LÀ PHILANTROPIE, — LA RELIGION
Mes fils , mes filles.
Nous ne traversons pas ce spectacle de" raine, de tristesse et de désolation qu’offre votre société, ainsi que des voyageurs pressés , levant nos mains au ciel , semant à la hâte sur notre passage de faibles secours et de vagues consolations , et. redoublant de vitesse pour atteindre un but placé dans une sphère étrangère à ce monde , en vous invitant , au nom d’un Dieu invisible , è vous élancer dans la même voie. Au nom de Dieu, qui pour nous ne se voile pas aux Regards dans les mystiques profondeurs du ciel sous Hn-
«aisissablc éclat d’une auréole, mais qui partout préscntpor sa sagesse et sa beauté, partout vivant, est lout lui-même, nous nous mêlons h vous sans peur de nous égarer; avec vous, sans croire lui dérober le temps que nous vous donnons , nous approfondissons les causes du désordre qui trouble l’industrie, aflligc la science, frappe de langueur ou d’une convulsive douleur In poésie , divise tous les états
en partis acharnés, tient suspendue entre la paix et la guerre l’Europe armée; et à tant de maux nous signalons un rc mède dans la régénération dont nous vous apportons le plan magnifique. Notre religion enfin ne nous livre pas, à l’égard les uns des autres , h un complet isolement dans toutes les carrières où nous marchons , en bornant l’union de nos efforts a la conquête d’une sainte patrie, et ne nous prescrit pas de nous détacher du monde , en l’appelant profane : elle est le lien de la vie de l’humanité et de la vie du monde extérieur.
Certes je ne m’étonne pas que la nouveauté de ce langage religieux, notre altitude politique , l’absence du culte toujours lent h se développer, vous tiennent encore , malgré nos explications souvent répétées , en défiance de nous , et nous fassent considérer, h une époque d’incrédulité, comme des philanlropcs , ayant la prétention plus que le tort d’être religieux.
Et cependant si je vous annonçais qu’iei même, dans celte enceinte , six jours à peine écoulés , nos Pères , entourés de leur famille , ont présidé i\ In célébration des cérémonies les plus hautes de la religion , le viariage et le baptême y et ont osé assumer en eux ce pouvoir consécrateur, d’âge cil âge transmis jusqu’à eux et agrandi par Saint-Simon; si je vous montrais notre association s’accroissant par l’adoption solennelle de nombreux enfant
«j ni h nos yeux portent tous la robe d'une sainte égalité , et s’avancent par degrés vers le nouvel ordre oîi chacun portera le costume du grade conquis par sa capacité; répondez , ii voire avis , ne serait ce là que de la philantropie ri diculement chamarrée de culte?
Kt quand la philantropie a-t-elle montré en elle-même une loi si profonde? où donc a-t-elle pris dans les destinées de I humanité une initiative si audacieuse? Jamais a-t-elle manifesté la puissance ou mémo le désir d'asseoir sur des londoniens nouveaux une société?
Jo veux aujourd'hui vous montrer ce que peut, réduite h ses propres forces, la philantropie, et chercher à vous laire senLir combien notre doctrine est plus humaine que la philantropie , parce qu’elle est une religion !
\ oyez d abord ce qn a pu même la philantropie chrétienne ; quoiqu’elle aspirât a embrasser Th u ma ailé entière, elle ne se proposa d autre mission que d’unir les hommes par le lien mystique d'une fraternité spirituelle, et de les aider ainsi h soulever et à briser peu à peu les liens pesa ns dont le patricial antique avait légué aux populations modernes le vaste réseau. Pour délivrer la société profane elle fonda à grand1 peine une association de docteurs qui, après avoir déterminé, par l'éloquente prédication de Pëgalîté religieuse , l'émancipation des opprimés, une fois ! enseignement termine , se divisa. En un mot, elle ne créa pas un ordre social : elle affranchi t de P ordre social antérieur les individus. La croix unissait dans Parnonr du ciel et détachait dp monde extérieur. Aussi, sons son empire . point d association de satans cultivant les sciences physiques; point d'association d'industriels; cL la poésie, qui , fermant d'abord les yeux au spectacle des choses terres 1res, ne demandait à tout ce qui Pentounut que dos ailes pour
il*
interroger , dans lo rapide essor d’une infatigable curiosité, les mystérieuses régions de l’ame et du ciel , afin d’étendre ou de conserver l’empire de la religion , fit au dogme, une sorte de violence. Au sein de l’église même , à côté du grain de sénevé abritant sur sa lige délicate les oiseaux du ciel, elle éleva le tronc et le feuillage du cèdre du Liban , et rehaussa l'indigente nudité des catacombes de la pompeuse magnificence du temple de Jérusalem. Enfin elle ressuscita Je luxe, l’éclat, la beauté du monde extérieur dans b divinités du paganisme , et tour à tour attaqua ou défendit l’église en introduisant dans son enceinte ou en guidant contre ses murs les hubitans du vieil Olympe, long-temps abaissé devant l’humble cime du Calvaire.
Or peusez-vous que la philantropie mondaine ait plus de puissance que la philantropie chrétienne ?
Non ! elle complète par la révolution française l’œuvre d'affranchissement glorieusement commencée par sa devancière ; transfigurée sous les noms de liberté , de raison, d’égalité, animant les peuples à briser un joug et des chaînes par lesaccens généreux qu’elle inspire aux chantres et aux tribuns, elle est grande, puissante, poétique. Mais sa tache remplie , au milieu des individus épars dont elle ignore le lien nouveau , étrangère î> un sentiment de relation entre la vie de l’humanité et la vie du monde extérieur, elle laisse les savans, les industriels , les artistes en proie aux douteurs de l’anarchie, de la concurrence, de l’égoïsme! déchue de son rôle brillant, comme la philantropie chrétienne , aujourd’hui elle, s’occupe è secourir au à un, par des efforts isolés, les malheureux dont la vue éveille sa sollicitude. Mais acceptant tous les maux dont elle s’alllîge comme la nécessité inévitable d’une société qu’elle n’a ni la volonté, ni la science, ui le pouvoit de
transformer, et dès lors pressée par l'immuabilité prétendue de l’ordre social comme par une invincible fatalité , elle est réduite à transiger avec elle-même et à se mentir étrangement.
Pleine de foi dans la fraternité humaine , jamais elle ne s étonne que les uns soient assis ou banquet et les autres condamnés aux miettes de la table. Fière du dogme de l’ëgniflé devant In loi , elle trouve légitime qu’une minorité oisive consomme les fruits des sueurs du grand nombre, et , grâee à une ingénieuse fiction , elle l’associe au labeur des prolétaires par le travail de ses terres et de ses capitaux, sans pourtant I avoir encore associée, du sein de la mollesse , à la gloire du champ de bataille, par les armes dont elle munît ses remplaçons. Elle aspire h soulager les pauvres dés impôts qui les épuisent , et elle ne sait pas que le privilège de la naissance, plus dévorant que la dévorante fiscalité, les décharné impunément. Elle veut les soustraire h ce leurre effroyable qui leur offre un faux espoir en échange de leurs salaires , et elle n’a pas d'indignation contre cette effroyable loterie qui assortit la récompense cl I oisiveté, la peine et le travail, la fonction et l'incapacité. Jalouse du bien-être de tous, elle ne permet qu’aux classes aisées le mariage et prétend faire des classes inférieures une caste de célibataires. Ambitieuse de répandre les lumières, elle prononce contre le phisgraud nombre des enfans un arrêt d’ignorance motivé par la condition des pères ; émue du spectacle de l’immoralité, elle met l’école dans les bagnes, sans travailler h l’établir dans la sociéLé, et, faute de pouvoir pu ri fier la source, s’efforce de purifier 1 égoftt ; elle aère les cachots du prisonnier , et laisse croupir dans sa demeure fétide le travailleur libre ; elle veut effacer du code la peine de mort , et oublie que
f échafaud tue moins que le froid et la faim; elle attache des filets aux ponts et des morgues aux bords des fleuves , r.t nVi pas de remède contre le désespoir* En un mot, die assiste a une mêlée hideuse; et, se bornant à en recueillir leS innombrables victimes , sur tant de plaies qu'elle n’a pu prévenir et qu’elle ne peut fermer , goutte b goutte elle W un peu de baume, brin h brin un peu de charpie, eL toujours recommence sa Lâche, en présence d’un combat qui ne connaît pas de trêve. Aussi dans son impuissance, avec quelle emphase elle s’extasie devant les hommes, clignes à coup sûr d'estime , qui introduisent la culture duae plante nourricière et perfectionnent une industrie dé ménagé, comme devant les bienfaiteurs suprêmes de 1 liimiainki ! Enfin toujours contrainte de mesurer, non pas ses bicnfciU à ceux qui souffrent , mais ceux qui souffrent à fexigiiito de ses ressources, de les borner dans tous leurs besoins afin de pouvoir continuer à leur distribuer une misérable ration de moralité, de lumières et do bien-être, épouvantée^ elle s’arrête devant la Imde toujours croissante, et désespérant de satisfaire, en faisant jaillir une source abondante , a cette multitude innombrable , elle brise la coupe étroite oit elle les abreuvait , et , les abandonnant aux convulsions d’une soif brûlante, à tous ces infortunés qui l implorent en lut tendant les bras, elle jette pour consolation, pour adieu , pour leçon , un long cri de détresse, un Stmvc ijiii peut .
Or je suppose que , sincèrement touchés do ces misère* tous conceviez la nécessité de fonder un nouvel ordre publique gu tous, classés selon Leur capacité et rétribues selon leurs couvres» unissent leurs efforts de façon à déterminer un accroissement continu de moralité, de science cl de richesses , dont chacun alors recevra une part svilibanlc,
parce qu'il ne recevra que sa part légitime; mais que pourtant vous soyez répoussés par uos idées religieuses*
Eh bien! supposez avec moi que, m’âcc^Âunodant a votre langage * je vous dise : Laissez , laissez h partie divine de notre doctrine, et prenez^en la partie humaine'; ce qui vous en plaît vous appartient; allez, et pleins dTtm zélé purement philantropique f plantez et faites fructifier le rameau que nous vous abandonnons; apôtres nouveaux, allez , et enseignez !
Oseriez-vous accepter ce que nous oserions donner?
Vous n'oseriez ! car , étrangers au sentiment d’une providence dans le développement social * c’est par leurs douleurs individuelles et non par un espoir commun que vous sympathisez avec vos frères. Entre la vie de tous et la vie de chacun vous ne découvrez pas de lien, vous savez ce que c’est qu’un homme , et ne savez pas ce que c’est que Fhumamté, puisque vous n’embrassez pas son pas£c , sou présent, son avenir dans une même destination* Et comment, de quel droit alors pourriez- vous vous associer d’après Je principe du classement selon la capaeiLé et de la rétribution selon les œuvres; dire aux uns. Commandez ? aux autres. Obéissez : porter l’autorité et In soumission sans vous croire oppresseurs ou devenir tyrans , sens vous croire opprimés ou devenir esclaves f lorsque par ce lien nouveau vous ne sentiriez pas que vous vous rattachez b la chaîne éternelle?
\oii5 n’oseriez! Lorsque pour vous il n’est pas de næinl sacré entre la vie de l’humanité et celle du monde extérieur , privés de la vue générale de l’onlre, h chaque instant vous reculeriez devant voire création, toujours pour suivis de l’image du chaos; et, aux accusations de bouleversement q u exciterait la prédication de si grandes trans-
formations sociales , soudain tous resteriez troubles dans h fond du coeur de la terreur d’épouvantables catastrophes , les lèvres entrouvertes et la langue glacée I
Vous n’ oseriez! dis-je; et comment sans amour pour le monde extérieur, et sans loi dans son amour pour vous, exciter au développement de la science et de l'industrie? par quel langage , par quelles figures exalter et verser dans les cœurs, dans les intelligences , dans les bras, lenUmsiasme, b pénétration » l’ardeur? dans quelle vaste émotion , dans quelle Immense sympathie trouver rinspirMîon féconde et vraie? où puiser avec le saint transport dune délicieuse ivresse les couleurs, les sons, les odeurs, les moüvemens dont brille , retentit , se parfume cl $ anime la poésie?
Aujourd’hui , philantropes zélés , que pouvez-vous donc ? Former h gnmd*pcino contre des maux excessifs de petites associations partielles, aumomères, hospitalières, infir* mières; célébrer en langage inanimé tout ce que vous appelez machines > depuis un métier à filer jusqu’au monde; mellre les petits préceptes de votre petite morale en pdils distiques , dresser des procès-verbaux d'inventions et de découvertes, enregistrer avec éclat des recettes nouvelles, vous élever jusqu à la hauteur des tables de slatislique, couvrir euüu de la poussière des archives et des laboratoires, et imprégner de l’odeur des hôpitaux et des prisons votre poésie , votre éloquence , yos solennités mécaniques, économiques, didactiques?
Non certes que je veuille vous calomnier dans vos intentions, vos talens , vos efforts! Mais pour fonder ce lien nouveau il vous manquerait ce que rien ne peut suppléer, la conscience profonde d’une sanction éternelle, infime, dans l'harmonie de toutes les existences ! (Test dune on vain
que vous vous seriez emparés d'une partie de noire doctrine! Le rameau détaché de sa tige se flétrirait dans voire solitude; le dépôt précieux échapperait h vos h ras qui, pour le soutenir, ne s'uniraient pas , comme un poids! L’oude régénératrice fuirait du creux de votre mai n avant d'arriver à vos lèvres !
Répondez ! Ne sommes-nous donc que des p bilan tropes, nous qui, nés d'hier, avons fait tant de choses, et déjà commençons b réalisation de l’ordre social que nous an** üûiiçons! Ah ! comprenez que notre puissance est tout en * tière dans notre foi au lieu de ta vie de riitimanilé et de la vie du inonde extérieur , dans la religion !
Oui > et telle est notre foi profonde, U existe un lieu indissoluble entre la vie de l'humanité et la vie du inonde exlérburp
Et déjà j’en retrouve dans voire langage encore diseorcordunt un témoignage que me fournit le rapprochement de deux expressions contradictoires , mais également accréditées; car tour à tour vous représentez , actifs et passifs à l’égard F un de Faulre, F homme et le glohe , en disant : L* homme est le produit des circonstances extérieures ; l'homme mi te rot de ta terre 1
Les peuples , cncffejt , dans ce perpétuel labeur de la civilisation, ne remplissent-ils pas une mission déterminée par la configuration du territoire , par la température du climat, par la nature des productions? ?F ont-ils pas reçu de F ombrage qui les abrite , du ciel qui les enveloppe , brumeux et pesant ou pur et diaphane, des pics escarpés qui les dominent , des plaines qui se déroulent sous leurs pas , des sables quî leur cachent , au milieu de flots orageux , des lies de verdure , de lu mer qui baigne leurs pieds ou s’élève en montagnes de glace à leurs côtés, du sol qui
lotir est facile on rude et nu , un génie particulier dont \mn traits, leur taille, leurs langues, leurs arts, leurs sciences* leur industrie * sont les irrécusables témoins?
Mais l'homme, marqué du sceau du monde, esL-îl mpuissant è le marquer de son empreinte? Non! Voyez comme \\ va dépouillant la terre de la chevelure sauvage et hérissée des forêts, la couronnant de pampre bi de fleurs; aplanissant les montagnes , accumulant des g-rîtes dotées et des fruits savoureux jusque sur les flancs des Vésuve* comme une riche offrande aux terribles géans qui parfois s’agitent en fureur sons leurs vastes tombeaux; m chaînant ou créant des fleuves; imposant au lit de l’Océan de nouvelles rives , et h ses flots , où tout s’efface, des routes dont il redemande le secret aux flambeaux du ciel; façonnant le marbre et le granit en moimmens massifs de haine, d’imprécation, d’orgueil , ou inspirant è la pierre la voix de la prière et d’un humble amour; surchargeant le sol de pyramides colossales, de temples sanglans, et dé villes cy chipée nues , terribles arsenaux du génie de h guerre, ou le semant de châteaux épars , aux tours crénelées, ainsi que d’armes arrachées a des faisceaux rompus, ci suspendant entre sa surface et b nue des églises aux formes découpées, asiles hospitaliers de la paix; le décorant de sa vans observatoires , d'industrieux ateliers qui h Ira* vers tant de ruines s’élèvent isolés; tour h tour enfin y écrivant les âges divers de sa vie!
Mais c’est peu; si l’homme modifie le globe par sou travail, de lui-même b globe se modifie par sa propre énergie* et à son tour imprime à l'homme, prompt à la lu! rendre, une nouvedle modification.
Non, ce n’est pas en vain que long-temps toutes les Dations ont cru a de mystérieux rapports entre leurs projets*
( so» )
leurs actions et les mouvement du moude; lui ont attribue la volonté de les favoriser ou de les entraver dans leurs en»
t reprises * ont cherché à interpréter en oracles * en présages, en augures , sa langue hiéroglyphique , et attaché un sens h ses vois , k ses formes , à ses frémissement , après leur avoir d’abord alTecié la puissance d’influer sur leurs destinées? Los Hébreux. n’oni-ils pas glorifié, dans une salutaire coïncidence entre leur délivrance et les plaies d'Egypte, le décret de leur affranchissement ? Les chrétiens n’out-ils pas répété que le ciel ne put contempler lé sacrifice du divin rédempteur sans sç voiler de ténèbres, et la terre boire le sang du juste saris s'émouvoir et trembler? N’ont-ils pas long-temps , malgré leur confiance plus grande dans les révélations émanées de leurs pressenümens , ajouté foi h une invincible complicité du cours des astres et des événetnens de leur vie? Vous-mêmes, hommes du siècle, vousmêmes, malgré votre jactance d'incrédulité, n'avez-vous pas surpris au fond de vos coeurs et peut-être sur vos lèvres je ne sais quelles vagues bénédictions pour ce soleil de trois jours qui anima votre courage , conspira votre victoire , salua avec amour votre drapeau tricolore relevé de l'ombre et de la poussière; ©t , dans le légitime élan d'un noble orgueil, n’avez-vouspascruqiml ne devait pas moins à l'accompli ssement de la dernière phase d’une éclatante révolution?
Il est facile , je le sais , de ne voir en tout cela (pie ridicule idolâtrie et chimérique superstition; mais il n’est pas du moins k dédaigner ce témoignage d’une croyance constante dans cet admirable concert !
La science elle-même ne peut nier sans aveuglement ce nœud sacré que chaque jour ù son insu, mais non pas au hasard , elle confirme par ses travaux !
Ouvrez-vous , abîmes de la terre, montagnes, mettez à
( ÜOÜ )
il u vos flancs ci votre crête altière» et racontez conuBent le globe, infatigable flans ses enfantemens , et engloutissaut flans la profondeur de ses entrailles des population monstrueuses , s’arrêta dans le cours de ses évoluti^^ du jour où il tressaillit lui-même en sentant tressaillir m sou sein un nouvel habitant, l Uonnnei.... 1 homme, auquel il ne réservait pas un tombeau à coté de ces vastes sépultures où sonL couchées les reliques de tant de générations grossières; l'homme * dont il avait préparé , par les lents accroissements d’une magnifique architecture, k berceau , le temple, le palais; racontez enfin comment, grâce h ces solennels événemens T un à Foutre rattachés Comme les scènes d’un drame immense, épisode du drame éternel, infini, unique, F homme se trouva prêt pour iù globe , et le globe pour Fliommc 1
jNon, la terre n'est pas pour lui comme un autel inconnu qu’il embrasse avec effroi , jeté h ses pieds par une fatalité imprévue, eu redoutant la perfidie de FbospUalilé qu’il implore.
Et cette divine harmonie aurait commencé pour un jour s’interrompre? Jamais !
Savans , osez prendre de nos mains le flambeau allume par Saint-Simon, cl , pleins d une confiante ardeur, élan* eez-vous dans ceLLe voie nouvelle où d’épaisses tcaèbres, en se dissipant, vous dévoileront de précieuses vérités 1
Et déjà n’avez -vous pas constaté le lien qui n’a cessé d’unir le globe et f’honimc, en les enveloppant dans la meme calomnie? Sauvent vous répétez que 1 homme a dégénéré de sa vigueur, de s$ longévité, de sa stature primitives; et, fascinés par une triste illusion, vous croyez h sa décadence. Et du globe ne dites-vous pas aussi quu a dégénéré de celle force ardente qui fornicnUiîl dans sua
( ao5 }
sdn, que chaque jour il pet' J de ceLL© sève luxuriante des premiers âges qui circulait îi flots pressés ©t hrûJ^ns dans toutes ses parties , qu'il s’achemine par des Refroidissements graduels s symptômes de dépérisse ment * vers sa mort? Et moi , je vous le dis; que la terre vous semble une vaste cristallisation , par degrés a b au donnée des flots; que détachée du soleil par 1© choc d’une comète, et lancée brûlante dans l’espace, chaque jour elle évapore lu chaleur de l'astre paternel ; qu’clle-méme soit un soleil achevant de s'éteindre; qu'à sa surface les mers s'abaissent ou s'élèvent , désertent d’anciens rivages, ni valussent de nouvelles rives; à quelque hypothèse eniiji que vous vous complaisiez ? je vous le dis , rien n'a lieu * rien ne se passe qui, loin d être un signe de décrépitude ou une menace de catastrophe , ne soit le témoignage d’une Iran formation progressive! A vous entendre, l'humanité, déjà glacée, était près de rendre le dernier soupir* El voici que , rejeta nL les derniers débris de scs fers, les derniers lambeaux de ses haillons, les derniers tronçons de son glaive, l’humanité s’élance vers une ère de liberté, de richesse, de prix, et déjà louche , à travers un reste importun iTonlique Jb arrière , aux portes de ceüe terre promise qu’elle a à long- temps cherchée, radieuse d'amour, d’espérance et de vie; et le monde, dües-rous, râle cl $c meurt! il vit, vous dis -je , il est vivant !
Oui, la terre et rhnraanîté ensemble se développent ! Il semble qu’une meme main tienne les fils de leurs destinées fim à l'autre enlacés et formant un merveilleux tissu d’une trame inexlricable* A mesure que l’homme marche dans sa force pacifique, la terre s’apprivoise* Ici s’élevait une cité vomissant au loin in guerre; là dominait un volcan terrible par ses irruptions : In cité fait taire dans sou sein
lo l>rult des armes , et le volcan fume * s’êteiàt el appelle le vi^ne sur les bords de son cratère. Autrefois Le soi tremblait fréquemment sous les pas des populations acharnées h l'arroser de leur sang, et, h côté do leurs champs de k-
taille, entrouvraient de nombreux abîmes ; b sol se i-ilïenuit sous le soc pacifique du cultivateur affranchi. Uni, lorsque l’homme poussait des cris de guerre et de fureur, k globe, h sa voix rude et barbare, mariait dans le mugissemcnjfàes volcans, le bruissement de la tempête, les rugissemens monstres, de terribles et sauvages accords* Mais la vais de Fhomme, se modulant en accens plus mélodieux , prélude à des chants fan© ravissante douceur, et, comme une lyre fidèle, ajoutant des cordes nouvelles b ses cordes antiques , le globe lui-même s'associe par des sons pacifiques h cet hymne dont s’épure et s’accroît chaque jour r harmonie.
Or, il semble que ce soient deux époux réservée parmi* éternelle destinée à une délicieuse union.
Ainsi que Phomme, sous L’empire des religions ariliques, a1 d'abord subi , avec un mélange d’amour et de colère, sa compagne comme une fatal itée; Fa acceptée, sous le ehriàliamsme , comme une aide donnée par le ciel , et a laqudte Ü sc croyait supérieur, ^apprête enfin à l'aimer cornino son égale, comme la moitié de lui -même;
Ainsi que chaque jour ihommc, après avoir cédé involontairement et malgré lui à uiie aveugle idolâtrie, avant de s’unir à la femme qui Ta subjugué, fait un dernier é fort pour reprendre sa liberté , s’étudie , l’étudie elle-même, et se prépare par un grave examen à son hymeu, q111 ll1' doit pas être pour lui une indigne faiblesse, mais w* union fondée sur une sainte égalité;
Ainsi de la terre et de l’humanité !
( so>5 )
A peine en présence Vnn de F autre * l'homme, ^ignorant encore lui-même, contemple avec une admiration ailée de terreur sa fiancée,, hautaine et sauvage, dont l'aspect imprévu le saisit tout entier et n’offre d'abord qu'une image confuse h ses yeux éblouis» Dominé par un tel ascendant, il croit la porter en lui, exister en elle, et ne former avec elle qu’un seul être. Peu h peu il se distingue et il voit en elle une puissance mystérieuse, propice ou malfaisante , donnant la vie ou la mort, A son exemple, impitoyable pour lui-même, il verse son propre sang, croit la fléchir par cette offrande, et luttant avec elle de brutal égoïsme et d’inexorable tyrannie, il adore son idole, dans une servile prosternation, comme Sa mattresse de son sort ^ ou il la frappe dans son courroux comme une fatalité ennemie. C’est h elle qu’il demande des oracles; c’est d’elle qu’il s’inspire, et, dans les premiers ouvrages de ses mains , il lui consacre à elle- même sa figure, et ne montre la sienne qu’à demi. 11 la flatte ou la menace de mille noms divers , témoignages de joie et de douleur, d’amitié ou de haine, suivant les volontés capricieuses qu’il découvre en elle, à mesure que, d'un œil plus attentif, il observe chacune de scs beautés; tandis que, négligeant de se nommer et restant perdu long-temps dans le chaos, il constate encore par les premiers noms dont il s'appelle son profond asservissement. Et cependant la terre, qui d’abord semble triompher de la stupide admiration de Fhomme, après l’avoir éprouvé par d'immenses travaux, dépose peu h peu sa rudesse, l'embaume de ses parfums, le charme de mille prestiges, se pare de tous les dons, renonce k le dominer par un impérieux ascendant, et aspire h Fcnlacer dans d’irrésistibles séductions. Déjà Fhomme, fier des trophées de sa force , se
compte pétri davantage, s’admiré à son tour dans sa vigueur et sa beauté , adore riveé dégUeif tout ce qu’il aimc sous sa propré image , lui piété les sen timons qu'il trouve dans’ sori coeur, n'est plus prêt, en l'honneur d'elle , à épuiser ses veinés de leur sang, et quoiqu'il porte encore des chaînes , comiUericc à troriver en lui inspiration èi dignité; il sé sent plus libre, ei il va prostituer imprudemment sa liberté naissante.,*.
Non; soudain 11 ferme les yeux à tarit d’ûl traits dàrts lesquels il soupçonne une perfidie ; il s’interroge dans !c silence de ses austères méditations; il se reproche et lui reproché en même temps, avec des larmes amères, lés jours de ridofàlne, du sacrifice , de resclavage; if déteste le souvenir do ses bienfaits, et voyant en elle une décevante manifestation du génie du mal, il s'écrie dans si douleur : Ta m'as trompé, fl se détache d'elle , pronàTicô l’arrêt de son infériorité, la considère comme une créatrire que Dieu lui a asservie , et ne voit rien dans tout ce qui sort de son seîn et qui porte son empreinte devant quoi il doive se prosterner et s'oublier luHmêmé; il s'affranchit des restés dé i 'antique fatalité qui pèse sur lui; il est fibre, il se sait, il la connaît elle-même* Et la terre, rejetait le voile sons lequel, impure et sanglante, elle s'était courbée, apparaît à scs regards pacifiques, calme, harmonieuse dans toutes scs volontés , s’embellisant chaque jour, affranchie de là terrible nécessité du mal, comme une épouse douce, nïdjéstiicüse et riante* Alors l'homme h salue avec transport d’un regard de confiance et d'amour; il ne veut plus ériveloppcr de deuil sa s&dùisâhie beauté, étouffer en élite itriê spontanéité divine, ou h tenir abaissée à une dégradante subalternité*
Terre, humanité , réjouissez- vous! commencer, coin-
üieucez ces sublimes épancfremcns où déjà vous vous rcdites, en un magnifique cl touchant langage, comment vous avez toujours marché, même en paraissant vous séparer, vers cette solennelle union qui ouvre une ère nontelle dans le sein de F uni vers I
Oh J que cette foi exalte mon cœur bien au-dessus d’une tiède philantropie, lorsque je vois, lorsque je sais, lorsque je sens Th u inanité se développer de concert avec le globe se développant lui-mêmè ; s’embellir en Fembellissant sous le charme cuivrant de mutuelles caresses; accomplir, toujours plus unie à lui, un orbe brillant dans la majestueuse procession oii les corps immenses dont elle est lu compagne règlent l’un sur l’autre leurs pas cadencés autour de l'astre souverain qui leur partage ses rayons suivant les lois d’une céleste hiérarchie, et s’associer avec son cortège à d’autres cortèges plus lointains qui, autour d’autres soleils, promènent leurs évolutions; sans que jamais je puisse, à cette vivante harmonie, fixer une limite si reculée que je ne découvre, à travers de nouveaux mondes, une route toujours, toujours ouverte à F essor d’un éternel amour I
Avec quelles délices je m’abreuve à cette source inépuisable! Tour à tour je vais de l’humanité au monde, du monde h l’humanité. Artiste, je sens partout h mon enthousiasme répondre le battement obscur ou brillant de la vie; je réfléchis en moi la nature et ITiomme avec leurs couleurs, leurs formes , leurs voix, leurs sympathies , ardent a les traduire , par ma parole et par mon geste , en une poésie inspiratrice ; et je sens s’unir en moi le savant qui, sans erreur, sans repos, sans fatigue, suit, ainsi qu’un fil conducteur, ce lien sacré entre les lois de l’univers; et l’industriel qui façonne avec amour la terre.
( ao8 )
sc prêtant avec amour à combler tous ses vœux. Partout je sens Dieu présent sans pouvoir renfermer nulle part; sous mille noms divers je l'invoque sans pouvoir l’invoquer sous un seul , toujours jaloux de découvrir un mot nouveau de ces langues innombrables dont l'harmonie est son nom. Je t’adore, ô Dieu! dans la brise embaumée de parfums, dans l’Océan sc balançant avec ses lames hautaines entre les contincus qu’il associe, dans les vagues ou éclatantes mélodies qui emplissent mon oreille, dans l’astre éblouissant qui épanche en brillantes et pâles journées, comme par coupes inégales, les floLs diversement mesurés de sa féconde lumière; je t’adore, ô Dieu! dans le grand homme, témoignage et révélateur du progrès de l’harmonie universelle; mais, ô Dieu! je t’adore encore dans le dernier des hommes, car sa vis est liée II celle de rinimanité, liée h celle du globe, liée à celle des mondes , et jamais il ne peut gémir, que scs soupirs, même dans le silence étouffés, n’aient un écho lointain à travers le concert de tous les astres , et jamais il ne peut s’ennoblir d’amour, de science et de bonheur, que son front ne rayonne sa joie jusqu’aux astres les plus reculés !