LA BELGIQUE
£t la Belgique. Celle-ci est encore plus à plaindre peutêtre* Elle aussi à eu ses trois jours; elle aussi a été courageuse, sage et forte , mais en vain : la diplomatie l'a prise entre ses griffes. Ta pelotée sans savoir qu'en faire; etelle, n'ayant pas de Diébitch à combattre , a reployé sur ellemême sa bridante activité. Tandis qu'en Pologne les partis faisaient taire leurs dissentimens sous le feu de l'artillerie russe , elle se fractionnait en orangistes , en patriotes , en
( 5i ) réunicnistes ; une population mourant de faim et ne sachant que faire de ses bras nerveux s^agitait en frémissant. L'anarchie y a montré sa tête, moins terribb peut-être, mais plus hideuse que celle de la guerre. Aujourd'hui les Belges sont aussi incertains de leur avenir que les Polonais; et de plus ils sont abreuvés de ce dégoût qu'éprouve tout homme de cœur à être mêlé à de honteuses intrigues. Indignés <;ontre les misérables imbroglios des diplomates , et cepen- «dant dominés par cette horreur de la guerre commune aujourd'hui à toutes les populations éclairées , un œil à la frontière , l'autre sur les masses que le désespoir peut à 'Chaque instant soulever, d*une main ils griffonnent avec colère et mépris des notes diplomatiques , de l'autre ils fourbissent leurs baïonnettes^ à tout événement.
Qu'en veut-on faire de cette Belgique? Est-ce sérieusement qu'on parle de la diviser , d'en faire une curée? Les Belges le croient ; et en effet tel est l'aveuglement de la diplomatie , telle est son ignorance des besoins actuels des peuples, qu'il n'est pas de projet, si absurde, si inique soitîl , dont on ne puisse la croire capable. On leur parle de i5o,ooo hommes coalisés qui doivent les envahir , sans compter les 100,000 stipendiés qu'entretient à grands frais leu#eX'roi Guillaume. Tour à tour on l«s irrite, on les menace, on les caresse; on les assourdit de vingt combinaisons opposées : c'est à en perdre la tête. Conçoit-on supplice pareil à celui d'une population de 4«ooo,ooo d'habitans resserrés sur uo étroit espace , cernés de toutes parts , dépouillés de tout commerce , de toute industrie , réduits à la dernière misère , qu'on menace de mettre au ban de l'Europe , qui est repoussée du sein de la France aux bras de laquelle elle voulait se jeter , qui est menacée, ô douleur ! par des diplomates se disant représentans de
( 5» ) cette France qui est leur mère , qu'ils chérissent en cette qualité y d'être flagellés par elle?
Et qu'elle sera la fin de cette torture? Il n'en est qu'une possible. C'est la réunion à la France : hors de la il n'est que chimères. La Belgique et la France sont depuis longtemps destinées à être associées pour former une seule famille, et ce qui le prouve , c'est que hors de là on n'a pu . imaginer aucune combinaison qui ne fût impraticable. C'est là qu'il faudra toujours en venir , après avoir épuisé tous les tours qui sont au fond de la gibecière diplomatique.
Nous avonsdit souvent que les relations actuelles de peuple à peuple révélaient dans l'état de l'Europe un désordre profond; que la vieille politique et la diplomatie^ telle qu'on l'a faite jusqu'ici , étaient barbares et immorales; qu'une politique neuve était indispensable. La situation de la France et de la Belgique ne justifie-t-elle pas pleinement noire assertion ?
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