royauté sont toujours debout, o El alors de se mettre h égayer la représentation nation ale aux dépens des malencontreux prophètes qui hasardèrent ces téméraires prédictions.

Maïs nos philosophes cl nos tribu us se sont-ils tellement trompés que votre raillerie puisse les atteindre ? Où &ÜDt les nobles et les rois dont Us présagèrent la chute? Montrez-

nous l’aristocratie et la royauté dont ils célébrèrent d’avance les funérailles* Publiâtes d 'antichambre , orateurs do sa- Ion, qui osez lire de ces colosses d inklligence et de renommée, relisez donc les pages que le génie de fLisioirc vous dicta autrefois par méprise. Allez méditer dans la solitude de Versailles, aux environs du Jm-de- Paume, sur les ruines do la Bastille, là on s’élevèrent les tentes de Condé, autour du monument de Quïberon t à la place de la Concordé, et riez ensuite, si vous en avez le courage, des folles prédictions du dix-huitième siècle! Et si ce lugubre tableau du long enterrement des nobles ci des rois impitoyablement condamnés par vos devanciers ne suffit pas pour voits faire prendre au sérieux les prophéties démocratiques de la philosophie et de la tribune, voyez ce que nous-mêmes ^ hommes du dix neuvième siècle, nous avons fait de celle royauté et de celle aristocratie qui vous paraissent avoir survécu aux prévisions de nos pères , pour les démentir et pour vous Iburnir un vaste sujet de moquerie, Le génie lui-même, roi de notre choix, est tombé du troue quand nous n'avons plus voulu Ty soutenir; la légitimité, protégée par une ligue redoutable, a cessé de régner sur nous quand il nous a paru que son heure était venue. La souveraineté du peuple et le dr>R div in ne nous ont donné tour à tour que des magistrats révocables qui n’ayaienl de rois que le nom , et qui, aux yeux de la Fronce, ue faisaient plus qu appliquer des sobriquets à leurs courtisans quand ils croyaient faire des nobles. Railleurs des philosophes et des tribuns , consolateurs des nobles et des rois, songez donc à Sainte-Hélène et à Holyrood , avant de taxer de ridicule le présage de tant de catastrophes accomplies! Songez que si la noblesse et la royauté féodale ne sont pas

errantes U long des républiques , clics promènent léïir nullité ou proclament leur péril le long des révolutions.

Et que faites-vous autre chose tous les jours que constater vous-mêmes la réalisation des prophéties du dix-lniiticme siècle , lorsque vous signalez avec clfroi renvahisse* men t des i dée s rép ub 1 i c aï lies , Fi mpopti 1 a ri té de Ta r î slocra lie et la faiblesse du pouvoir royal? C’est vous ou les vôtres qui vous êtes écriés il y a long-temps que la démocratie cmlait à pleins barils! c’est à vos côtés qu’on a dit que les rois s’en allaient! c’est la voix de vos oracles qui a üétri du titre d’cfdat^lc trône où s’assirent Louis XIV et Napoléon! Ces cris d’alarmes , sortis de voire propre' bouche , ne renferment-ils pas la justification la plus éclatante des prévisions qui vous ont semblé si singulières et si risibles?

Un jour aussi nos prédictions sur la disparition graduelle et pacifique des derniers privilèges do la naissance s'accompliront * en dépit de vos doutes et de vos rires. Un jour le dix-neuvième siècle aura eu raison de dire des obi U héréditaires ce que le dix -bu iticnic siècle a eu raison dédira des nobles et des rois féodaux * avec cette différence que \\m aura réorganisé par la persuasion f et Tautre renversé par la violence* Alors , au souvenir du spectacle déchirant qu’offre aujourd’hui la société, et des eflbrts que nous faisons pour lui communiquer une vie nouvelle , on reconnaîtra que nous fûmes non- seulement les raison noms les plus conséquens , comme on veut bien nous l’accorder» mais aussi les politiques les plus humains; alors on cornprendra que les réformateurs qui , comme nous, ne se bornent pas à des spéculations philosophiques , froides et stériles, ne sont hardis et inébranlables en logique que parce qu’ils sont ardetis et infatigables en philantropie, ci

que leur raison n’est si étonnante d'audace que parce que leur cœur est tout brûlant de générosité ; alors, et c’est là nia conviction la plus intime, ma foi la plus profonde, mon espérance In plus vive; alors un hommage éclatant, unanime , dont la légitimité ne peut encore être bien sentie en dehors de nous , sera rendu spontanément à la grandeur de notre mission et au caractère paternel de notre parole et de notre autorité , par ce peuple , immense et laborieux que nous aurons rallié les premiers , sous ccLtc devise, si dïlTércnle de celle du passé : Honte à l'oisiveté héréditaire! honneur au mérite et au travail !

Le prédicateur Làwiekï, souvent interrompu par de vifs ténu lignages de l'émotion générale;, est accompagné jusqu'à sa sortie de l'enceinte par des npphuullssemcns réitérés*

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