LA CHARITE
Mes fils , mes filles >
Chaque fois que la société, déshéritée de la loi antique , qui long-tems avait sufli ses besoins et développé ses forces , attend une loi nouvelle qui la retire de son afflicr lîon et améliore sa destinée , la classe la plus nombreuse et (a plus pauvre semble , d'une voix gémissante , demander compte ù Dieu do ses souffrances, et l'interrogé avec une audacieuse amertume , mais selon la sincérité de son cœur, sur tant de maux qu’elle croit n'avoir pas mérités, et que, dans son ignorance, elle ne peut
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s’expliquer. * Pourquoi , dit-elle comme Job , en étendant* comme lui * sur un fumier ses membres décharnés et rongés de plaies dévorantes * pourquoi m’avez- vous tiré dit sein de ma mère P mieux vaudrait que je fusse mort, et que personne ne m’eut jamais vu !... Le peu de jours qui me restent ne finira-t-il pas bien lût?..., Un fou brûle dans mes entrailles sans me donner aucun repos*,.. Je crie vers vous* ô mon Dîcu î et vous ne m’écoutez pas J*,. » Viennent alors de prétendus sages* qui * semblables aux amis de Job, prenant en main la cause de Dieu , la gourmandent avec colère , répondent à ses plaintes par des reproches * b ses lamenta lions par des calomnies, attachent aux douleurs, dont le poids l’accable* une effroyable légitimité 3 et l’o- L figent b laisser échapper ce cri : a Mes amis se répandent en paroles, mais mes yeux se fondent en larmes, » jusqu’à ce que Dieu , après avoir confondu par la sublime révélation de sa sagesse les murmures de l’impiété , cl lui avoir arraché ce témoignage d’admiration et d’amour: * Quand je vous interrogeais , ô mon Dieu 1 j’avais seulement entendu parler de vous , et maintenant je vous vois de mes propres yeux a ; transforme enfin son sort par une vaste amélioration , et ne pardonne a ses accusateurs qu’a la condition d’une prompte réconciliation avec le déplora ble accusé qu’opprimait leur faux zèle*
Et en effet, lorsque aujourd’hui la classe la plus nombreuse eL la plus pauvre, condamnée à un rude travail, h peine assurée du retour régulier de ce triste labeur, croupit dans l'indigence, l’ignorance et J^hrutissement , ne voyez-vous pas les sages du siècle la faire comparai Ire devaut leur tribunal , et prenant , avec une solennelle hypocrisie ou un étrange aveuglement , pour complice de leur sagesse intéressée la sagesse de Dieu même , l’invoquer ru
faveur de ce qui existe , les uns sous le mm Av Providence « les autres sous le nom de Destin; ceux-ci en exaltant les bienfaits de la charité chrétienne, ceux-là en énumérant les largesses de la philanthropie, et tou*., enfin, s’accorder à bâillonner, en quelque sorte , la plainte de tant <fin fortunés eu préconisant merveilleusement V ordre actuel dont eux seuls recueillent les avantages*
Et moi, au nom de Saint-Simon et de mes Pères* jeviens vous IWmoacer : il n’est de remède aux maux, dont F horrible spectacle est sous vos yeux , que dans une loi religieuse nouvelle, capable d’unir entre elles toutes les classes de la société : oui » c'est un amour nouveau de [homme pour Dieu et pour ms semblables , quij?.ejjl ne.y.t.iiifiikfijm tenue à tant de misères et en prévenir l'accroissement, Eu vain appelleriez-vous à votre aide la charité chrétienne et la philanthropie mondaine , je veux aujourd’hui les convaincre dUm puissance et de stérilité, et vous montrer la supériorité delà charité SaiiU-Simonienne* Plus tendre et plus ' auguste, elle fait pâlir leurs miracles par ses miracles inouïs , et elle continue cet amour ardent de l'humanité , l allumé sur les autels du Christ, par un amour plus ardent encore, allumé sur l’autel du Dieu de Saint-Simon. Car Pamour de l'humanité» sincère , exalté, efficace , ne saurait se détacher de l’amour de Dieu; et Saint Simon n’est le plus grand dos philanthropes , que parce qu'il est le plus grand des révélateurs.
Ramenez en effet vos regards sur la société antique. Avant que le- christianisme eût commencé sa mission, déjà la philanthropie avait parlé au coeur de quelques philosophes; et, depuis que le polythéisme, expirant au sein de Romr rassasiée de combats et de gloire, avait cessé de
peser sur des populations soumises ou asservies, h philanthropie leur avait découvert que la nature des esclaves et des étrangers ne différait point de celle des maîtres et des nationaux. Mais quels furent ses bienfaits? Elle adoucit quelques aspérités de 1* ancien ordre social, et le laissa debout. Les philosophes, sans lien entre eux, et faisant profession de vivre dans la retraite, opposaient , avec orgueil, ( aux vices d'une société corrompue le contraste d’une perfection solitaire, et sé complaisant dans leur pompeux égoïsme, foin de pousser au progrès, rétrogradaient dans leurs vœux jusqtrïl ce qu’ils nommaient les beaux jours de la République , pour laquelle ils savaient meme quelquefois verser leur sang , stérile libation sur des autels tombés \ - Or, voici que. des hommes obscurs et méprisés, radieux de foi , d’amour et d’espérance , annoncent, avec un Dieu nouveau , un nouvel amour pour l'humanité. Ils parlent. Qu'estai besoin de vous redire les merveilles de la Charité 1 chrétienne? C’est peu de donner aux esclaves un Dieu, une famille, un nom, ci des maîtres plus humains ; elle provoque journellement leur affranchissement; elle dompte la férocité des barbares qui se précipitent sur l'empire romain et se le partagent; par lambeaux; elle sauve des rigueurs de l'esclavage les populations tremblantes, qu'autre fois les conquérons auraient eu le droit de vendre et de disperser comme de vils troupeaux; elle oblige les vainqueurs orgueilleux , soumis par la religion des vaincus, h courber avec eux la tête devant la croix du Sauveur; elle discipline à la fois par son humilité hautaine les serfs et les seigneurs , les nobles et les vilains; brise les fers de F esclavage^ amollit la force guerrière, en lui faisant faire un apprentissage de douceur et de soumission aux pieds du sexe le pins faible; intervient dans les querelles des rois, tou-
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jours prêts à guerroyer ; enseigne à tous les chrétiens politiquement divisés une religieuse fraternité; et ce que la philanthropie n’avait pas même osé tenter, elle l'accomplit!
Elle veille encore , avec une tendre sollicitude , au sort de ces immenses populations , que leur émancipation meme réduit à de tristes nécessités; elle frit jaillir, pour ceux qu’elle a tirés de servitude, et qui s acheminent ^ travers le désert vers une terre d abondance et de fertilité, des sources d’une ean vivifiant© , et répand sur eux
les trésors d’une manne céleste.
Grâce h ces premiers secours, les masses laborieuses développent plus d activité; mais clics aussi se lussent de la manne, et aspirent & un bien-être supérieur, qn on ne leur promet point, mais qu’elles pressentent et qu elles cherchent; la société tout entière s’agite et s’inquiète.
Prêtres de Jésus, avez-vous compris ces besoins nouveaux ? Voyez; ici, les classes inférieures se transmettent héréditairement T indigence et tous scs dénue mens; là , les classes supérieures profitent de la fortune, que leur assure le privilège de lu naissance, pour exercer le monopole des sciences et des arts , accroître leurs richesses ou vivre dans l'oisiveté; telle esL la société actuelle, féconde en misères et on crimes; flanquée d une part , de prisons, de bagnes et d échalauds, et de 1 autre d’hôpitaux et de dépôts de mendicité; d une main s armant des chaînes et du glaive contre Jes nmlfrileurs qu’elle enfante , et de l’autre jetant un peu de pain aux malheureux qu’elle affame, et leur donnant un lit pour mourir, une fosse pour être enterrés ! À ce spectacle , votre cœur a-t-3 saigné* et votre charité s’est-elle émue? Non; irnpuissans , vous le sentez , pour régénérer cet ordre social , vous avez , par une sacrilège mutilation des vues providen-
li elles, osé y ajuster Dieu 1p.. des pauvres et des souF frans P Dieu le permet , dites-vous , afin que la charité des riches et la patience des pauvres trouvent , dans un mu* tuel exercice, une occasion de salut: des coupables et des méchans ? Dieu permet les tentations comme épreuves do la vertu !
Àh î lorsque vos devanciers enseignaient aux pauvres et aux opprimés In patience et la soumission , ils enseignaient aux riches et aux puissans F amour et riiuinilité; ils les unissaient les uns aux autres par un lien chaque jour plus étroit, et donnaient ainsi un prix h la résignation, mémo dans cette vte* ou Jésus-Christ se disait consolé, rassasié t soulagé hii-méme en tous ceux qui sou (Traient, Mais aujourd’hui , que pourriez- vous en faveur des classes déshéritées, vous qui ne pouvez plus rien auprès des classes privilégiées ? En vain vous opposez au tableau des plaisirs de l’ opulence celui des souffrances de la pauvreté j eu vain vous renouvelez tous les élans d’une indignation déclamatoire contre le luxe scandaleux qui dévore le bien-être de tant de familles : les riches savent que le progrès social ne consiste pas dans ta suppression d’un su^ perflu , chaque jour plus nécessaire. Que ne leur apprenezvous donc, ce qu’ils ne savent pas encore, que ce progrès consiste dans la nisTimumox de ces jouissances selon la capacité, et dans Télé va t ion des classes inférieures à un sort toujours meilleur? Mais pour te faire, quel crédit avez -vous auprès des artistes, des sa vans , des chefs d’ateliers î Dès long-temps ils sont en révolte contre voire dogme incomplet, et ils sérient de vos anathèmes; heureux lorsque dans leur superbe dédain ils jugent la religion nécessaire pour le peuple, et vous regardent f prêtres du Christ, comme les utiles auxiliaires des gendarmes , bons à conte-
uir ce peuple par un frein qu ils rejettent pour eux-mêmes !
Eli tien! avez -vous essayé de vous relever de cet arrêt qui vous dégrade? Non , vous n’avez plus de foi dans votre autorité; vous subissez la loi de ce monde qui vous outrage, et, complices desos desseins , vous essayez par [Ignorance de façonner ce pauvre peuple b la résignation. C’est par l'ignorance que vous voulez éteindre en lui ce vif désir de réaliser sur la terre même une portion du bonheur qui le luit , et dont Pardeur Pemporte loin de vous. Incapables de renouveler le miracle de la multiplication des pains , et n’ayant plus que de faibles aumônes b lui partager, vous voulez rétrécir h la fois ses désirs , j^sJbesiûins ,
afin de le retenir constamment à la merci de vos bienfaits, autrefois précieux , aujourd’hui insulïîsans et dédaignés : cc que vous lui prêchez, c’est une résignation désolante de nudité, dépouillée même des jouissances d'un avenir céleste, do»L votre voix désenchantée le met en défiance, tandis que plus habile à parler d’enfer, elle s'efforce d’épouvanter des terreurs de la mort les cœurs déjà si pleins des douleurs de k vie* Vous ne savez plus promettre , vous ne savez que menacer ! Non, Dieu ne parle plus par votre bouche; car les hommes ne se lassent jamais d’espérer, et Dieu ne se lasse jamais de promettre; car les hommes sont toujours insatiables, et Dieu, dans sa boulé, les rassasie toujours 1
Loin de moi cependant la pensée de méconnaître ce quJil peut y avoir encore parmi vous de générosité et d’amour pour les classes souffrantes !..* Mais cet amour ne ressemble-t-il pas à celui d’une mère, qui , rendue sauvage par l’excès d’une aveugle et jalouse tendresse , s’obstine b donner un lait presque tari ou altéré b ses fils grandis , dont la force réclame d’autres ali mena* Ce lait fut d’abord
un Lien fait j aujourd'hui it n’est plus qu'un poison; ce maillot fut d’abord une protection » aujourd’hui îl n’est plus qu’un supplice; ces chants d’amour dont elle berça leur enfance ont adouci leurs premières douleurs; mais aujourd’hui leurs monotones refrains les fatiguent ou les endorment !
Mais , n’y a-t-il point encore d’aulresopprimés au milieu de celte société , où vivent les débris du règne de la force? Les femmes ne réclament-elles pas aussi une émancipation complète? El que fait la charité chrétienne * que répéter contre elles l’antique arrêt de leur subalternité, fondé sur le dogme de la déchéance originelle , comme si elles nJavatent point appelé de cet arrêt par leur glorieuse participation aux progrès de L’ humanité !
Enfin * lorsque la guerre divise les nations de l’Europe , ou arme les peuples contre les rois , que faites-vous ? Les monarques se coalisent* les peuples se soulèvent, de vieilles dynasties tombent, des dynasties nouvelles surgissent , sans que les oracles du Vatican soient consultés ou prononcent au nom de Dieu dans ces graves questions et ces sanglons démêlés.
C’est que votre charité ne se sent plus chargée d’une mission divine; elle se rappelle seulement ces paroles du maître * Mon royaume n’est pas de ce monde ; cl c’est avec , ces paroles qu’on vous mure dans vos églises , et que vous vous y renfermez vous -même s 1 Comment pourriez -vous donc extirper tous ees maux, lorsque la racine en est dans la constitution actuelle de la société, h. laquelle votre dogme vous défend de porter la main? Catholiques ou protestons, tous incapables , par cela seul que vous êtes chrétiens , d’opérer un changement dans l’ordre social qui pèse sur nous , que prétendez-vous encore? Gloire , gloire , sans
doute, à cette sublime charité qui, la croix b la main, brisa l’esclavage, régénéra l’Europe, et pénétra tous les hommes d’une mutuelle sympathie! mais votre charité mesquine, dégénérée , ne m’apparaît, plus qu’escortée d’un bedeau, une bourse à la main. Où la première moissonnait, la seconde glane b peine I mais une moisson nouvelle se prépare, riche, féconde, salutaire! que tardez-vous donc ? Ou joignez-vous à nous , ou cédez-nous la place. Ne voyez-vous pas que l’espoir vous abandonne, et que de. vos fronts découronnés il passe à des Ironts plus radieux i* Enliu , n’ètes-vous pas épouvantés de votre propre faiblesse et de votre cruauté? Quoi! ce peuple» pauvre , nu, soutira ni , auquel on décerne los ironiques honneurs d une souveraineté illusoire , ce peuple est impérieusement re clamé par l’oisiveté privilégiée qui, au nom delà loi de ses pères, se croit en droit de l’exploiter b jamais, et vous, vous l’abandonnez b celle inique sentence, et, comme Ponce-Pilate, prêtres de Jésus, vous dites : «Je me lave les mains du sang de l'innocent. » Ah! retirez-vous, votre tâche est finie !
Est-ce donc à la philanthropie mondainequ* il est réservé d’accomplir ce que ne peut opérer la charité chrétienne i Reconnaissons-le d'abord ; si partout on proclame aujouid’hui la fraternité humaine , ces voix innombrables qui éclatent hors du temple ne sont que les échos de la parole évangélique , et ne sauraient lui dérober la gloire d avoir semé cesenseignemcns dont nous avons profité. Mais enfin, b cette puissante leçon qui a porté tous ses fruits, doit succéder une autre leçon. Hé bien ! quelles promesses , quelle bonne nouvelle , quel remède aux calamités dont nous sommes allligés apporte la philanthropie ? S agit-il de secourir
lu de tresse des classes laborieuses et de leur donner un soulagement passager, malgré ja solennité académique de ces réunions, où d’élégam orateurs déploient une brillante éloquence devant l'élite des philanthropes opulens, elle arrache à grand peine ce que dans une obscure paroisse obtient encore avec facilité la charité chrétienne, ombre d une charité qui o est plus , par la voix de scs ministres dédaignés, disant sans éloquence comment Jésus a souffert pour tous les hommes. Ah I lorsqu'à la voix du prêtre, Faumêne s'échappe de la main du fidèle, mouillée de ses larmes et comme empreinte du sang du divin Rédempteur, loin d’htimilferle pauvre, die semble envers lui l'acquittement d'une dette sacrée. Mais lorsque dans de profanes réunions les riches n 'accordent un secours, qu’en échange d un plaisir, au milieu des pompes du luxe, de fouivremcntdu tumulte et de la dissipation, où donc est le souvenir des infortunés dont Je deuil , les angoisses et la misère ajoutent une fête aux joies des heureux du siècle? où donc est celte piété touchante qui établit un lien d’amour entre celui qui donne et celui qui reçoit? et pourtant, malgré cette insolente frivolité, malgré cette dédaigneuse bienfaisance , je plains également et ces pauvres, flétris d'une brutale aumône, et ces riches, jaloux d'émotions communes, n’ayant aujourd'hui de temple qu’une salie de concerts ou do bals !
La philanthropie fait plus : elle visite les bagnes, assainit les cachots , y remplace par le travail une oisiveté corruptrice , tente même d’arracher à la justice son glaive, et d'enlever graduellement à la pénalité son caractère de barbarie. Mais enfin, cette philanthropie, comme celle qui précéda la charité chrétienne , quoique plus vive et plus ardente aujourd'hui , en adoucissant les abus de l’ordre
social présent, le laisse subsister tout entier. Elle essaie* en faveur des misérables et des coupables, qui trop souvent se confondent, d’enjoliver l’enfer que leur fait la société ; mais elle ne le détruit pas. Parie-L -ëh de la propagation de l1 éducation primaire , de 1 institution des cours pour les ouvriers * de la multiplication dos ouvrages h la portée des classes inférieures * comme de moyens destinés à améliorer leur moralité * et è leur permettre de s’élever oii les appelle leur mérite, grâce â I égalité devant ta loi? Philanthropes présomptueux, oii vous entraîne voire erreur? ignorezvous donc qu’avec l’égalité devant la loi subsiste E inégalité aveugle do la fortune, et que votre loi, inflexible pour les malheureux qui Provoquent * se Laisse taire violence par les privilégiés de la naissance? Que me citez-vous des hommes pauvres et obscurs parvenus h l'opulence et h la célébrité seulement par leurs talc.» s ? on ne cite jamais que des exceptions* Maïs le nombre de ces hommes serai t-il plus grand, qu’importe? D’opprimés qu’ils étaient , ils deviennent oppresseurs; ils fondent une nouvelle dynastie; la masse n’en souffre pas moins. Ë Lai t-il sans exemple qu’un vilain fut anobli? pourquoi donc avez-vous renversé la noblesse? et d’ailleurs , si vous pénétriez dans le secret de ces merveilleuses prospérités, combien de fois ne verriez-vous pas que 1 Intrigue , la dureté, une coupable avidité, vices nécessaires pour suppléer à Pabscnco dos premières ressources* ont été les instrumens do ces fortunes qu’on s’empresse , dès qu’on le peut, de recouvrir d'un brillant vernis d’honneur, de probité, de délicatesse! Le soldat , du moins* marche droit au feu, et s’il survit, iî monte avec gloire au grade conquis par son épée ; mais dans la cité , comment parvenir, ou parvenir sans honte, lorsque les armes qui permettraient à la capacité de se signaler lui sont déniées par le
hasard de la naissance? Egalité devant la loi! oh ! cette égalité ne doit-elle consister que dans la dfeUnhntion équi table des peines ? la justice humaine ne doit-elle donc peser dans scs balances que les crimes et les chalimens ?
Ah! ne parlez plus de celle égalité mensongère! Cessez , en les fia Etant d’un espoir trompeur, de stimuler ces vives intelligences qui sommeillent ensevelies dans la masse ignorante , pour ensuite leur opposer une barrière in franchis'sable; ne leur donnez pas des ailes pour leur infliger T affreux supplice de ramper sur la face de la terre; n’irritez pas leur soif en leur montrant une coupe enivrante qui doit éternellement fuir leurs lèvres altérées J La catholicisme que vous censurez est plus conséquent que votre philanthropie ; il connaît la mesure do ses bienfait; s, et veut proportionner, par une éducation restreinte, les désirs des classes déshéritées h sa triste munificence.
Et bénie cependant soit votre inconséquence, puisqu elle prend sa source dans une sympathie tendre , quoique incomplète, pour leurs misères ! Mais que dire de 1 inflexible rigueur de ces philosophes, qui, au nom de la philanthropie , p'^oscri vent impitoyablement toutes les institutions philanthropiques, parce qu’ils y votent une cause de corruption pour le peuple, détourné ainsi de chercher dans le travail , Tordre et la prévoyance , des ressources que lui assure, en Fb am ilinu t , une imprudente commisération? Ouï, sans doute, assez, assez de ees aumônes avilissantes! Mais pourquoi n’a joutez -vous pas? Assez de cet état social qui abaissera toujours la classe la ! plus nombreuse au niveau de ces déplorables secours î Vous reprochez è ceux qui souffrent d’accepter des béquilles , tandis qu’il serait de leur dignité de marcher, et vous paraissez croire que la suppression des béquilles leur ren-
tira il F usage de leurs force?. Oh! c'est ici que d’une voix puissante , par un miracle nouveau de philanthropie, il fallait leur dire: Levez-vous et marchez! Vous ne l’avez point osé î Et meme, plus vous avez observé les phénomènes de lr indus trie , plus vous avez été effrayés de l'accroissement de la multitude ouvrière qui vient, chaque jour plus considérée, réclamer une pari du misérable festin qui lui est servi. Ces réclamations inquiétantes, comment y répondez-vous? Par la création d’un nouvel ordre social plus favorable à la production P Nom.., Mais par la diminution du nombre des consommateurs* Je m explique. Lorsque les ilotes , trop nombreux , compromettaient la sûreté de Sparte, une chasse patriotique en faisait raison* Vous , plus humains , pour supprimer ce luxe embarrassant de population, vous faites du mariage le privilège de îa richesse, et vous vouiez imposer h la plus grande partie des artisans un célibat philanthrophique ! Ne vous étonnez dbnc pas que voire humanité , h travers cet appareil scientifique i ait paru sévère et cruelle; et, si vous avez connu mieux que vos accusateurs l’état de la société, votre sympathie cependant n’a point été assez proionde, ni votre science assez éclairée, pour vous révéler les moyens de le transformer*
Enfin à quelle destinée nouvelle la philanthropie a-t-elle appelé les femmes, dont non? pouvons h peine annoncer le glorieux concours aux fonctions sociales de F avenir, sans exciter parmi vous un sourire d’étonnement ou d* incrédulité ? Quelles paroles d’association a-t-elle fait retentir dans cette Europe livrée encore à Lant de divisions? Ou est chez elle le commencement de ce noble apostolat ?
Ah ! que cetle philanthropie mondaine , si infatuée d’elle-
môme , est petite auprès de la charité chrétienne sociale * quif grâce îi la voix des apôtres et des papes, changea la face du monde par l'émancipation des classes inférieures , l'a ffranchissemeni des femmes , et une première association entre les peuples! Se bornant, pour le soulagement des pauvres, à rivaliser de petites recettes avec celle charité devenue aumonière, encore ne la suit-elle que de bien loin dans la route étroite ouverte par saint Vincent de Pauîe l
Comprenez donc , philanthropes zélés , que si tes prêtres chrétiens sont impuissant h guérir les maux de la société, parce qu’ils ne savent que les traditions d’une charité vieillie, vous non plus vous ne sauriez y remédier, parce que vous ignorez la religieuse ardeur d'une charité nouvelle I Joignez-vous doue h nous , ou retirez-vous : votre tache est finie !
El maintenant, mes fils, mes filles, je vous le demande, à vous, que je ne puis croire attirés autour do nous seulement par la curiosité d’un spectacle encore singulier pour vous , mais aussi par le désir den tendre des paroles de foi et d’amour ! je vous le demande : si vous êtes vraiment pénétrés de la mou r de Dieu et de l'humanité , quelle satisfaction peuvent offrir à votre enthousiasme la charité chrétienne el la philanthropie? ne saurez-vous jamais que faire de la charpie pour des plaies qu'elles sont inhabiles à fermer ? Ou pleins de zèle et de compassion , en voulez- vous effacer 'jusqu'aux cicatrices ? Apprenez , apprenez alors de nous une charité puissante, efficace, salutaire, enseignée par le plus grand des philanthropes, ENsricxiE tjAï\ Sàint-Simoæ !
Et qu’a donc fait Saixt-Simox ? direz-vous; a*L il institué pour les bonnes actions et les écrits utiles de nobles
prix ? a-t-il reçu lui-même dans les concours ouverts cm solennelles récompenses? Non; il fut calomnié pour ses moeurs* méprisé pour ses livres , et jamais aucun jury académique ne daigna honorer d'une mention ses ouvrages , seuls capables de régénérer la société, A-t-il du moins versé tVn boudantes aumônes , et attaché son nom b de fastueuses souscriptions, à de nombreux legs de bienfaisance ? Non; il employa sa fortune à poursuivre la découverte et In propagation d'une doctrine nouvelle; il n'eut d'autre legs h faire b l'humanité que celui de cette doctrine qu'il avait enfantée t au prix d’un labeur de quarante ans, au milieu des souffrances et dès humiliations ; et lui -même , victime d'un zélé méconnu, fui réduit à mepîdiiïiï. Enfin, a-t-il sïsilé les prisons, déterminé pur ses sollicitations l’édification de quelques hôpitaux , ou pris part h rétablissement d\m système pénitentiaire ? Non, non, vous dis-je, hôpitaux , fondations de secours , maisons de refuge apparurent b ses yeux comme aux vôtres apparaissent les ruines de ces châteaux de la féodalité, autrefois protecteurs , plus tard tyranniques , aujourd’hui nionumens dégrada ns de la supériorité oppressive d'une classe sur l’autre I 11 ne s’arrêta point b recrépir des cachots et à décorer des prisons ; mais, occupé tout entier de tarir dans leur source même la production des misères et des crimes , il jeta les fon démens d’une cité glorieuse ,oh ne trouveront de place ni les bagnes, ni les dépôts de mendicité, ni les hospices, ni f échafaud; oh le travail ne sera plus une souffrance on un châtiment , maïs un devoir plein de douceur, dignement récompensé dans des ateliers mieux ordonnés que les vôtres. Enfin il n'a pas même , je l’avoue , cherché à propager l'éducation primaire parmi les igno- ! mus; mais afin que tous reçussent un jour le bienfait de 1
F éducation, il commença, sans se laisser éblouir parla pompe imposante des académies et des palais * 1 éducation des artistes , des sa vans et des chefs d’ateliers ; car il nsa pas seulement connu la dégradation des classes inférieures; armé d’âne inexorable pitié, il a dévoilé dans Fégolsmc i des classes supérieures, dans l’isolement de leurs efforts, dansFabsence d’un but commun, la cause de leurs douleurs et de leur impuissante stagnation. Signalant alors le maintien des institutions nées de la guerre comme le véritable obstacle h T union de toutes les classes et de toutes les nations entre elles , il dît un dernier anathème à la guerre et aux privilèges quTelle avait créés ; il proclama , avec Fabolition, sans exception , des privilèges delà naissance, le classement selon la capacité et la rétribution selon les œuvres; et, faisant tourner cette nouvelle aristocratie d’amour, d’intelligence et de force au profit de Fassocïation universelle qu’il avait annoncée, il voulut que l'humanité, organisée pour le progrès, y tendit tout entière par F amélioration morale , intellectuelle et physique de la classe îa plus nombreuse et la plus pauvre, sous Fin vocation du Dieu qui se révèle à notre cobps par son éonus ,
A NOTEE INTELLIGENCE P AB SON INTELLIGENCE , A NOTEE
amour par son amûeh !
Et chst ce l)îeu , seul capable de sanctionner tous les modes de Factivilé humaine, dont F amour enfantera ces merveilles du ne charité plus grande l Comment Fhomme en eflet entrerait-il dans des conditions nouvelles d’association , déterminées par un accroissement de sympathie pour ses semblables , sJil n’entrait en sympathie, sous un aspect nouveau , avec Dieu lui-même ? comment une immense amélioration s’opérerait-* elle dans le sort de toutes tes classes sans une régénération sociale , cl cette
régénération peul-dhi avoir lien sans mie nouvelle conception Je Phomme et du but de la soeîélé, toujours dépendante d’une nouvelle conception de Dieu ? Saiiit-Suion n clone complètement lié tous les hommes entre eux , parce qu’il lésa tous complètement liés en Dieu ; et, sur les débris (T un enfer que scs mains n’ont pas seulement réformé * mois renversé, il les appelle à multiplier par le concert de leurs efforts les joies toujours plus belles d un paradis terrestre, ou tous grandiront en amour, cil intelligence et en force , sc rapprochant toujours davantage des perfections infinies de Dieu !
S.UKT-SntON est donc te plus grand des rmLANTiiivoPËS , parce qu’îlest le, plus grand des révélateurs ! il perfectionne, / il développe, il compicUe l’œuvre commencée par Jésus. La charité chrétienne avait fait de f esclave un tributaire et un salarié : la charité Sai nt-Slin ordonne fait du salarié un associé. La charité chrétienne avait tiré la femme de la servitude domestique , mais l’avait laissée dans un néant politique et religieux : la charité Samt-Siinomeune l*affranchît h jamais de sa subalternité , en la destinant à , concourir avec l'homme à l1 accomplissement des fonc- j Lions d’une société pacifique . La charité chrétienne , en 1 pénétrant quelques peuples du sentiment de la fraternité humaine, les avait provisoirement réunis en une association spirituelle : la charité Saiul-Siniouieiïne , offrant une réalisation aux vœux de celte sympathie , appelle tous les peuples k ne plus former qu’une seule famille, unie par un lien religieux et politique, qui embrasse k la Ibis tous les modes de Pexislence* Puissiezvous donc , o mes fils ! ô mes filles! enflammés de cette charité nouvelle, nous aider à préparer pour rfiumanité ce sublime avenir ! El ne vous défiez pas de nos pr-'
messes en nous accusant de tous le représenter sous de trop riantes couleurs; cest vous accuser vous-mêmes de manquer d’amour, puisque vous n en avez pas assez pour croire eL pour espérer. Hommes de peu de foi! vous fautil donc toujours , pour ranimer eu vous l'amour et l'espérance , des exemples sublimes d’espérance et d amour 1 Déjà, lorsque la société antique , corrompue et souffrante* gémissait dans EaLLeote d'un sauveur, une croix lui rendit l’espoir; et ce fut du sein des douleurs et de l 'ignominie que sortit, pour régner sur le inonde* la parole de consolation. Eh bien ! Saint-Simon a aussi connu les accablantes misères de votre ordre social ; il est mort attaché non pas h uni; croix > mais a son siècle dont il fut le martyr; et c'est du sein des souffrances et de l'opprobre que , vous conviant à des destins meilleurs et plus glorieux, lui aussi vous dit par notre bouche : Aimez et espérez !
APOLOGIE (l).
MÎs Fils î mes Filles I
De nouvelles et graves méprises, que toutes nos explications itonl pu prévenir, nous obligent à revenir incessamment sur les attaques, au moins inconsidérées , dont nous
f Uv'-'wt
(0 Plusieurs de uos lecteurs se r appel le àtiaiu doute h IcUre adressé, le icl octobre 1 83o., au président de b Chambre dess I)dpuUF&,en réponse uni incul polio nç doiti nous avions etc T objet do la part do quelques membres de celte Chambré; Lïi mission demi nous sommes chargé nous faisait un devoir de publier ce tmiuîfesie, et nous penson* qu'en cfl'ei îl aura suffi; pour
sommes chaque jour l’objet. La semaine qui vient de $fét ou 1er a été tirop féconde en évënemens de ce genre, pour que je Réprouve pas le besoin d’y répondre un mol; non que je veuille transformer la chaire nouvelle en tribune, et nos prédications en polémique ; mais parce que nous devons insister d’autant plus pour qu’on nous comprenne bieny que nous sommes plus convaincus qu’une intelligence complète de notre doctrine rapprocherait de nous la plupart de ceux que des jugemens superficiels eu éloignent*
\ ous n’attendez pas de moi-, sans doute, que je m’arrête h la critique frivole des écrivains qui, u défaut de bonnes raisons f ne savent et ne peuvent nous opposer que de méchantes plaisanteries; vous n'attendez pas davantage que je m’attache à réfuter les dissertations incohérentes de ces érudits, qui s’abimenl clans un chaos de faits minutieux, sans pouvoir trouver un lien pour les coordouneret les unir , sans pouvoir s’élever h une vue d'ensemble, h une vue philosophique, l\ une vue religieuse* Et cependant, si je laisse de coté les publicistes catholiques, qui nous disent siBlEüSiiMEKT que l' esclavage n’est pas un fait générât, parce que les localités ont influé sur ses causes el sur scs formes; si je garde ensuite le silence s urla foule des railleurs, qui trouvent plus facile de rire que d’étudier, de méditer et de raisonner , je ne vois pas trop è qui je pourrais répondre, . . . meme après qu’on a parlé de nous dans les lieux où l!on ne devrait entendre que des paroles graves et des
txlairer unis éüiis, cuire les mains de qui il eera parvenu, sur la valeur de* alloues qui de haut cl de Las sent journellement îftriftécs contre nous.
Cependant raiiditoiro qui se réunit autour de nous , réclamait de nous des t:i laimsscniÈn& plus complets, plus intimer Tel a été le sujet de h prédication que nous reproduirons ici.
accens soleunels; car, il faut bien le dire, nos débats politiques, si tristes, si pitoyables au fond, deviennent de plus en plus gais dans la forme , et le [on des petites feuilles, l’épigrammo et même le jeu de mots, ont envahi jusqu a celle tribune où l'éloquence des Mirabeau , des Boni ave et des Ycrgniaud commandait au inonde le respect cl l’admiration»
II faut floue, bon gré malgré, et sous peine de laisser subsister toutes les imputations ridicules que Pou dirige de toutes parts contre nous , il fa ut descendre sur le terrain des hommes qui les hasardent ou les répètent avec une assurance que je ne veux pas qualifier; il faut y descendre , sans toutefois adopter leur langage.
Nous avons dit que Péta t moral * intellectuel et physique des classes les plus nombreuses réclamait une nouvelle cou* siitulion de la propriété > unetmmfoi'maüm de C héritage t et que e’éUït là Punique moyen d’améliorer efficacement et pacifiquement le sort du peuple; cette amelioration devant être le résultat de la persuasion et V effet immédiat d’une nouvelle doctrine religieuse. Nous avons proclamé de tous Colés , nous avons imprimé et réimprimé que Saint- Smon n 'était pas venu détruire la propriété, mais seulement la soumettre à un nouveau mode de transmission ; que, dans une société fondée sur le principe du classement suivant la capacité et de la rétribution suivant le travail, chacun devait nÈRiTÉB du fonctionnaire ? du supérieur qu'il serait us pjurs capable de remplacer, et non du père que le hasard de ta ïiaissance lui aurait donné; nous nous sommes efforcés de faire comprendre qu'il était pins naturel, plus logique, plus juste, plus conforme aux intérêts généraux et privés, plus favorable au développement de toutes les facultés humâmes , de tenir plus de compte delà vocation que de b pa~
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rente, et de faire succéder ni nsi le sapant a n savant, V industriel à V industriel, V artiste h Yartiste; de telle aorte que la distribution des patrimoines ne fût plus réglée aveuglément par la proximité du sang , mais avec discernement par les rapports i moraux $ intellectuels et physiques qui uniraient tout fonctionnaire , c’est-à-dire tout travailleur , à sou Mféricur immédiat, à son successeur; de telle sorte que l'ouverture <1 une hérédité n offrit plus le spectacle bizarre qu'elle présente si souvent aujourd’hui, le spectacle du contraste le plus frappant entre la position , la vocation , la capacité des héritiers et la nature de l'héritage ; de telle sorte, enfin, que les ins L rumens de travail ne fussent pas répartis en sens contraire des besoins de la production , et que nul ne pût vivre, dans l’oisiveté , des fruits du labeur d autrui* Nous avons insisté pour faire sentir comment Pn&ïutàge , loin d être aboli par te nouvel ordre social , n’était que modifié selon les sctUîuiens philanthropiques, les lumières et létal matériel de la société actuélie; comment, nu lieu de disparaître , il s’étendrait ^ au contraire, des classes peu nombreuses , qui possèdent aujourd’hui , à lyuntversahté des membres de la cité nouvelle, puisque chaque membre, placé selon son aptitude, aurait un fravaüleur , un fonctionnaire , un supérieur h remplacer* , et trouverait dans ce remplacement, véritable héritage que P oisiveté ni l’incapacité ne sauraient dissiper, trouverait, dis-je, tons les moyens d'exercer ses facultés, et de vivre, heureux et honoré de son travail.
Malgré tout le développement que nous n’avons cessé de donner à ces vues, dans nos discours et dans nos livres, on s est écrie que nous voulions abolir la propriété et dépouiller les familles. On a prétendu que nous demandions la connu un a u té des b ici i s et I a Un a g ra i re. On a éi ê p 1 u s 1 o i n
encore; ou n articulé des imputations telles qu’il faudrait, pour les caractériser , que je respectasse aussi peu mon ministère et mon auditoire que d’autres ont peu respecté leur auditoire et leur ministère. Je m’arrêterai donc seulement à la loi agraire et à la communauté des Liens, deux mots effraya ns, que, pour mieux nous accabler sans doute, nos adversaires ont affecté de confondre , sans reconnaître ce qui les sépare , sans distinguer le morceilemen £ de la réunion, les Crac (/tus des premiers chrétiens , sans comprendre surtout que ces deux mots , s’ils représentent deux systèmes Lien différent l’un de i’aulrc , expriment une biffé ne N Cf: bien plus frappante encore vis-h-vis de la doctiune Saini- SniOMtîNxn, puisque dans l’un comme dans l'autre système, on donne également h chacun, ici en propriété, )h en revenus, suivant un principe A’ égalité métaphysique, tandis que Nom K softrKuttf classe et rétribue diversement suivant la diversité des aptitüdes et des sanvtCKs.
Il est vrai que les hommes (pii ont parle de nous pour nous défendre maladroitement , et ceux qui nous ont attaqués plus maladroitement encore , ont tous déclaré , ou qu'ils ne nous connaissaient pas, ou qu iis n avaient pu nous comprendre; et cet aveu ne les a pas empêchés de. s'exprimer sur nos idées avec une confiance [je pouriais employer un terme moins indulgent) , avec une confiance capable de nous frapper d’étonnement, si quelques hommes, h force de surprises , ne nous avaient habitués h ne plus être surpris de rien. Le privilège de la tribune va-t-il donc jusqu’il pouvoir tout direct tout oser contre les hommes elles idées que l’on ignore également ? On ic croirait en voyant mi de nos détracteurs, non content de nous attribuer libéralement ce qui ne saurait nous appartenir, 1 idée de la
communauté des biens, ajouter que ce système sera saas danger tant que la mise des sociétaires sera aussi légère.
Eh hîenl ouî3 nous sommes tauthes , pauvres d'argent! mais nous sommes biches s en revanche, biches d'amoiîe vovr l'humanité; biches du sentiment Intime, profond , infaillible, de la puissance de cet AMÔtrn , pour régénérer le monde ; biches nu thésoiï que nous a laissé Saint-Simon pour répandre 1 abondance et le boniteue sut tous ïes mem- Ju'es de la famille humaine; biches de la conviction ci de 1 espoir que les classes les plus n ombreuses et. les plus pauvres seront bntuciiies par la bonne nouvelle que nous leur apportons !
bfc comment un orateur, si remarquable par son esprit, qui n est arrivé ;* la célébrité que par son esprit, qui ne unit sa fortune qu h son esprit , ne saïL-ïi voir que dos mises Materielles dans une association d etbes aima ns et intel~ lie ens ? N a-t-il pas poussé trop loin, par celte prédilection exclusive, la déférence envers les Hommes qui n'ont pas d a u t re s m ises h offr ir, et, pour q ûetques appt a u d Use tt i eus d e plus ou de moins , le t alent devaiidi porter la modestie jusqu à s'abjurer, se renier, s'anéantir ainsi devant ia forlune, quand lu fortune , soumise encore h toutes les chances du hftsai'd , est si loin d être répartie selon Je talent et la mqkAlité? et puis, le motif de sécurité qtie cet orateur s'est empressé de présenter aux propriétaires alarmés étaît-il digne de sa puissante logique? NVssl-H pas évident, au contraire t que si nous poursuivions réellement la communauté des biens , ce qui est radicalement inexact, nous serions <1 autant plus dangereux que nous serions plus pauvres, que noire mise serait plus légère , que nous, ne pourrions prospérer qu à la condition de menacer et de dépouiller
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Its ri cli es ? Et ce contre-sens, enveloppé dans une épigrnmme, a pourtant réussi , a pourtant excité des rires approbateurs! Et toutes ces accusations, avancées avec une incroyable légèreté, ont été accueillies par de bruyantes acclamations, n’ont pas trouvé de contradicteurs ! D ou sont -elles donc parties! d’une salle d’étude, d’une assemblée de jeunes étourdis, d’un banquet de philosophes imberbes? Non ; nos accusateurs sont des hommes dont 1 âge cl la position semblaient devoir garantir la gravité, la circonspection cl la réserve; des hommes dont le législateur croyait s’être assuré, par de scrupuleuses précautions, la maturité et la prudence l
Mais quel est, après tout, le- résultat de ces écarts? d’appeler précisément. de plus en plus l’attention sur les idées cpie Tmi cherche h dénigrer , tout en avouant qu'on ne sait pas tes comprendre; de populariser ta doctrine, que des hommes, qui méconnaissent a la fois notre force et leur débilité,
flattent vainement cf étouffer sous leurs dédains inofiensifs et leur impuissante ironie; de d]imni|$r ainsi f obscur^ delà société, qu’ils appellent avec affectation une secte obscure, comme rappelaient, il y a un an, des feuilles catholiques; ce qui ne Fa pas empêchée de grandir et de s étendre assez pour passer Av& sarcasmes obscurs des journaux rétrogrades aux quolibets solennels delà tribune.
Remercions donc nos accusateurs de nous avoir rendu le seul service qu’ils pussent nous rendre » et u attendons pas moins de leurs clameurs et de leurs mépris, que des mépris et des clameurs de leurs devanciers.
Mes fils 1 mes filles! h la naissance du christianisme, il y eut , dans le sanhédrin 5 des scribes et des docteurs qui se croyaient de grands hommes parce qu ils avaient de la loquacité cl de VcrtidiUoti t et que leur nom faisait du bruit
dans Jérusalem. Ces grands hommes, dont les noms, sî familiers à leurs contemporains, ne sont pas venus jusqu'à nous, et. quiet? r eu i , 1 a plu par t , la clou I e u r de su nfivre à leur in imor talitè; ces grands hommes , aux beaux jours de leur gloire* citèrent les premiers chrétiens devant eux, les taxèrent de iolie, et désignèrent le christianisme sous le titre de religion tmposstble. Vous save& ce qui est advenu de cette prophétie ; I impassible , prêché par de misérables pêcheurs, don lia mise matérielle et spirituelle était encore plus Jégère que la nôtre, 1 i mppsstble ses t réalisé pendant une longue suite de siècles, et tout ce que les savans illustres de la Judée , tout ce que les plus célèbres orateurs du sanhédrin regardaient comme exclusivement passible , comme et éternel , tout: cela est Lomhé dans Foubfï , tout cela a subi le sort de ces imprêvoyans prophètes, pour faire place à : I utopie AvangJsijque. Il en sera de meme de Pütopje saintsiMoNiENNiv ; sa réalisation seule restera au monde, quand la célébrité de nos accusateurs se sera dissipée comme une vaine iuméc3 quand on ne trouvera plus de traces de leur passage sur la terre , plus de vestiges de ce qu'ils considèrent ! comme parlait et impérissable*
Mais sans attendre la postérité , quels sont dès au jourd bui, vis-à-vis de nous, les titres de nos détracteurs ? Ce qu’ils aiment* ce qu’ils savent , ce qu'ils prêchent, en politique, en philosophie , je ne dis pas en religion; car sur ce point leur mise est bien légère t et iis se complaisent dans leur misère; ce qu’ils aiment, ce qu’ils savent, ce qu’ils prêchent , nous l avons aime , nous l’avons su , nous l avons prêché autant qu’eux et plus qu’eux. Ce criticisme libéral, du haut duquel on nous jette des regards et des paroles de dédain , nous Fa vous exploré à son sommet et dans toutes i scs profondeurs , nous Pavons poussé à ses dernières eon
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séquences, nous l'avons servi par des actes qui nous plaçaient en face de Têchafmid, ce que dont pas fait peutêtre tous nos superbes contempteurs; et e est parce que nous l'avions bien connu, que nous sentîmes le besoin d'aller au-delà pour satisfaire nos vives sympathies pour le bonheur des hommes; c’est parce que nous Tarions bien connu , que nous pûmes le comparer avec la doctrine que nous lui préférâmes. Oui, qui que vous soyez, républicains, constitutionnels, matérialistes, spiritualistes ou éclectiques , vous êtes ce (jtte nom avons ions été , les uns ou les autres, avant d'être Saint-S i monte ns ; oui , nous connaissons tous les systèmes que vous connaissez : nous connaissons déplus celui que vous ignorez encore, et que nous venons vous enseigner. Si on vous dit que nous sommes des rêveurs, méditez, méditez sur ce que peut être un bêyb qui entraîne des cœurs brûlans d'un amour aussi ardent que réel pour l'humanité, des esprits positifs , livrés dès long-temps aux spéculations les plus sérieuses, des hommes qui ont consacré leur jeunesse à la culLure ncs arts , à l'investigation des sciences morales et des sciences physiques , des faits et des TiiâoniKS politiques, philosophiques et religieuses; des hommes dont les antéC-Èdens, dans leurs carrières respectives, ^annonçaient nullement des visionnaires. Ditesvous bien que ces hommes, par le seul fait qu ils ont trouvé en eux-mêmes la puissance d'abandonner des divinités chrétiennes et lnfcco?ulcs , pour annoncer vne nouvelle doctrine générale, embrassant toutes ies brandies de nos connaissances, tous les modes de I activité humaine, satisfaisant les senti mens les plus philanthropiques, et montrant au monde le spectacle d’une association fondée sur le concours des AFFECTIONS, dtïfi LL MIGRES et des EFFORTS, dàUS un siècle Ay individualisme et rie discorde, dites-vous bien
que ces ho mues , persuadés qu’Hs rem p lise ni une mission nküà^lXKT^iCE pour ffmmam.té , et par conséquent voulue de dieu, ont droit au respect et à ta rhcos naissance de f’homamté, quoi quen puissent dire ceux dont la mission vient de moins haut, et dont la vio s'écoule au sein des petites passions 3 dans V amertume et l 'impuissance*
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ÉTAT DE l/ EUROPE,
Le cadavre de la vieille Europe, accidentellement ranimé en ï£f5, apparaît en 1 85o comme un monceau de poussière que le vent des révolutions disperse ou va dis- | perse r h jamais, C/esl maintenant que de Maistre, eel ad- 1 miraLcur exclusif de l'ère catholique et féodale, ce Jérémie de la Jérusalem moderne , pourrait dire que V Europe $’en va; car l'Europe selon son CtfTiir, l'Europe qu'il avait tant chérie et si bien comprise , cette Europe si vigoureuse qui, à la choie du paganisme , vint s’asseoir, militaire et
chrétienne , sur les débris du colosse romain , pour étendre, ses bras puissaus sur l’Asie et sur le Nouveau - Monde , pour porter les bienfaits d une civilisation nouvelle sur tous les points du globe; l’Europe du moyeu âge, l’Europe de Charlemagne , d'Alfred et de Grégoire VII; l’Europe de Pierre l’Ermite», de Vnsco et de Colomb, arrivée à son tour à l’impuissance et à la décrépitude, tombe de toutes paris , et n’offre plus que des lambeaux et des ruines dans son organisation religieuse comme dans sa constitution politique. Passons en revue les membres de ce vaste corps, et nous trouverons dans chacun d’eux les symptômes infaillibles d’une mort prochaine , d’une mort qui ne placera pas les nations européennes sur le seuil du néant, comme le pensait de Maistre , mais qui les appellera ou contraire à une existence nouvelle, à une organisation plus parfaite, à une vie plus puissante et plus belle.
Commençons par la France.
Qu’est devenu I héritier de Clovis , de Charlemagne, le (ils afne de 1 Eglise?... Écoutez : sur cette même terre où le nom du roi était toujours associé à celui de Dim, où la fidélité au prince faisait partie de la religion, oiiledévoùmenl au trorte était transmis de génération en génération comme une tradition sacrée, où l’oint du Seigneur recevait une espèce de culte, où le monarque n’avait qu’à paraître pour exciter l’enthousiasme , n’avait qu’à frapper la terre du pied pour en faire sortir des légions de héros; sur cette même terre, le fils de saint Louis, l’héritier de soixante rois , le dernier des rois de France a été chassé de son palais par quelques milliers d’ouvriers en haillons; il a traversé lentement les plus belles provinces de son royaume pour aller s’ensevelir dans un exil irrévocable; et pas un homme ne s’est levé pour sa défense, et pas un descen
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tluril tics guerriers valeureux qui couronnèrent Hugues Capot ou qui aidèrent Henri IV h conquérir son trône n'a essayé d'arborer l’oriflamme, n'est veau offrir son épée 'au descendant d’Henri IV et de Hugues Capot I et cotte population ueuslriennc que Jeanne d’Arc trouva si docile h scs inspirations royalistes , qui s'ébranla si vive ment pour la cause de Charles VU , a regardé passer Charles X avec indifférence et mépris, comme les Romains du V* siècle et les Grecs du Bas-Empire regardèrent passer les lïonorius et les Augustulc,
EL maintenant, que ceux qui n'ont vu jusqu ici que des émeutes passagères et do coupables révoltes dans 1 accomplissement successif rie la grande révolution qui travaille la France cl l’Europe depuis un demi -siècle méditent sur cc dernier événement, sur ce trajet lent et solitaire de Paris h la mer! Qulls cherchent au fond de la catastrophe qu’ils déplorent, et Us verront qu'il n'y a rien, dam la chute des Bourbons, qui ne lut nécessaire, inévitable, providentiel; et, loin de considérer le bannissement do celte famille comme une infortune particulière , ils comprendront que c est la vieille monarchie, 1 antique société française tout entière qui a été définitivement renversée dans la personne de Charles X; ils comprendront que ce prince» universellement abandonné, gagnant è pas lents les cotes de la Normandie, et montrant vainement son malheur et ses larmes au peuple , n’a pu exciter le moindre mouvement sympathique que parce que le peuple, dans son admirable instinct, voyait dans les derniers Capétiens les véritables représentant du passé, la personnification d’un ordre social de plus en plus odieux, de plus en plus incompatible avec ses sentimens, ses lumières et scs besoins, Pour leur faire mieux sentir cette terrible leçon , di-
si.ms combien celle marche silencieuse et morne , de la capitale h Cherbourg, dillere de la course rapide et merveilleuse de Crûmes h Paris, C'est que Napoléon , en qui la révolution s* était faite chair, était pour les masses le Verbe glorieux du dieu dû progrès , l'expression magnifique d’un ordre nouveau , et que ses aigles , en volant de clocher en clocher, y faisaient disparaître les insignes de l’anlîque servage; tandis que Charles X, chassé avec opprobre du palais de ses pères et pleurant, derrière quelques gardes, sur lui et sur ses descendons * semblait conduire * conduisait réellement le deuil de la monarchie, les funérailles de l'ancien régime !
Le vieil ordre politique est donc mort, mort pour toujours en France I Et dans le reste de l’Europe? 11 va mourir aussi I., Voyez ce qui se passe au-delfr des Pyrénées. L héritier du prince qui disait dans son orgueil que Le soleil ne se couchait jamais sur ses terres , le successeur de C ha ries - Quint cl de Philippe If , le petit-fils de Louis XIV, après avoir été réduit, il y a vingt ans, h mendier infructueusement 1 adoption d’un solda! parvenu , d’un potentat plébéien, attend , pauvre et désarmé, au milieu des souvenirs de la richesse et de la puissance du trône de Castille, attend que le génie de 1 avancement , planant surFEscorial , lui fasse subir la déchéance dont les chefs do sa famille viennent d’èire frappés par le peuple chef de l’univers. Je véritable peuple-roi , le brave peuple de France* Quelle que soit en uilet J’ issue des plus prochaines tentatives qui seront dirigées contre son pouvoir, ses destins n’en son! pas moins accomplis ! En lui doivent périr tôt ou tard 1 inquisition , le saint-office et le monachisme ; en lui doit finir le moyen âge, dont les traces n’ofl'rcnt plus que ini sère et dégradation , sur un sol qui n’a besoin que d’être
remué par la charrue des révolutions et fécondé par des croyances plus puissantes que celles de Pélage et de Ferdinand , pour nourrir un jour, dans 1 abondance et au sein d’une civilisation nouvelle, un peuple fier, intelligent et généreux*
Le Portugal présente les mêmes symptômes que l'Espagne, éprouve un même tiraillement, sc débat comme elle entre un passé qui s’éteint dans une agonie convulsive et un avenir incertain , long et pénible b s établir» Là , plus que partout ailleurs, l’ancien régime dispute au progrès quelques heures de plus d’existence par l’emploi de la force brutale poussée jusqu’à la férocité.
Et l’Italie? L’Italie, cette terre fameuse, ou l’ami des arts et îe favori des Muses vont puiser leurs plus belles inspiratiens et leurs plus douces jouissances ; où le poète, Pliîstorieu et le philosopha vont chercher également le sujet de leurs tableaux les plus brillans , de leurs méditations les plus profondes ; l’ Italie, où l’on ne peut 'faire un pas sans rencontrer incessamment des mon unions de sa grandeur passée; l’Italie, au centre de laquelle s’élevèrent successivement le Capitole et le Vatican pour dominer le monde ! l’Italie, morcelée, mutilée, est exploitée par une foule de petits princes étrangers b ses affections cl b ses intérêts, véritables proconsuls autrichiens, qu ^paient bien cher, avec for de leurs sujets , l’appui du bâton tu des que* Mais cet appui, s’il a pu prolonger pour quelques aimées la durée d’un système odieux, no saurait rendre la vie b ce qui appartient irrévocablement b la mort : 1b aussi l'ancien régime est aux abois; \h aussi le pouvoir ne repose plus sur la communauté de scntinicns , d’idées et d’efforts entre les gouvernons et les gouvernés; Ih aussi tous les vieux liens sont brisés; là aussi tous les coeurs soupirent après un ordre
nouveau , tous les yeux sont fixés sur la cime des Alpes comme sur le sent point de l'horizon ou puisse apparaître cl briller F astre radieux , signal de la délivrance et de la régénération.
Portons maintenant nos regards sur Fempire germanique, sur cet immense démembrement de la succession do Charlemagne, sur le patrimoine magnifique que la maison de Lorraine reçut des héritiers de Chyles Quint. Eh Lien ! ce membre redoutable du corps féodal européen , Fempire germanique n’est plus! Son ancien chef, relégué dans ses possessions héréditaires, miles traditions rétrogrades du conseil atîlîque excitent même des méconlentemens et îles murmures , surtout dans le Tyrol , la Bohême el Ui Hongrie, son ancien chef n’a plus en Allemagne d’autre influence que celle qui résulte du nombre do ses soldats, et qu’il exerce concurremment avecla cour de Berlin , qui n’est puissante elle-même que proportionnellement aux forces matérielles dont elle peut disposer. El ce que nous disons ici de la Prusse et de l'Autriche s'applique entièrement artx autres gonvernemens de FA lie magne , républicains ou monarchiques; partout la puissance niora le échappe aux vieilles autorités , qui se retranchent soigneusement derrière lu puissance militaire; par tout , h Hambourg comme à Dresde , h Brème comme h Casse! , h Lubeck comme à Brunswick, partout le moyen âge , l'ancien régime est menacé de tomber , succombe ou a déjà succombé sous les coups des classes laborieuses. La Pologne prussienne suit ce mouvement de destruction, précurseur nécessaire du mouvement régénérateur. Posen s'est ému au bruit des troubles de Breslau; Varsovie en a tressailli; l'hymne de Donibrowski a retenti tic la Visio le au Niéper, et les journaux, nous donnant comme accompli un événement qui n'est encore que
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probable ou imminent, nous ont annoncé Finsnrrection des paysans de FUkraine , de PEsLhonie , de la Pologne et de la Russie rouge.
Mais sans aller assister si loin de nous à la décadence du colosse féodal , voyons-lc expirer à nos portes dans des flots de sang. La maison de Nassau , si populaire autrefois dans les Pays-Bas, pour avoir contribué à les soustraire a la cruauté du duc d'Àlbe, la maison de Nassau esi aujourd’hui chassée dos Pays - Bas , après y avoir vainement renouvelé les scènes de carnage et. de dévastation du due d’Àlbe ; et les cris libérateurs , que le peuplé belge fait entendre sur les bords de la Meuse et dePEscaul, menacent de franchir le Rhin et d’aller évoquer dans Amsterdam l’ombre des de Wil-t et de Barncveld. Là aussi la chu te d’une maison royale , comme celle des Bourbons , représente la chute d’un système politique tout entier t et F abîme où elle s’est précipitée sépare irrévocablement le passé de F avenir.
Mais si la niasse énorme du passé c ban celle ainsi ou tombe sur le continent f trouvera-t-elle du moins un appui dans les îles Britanniques? Là, au dire de savais publicistes , l'antique constitution, née de l'alliance accidentelle de la féodalité avec le libéralisme faible et timide des premiers jours de Père philosophique, F antique constitution t au dire de ces publicistes, conserve encore toute la vigueur de la jeunesse. Gardons-nous de nous en rapporter à leur témoignage. Oui , le tronc féodal , orné de quelques insignes de liberté ,, étend malheureusement encore ses vastes et innombrables rameaux sur la Grande-Bretagne; ouï, ses profondes racines enlacent et affament les populations industrieuses , qui cultivent le sol dont il absorbe tout le suc nourricier; mais le aol ne se prête plus qu’à regret à cette absorption , et le cultivateur se lasse
enfin d'échanger son travail cou Ire la misère* Tandis que Brougham et Bnrdelt demandent la réforme parlementaire, que Cobbelt et liant prêchent le radicalisme t qu’Owea et Thompson invoquent le système de la communaulé, les ouvriers, gémissant et contenant à peine leur impatience dans les fabriques , menacent ou détruisent les machines; les paysans saccagent les comtés et brûlent les ins Lr unions de l'agriculture; Y Irlande se sépare de l 'Angleterre* L'Irlande ! ah ! c'est aux habit ans de cette malheureuse contrée qu’il faut demander si la constitution anglaise n’est pas une émanation directe de la féodalité , et si cette constitution peut peser encore long-temps sur les classes laborieuses qui peuplent les îles Britanniques ! L’Irlande 1 11 n’y a que peu de jours encore que quelques représeutans de la conquête, quelques propriétaires orangïslcs , chassaient de leurs terres en friche plusieurs milliers de familles pour y faire paître leur bétail , et poussaient la barbarie jusqu’à brûler les frêles cabanes construites par ces malheureux, afin de leur enlever toute possibilité de retour. Non , non , ton régime* qui tolère et consacre de telles Atrocités ne saurait durer long- temps ] La fin de toutes ces horreurs est proche ; PIrlande imite la Belgique : le passé meurt au-delà des mers comme sur le continent.
Que fait cependant le pouvoir spirituel du moyen âge , en voyant tomber le pouvoir temporel dont il partagea les destinées , et avec lequel II s’allia si intimement pour régir de concert les peuples? Ce n’est pas a Londres, à Berlin , à Amsterdam , que j’irai l’interroger; car il est là dans la nullité qu’il a choisie en se séparant du centre de Limité catholique t en se faisant l’agent, en se mettant aux gages du pouvoir civil , dont il ne peut que suivre entièrement le sort* Laissant donc à l’écart les ministres proies-
lans tic toutes les sectes , parce qu’isolés tous les uns des autres cl réduits à faire par état de la morale privée daiis leur chaire, saus la rattacher il une vue sociale , ils sont dépouillés de toute influence sur la vie des nations, dont ils n’ aperçoivent d’ailleurs l’avenir qu’à travers les lumières insuffisantes et désormais Lrompeuses de l’ancien et du nouveau Testament; laissant h l’écart , dis-je, les disciples de Luther et de Calvin, je marche droit à Romo, et, plein de la sainte audace qui rayonnait sur le front de mon maure quand il accusait le pape d’hérésie, je demande ou chef suprême de la chrétienté ce qu'il a lait de cette croix de bois, de ce bâton pastoral, de celle crosse magique , dont un signe suffisait pour précipiter l’Europe sur l’Asie, pour marquer, d’un pôle à l’autre, la limite des empires, pour partager le monde entre les puissances catholiques, pour commander la soumission aux peuples, la justice aux rois , la paix à des ennemis acharnés , la modération à des guerriers insatiables ? Où sont ces princes magnifiques , ces monarques superbes qui venaient do toutes les parties de l’Europe , pèlerins humbles et fervens, solliciter le pardon de Rome pour leurs iniquités , ou son intervention pour rentrer eu grâce auprès de leurs sujets:’ Ou sont ces peuples qui , dans leurs afflictions , tournaient incessamment leurs regards vers le saînl-siégo comme vers la source de toute consolation , le foyer de toute lumière , le principe de toute vie? Les peuples, les rois croyans ont.disparu , et la croix d’or, qui a remplacé la croix de bois,
* brille en vaiû sur le dôme des temples. A chaque événement heureux ou funeste, nul- ne songe plus au successeur de Pierre; et ,à quelques lieues duValican, les foudres pontificales sont moins redoutées que la colère et le mousquet du dernier soldat autrichien. Pourquoi tant d abaissement après.
tant de splendeur? Pourquoi tant de faiblesse après tant de puissance ? Pourquoi l'humanité n'a-t-elle plus que de la méfiance et de la haine pour ceuxji qui elle accordait jadis tant de confiance et d amour ? Pourquoi répuguet-elle, ministres de Jésus , a vous attribuer Infaillibilité , le pouvoir délier et de délier sur la terre?,*. Parce qu’en vérité vous n’êles plus infaillibles, que vous vous trompez depuis trois siècles sur les besoins de la société européenne, <ft que vous ne pouvez plus rien lier ni délier pour elle dans l'intérêt de son développement providentiel. Vous régnâtes autrefois sur les peuples parce que vous prîtes eu main tour défense contre leurs oppresseurs , parce que vous brisâtes les fers de Pesdave et que vous apportâtes l’influence de la charité évangélique dans les rapports du serf et du seigneur. Mais que faîtes- vous maintenant pour ces masses que v@s prédécesseurs affranchirent de Pes clavage et du servage , et qui témoignent si vivement par leurs plaintes et leurs gémissemens qu'il leur reste encore des chaînes h rompre, des souffrances è calmer ? Vous les frappez d'anathème, vous flétrissez comme des désirs criminels leurs vmux d émancipation t vous attribuez à un esprit infernal les inspirations progressives que Dieu leur envoie, et vous vous liguez avec leurs oppresseurs, et vous invoquez, en dépit même des paroles pacifiques de votre maître , vous invoquez incessamment contre les peuples en révolution la dernière raison des rois , la raison brutale du glaive. Ne vous étonnez donc pas si votre- voix ne trouve pas d'écho , si votre autorité n'obtient plus le respect et l'obéissance. Comme l'ancien pouvoir politique , votre pouvoir spirituel tombe de vétusté, comme lui il expire sous le char des révolutions pour n'avoir pu fe suivre dans sa course rapide ; et le moyeu âge s’engloutit ainsi tout entier dans
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i'océüïi du passé: réjouisse -vous , hommes du Lavenir!
Mais cette grande catastrophe du moyen âge n’est pas pour l’humamté un signe de mort, comme le croient quelques féodaux et quelques catholiques, c est plutôt le srriïo d une transformation necessaire , d une nouvelle mitîalïou h In vie sociale. Quand le polythéisme et 1 5 empire romain succombèrent, le monde ne périt pas; il se régénéra, Le monde ne périra pas non plus après le catholicisme et la féodalité : une organisation religieuse et politique, plus parfaite que celle du moyen âge, lui est réservée; car la Providence ne donne rien en vain, et la Providence a mis en lui un germe de progression qui est loin d’être complètement développé.
Mais où sont maintenant les élémens de la société nouvelle ?
La société romaine , parvenue au dernier terme de su dissolution, ayant perdu ses vertus guerrières en même temps que ses croyances religieuses, ne manifestait plus qu’un reste de vie, ne comptait plus dans son sein que des hommes énervés , lâches et corrompus. Il fallait pourtant que cette société , dépositaire des fruits de la civilisation antique, survécut b ses anciens dogmes et h ses vieilles institutions , puisqu’elle portait eu elle une partie desgermes de l’avenir. Le christianisme était bien venu b temps pour lui rendre la vie morale; mais le christianisme, doctrine de paix et de charité, qui ne s’appliquait qu’au salut des âmes, ne pouvait régénérer politiquement des peuples dont la constitution devait être long temps encore fondée sur lu guerre; aussi les progrès de i LvangUo n’empêchérentdls pas la décadence militaire et par conséquent la ruine définitive de l’empire romain* Alors , pour subvenir aux besoins matériels , aux nécessités politiques, aux exi-
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genres militaires de l'association moderne qui allait surgir de la poussière de la société antique , Dieu suscita des hommes forts , des guerriers intrépides qui vinrent des déserts de la Germanie et des fanges Méôtides inonder les belles provinces des Gaules, de l'Espagne et de rilalie. Ces conquérons Farouches , avides de dévastation et de pillage , semèrent d’abord partout le deuil et la consternation , et un de leurs chefs mérita d’eire appelé le fléau de Dieu. Maïs leurs habitudes nomades, domptées par la douceur du climat et par la fécondité du sol des contrées méridionales , firent bientôt place h des mœurs sédentaires* Parvenus ensuite à mépriser les dieux qu’ils avaient apportés de leurs forêts , Us sc trouvèrent tout disposés il entendre la prédication de l'Évangile ; et quand ils levèrent le glaive exterminateur sur les vaincus, les prêtres chrétiens purent retenir leurs bras, se faire médiateurs entre le Franc et le Gau luis , entre le barbare et le Romain , et jeter les fondements du nouvel ordre social qui allait régir l'Europe* Gloire h ces hommes divins , b ces apôtres du progrès , à ces fondateurs du moyen âge, qui préservèrent Pancîen monde d’une destruction complète ! Gloire è ces prélats héroïques qui commandèrent au Si cambre de brûler ce qu’il avait adoré, et d’adorer ce qu'il avait brûlé! Gloire h ces poissa ns interprètes de la charité chrétienne qui, par l’ascendant de leur foi, par l'influence de leur autorité religieuse, rendirent le conquérant cher et sacré pour le peuple conquis, et humanisèrent assez le vain- < queur pour donner à son pouvoir sur le vaincu une forme protectrice et tutélaire !
Eh bien ! ou sont aujourd'hui les représenta os de la force materielle de la société qui doit s’élever sur les débris de la société catholique et féodale P
Celte société , Tliiâtoire * la tendance de l'humanité l'ai- '] teste, sera pacifique. Grâce aux progrès accomplis par la J ioî chrétienne , l'esprit de guerre s'est affaibli de plus en plus , el les antipathies nationales s’éteigncut avec une mer- ^ veilleuse rapidité. L’activité matérielle des peuples ne sera donc plus militaire dans f avenir; elle ne s’appliquera donc plus à dépouiller , à massacrer les hommes , maïs b exploiter s à té couder le globe au. profit de tous les hommes* Les masses industrielles I voilà donc les elémens de 1 existence matérielle de h société future* Les classes laborieuses 1 voilà donc les conquérons nouveaux qui doivent s établir sur les ruines du monde féodal ! Mais ces conquérons, s’ils Rapportent pas nu milieu de nous la barbarie des Huns et des Sarmales , s’ils ne viennent pas des déserts de la Seythîe, sortent du moins de leurs ateliers et de leurs champs, comme du fond d’autres Palus-Méotidss, oh ils ont végété dans l'ignorance et la misère, ou ils ne peuvent plus développer ce qu’ils sentent en eux de virtualité» od ils sont privés des affections, des connaissances et des richesses dont Dieu a déposé le germe dans la capacité qu'il leur a départie* Ah! s’ils venaient à céder à l'impatience brutale qui les entraîné vers les biens dont ils sont entourés sans pouvoir y toucher, qu'ils produisent sans en jouir; s’ils restaient abandonnés à la convoitise fougeuse qui les tourmente cl les dévore» s’ils tentaient de sortir de la position infime et malheureuse qu'ils occupent, pour envahir violemment la position des classes élevées , sans autres guides que leurs passions désordonnées , sans avoir agrandi la sphère de leurs son timons et de leurs idées, sans avoir reçu la lumière et le frein d'une nouvelle foi , dàme croyance commune ! des scènes de carnages nt de dévastation épouvanteraient encore le monde , le corps social serait toujours à naître , et De
.Maistre aurait eu raison de s’écrier en mourant qu'il fen allait avec l’Europe. Voyez plutôt comment ces populations infortunées, déshéritées en même temps de l’éducation et delà fortune , manifestent leurs désirs d'amélioration en l'absence d’une doctrine , d’une foi, d’une croyance religieuse. V °yez Ies ouvriers de la Belgique , les paysans de l’Allemagne et de l'Angleterre, promener le fer et le feu sur leur pays ! Voyez plus près de nous tout ce qu’il va d'effrayant dans la situation misérable , dans les plaintes, lesmurmures et les soulèvcmens des travailleurs les plus civilisés de lunïters: et pressez-vous dons le temple nouveau t qui peut seul vous servir d asile: prossût-vous autour des nouveaux apôtres qui ont seuls la puissance de câliner la tempête qui menace <le fondre sur vous: pressez-vous d’accueillir et de ré péter la parole de salut que vous apportent de nouveaux médiateurs: Pressez-vous! Voila les baebahes!