‹ Religion saint-simonienne: Politique européenneChapitre 4 sur 27 · A LA POLITIQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

A LA POLITIQUE GÉNÉRALE

( EXTRAIT DO GLOBE DU 3 JUIN l83l.)

Depuis dix mois il s'est fait beaucoup de diplomatie en Europe : le gouyeraement français en a fait pour sa part plus que tous les autres ; mlais il l'a enveloppée de tant de mystère , ou plutôt, il l'a faite si indécise , qu'il est difficile de savoir positivement quelle est sa pensée dirc<ïtrice , ou même s'il en a une.

Toutefois il nous paraît à peu près certain qu'il a toujours agi^sous la préoccupation de cette idée que la guerre serait mortelle au système récemment établi en France; et que, dans cette opinion , il s'est prêté à ce qui lui paraissait efficace pour comprimer toute commotion partielle., pour maintenir le statu quo qu'il confond avec la paix, espérant

( =o) par là éviter la conflagration générale qu'il redoute plus que personne.

En cela il s'est trompé , comme ferait un médecin qui, ayant à guérir un malade atteint d'un mal profond , irait cautérisant un à un tous les indices extérieurs par lesquels le mal se manifesterait successivement , au lieu de lui administrer un traitement général. Vains efl<>rts I à peine une plaie serait fermée qu'une autre s'ouvrirait ailleurs, et le prétendu médecin se trouverait , après bien d'infructtieuses opérations , n'avoir été que le bourreau de son malade.

Le gouvernement nouveau , eu vivant de la sorte, d'expédiens au jour le jour, n'a évité véritablement aucune difficulté; il n'a fait que les ajourner en les aggravant. Ce que voyant , beaucoup de gens sont disposés à croire qu'il y a dans son fait lâcheté insigne, trahison, pacte infernal. Nous croyons, nous, qu'il y a seulement erreur; erreur cependant qui deviendrait éminemment funeste si l'on s'y entêtait.

Notre devoir n'est pas d'observer le pouvoir, de surveiller ses moavemeospour le châtier aigrement et le menacer lorsqu'il s'est mis en défaut, mais bien de l'avertir et de lui montrer la bonne route. Au lieu donc de perdre notre temps on des récriminations irritantes , nous le préviendrons qu'il n'a pas compris la tache que la France a accomplie depuis quarante ans , et celle qui lui convient aujourd'hui ; et nous essaierons , ainsi que nous l'avons déjà tenté, de lui faire comprend!^ l'une et l'autre.

Depuis quarante ans la France est à la tête d'un immense travail qui s'opère dans toute l'Europe. Elle renverse le passé; elle prépare Ta venir.

Le passé , c'est le régime fondé sur la légitimité pur droit

de NAISSANCE , régime oii les peuples et les classes étaient divisés d'affections , de pensées et d'intérêts ; régime d'hostilité cil chacun s'efforçait de s'assurer sur «es voisins une suprématie violente.

L'avenir, c'est l'association universelle des peuples ei des individus 9 unis entre eux pour leur développement pacifia* que , MORAL , sâentlfigue et industriel*

Les guerres de la révolution » guerres d'enthousiasme , de fraternité et de propagande » eurent spécialement pour objet de détruire chez tous les peuples européens les habitudes féodales , les privilèges nobiliaires , les barrières élevées entre les nations et les daâses.

Puis vint Napoléon , qui régularisa cette vaste démolitîoQ en France et à l'extérieur, qui laboura l'Europe en tout sens , véritable ange exterminateur de Tancicdi régime , par sa rapidité et par la puissance de ses coups* Il traça ce code qui consacre le principe de l'égalité » qui l'applique trèslaidement 9 ^beaucoup d'égards, aux rapports matériels des individus. Il le promulgua partout^ l'implanta profondément dans son immense empire, le fit au mmns partiel- , lement adopter par les princes nombreux auxquels il a^ait imposé son patronage. Il modifia ou biffa les tarife 4^ djo^anes entre les nations du continent.

Pour inoculer h toute l'Europe les principes de la révolution française , il incorpora à la France l'Italie , la Hollande, les rives du Rhin,Jes lilles anséatiques; il rejeta dans le moule la constitution helvétique, et noiMa. fortement les cantons les uns aux autres, h l'aide d'^ua même lien qu'il garda dans sa main puissante. Il tenta » par la confédération du Rhin , un essai d'union germanique; épura rAIlemagne de quelques monstruosités féodajies , la plaça sous son protectorat, c'est-à-dire sous sa dii^ction. Il.en^

vahit l'Espagne et Iq Portugal; il crut même un inslant qu'il allait étendre sa loi «urT héroïque Pologne. Par se» soldats» par ses ambassadeurs^ par ses préfets » par ses commissaires, par ses décrets partout exécutoires, lui, que des observateurs superficiels haïssent comme le repré sentant du despotisme , il travailla sans relâche à la réforme politique de l'Europe; il propagea partout les sentimens d'égalité; il démantela partout .le système féodal.

En i8i4» Napoléon fut arrêté dans son œuvre; il fut vaincu par les deux plus grandes puissances rétrogades de l'Europe, autqur desquelles se groupèrent, dès que le géant chancela, tous les féodaux qu'il avait foulés aux pieds; par l'aristocratie anglaise, qui, par Pitt et Gastlereagh, dominait depuis vingt ans la Grande-Bretagne; et par la Russie , peuple de soldats qu'on mène à la baguette , et qui doit être ainsi mené , car le bras de fer de l'autocrate peut seul aujourd'hui poussera la civilisation une population barbare; par l'Angleterre, personnification de l'élément industriel , qui en le terrassant , lui guerrier, constata la supériorité de la force créatrice sur ia force qui détruit; et par la Russie , à laquelle il.avait cherché vainement à oppo* ser la double barrière de la Pologne et de la confédération du Rhin.

Et ai terrible qu^att été la catastrophe dans laquelle ce colosse fut englouti , on ne saurait faire un crime à ses vainqueurs de Pavoir abattu , car il était devenu la guerre incarnée; il avait détruit par la guerre les .institutions guerrières : et si celles*ci avaient disparu, ce ne pouvait être pour faire place à d^autres institutions qui.ei;! fussent tes fantômes.

A partir de t8i4 » la politique européenne, dirigée par Tai^istocratie féodale , et prinoipalemeat par Gastlereagh et

Page 1