ESPAGNE
L'Espagne» qui ferme la Méditerranée à l'une de ses extrémités, présente particulièrement un golfe en entonnoir mal clos , entre la côte de Valence et de Catalogne et les Baléares. Prenant Barcelone (i) pour point central de ce
{\) Le port de Tar^agone, à moitié chemin dç Barç^^ ai^x )i)pi|ç|^ de FEbre, est cependant le port le pins sûr de la cdte.
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gelfei concevons un chemin de fer qui» rejoignant la vallëe de rÈbre, la remonte just[u^à Sarrâgosse, aille de là cher^' chérie bassin duTage, aborde Madrid et continue jusqu'à Lisbonne à travers les plaines de la Castille, TEstramadore et le Portugal. Celui qui établirait cette voie, aurait consacré l'union du Portugal et de l'Espagne » car il n'y a d'association possible qu'entre des peuples qui peuvent s'épancher matériellement Tun sur l'autre et vivre réeUement de la vie l'un de l'autre. L'unité espagnole est fort imparfaite, quoique le gouvernement actuel la prépare tous les jours à son insu. Les douze royaumes d^ Isabelle et de Ferdinand sont isolés, ont des lois diverses^ des usages divers. Un autre chemin de fer qui , parti de Cadix , remonterait le Guadalquivir par Se- Tille et Cordoue, rejoindrait Madrid, et irait vers Bordeaux par le bassin de la Garonne , s'il était possible; qui , lançant des embranchemens à droite et à gauche de FËbre , liant ainsi le magnifique port du Passage avec Barcelone etTortose, établirait la plus courte communication possible entre les deux mers (i); qui poussant d'autres bras, l'un à travers la vallée du Douero vers Porto , un autre vers les abondantes mines de charbon et de fer des Asturies, un troisième vers les riches mines de plomb de l'Andalousie (a) ; un tel chemin, dis-je , avec tous ses rameaux et avec la grande voie de Barcelone à Lisbonne, serait comme un système de veines et d'artères le long desquelles la civilisation circulant réveillerait l'Espagne assoupie, en relierait les membres disjoints et la ferait passer de la torpeur où ses gardiens l'ont plongée afin qu'elle ne bondît pas hors du cercle tracé par le catholicisme.
(1 ) Il y a long; tenips qu^un canal est projeté et même commencé dans ce but.
(2) Ces mines , sises particnlièrement près de Marbella , fournissent annuellement 32,000,000 de kilog. de plomb. Ce sont les 3/7 de là prodactiQn totale de PEurope.
il tètte enivrante activité qni tiendra sans cesse les pôpolatiani en moiteur sons l'empire d'une foi religieuse sanctifiant Pin-* dustrie^ sur un sol riche et fertile ^ dans une atmosphère em« baumée par les orangers et les aloès.
FRANGE. •— Al^GLETERRE.
£ii France le port principal du golfe de Lyon est Marseille (i) qui termine admirablement l'admirable vallée du Rhône. Il n'est personne qui , regardant la carte , n'ait rêvé quelque grande communication entre Marseille et le Havre ^ par Lyon et Paris, à travers les trois vallées du Rhône, de la Loire et de la Seine. La seule partie de cette belle voie qui pût présenter de sérieuses difficultés à vaincre , celle qui doit lier le bassin du Rhône au bassin de la Loire , est presque terminée aujourd'hui. Le plus haut avantage de cetle grande communication serait certainement d'ouvrir à l'Angleterre les abords de la Méditerranée. L'industrie jouera un beau rôle dans la régénération des peuples méditerranéens. La reine de l'industrie , l'Angleterre , ne saurait manquer d'apparaître avec éclat dans les pacifiques croisades qui s'é*branleront en Occident pour aller relever l'Orient k demi enseveli sous des monceaux de ruines. Le chemin de fer du Havre à Marseille sera comme un pont jeté au-dessus de la France pour le passage de la puissante Albion, de ses ingénieurs et de ses trésors.
Les principaux cliemins de fer qui sillonneraient encore la France seraient; i^ celui de Toulouse à Bordeaux, qui continuerait sur Paris par Orléans , et qui , par Metz , Sarrebruck aux inépuisables mines de houille , Mayence et Franc-
(1) Le port de Toulon est cependant beaucoup plus beau et plus sûr que celui de MarseiUe; mais Toulon étant port de guerre^ le mouvement commercial s'est jusqu'à présent concentré sur la ville des Phocéens.
larf f irait tourner les Vosges et la forêt Noire pour entr^ en Allemagne , et dont un embranchement rattacherait i Bailjs Osions, Bruxelles et Anvers; 2** ceux qui de Lyon reiein* dralent les bassins de la Meuse et du Rhin ^ et descendraient jusqu'à Maëstricht et Amsterdam; 3® celui qui poursuivrait la Loire jusqu'à Nantes , et de {à irait rallier la superbe rade de Brest.
ITAUE.
L'Italie , au territoire alongé , ressemble à un messager d^ l'Europe vers l'Afrique et l'Asie. L'Italie à l'ame d'artiste, l'Italie, voluptueuse et riante comme une fille d'Orient, aura une éclatante mission dans l'ère qui s'ouvre pour les peuples de la ])3ëditerranée. Mais l'Italie sans unité est condamnée à l'impuissance. L'Italie est bien morcelée ; toutefois le sentissent de l'unité l'agite jusqu'au fond des entrailles. L'emblêngtç matériel de l'unité italienne sera un chemin de fer qui s'étendra de Yenise à Tarente par Florence y Bome et Naples, et auquel il sera facile de rattacher les points principaux du versant oriental des Apennins , ainsi que Livoume et les ppr(^ secondaires du versant occidental. Les derniers jours de Venise ne sont pas venus ; ses lagunes qui se comblent et ses canaux qui s'engorgent depuis qu'un lourd Autrichien la glace de sa présence, ne se changeront pas; comme les travaiix des Sésostris et des Pharaons , en marécages fétides et impraticables. Qu elles étaient brillantes les galères qui, portant la fjeur des chevaliers de TOccident, allèrent, après avoir en passant soumis Zara, ^asseoir Baudouin de Flandre sur le trône de Constantin et inaugurer le Lion de Saint-Marc en Mprée et dans les îles de l'Archipel ! Eh bien ! Venise lancera de sou sein de nouveaux convois plus magnifiques. L'Adriatique est une pointe poussée par la mer vers le cœur de l'Allemagne ; c'est une rade par laquelle l'Allemagne laborieuse est appelée à répandre autour de là Méditerranée ses produits et ceux des
ferres Scandinaves. Yenîse , qai est assise au sommet 4e l'^t 4riatique comme une reine au-dessus 4e sa cour, sera )e Ç^oU^ auquel aboutiront les rayons en grand nombre <|ont c|iacim apportera les richesses de tpute une contrée. De yqnîsç pa^rtiront des chemins de fer qui iront Tun vers Gênes sa sœiir, veuve aussi de son doge et de son antique liberté ; |^ai|tfe ^ Turin par Milan ; un troisième vers Hambourg , la yeni^ de la mer du Nord , par Tune 4cs vallées latérales du pianut^e, la vallée de la Moldau et celle de TElbe, ou fleuiissent de riches cités, Prague, Presde, Magdebourg (|). yenije rt Trieste sa voisine seront deux des plus beaui^ l^^''^ 4ë monde.
AIXBMAGNË. — TURQUIE p'£UROP£.
L^ÂUemagne^ dans ce grand qiouvement qui pousse ins^ tinctivement tous les peuples vers l'unité, est presque parvenue h se donner un lien intellectuel. 11 y a en Allemagne deux grandes divisions, TAUemagne du nord et l'Allemagne du midi; l'une revenant des doctrines du protestantisme ou d'individualisme à l'unité ; l'autre , plus particulièrement occupée de s'initier h rindividualismè , après être long-lemM restée fidèle aux doctrines exclusivement unitaires du catholicisme. Toutefois il y a par toute l'^^llemagne un mên^e parfum de poésie contemplative mystique, lien flottant qi^i relie vaguement les âmes élevées 4e la Teutonie. 11 y a entre le^ savans des universités un lien plus saisissable. Les souvenirs du Tugend Bund et de la Burschenschqft sont d'autres élémens d'unité également répandus sur l'Allemagne du nord comiçie sur l'Allemagne du midi» Mais les communications matérielles sont peu actives sur la terre germanique. Elles y soqt loin de la célérité et de la régularité à laquelle elles sont parvenues en Angleterre ou en France. L'unité commerciale de
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(1 ) Il existe un chemin de fer entre la Moldan et le Danube.
rAQemâgne n'existe pas. De beaux chemins tle fer ëtablii dans qaelques directions principales seront des liens qui resserreront tous ces peuples qui parlent la même langue et qm ne s'entendent pas; qui ont les mêmes mœurs , les mêmes habitudes , et qui restent de fait étrangers les uns aux autres. •— Qu'on ouvre une voie qui partant de Mayence ou de Francfort, où aboutirait celle de Cadix à Paris prolongée par Metz , se dirige rers Ratisbonne dans la vaUée du Danube, aille de là, par Lin tz. Vienne, Presbourg €t Ofen, jusqu'à Belgrade , où le sang de l'Orient et de l'Occident a coulé avec un^ si effroyable profusion ; qu'à Belgrade elle se bifurque, et qu'elle se dînge d*un côté vers Sophia, capitale de la Bulgarie , où elle se bifurquera encore pour rejoindre Salonique dans TÂrcbipel, et Constantinople par Andrinople; de l'autre côté par Bucharest jusqu'à Odessa , prindr pal établissement dans la mer Noire, ville créée hier par on Français, M. de Bichelieu, et dont la population est déjà de 4^,000 âmes. -— Qu'une seconde grande voie, prenant comme la première son origine à Mayence ou à Francfort , se déroule à travers la plaine immense qui commence aux Flandres , qui se développe sur TÂllemagne du nord , dans toute la Russie et dans les steppes de l'Asie septentrionale jusqu'au Kamschatka ; qu'elle coupe à Dresde la ligne de Venise à Hambourg, et qu'elle s'avance par Breslau, Varsovie, Vilna et Riga , jusqu'à Saint-Pétersbourg. Qu'on la rattache, jpar des embranchemens , à Brème, dans le bassin du Weser ; par le Hanovre^ pays démines, aux bouches de l'Oder; à Dantzick , qui clôt le bassin de la Vistule ; qu'à travers la Silésie et la Gallicie, provinces magnifiques, deux de ces embranchemens relient par Breslau, Berlin et le pays de Gracovie, le port d'Odessa à Stralsund vers l'extrémité occidentale de la Baltique , et que l'un d'eux , se dédoublant pour traverser la Hongrie dans sa plus grande dimension le long de la Theiss , noue l)ps chemins du Nord avec le système mé-
ridional établi autour de Belgrade. -^ Que des embranche^ mens partis de la grande voie du midi aillent rejoindre les sa* Unes delà forêt Noire, circulent dans les plaines de la Souabe, remontent même jusqu'à Turin, s'il est possible, afin que le groupe du Nord et le groupe du Midi se déversent par cent issues l'un sur l'autre. — Et lorsque par ce réseau symétriquement distribué autour de Dresde , qui est la ville des Français de l'Allemagne , ce beau pays aujourd'hui emprisonné au mi^ lieu des terres , aura des portes ouvertes sur toutes les mers » sur PArchipel , la mer Noire , l'Adriatique iel la Caspienne^ lorsque les pacifiques bourgeois de Vienne , qui frissonnent encore au souvenir du grand-visir Kara-Mustapha, pourront aller trafiquer à Constantinople tout aussi commodément qu'un négociant de Paris va rendre visite à son correspondant de Lille ; lorsque les savans de la Germanie^ sentant leurs sens émoussés , pourront aller chercher des inspirations dans les jardins odoriférans de Bujukdéré et de Térapia, sous le ciel enchanteur de la Propontide, tout congime le Parisien qui a besoin de se distraire va regarder à Dieppe «le flux et le reflux de l'Océan; lorsque l'académicien berlinois et l'étu-^ diant de Goettingue pourront en vingt-quatre heures passer des salles de leurs universités aux collections du Jardin -des^ Plantes, à une séance de l'Institut ou au musée du Louvre; lorsque la grâce de l'Italie, la finesse des Hellènes et l'élégante aisance des Français débordant incessamment sur l'Ai* lemagne , se marieront avec la sincérité , la conscience et la bonté d'ame des Germains; lorsque toi^t cela subsistera, qui peut dire quelles seront la splendeur, la richesse et la force d'association au sein de la Germanie ?