‹ Religion Saint-SimonienneChapitre 7 sur 46 · LES VOILA 1 ILS SONT VENUS ! ILS ONT VU , ET ILS ONT VAINCU I · texte numérisé non relu

LES VOILA 1 ILS SONT VENUS ! ILS ONT VU , ET ILS ONT VAINCU I

Gloire à eux 1 ils ont rendu témoignage au progrès par la sagesse et la modération qu’ib ont montrées dans la victoire*

Mais qu’a-t-on inscrit sur leurs bannières qui a U este ce lait important? Lisez : vous y verrez les mots, les mêmes mois, les mots sacramentels de 89: Liberté, Lgalit^, o r t>ee public* Je me trompe; le mot égalité n'a figuré qu'un seul jour sur le drapeau tricolore; il n’a été en faveur que durant tes fusillades , et il est tombé en disgrâce dès que le peuple s’est retiré avec le péril , et que la bourgeoisie a reparu avec la sécurité* Ce n’est pas sans doute uniquement dans un but de laconisme que ce mot a été effacé sur le drapeau libérateur* On y a vit une provomtion

d'anarchie pour ceux qui voudraient le traduire en fait, ou mie illusion pour les masses , si on le renfermait dans les limites de la fiction légale , et , forcé d’opter entre la consécration d’un mensonge et un appel au* niveteurs , on s’est décidé pour la suppression. La prudence le voulait ainsi.

Mais le haut libéralisme , le libéralisme dirigeant, est-il plus capable d’assurer la liberté et 1 'ordre public que V égalité? ou plutôt sa devise écourtée, renouvelée d’une époque où elle ne put servir è aucune fondation durable, ni prévenir les plus grands excès , sa devise sera-t-elle , celte fois, plus salutaire et plus féconde? Comment pourraiton le penser , puisque , toujours la meme , elle renferme toujours les mêmes élémens de contusion et de désordre : Voyez en effet ce qui s’est passé depuis que la liberté et l 'ordre public président à nos destinées. Comme sous l assemblée constituante, la liberté, sublime, héroïque dans ld combat contre l'ancien régime , n a enlanté , après le triomphe, que division, querelle, soupçon, haine, jalousie, anxiété, perturbation. Les discours, les proclamations , les affiches , les journaux , manifestent l’effrayant désaccord qui règne dans les esprits. L’autorité manque de la force morale nécessaire pour commauder; les citoyens sont troublés dans la confiance qui fait obéir. Au milieu de cette tendance à la dissolution , de celte anarchie dans les senlimens et les idées, V ordre public , comme la liberté, n’est rien de plus que ce qu’il était en 1 791 , n ayant pour se faire respecter que les rigueurs brutales du Code pénal et la puissance meurtrière du canon.

Oui , comme à celte époque, la bannière constitutionnelle , promenée solennellement dans nos rues , et si digue de l’enthousiasme qu’elle excite par le souvenir récent de sa victoire définitive sur les hommes de» anciens jours, la

bannière constitutionnelle n’a rien changé cette fois encore à la position matérielle du peuple. Les masses ouvrières, libératrices dn pays^ sont toujours enchaînées a ta misère. Provoquées ou non par une faction expirante, elles expriment un fait, malheureusement trop vrai, c’est qu’elles v ont faim , et que le pain leur manque, même en travaillant. ^ Certes, il faut déplorer les scènes de désordre, les menaces, les violences, qui accompagnent l'expression de leurs besoins et de leurs griefs. Il faut les plaindre, ces enfans abandonnés de Tindusirie 3 d'être réduits h chercher aveu* glément un remède à leurs maux , dans P anéantissement des perfectionnemeus industriels. Mais il faut plaindre aussi , il fout plaindre surtout la société, qui est sans puissance pour guérir les plaies profondes dont sont affligées les classes les plus nombreuses, qui ne peut répondre a leurs plaintes, h leurs gémissemens, h leurs réclamations, que par des arr étés de police , et par des réminiscences de j la loi martiale,

Tout-puissans contre le passé, les mots magiques de lihwté et i7 ordre public > et les illustres patriotes qui les répètent incessamment avec une admirable bonne foi , en leur rendant un culte vraiment mystique, sont donc tou-\ jours frappés de stérilité vis-à-vis de l’avenir 1 Faudrait-il/ donc subir encore ta série de déchiremens et cle malheurs qui attesta leur impuissance organique, il y a quarante ans? Non , non , rassurez-vous. D’un coté, lu révolution, n’ayant pas à combattre les mêmes résistances, n’aura pas les mêmes fureurs , et le peuple victorieux a montré tout ce qu’îl avait gagné en sagesse , eu modération , en générosité, D’autre part, et c’est là notre véritable sauve- garde contre le cercle vicieux, contre l’ abîme que je viens de signaler, plus heureux que nos pères, nous avons entendu

l'édifice social, nous avons compris un autre or mue et

une autre lirertê que ceux dont b règne n'abonlit qu'à

l'anarchie, nous avons reçu de Saiçt-Simon uû fil secou-

rable pour sortir du labyrinthe révolutionnaire.

Venez le recevoir de nous ce fil libérateur , vous tous qui êtes bis d'errer s ans soutien et sans guide, au milieu de ténèbres qui s’épaississent, d'orages qui renaissent k chaque instant; vous, qui êtes dégoûtés d’avoir poursuivi si long-temps en vain la vérité, la paix et b bonheur, dans une carrière où tant d'opinions s'entrechoquent , où tant de passions se heurtent; vous qui gémissez de voir les / plus belles conquêtes de la liberté toujours réduites b une valeur négative; vous qui êtes profondément alllîgés de l’abandon forcé que subissent , au nom de l’ordre légal , et sous le masque de la liberté, ceux qui ont eu de l'héroïsme militaire , pour combattre, et de F héroïsme civil, pour user de la victoire, ceux qui, seuls, produisent vos richesses , et qui, seuls, ont sauvé vos tête-s; venez apprendre avec nous comment on peut améliorer le sort des pauvres, sons violenter bs riches, accroître le bien-être du grand nombre, sans rendre malheureuse, en rendant même plus heureuse la minorité qui vit maintenant de privilèges, ^ Les travailleurs des derniers rangs sont mûrs pour Lasso- , g iat ion ; il est temps de les délivrer du salaire , comme nos | pères les affranchirent de V esclavage et du servage, l Trop long-temps exclus de la cité et condamnés aux privations , tandis que leurs sueurs alimentaient b faste et b luxe des classes oisives , ils sont dignes enfin d'être classés selon

leur capacité et rétribués suivant leurs œuvres. Ils ont produit, leurs litres incontestables h cette émancipation complète , b jour où ils sont entrés victorieux et couverts

de haillons dans tes palais somptueux , pour en sortir te^ mains vides et pures. Comparez en eÜbl celle magnanime conduite de prolétaires, accablés de besoins et tic mépris, à celle des guerriers féodaux, si redoutables aux chaumières, et dont les triomphes étaient toujours accompagnés de pillage , de meurtres et de dévastation. Songez que ces guerriers étaient pourtant les hommes d'élite de la monarchie , qu’ils occupaient les sommités sociales! Et vous jugerez ensuite s’il est raisonnable, s’il est juste, s’il est possible de traiter encore en ilotes les hommes braves et laborieux qui se sont montrés humains et désintéressés, là ou les grands d'autrefois ne furent qu’avides de sang et de butin ! là ou les grands d’aujourd’hui , sans être aussi belliqueux, ne se montrent pas moins cupides!

En caractérisant, par leurs résultats les plus directs et les plus frappans , la liberté et Y ordre public , tels qu’ils sont compris en dehors de nous, je suis loin d’avoir épuisé cet immense sujet. Il est important d’y avenir.

La liberté, prise dans le sens qu'y attachent les publicistes de l’école critique , n enfanté pas seulement la dissidence et I anarchie; elle laisse subsister aussi la servitude de fait , qui , sous tant de formes diverses , pèse sur la plus grande partie des membres de la société. Interrogez plutôt les Jimombrables parias qui vous entourent; demandez^ leur ce que c’est que celle liberté, qui les privé de la prévoyance sociale, qui les abandonne b leurs propres ressources après que le hasard de la naissance les a dépouillés de toute ressource; qui les force , elle ! la liberté ! sous peine de mourir de faim ! qui les force a des travaux dont les fruits reviendront b leurs maîtres; h des travaux pour lesquels le plus souvent Dieu ne les a pas formés, et qu’ils accomplissent par conséquent en dépit d’eiix-mêmes *

sous la dure loi de fa nécessité. Ils vous diront que cette liberté n’est qu'une déception cruelle; qu’elle ne leur donne le droit de prétendre à tout, que pour mieux leur faire sentir qu'ils n ont pas le pouvoir de dépasser les limites posées autour d’eux par leur misère héréditaire , de remplir les fonctions correspondantes à leur aptitude native. lis vous diront qu’ils sont libres de tout lire et de tout écrire, mais qu’ils ne savent ou ne peuvent ni l’un ni l’autre. Ils étaient libres aussi ces malheureux qui sollicitaient naguère t’ intervention d’un magistrat de la capitale pour obtenir de meilleures conditions de travail, et c’est au nom même de la liberté que le magistrat se crut obligé de résister à leurs vœux, de les abandonner h eux-mêmes.

, Que dis-je? cet abandon libéral , complet quant au refus do s’immiscer dans les moyens d apaiser la laim des ouvriers, fut pourtant soumis à une restriction. « Nous respectons trop votre liberté, leur dit-on, pour introduire l'influence du pouvoir dans les réglemens de vos intérêts, pour appuyer vos prétentions,- maïs si vous profilez de cette liberté pour essayer de faire vous-mêmes ce réglement en commun , alors nous n’aurons plus les mêmes scrupules, et après avoir rendu solennellement hommage à vos services patriotiques, après vous avoir bien flattés, bien caressés, en style pompeux et magnifique, nous serons contraints de vous recommander, au nom de l 'ordre public , non à vos maîtres pour qu’ils vous soulagent , mais aux gardes nationales et aux troupes de ligne pour qu’ellos vous fassent connaître dans toute son étendue le nouveau régime légal que vous avez conquis, n .

/ Oui , le consttlutionalhmc critique ne peut échapper à

j la licence, qu’en recourant è la dernière raison des rois,

! qu’en se donnant de saiïglans démentis. C’est par la lorce

qu’il remédie aux abus, c’est sur la force qu’il fonde son J

ordre public . r

Et ce serait là la liberté que Dieu aurait réservée à Tèlre qui doit réfléchir progressivement sur la terre sou immuable perfection î Et ce serait là Tordre définitif, providentiellement destiné à cette famille humaine, dont l’amour et la sympathie forment le plus bel attribut ! Non , non, ce n’est'" point pour arriver à établir sur une base régulière et inébranlable le règne de cette légalité sauvage, que les circonstances nous imposent transitoirement; ce n’est point pour aller sc perdre dans le chaos , que T homme a reçu le don de la perfectibilité. Descendez en vos âmes, vous y trouverez ce que je puise en î a mienne, des désirs brûlons, de s L ransports d’enthousiasme, des, tressaillern eus délicifi u \ , qui appellent, qui signalent la liberté bt L*OBjp^jE yraiment dignes de fixer nos efforts et nos vœux , de justifier tout cc que Sàikt-Simox nous a enseigné de la nature pro- \ gressivc de Thumanité* et de la bonté infinie de Dieu.

Ea liberté I c’est la puissance donnée h .tous de développer, avec l’appui et sous la direction de la payer ni té sôcjtate fTêurs facultés oatu relies; tVagjr spontanément dans le cercle de ces facultés; de faire avec amour tout ce qu’ils devront faire en vue du bonheur général étroitement lié cette Ibis au bonheur individuel. Voyez la cité Snint- Simonîennc : on y dira moins aux hommes qu’ils naissent libres; mais les hommes sentiront de plus en plus, en grandissant, qu’ils jouissent de. la liberté; car une main protectrice, fécondant pleinement par l'éducation leur aptitude primitive, leur inspirera constamment le désir, et leur donnera le pouvoir de remplir la fonction à laquelle ils seront le plus propres. Pour eux , la liberté ne sera pas un vain droit , mais un fuit irréfragable , garanti , perpé-

tué nécessaire niiMit par h marche naturelle d’une société fondée sur le principe du classement selon In capacité et de Ja rétribution suivant!» travail; et comme ce fait existera dans toute sa force et sa valeur pour chaque membre de la grande famille , il y aura aussi égalité, égalité sainte , telle que Dieu 1 a voulue quand il a donné aux hommes des Ihcuités diverses. Et , comme chacune de ces facultés sera mise a sa place pour se développer eLs’exercer pleinement , pour concourir le plus possible à l'œuvre soeiale, l'ordre public et l'ordre privé existeront alors, non en vertu d' ordonnantes de police el sous la protection des gendarmes , niais comme le résultat direct, la conséquence immédiate,

I heureuse et vivante expression du principe de justice et d amour qui [fera la base de l’organisation Snint-Simon i en ne. Quelle harmonie plus belle que celle de l’univers! elle subsiste pourtant, elle se maintient sans lois de répression, sans mesures coercitives, lié bien ! c’est sur ce lype ; admirable qu’a été conçue celle que nous vous annonçons.

Amis de lu liberté , de fée alité et de l'oiman, venez donc ù nous , puisque seuls nous pouvons vous offrir une liberté qui ne conduise point h la licence, une égalité qui n aboutisse point à l’anarchie, un osmiuqui n’enfante pas le despotisme : une liberté ellicace et non fnclice, qui affranchisse réellement , entièrement , ces esclaves qui peuplent les ateliers , ces masses populaires avec lesquelles vous sympathisez vivement, sans pouvoir rien trouver pour elles dans votre ardent libéralisme J une liberté qui ne soit pas interdite h cette moitié du genre humain que b, force humilia, que l’amour doit relever; une liberté qui brise aussi les chaînes do nos épouses et de nos mères . do ccs femmes que vous avez IraiLéos jusqu'ici en maîtres , que vous avez renvoyées comme les classes ouvrières à

leurs charges ordinaires, h leur prison du foyer domestique, le lendemain du jour oii elles s’élaienl associées aussi, à leur manière, à la victoire du peuple, où elles avaient apporté l'appui de leurs inspirations aux combat' i ans, le secours de leur active compassion aux blessés ; nue égalité qui ne soit pas un mensonge ou une iniquité; qui donne également à chacun selon ses mérites et non pas selon le hasard; un ordre qui classe l'homme par la capacité et non par la naissance, qui règne par l’amour et non par la force. Voilé ]’ ordre, l’égalité, la liberté, que nous vous présentons au nom de Dieu et de Sàint-Simotc, Mette z~Ies en regard m; la liberté , de l’égalité et de l’ordre, que les plus illustres elles plus sincères libéraux vous ont donnés ou proposés depuis quarante ans, et CHOISISSEZ,

Éü - « - - - -

MES FILS t MES FILEES ,

On applaudît quelquefois h des vues isolées de notre politique; mais on nous reproche souvent, avec une humeur mêlée de pitié , nos vaines prétentions à fonder une religion, dans un siècle dont l’esprit éminemment positif répugne également à toute croyance ancienne ou nouvelle : on nous accuse d'infliger à la société, pour condition de ses progrès, une honteuse rétrogradation vers cette ère de ténèbres, où le mysticisme, la superstition, le fanatisme, cortège inévitable de toute religion , la pion-

gèrent dans un funeste aveuglement ; on déplore enfin notre obstination dans une tentative insensée que les lumières du temps condamnent sans retour. Tel est le langage que nous adresse PïNcnimuuTi superbe de nos jours, et dont parmi vous, mes fils, parmi vous- mêmes , mes filles* plusieurs ne renieraient point la dédaigneuse expression* Vainement nous répétons que l'incrédulité actuelle, puissante et légitime contre le passé, loin d’être un argument contre Favenir religieux que nous annonçons, est ^ aussi favorable h sa réalisation que le fut à celle du christianisme r incrédulité de ta société romaine. Â vous entendre , on a trop bien abattu, déraciné, extirpé la religion , on a trop semé de sol et de cendre sur le sol profondément labouré, pour que jamais elle puisse de nouveau s y implanter; en un mot, vous avez foi dans le XVIH0 siècle, agrandi de ce premier tiers du notre, pendant lequel il vous semble durer toujours. Et moi, <r ai roi dans tous les siècles , j’ai roi dans leurs raouaîis , qui ne se continuent qu’à la faveur de croyances de plus en plus complètes. Je pourrais donc , à cette expérience dune seule époque que vous nous citez, vous opposer victorieusement l'expérience de tous les âges écoulés; et, déroulant à vos yeux le tableau de ITmmanité, grandissant toujours sous f influence tutélaire de la religkm, casser, grâce h tant de témoignages accumulés en notre faveur, Parrét présomptueux d’un siècle qui ne peut proclamer son infaillibilité sans la nier h Pinstant même par un démenti donné è tons les siècles passés ]

Mit S PlillJiS ,

1 (‘He n’cst point la tacite qu’en ce jour je me suis imposte; cependant je ne viens pas combattre timidement de dédaigneuses inculpations; je ne dégraderai point le ministère que vous m’avez confié, jusqu’il justifier, en prenant le rôle d’un accusé, le DIEU que j’adore , SAINT-SIM ON qui nous l’a révélé, et VOUS qui me l’avez enseigné ! Ici jus ~1 suis juge, celte chaire est un tribunal! C’est donc le XVIII" j siècle tout entier que je veux, en votre présence, y traduire anjou rd hui. ^ d est vrai que ce siècle élève, entre tous, un Iront marqué du sceau dç Yincriduiitè ; appuyé sur I humanité, qui fut progressivement religieuse, je déplorerai son erreur, et, passant outre, j’annoncerai hautement noire caoYAxcji nouvelle. Mais si je puis lui même le convaincre de foi, si je puis le surprendre, malgré lui, bkj.icibox dans tout co qu’il a fait de grand , d’utile et de glorieux, car je cherche l’innocent et non pas le coupable, mes I’Î;riîs , nous bénirons ensemble DIEU, dont la gloire ne peut s’envelopper de nuages sans laisser , échapper de nombreux rayons, dont la domination ne J Connaît pas d interrègne, dont l’avénemenl recommence incessamment, dynastie toujours vivante, éternelle, infinie , que proclame la voix do tous les âges; et peutcite alors, mes fils, mes filles, vous ne refuserez pas de le bénir avec nous !

Brisons l’autel du Christ , disent les esprits les plus hardis du XVIII" siècle; brisons avec cel autel, qui trop long-temps consacra pour l’aveugle humanité son esclavage '-l son opprobre, l’ordre social dont il esL le fondement!

Us disent ; et deux hommes entraînent le monde h cette guerre ; l’un génie souple et varié, caressant ses contemporains jusque dans leurs vices pour mieux affermir sa dictature , habile à multiplier ses attaques sous toutes les formes , frappant de la réprobation des larmes, et surtout de celle du rire ; l’autre austère avec une rtrne passionnée, ne ménageant ni les abus qu’il renverse, ni ceux au profit desquels il les détruit, audacieux comme un Gracque, censeur comme un Caton* Ils vainquirent : gloire h eux I Leur entreprise fut grande, généreuse, légitime ! Mais sous f influence de quelle religion s’est-elle accomplie ? Que Voltaire et Rousseau aient souvent parlé de DIEU avec une émotion louchante, partagée par leurs admirateurs; qu’ils aient meme attaqué tn son nom la vieille croyance , qu’ils déchiraient contraire 11 ses lois éternelles; ce nom ne fut pas inscrit sur leurs bannières , ce n’est pas à ce nom qu’ont palpité les cœurs et que se sont rallrés les bras; je ne puis donc encore absoudre le XVIIIe siècle I

r* La religion, vous le savez, lie les hommes entre eux, en les liant h un DIEU, afin d’atteindre un but qu’elle leur a révélé. Or, comment la société , qui ne voyait plus 1 dans l’antique révélation dont elle avait épuisé les bienfaits qu’un obstacle odieux & ses progrès , et qui , dès lors , ne pouvait honorer la Providence qu’en lui ôtant Eh on neur de tonte révélation f se serait-elle unie avec ardeur dans l’amour d’un DIEU qui semblait muet, indifférent h ses destinées ? Et cependant elle fut religieuse ! En effet, que voulait-elle? l’affranchissement, l’ abolit ion des privilèges de la naissance , la destruction de Ti ni posture et de l'hypocrisie, l'anéantissement de l’erreur, le retour à un ordre de choses plus conforme à ses besoins

méconnus ! Paraissez doue, Liberté, Égalité, Vérité, -i Raison, Nature! paraissez, Dieux nouveaux qu’adore la société, seuls capables do concerter ses efforts pour un but qui lui est cher I Ouï , les premiers qui prononcèrent; ces mots avec force et puissance furent des. -révélateurs , car ils répondirent aux besoins que vous éprouviez alors : au nom de ces dieux ils vous firent des promesses; au nom de ces dieux ils vous unirent pour en obtenir la réalisation; au nom de ces Dieux ils tous commandèrent des actes. Ils fondèrent véritablement, des religions ; multipliées sans doute comme les laces de l’édifice h détruire , passagères comme les assauts h livrer, incomplètes comme ïes associations qu’elles déterminèrent ï Mais les dieux qu’ils vous enseignèrent vous inspirèrent une dévotion pleine d’enthousiasme : ils eurent leurs autels, je parle sans métaphore , leurs images figurées par la toile, par le marbre, souvent même par des personnages vïvans; leurs fêtes solennelles, leurs arbres consacrés, leurs emblèmes, soit dans le coq gaulois , soit dans le bonnet de l’affranchi, soit dons le drapeau tricolore , oriflamme de la république; et leurs hymnes enfin, que répétaient à la fois les hommes, les vieillards et les en fa ns I Ne voyez-vous pas h ces mois :

Amour sacré de la patrie ?

Conduis , souiieus nos bras vengeurs.

Liberté ! Liberté chérie !

Combats avec tes défenseurs ï

Ne voyez-vous pas vos pères, trcs&uîhmt d’un saint enthousiasme, à genoux, le front découvert, les yeux levés au ciel, le bras tendu, frapper Pair avec respect de leurs

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