LE PROLÉTAIRE ET LA FEMME
Je voudrais que ma parole, comme une trompette retentissante, pût aller par le monde résonner aux oreilles de tous les hommes et de toutes les lemmes qui ont un cœur généreux , uue intelligence liante , un hras puis-
SDIlt.
J 'annonce h Ions les enfans de ce siècle que le jour est Tenu pour eux de dire et de Caire de grandes choses.
On nous raconte de nos pères de merveilleuses traditions : nos pères ont été beaux ; ils étaient courageux ofc forts, et nous avons plèufé cjnelipiefois de penser que nous ne serions jamais à leur taille, et les poètes nous ont dit que te soleil avait pâli depuis le temps de nos pères.
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Non, non; notre sang ne s’est point glacé, nos membres |Te se sont point énervés, notre pensée ne s’est point abâtardie; si nos pères , en leur temps, ont accompli do grandes choses, le jour est venu ou il nous est donné, à nous, d’en accomplir de plus grandes; nous n avons rien h envier b la destinée d’aucun des hommes du passé; notre gloire surpassera la leur*
La gloire semblait s’en aller de ce monde ; Il y a longtemps que les vieillards ne parlent plus aux jeunes hommes de ce qu’il y a de beau et de glorieux h faire en ce inonde : ils semblent que les destins de F humanité soient épuisés, cl que lotit soit fini! Lus pères n enseignent plus à leurs eu Pans que les secrets et les soins d un pitoyable honneur, d’une ambition mesquine* d’une honteuse cupidité, et les enfans ne sont pas curieux d'autre chose! Je vois une jeunesse ardente et robuste qui se glorifie de sa science, belle, gracieuse, aimable; je la vols gaspille*1 sa vie, user sa fï rce et son iuleltigrnce, profaner sa beauté en plaisirs égoïstes, en travaux avarie ieux , en misérables frivolités. Ce qu’il y a de beau et de glorieux à faire en ce monde , rien, pour eux rien: lis vonlj ils vivent, parce qu’il faut vivre* Dieu et l’humanité n’entrent point dans leur pensée : ils ne s’inquiètent pas s’ils ont une destinée sur celle terre et s’il n’est pas en leur pouvoir dé s’en faire une : ils n’en veulent pas ! Le inonde pour eux est terne et sans rayon, et ils ne souhaitent pas que la lumière se fasse! Aveugles qui se complaisent dans leurs ténèbres et qui ne croient pas au soleil! Aussi voy ex-les! comme toute leur vio est inanimée! comme toute leur force est sans majesté, toute cette sagesse sans dignité , toute cette beauté sans éclat : îl n’y a plus d’inspiration, plus d’enthousiasme! Tous ces traits sont décolorés, tous ces yeux sont éteints!
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El les femmes ne savent que faire de leur amour, voyant tous ces cœurs d'hommes déchus de toute grandeur et desséchés de louic poésie !
Il y a quarante ans uu cri s'éleva dans la France, lépété par vingt millions de bouches : « Il est beau et glorieux do mourir pour la liberté! »
Combien sont morts, combien!
La mère disait à son enfant : « Va, mon fils, et meurs , s’il le finit, pour la liberté! u Et pendant vingt uns les femmes ont battu des mains k cens: qui savaient mourir : les femmes aiment ce qui est beau et glorieux !
C’est un magnifique spectacle que celui d’une généi a* lion tout entière appliquée à l'exécution d’uji grande pensée, et dévouée à son œuvre jusqu’à la dernière goutte de son sang. Pendant vingt ans celle génération fui debout, consommant avec joie rinimense holocauste dont elle d< nnait chaque jour les plus belles et les plus précieuses victimes, Epuisée et mutilée, elle ne faillit pas un moment de constance et d’audace, et elle pleura do douleur et de rage; elle pleura sur ses amies quand le jour fut venu, après vingt aus de batailles, de rentrer dans lu repus, d endormir dans la paix Fardeur de son courage, et d’abdiquer avec son glaive les glorieuses habitudes qu'elle *’é* Lait laites d'héroïsme et de dévouement.
Aujourd'hui encore un vieux reste de sang remonte parfois et bouillonne à ces fronts cicatrisés ; et parfois un cliquetis de vieilles épées qui semblent interroger U France et menacer FEuropc, dernier soupir de rame guerrière de nos pères, s’étonne de no pas trouver d'écho dans ms cités industrieuses et pacifiques; et quelques vieux soldais, d éb ri s d1 u n au tre t emp s , regre tient d’ a v o i r 1 r op vé eu « Mais# parce que la sanglante mission du gloiva est 1er-
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minée» parce <| ^aujourd'hui la terre aspire h la paix, il ne faut point croire que les destins de l'humanité soient épuisés et que tout soit fini.
Les destins de l’humanité Font inépuisables.
Ecoulez : l'humanité Jusqu o ce jour a été livrée, ello est encore livrée h la guerre et à la violence : ses jours pacifiques sont venus.
U y a des heures solennelles dans le monde où une parole tombe parmi les hommes, les prend, les remue et les travaille pendant des siècles.
Voici la parole que les Saint-Simoniens donnent au monde : parole simple et féconde qui étonnera également les intelligences les plus superbes et les intelligences les plus humbles; car elle est faite* comme toutes les grandes paroles de rinmianité, pour loulcs les oreilles, et elle s’adresser l'Orient comme h l'Occident , a tous les lieux et à tous les peuples de la terre , il tout ce qui a nom d'homme sur la terre.
Le prolétaire et la femme doivent être affranchis : le prolétaire et L femme sont encore esclaves ; le prolétaire et la femme seront a lira nchis.
Le prolétaire c’est Je bras nourricier do la famille humaine.
Il dompte la terre comme un coursier, et il la convertit en tous lieux pour la joie do l'homme, h la fertilité, à la beauté, ù î amour.
La terre le reconnaît son dominateur et sou maître, et elle l'appelle son conquérant*
Ma. s le conquérant pacifique n’n pas encore de triomphe*
Ils sont vos sen i leurs, vos humbles et soumis sepvîteurs; ils \ otîs dressent la table do vos festins, ils vous édifient ios demeures , ils vous tissent la magnificence de vos vê~
temcns. Quel soin nvez-vous.de vos serviteurs? Aucun. Ils errent dans les rues de vos villes, de vos villes qu’ils ont bâties comme des étrangers. Ils ecoulent le bruit de vos réjouissances, ils voient l’éclat de vos fêles : rien de tout cela n’est pour eux, rieni Ils sont chassés, comme Adam maudit par le Seigneur, chassés de vos lieux de délices ! Votre mépris est à la porte et leur défend d’entrer, votre colère flamboyante les menace.
Pourquoi , pourquoi ?
N 'êtes- vous pas affligés de voir vos serviteurs affamés, nus, misérables, tristes, sans joie, sans bonheur dans la vie? N’avcz-vous pas pensé quelquefois qu’il vous serait doux de leur faire h eux aussi quelque bonheur et quelque joie dans la vie? N'avez-vous pas pensé que votre propre bonheur en serait plus grand, cl que le spectacle de leurs joies vous ferait tes vôtres plus délicieuses i
Voici ce que je vous annonce pour eux et pour vous , et puisse cette nouvelle courir dès ce jour par le monde!
Vous avez eu jusqu’ici des armées de guerriers faîtes pour la destruction , courant la terre avec des înstrumens de carnage et tous les fléaux que possède la main do l’homme.
Vous aurez des armées pacifiques , des armées de travailleurs, qui parcourront la terre avec des inslrumcns de fertilité et de création , pour faire éclore, fi chacun de leurs pas, du sein de la terre, tous les trésors et toutes les beautés qui n 'attendent pour en sortir que la main des bnmmtïâl
El je vous prédis qo’alors les yeux des hommes verront plus de richesses, et qu’il y aura dans le monde plus de joies et de délices que n’en a jamais rêvé pour l humanité riningiriulion prophétique des poêles.
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Alors aussi la gloire dont vous aviez investi vos armées de guerriers, depuis vos empereurs jusqu'au dernier des soldats „ passera à ces armées pacifiques* et le front du dernier des travailleurs en sera couronné.
Ainsi le prolétaire qui est le conquérant pacifique sera glorifié, et il relèvera enfin sa tête, et il affranchira ses membres si long temps enchaînés b. la peine et h la douleur,
Réveille -loi, ô jeunesse de France I réveille-toi , car tu dors, et voici qu’il y â de grandes choses, des choses merveilleuses h faire. Qui veut travailler dosa tête, de son coeur, de son b ras , d e sa bo u rse , h Fé m a n c i p at ion d u p r ol é taire , à F organisa Lion de Farinée pacifique des travailleurs?
EL vous , et vous quî ne fûtes jamais appelés , jamais appelés solennellement à concourir avec rhomme aux grandes œuvres do Fhumamlé, femmes, femmes, les jours pacifiques de l'humanité sont venus; vos jours sont venus,
Voici ce que je dis b la femme : En tous les lieux do ia terre la femme est Fesclave de rhouime. Par l’homme sa chair est souillée, son esprit est opprimé, son cœur est torturé.
En tous les lieux de la terre c’est l’homme qui fait à b femme sa loi : c'ost T homme qui règle à la femme toutes les conditions de sa vio; la femme est la propriété de lliommc; il use et il abuse d’elle,
La femme doit cesser d’ëire l'esclave et ht propriété de Fhomme.
La femme nTest pas l'inférieure do l'homme; la femme est l’égale de l’homme*
Toute loi qui n’a été faite que par l’homme est mauvaise, car die est oppressive pour la femme.
Toute loi doit être laite par Fhomme et par la femme.
Au nom do Dieu , au nom de Saint-Simon , en votre nom, mon Père, <jih continuez Saint-Simon; au nom de tous les hommes qui s’appellent et s’appelleront Sninl-Simoniens, j’annmico b la Jemme quelle est l'égale de l’homme, et qu’elle peut dès ce jour se poser devant lui, non plus comme devant un maître ou un supérieur, mais comme devant son égal.
Où sont tes femmes qui se lèveront cl qui diront aux .hommes : « Nous ne voulons plus que la fille du prolétaire vous soit vendue; nous ne voulons plus que la fille du riche vous soit sacrifiée; nous ne voulons plus que lu femme soiL votre esclave et votre propriété; nous ne voulons plus que vous puissiez user et ah user de la femme. La femme est l’égale de l’homme. »
Je vous jure que celles lî» seront belles entre toutes les femmes de 1 hum an ité.
Voilà ta parole que les Saint-Simoniens dorment au monde qui les mille , fui les méprise * qui les craint, et qui bieniûl les aimera et les glorifiera.
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