‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 41 sur 46 · E SERMON DE DA MOMTAGXE · texte numérisé non relu

E SERMON DE DA MOMTAGXE

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4 DÉCEMBRE l83l.

A midi notre Père suprême Enfantin entre dam la salle, suivi à' Olinde Rodrigue* .

E. Bnrrault se lève, et prononce l’improvisation suivante :

Ce silence que vous recommandez m’avertit que , réunis aujourd'hui pour la première fois depuis la solennité qui » dimanche dernier, énnü, si profondément nos cœurs, nous avous tous besoin de nous communiquer le souvenir des vives impressions dont nous avons tressailli. Jusqu’à ce jour en effet l’association Saint-Simoniennc, immobile et

silencieuse devant vous, n’avait en de voix qtfe par l’organe de l’un de ses prédicateurs , et celte vo,x - £

gmalique plutôt que passionnée , avait pu -- donner , idée de notre science, mais non pas de notre fou Or vote, que le chsf mnto* de notre famille s est dégagé de ce s, - Lee dans lequel il é.ait resté long-temps enveloppe; t a parlé, et en nons annonçant la voie nouvel e dans laquelle Dieu nous poussait h marcher , il nous a éddies de ses paroles simples, profondes , paternelles , et de son calme pie, a de douceur et de majesté. Oünde Bodngues, qm nous a transmis le dépôt sacré de la doctrine, a pns en votre présence possession de la part de l’héritage du Mnltrc qud s’est senti la puissance de développer. EL ioul-a-coup une protestation s’est élevée, qui a provoqué des manifestai mus éclatantes de la part de mes frères Laurent et falahot et de mon fil* Henri B and. Ainsi s’est déroulée è vos yeux une succession de scènes, qui vous ont révélé la loi du chef de notre association en lui et dans ses fils, de enfans dans leur Père et en eux-mêmes , parce que tous ont foi dans l’humanité et en Die» , en même temps que h, m commune qui nous anime tous , et qui , ce jour, ) «e 0 dire, a gagné jusqu’aux auditeurs les plus nss.das h no séances. Jamais communion ne fut plus parfaite entre nous

et l’assemblée. .

Au monologue a donc succédé le drame , a a leçon l’acte de fui, au silence la publicité que nous brftbnsd*, tendre h tous les actes de notre vie , è toutes les ceremonies qui jusqu’à présent, se sont accomplies à notre inWrn w , telles que le baptême, le mariage, la réception de nouveaux prosélytes, le départ des missions, et qm désormais devront être consacrées devant vous; et notre eu ^ ’ e . prenant son essor, échappera è cette enceinte dé, h s

( *til f

étroite à votre aJUuenra, pour déployer ses touchantes solennités dans une enceinte Rl«s va^te et plus majestueuse. Alors, vous ù qui une prédication solitaire ne pouvait pas plus révéler la religion qu'une voix holée «c révélerait Phaniittnie, vous n’aurez plus sujet de mms demander si nous sommes religieux. Longtemps, pour essayer à satisfaire b cette question, nous vous avons montré 1 humanité se développant sous Pinilucnce de croyances de plus en plus complètes et s’acheminant vers un avenir religieux, en dépit des époques ^incrédulité <JUJ semblent laisser une lacune dans f histoire de la religion; nous î avons signalée sympathisant tour b tour avec Dieu sous Taspect matériel et sous h aspect spirituel; et sans doute nous ayons forcé tout logicien sincère à nous accorder que la société devait encore grandir sous Pmltuence d’une religion dont la formule était rigoureusement déterminée par la série des 1 ormu les précédentes; en un mot nous vous avons fait de la théologie, mais nous ne vous avons pas fait partager I inspiration vivifiante, Penthousiasme religieux. Or rien n é~ gale Pi u science de la raison livrée a elle-même ; quelquefois elle se refuse avec hauteur à tout ce dont elle est convaincue; tour a tour elle affirme et elle me avec une capricieuse mobilité, avec une jactance de scepticisme qui ne peuvent s’évanouir que devant Pi [lumination puissanto du sentiment. Eh bien 1 nous espérons que désormais notre présence, notre parole, nos actes, notre attitude, nos gestes, tout fera pénétrer en vous celte foi dont nous sommes animés , et que pour être initiés a celle croyance que souvent vous nous enviez , il vous suffira do nous voir, de nous entendre , dp nous toucher.

Vous pouvez dès lors apprécier b leur juste valeur le conseil que quelques hommes, curieux amateurs do la

doctrine, sincère ment émerveillés de la beauté de ses plans , mais inquiets de la possibilité de sa réalisation , nous ont souvent donné de nous transporter dans une vallée, dans une lie déserte , essayant même de nous séduire par le spectacle magnifique des savanes Immenses que présente l’Amérique" afin d’y tenter une expérience qui pût décider eusuüe ta société b adopter notre religion. Je ne perdrai pas de temps à démontrer que la religion Saint-Siinonienjie est plus réalisable sur une vaste échelle que dans ces étroites dimensions; niais je vous le demande, quelle serait la légitimité de nos prétentions è être religieux , si , pour vous le témoigner, nous commencions par briser tous les liens qui nojia attache^ b vous? Quelle étrange manière de procéder îi la régénération sociale, que d’isolcr notre vie db ,1a votre ! Ne serait -ce pas bien préluder b l’association universelle , que d'aller dans un coin fonder une associai ion mesquine, chétive , misérable, et, qu’on nie passe Impression, dont la trivialité ne sera pas au-dessous de la chose, une assocîatialion de ménage et de pot-au-feu?

C’est au milieu de vous que nous sommes jaloux de rester; et pour vous faire sentir que nous sommes religieux, nous avons besoin à chaque instant de nous mêler ï> vos mouvemeus, de tempérer l’impatience, de presser la lenteur, .et de faire tomber l’acharnement de vos divisions. Non , nous 11e prétendons pas , dans ce déluge de Diaux qui nous envahissent,. chercher un refuge dans une arche qui flotte paisible au milieu de vos misères , pour aller aborder sur te sommet de je ne sais quelle montagne, et recommencer un monde sér les ruines de l’ancien : nous ne voyons pas dans le rameau initiateur une plante frêle qu’il faille faire croître h l’écart avec des soins avares et jaloux, mais un arbre vigoureux que nous avons hâte d’en-

tacjner sur le sol foulé par tous, afin que son ombrage s’étende à tous; d’aecftiim ter dons Pair respiré par tous, afin quïl porte pour tous %c$ Heurs et sés fruits; arbre majestueux destiné à Raffermir et h s é propager par la tempête meme, qui emporte et dissémine au loin ses fécondes semences !

D’ailleurs est-ce que notre religion, pour expirer ou croître lentement dans mié solitude , est née dans la solitude? est-ce un j$re enfanté dans le disert? Empressés de détruire en vous les préventions nées des traditions qui consacrent le souvenir des antiques révélation*, jamais nous n’avons dit que Saint-Simon se fut retiré s uv le sommet d’une montagne, et que fii Dieu , lui apparaissant sous la forme d’un buisson ardent, eût noué avec lui un entretien mystérieux , ou que par une voîx céleste, par le message d’une sainte colombe ou d’ ne ange , il fût entré avec lui en communication, Saint-Simon a connu la société tout entière dans ses souffrances, ses désirs, ses vœux; èf c’est dans la profondeur de sa sympathie pour elle, éclairée par le spectacle de tou les ses douleurs , qu’il a puisé la nouvelle révélation* Si donc, selon une fable antique , les dieux punirent ProméLhée d’avoir ravi le feu céleste , ce serait un crime de lèse- humanité que de lui ravir la révélation Saint- Simonienne qui loi appartient, parce que c’est par elle qu’elle a été inspirée. Enfin où les disciples de Saint-Simon , qui ne se conçoivent pas la tâche de contempler in* consomment la figure majestueuse de leur maître comme le type immuable de la perfection , mais celle de développer la révélation qu’ils ont reçue, pourront-ils en trouver l’occasion , si ce n est dans le milieu mémo qui l’a inspirée à leur maître? Nous ne protestons pas contre la société, nous ne lui disons pas «Anathème ï s» nous nous attachait»

à discerner, à féconder, à réunir- tous les germes épars, et nous recevons du spectacle de, chacune desmodiBcations <]uc nous vous imprimons u-d ,l0üvel enthousiasme pour ajouter 5 notre œuvre; car £>'cu n’est pas seulement avec nous. Dieu est aussi avec, vous, et c’est parce cjuc nuus sommes inséparahlemerjt Kés avec vous <|ue nous nous sentons religieux. Le î;ov.r où vous sentirez le lien tjuî nous unit , tous aussi vous, s'aresî religieux.

Et ne croyez pas que ce soit là une vaine e&pérâijkè* D^jà vous pouvez chaque jour vous en convaincre, nous avons fait pén^tvc.r dans le monde les principes d’une pa~ lilique ïiouvrjte * uous avons arraché au v^gue terrain tle la métaphysique constitutionnelle tous hommes dTun coeur vraiment généreux ? d'un esprit ô'fevé. far eux la société entière a été saisie de la question la plus limite delà pohlvquo moderne , je veux dire Ses rapports entre les trav ailleurs de tous les rangs > entre les classes privilégiées et ie$ classes déshéritées , entre les oisifs et les travailleurs, *eat,re ce qu on appelle encore les cousommaleurs cl les ^producteurs ; comme s’il y avait des producteurs qui ne consommassent pas , ainsi qu*il y a des consommateurs qui ne produisent pas ! Et il n’est pas aujourd'hui de puissance capable de retirer des mains qui la tiennent celle question vivante, palpitante; car toutes les théories d équiltbre des pouvoirs constitutionnels sont tombées sous les balles de Lyon (i)., La société va désormais s’occuper de s’appro* prier cette politique nouvelle dont nous avons eft l’initia lire*

j) Ce pa^a^e et Je passade amvaiH rju t clé fucrîjYimeii pnr Je miriïstcftt public 'dans le procès gui noua a été intenté^ et Je predi râleur cal pd ire un de provocation , no» suivie d’effet, au ï'eitvcrmutiu du ço^vcriH;-* mmi.

Sans doute ou pourra se séparer de nous; ou affectera même de s’écarter cle nous avec d’autant plus de violence qu**m s’eu rapprochera davantage par la nature des idées; on ira encore jeter de la Loue k la face des SninUSimoniens ; mars leur langage sera dans toutes les louches, et d’ici à un an In politique française , et par suite la politique euro* peanne, sera lu politique Sàlnt-Simoniçnac, sauf le noun Pour nous, nous faisons volontiers crédit au monde de toutes nos idées, qu’un jour il saura Lien rapporter à ses véritables auteurs. Nous nous réjouissons de celle large division du travail qui nous facilite notre Lâche f et nous nous occuperons sans relâche de lairo sentir la religion à celte société dans laquelle ce sentiment ne demande qu’il s’épanouir; nous avons besoin d’înlervemr entre toutes les classés et de leur rappeler que ce n’est pas une lutte que nous sommes venus organiser, mais une œuvre immense de conciliation; nous avons besoin de rappeler leurs cœurs h ce sentiment de reconnaissance, d’obéissance, d’hommage, dont noire époque > malgré son anarchie, nous offre des exemples souvent même exagérés , maïs qu elle o pris l’habitude de nier parce que le pouvoir et la soumission portent encore Pempremte du despotisme et de la servitude des temps passés.

Sans cloute le temps est proche oit les hommes , qui longtemps ont préconisé avec le plus d’ardeur la liberté, l'indépendance, en viendront à réhabiliter peu à peu les idées d’autorité et de hiérarchie, en s'attachant surtout à en faire comprendre l'importance , Futilité, la nécessité. Mais, pour nous , nous aurons h faire sentir a tous que si l’homme, aujourd hui et dans 1 avenir, devait obéir h un pouvoir qui lui apparût comme une fatalité; Fhommo, dis-je f serait encore esclave , avili, dégradé; H pour moi je ne me sens

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la force d’obéir, fùt-ce h In raisou même ^ qu’au tant que la raison sera aimante et aimable. Quant a ceux qui prétendent que la loi écrite est la régie unique qui doive à la lois lier le chef et le dernier de la famille, laissons ces métaphysiciens , ces théologiens , s’amuser tristement de celle abstraction stérile. La loi écrite 1 Eh ! cette loi nous estelle tombée du ciel? n’a-t-elle pas été révélée par un homme supérieur aux autres hommes qui ta lui ont inspirée? Si celte loi devient In régie de la société , et que la société soit progressive, ne faut-il pas qu'incessanimcnt un homme se charge de continuer celte révélation, et d’en transformer, successivement el scion les besoins , les sacrés caractères ; et cet homme quel cst-îl, si ce n’est la loi vivante?

Le prédicateur, se lùumüntvèn le P far; Esfàntis :Mon Père , vous êtes à mes yeux la loi vivante de l’humanité, imparfaite sans doute, car ce fauteuil, symbole de notre espoir , est vacant; mais, je le dis hautement , et je toudrais que celle enceinte ffit plus vaste, afin que mes paroles pussent retentir plus au loin el trouver un plus grand nombre d’échos; oui, je le déclare, et certes mon front ne porte pas la trace de la servilité, mon Père, j. adoré en vous la manifestation la plus haute de Dieu dans l’iuupanilé, parce' que vous-ménie vous adorez Dieu dans 1 huma* nité entière, que vous vous sentez ta mission de pousserait progrès; je vous aime, parce que vous commencez pour rioils cetté autorité nouvelle qui n'éncbalne pas, mais qui attire; qui n’enseigne pas , mats qui inspire; qui ne mutile pas, mais qui féconde; qui ne contraint pas, mais qui se fait suivre ! Mon Père , pardonnez h la rudesso que garde encore ma voix peut-être en vous adressant cet hommage; mais la femme manque à vos cotés.

C ali7 )

Au milieu des applaudissement iuu sifflet se lait entendra; aussitôt les applandissc-mcus redoublent »

Lorsque Oarrauil a terminé, noire Pebk Enfaïïtis dit à Baud , qui lui avait demandé à parler :

a Baud* tu as la parole* »

Mou Pure * U y a huit jours , dans celte même enceinte, un cri parti d’auprès de vous a fait sortir de ma poitrine lacté de foi, le premier que j’ai fait ici b la face du public* Je me suis nommé , j'ai expliqué ma vie, et j’ai fait sentir comment elle s'unissait à vous. Ce cri a été répété, on en est venu à protester contre vos actes et contre rengagement que vous prenez d installer la paix dans le monde. Il n’y a rien la qui me surprenne* J'ai entendu des financiers de nos jours pousser des cris d étonnement qui ressemblaient , moins la force, à ceux qui s'étaient produits dans cette enceinte. Ils trouvaient étrange que vous* notre père Olinde J Hodi'igucs f qui leur aviez lait courber la léLe devant voire science quand vous étiez avec eux, aujourd'hui que vous marchez en avant d’eux, vous eussiez eu le. courage d'assumer sur voire tête la responsabilité de noire existence, la responsabilité de favenir industriel et pacifique des hommes. Us allaient jusqu'à trouver étrange la rédaction même de cet acte que vous avez livré ou public; ils n’out pas compris que si cet engagement nouveau leur avait paru tout simple , îout naturel » c'est que nous aurions encore été dans la voie du passé, et que c eût été seulement une spéculation commerciale que nous venions réaliser; tandis qu'il y avait sous cet Le parole, Sous cet acte d’association, un avenir d*apostüiat que leurs

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yeux M*y onl point aperçu , que leurs cœurs n'v ont pas senti. Ceux d’entre eux mémo qui vous onl le mieux compris ont cru que vous vouiez seulement pour don uer un peu de pain au peuple. Ah ! sans doute le peuple a besoin de pain pour calmer sa failli dévorante; mais ne lui faut-il que du pain , et est-ce doue assez de lui donner h manger comme à ces animaux domestiques que l'on nourrit tant qu’ils servent? Du pain , du pain seulement au peuple! Celui qui parle ninsi n’a compris ni sa dignité ni ses mérites. Pour qui donc les fêtes , les joies , la pompe dans ce monde, si le peuple n’a pas sa part? Dés fêles! ali ! j’entends, on lui en donne des fêles 1 H y a de grands anniversaires durant lesquels ou le reçoit gratis dans tes théâtres; là, il va s’entasser pour revoir un moment ces artistes , enlans du peuple, heureux de sentir autour d’eux , tumultueuse et bruyante , cette lainillc h laquelle ils appartiennent encore par le cœur, par les émotions, par la vie; famille infortunée qui, après cct instant de joie, sera rendue aux tristes réaliLés du déuùmeiil et du travail. Qui donnera donc au peuple do véritables fêtes , des (êtes qui soient la continuation , le couronnement harmonique de sa vie? Dieu soit béni! par Saikt Sikon , par vous, Otînilu Rodriguci, mou père, naîtra pour le peuple le culte pacifique , la plus belle des l’êtes qui ail éclaté aux yeux des hommes; une pompe resplendi ss ante devant laquelle pâliront et toutes ces revues guerrières et toutes ces l’êtes d aujoiird hui qui ressemblent trop à l’insulta et ü la moquerie , en présence des douleurs que le peuple endure. 11 n y a pas de fdtes là où le peuple n’est pas heureux et ne sc réjouit pas : le bonheur du peuple , voilà la première des fries.

Qu’on ne s’y méprenne pas; ce que nous faisons aujourd'hui i l’est que la continuation de ce que nous faisions

hier, et nous marchons vers l’avenir. Nous avons dit, îl y a long-temps, que nous venions substituer Icmprunt b l’impôt , b l’impôt qu’on prélève sur la chair du pauvre excédé de travail, sur la chair de la beauté vendue : nous empruntons pour affranchir le pauvre peuple , et la fille du peuple , de ce hideux impôt.

Que ceux qui nous blâment encore se rappellent ce qu’ils .pensaient il y a quelque temps. Ils nous accusaient de vouloir détruire; aujourd’hui nous venons fonder. Àh ! sans doute. Us ne voyaient alors en nous que des philosophes , que des sa va ns occupés dans leur cabinet b livrer chaque jour une édition de leurs pensées mi public, pour une rétribution donnée ; quelle sera leur parole, aujourd’hui qu’ils nous voient engager nos biens , nos personnes , not re existence tout entière , ii faiconiplissemenl de notre oeuvre ? Ils n’ont pas cru que nous pourrions nous dévouer ainsi à la réalisai i ou de nos doctrines religieuses; ils ifont pas compris que pour nous il n y avait pas de cessation possible; ils ont prononcé le met de faillite ; c’est pour ï homme qui se conçoit séparé de son œuvre et qui n’y tient que par l’argent, que la faillite est possible; mais celui qui a chaque instant de sa vie donne sa parole, sa puissance pour réaliser ce qu’il a promis h la face des hommes , celui-là ne peut pas faillir. Nous prenons envers le peuple un engagement solennel de travailler b l'amélioration de son sort; tant qu’il restera des souffrances parmi les hommes, nous n’aurons pas le droit d interrompre notre œuvre. Mon père, vous avez dit b ces puissans financiers qui ont tant de fois escompté l>venir des restaurations politiques , «Votre règne est passé. * Un avenir prochain confirmera votre parole. Oui , l’or de la couronne des rots a coulé en lingots chez les mis de l 'industrie.; un bourrelet de bois vermoulu est tout

ce qui reste à le légitimité vieillie; la pourpre est aux pieds du peuple , elle sortira de la boue pour parer les épaules du peuple. La couronne du chef de l’industrie brillera d’un or plus pur que jadis la couronne des rois; et le peuple, heureux par elle la saluera avec des accens de joie et de triomphe. Fêtes resplendissantes de l'avenir , vous aurez une place pour ces femmes qui s’engloutissent au jourd hui sans secours dans l’abîme de toutes les dégradations et de toutes les misères; vous aurez pour clics une place. Elles y viendront affranchies du joug sanglant du vice, et devant elles baisseront la tête ceux qui aujourd’hui méconnaissent encore ce qu’il y a dans la beauté d avenir et de puissance. C’est sur le bonheur du peuple , sur sa vie tout entière chaque jour plus heureuse, que s’appuiera le trône pacifique du chef de l’industrie et du culte , par qui la

puissance morale de l’argent est fondée.

(A pplaudissemens .)

Le Pere Süfeèiwe s'exprime alors eii ces 1er mes :

Chers efilaps ,

Nous vous avons déjh dit que notre position était ps grave, plus grande que jamais. Vous le savez , le rôle poli tîqne que nous avons rempli jusqu^ ce jour nous a fmt passer aux yeux dû bien des hommes pour des perturba leurs du repos public. Quand nous avons annoncé une oï ganUatiüfl nouvelle de la propriété , on a cru pouvoir drNs que umis venions organiser la loi agraire, diviser les biens par égales paris; que c’éluil la guerre des pauvres contre les riches , et que nous b oui verserions la société. Aujour d’hui nous annonçons qu’une oeuvre Mon vu: immense nous

est réservée; nous annonçons que nous devons toucher à ce qui jusqu’à ce jour a été regardé comme la sauve-garde de la société tout entière dans la famille T comme nous avons touché dernièrement à ce qui avait été regardé jusqu’à ce jour comme la sauvegarde Je la société dans l’état.

Si le monde politique présente tant de désordres que l’apparition d’une politique nouvelle soit nécessaire, le monde moral est-il donc si bien réglé ? si beau, qu’il ne puisse pas se présenter des hommes annonçant une morale nouvelle ? Et cependant nous devons nous y attendre * hotee prétention au caractère de paétb$, nothe prétention de régler les sentimens et les actes des hommes, soulèveront d abord contre nous de vives antipathies. Nous prêtres nouveaux, nous prêtres de l’avenir, nous aurons à dissiper et à vaincre toutes les répugnances et toutes les colères qui ont frappé le prêtre du passé , et qui sommeillent.

Le prêtre du passé, on ne le respecte plus; mais on ne le repousse plus, on ne le craint plus. Le prêtre de Ta venir , on ne le désire pas; on ne Técoutera pas sans dédain , on ne le suivra pas sans défiance ; on a besoin de le voir long-temps pratiquer sa vie pour le croire; on n besoin de le voir grandir devant tous pour reconnaître que la vie est en lui

Longue interruption produite par le bruit que font tes assistons , continuellement refoulés pur les personnes du dehors qui cherchent à pénétrer.

En ce moment nous nous occupons de chercher nno salie plus vaste; vous voyez qu’il nous est difficile de continuer ici nos enscîgnemens > et la loulc qui sc presse autour de nous à l'heure où nous proclamons la nécessité

d’une ici Morale nouvelle , n ou s fait voir que beaucoup nous attendent, et nous donne hâte de parler à tous.

Chers enfans.

Nous entrons, nous fils tic Saint-Simon, dais l'époque de l'apologie de notre conduite; car nous serons attaqués. Je vous demande à vous tous qui avez foi que la vie Saînt- Smionieone est en vous, d'apporter devant b monde le spectacle d une vie qui convainque les plus incrédules que la mission ques tions accomplissons aujourd’hui est Bien la mission la plus grande , la plus élevée qu’homme ou femme puisse se proposer.

Jê m’adresse à vous tous, comme si Ions vous reconnaissiez: eu moi Pautorité nouvelle , parce que tous vous venez h moi , entendre ma parole , et que je ne veux pas croire que vous veniez sans but moral pour vous et pour tous ; vous venez entendre ma parole, parce que vous pensez qu’elle peut être bonne au monde; vous venez entendre la parole de Saint-Simon , parce que vous savez déjïi co que Saint-Simon a fait , et parce que ses oeuvres passée vous garantissent ses œuvres futures*

Aujourd’hui nous appelons les femmes h nous aider dans l'oeuvre apostolique; nous appelons les femmes à venir non réclamer, mais dire ce qu’elles veulent pour l’avenir. Jusqu Ici, nous écoutant prêcher l’amélioration du sort de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, vous avez tous compris ce que nous voulons faire pour les hommes; nous voulons tendre la mai n aux travailleurs , aux salariés; maïs U ne s agit pas des hommes sdü baient, il s'agit aussi des fk mm es. Or quelle est la classe la plus pauvre et b plus nombreuse parmi les femmes? Quelle est la femme qui

souffre le plus au monde chrétien qui pèse encore sur nous, et de la critique du monde chrétien? Quelle est la femme qui souffre le plus de l’anallifeme contre la choir et de la profanation de la chair ? Voilà la classe la plus pauvre et la plus nombreuse , voilà celle que nous devons sauver.

Et qui donc parlera d'immoralité ?

Nous avons donné la main au prolétaire, et nous devons bientôt lui montrer que sa fille n’a d’espoir qu’en nous, quelle est perdue sans nous, qu’elle est perdue par lui peut être, et par tout le monde qui la tente et qui l’achète. Il fauté des hommes quelque courage pour accomplir cette mission ; mais que faut-il aux femmes qui se joindront à nous pour nous aider dans celle mission? Jusqu’ici c’est nous, hommes, qui avons porté les mépris du monde; eh bien ! nous appelons les femmes à partager le fardeau avec nous.

Nouvelle interruption causée par quelques rires et par l'empressement de la foule nuinln-euse qui est à la porte.

Bailli demande au fêjie suprême la parole.

Mon Père, pourquoi m’avez-vous laissé parler? Ma voix était pleine encore de menace et de colère , parce que vous uc nous aviez pas dit la parole d’avenir; mais vous venez de la dire , je suis heureux. Toutefois je veux m'adresser encore à ceux qui nous interrompent. Je veux que ma parole pèse sur leur poitrine de tout le poids du mal qu’ils ont fait et qu’ils ont laissé commettre, et je veux voir s’ils essaieront encore de nous troubler.

Mouvcmcot d liilarilé de deux ou trois personnes.

Qu’il se montre celui qui rit de ma parole; quand ii voit que je porte en moi toutes les douleurs que toutes

les femmes et tous les hommes du monde peuvent éprouver, que je les repasse clans ma pensée * que je les rends par la puissance de ma voix ; qu’il vienne , je veux le voir rire !

11 y a des hommes qui rient en face de tant de femmes expirantes , en face de leurs frères poussés par le désespoir h la frénésie sanglante et rendus presque féroces par la malheur* Ah ! s’il est des hommes qui rient à tant d'infortunes, ils sont les auteurs des criuies qu’elles amènent; ils sont dans le monde les seuls coupables , je n’en connais point d’autres.

Laissez , laissez, il y a encore dans celte poitrine un cri qu?il faut que Ton entende*

A ppla tid i &s cm ms p roi ongé s »

lin homme, grâjce h Dieu , un seul homme, dans cette enceinte , a eu le courage de siffler* Siffler I mais cestmi théâtre oii l’on chante et Ton amuse le vice, oii Ton fait l’apologie de ce qu’il y a de mal dans le monde; cest îè qu’il faut siffler* Mais quand il se passe devant vous uu drame ou des hommes qui livrent leur vie toute transparente à l’ examen de tous, viennent parler du peuple, et au nom de Dieu réclamer pacifiquement ses droits; quand ou les voit, pour ainsi dire, gratter la terre de leurs mains pour lui faire produire tous ces trésors dont ils enrichiront la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, quel est celui qui peut siffler?

Dn homme cfam Fenceinle ; moi!

Eli bien ! h l'homme qui siffle je demanderai compte de ses œuvres et de sa vie, ci" je lui dirai pourquoi, moi, je me sens le courage de déclarer hautement qu il ne nous connaît pas ou ne se connaît pas lui mémo* Je lui dirai, aïoi, qui je suis, ce que fai été, non pas comme

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je l'ai déjà fait , mais sous un autre aspect de la rie.

Je vous l'ai dit, vous le savez, je suis fils du prolétaire «pi par son travail s’est placé dans la classe privilégiée. Eh liieu! j’ai vu , moi, jusqu’à présent tous les vices cl tous les tournions que la femme étale au sein de nos villes, et si je n’ai point par des mois odieux plaisanté sa dégradante misère , jamais aussi je n’eus le «murage de tendre la main pour relever do l'anathème la fille d’Ëve et «le Marie éplorée. Vous , avez-vous vu , le soir, se traînant le long de nos rues, ces ombres pfdes, revêtues de leurs habits empruntes , comme d un linceul d ou s exhale en lourde atmosphère toute la vapeur fangeuse du vice? Elles supplient le voluptueux débauché afin d’avoir un peu de son or; elles appellent à leur aide les désirs criminels que leurs voix éveillent : celle suppliante c’est la fille du peuple, naguère joyeuse et belle, aujourd’hui triste eL flétrie, La voilà telle que l’a faite l’oppression et la misère. Ah ! si vous l’avez vue , qu’avez-vous fait pour elle ?L’avez-vousdéfendue, assistée , relevée? Avez-vous eu le courage de rnellre voire main dans la bouc pour en tirer les enfans de Dieu qui y versent leur sang et leur vie? Ah ! si vous ne l’avez pas tenté, ou si l’énormiLé de celte œuvre a ébranlé votre courage, respectez ceux qui parlent d'affranchir hi femme du hideux trafic de la chair; cl si vous ne vous sentez pas la force de les imiter, au nom de Dieu ! ne les sifflez pas.

Bra'vo y bravo]- — \ [ipîautÜsseinens,

Ecoute#! Je 1 ni dît sou vent , In voix du peuple est la voix de Dieu. Il y a ici des hommes q pi ont entendu voire appel; ils ont entendu le mien aussi, et ils ont répondu au mien, tfs ont repoussé le vôtre. Vous êtes seul dans celle enceinte, lâchez de vous convertir , l'humanité n’applaudira pas à ce que vous fuites.

Très-bien , i vi‘ s-bici \ f — A p pla ndi s s eirt ens »

Mon Père, je vous Fai dit, ces paroles d'amertume et de colère ne vont pas à mon amc. Et vous qui nous avez sifllés, Ü y a dans ce cœur , croyez-le bien, de Patnour pour vous aussi ' dilcs-moi si vous avez le courage d’en dire autant. Eh bien! moi, je sens que vous avez besoin d’être aimé, parce que vous souffrez. Si vous avez le blâme et l'injure h la bouche, c’est que vous doutez des hommes; c’cst qu’en présence des maux qui déchirent vos sœurs et vos frères et peut-être vous-même, vous n’espérez pas qu’il se trouvera des hommes cl des femmes qui viendront consoler ceux qui gémissent , adopter P enfant trouve, et rendre b la femme perdue une famille et un nom qu’elle n’a plus.

Regardez, {montrant le pïhb Exfantik) , voici le Père de l'humanité : celui-là n’aura pas peur d’aller chercher le mal où il est , au péril de ce que Pou prise le plus au monde, au péril de ce que Pon appelle la répu lotion. Mou Père, mon Père, je vous le dis, je sens en moi une puissance qui me vient de vous; je sens que je suis en liberté devant vous quand j’exprime les cris de l'humanité souffrante, et que vous répondez 5 ma prière par la parole consolante de l’éternelle prophétie.

Oui, j’irai en votre nom 3 en celui de mon père Olindc Rodrigues , frapper à la porte des hommes d’argent pour avoir d’eux de Pargent, J’cn demande à tous, afin d empêcher de mendier ceux qui mendient, afin tPempéchcr de se vendre celles que In plu pari d’entre vous et d’entre nous oui peut-être trop souvent achetées, d’en demanda pour mes frères ut pour moi , afin de continuer noire œuvre pour le bonheur du monde. Non, vous qui m’avez entendu, jamais , jamais vous ne me laisserez mendier. Moi, mendier i

songez donc cc que c'est que Fhommc qui a dans son sein celte puissance qui fait passer ses douleurs et ses joies dans ceux qui Fécoutcnt , et qui mendie ! Songez a cc que dirait ma voix si j'allais vous persécuter par les rues de cri Te importune prière ; Donnez -moi un morceau de pain; Dieu » m’avait fait pour cire quelque chose , maïs je n'ai pas de s pain ! J'aurais travaillé à affranchir tous les hommes de » la faim ci de la misère ; je Je sens , j’en avais la puissance, * mais je n'ai pas de pain ! Je voulais assurer la paix de ceux js qui possèdent la richesse f mats ils ne m'ont pas donné de £ pain 1 1

Bmvo j bravo ! — Nouveaux applaudi ssetn eus.

Ah! vous vous épargnerez d'entendre cette avilissante prière* Aujourd'hui je demande que ceux qui sont riches nous donnent, afin que successivement il n’y ait plus de pauvre sur la terre* Celle main que vous voyez , je la tendrai à tous les êtres qui souffrent ; il iFcsl pas de main si décharnée et si flétrie qui ne doive, en lu touchant, rerevoir du mouvement et de la vie* il rFest pas d'hommes, il n’est pas de femmes dans le sein desquels, parlant au nom du peuple, je ne dépose à leur insu les germes de l'amour du peuple qui est en moi,

\ pptaud issem ë fï& p roi on gu s .

La personne qui avait sifflé réplique par des paroles sans suite, quo la cou fusion et le bruit de Faudïtoire empêchent de comprendre.

Alors le PtriE SüpïïÊme dit :

C’est la première cl la dernière ibis que la parole sera prise ainsi par un assistant , car nous ne poumons continuer nos cnscigucmens ni nos prédications de cette manière ;

s»*-; 'èsCv&rs: s?sïi ïti ait* 'iia«- -iy ,.,

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l’apostolat 5À1KT-$ÏÜ0BX£N-'

L’fcre dans laquelle entre la société Saint-Simomêrme , sous la direction du Vkm Ênflkttn, dîltï-re complètement de celle tjue nous avons achevé de parcourir* Jusqu’à ces derniers temps, les hautes questions d'économie politique, d'histoire , de religion , avaient été le but principal de nos travaux* L'étude du développement de rhumanilé nous avait à la vérité conduits h ces conséquences importantes a que Paulorilé qui dans les gouvernement religieux et ptliiiques du passé avait toujours imposé à la société une règle commune et absolue, devait dans l'avenir revêtir un» forme nouvelle, et rendre hommage h la liberté, à la pet’

sonualité de Thoînme, en appliquant h chaque individu une moral Isa li on particulière ï que les beaux-arts, dont les inspirations fécondes ont fait l'éducation du genre humain tendaient de plus en plus h. devenir la première puissance sociale; que l'industrie qui conserve, ainsi que Ta remarqué dans son dernier ouvrage historique un des plus il lus- 1res et des plus nobles défenseurs du passé , M* de ChaLeau» hriand; que Tin dus trie qui conserve un dernier stigmate de son esclavage primitif dans la loi du salaire que lemaitre impose à l'ouvrier ou que l’ouvrier arrache nu maître , sanctifiée enfin par la religion, serait soumise à la loi de Y association ; et enfin que la femme, demeurée jusqu’à ce jour inférieure n l’homme, puisque sous la loi païenne elle était faite seulement pour le plaisir de l'homme , et que sous la loi chrétienne , selon la parole même de saint Paul, die était seulement pour sa gloire ; que la femme serait û l’avenir F égale et Fassoeïée de l'homme , dans le temple, dans Tétai et dans la la mi Ile, »

Tel a été le résultat de nos études et T objet de nos en* sdguemens s et ce simple résumé doit suffire en réponse à ceux qui trouvent que nous avons tristement raison dé mon trer que la société croule de toutes parts, mais qui pensant qu'en signalant ce grand naufrage de tout Tordre ancien, nous avons eu le tort de n’offrir à Thumanité aucun port de salut.

Tonie fois l’apostolat Sriml-Simonîcn est entré dans une voie nouvelle ; il ne suffit plus d'enàéigkérï noua allons réaliser* Ou, sî vous voulez, nous n'enseignerons plus Je monde seulement par des paroles , mais aussi par des œuvres* À la face d’un monde oh Fart,, l'industrie eL la femme sont trop souvent au service et à la merci de Tignorance , de 1 incapacité et du vice, nous allons installer religieuse-

ment parmi nous les artistes, les industriels et les femmes* L’œuvre d’annonciation, poursuivie sans relâche depuis la mort de Saint-Simon * va commencer pour les nations étrangères. En Fronce elle est suffisamment avancée pour que nous puissions passer outre. Fonder le culte , organiser rindustricj donner aux femmes qui déjà sonL avec nous et à celles qui nous approchent la force qui leur est nécessaire pour unir leur inspiration et leur voix à la nôtre * afm de produire él de proclamer une nouvelle morale individuelle , telle est I œuvre immédiate que nous nous proposons.

Pour oh tenir le plus rapide accomplissement de celte œuvre, la hiérarchie Saint-Simomenoe a dû suhir une transforma lion importante 5 et celte transformation n’a pu se réaliser que par mie crise douloureuse, par l'éloignement de celui qui partagea long-temps avec notre Père suprême le gouvernement de la société naissante. Plusieurs aussi qui avaient contribué pour une hclle part à nos travaux apostoliques de tout genre se sont séparés de nous , effrayés qu’ils étaient des termes mêmes dans lesquels Je a o u ve au p r ogr ès c s i appel é.

Parce que ma foi comme la leur un instant s’est trouvée en défaut , parce que comme eux j'ai renié, moi aussi , celui à qui je dois pourtant plus qu’aucun deux peut-être * car je lui dois tout ce que je sais de Dieu et cc que je puis valoir aujourd’hui pour l’humanité , cor la vie m’échappait et il mêla rendue, et il m’en a donné une pleine de gloire et de bonheur; parce que, moi aussi, je vous ai renié nu instant; c’est pourquoi je vous dois, mon Père, et je dois à tous ceux de votre famille ici présente, à ceux surtout qui , malgré leur présence * nous sont encore ahsens de cœur, je dois à tous et je dois à moi-même de montrer com-

( aSa )

ment aujourd’hui plus que jamais ma conscience est mw* rée et ma foi affermie.

Nous ne nous sommes jamais présentas comme dès hommes de b perfection * maïs seulement comme des hommes du progrès. Si donc quelque chose manque Si notre force, à notre sagesse , ït notre moralité , nous ne refuserons pas d'en faire l’ave u. Seulement , lorsque nous venons dire naïvement ce qui nous manque, nous ne reconnaissons h personne le droit de rabaisser notre passé \ car sî nom arrivons aujourd’hui ù pouvoir rallier à nous une foulo d'hommes de qui jusque la nous restions incompris, c’est qu’ apparemment nous avons fait pour atteindre à ce résultat ce que nous devions faire.

Ainsi, dans l’ère nouvelle où nous entrons, nous réclamons le secours des artistes pour donner à notre apostolat une forme plus vivante , reconnaissant que jusqu’ici nos formes ont été plutôt scientifiques et philosophiques que religieuses. Mais ce nest pas en vain que nous avons été jusqu’ici des dateurs. Le monde où nous étions n’avait foi qu’h ia science ; nous avons dû lut parler son langage. Ce n est pas en vain que les premiers apôtres de Saiüt-Sï- MDH sont sortis pour la plupart des plus célèbres écoles de France et d’ Allemagne. 11 fallait pouvoir dire aux hommes de notre époque : « Nous aussi nous avons pénétré toutes les profondeurs de 3a science , et nous en rapportons celte unique vérité , c?cst qu’en dehors du sentiment religieux la science est sans appui pour remuer le monde* »

Notre politique aussi va se modifier , et pourtant nous ne voulons pas pour notre politique présente répudier notre politique passée. Nous venons instituer en France la

monarchie industrielle , comme Charlemagne a institué la monarchie militaire. C’est la transfiguration du pouvoir temporel. Mais pour Charlemagne , îe plus puissant moyen de succès c’était In guerre, le plus puissant pour nous c’est In paix. Àînsî nous allons prêcher la paix. Nous prêcherons la paix, ayant la foi qu’à Faim de la paix seulement le travail industriel peut être organisé on France: ayant la foi que Inorganisation religieuse du travail industrie] peut seule prévenir ou faire cesser la guerre qui déjà gronde entre les bourgeois et les prolétaires, entre les maîtres et les ouvriers, entre ceux qui possèdent et ne possèdent pas ; ayant la foi que l’alliance sincère de ces deux classes aujourd’hui profondément ennemies peut seule donner à la France la puissance morale qui lui est nécessaire pour accomplir, h l'égard des hâtions , sa mission providentielle; et sa mission, nous l'avons déjà proclamée, et nous ne cesserons de Fannoncer au monde; sa mission , c’est de s’unir d*amour et d’intérêt h l’Angleterre pour régénérer l'Espagne, délivrer T Italie , affranchir FÀIIemagne , rétabl ir la Polo* gne, et faire tourner visage à la Russie vers FOrient* Donc nous prêcherons la paix I Mais ne craignez pas de nous voir jamais incliner notre bannière devant celle où est écrite U maxime profondément irréligieuse de !a paix à tout prix et du chacun chez soi , chacun son droit .

Au reste, mon objet principal n’est pas de développer et de justifier devant vous notre politique; j’arrive avons parler de la morale individuelle.

Des hommes s'être depuis deux ans répandus par la France on se proclamant apôtres d'une religion nouvelle , apôtres de la religion définitive et universelle, et venir après confesser publiquement qu’ils ne savent pas encore la mo~ rate de Favenir! assurément x’est un spectacle étrange au

monde . Qu’en présence d’un pareil aveu plusieurs reculent épouvantés, je le conçois; mars, pour en tien juger , écoutez cl voyez vous-mêmes.

Une question générale embrasse cl domine toutes les autres. Comment, sans connaître encore la morale de IV venir* comment adapter des enfans cl se charger de leur éducation; comment associer des individus; comment enfin pouvoir moraliser le inonde; et même, la loi morale étant supposée* c'èst-â-duc la science du bien et du mal étant produite, comment faire à chacun éviter le mal et pratiquer le bien? Ce fut une- des plus hautes fonctions des anciens sacerdoces. Comment je prêtre de Taveiiir obtiendra-!; ul im pareil résultat? Je vais Lâcher do vous éclairer ces questions.

U boni me est susceptible de se passionner pour le maintien des lois générales promulguées par le législateur, et par lui recommandées au respect et à f observation de tous. Sans remonter bien haut dans le passé pour justifier celte assertion, les quarante années qui viennent de s'écouler offrent d’assez nombreux témoignages de cet amour àa rbutnanîlé pour la loi écrite , depuis le serment du Jeude-Pauine où le tiers- état jurait , quoi qu'il put arriver, iV achever la constitution , jusqu’aux jours de juillet oii le peuple s'est jeté a la mitraille aux cris de Vive la Char tel Mais l'humanité se passionne aussi d’obéissance aux volontés , et de dévouement ù la personne de ceux qu elle sent Supérieurs à leurs contemporains, et qu’elle reconnaît pour chefs* Napoléon , soumettant h son génie et ralliant il sa fortune un peuple entier, naguère encore ivre de liberté et à légalité, Napoléon , dans les temps modernes , est un frappant exemple de ces êtres à part, véritables lois vivantes que riiumanité accepte avec enthousiasme.

Ainsi T homme est porté à régler ses action* sur la volonté de la loi écrite et sur celle de la loi vivante. Mais dans les temps de révolutions, dans les époques critiques, îrréligie uses , il y a toujours lui Le On tre ces deux p r î n ci p es* L’ hi intanité, dans ces époques, étant toujours en danger de tomber dans la servitude ou bien dans la licence * toute loi écrite devient la négation formelle de toute autorité suprême dans les personnes , c’est -uni ire la négation de toute lot vivante, et aussi nul homme ne peut atteindre le pouvoir qu'en annulant toute constitution , toute lot écrite. Ceci est vrai dans Tordre moral comme dans Tordre politique. Car le caractère du protestantisme religieux ou moral a été de laisser le fidèle seul, et sans autre d irecteur que T É vangi I e pour le moraliser, comme le caractère du protesta n lis me poli tique a été de nVlTrir an citoyen d autre secours dans Taccom plissement de ses devoirs que la lecture «assidue du code ci Téludc approfondie de la Charte. Le despotisme moral avait aussi le mémo caractère que le despotisme politique; c’était , dans le prêtre comme dans le souverain , Touhli de toute loi divine et le mépris do toute dignité humaine. C’était la violence de Tinquisiteor ou le mensonge du jésuite.

Dans les temps religieux au contraire, la loi écrite et la loi vivante, c'est-à-dire le prêtre, sont unies et s’appuient mutuellement pour édifier et moraliser le fidèle. Depuis Jésus jusqu'aux temps où l'épuisement du principe catholique provoqua la protestation de Luther, Tlivangîle était pour la société chrétienne une règle de conduite autrement sacrée que nos chartes politiques , et en même temps le chef de l’église, par le moyen de son clergé, tenait en sa ma in la conscience de tous les fidèles, pour les diriger selon l’urgence des temps et les besoins de lu chrétienté.

Toutefois en vous rappelant ce merveilleux accord de la

( ïï8G )

loi écrite cl de la loi vivante, de l’Évangile el du prêtre, jc n’ai pas encore dit tout le secret de la puissance qu’avait la foi chrétienne pour moraliser les individus. Je ne vous ai pas montré surtout comment, par le dirislianisme, l'autorité a pu revêtir un caractère de snÎDtcté, cl l'obéissance une noblesse el une dignité que les temps anciens n’avatent pas connues. Lo chrétien était pénétré jusqu’aux profondeurs de son être du sentiment intime do la présence réelle de son Dieu : en tous lieux, a toute heure , parmi le tumulte des jours et dans le silence des nuits , il portail en son cœur uaDieu (ou jones présent, ton jours juste et sévère; c’était Là în sublime et dernière raison de la moralité du prêtre. Eu présence de l’Évangile , aux pieds du confesseur, c estih la force irrésistible qui faisait expirer le mensonge .aux lèvres du péelieur. Au milieu des hordes sauvages et des forêts du Nouveau Monde, c’était la foi profonde h la présence de m Dieu qui rendait le missionnaire chrétien invincible à toute fatigue, à toute privation. C’était elle, pourvu qu’il eût seulement acquis quelques ames au Christ , qui lui faisait affronter la mort avec calme; non pas sur un champ de bataille, nu milieu dus fanfares de la gloire, la mort brillante du soldat; non pas sur un échafaud glorieux, à lu face de tout un peuple ému, la mort ambitieuse du citoyen; mais la mort au désert, la mort seule, ignorée, et, comme d'un pesant linceul, tonte couverte à l'avance d'un éternel oubli.

Abnégation sublime ! dévouement ignoré de notre âge! vertus chrétiennes , vous serez dépassées par les vertus de l’avenir!

Pour suivre ma pensée, retenez seulement que lu loi vivante, c’est-à-dire le prêtre; la loi écrite et la foi à \a présence de Dieu (qui renferme implicitement ia foi à la perpétuité de la vie ), concouraient et suffisaient à maintenir le

chrétien clans son devoir. Maintenant il me sera facile do vous montrer comment la moralité Saint-Simon\pnne sera supérieure h la moralité chrétienne, et comment dès aujourd’hui il y a en nous, et en nous seuls, une véritable puissance de moralisation , et par conséquent le droit, le devoir et le pouvoir d élever des eufans et c V associer des hommes.

Le Sainl-Simonien observe religieusement la loi écrite; il rend hommage aussi h la loi vivante; il est rempli d’amour et de dévouement pour le chef de la Société, car ce chef est h ses yeux la plus haute et la plus belle manifestation de Dieu dans l’unilé; et il sent aussi on lui-mèmeDieu présent. Mais ces trois formes du sentiment Saint-Simonien diffèrent essentiellement de celles que j’ai signalées dans le chrétien.

La loi de 1 humanité, selon la foi Sainl-Simonicnnc , n’est plus la chute avec l'expiation et la rédemption, c’est le progrès continu vers l’association universelle. Sous l’idée du progrès, la loi écrite prend un caractère nouveau; car la science du Lien et du mal étant progressive , la révélation de la morale sociale et delà morale individuelle se produisant successivement dans I humanité, aucun texte ne sera plus considéré, ainsi que I Evangile l’a été par les chrétiens, comme oQrant la dernière expression de la loi divine ou humaine. Les livres saints ne seront jamais terminés : il y aura toujours des feuillets vierges pour écrire les vérités réservées h 1 avenir. Et comprenez bien qu’ainsi la foi à la loi écrite ri est pas diminuée. Autant cl plus que les préceptes de 1 Evangile aient été jamais respectés, on respectera ces grandes lois écrites par S\ixt-Si.mox et par scs successeurs: «Que toute institution sociale doit avoir pour but * 1 amélioration de la classe la plus nombreuse. — Que tous

» les privilèges de tu naissance seront abolis. — qu*il doit

• être h chacun donné selon sa capacité et suivant ses œu-

* Très. Qüe l'individu social c'est l'homme et la femme.»

Mais h la vérité cette ni an 1ère d’envisager la loi donne un tout autre caractère ad prêtre suprême * au chef de la société , à celui qui s’inspire de toutes les joies ci de toutes les douleurs de l'humanité. Celui -H n’a pas, comme le prêtre dit passé, sa puissance limité© au règlrmonl temporaire de la discipline, ou même à 1 interprétation cl au développement des révélations antérieures. Lui -même il perfectionne la science du bien et du nia! , il révèle incessomment ad monde de nouvelles vertus et des devoirs nouveaux!

Le sentiment religieux , la foi à la présence réelle de Dieu, sera aussi dans la société Sainl-Simonicnnc la dernière raison de la moralité du prêtre et le ferme soutien du fidèle. Mais « la sainteté, la religion, Vamour, la vie , ne se ma- A nifestent pas dans le Saint-Simotiien comme dam le » chrétien, par une extase mystique qui mette en rapport

* l'homme et un Dieu hors de rhommes elles se maniltsn lent par l’ tigron incessamment et progressivement mser-

* rée de l’homme avec tout ce qui est hors de lui p (i). Lo chrétien qui dans la solitude retrouvuiison Dieu tout entier devant lui, qui portait en lui l’infini; le chrétien sans Joule était par là poussé h faire de grandes choses. Mais cette foi aussi était pleine du danger trop réel de pousser ! homme dans l'isolement et dans le mépris de tonte affection terrestre , de tout intérêt social. Cette foi iv allait à rien moins qu’à détruire dans T huma ni lé le désir de la gloire , ce sen*

(t) Lettre dû Pï.zk Etrjbmm à François et Fnïfoi\

limant si puissant et si beau oii le chrisUannne n a su voir qu’un vertige de l'orgueil auquel il attribuait la perle du monde, « Le Dieu du Saint -Simonicn est lout ce qui est. Tout est en lui , lout est par lui* — Nul de nous n est hors de lui, — Mais aucun de nous n’est lui, — Chacun de nous vit de sa vie , — et tous nous communions en lui; — Car il

est TOUT CK Qtn EST a (l).

Nul de nous n est hors de lui! c’est là le sentiment qui dans l'homme exaltera sa dignité personnelle , qui partout lui fera, dans le monde et dans la société des hommes , dans son commandement comme dans son obéissance , respecter en lui -même la manifesta Lion du Dieu vivant.

Mais aucun de nous tiest lut! c’est là le sentiment qui, rappelant sans cesse au Saint- Simon ien la place qu’il occupe au sein de l’infini, le sauvera du culte exclusif de l’honneur et de la conscience, de celte exagération de la personnalité qui, huile de sentir ses rapports avec tout ce qui n’est pas elle, tombe inévitablement dans la sauvagerie cl l'irréligion.

Dieu est tout ce qui est! nul de nous if est hors de lut ! c’est la justification fie l’exalta Lion païenne et de la noble fierté militaire;

Mais aucun de nous ?i est lui ; c’est la justification de la sainte humilité chrétienne.

Ht chacun de nous vit de sa vie f et tous nous communions en lui; car il est tout ce qui est: c’est l'expression du sentiment religieux Saint- Simonicn , qui résume et comprend en lui tous les sentimens généreux de l'humanité 1

Et maintenant, puisque le principe chrétien et le pria?

(I l'a rôles il» fi:* F. EüMMiüi communion giîaërale <ln S juillet 11131. 11. #1(J

cipe féodal sont également épuisés; puisque la vertu du Christ s’éteint chaque jour dans un protestantisme sans vigueur et dans un catholicisme en décrépitude , cl que la vertu de César, un instant ranimée par le génie de Bonaparte , a perdu son prestige , forcée de reculer pendant lmb jours cl de mettre enfin bas tes armes devant les travailleurs pacifiques, quel homme viendra rendre b ces grands débris une nouvelle vie? Ah! les temps soni.pressans cl propices. Le voile du temple est déchiré; te sanctuaire est vide; le» oracles sont muets, cl le tronc est brisé; les rois saut partis , les héros morts : la terre en silence attend un sauveur 1

Il faut ici vous présenter une vive image du prêtre de l’avenir; mais je sens que je succombe à la grandeur de ma tâche , et je ne puis plus quemprunier une parole plus grande que la mienne, etm’en faire l'écho*

a Le prêtre de Ta venir ne sera pas le prêtre de Tlièhes et de Memphis; notre sacerdoce n’est pas celui de Moïse; notre clergé n’est pas le clergé chrétien; car la figure du prêtre n’a été que grossièrement ébauchée par l'antiquité* en Égypte ci dans Flode , en Grèce et dans la Judée mcînc. Et le Christ voilant les formes orgueilleuses et brutales du prêtre antique sous des nuages de mysticisme et d’abstinence, le Christ a du dire , portant sa croix , flagellé , mortifié dans tous les points de su chair ; «Voilé le prêtre , voila l’homme : ecce noato a; mais ce n’est pas là l'homme, le prêtre de l'avenir.

» Plus lier cl plus ardent que le prêtre do Dieu des armées, de Jéhovah, que le ministre du culte sanglant de Mars cl de Bcllpnc; mais aussi plus tendre et plus compatissant qu’un apôtre de la loi sévère du Christ, de celte loi qui a des peines éternellçs , ci qui sans cesse menace l’homme de lui ôter jusqu’à C espérance; embrassant dans

son amour, non plus un seul peuple , une seule race , maïs Fhumamté entière; non plus un seul aspect de la vie, F esprit, mais aussi Ja chair qui sera sanctifiée par la paix du monde comme l’esprit fut sanctifie par la paix deFéglise; enfin plus glorieux que César, plus humble que Vin faillible vicaire du Christ; surtout plus aimant qu’eux, parce qu'il est le père spirituel et temporel de tous les hommes, voilà le pontife— itoi de l’avenir, voilà le prêtée et voilà F homme :

ECCE HOMO ï> (î).

Par ces paroles vous pouvez pressentir en quoi consistera Faction du prêtre Saînt-Simonien sur le fidèle, et juger de la vérité de ce que je vous ai dit eu au non ça ni qu’il y avait déjà en nous et en nous seuls une véritable puissance de moralisation. L’action sacerdotale sera double : elle consistera à exalter sans cesse dans l'individu le sentiment de la force et la valeur personnelle : mais aussi à lu! faire sentir toute sa force et sa valeur des autres, lui mon Ira ni en eux les qualités qui lui manquent*

 la vérité, celle action sacerdotale ne peut être exercée parmi nous que d'une façon très-inconipièle , car dans une société pacifique la parole de la femme est nécessaire pour donner à l'éloge tout son prix; elle est nécessaire surtout pour faire accepter la réprimande et le 'châtiment. Or la femme de Fa venir, la femme -urètre nous manque encore Et c’est pour cola que Fère nouvelle de f apostolat Saiiil- Simonien se présente sous une de ses faces comme un appel direct aux femmes. Maïs dans cet appel dos femmes à Fémancipation , dans celle négation de la morale chrétienne en ce qui regarde le rapport des sexes , il y a quelque chose

(0 Article du t*Èju; E^aktiv dans te Globe du 1Û juin i83h

de trop hardi et qui près en te trop matière h de fausses interprétations pour no pas exiger de notre part des explications nombreuses* J'en ierai le sujet de ma première prédication,

Aprèj celle prédication, La^heiît adresse à rassemblée raflocirîïou sh hante ;

Enfass db Saist-Shiox ,

J5al souvent glorifié devant vous et avec vous le nom de notre Maître pour la propagation rapide de sa doctrine* Je vous le montrais, il y a peu de temps, passant de l'obscurité solitaire l\ l'apothéose et h FimmorlalUë, et ('opposai* avec un saint orgueil le tableau de notre agrandissement et les progrès de notre association religieuse au spectacle de b discorde , de b haine, du découragement de Fin-certitude et de toutes les misères qui affligent le monde chrétien et le monde philosophique dont nous sommes entourés. Mais voilà que tout à coup , au sein de la société apostolique qurVêtait posée en face des peuples^et des rois avec la prétention audacieuse de faire cesser le doute, l antagonisme et la guerre , et de réconcilier le riche et le pauvre , 1 incrédule et le superstitieux , le courtisan et le démagogue, sous Fcmpire d'une foi nouvelle et commune qui devait les faire vivre tous de la même vie , les éclairer de la même lumière, les faire participer au même bonheur ; voila qu’au sein de cette société qui se disait dépositaire des espérances pacifiques de niuinanrlé , l’esprit do lutte , de controverse et de division est venu déployer sa bannière. Des protestations solennelles, véhémentes, amères, ont constaté que l union n existait plus parmi les hommes qui s’étaîcnÉ donné ou qui avaient

( sgf )

accepté la tâche de préparer l'association universelle, Aux sarcasmes des esprits loris , aux rires desgons du momie* aux malédictions des croyons d’un autre âge* ont succédé les attaques intestines* plus graves et non moins violentes que celles du dehors; et alors nos détracteurs de tous les par lis et de tous les rangs* irrités ou étonnés jusque lu de nous avoir vus survivre h leurs accusations diverses* se sont hâtés de tressaillir à Fenvi comme l\ Fan nonce de nos prochaines funérailles * et de s’écrier sî nui Uaûë nient t « Jetez* jetez enfui le linceul funèbre sur ce mourant que nous avions en vain accablé de ridicule ou de calomnies; il vient de se frapper Lui-même , il périt de ses propres mains 1 *

Le linceul funèbre L,, Mais ou donc est le cadavre ?C est nous qu'on n crus morts, et morts d tin suicide! Mais no sait-on pas qu'il n’y a que ceux qui ont perdu toute foi et toute espérance en Dieu * en l'humanité* en eux-mêmes* qui puissent finir par un crime et s'abîmer dans le néant ! Or qui croit -et qui espère plus que nous* sur cette terre que la déception eL le doute couvrent de ravages et de désolation? Et en quel moment notre conviction se montrat-elle plus profonde* nos espérances plus grondes * noire parole plus animée, noire vie religieuse plus éclatante, plus aelire et mieux sentie, que depuis la crise violente que la frivolité vulgaire a prise trop précipitamment pour le symptôme d’une agonie convulsive ? Ab ! si toutes les fois que de tristes prophéties Ont retenti autour de nous et contre nous, le sentiment de In grandeur de noire œuvre et la conscience de nos forces pour l’accomplir nous ont permis de démenlîr victorieusement les augures du catholicisme cl les présages de la philosophie * avec combien plus de hardiesse *ious pouvons passer è travers les prédictions sinistres * aujourd'hui que la société Saint- Si monienne a

rendu témoignage de sa vitalité puissante, non plus comme autrefois en repoussant sans efforts Pignornnce calomniatrice ou In légèreté moqueuse, mais en poursuivant, tantôt calme et tantôt impétueuse, et toujours inébranlable , tou* jours sûre d'elle-tfiéâii; en poursuivant fièrement sa marche, malgré les cris de balle poussés devant elle ou au milieu 'd’elle par des hommes dont elle avait V habitude découler docilement la voix , et en qui elle avait placé jusque lk la moitié de son cxisîence i Ce d était pas seulement eu jetant sur son passage des paroles de pitié aux pygmées bouffons sortis du milieu de ses débiles adversaires , tpi elle pouvait manifester sa nature vivace et justifier ses prétentions h la supériorité sur le monde, qu'elle & était donné mission de convertir; il lui fallait rencontrer en face des gé^ns dé science et de volonté , ayant appris d elle le secret de la sagesse et de la force nouvelle , pour qu’elle püt attester avec éclat tout ce qu'elle portail d'avenir eu son sein, Cette occasion solennelle ne lui a pas manqué; et, de quelque douleur que soit accompagnée une lutte domestique , nous devons remercier ia Providence, qui arrange tout si merveilleusement pour le progrès , de ce qu elle n suscité contre nous des athlètes vigoureux nourris do celte doctrine, dont on peut dire, comme Bossuet de celle de Jésus, qu 9 cite est toit t à la fois du lait pour les en fans et du pain pour tes forts . Nous devons remercier luilelligence souveraine qui préside k nos destinées, de nous avoir mis en présence des seuls hommes et dos seuls obstacles que nous pussions rencontrer sur un théâtre assez élevé et assez vaste pour y dé p loyer toutes nos forces et mieux que jamais montrer qm nmis sommes U*.

Oui, qmlque déplorables que soient Je schisme et 1 hérésie, tôîn d'y voir, avec les esprits superficiels, un signe

de décadence» ne craignons pas de les présenter comme une manifestation de puissance et un gage de durée pour notre doctrine* On ne se sépare pas , en ne se dénonce pas , on ne proteste pas là où régnent officiellement nn optî— mis me de commande ou une bar manie d'apparat , là où la vie manque d'intensité cl de profonde tir; cl je ne sache pas que jamais scission ou perturbation bien vive ail éclaté à propos d’on changement de statuts ou d’un renouvellement de bureau , dans le sein des sociétés littéraires on philantropiques dont le monde est encombré. Le schisme et Fhérésîc ne naissent qu’à côté ou en face d’une grande vérité, que là oit Fou se passionne pour la vérité. C’esl i' histoire de tous les temps , des époques d'organisation et des épo~ quas de destruction : polir s’en convaincre , il ne faut qu’ouvrir les fastes du christianisme et ceux de la révolutionfrançaise.

Du vivant même des apôtres la division s’éleva parmi les chrétiens de la Judée. Lu concile général fut réuni h Jérusalem, et Fégliso naissante dut aux erreurs de quelques-uns de ses en fans de se poser pour la première fois avec éclat en face des juifs ci des gentils.

Plus lard les plus célèbres apologistes du christianisme, Terlullîcii et Origène , après avoir terrassé les ennemis de FËvangîlc , après avoir triomphé des philosophes et des prêtres du paganisme, laissèrent soupçonner leur croyance, cl purent tomber dans Fhélérodoxic sans que la doctrine du Christ, alors dépositaire du progrès, fui arrêtée dons son développement rapide, doublions pas non plus que Fhérésie d’Àrius fil fa grandeur cFAthanase^ et qu’elle provoqua le fameux symbole qui pendant tant de siècles servît d'acte de foi ou genre humain. N’oublions pas que sons les Donat el les Pélasge nous n’aurions pas connu toute la force et

la sublimité des Augustin et des Jérôme , et que co fut toujours contre les adversaires sortis de son sein* contrôles penseurs nourris de sa théologie, que le Catholicisme déploya toute sa puissance et obtint scs plus beaux succès, i J’en dirai autant de la philosophie critique, de in doc* trine libérale qui lit la révolution française» Ce n’étnh rien pour elle d’avoîr fait jurer la promesse d’une constitution au Jeii-de-Paume » d’avoir démoli une prison d'état qui tombait en ruines, brûlé des litres nobiliaires sans considération et sans valeur clans l'opinion publique; c’était contre les promoteurs mêmes du serment patriotique, contre les vainqueurs de Ea Bastille , contre les sacrificateurs do la féodalité, contre les illustrations qu’elle avait produites, contre les popularités immenses qu’elle avait créées * qu’elle devait .montrer tout ce qu’il y avait d’irrésistible et de prodigieux eiijdlc. Aussi jamais son caractère providentiel et son génie invincible n’apparurent avec plus d’évidence et ne frappèrent plus les esprits élevés , que lorsque le vulgaire, alarmé et trompé par le spectacle des divisions croissantes et des épurations successives, crut fermement que Ea révolution ferait comme Saturne , et qu’elle se laisserait détrôner après avoir dévoré lotis scs enians , parce que tous ses on fa ns n’étaient pas également capables de marcher aussi vite qu’elle* Facilement victorieuse d’un trône chancelant» d’une noblesse discréditée el d’un clergé aux abois, elle ne prit réellement son altitude majestueuse et terrible, clic ne révéla la force indomptable attachée à la cause du progrès , que lorsqu’elle sembla se frapper clic-même dans ses membres les plus vigoureux; lorsqu’elle n’eut plus seulement *i renverser d’un souille les nains épuisés de la vieille monarchie , mais h combattre les hommes h proportions colossales qu’elloméme avait enfantés, c’est-fr-dirc lors-

qu’il lui fallut contraindre Mou nier à l’exil , dépopulanser Mirabeau , condamner Barnavc, proscrire Lafayelle, immoler Vergnm.d , et porter la main jusque sur le roi des

halles, frapper Danton !

Mais si la révolution, s'acconipîissanl sous 1 influence d'idées subversives et de passions désorganisai rîce s , fut impitoyable envers ceux de ses eufans qui craignirent de suivre jusqu’au bout sa périlleuse carrière; si le christianisme, avec son dogme de l’esprit et de la choir, du paradis et de l’enfer, des élus et- des réprouvés , n’eut que des anathèmes et des malédictions peur ses schismatiques et ses hérésiarques, i! ne doit pas en être ainsi de la doctrine de la paix et de l’imité, de la société qui ne croit plus ni à Satan ni h César, de la religion qui n’admet plus ni imprécations ni sacrifices. A tous ceux qui , depuis la mort deSAiST-Siuojf, se sont éloignés successivement de nous dans des dispositions plus ou moins hostiles , h tous nous rendons hommage pour le passé et nous adressons des vœux de réconciliation pour l’avenir, de rends surtout cet hommage et j’adresse ces vœux à celui qui, placé pendant deux ans à coté de noire chef suprême, a contribué si puissamment il nos progrès, et dont ic nom, glorieusement attaché b nos premières douleurs et à nos premières joies, conserverait ou accroîtrait bien mieux son éclat an second rang de la hiérarchie Sainl-Simonicnne , qu’à la tète des plus énergiques prolvstam. S’il était là , sans être le premier, la reconnaissance , le respect et la tendresse filiale d une lamillc nombreuse qui a loi qu’elle représente l'humanité tout en- ' lière, lui feraient sentir plus que jamais sa suprématie; il serait le père de tous , moins deux hommes, et dans sa retraite il n’a plus de fils Eulans de Saint-Simon , tous

nous lui devons trop pour que la pensée de son isolement ne soit pas pour nous remplie d’amertume .

El qui oserait douter ici de la sincérité des sentimens quô j’exprime ? on le sait , car je Tai déclaré hautement en plug d’une occasion , mes relations, mes affections personnelles étaient presque tontes avec ceux de mes frères qui ne sont plus à mes côtés. L’un d’eux, celui dont la parole a été la plus véhémente, a donné dans sa protestation un souvenir à notre franche amitié. Certes je n’ai pas été insensible à ce témoignage public d’un attachement qu’une séparation déplorable n’a point attiédi ; mais je me croirais indigne de l'apostolat si des considérations particulières avaient pu me faire hésiter d’entrer dans la vnîc où ma conscience m’appelait; et dèslors , maîtrisant les douleurs d’une fraternité violemment brisée, j’ai dit comme le poète qui , placé entre l’amitié et sa conviction, opta courageusement pour ce qui lui paraissait le plus juste et le plus vrai.

Comment se fait il maintenant que la vérité m’ait apparu , à moi si jaloux de mon indépendance et de ma spontanéité, là o 11 tant d’autres ont aperçu le despotisme ingénieux de l’amour et le servilisme dégoûtant de la volupté? Écoutez :

Si le jour où, après dix ans d’études et de travaux philosophiques , historiques et politiques: après dix ans pleins d’activité et de dévouement , mais vides de résultat, la loi du progrès, annoncée par Saint-Simon, s’offrit à moi comme une explication magnifique du chaos que me présentait rhistoiro du passé, comme une consolation des angoisses du présent , et comme une boussole infaillible à travers l’océan d’incertitude que ma vue apercevait dans l’avenir; si ce jour-là un homme fut venu me dire : « Celle

espèce humaine, dont la destination nom semble si belle et la perfectibilités! incontestable , celle lunuamlé qui vous parait avoir élargi, épuré incessamment le cercle de scs affections, de ses lumières et de sa puissance , ira franchi l'intervalle immense qui In sépare de la sauvagerie primitive, n'a répudié les obscénités païennes, les macérations du christianisme , les fraudes jésuitiques , les orgies de 1 incrédulité, que pour manifester son avènement h la connaissance de sa nature progressive en se précipitant dans un gouffre de séduction , d'idolâtrie et d'immoralité » , y aurais dit a cet homme:® Malheur è vous, h qui l'ignorance des destinées de l'humanité inspire de si vives alarmes et dicte de si sombres prédictions ! & Et je me serais empressé d'initier l\ ma foi le malheureux prophète.

Mais que dire h ceux qui ont connu, professé , prêché la loi du progrès, et qui, appréhendant tout h coup que l'humanité ne fasse consister son perfection ncmniU moral à échanger sa liberté contre un licencieux esclavage, consentent è garder l'autorité coercitive du passé , de peur que l'autorité facile de l’avenir ne soit trop attrayante? Il faut leur dire qu'ils ont perdu leur foi ou progrès, leur foi en l'humanité, leur foi en eux-mêmes, car sans cela de pareilles terreurs nantiraient jamais pénétré dans leur a me. Et cornaient a rime lire en effet que celui dont ou ne conteste pas, mais dont on redoute seulement la supériorité, puisse en irai ncr la portion la plus avancée des sociétés humaines dans un abîme de corruption , h moins de proclamer que les sociétés humaines n'ont grandi que pour devenir de plus en plus corruptibles , n’ont secoué le joug de la force brutale que pour passer sous la puissance séductrice de la volupté, n’ont détrôné la supériorité factice de la naissance que pouf reconnaître la supériorité plus dangereuse du gé~

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nie de l'hypocrisie et du sybaritisme ? Pour moi , si je suis avec cou fiance le chef suprême de la religion SaïnUbïmomenue, c’est que j’ai confiance en mes propres senlimens, en mes propres pensées , en mes propres actes , et confiance dans tout ce qu’il y a de généreux , d’éelairé et de fort dans l’humanité ; c’est que les hommes forts; éclairés et généreux, désirent comme moi une morale plus haute, plus pure et plus large que celle du passé, et que dès lors 1 homme qui nous apparaît évidemment comme supérieur doit posséder évidemment aussi ce désir k un plus haut degré que nous; c’est que la conscience profonde de lo moralité progressive du genre humain nous répond suffisamment delà moralité de ceux qull acceptera pour chefs et qui marcheront à sa tête.

Eh I pourquoi craindrais' je d exprimer ici sans reserve la foi pleine et entière que m’inspire l’homme qui est assis au premier rang parmi nous? parce qu on parlerait de lut faire une couronne de houe I Mais je n aî pas continue, moi, de céder h l'influence des poli Los passions et des préjugés vulgaires , quand il s’agit de juger qui accomplit de grandes choses. Je vous rappelais tout ïi l’heure l’ histoire de 'la révolution, pour établir, par l'autorité de l expérience , que* selon l'expression de Montesquieu , toute société qui semble destinée b périr par la guerre civile est plus vivace que jamais et plus près dé conquérir que d'étre conquise. Je vous diisais que le char du progrès avait alors foulé la plupart de ceux qui. , après l'avoir poussé en avant, avaient fini par s'effrayer de sa vitesse , et par s opposer à sa in arche. J a jouterai maintenant que les révolutionnaires qui curent Y horrible cou ragé de rester debout , fermes cl impassibles sur ce char ensanglanté, jusqu h l’entier accomplissement de leur mission déscirganisatrice * lurent long-temps jüE^

1 mi )

et condamnés sous avoir été entendus ni défendus. On exécrait leur mémoire sans leur tenir compte des nécessités épouvantables qui avaient pesé sur eux, sans examiner Vils n Valent pas sauvé la France et la révolution au prix de leur vie et de leur nom.

Eh bien! ce fut au milieu et solis le règne de ces préventions invétérées que , venant à étudier attentivement le grand drame de 1 789 ii 1795, il me parut que la physionomie des acteurs avait été odieusement altérée; et dès lors > peu soucieux des récriminations contemporaines, et Lout en faisant une large part de réprobation è la partie sanguinaire du républicanisme impitoyable, je réclamai justice pour Tin tel lige nee supérieure de l’ homme d'état, pour le désintéressement du patriote, et j'osai demander au tribunal de la postérité de réviser le jugement rendu par défaut contre Robespierre ( 1 ).

Aujourd'hui ma tache est plus facile et plus belle. Ce iVest plus pour ïe courage qui dé trait et qui frappe inexorablement , niais pour celui qui fonde et qui dorme la vîe , que j'ai à rendre témoignage. Ce n’est plus le génie de lu destruction , immolant tout ce qui lui résiste, que j’ai à réhabiliter, c'est l'organisateur pacifique répondant par une parole religieuse à une parole insultante; c’cst le cligne héritier de SAiiST-Snicvft que mon respect et mon amour vont chercher au milieu des outrages. Ce n’csl plus le tribun aus* 1ère qui mérita sa réputation d'homme de sang parce qu'il avait trempé sa main dans le sang; ce ivesl plus le sacrifi en Leur inflexible qu’il s’agit d’envisager sans effroi et cTap-

(t) Ynïr lit Réftitatiàh de MobtÿnUhtr^, publié en tIS?, *oîîs le p sailli n y me li H ixtLT n t; tm V. ;

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précicr sans passion : toute mon audace sc borne h ne pas craindre les éclaboussures do la bouc qu'on jette au vfenge d’un homme que fai accepté pour père, et auquel on s’efforce vainement do faire un renom d'immoralité sans qiTil ait trempé dons î'iiiuûôralilé, et b cause même de scs prétentions h donner une nouvelle morale, supérieure b 1W cîenne, b ce monde superstitieux ou incrédule» qui l'accuse ou va l'accuser du séin de la débauche et de la dissolution. Je sais que toute manifestation de sentiment hiérarchiques» respectueux et tendres est signalée par certains esprits comme une preuve de passivité et de servilisme* Qu’on ne s’y trompe pas cependant. Si ma voix, plus souvent voisine de la rudesse que de la flatteiSë, se prèle aujourd'hui au langage religieux de la piété filiale » c'est qu'elle se sent plus indépendante que jamais; c’est que le pouvoir suprême h qui s’adressent mes hommages ne s’ offre plus b moi sous h vieille forme qui nous fit soupçonner si Ion g- temps de vouloir rétablir la théocratie; c’est que la direction paternelle sous laquelle nous marchons ne porte plus l’empreinte de l’autorité fondée par llildebraml et rajeunie théoriquement par de Maistre; c’est que le chef actuel de U société Saint- Simon Senne a justifié les trois siècles de révolte de l’ humanité contre toute puissance qui prétendrait classer ou gouverner les hommes *ans s’occuper de préparer leur classement par le fibre développement des spontanéités. Oui, mon Père, si je vous obéis avec amour, avec intelligence et avec force, c’est que vous me commandez avec plus de force , plus d’intelligence et plus d’amour ; c’est que je ne sens jamais mieux ma dignité que lorsque je trouve du bonheur à vous suivre; c’est que je ne connais rien de plus libre que la soumission qui est volontaire et spontanée; cTcst que depuis cinq ans que je m’assieds près de vous , et h chacune des crises de la

doctrine, lorsque tant d’hommes forU jusque là se reliraient à defaut de vous comprendre, ou sc mettaient tardivement à votre suite, je vous aï vu présidant à la transformation religieuse on à la fondation de In hiérarchie, signaler la progrès là oli les autres ne voyaient que le péril , et marcher toujours en avant avec le calme sacerdotal et l'inspiration prophétique; c’est que cette inspiration cl ce calme sont devenus plus frappants encore quand la pensée d'un nouvel ordre moral, émise par vous, a troublé tous les esprits; c’est que F espérance n'a jamais brillé si vivement dans vos regards qu’au moment oii nos commotions intérieures trompaient le monde sur nos dcsLinées, et répandaient mémo Fin certitude et le découragement autour de nous; c'est qu’à vos colés seuls je puis aujourd’hui me sentir la puissance de répéter encore à ceux qui nous ont crus expira ns sous le schisme : n Eu dépit de vos sinistres présages, les iioumes dm l’ave xia c’est t or jours ïsoüs 1 »

Les applaudissent eu s qui ont interrompu plusieurs fois le prédicateur se prolongent jusqu’à sa sortie de la salle.

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