FÊTES
Tons les artistes des provinces qui languissent faute d'inq^iration se sentiront imprégnés d'uae^ verve inattendue , les théâtres ressusciteront Les sculpteurs , les musiciens et les peintres de l'école de Rome verront devant eux une carrière ouverte; les talens de second ordre ne se condamneront plus à la vie dédaignée , envieuse et solitaire de la capitale; ils se disperseront sur le sol et chercheront pleins de confiance une œuvre à chanter, des travailleurs à inspirer , fiers de féconder des cœurs d'hommes d'une ardeisr vivifiante» d'être leurs guides et leurs prophètes pour tous les n^obles sentimens | d'association.
' Quelles fêtes que celles où l'pn installera à la tête de la culture de la Sologne et du Berry le vénérable Dombasle , infatigable régénérateur de l'agriculture de France^ à qui tout paysan au sang appauvri , k l'intelligence épaissie , pourra demander une vie d'association et de bonheur , k qui toutes ces mères d'écoliers engourdis au sein de collèges, vraies succursales de Babel où règne encore la confusion des langues , pourront confier ces enfans bien-aimés, et les voir s'épanouir, hardis, actifs, vermeils, dans une vie de mouvement , de travaux et de jeux selon leurs cœurs !
Quelles fiÊtes que celles qui, dans le bat de commander et d'organiser de vastes travaux , prendront pour points d'apppi centraux' ces localités en vogue où le monde élégant, riche ,
(7» ) axûmé j $t sent attiré dès les premiers jours da priniémpsl Le IMoiit-d'Or a^ec ses vallons agrestes , pour l'ioslallAtlon d'm sptème d'embellissement et de multiplication des trovqpeaox de i'Âavergne, et l'onvertare, par centaines de crevasses, des hoaillières encore vierges de l'Âveyron! Biaritz et ses sables brillans au soleil d'Espagne comme ime mer de pieFierias , pour l'embranchement da canal de Béam à la Garomie^ et la colonisation et le défrichement de ce tapis des Landes qui étale danâ un horizon sans limites ses fleurs de roses , Manches et vi(4ettes et ses bois majestueux de pins élevés ^ s'alongéant en ligne d'arceaux trani^arens, ainsi que des aqueducs colossaux!
Quelles fêtes que celles qui dresseront leura tentes sur les flancs bois^ des montagnes des Caoïeretz et des deux BagneleSy pour l'application des bains chauds aux douleurs du peuple, pour l'ouverture des plantations des Pyrénées « pour l'introduction de la vigne aux roches du Boussillon et le retournement et le labour des terres grasses et fraîches des {daines de Tarbes i des mamelons de fougères dorées an pays des Bas* ques I Quelles fStes que celles qui , enchainant et embrassant dans un demi-cerde au golfe de Lyon> Montpellier, Nimes^ Avignon , Âix et Marsiftille, activeront sur tous les points le dessèchement et la fertilisation de la Camargue, petit Delta, foyer d'infection et de fièvres , et tourneront en des senti* qiens d'association , en un enthousiasme noble, utile, chevaleresque» en un génie d'entreprises patriotiques et européennes , cettefièvre de vie comprimée au coeur des populations du AUdiy et qui 9 faute de trouver cours daâs le sommeil plat de Ja société, bouillonne et crève en dissensions intestines!
Quelles fâtes que celles qui s'asseyant aux bords des lacs de INantua, rallieront des bataillons entiers de Dauphinois èntreprenans et leur feront balayer les flaques d'eaux croupissantes qui couvi^ent comme un voile de mort le aol fertile de la presse , et eCTacer la tristesse et la pâleur héréditaires
idiKSjpttes amaigries de leurs frères des bords du Rhdne ; qui donneroiit du haut du clocher de Strasbourg et des falaises de Dieppe le signal des premiers travaux des routes nouvelles, et couvriront TAlsace et la Normandie de forges mouvantes', d^ateliers, de caravanes de pontonniers et de*terràss^ers faisant sortir de terre sur leur passage des villages et des théâtres inlprovisés!
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Oui , elle sera l'union de toutes les espéraneeSi le mélange
de toutes les. fortunes et de tous les rangs , cette universelle
fédération de travaux et de fêtes , dont la voîic d'un chef
aimé aura donné le signal , et qui fera couler sa vie de prêtre
€tde roi, du cœur de son empire à toutes les extrémités; et la
fera i^eurdre des extrémités au cœur. Qu'aux accens de celte
voix tonnante et mélodieuse à la fois, Içs pâtres sixipendas
aux crêtes des montagnes, les paysans ignorés dans les
plaines lointaines, les pécheurs perdus aux galets des mers
viennent au sein' des villes et dans la vaste métropole prendre
leur part des rayons d'un faste créateur qui désormais va
luire pour tous ; et qu'au sein des villes et des plus riches
quartiers de la capitale on entende les apprêts du départ;
que les routes retentlsisent du roulement des équipages , du
galop cadencé des cavalcades ; qu'une foule élégante, parée,
vienne se mêler aux réjouissances des campagnes; qu'elle
vienne à l'air vif et fif'ais des champs, aux parfums de la
mer, des moissons et dés forêts, qu'elle vienne saluer de
hourras les flottes royales pavoises de flammes pacifiques,
allant chercher par . masses pour le peuple les richesses des
terres lointaines ; qu'elle vienne à Tentour de ces colossales
cheminées, colonnes fumantes , de ces fabriques, ces écoles,
ces ponts qui vont jaillir du sol ou se tendre au-dessus des
eaux; qa*elle vienne au milieu des troupeaux et des ateliers,
des fermes naissantes , fouler de ses pieds de salin les sillons
tracés sur les gazons , et se mélaiit aux exercices de t'inaugar
(73) ration de toaâ les irâraux, briller tomme une image Mlrayanté de la rie d'aboodance à laquelle le o^^le va s^engendrer*
Oh! le cœur des riches battra doucement à cette pensée, que ces malheureux innombrables, naguère déguenillés, rudes, disgracieux, dont les yeux de feu exprimaient seuls la noblesse et la bonté cachées dans leurs fortes poitrines , vont enfin toucher à tous les biens de la vie qui assainissent et embellissent le corps et Fesprit ; qu'ils vont mordre à ces fru^ dtfen^ dus.àonX ik ne purent se rassasier jusqu'à ce jour, bien que leurs mains en eussent planté Tarbre, et qu'ils eussent de la sueur de letlr front arrosé ses racines ! Oh ! le cœur des riches battra doucement ; car ils sentiront que leurs vieux pères , leurs enfans et leurs femmes ne vont plus vivre de cette vie monotone dont les ennuis étaient coupés en sursaut par le hurlement de la foule en délire , par le claquement précipité de la fusillade , le bruit des vitres , des portes , des haubans volants en éclats; alors que l'avalanche des faubourgs roulait sur le pavé des places publiques , broyant comme une fourmillière les bataillons royaux et la cohue de passans arrêtés par la peur!
Le cœur leur battra doucement aux riclies » et il diront les premiers: « Allons, allons à l'Europe lui donner le secret de notre concorde et de notre prospérité.
Qui a va Naples et sur les dalles de son port, aux feux du matin , quelque pécheur éveillé le premier se lancer à travers ses compagnons engourdis, ouvrir la tarentelle» les attirant du pied y de l'œil, des bras, à la danse qui assouplira leurs corps aux fatigues du jour*.
Ainsi de Paris au milieu des cites , ainsi de la France au siein de la foule des nations.
Réveil, France! réveil! Crie la voix de ton Messie et de ton Roi. Le jour a paru! Par le plaisir fais-toi robuste à la peine, ô France! et y^ chercher ainsi que des danseuses tes .sœans assoupies.
Et la blonde Allemagne i et la brune Italie, et rAngleterré fraîche , ardente , qui masque sous la raideur de son corps le feu dont elle estdévor^^et PEspagne lascive^ aux grands yeux cachés sous la noire dentelle , et la Bussie aux épaules de neige ; va les chercher! car la tçcre nourricière tressaille da désir de nourrir et réjouir les misérables. La terre les appelle à fouiller ses entrailles; la terre les appelle, et Dieu veut y régner*