‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 26 sur 27 · LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE

(extrait bu globe du ao OCTOBRE l83l. )

La révolution de Pologne est étoufiféei Tordre règne à Varsovie. Le boulet mort qui vint frapper Paskéwitch à Tattaque du faubourg de Wola est Temblème de l'insurrection polonaise : elle est tombée sans force au pied de Nicolas.

Aujourd'hui la Pologne est morte; ses enfans les plus chers sont frappés d'exil. On ne sait ob Skrzynecki a cherché un refiige; la tête de Lelewel est mise à prix; Gzartoryski a passé la Vistule seul dans la barque d'un pêcheur; il est allé une dernière fois tenter la fortune à Gracovie. Ramorino , qui avait été le digne représentant de la France

dans cette lutte de géans , a brisé son épée en entrant avec ses frères adoptifs sur les domaines du conseil aulique. Les forteresses de Frédéric-Guillaume s'encombrent d'o£Qciers polonais. La terre de Prusse et d'Autriche > dont les populations avaient admiré les fils de la Pologne, leur a été inhospitalière. On les a dépouillés de leurs armes» et on ne leur a pas permis de couper dans les forêts le bâton voyageur qui les reconduirait en France.

Pauvre Pologne ! «Ile a expiré , abandonnée par tous ceux qui lui témoignaient une amitié hypocrite ! Il était de bon ton dans les cours et dans les salous dorés de s'attendrir à l'idée de la Pologne. La Pologne ! on en parlait dans les élégans quadrilles; on s'entretenait de ses horribles douleurs au milieu de^ fêtes splcndîdes et des joies officielles. On la laissait périr sans lui envoyer un courrier; mais les inventeurs de modes , dans leurs importantes mé • ditations , et les ministres , dans leurs harangues solennelles » lui prodiguaient les marques d'intérêt. Praga , Ostrolenka , Iganie et la nationalité polonaise » occupaient une place brillante sur les cartons des marchands de nouveautés et ûann les plus graves discours. Pendant ce temps l'armée polonaise s'exténuait contre la grande armée de Nicolas» semblable à ces corps légers -qui vivement lancés contre une lourde masse rebondissent :par le ehoo. Elle avait usé Diébitch , elle avait usé Constantin» mais elle s'était usée elle «même. >Ët (|uand elle <a été épuisée du sang qu'elle avait perdu » les diplomates sont venus l'endormir de leurs trompeuses paroles ; ils ont conduit les Russes autour d'elle pendant son sonimeiL Pendant son sommeil aussi , à Finsii satis doute des diplomates , la tra* htson avait noué des trames horribles. Réveillée en sQr-

saul , à peiue a-i-elle eu le temps et la force d^écliappcr h une complète extermination.

La pauvre Pologne s'était dévouée comme une victime pour arrêter la Russie qui s'ébranlait contre la civilisation. Pour soutenir cette lutte inégale elle avait fait un appel k l'Europe occidentale : « Peuple indocile , avait-on dit tout bas dans les conseils des rois ! i et on avait crié : C*€st trop loin ! Que se mêlait-elle en effet de ce qui ne la regardait pas? Que lui importaient les projets de Nicolas contre la France? Sous l'inSuence d'un vif sentiment de catbolicisme elle avait invoqué Marie , et les catholiques de France étaient restés muets dans leurs basiliques; ces hommes peligieux avaient bien d'autres affaires ! ils conspiraient contre le Domine salvum fac regem. D'une voix déchirante elle avait demandé de l'argent , elle n'avait pas trouvé de crédit; les capitalistes n'avaient d'entrailles que pour Metternicb et Ferdinand Vil. Et quand elle a été écrasée, à peine quelques voix se sont élevées pour honorer son martyre. Les cabinets européens n'ont pas voulu pour elle célébrer de funérailles. Ce cadavre déposait contre leur égoïsme , ils ont eu hâte de l'enfouir. Son convoi a été solitaire , silencieux et clandestin comme celui des criminels dont on va pendant la nuil jeter les membres palpitans dans la fosse commune , et sur lesquels on ne pose pas de pierre qui marque leur place et garde leur mémoire.

Des écrivains généreux ont déjà réclamé pour les débris de l'armée polonaise : ils ce sont demandé si la diplomatie prétendait interdire h la France de tendre les bras à ces malheureux, si les souvenirs de Dombrowski et des lan* ciers polonais préoccupaient assez le czar et l'aristocratie allemande pour qu'ils signifiassent à un cabinet d'effrayés que toute manifestation éclatante de sympathie envers les

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yaincus de Paskéwilch , serait une cause de rupture? Se rait-ce un crime au gouvernement français de ][)Oser un peu de charpie sur les plaies des blessés de Varsovie , et de leur glisser dans la main la modique aumône qui les mènerait à pied , par les longues routes d'Allemagne , sur le territoire français? Les écrivains qui ont ainsi parlé ont droit ^.la reconnaissance de tous les hommes à nobles sentimens ? il est beau de vouloir ouvrir un refuge à ces proscrits. Mais la terre de Pologne et les infortunés qui la peuplent , il faut y songer aussi : que vont-ils devenir?

Sera-ce une province russe administrée /militairement par un hetman de Cosaques, sous les ordres du grand-duc Michel ? Les traités de Vienne , si opiniâtrement invoqués ,. vont'ils dormir pour elle ? Tel est l'état d'abjection du parti populaire en Europe» telle est. dans le Nord l'arrogance de l'aristocratie , que ces traités , mauvais chiffons il y a un. an, sont devenus depuis lors la grande charte des peuples», le palladium de leur indépendance !

Non> l'affaire de Pologne n'est pas finie. La presse doit y veiller; il fai^t qu'elle ait toujours les yeux fixés sur cette, nation malheureuse. Que sa vigilance empêche les agens du colérique Nicolas de planter des échafauds , ou de réaliser les rêves de déportation en masse conçus par leur maître dans ses accès de fureur , lorsqu'il apprenait qu'une, poigoés de héros balançait l'effort de ses gros bataillons et du vainqueur du Balkan. Les cabinets de France et d'Angleterre « assourdis par le tapage de la machine constitua tionnelie qui joue toute détraquée à leurs oreilles, ont dans leur embarras oublié la Pologne : que la presse leur crie sans cesse aux oreilles ce nom si cher; qu'elle excite en eux une pudeur qui s'est émOussée. Provisoirement il es); impossible d'obtenir rien de plus que la clémence du vain-^

( "7 ) queur et l'exécution des stipulations de Vienne ; eh bien ! que la presse fasse sur elle cet effort de réclamer la clémence de Nicolas et l'observation des traités de Vienne. Ce sera se faire une rude violence ; mais telle est la situation du moment. Le temps presse ; les populations désarmées des bords de la Yistule valent bien la peine , n'estil pas vrai y que pour les sauver on prononce ces mots amers, clémence de Nicolas, maintien des traités de Vienne ?

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