MES FILS I MM FILLES I
La France, qui porte en son sein les destinées du monde, vient de saluer une fois encore avec enthousiasme le drapeau de la liberté,,.*. Mais ce drapeau * dont noos avons prévu, accueilli * sanctifié Pîtatttense ci glorieux triomphé , ce drapeau , que nous avons vu arborer de nouveau avec d’autant plus d’allégresse, sur le vieux palais des rois* et sur le dème des anciens temples , qu’il signale au loin la chute inévitable de Tordre politique et religieux du moyen âge , qu'il semble , de la chne des menu mens qui re-
présentent symboliquement le passé* appeler incessamment h Pouivrelcs architectes dePavcnir; ce drapeau porte-t-il , dans ses pompeuses devises , le dernier mot que l’turma- | nilé doive attendre du Dieu qui se manifeste progressivement en elle? ?Ty a-tril rien plus h espérer au-delà de ce qu’il donne ou de cc qu’il promet ? Di Ldi tout ce que 1 homme a besoin d'entendre pour le développement le plus vaste possible de ses làculLés morales, intellectuelles et physiques j et flotte-t-il enfin sur nos têtes pour annoncer* comme tant de gens sont disposés à le croire , que nous sommes parvenus au dernier terme de notre perfectionnement ? Ecoulez :
U y a quarante ans que ce drapeau fut déployé glorieusement aussi par les vainqueur de la Bastille* À son aspect tombèrent les droits f les privilèges, les titres féodaux, toutes choses qui, soit dit en passant* avaient été pourtant considérées comme une propriété inviolable par le peuple qui les subissait* et qui conservaient encore lé mente caractère aux yeux des grands, qui croyaient devoir en faire généreusement le sac ri lice sur l’autel de la patrie* lié bien ! il se trouva alors des hommes , dont la capacité n’éLaït pas moindre, sans doute* que celle des plus illustres tribuns de nos jours , qui prirent , pour l’asile définitif de a paix et de la liberté, la tente fragile qu’ils durent élever à la hâte sur les ruines de l'édifice gothique qu’ils avaient renversé* Mirabeau, Mou nier , Barnava , Bailly , Lafayeilc, tout fiers d’aVoîr abattu l'orgueil nobiliaire* d’avoir brisé le lien féodal , en faisant un appel h l’esprit d’égalité et d’indépendance personnelle , se il allèrent d’arriver par cc moyen à donner un nouveau lien social à la France, de réédifier avec Ti nst ru ment de démolition, et. de fonder à perpétuité le bonheur universel sur la déclara-
tion des droits et des devoirs do citoyen* Des fêtes nationales " furent décrétées pour marquer la venue de ccl âge iFor; des médailles furent frappées pour éterniser la mémoire de scs magnifiques commence mens J un jour* oubliant pour quelques heures les nuances diverses qu’avait dû produire infailliblement parmi eux Inapplication de leurs principes sur la souveraineté de la raison individuelle , ces héros révolutionnaires, ces apôtres de destruction , ces hommes de luUe* ces interprètes admirables de la colère nationale, s’abandonnèrent tellement h. la douceur ci à la puissance de leurs illusions, qu'ils se jetèrent, ivres de joie et d’espérance, dans les bras les uns des autres, ne doutant plus que cette démonstration théâtrale de sentiment pacifiques, d’union et de concorde, ne réalisât sur la terré toutes les bibles du règne d’Astrée* <t Un nouvel ordre de choses s’élève, s’écria Bailly, et va régénérer toutes les parLÎes du royaume* Déjà la division dm provinces ne subsiste plus; tous les noms se confondent dans un seul; uü grand peuple ne connaît plus que le nom de français, c’est îe nom duu peuple libre; il n'y a plus qu’un devoir, celui de la soumission à la loi et au roi ; il n’y a plus qu’un sentiment , celui de l’amour et de la fraternité* C’est sur ces bases que vont reposer et la paix et la prospérité de cet empire, a Je pourrais citer des milliers de discours T d'adresses, de proclamations , dans lesquels des philosophes / des publicistes , des représenfans, plus ou moins célèbres, exprimaient les memes idées, manifestaient le même engoiïmenl, s’abusant tous jusqu’à méconnaître la dissidence et le désordre qui étaient au fond d’une société, dont trois siècles de critique philosophique avaient dissous les vieilles croyances et les liens moraux; jusqu'à voir un signe d’unité et d’ordre durables 1
dans la confraternité accidentelle * enfantée par la haine commune qu’inspirait l'ancien régime. Il me suffît de vous rappeler que* dans celte même enceinte du Chaïnp-de- Mars * où la population parisienne se pressait* il y a peu de jours* pour renouveler un des plus beaux spectacles de la révolution, les députés de la France solcnmsüieul , il y a quarante ans* l’an ni versai re du quatorze juillet* 311raient* par la bouche du soldat-citoyen qui commande encore nos cohortes civiques ( i ) , juraient le maintien de la UBEHlk , de l’âGALiTÉ et de Foïidbë public , et se livraient complaisamment l'espoir de les conserver à jamais, « Oui ! s’écriait le généralissime des gardes nationales * nos mains vonL s’élever ensemble, à la même heure i au même instant, nos frères de toutes les parties du royaume vont proférer le serment qui va les unir! Avec quels transports nous déploierons à leurs yeux les bannières * gages de cel le union et de l'inviolabilité de nos sermons ! m Et la session de l’assemblée constituante n’était pas close, que le peuple, affranchi par elle des charges féodales, éprouvait que son émancipation n’était pas complète; que la disparition des privilèges seigneuriaux ne FcinpcchaiL pas de croupir dans l'abjection et la misère; qu’il était condamné t\ nourrir de ses sueurs une autre aristocratie* dont Ifcs droits dérivaient aussi du hasard de la naissance; que les oisifs héréditaires dé la bourgeoisie survivaient à ceux de la noblesse pour l’exploiter; qu’il restait enfin exposé il la famine jusque dans l’exercice de sa souveraineté; et lorsqu’à l'approche de ce fléau * il
(t ) Lors Je celle tlicm [on , La Fayette iHait encore a la (Été itej» iufdet na lions lejfi.
voulut profiter de ses prérogatives constitutionnelles pour signaler ses besoins et exprimer ses plaintes, un des fondaleurs de sa liberté ne sut rien imaginer de mieux pour IV paiser g utilité loi sur les émeutes. Ce législateur était pourtant un homme de bien * dominé seu ionien t par les préjugés de son Lemps et de sa caste. Il avait vu , comme M. de Chateaubriand, les vainqueurs delà Bastille dam les ruissmuœde Paris, et une foule d'honnêtes gens pensaient alors, comme aujourd'hui , que la victoire en haillons, devenant trop im~ portune, u7a droit, après tout, qu'à Inapplication du Code pénal. Mais , à côté du jurisconsulte TargeL, siégeait un homme dont Pâme, toute gangrenée qu’elle était par le scepticisme d'un siècle de dissolution, avait au moins toute la chaleur corrosive que nécessitait la mission providen- i lie! le a un agent de destruction. Cet homme, formé pour 1 être le plus audacieux et le plus éloquent des tribuns , devait sympathiser vivement, en dépit de scs vices , avec les masses populaires; il répondit ainsi aux argumens de l'implacable légiste : « Je ne sais rien de plus effrayant que des motions occasionées par la disette. Tout se tait, et tout doit se taire, tout succombe, et tout doit succomber devant un peuple qui a faim. Que fera une loi martiale si le peuple attroupé s'écrie : // n'y a peu de pain chez les boulangers?*** quel monstre lui répondra par des coups de fusil P »
Honneur à l'homme qui s'indigne si profondément à la pensée de PefFusiou du sang humain I honneur au géant révolutionnaire qui, chargé d’un rôle de haine, trouve dans ses entrailles des émotions tendres pour compatir aux souffrances du pauvre 1 honneur à Mirabeau! Et cependant Mirabeau, n’ayanL plus rien à renverser, et sentant le besoin de reconstruire , ne sait plus bientôt que taire de sa redoutable massue. Sous les auspices de la liberté , de IVga-
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lilé, et de l'ordre public ( en entendant ces mots comme le fait la critique), Ift malaise et le désordre augmentent , U bourgeoisie est aux prises avec les classes inférieures , P anarchie devient imminente » la répugnance de Mirabeau a recourir aux mesures extrêmes contre le peuple , sa répugnance est alors ébranlée; il propose» il fait décréter lui-même la loi martiale I et ce ne sera pas un monstre qui Fexéeu ter ft 4 ce sera tout ce que la France peut montrer avec le plus d'orgueil h ses amis et h ses ennemis, tout cirque rassemblée nationale renferme de plus vertueux, de plus illustre, de plus magnanime! ce sera Bailly I ce sera LafaycilcM!
0 vous, qui aviez une foi entière b la puissance de vos principes do subversion pour fonder un ordre nouveau , parce qu’ils vous avaient suffi pour détruire l’ordre ancien, vous qui prédisiez un long cours de paix et de prospérité à vos concitoyens, sous k protection do vos théories libérales » venez entendre le terrible démenti que vos oracles sont forcés de se donner ii eux-mêmes ! voyez le champ de la fédération converti en champ de bataille; les sermem de fraternité étouffés sous des cris de mort; les larmes de joie remplacées par des Ilots de sang; des amis sincères de l'humanité réduits à massacrer leurs frères pour échapper h Fanarçbie; un peuple généreux et facile poussé b In révolte par la détresse! Ce spectacle ne dissipera-t-il pas vos illusions? ()ue vous kut-il donc encore? Force, ditesvous, est" restée b la loi, et l’ordre public triomphe après tout,...* attendez, ♦*,< ce triomphe ne sera pas de longue durée, La mitraille ne tue pas, mais ravive la discorde; et, plus lot ou plus tard, les patriotes héroïques de 8g, qui se croyaient maîtres de Favenlr parce qu’ils avaient anéanti le passé, deviendront la proie des factions. Mi*
rabc&u mourra sous le poids d'une accusation flétrissante; Maunier ne parviendra h dérober sa télé au bourreau qu’en fuyant h l’étranger; Barnarc montera h l'échafaud; Bailly sera immolé là même ou il présida, h un un dW tenta lie , à des fêtes patriotiques et h des scènes de deuil; La faÿetto ira souffrir une dure captivité dans les cachots (FOlmtUz; et la France , la Franco subira successivement le régime de la teneur èt le despotisme militaire, pour retomber encore sous le joug des Bourbons*
Tant de sacrifiées seront-ils donc inutiles? tant de sang aura-t-il coulé en vain? tant de malheurs et tFeflbris glorieux resteront-ils sans résultat? Non, mes filsl non, mes filles ! Dieu a fait Fliimianité perfectible; et la France, qui marche h la tête do l'humanité, ne peut pas céder au génie de la rétrogradation* Les successeurs infortunés des vainqueurs de la Bastille surgiront à leur tour des ruisseaux de Paris pour compléter l’œuvre de leurs pères , pour en finir avec le fantôme de l’ancien régime.***; Que dis je!