‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 40 sur 46 · LA FAMILLE HUMAINE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE HUMAINE

lotîtes les barrières qui séparent les nations tomberont;

t0UlC$ C!l ?n!ilé* cl lous les privilèges qui divisent les races et les familles s’effaceront , toute colère et toute haine

‘Cra COn,Ver,!e * h ^ à l’amour , et il n'y aura sur la terre qu une seule nation , qu’une seule race, qu’une seule famille.

Y°îft k Pr0messe *P*e Saint-Simon fait aux hommes q„[ se haïssent, aux familles en discorde, aux races qui se déchirent, aux nations qui s’exterminent,

Saint-Simon a vu tous les métaux dans la fournaise ardente, bouillonnant cl crient, et il a compris le travail de

celle grande mêlée de toutes choses : i! a prophétisé à celte prodigieuse douleur un merveilleux enfantement.

Je vois l'humanité forte et belle . les bras libres et les mains purifiées des souillures de tant de labeurs et de combats, glorieuse et calme après tant de douloureuses convulsions; ainsi que Vénus sortant de l’écume des (lots, et laissant derrière elle les sombres tempêtes de la mer. je vois l’humanité radieuse et le front ceint d une lumière pure , asseoir enfin sur la terre devenue douce et favorable sa démarche pacifique et majestueuse; elle assure sur ellemème un regard ami et satisfait; elle sç contemple dans sa force et dans sa beauté; elle se réjouit dans l’amour de ses innombrables enfans; chaque matin l’éveille dans la joie et l’allégresse, et les chants des oiseaux du ciel cl tous les bruits de la terre , et de l’air et des eaux , ne sont que les occompaguemens de l’hymne sublime aux innombrables harmonies dont la bouche des enfans des hommes salue chaque matin la magnificence de leur destinée.

Tous , nous y serons tous; oh ! l’humanité sera belle 1 Je vois b la surface de ce globe qui va lui-mème toujours s’embellissant et se parc h toute heure comme pour une fêle nouvelle, je vois marcher, çourir, onduler , ruisseler une famille heureuse ; je vois ceux qui naissent clqUi tous trouvent leur berceau prêt cl des moins caressantes, et des sourires de bien-venue; les enfans bondissant dans leur première vigueur, s’essaient à la vie dans la joie; ensemble , prenant leurs jeux dans les libres élans d’une sainte égalité, revêtus tous des mêmes couleurs et places tous a a même table du grand bouquet; puis les jeunes hommes cl les jeunes filles, le regard h la fois modeste et lier, et c sein palpitant de vie, prenant leurs places dans le tempe, deux b deux, harmonieusement unis, cherchant, prtP

( ai I )

ratii et faisant leur oeuvre; au milieu les hommes el les femmes dans ia maturité de la puissance humaine, travaillant; les prêtres 3 lessavans , les industriels; ceux qui lient el qui vivifient , ceux qui découvrent et qui instruisent , ceux qui fécondent el enrichissent ; en avant , les vieillards, formes blanchissantes el qui s'effacent comme les derniers rayoïîs d’un soleil épuisé de lumières, les vieillards qui se regardent doucement revivre dans les formes plus fraîches, plus pures, plus vigoureuses qui leur succèdent, et qui s’aiment déjh plus dans leurs enfans que dans ce qui leur reste d’eux-memes.

Ton te cette famille incessamment renouvelée en elle-même, incessamment renaissante et rajeunissante , toujours plus bel le, plus aimante, plus heureuse, va ainsi de l'infini al1 infini, de rèternitéWéteràité, dépouillant h chaque génération une laideur et une infirmité pour revêtir une grfice et une puissance. De l'infini à l’iufim, de l'éternité à Pëtcrnïté I nulle joie , nulle félicité ne lui est interdite dans le temps et dans 1 espace , et toutes ses espérances son! des droits* Fl nul , de celte magnifique destination de la famille, nul n est excepté. L humanité appelle tous ses enfans jusqu’au dernier du même nom , et les marque Ions du même signe de grandeur et d’immortalité ; l'humanité , c’est vous , c est moi, c’est lions, c'est tousî

Eh Lieu î peut-être pourrai-je vous enseigner votre dignité humaine 1 peut-être pourrai-je vous faire prendre enfin la vie au sérieux et vous sortir un moment de ces fulilités qui amusent et occupent si gravement vos jours et vos heures! Ne penserez-vous donc jamais qui vous êtes, oh vous allez et d’ou vous venez? Semblables h ces navires qu’on voit du rivage fuir sous le vent et s’enfoncer au loin, rapides, dans les routes profondes de I Océan , ils vont , et

Çœil qui les suit les croirait animes et vivans Je leur ngilUë propre; mais ils vont et ils n’ont pas la conscience» buis inanimés, ni l'intelligence de leurs mouvemens* Ainsi vous des , vous aussi » sous le vent d’une puissance inconnue; vous allez, tourmentés et pressés d’une impulsion mystérieuse; mais vous ne savez pas où vous allez ni pourquoi vous allez* Marchez , marchez I le mouvement est en vous; la vie vous tient : il ne vous est pas possible de ne pas marcher; vous ne songez pas môme il vous en défendre* mais qu’esl-cc donc enfui * qu’esl-ce donc que celle vie que nous vivons? cl rf avez-vous pas besoin de prendre en tu conscience, êtres sensibles cl animés que vous êtes, conscience et intelligence de votre mouvement?

Quand je vous ai dit Pairlre jour : t G*esl Dieu qui noua a conduits en ce lieu et qui nous y tient , me disant b celle heure , h moi : Parle , et h vous : Ecoutez ! »

M’uvcz-vous compris?

Que pensez vous par hasard que vous laites en ce lieu*1

Dites, avez-vous jamais fait attention» vous trouvant dans uno assemblée d’hommes, comme il y a entre eux tous de l’un b Poutre quelque chose d’étranger, quelque clmsc de ténébreux et de farouche? Regardez comme vous êtes h h coté les uns des autres, chacun caché à tous, comme autant de citadelles soupçonneuses, ne trahissant P intérieur de voMS-mêtnes que par de rares et Fugitives révéla* lions 1 Ahl et pour qui veut aussi assurer son regard sur Itihméme, c’est en vérité encore quelque chose d é E ranger, de ténébreux et de farouche b chacun que sn propre existence- Je parle ! d’où? comment,? qui m’a fait celle voix** — O Dieu ! je ne sais pas ce que c’est que de moi : je sais bien pour quelque chose dans ce que je fris; mais il va upc force invisible à qui appartient en \ cri lé dans ce qu°

je fais lapins grande part. Ce n’est pas moi qui fuis circuler et jaillir le sang dans mes Veines; ce n’esL pas moi qui fais les batlemens et les gonfle mens de mon cœur! Qui a fait le tressaillement de ma chair et lès larmes de mes yeux, le jour où j’ai pensé pour la première fois b regarder sérieusement les misères qui affligent les hommes? Qui m’a précipité ce jourdù, haletant de douleur et de pitié , h travers les rues et les places, criant et demandant à toute chose, h la terre et au ciel, aux hommes et aux pierres, demandant ce qu’il faut faire pour que ce peuple ne souffre plus? Enfin qui m’a porté, moi, naguère encore enfant timide et honteux, à me lever ainsi audacieusement dans une assemblée d'hommes pour crier grâce et justice pour I* peuple? Et vous , et vous » qui vous a poussés ici dans ce temple pour y entendre les choses nouvelles qui s’y disent de I humanité? Qui donc a préparé vos oreilles pendant que sc préparaient mes paroles?

Et mes paroles et vos oreilles auront' elles été préparées en tain?

Gh! certes, si insoucieux que soit un homme de Dieu et de 1 humanité, pour celui-là même qui ne vit en quelque sorte qu’à la surface, et qui laisse dans un silence et un repos absolus les régions intérieures de son être, il y a cependant des heures oit il est forcé de reconnaître que sa vie tout entière est dominée par Tac lion providentielle qui règle el détermine infailliblement tous ses gestes en apparence les plus indifférons* Ainsi de tout homme, nînsi de toute chose, ainsi de tout ce qui est ; tout est réglé et déterminé. Non, non : nous ne vivons pas ù Pavcnture et an hasard : tout ce qui est el tout ce qui sc fait a sa raison d’être et sa fin.

El maintenant jet mit 1rs yeux sur l'endroit où nous jorth

( ai4 )

nies , je vous dirai r Combien d hommes et de choses ont passé sur celle lerre que nous foulons ! Prenez dans vos histoires , choisissez : que de scènes se sont jouées dans ces lieux où nous vivons ! combien d’acteurs et de décorations s’y sont succédé ! Si je plonge 2» Iravcrslcs siècles, je vois une lerre sauvage cl de sauvages habilans, des marais immondes, des forêts hérissées, des animaux féroces , rampansel bondissons .hurlans , hennissans et siUlans; l'homme et son errante famille, l’œil fauve et les ongles menaçant sa proie, toujours affamé, tour à tour fuyant ou poursuivant , tremblant ou terrible devant les bêles des bois ou devant son semblable , nu , sale et rongé de toutes les lipres de la terre dont il se dégage h peine , effroyable à voir, le visage terne et les dents sanglantes, glapissant, murmurant et rugissant! Oh ! combien il est misérable cet homme ! cl combien peu il est encore différent de la bête!

Ici , ici même, là où je vois une demeure brillante cl une réunion d’hommes et de femmes au visage doux et calme , à la démarche paisible et cadencée , ici même il j o bien des siècles que passaient ces familles et ccs tribus sauvages do mêles et de femelles qui ne savaient pas encore leur nom d'hommes : tout ce que nous voyons ici cl nousmêmes, tout cela c’est le travail des siècles. Et ainsi sur toute la terre, du nord au midi, de l’orient à l'occident, depuis le commencement jusqu’à la consommation dus siècles, le travail sc fait et se continue : tes familles, les races , les nations se mêlant cl se broyant , de tout cela Flnmuinitc sort.

Tous ces hommes qui ont vécu , où sont-ils? Toutes ce* formes qui ont passé , où sont-elles ? et nous , et nous donc 3

Tous ces hommes sont-ils morts, et nous, ne faisonsnous que de naître ?

Sont-ils couchés au néant, et nous peut-être sommesnous h noire tour attendus au néant?

Ou tien y mirait-i l loin de la terre , dans F immensité des mondes, quelque demeure préparée pour les morts de la terre ? et ne serions-nous ici que des passagers F

Mais ce misérable sauvage que les siècles lointains ont vu se traîner moitié homme et moitié Lète sur des bruyères arides et dans des eaux croupissantes , après quelques années de celle vie grossière et brutale, n’avail-ü rien cio mieux a taire que de s en aller dans un autre monde essayer d'une autre existence? Eiait-il Lien prêt surtout pour les délices mystiques d’un ciel imaginaire?

Et nous donc, à mesure que nous vivons, sommes-nous si impatiens de quitter ces demeures que nous nous sommes faites cl quî sTembet!issenl tous les jours sous notre main 1 Et sommes-nous si beaux , si grands, si bons, sommes* nous arrivés à une telle perfection de la nature Immat no que nous ayons bâte de la dépouiller et de revêtir une autre nature ?

Non , non : ce n’était pas trop du labeur de tant do siècles k ce misérable sauvage pour s’initier peu à peu h ceüe dignité humaine, à cette puissance, h celte intelligence , h cet amour qui est nia vie ; et je ne vois pas , moi , que ma destinée d’homme soit si près d’êlrc remplie, et nia tache sitôt finie sur la terre, pour que nous ayons haie, la terre et moi , rhumnnîlé et moi, de nous séparer*

De l’infini è l’infini, de l'éternité h l'éternité! Nous venons et nous allons, où et pourquoi? De quoi chacun de nous est-il en quête dans ceftc perpétuelle évolution de la vie ? Quelle est donc h chacun la raison de son mouvement ? Que cherchent , que désirent , que font tous ces hommes? ils cherchent , ils désirent, ils font chacun leur pi ace parmi

( ’Jlfi )

it'S hommes et parmi les choses; l’humanité tout eu itère gravite incessaoicnt vers Fnssccifition universelle , où chacun sera classé selon sa capacité et rétribué selortscs œuvres, c’est-à-dire que chacun des individus qui composent l'humanité gravite par un efiort non interrompu vers h place qui est la sienne dons la hiérarchie humaine, Ln place de chacun est là où il est aimé et ou il aime , là ou il peut développer toute son existence d’une manière harmonieuse à toutes les autres existences, vivre de toute sa vie, agir de toute sa force, connaître de toute son intelligence , aimer de tout son amour*

El chaque homme ainsi que chaque chose a sa place qui lui est destinée et marquée entre les hommes et entre les choses dans la hiérarchie des êtres ; et chaque homme a'mâ que chaque chose n?a qu’une place, la sienne, qui est sienne par sa nature même, et hors de laquelle il ne saurait se plaire ni rester librement; car ce n’est qu’à celte place qu’il peut y avoir pour lui liberté , ordre, bonheur, et tant qu’il ne l’a pas trouvée il cherche el il s’agite , car il souffre, et il désire et il espère; il cherche, il s’agite et il sc débat : il va , vient et revient, il lutte et il combat: ccst là tout le secret des révolutions passées , présentes et futures.

Oh! vraiment pour celui qui a le secret de l’avenir ainsi que du présent et du passé, c’est un ravissant spectacle que la famille humaine , telle que Favenir la verra*

Tous alors , venez tous, enfnns , joyeux et confiant k la vie; saluez tous avec amour la terre el les deux , car tous, la terre et les deux vous attendent 1

Enfans, vous serez beaux el bons et heureux : à tous Fhumanité vous crie ; & Mes enfans , soyez les bien- venus ! * Ils viennent, et leur venue est une fête, et désiras çares-

sans les accueillent , et leur bouche s’épimouil sous les bai* sers, et des visage* sourians amendent le premier regard de leurs yeux.

Alors imite mère sera heureuse voyant sou enfant croître ei fleurir au souffle de T amour.

Ils grandissent ensemble, tous ces enfans, à l’ombre des memes soins, de la même protection, et ensemble grandissant , ils se cherchent * ils s'attirent , ils s'appellent* iis s'unissent'

Toutes les amitiés, toutes les afflictions se trouvent, se saisissent, s'enlacent, se groupent.

Ceux qui travaillent ensemble, et qui ont un besoin journalier les uns des autres dans r intimité Av leur vie, sc rapprochent et s'allient ; et ceux qui n’ont dans leurs travaux et dans toute leur existence que des rapports plus rares et plus lointains, se dispersent* s'éloignent, se posent h distance.

Ainsi tout s'harmonise.

Chacun se place, chacun est placé là où il aime et où il est aimé.

Chacun demande et reçoit sa lâche , et chacun se glorifie dans son œuvre.

L'humanité s'applaudit.

Et alors , en ces temps de joie , quand un homme se lèvera dans une assemblée d hommes pour leur annoncer les joies toujours grandissantes de l'avenir, il les verra autour de lui, s'aimant tous et l'aimant, se regardant tous avec amour et en quelque sorte transparens les uns aux ou 1res, et il sera heureux.

Mais moi, une tristesse se mêle encore au bonheur que j'éprouve à vous révéler toutes ces choses.

( si8 )

Vous ne m'aimez pas et vous ne vous aimez pas : c'est un inconnu qui parte à des inconnus*

Je vous vois tous étrangers les uns aux. autres t et je no tous vois pas disposés h vous traiter comme des en fous de la même famille.

Il y en a ici qui ont des privilèges sur les autres , et je ne vois pas qu'ils soient disposés h y renoncer; des privilèges injustes et douloureux pour eux-mêmes » et je ne vois pas qu'ils soient prêts h mettre eu commun avec tous les autres leurs joies et leurs douleurs*

Pourtant, que pensez- vous faire décos privilèges, et vous flattez-vous de les garder toujours?

L'humanité marche , et elle saura bien , il faut le croire, briser comme tous les autres son dernier collier de misère* \ oyez , je vous prie , voyez , par ce temps , quel est le vrai qui souille, et assurez-vous bien , si vous le pouvez, que vous aurez la puissance d'y résister*

Ob , non ! n’essayez pas , car vous seriez emportés* G est Dieu lui-même, c'est Dieu qui pousse à h émancipation ci h la liberté* Oh, non 1 ne résistez pas h Dieu ! Non; mm plutôt prenez le vent et suivez votre cours, assurés que vous pouvez être sous l’ inspiration de Dieu , que vous allez a voire but , qui est le bonheur : car Dieu sans doute, qui veut P abolition des privilèges, veut aussi le bonheur des privilégiés. Les intérêts des hommes ne sont pas séparés, et le salut de tous est on vérité aussi le salut de chàfion- Donnez, donnez h l'humanité, et rien de ce que vous aurez donné ne sera perdu pour vous-mêmes* Un homme ne peut pas perdre quand l'humanité gagne!

{ ai9 )

Apres celte prédication « Lâchent se lève et prononce î’ntiocu* liOU suivante :

Lorsque nous sommes venus offrir une bannière pacifique aux travail leurs , et provoquer les hommes généreux de tous les partis à déserter glorieusement les drapeaux usés du catholicisme cl de la philosophie critique pour passer sans Fi t e il d a rd de 1 u 1 égi timi lé d u nié rite, du d r oj t di v i n d c 1 a ca poché , le monde a ri et a du rire d’abord de l'assurance avec laquelle nous lui parlions de la fragilité de ses vieil Ica idoles, du néant de m* anciennes croyances, de ta grandeur de notre mission* À travers ses moqueries, nous avons pourtant cheminé d’itn pas rapide, et il s’est étonné que dans un pays où l'arme du ridicule fit toujours des blessures mortelles, nous eussions la puissance do poursuivre infatigablement notre marche sous une nuée do sarcasmes , d’é* pigrarames, de malices et de calomnies, comme si nous étions invulnérables* Ce phénomène l’a beaucoup frappé f et nom seuls pouvons en donner I explication * qui estbien naturelle* Le monde pouvait nous railler et nous maudire sans nous amUfcr , sans nous aigrir , sans porter atteinte au caractère apostolique de notre langage, sans ébranler la hardiesse de nos actes et de nos paroles , parce que nous savions, nous, quTH devait commencer par nom méconnaître, parce que nous comprenions parfaitement ses malédictions et ses railleries] taudis qu'il ne pouvait pus se rendre lui-même raison de noire attitude inébranlable , ni comprendre nos espérances et noire énergie toujours croissante au milieu des abaques* C’est lh tout lo secret de notre religieuse cl prophétique audace; je le donne au monde ,

qui ne l’entendra bien que lorsqu’il partagera notre fol, que lorsque la connaissance de sa destination providentielle et de la loi qui préside b son développement lui np, prendra oh il est f eu lui révélant d*où il vient et ou il vu ■ car alors seulement il pourra sentir et reconnu lire que dam les temps oh la routine» le préjugé, la superstition elle doute $e partagent l'empire d’une société mourante, où de nombreux partis, également imptiissans , s'agitent sur des décombres , l'homme qui apporte la lumière nouvelle, fitil seul, trouve dans la conscience de ses propres forces de quoi braver tous les obstacles, et peut d’autant moins céder aux clameurs et aux préventions de l'humanité faible et stérile, de l'humanité stationnaire ou rétrograde, qu’il sent vivre en lui f humanité puissante el féconde , f humanité progressive.

Mais si le monde ne croit pas encore assez h nos doctrines pour apprécier, avec l’aide de la foi , notre persévérance , nos progrès, que les sceptiques les plus obstiné* daignent jeter les yeux sur tout ce qui les environne; qu’ils voient l'incertitude » le découragement et le malaise pflç* trer dans tous les camps, planer sur latente des soldats de la révolution et sur celle des champions de l’ancien régime; qu’ils entendent les chants élégiaques des premiers poètes du siècle; qu’ils apprennent de Chateaubriand que ta pire des périodes que nous ayons parcourues semble être celle oit nous sommes , parce que C anarchie règne dam ta raison, la morale et l' intelligence ; qu’ils recueillent cette parole de Lamartine, que tout est débris, que tout est vide devant nous- que le sot est nivelé comme pour une grande reconstruction sociale préparée par te divin architecte ; qu'ils rappellent Benjamin Constant conduit prématurément dans la tombe par la déception et le désespoir» et qu'ils apprécient

enfin la vitalité puissante d'une société qui, née d’hier , se trouve déjà assez forte pour enregistrer les chu les journalières de ses détracteurs h côté de sa propre élévation , qui croit quand tout le m^nde est réduit à douter, qui nourrit de magnifiques espérances quand tout le monde est désenchanté, qui se raffermit quand tout tremble autour d’elle, qui grandit quand tout se rapetisse, qui, perçant d’un coup d’œil In mut des temps et pouvant raconter à rinunanité , de siècle en siècle, l’histoire de ses progrès passés , pose la main avec confiance à la dernière limite de ses progrès (uturs , quand tout vit en dehors d’elle sans veille et sans lendemain. Voilà les signes des temps : pourquoi attendre, pour les apercevoir, qu'ils apparaissent au milieu des tempêtes ? Le sang de tant d’hommes généreux n aurait pas coulé d'un bout de l’ Europe à l’autre, et la révolte, le meurtre, le pillage, l’incendie, 11e sèmeraient pas l’épouvante et la désola Lion en Angleterre et dans d’autres contrées , si le signe de j uitlet avait été neLlement aperçu , signalé et interprété en France. Nous pouvons nous rendre cette justice que nous avons lait tout coqui était en noire pouvoir pour que l’apparition brillante de ce signe ne fût pas vaine. Si les peuples et les rois ont dédaigné nos nverlissemcns et nos conseils , nous pouvons toujours dire que, malgré leur mépris allée té ou réel, notre remarque subsisté, et elle frappera chaque jour un plus grand nombre d'esprits. Je vais vous présenter en peu de mois quelques considérations qui pourront en faire ressortir l’imporlancc et la justesse*

Une dynastie qui avait pour elle l'appui de fa tradition politique et religieuse cl le prestige de notre an tique gloire venait do disparaître devant l’indignation, la colère , la vengeance, la justice du peuple. A ce terrible, mais admirable

spectacle d’une élut Le immense fh Faspect d’une nation jadîa idolâtre de fiai r ms$ et brisant auj-otird:hui comme un jouet rVcnfan tic sceptre redoutable qu’avaienlportoCharleaifigne, saint Louis, Henri I\ ét Louis Xi V fnifait-il avoir beaucoup médité sur les causes de h grandeur et de !o dée.v demie des empires pour sentir que ce divorce éclalnnt de la France avec un trôîie lié h ses destinées pendant quatorze siècles ne pouvait s'accomplir sans entraîner de vastes changemensdans les anciennes relations des diverses classes de la société * sans amener de grandes améliorations dans le sort d’une nation justement rebelle et délin i Lï veinent victorieuse ?

La révolution de i ySy avait délivré le tiers-état des immunités, des privilèges et de toutes les distinctions aristocratiques dont le moyen nge avait doté If dergé et la noblesse, L’universalité de l'impôt , Fabolition des ordres, Timilé du corps social , l’égalité devant la loi , furent alors les conquêtes importantes qui signalèrent la première catastrophe de la MCO des Courbons, Lorsque , après vingtcinq ans d'exil et quinze années de restauration , cette famille malheureuse était rejetée une dernière fois sur la terre étrangère , devait-on croire .qu’un événement de celle na turc resterait sans conséquences pour ceux qui l'avaient consommé ? Devait-on croire que le peuple serait censé avoir combattu sans intérêt et ne s'être levé contre la branche aînée des Capétiens que pour défendre Fin tégrîtd de Tordre social qu’elle nous avait fait subir depuis ifiiiji tWtc l'aide cl le concours de la sainte-alliance ? C'était à la partie In plus nombre tisc- , la plus active et la plus éclairée de la nation qu’était due fa révolution de i83o« Ces innombrables prolétaires qui triomphèrent des Suisses appartiennent b la classe ouvrière ou h la jeunesse qui est disséminée dans

toutes les carrières utiles et fia us les professions libérales, 11 Jollail doue reconnaître qu'il manque il quelque chose b ces hommes énergiques, à ces masses d’ouvriers et d’étudians pour qu'ils se fussent ainsi rencontrés sur la place publique en face de la mitraille ; pour qu’ils eussent renversé de cou cert le trône de Charles X après l'avoir miné pendant longtemps par les conspirations et les émeutes* Les fameuses ordonnances ne touchaient directemen t que les électeurs et les éligibles * que les journalistes et leurs abonnés* Les classes inférieures semblaient lout-à d'ail étrangères au coup d éta t f et c’est cctLe apparence qui rendît si téméraire et qui précipité dans l’abimo îe dernier ministère de la restauration, On croyait fermement à lu cour que le peuplé avait donné sa démission et qu’il resterait impassible jusqu’au bout en présence des querelles de la bourgeoisie avec 1 a n 1 1 q ne nob 1 esse e 1 1 e vie u x s a corda ce , Quel q ues feu i 1 1 es d è I opposition constitutionnelle avaient elles-mêmes accrédité cette opinion* Sotfsle ministère de M* de MarLïgnac; le Journal dcsdêùàts , alors comme aujourd'hui organe officiel de la classe bourgeoise, qui essaie d'élever une nouvelle aristocratie sur les débris de F ancienne et de substituer l'influence de la fortune héréditaire au crédit et à la considération du patricial , fc Journal des débats s’exprima avec une naïveté bien remarquable pour démontrer combien le peuple était désintéressé dans les questions politiques qui no sortaient pas du cercle tracé par la Charte, et pour laisser ainsi h la bourgeoisie seule le soin et le droit de les résoudre ; ^ Fortifiez > disait-il * le salutaire ascendant de la bourgeoisie, toujours amie du repos et de l’ordre; car, après tout, qui soutire de In loi d aînesse? La bourgeoisie qui a quelque chose h partager entre ses eu fans, et non le petit peuple qui n a rien. Qui se ruine au 5 p« îoo? La bourgeoisie*

Qui s’indigne de la censure? La bourgeoisie cjuï aime Mire cl h penser librement, et non le polit peuple qui n’a qu« !c temps de travailler afin de gagner sa vie. »

Si donc le petit peuple , qui ne forme pas moins les neuf dixièmes de la nation * ainsi dédaigné , mis hors la loi politique par la restauration , a pria sur lut , sur lui seul, do chasser les princes qui lui avaient imposé ce régime qui l’excluait de toute participation aux affaires publiques et qui rnbündoüuuîi à sa laborieuse misère , comment pourrai i ou penser qu’il n est sorti généreusement de riiidiftérence humiliante u laquelle on le condamnait que pour conlimier de vivre sous le poids des mêmes exclusions, dea mêmes charges et de la même misère? Non, le peuple, dont hi voix est bien réellement celle de Dieu quand il manifeste un désir de progrès , quand il sappe 1rs préjugés , résiste au génie du retardement et punit le parjure: nou le peuple n’a pas pu travailler en vain dans lu grande semaine. Si son œuvre sublime n’a pas encore reçu sa récompense, c’est que tout sou héroïsme iTn servi jusqu’ic! qu’a Taire passer le pouvoir aux hommes mêmes qui,.«n 1827 , affectaient de ne compter pour rien dans Tordre politique , et qui depuis n’ont accueilli sa victoire que pour l’étouffer.

Ces hommes , je le répète, ne pouvaient pas agir autrement qu’ils n’ont fait sans renier leurs antécédent sans démentir toute leur histojro, sans abdiquer leur personnalité politique; et comme de pareils sacrifices sont rares , il fallait se rappeler le mol de Napoléon : Les Mmes sont toujours blancs , et ne pas trop espérer que les métaphysiciens royalistes du canapé pussent jamais donner I exemple d’une héroïque ol sublime inconséquence, en abjurant tout h coup leurs vieilles affections et leurs anciennes Lbéo-

( sao )

ries pour so convertir b la souveraineté du peuple, dont la résurrection triomphale venait de renverser leur propre ouv ra g<\ il était dans le ti r destin ée d 5 ê t re les r£ / es ta-

vunfairrs de la &g*7iW/e* et non pas les tnfrnrs de la révolution, ils ont très-h ien compris et rempli leur rôle : la Franco aurait du s’y attendre*

Mais s'ils ont Lien compris leur position, ont-ils compris également celle du pays, celle de l'Europe, celle du monde? Ils revendiquent comme leur patrimoine exclusif les leçons de l'histoire , la méditation philosophique, Thahilnde des hautes spéculations s J expérience politique * la connaissance des passions populaires et la tactique des cours comme celle dc^gjg semblées délibérai! les. Ils parlent duclor-demcnt de leur profiHideur L,, Si une pareille prétention était légitimé , il serait difficile d'expliquer les nir bnmis ci oissans que ces hommes ont rencontrés sur leurs pas*.. Pool -être sc sont-ils mépris sur le véritable caractère de lu profondeur. Examinons.

Lorsque de hardis démolisseurs, résumant en quelques heures les conquêtes de la société française siir le principe féodal depuis Philippe- Auguste jusqtA Louis XVI, cnnsonimüreul l'iinnicusc sacrifice de la nuit du 4 août, les penseurs de Paristocral te , les disciples de llouLtm ïIJors , accusèrent d'îniprudünce et de légèreté 1rs ministres qui avaient cru possible d'atténuer In puissance des premiers ordres sans compromettre l’existence de In royauté féodale cllîï-mèiiir. Alors l\ b é .Hnnry et te eoiulo Or IMontlosîer , qui avaient gémi de tou les les cou cessions faites au tiersétat, eL qui * nEaiciil toute la portée des prim ipes philo- Sopliiipies qu'un invoquait c nuire les prétog .tires du la n i- Uesse et du clergé , puvnï recmire polit icp.es plus pruto uls que les courtisans et les hommes d’étal qui avaient ap- H" J 5

plaudi ou participé au mouvement libéral chi dix- huitième siècle sans en prévoir les conséquences. Mais leur profon* dettr u était pas autre chose pourtant que celle rie Cnton prédisant que la ruine du patricial entraînerait celle de la république; et, il faut bien le reconnaître, la véritable prévoyance aux temps voisins de Pharsale comme aux approches de Fémigra lion, ne cousis tait pâsh comprendre cl b proclamer la raison intime cl la communauté d’existence de Farislocralie et du vieil ordre social, mais à sentir U nécessité d'un ordre nouveau, et a marcher hardiment ms Pempirc de celte conviction» Ainsi , quelle que fut h supériorité de Galon sur les séu" leurs imp rodons qui acceptaient ou favorisaient les innovations tri b uni lie unes sans y voir un symptôme de décadence et de mort pour 1 ancien système républicain , on peut dire avec assurance queîhéïs cl César, indépendamment de leurs vues ambitieuses , manifestèrent une intelligence bien pins profonde encore de Fimpulsion cl des besoins de leur époque en se met tant il h tête du parti populaire contre une aristocratie inflexible dont les prétentions surannées ne faisaient que gêner le développement de la société romaine. Ainsi Maury ci Cm lès, tout en s’élevant au-dessus des Montmorency cl des d Aiguillon par le sentiment des atteintes mortelles que 1 ancienne monarchie française reçut dans la nuit du 4 jrog| * n Vu furent pas moins inférieurs h Turgot , è Neckcr cl 11 Mirabeau, qui, au lieu de s’arrêter aux péril? d une institution antique* altèrent audacieusement à la recherché des institutions nouvelles que Péint moral et matériel dn la nation réclamait impérieusement. Ainsi les publicistes qui/ dans In discussion purltsaienUiire sur le pouvoir modérateur ont soutenu que I aboli lion de 1 hérédité anéantirai la pairie et coiiduhait h. F^Llaquc des autres droits qae ^

loi civile attribue à la naissance, ainsi les métaphysiciens dp la quan-rwUunfion étaient fondés à revendiquer 1 nprofondeur philosophique vis-à-vis de ceux de leurs collègues qui , dévoués comme eux au maintien du statu quo, se sont néanmoins laissé entraîner à voter contre l’hérédité. Mais in véritable profondeur , aujourd’hui comme au déclin de la république romaine et de la monarchie féodale, consiste moins dans ! ‘appréciation des rapports intimes qui lient et rattachent les divers élémen s de l’ordre ancien, que dans le pressentiment de l'ordre nouveau, dont la nécessité et urgence éclatent de toutes parts.

hli bien! cet ordre nouveau , nous l’avons révélé, et

non-seulement par des discours, mais aussi par dos actes; Ecoutez, m

scion le mérite et de la récompense selon le travail ; et demandez-vous après s’il n’y a pas là de quoi répondre h la fois li ceux qui nous prennent pour de dangereux désorganisa leurs et à ceux qui nous accusent de revenes , s il n’y a pas là de. (J uni nous faire distinguer des fauteurs de troubles et de violences et des faiseurs d’utopies, s il il y a pas là enfin de quoi nous faire marcher fiers , calmes, énergiques et imperturbables au milieu des attaques, desentraves et des écueils de toute nature qui peuvent nous entourer,

Cette prédication est accueillie par de nombreux applaudisscmeni.

l4 NOVEMBRE l83 1 .

Les Pères Enfantin et Razabiv sont ahscns , les membres du collège manquent également. Le reste de la fttmille occupe l’estrade* Laurent, assisté de Bammlt, annonce , d'après l'ordre du Père suprême, qu’un événement très-grave, dont lWcoin plissement a commencé et se poursuit nu scinde la famille Saint-Simon icône, oblige a suspendre la prédication , qui sera reprise lorsque cet événement sera achevé*

L assemblée se retire étonnée, curieuse, inquiète,

Cet événement était la scission de Bazanf et l'avènement du Pëa* à la suprématie de l'association nouvelle.

2 7 kovembke i 83 1 .

A midi notre Pfïie suprême ÎÎNFàNTm, suivi d’OZrW/> jRodrigt;esy vient s’îissenîr; un fauteuil vide est place ii coté du*icn, symbole de 1 -nyiel que nous adressons u lu femme* Qîui < le Hiulriguvs s'asseoit a sa droite* L assemblée est Ion nombreuse*

IV q t rb re Enfantin dit k lu iajmlle el au public la voie nouvelle dans laquelle nous entrons :

Jusqu'ici nous avons élé des publicistes et des plnlosopbes ; nous avons sapé Tordre politique ancien , fondé sur la transmission par dreri t de naissance , et- posé les fondemens de Tordre politique de Ta venir, ibûdé sur Tasse-

cintîon hiérarchique par ordre de capacité, Grâce à nos vffipvH prud'iil la phase qui s’Êit accomplie, le mmh vst Mu inleji; ni ni pus cssioiid’un nouveau principe ^rwl; ht semence esî répandue sur le sol que nous avions do nos nu ms jiéuiiletîieat rclouTtéi qu'elle germe Ndu» w|* loi je faire pour In morale ce que nous avons fait pour la politique; les liens individuels de la vieille société sout devenus des chaînes posantes. Liens du supérieur avec Finjferieer, liens tic famille * liens de 1 homme avec In femme, nous allons iwccossi veinent tout délier ci tout relier*

Jusqu’Ici le Saint-Simonisme a été une doctrine , et nous avons el é des 'docteurs* Nous avons cmtçtppiè, nous niions rétdwer; car le temps presse, et il faut plus que des Irçotts aux masses qui souffrent et h la bourgeoisie qui se trouble ou se raidît d'effroi, Nous niions pratiqua de Joutes nos forces , par les voies exclusivement pacifiques, rémni ici patin xi morale, inidlectmiic cl pUysiqw de Tiiiduslrie, e'esl-b-dire des industriels ; nous allons ion der le cuL'e,

Dans noire œuvre ds régénération morale nous nous attendons h beaucoup dVltaque» , de même que nous en avons eu de longues h soutenir lorsque nous avons dit que la constitution de la propriété cLait à refaire et que nous la refaisions. Mais f dans F ordre moral , los allnques qui nous attendent seront peut-être plus vives, plus outrageantes que dans l'ordre politique; car Ig lait im\l est Je fait principal dans Tiiomme* c’est sa vie. Je sm d’avance que nous serons surtout en butte à la haine des hommes les plus immoraux , de ceux qui * supportant avec le plus d’impatience le joug de la loi chrétienne, se constituent h Tétai de révolte contre tout réglement de la MORALE*

PïûTT-E Pebk Enfantin pronohçc ces paroles d’un ton calme, dans tim*nilîmdu Lmp u Santa, Sus paroles coulent ■Ivntamiiiil et pénètrent doncaiYu-nl i amlluVins 11 parle (riiispimtion * sânsappiet. Et erpenrïmit la majesté du son discours commande nu profond silence k la foule entassée cf coni primée dans la salle (i), Voici la substance de ce qti’il dit en terminant :

Nous sommes donc maintenant apôtres*

Une de nos (Wes s’est momentanément obscurcie , éclipsée* évanouie; c’est celle de la science , du dûgfce*

Une autre s’csl élevée cl va grandir Lrillanle ; cVsl celle de Vindtfsirie , du culte ; elle est représentée par Otinde Rodrigue* , qui, laissant les affaires de l'ancien monde, arrive parmi nous su ni de la famille antique; par Qlinde Itadrigim t l'Héritier de SAiM-SmnK, qui nous a tous initiés à la foi nouvelle, et qui maintenant s'assied h ma di ohe.

J’ai h vous signaler deux actes principaux de l'autorité nouvelle.

Notre apostolat ne peut être encore exercé que par des hommes ; la femme libre u’a pas encore parlé» J’aî dît en présence de la famille la parole qui doit donner à la femme la liberté* Celte parole sera successivement connue de tous ; je ta ferai propager par renseignement oral et par le Globe, La femme, qui sous la loi antique n eu l' homme pour maître * qui sous h toi chrétienne l a eu pour prolrciettr, et qui d<dl ravoir pour associé, est encore mineure. La loi inonde de Vu venir, cest Y égalité de l 'homme et de la femme; le couple sera lés^ocrobon

(1) Nous iq>roWon* vivement qu'une niépriic nous ait cmpitllü du rucuelîlir ccnniliftcinifH scs pûïütes ainsi iptt ccHes 4o *cs fiis.

la plus intime , la plus religieuse* Jusqu’à ce que (a femme libre s© soit révélée , aucune femme ne prendra part à notre œuvre. Toutes les femmes que nous avions provisoirement classées dans les rangs de In hiérarchie deviennent pour nous les égales les unes des autres, eu attendant que chacune d’elles soit régate d’un homme.

Vous s lîodvLgLLCs, dîtes votre premier acte à la famille et au public.

Otindê Hodrigues se lève, et cFnue vont forle il lit ce qui suit :

\PPEL*

Saint-Simon, mon maître, m'a révélé l’avenir politique dos travailleurs. Il mu fait cocnailrs la dignité de V industrie , h moi-, élève de la science moderne, qui dédaigmis l’œuvre qu’accomplit le bras de l’homme, n admirant que celle quVnfunle son esprit. Saint-Simon mû révélé commun! b puissance de l’argent, corruptrice encore, serait un jour une puissance morale. Il ma révrié comment lu science et l'industrie, la théorie et la pratique , dont le monde ignorait l'alliance profonde, se réuniraient un jour, pour le bonheur du monde, sous 1 inspiration religieuse des ben itx-aris , renouvelés euMüêflirs dans leur source la plus élevée, l’amour de Bien et de rhum an île.

Eh bien ! le jour annoncé par Suint- Simon s’est levé -

J'arrive au milieu de vous » devant vous tous qui ra 'écoutez, puissant de toutes les forces de mon cœur, de mon esprit, de mon activité, pour consacrer désormais ma vie entière h réaliser la promesse de Sain U Si mon*

Sachez comment, dès ce Jour, Je veux accomplir la mission qui me fut donnée.

Je viens nu milieu de la vieille société qui se bat encore, qui s’en va chaque jour, comme font clil tant d’illustres et faux prophètes , installer et faire reconnaître la société pacifique des travailleurs, qui n'aura plus désormais d'épées ni de fusils.

Et d'abord voici mon acte de ldi.

Je nacfLiis dans cette religion qui apprit aux hommes la puissance de l'unité morale et politique, dont le souverain-pontife priait pour toutes les nations de la terre , dont le .grand prophète annonça qu’un jour du fer des lances on forgerait le soc des charrues, et dont les membres dispersés et unis sur toute la terre, persécutés, commencèrent IVffranchisscmeiit des travailleurs, en créant la lettre de chmge, Je suis né juif, et cependant mon père voulut faire de moi un homme pour Ta venir et non pour le passé : jamais je ne pratiquai les rites du judaïsme*

Saint-Simon m’a fait comprendre et sentir, dons les profondeurs de ma sympathie, celle religion sublime qui triompha de Rome païenne et des barbares eu élevant 1 abnégation humaine à lu plus haute puissance, on consacrant , au moins dans l'ombre du foyer domestique , la dignité des femmes, en appelant toutes les classes de la société h une première communion, nu moins spirituelle, présage in faillible d'une communion plus réelle et plus étendue, magnifique annonce de l'association universelle de tous les euh us dun même père.

( 2ÔG j

Cependant je n’ai point embrassé ie christianisme; mon esprit , développé par I élude des sciences positives, ne pouvait accepter ces dogmes vieillis, frappés depuis trois siècles par la hache du protestantisme el dn philosophisme. Que suis-je donc? alliée * Non.

Je suis Saint-Siuonien ■

lit îc plus religieux des Saiut-Simoniens, après celui (pie je salue, devant vous, comme U homme le plus siobal DE SK)>- temps, comme le mnsE et veai süccesseuh de Saint-Simon , dont je fus le premier disciple.

Je suis de cette religion naissante , pins forte dans sou imité qtie la loi do Moïse, plus large dans ses sympathies <pie celle du Christ ; de cette religion qui comprend tons les aspects de la vie; qui vient proclamer l'affranchissement complet de la moitié du genre humain, celai delà femme et de l'industrie; je suis de celte religion <pii développe tous les senti mens légitimes que le passé nous a légués , qui organise dans son sein el dès ce monde la rétribution suivant les œuvres , qui gémit du fardeau porté

par te vieillard ou par la femme , aussi bien que de loisîveté des jeunes et de l'immoralité de la beauté vendue; je suis de celte religion qui appelle tous les membres de la famille humaine à une association pacifique dans les arts, la science cl l'industrie; qui , reconnaissante nu passé du bien qu’il nous a fait , renonce h la guerre , à la fraude et h la violence; je suis de cette religion q îi élève le mariage à sa plus haute moralité, en consacrant 1 égalité religieuse de l’homme et rie l.i femme.

Je. suis Suint Simohicii. A la droite du chef suprême de ma religion, je suis désormais le fondateur de son culte, le chef de \' industrie aOranchiecl associée.

Du jour o ii Saint -Simon rencontra l’homme qui,

amoureux de fn venir, avait compris les sciences , senti les beaux-arts et pratiqué Pindustro - riintfime qui avait en lui par le sang la tradition de Moïse , par lu désintéressement celle du Christ; du jour ou cet homme, qui, savant et industriel , avait connu , près des industriels et des savons, le secret de leur force oL de leur faiblesse morale; du jour ou cet homme , brûlé jusque dans ses entrailles par la flamme vivante de SjUÂt-Suuo.v , sentit pénétrer en lui une vie nouvelle, et reconnut en Saint- Simon un nouveau père, de cc jour fut enfanléè Pussôcialion de ht famille uoivcrseUp*

El maintenant à hœuvre! écou lez-moi*

Je vais dire les vraies conséquences de la révolution de juillet*

Le peuple, qui n'avait pas donné sa démission, s’était levé pour frapper la fraude et la violence; baigné de scs sueurs quotidiennes ,il avait donné son sang pour attester et revendiquer la foi jurée* Et le peuple attend encore la récompense de son œuvre des trois jours*

Tous ont admiré la moralité de cc peuple de 1S60, et tous, dans leur aveuglement, ont cru que celte étonnante moralité allait disparaître le quatrième jour, et ils se sonL levés pour lui faire patiemment attendre sa récompense* Le peuple n’est oisif ou mendiant que par la misère, le peuple aime eL honore le travail , le peuple travaille dès 1 enfance, il travaille trop encore dans ses vieux jours* Il a demandé quelque soulagement pour la faiblesse de ses ettfans , les fatigues de scs vieillards; le peuple attend encore sa récompense*

liais les Siunl-Sîmomcns seuls ont marché dans la voie du progrès signalé par cette explosion de juillei qui faillit un moment vojçanîser l'Europe; seuls aujourd’hui

ils acceptent ta moralité du peuple de i85q. lis enïrejiren* nml dn continuer par ta seule voie de lu persuasion et de lu démonstration Trouvée des trois jours*

La conséquence légitime de juillet , c’est l'amélioration directe ci patu fifjtu» <hi sort des travailleurs Organiser succcssi vrmenl , lentement, mais eu marchant toujours, TassociaLion relrjpeu&c des travailleurs, voîlk comment k$ Soiitl-Simonieiis entendent réaliser Je programmé del'llèlel-de-Ville*

MniiiU'iimit vous comprendrez la force qui nTaoimc; la loyauté qui va présider à tons mes actes, futilité profonde de Ton l reprise dont y assume la responsabilité.

J’ai abandonné, pour Tœuvrequo j’entreprends, toute carrière personnelle ; j’ arrive pour fonder la ptés&mcG morale de l’argent , eu remployant, de !» manière la plus monde , la plus utile à f améliorai iondu sort de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse.

À il nom dn Dieu vivant , dont le nom sera toujours le plus grand aux yeux des hommes, le plus respecté, le plus puissant; au nam de la classe la plus pauvre et lu plus nombreuse qui tous nous nourrit par son labeur; ru nom de ccs fabricant, de ces ouvriers tombés victimes dune organisation qui ne laisse aux tins et aux autres que P aller native de la hideuse banqueroute ou de la faim dévie vante; au nom du sang lyonnais versé dans celte affreuse catastrophe; au nom do la capacité, de la moralité que beaiîcmtp dYulre vous déjà me reconnaissent ; vous loua qui compatissez aux smifi'i lires que je veux calmer, qui sympathisez avec revenir que nous attendons , vous tous, répondez h l'appel religieux que je vous luis en ce moment*

Apportez à Saint-Simon, apportez h celui qui fonde

la puissance morale de l’argent, une part quelconque do votre argent , à tilrc de don pu de prêt, selon votre force et votre amour. Je recevrai tout avec joie, et je rendrai compte de tout avec honneur.

Que cel argent soit employé h développer, à accomplir i oeuvre de &aint-Sihjx , continuée déjà depuis juillet avec tant d'éclat cL Je dévouement. Jugea! de notre puissance et de notre économie dans l'avenir, parce que nous avons fuit avant d'avoir pu encore constituer notre crédit cl noire économie. Depuis juillet iSôo, quatre mit mille francs ont suffi h la propagation de nuire foi h Paris, dans les déparie mens , en Belgique. Venez à nous, ne lut-ce (pie pour rendre hommage à nos intentions, it notre lojaulé; et puis, si vous éles conlens de noire œuvre, vous verrez de vous-mêmes ce que vous pouvez faire encore pour Th u ma ni lé.

Banquiers, capitalistes, propriétaires, vous tous qui tenez en vos mains les uistrujaieiïS du travail, intéressezvous tous dans mon entreprise, car elle vous est tilde ; tous désirez la hausse de vos propriétés , de vos fonds publics, et vous savez bien quelle en est la condition. <* La pai\ intérieure , * ditc^vons sans cesse; çt vous avez raison. Vous tremblez a 1 idée du pillage, l'émeute vous épouvante , une boutique fermée par le bruit delà rue vous attriste plus que le plus solennel convoi. Eh bien! je vais travailler pour vous, car jWreprcn h de persuader h toupet do démontrer 5 tous, que la paix est pour ions le moyen le plus court pour arriver au progrès. CYst la théorie que Saikt-Smox û enseignée toute sa vie; les SaiuL-SimonteiB vont la mettre en pratique.

Banquiers, je vous ai tous connus et jugés; vous avez tous ignoré mon avenir, excepté un seul d'entre vous qui

depuis trois mois, par un singulier pressentiment, me répétuil sans cesse qtie ma place frétait pas h la Bourse.

Or je vous le dis hardiment, et vous allez me comprendre.

Rothschild , La (Tille , Aguado , n’ont rien entrepris d'aussi grand que ce que je vais entreprendre. Tous ils sont venus, après la guerre, donner an vaincu le crédit nécessaire pour sali s faire le Vainqueur. Ils ont fait une grande chose; et moi le premier je l’ai senti et publié, grâces h Saixt-Sdion , il y a sept ans.

Maïs ils ont escompté l’avenir des restaurations polllh ques, et déjà pour eus cet avenir a des homes. On ne verra plus en ce genre d’aussi grandes opérations de crédit que celles qu’ont exécutées ces trois hommes fameux par l’accroissement rapide de leur fortune , et qui Ions trois, nu fond de Leur cœur, sentent leur carrière bientôt accomplie.

Leur mission va finir et la mienne commence.

Je vais installer In banque dus travailleurs, Oti les capitaux, sans cesse et vol ont ai rem eut apportés par les mains oisives , seront distribués aux mains qui les réclament pour !c bonheur de fous.

On escomptera à la Bourse do Paris, de Londres ci dfl Berlin , l’avenir politique et financier de l’association des travailleurs pacifiques. J entreprends de fonder le crédit SainL-Simomcn.

Et ici.au nom de Suxt-Simon , mon maître, mninm du chef suprême de ma religion, en mon propre nom, je rends grâces publique meut à tous c-'tn qui, a un 1|lK quelconque, ont contribué par leur argent aux Iraviiu de Saimï-Sijiox et de scs disciples. Je me regnideisi

comme leur débiteur du jour où ils réclameront de moi le remboursement de leurs avances.

Je vais vous faire connaître le plan de ma gestion financière.

Maïs j'appelle encore d'autres hommes que ceux qui possèdent l'argent, J'appelle les artistes qui aiment le peupie, et les femmes qui toujours ont voulu la paix entre les hommes, qui toujours ont contribué à adoucir la brutalité dps hommes, à calmer (es souffrances du vieillard, à consoler Forphclin délaissé.

Où est-il le poète qui aime vraiment le peuple, qui, glorieux d'avoir chanté Napoléon et ie drapeau populaire, chantera désormais 1 espoir da peuple qui travaille et ne veut plus faire la guerre? Quand entendrai -je le peuple chanter Hymne de la paix, plus électrisant que la terriblé Marseillaise , plus joyeux que la simple Parhiennû? Où est-il le Béranger Saint Simonien, Tyrlée de la paix, dont les acccns arrêteront Horrible bataille et convertiront les maîtres et les ouvriers ù la foi nouvelle?

Qu'il paraisse aussi le musicien dont la musique enivrante et puissante, plus riche que celle deRtiÉsini et du Beelhowen , en accompagnant l'hymne d’avenir, s’emparera, par toutes scs mélodies, par toutes ses variations T de la puissance d’émotion réservée h la musique !

Peintres , ne salissez plus vos pinceaux en offrant h nos yeux une liberté débauchée et sanglante; dignes héritiers de Raphaël et de David, inspirez-vous des souffrances de la fille du peuple, faites-nous admirer la femme d g venir , jetant sa vio, sa foi au milieu des coinbiïtlans* pour les rallier a (amour de Dien et de Humanité,

Statuaires , faites jaillir du marbre le Moïse pacifique,

Tr* 1 6

Architectes , oh sont vos plans pour le temple tîa le paix ?

Écrivains politiques , journalistes , qui remuez l’opinîon publique, dites ce que vous pensez désormais des Saint-Sinioniens et de moi. Parmi tous les faits qu’avec soin vous enregistrez, en est-il un plus éclatant que le fait Saiqt-Simonien? Examinez enfin , avec toute la puissance qui est eu vous, qui nous sommes, et quel est le but où nous marchons. Tous, vous voulez le progrès; mais vous ne pouvez vous entendre sur les moyens de l’obtenir. Tous vous accomplissez une œuvre importante, qui n est pas celle des Sairit-Simoniens; mais nous ne sommes pascaneiuis. Voyez si entre vous et nous ne peut être signé le traité de la paix publique, de l’ordre légal et do progrès. Voyez et dites.

Et les femmes aussi répondront ù notre appel; elles sauront contribuer h notre action sur les classes pauvres par la douceur de leur sympathie. Leur influence politique sera désormais toute puissante et toute morale. Elles viendront, et parmi elles se révélera bientôt la plus aimante, la plus aimée, la plus morale.

Et les rois de l'Europe me laisseront traverser le chemin de la vie comme le vaisseau cherchant un nouveau monde; car ils veulent aussi le repos du monde, cl «attendent, pour consentir pleinement au progrès, quun gage éclatant de la loyauté des hommes qui l’annoncent; et ce gage , c’est l’œuvre des Saint Simoniens. Mon IU®' Lilion sera satisfaite le jour où ils l’auront reconnu.

Après la lecture de cclappel , Olbule Ratlrtgites donne connais tance ù rassemblée d’une autre pièce où sont contenues les bases e l'association financière des Saint -biuionicns.

Alors le PknE itneüaiÊ, adressant h Baïrüult > lui dit ; ti Bomutt, vous avez 5 parler li rassemblée* n

Barrault se 1ère et dit une improvisation dont void les seuls frag* mens conservés*

Le premier j Vi prêché , et h la chaire nouvelle ou tn’oîit suivi et égalé mes frères, oh oie suivent aujourd’hui mes fi!st qui bientôt, je Pcspère , me surpasseront , en se souvenant peut-être que je leur en frayai la route, f affirme que ma foi n a jamais été plus profonde dans Pa venir do la religion Saint-Simonienne I À Dieu ne plaise que je veuille laisser planer sur le passé Peintre du Lhlmc le plus" léger! J’ai souvent glorillé hautement, selon toute la sîn cérité de mon cœur* la hiérarchie qui nous a dirigés; mais je déclare que jamais le pouvoir n’a revêtu à mes y eus: un caractère plus conforme au progrès que nous annonçons, et ne m'a paru se concilier davantage avec le respect dû a la liber lé de chacun. Et cacsl pourquoi , dé~ posant eu ce jour la solennité ha u laine et apprêtée de mes discours , je veux vous communiquer naïvement, par des paroles libres et soudaines, l'émotion intime et la pensée qui sont en moi, jaloux de vous apparaître déjà comme un symbole de la transformation de notre autorité.

Vous donc, hommes de d&ir et d’indépendance, ar listes, poêles, écoutez-nous I Jusqu'il ce jour nous 11V vons pas su vous attirer on vous retenir. Effarouchés de I ardeur avec laquelle nous nous efforcions de ramener à I unité une société anarchisée, vous avez cru voir en nos mains, ou lien de la lyre nouvelle, un inflexible niveau sons lequel devaient se courber en s’alignant toutes les îns-

îG.

pirations; tous avez reculé h [apparence tÇun e^rdc étroit dans lequel vous avez craint (Féire cxnprisonaès; et , épouvantés de la rigidité de nos enseîgnemens puissnmmcnl formulés * vous n’avez envisagé- la muse Sainte Simonienne qu’enveloppée d’une longue robe noire, coiffée du bonnet doctoral, cl catéchisant une société soumise & mie règle claustrale. Aussi , malgré notre glorification Je la poésie antique et de h» poésie du moyen tige, .malgré Pa iin on ce dhm art nouveau dans lequel devaient s’associer, par une éclat an le transformation, les doux langues poétiques que Humanité a tour à tour parlées, vous ne mm avez point écoutés. Car vous pressentez la grandeur dü Partis Le, et, ne pouvant encore le faire régner, vpusfbolex dans une superbe liberté, allant même jusqu’il prétendre qu'il n’a quTà laisser tomber sur la soçiélé scs mélodieux accens, soucieux seulement rie sa propre fatïlaiàiü* Nous ne nous sommes donc pas entendus. La faute en esta üous, qui avons du exagérer la face de P autorité afin de nous séparer nettement d’un monde indiscipliné; la faute cnc&t h vous, qui , séduiLspar vos désirs exagérés d indépendance, n’avez pas compris ce qu’il y a de progressif dans fumlé nouvelle que nous Impatronisons!

Or je vous le dis : Notre religion p*étouttc pas In liberté i n’absorbe point la sainte personnalité; elle lient chaque individu pour saint et sacré; promettre, comme elle le fait, le classement selon la capacité, tPcsl-ce pas promettre à chacun de conserver et de développer en lui sa physionomie propre, son altitude particulière, sa physionomie native, sous un nom qui n’appartienne qiPK lui? Elle ne veut donc pas enchaîner le génie du poule dons une route de fer, comme un char qui , poussé par une force irrésistible sur uüq ornière d’avance tracée , arrive , par une m*

flexible ligne, eu un temps mesuré, à un Lui déterminé; cl lorsqu’elle proclame que Fartiste est l’organe dn chef do In société , en vérité elle n’en leml pas dire que tous les artistes, montés comme des horloges, n’aient qu’à répéter successivement Je son dont l’horloge régulatrice aura frappé l'air. Non. Le chef de In société Satnl-Simomenne nen est le chef légitime que parce qu’il est poète luimême, dans l'acception la plus profonde de ce inot , c’est-à-dire parce qu’il découvre, invente, crée; et c’est la révélation du progrès qu’ acceptent, de lui les artistes, libres de la manifester chacun suivant sa vocation, sou goût, son penchanL ; il n en est le chef cjuc parce qu’il règne par les artistes, qui , grâce à une parole aimants , harmonieuse, et aux formes les plus attrayantes et les plus persuasives, imposent à l’humanité sa volonté suprême; et si, toujours curieux d’épier les besoins, les vœux, les désirs encore naissans de ses enfans , il s’attache à les sentir et à les étudier, c’est surtout dans les artistes qui l’entourent et dans lesquels, à ses yeux, se reflète et s’épanouit la société tout entière; les artistes régnent donc par lui et en lui.

\ euez donc à nous sans défiance; hors de nous, que pouvez-vous aujourd’hui ? célébrer ou renier le passé; blasphémer ou chanter le présent, refaire Lamartine, Byron, Bérenger. Quoi? lorsque le peuple souffre , s’agite cl se pousse à des destins nouveaux, ne sentez-vous pas qu’uno tache nouvelle vous appelle ? Artistes , qui que vous soyez, vous êtes du peuple; car vous aimez votre liberté et vous sympathisez avec tous les "désirs d émancipation. Ah! lorsque, vous arrachant aux détails futiles et mesquins, aux frivolités superficielles de celle classe prîvilégée dans laquelle expiro, en se rapetissant, une civilisation décrépite, VOUS aurez tourné votre face vers la fuco du peuple, face

auguste, immense, rude et flore, tous tous sentfmrelU gteux, ainsi qu’Ü tous arrive quelquefois , échappés de IW ceîntc étroite et fangeuse de nos cités, où vos yeux no rencontrent que de fragiles édifices , marqués d’un étroit caractère, et placés en présence de montagnes colossales chargées d’antiques forêts et éblouissantes de neiges éternelles, nu du vaste Océan, dont les flots, animés d'une force secrète, viennent briser à vos pieds leurs vagues écuniantes, de vous écrier : Dieu, Dim est là! Mais avec le peuple, la femme est esclave. Artistes , tous vous sentez ce qu’il y n de sainte audace , de force d’espérance, de noble enthousiasme dans b génie de la femme* Venez, venez donc nous aider h provoquer leur commun allrànchi&soment .

Et maintenant, industriels de tons les rangs , de toutes les fortunes , travailleurs de tous les ordres, vous tous qui avez besoin de réalisation, et qui jusqu'à ce jour n’avez vu en nous que des théoriciens , des savons , des rêveurs , je vous appelle h fonder avec nous T organisât Ion industrielle, Pnssocialion religieuse des travailleurs. Et pourqtii comprend la force merveilleuse de Fassocfotion, c’est plus que la découverte <fu Nouveau-Monde! c’est b monde industriel tout entier sortant du chaos et déployant un spectacle inouï de richesse, d’abondance cl de fécondité, l'heure de cette œuvre Immense est arrivée : tous les signes des temps nous îa révèlent.

Souvent, je l’avoue, je me suis affligé à cotte chaire do Tînaction dans laquelle la France demeurait plongée , malgré bs provocations injurieuses des peuples rétrogrades de l’Europe, malgré bs supplications les plus nobles et les plus louchantes de fa part de nations éplorées, victimes de leur générosité. Souvent, pénétré d’indignation et cto

douleur, j’ai profère dons cette enceinte des cris de guerre. Aujourd'hui, je le reconnais hautement, les hommes du pouvoir, auxquels je laisse la honte de leur diplomatie et de leur méticuleuse politique, en maintenant la paix, ont accompli, aveuglément et h leur insu, une utile mission; oui , h paix était populaire en France , quoique les moyens de la conserver ne Paient jamais été. El d’où vient que ce peuple, si plein d’enthousiasme et si dévoué à Phouneur, rappelé par d’insolcns défis et par des plaintes attend rissanies dans la lice des combats où semblaient le convier tant de souvenirs de gloire et d'héroïsme , s’est abstenu de porter la main à son épée? Ah I c est qu’il était en travail d\m enfantement sublime : non, il ne pouvait , h la voix des amis de la liberté , recommencer une guerre de propagande; il ne pouvait , sur les pas des compagnons de fortune de Napoléon, s’élancer dans une sanglante arène: car il n’est pas de peuple où Pou soit exposé à vieillir plus vile ou b rajeunir plus souvent, en vertu de cette ardeur incessante qui le pousse h. de perpétuelles transformations. C’en est donc fait, la France a rompu avec scs traditions militaires; elle a livré» immobile aux humiliations , son drapeau tricolore , signe de vengeance cl de guerre , et Pa laissé retomber jusque dans la poussière où gtt aujourd’hui profondément enfoncé son vieux drape nu blanc; elle dégénère glorieusement de son passé qui fut guerrier, afin de ne pas apostasier son avenir qui sera paçifiqucl Et quand la nécessité de Passocialipn religieuse des travailleurs fut-elle plus urgente ? Est-ce b vous que j’ai besoin de rappeler combien de fois nous avons signalé les ravages de la libre concurrence qui non-seulement livre b Pacharusinent le plus immoral » à la guerre la plus horrible les fabricans, mais fait encore retomber sur la classe ouvrière

les désastres de ce perpétuel combat Et l'on nous a Irai lés de rêveurs ! Que de fois nous avons énuméré, dans d'épouvantables litanies, tous les maux do U classe la plus nombreuse et la plus pauvre, depuis les fatigues précoces do l’enfaut jusqu’aux douleurs du vieillard expirant sons son collier do misère , étalant a vos yeux son cadavre flétri que l'indigence pousse du pied dans la fosse commune ! Que de fois enfin, pour tant de douleurs, nous avons demandé grâce, miséricorde, compassion I nous avons cric du fond de nos entrailles Merci! nous avons répété Pille, pitié, pi* lié! et l’on nous a traités de rêveurs !

Et voici qu'au jourd’hui, vérifiant la justesse de nos prévisions tant do fois exprimées, une population entière d’ouvriers s'insurge. Et quel drapeau a-l-clle arboré i’ Est-ce le drapeau tricolore? Est-ce aux cris de liberté , de Charte, de république, de Napoléon II , qu’elle s est ralliée? Non; clic arbore un drapeau noir, signe de son deuil et de son désespoir, et elle prend pour mot de ralliement celte devise ! Vivre ch tvnvcuUdnt on mourtr en com bcilt&nl !

Ecoulez, écoulez ! et comprenez la révélation renfermée dans ce vœu : Vivre en travaillant. Oui, elle dédore qu'elle veut vivre, elle s’en reconnaît le droit. Comment! Ce n’est point de l’aumône et des dons une avilissants cbatilé, mais de sou travail j elle repousse la flétrissure de l'oisiveté; elle n’en veut pas pour elle, elle non veut p>|S citez les autres. Ou mourir en combattant ! Oui, la mort horrible du champ de bataille , que dans scs habitudes de labeur pacifique elle n’avait jamais peut-être envisagée sans frémir, elle la préfère à celle mort qui la consume et la mine lentement , et la conduit, sous le poids d une décrépitude prématurée, aux bords do la tombe 1 Elle cnsrlgno enfla â tous ces hommes préoccupés des haines de parti ou

des subtilités do la métaphysique constitutionnelle que la vraie politique est l’art de régler les rapports des travailleurs entre eux, et d’alimenter la société de toutes les productions des arts, des sciences , de l'industrie

Venez donc à nous, vous dont cet événement a dû Loucher le cœur et dessiller les yeux, venez nous aider h affranchir non-seulement la classe la plus nombreuse et la plus pauvre du sort effroyable qui lui pèse, mais la classe, privilégiée elle -même de ce danger qui la menace incessamment de ce glaive qui demeure suspendu sur sa lêle , et du hasard fatal de la banqueroute J....

lïarrault est plusieurs lois interrompu par tics démonstrations d’adhésion à scs paroles. Les appluudissemens Paeeuejllent à diverses reprises. Plusieurs luis l'auditoire est ému jusqu aux larmes.

liorrautl a parlé ; le l'éite Ejrr axtin et Jlath igut's se lèt eut pour sorlir du t'assemblée ; Jean licynaud demande à parler (i).

Alors ; tfimevoix retentissante, dans l'altitude d’nn homme extrêmement animé, gesticulant avec véhémence , il dit :

Je proleste. Je proteste contre l'acte par lequel vous engagez les personnes cL les biens des Saint Si oioniens dont vous files le rère. Leur vie est îi l'humanité ,voti8

(1) Lorsque notre #jbt£ Ekfakt l'i a prU possession do l'autorité suprême, Je pere Bazard, qui jusque là avait pariagd lu suprématie avec lui , a pro~ üttt fc?', ut s'çst relîrd, Pou après, plusieurs membres doi ti liïéraicîùe Satni-SîmOuionnc ont proteste de jutme et fiCiOüt écarts du sein tic In famille, Jean Raynaud ira pas tardé a £e maitïfWrr aussi crmitnc protestant, Toutefois îl ctait reste parmi itou > ; cl notre Pinç t qui avait pour îuî une af¬

fection toute Çûrtkullfcrc » qui l'avait Iutud a notre foi 3 qui ? au commcpcqmcui de t 851 r ratait appelé près de lui du fond de la G1 rse § cü il c serf nie Ici fonctions d iGçciiicut’ des mines , ÏUÎ avait dilatée bon U’, dans la rduuioÀ

la mettez en Balance avec une affaira d'industrie; leur vie peut beaucoup pour F humanité dès ce jour; le j01Jr n’est pas verni où l'argent dans vos mains sera tout-pjiis. sant pour elle* J'ai entendu le père Olinde s'écrier que la puissance do Y argent , corruptrice jusqu'à ce jour, devenait dans sa main une puissance moralisante ! ljne puissance moralisante ! Mais que Fon commence doue par déclarer en vertu de quelle morale va s’opérer cette transformation religieuse de Fargenl. N-avez- vous p^ été réduit à déclarer vous -même que vous n’aviez pas foi entière dans la morale étrange qui fait votre force? PTavez-vous pas déclaré que la morale Saint -Simonîerme définitive n existait pas ? M’avez]- vous pas été témoin du soulèvement général qu’onl excité vos idées sur ce sujet? Et c’est dans cette position, balancé enlre la morale du passé , à laquelle vous ne croyez plus , et la morale de l’avenir, que vous no savez pas encore, que vous souffrez que l’on dise devant vous : a L’argent se transforme dans nos mains , et c’est une puissance dont nous □lions nous servir pour moraliser les hommes. & ÜM je vous en prie, 'aile iule z la morale j à sa suite Fargent ne vous manquera pas. Mais sans la morale , au nom de Dieu ! sans la morale, à quel emploi allez-vous consacrer votre richesse ?

Vous allez réunir des hommes; mais dans quel but? si vous n’avez rien à leur enseigner sur leurs rapports intimes. Vous allez ouvrir des maisons aux familles d’ouvriers qui viendront chercher abri mis voire paternité;

do la famille qui eut tîeu le samedi 1 9 novembre : « Je iVxliortc k remplir , w h Pdgûrcl de me* actes, soit dan* no* réunions de famille , toit en public, a? la mission de Uau t protcâianlmuc que pavois réservée b BazanL »

mais quelle loi leur proposerez-vous pour les faire vivre dans une harmonie préférable à celle du vieux monde? Vous apparaîtrez, vous, loi vivante, loi souveraine, et vous leur direz : « Nous ne croyons plus à la morale chrétienne; une morale nouvelle nous viendra bientôt : en attendant, gardez l’ancienne, sinon comme règle de vos consciences , au moins comme règle apparente de vos actes. Jusqu’à ce que la femme soit venue prendre place sur le siège vacant à mes côtés , il ne peut être permis à personne de mettre en pratique la morale que moi , votre Père suprême , je porte en moi , et dont je vais peu h peu vous enseigner les principes. » Ah ! vous savez Lien que tôt ou lard le principe porte fruit et engendre son acte. Vous voulez qu’on ait en vous amour et confiance; mais n’êlcs-vous pas votre théorie vivante et ayant chair? Empêcherez-vous que peu à peu amour et confiance en votre théorie ne descendent au* cœur de vos enfans? Non! fargent n’est pas puissance moralisante, si le seul droit qu’il vous donne est celui de dire aux hommes : € Venez à nous , vous serez mieux vêtus , mieux nourris ; nous vous gouvernerons et nous vous ferons des largesses. » Il ne sera puissance moralisante que lorsqu’il vous permettra de leur dire : «Venez à nous , nous donnons la vie I Venez à nous, nous vous ferons plus unis, plus sages, plus vertueux.

Je m’arrête, car je ne veux pas que ma protestation atteigne ces essais de morale théorique que la plupart ignorent encore; je ne veux point détacher des lambeaux de ce monstrueux assemblage pour en faire au public une pari plus facile. Avant peu vous paraîtrez tout entier, la responsabilité de vos audacieuses doctrines se posera sur votre têto et ne vous quittera pas; alors on fera justice de

vos droits h moraliser les prolétaires; ou fera justice de vos catégories et de vos lois d’amour, de votre humanité en orgie et de vos dieux vivons; on verra quelle protection et quel secours il convient de donner h ce vaisseau marchant h un avenir monstrueux à travers un océan de délires et de reves»

Quant ft moi je me contente do protester aujourd'hui contre un acte qui jette vos eufans h la chance- d'une faillite de bourse, contre un acte qui tend à fonder des associations religieuses sans morale, et h. substituer à la conscience de F homme la volonté du prêtre*

Celle protestation inattendue étonne profondément ViissembUc, Ici commente un drame qui dure une heure et demie, auquel prennent part avec notre Fi: ne Enfantin et Raynaud, liodripm, Laurent, E, Tnlabot et Baud , et dent il nous es! impossible de ruprüdtiire lVrffcL éclatant.

jRokrrguès dit ce qu'était la puissance morale de l'argent datis tm budget dont îc premier chapitre a pour llïre Secours à In chssa la plus nombreuse.

Laurent, interrogeant Eoynmul, qui a coopéré sous sa direction

à la mission dcjLyon, lui demande si alors qti’Ü était allé annoncer nue ère nouvelle aux pop ida lions soufflantes $ il n’y aval! pas pour lui de m o ta le Soi n l-bi mon icnn e*

ïaîabot se lève a son tour cl dît :

Aux époques de renouvellement , le sentiment mendie plus élevé que les hommes puissent avoir dans le cœur, le sentiment qui leur fait accomplir les actes les plus grands, les plus éminemment ulilesà rhmmimté, est celui qui les fait sympathiser avec les classes exploitées et souffrantes » et qui leur dorme la force de sacrifier leur vie , leur réputation mùuie^h rùffrrmcliifi&cmcnt do ceux sur lesquels pbse

encore quelque esciavûgc. Aujourd'hui nous Tenons appeler les prolétaires et les femmes h des destinées tourelles ; it finit, pour qu'ils puissent avoir-foi dans ['avenir que nous leur annonçons, qu'ils apprennent de nous, et que la société tout entière apprenne avec eux que la politique et la morale ckrêtmine ne peuvent plus rien pour le progrès * pour ramélioration du sort de tous. J'ai foi que celui qui a eu lu sublime audace de mer dans toutes leurs conséquences la politique et la morale du passé aura la puissance d'affirmer celles de F avenir* dont Saixt-Siuok a déjà pesé les bases. G est pourquoi je le reconnais comme Fliommo le plus ÊBIKEMM&HT MORAL (le SOU temps s <it , h CO lllTÙ t je vois en l ui moi r chef cl mox pbre.

Je éém profondément toutes les souffrances qui déchirent les prolétaires et les femmes. Les préjugés chrétiens qui consacrent encore leur esclavage sont impiesèi immoraux à mes yeux. C'est pourquoi j’ai consacré ma vie b balayer les débris que la politique et la morale chrétienne ont laissés au milieu de nous Ten enseignant successivement au monde et en lui faisant aimer la poltliqùo et la morale qui doivent lui donner une nouvelle vie.

Reynaud affirme que, quoi quHl ait dit , il u*« jamais ml<Qn doute ta haute moralité des hommes au milieu desquels il a pratiqué l'apostolat. *

Mais rien n'égale ta puissance calme et bienveillante qne manifesté ïîqtile pantin , si ce il est i admtr.it ion respectueuse qu'il

iitoirc bientôt au publie, qui, comme tous les publics de L'époque actuelle , a naturellement uneprédileclicm marquée pour les proies puisque toute F œuvre politique du siècle se réduit encore à protester contre le passé.

Tour à tour moralisant Rcynnud et le relevant avec tendresse, dommaut la foule , qui, depuis plusieurs heures comprimée dans Té-

trollc en co in te de la salle, s’aglie impuissante , et commandant îos applaudissetncns , il révéle à Ions le Pontife do l'avenir, répondant il flots j autour de sa personne sacrée > ta confiance et la vénération, Tons les yeux sont fixés sur sa face, qui rayonne d’un calme majes* tueuse Ses paroles s ou U avidement accueillies, cL lorsqu il diUommeut la MmïJ* e de lav cuir , en ce qui concerne les rapports de l'homme cl de la femme , c’est le principe d'égalité , â* association; et lorsqu'il auuouce à ceux qui viennent & nos prédication» sans y apporLer les seutimeos que méritent les hommes qui ûïil renonce a leur repos , h leur fortune, h une existence honorée, pour se vouer à travers mille entraves , à V amélioration du sort de leurs semblables , qu’il les dispense de leur inutile curiosité ; Rcymmd se calme à sa voix ; tous ses fils attendent le momeiU de se jeter dans scs bras, lorsqu'il dit a Bautl, qui lui demande la permission de parler, qu'il la lui accorde.

Pli re Êkfàntin, Père suprême de la religion nouvelle, tous êtes mon chef, je vous salue. O Un de Hodrigm, tous serez mon frère par le sang, je nven fais gloire; vous êtes mon père en Saikt-Sisiox, je inVn réjouis. En* ta N xi ^ , Olindc Rodrigue s , vous êtes nos Pères ; gloire b vous I

Jo viens, tout ému du erl qui a retenti dans cette enceinte, non pas pour poser en face de la protestation ma parole et mon témoignage; l'hymne d'amour que vous chantera f humanité se prépare, el elle couvrira par son éclat des protestations isolées; mais je viens vous dire, it vous, mes Pères, et à toute cette famille qui vous entoure, ce que je fus, ce que je suis et ce que je veux devenir, Ècoutez-moi ; je ne vous apporte point mie parole préparée; jamais je n*ai pu livrer au papier toute ma vie; mats quand je la sentais bouillonner dans mon sein, je la laissais déborder a Ilots sur vous, cl plus d'une fuis voslrcssaillemcus m’ont appris quelle avait Coulé jusqu’h vos

( sSà )

ÉGBüm Bcoutez-nioi, enfeas de Saint-Simos, Vtius §âvei mon nonii- Il faut quû je l'apprenne à ce public qui l'ignore*

Je me nomme Henri Baucl ; mon père est un prolétaire qui o triomphé du hasard de la naissance et a amassé des richesses par k force de ses bras* Quand la parole de SAtWT-Siaïqx se fit entendre à moi, j'entrevis le moyen d’employer un jour d’ime manière morale celte puissance de l'argent que le monde me disait d’espérer, et que je redoutais, parce qu’entre les moins des privilégiés de la naissance je F avais toujours vue corruptrice. Je sentis que pour ennoblir mon privilège je devais l'employer à Fâboht ion de tous les privilèges : je suis devenu prolétaire. C’est ainsi que la famille du sang me punît de vouloir pratiquer nia foî religieuse , et de vouloir m’unir à une femme qui ne tenait de la naissance ni la fortune ni la religion de ma mère. Eh bien 1 toutes les rigueurs de k famille du sang ne triompheront pas de mon amour pour elle, et je la forcerai par mes œuvres à me rendre sa tendresse : voilà mou avenir comme fils, J admettrai ma femme à lu sainte union de l'égalité; voilà mon avenir comme époux*

Reynuud, toi qui fus mon frère et qui étais devenu mon père , tu as dit devant moi , dans ces derniers temps : « que ceux qui ne se sentent pas la force de porter l’habit * <V apôtre se retirent, » Regarde-moi* je le porte. Tu nies aujourd’hui la puissance monde de Forgent entre les mains de nos Pères; souviens-loi que j’élals devenu prolétaire et qu ils m’ont adopté , que j’avais faim de pain et de parole cl qu ils m ont nourri , que j’aurais été nu et que cet liabit , ce sont eux qui me Foui donné : voilà k puissance morale de l’argent; car grâce à eux je viens professer Dieu en ce moment à la face dos hommes ; et moi, je brûle mainlcuant de voirie peuple revêtu comme moi des insU

gnes de l’apostolat. Ecoule, écoute! J’ai entendu souvent sorlir de ta bouche ces mob puissans : « La voix du peuple est la voix de Dieu »; el quand tu le disais je sentais que tu étais la voix du peuple. Que demandent donc ces hommes qui peuplent la plus industrieuse de nos cités? Quel cri se fait entendre sous cet élendurt de mort, au milieu de la mitraille qu’ils reçoivent ou qu’ils vomissent sur des poitrines d’homme? Raynaud, Rcynaud! ils demandent du pain, et c’est avec de l’argent qu’aujourd’hui l’on a du pain; el si le peuple veut du pain, l'argent qui le donne est une puissance monde.

Oui , Rey nanti , je me sens la force de porter l’iiabit d’apôtre; mais le doute ou je le vois , c est le néant, et la seule idée du néant m’écrase. Prolétaires qui m'écoutez, nia main a souvent louché vos mains calleuses , endurcies par le travail , et clic a senti que vous répondiez b ses étreintes. Sla sois douloureuse a plus d’une fois remué vos entrailles. Rassurez-vous donc! no croyez pas celui qui vous dit qu’il y a encore au monde un génie du mai, el qu’il veut le trouver ici. Non, Dieu n’n pas permis qu’un homme pût se placer en présence des hommes avec cotte face calme et sereine, avec cfeUe grandeur et ççtle beauté, pour qu’il s’en servit afin de les séduire cl de les perdre. Il y a dans l'humanité des hommes forts el dos hommes faibles; mais le plus fort aujourd’hui c’est iiotrePiiiic Enfantin; il est le génie du progrès, le génie de la paix qui vient affranchir le travailleur el la femme.

Amis, je suis prolétaire et il m’a adopté, et je jouis do ma liberté devant lui , parce que je le suis avec amour. Suluez-moi, saluez votre frère émancipé! donnez-moi les joies de la famille , je u’ai jamais eu de frère!

L'assemblée répond à l'appel de Eaïul par scs applaudissemcns.

Etvouf * femmes, celle ^ m’a porté dans ses entrailles nest pas là pour m, 'entendre ; faites place pour moi dans votre cœur à un amour de mère, afin que si vous voyez celle dont Dî.en m’a fait naitre, vous apaisiez les tourmeus de cette stérilité qu’elle s’est fuite. Dites-lui, pour la loucher, les douleurs que doit souffrir un fils comme moi privé. 4 ses embrassemens , de sa parole, de sa vue; un fils réduit à vivre comme s'il n’avait pas de meie , quand , P/ieu soit béni , sa mère chérie est vivante !

Celte impirjyîsation de Baud électrise loule rassemblée , qni larctioilie par d es salves répétées d’applaudissemens.

Lorsque Banda dit, notre Pkni; EhFiNTts se lève , et bientôt ions scs fî|.s sont dans scs brus, Tleynaud , hu-méme, après un ins^ tant à' hésita lion, le jcUc h son cou avec transport,

A\, sortir de la cérémonie, plusieurs des membres de la hiérarchie i étaient a l état de protestantisme, sont venus demander au Pcre tcrptiÈME le baber paternel, et reconnaître son autorité*

Il leur était apparu comme à chacun des membres de la fa mille dans une majesté religieuse inouïe; et Olùute Xlodriguesfz$th> avoir entendu sa pa, oie , avait diL r Rim wtàét*jmt de pm» beau depuis.

Page 1