ASIE £T AFRIQUE
Je passe à la Turquie d'Asie, à cette terre poétique où ont passé tant de peuples fameux , et sur le sol de laquelle se sont nivelés les débris de tant de grands empires. C'est là que Timagination de nos pères avait placé le paradis terrestre avec ses ineffables plaisirs ; c'est là que vécurent Abraham et Mel-^ Chisédechy le grand-prêtre du Très- Haut; c'est là c[ue s*é!e-^ vèrent ces colosses de faste et de puissance dont les grande^ traditions ont perpétué la mémoire solennelle, là furent Babylone et Ninive; là se dessinent encore les grandes ombres de Sémiramis et de Bélus ; là est l'empreinte de Torgueilleux Nabuchodonosor. Les Chaldéens fameux par lent science astronomique , les Lydiens aux richesses fabuleuses i le peuple d'Assur, le grand Cyrus et les rois des rois , y ont apparu tour à tour dans leur voluptueuse magnificence. I^uis les lieutenans d'Alexandre y implantèrent les merveilles d'A-^ thènes et de Corlnthe; et les califes successeurs de Mahomet y cultivèrent les sciences et les arts. C'est de là que partirent les Phéniciens pour leurs expéditions aventureuses; C'est dé
là qae de floriââantes colonies vinrent peupler le llttOTal ie la Méditerranée. Et tout cela n'est plus. De tous cesj[trônes et de toutes ces dominations il ne reste que poussière, et cette poussière n'a pas fécondé le sol. Cette terre dont les délices avaient attiré successivement tous les peuples , sur laquelle les Celtes grossiers et les non moins grossiers fils d'Othmaa étaient accourus s'abreuver de jouissances, est aujourd'hai flétrie. Il semble que, comme la Baïes des Césars, elle ahdi expier par sa ruine les débauches dont elle fut souillée en ées jours de dissolution. Aujourd'hui les villes y sont dissénadnéei. les populations rares ; l'Euphrate et le Tigre y coulent au milieu de décombres et de champs sans culture.
La configuration de cette contrée permettrait d'y tracer im long chemin de fer qui se relierait au système que nousavoRi conduit jusqu'à Constantinople. Vis-à-vis la capitale des sultans , sur le Bosphore , est Scutari , l'ancienne ChryéopoliSi la ville d'or, car tout était d'or sur cette terre privilégiée. Ce chemin de fer, partant de Scutari , irait chercher l'Euphrate en remontant vers la mer Noire , traverserait sur la trace de ce beau fleuve les défilés du Taurus , entrerait ainsi dans Ja vaste plaine de la Mésopotamie, et arriverait aisément an golfe Persique par Bagdad et Bassora. Divers embranchemens y rattacheraient l'un Erzeroum et Trébisonde à l'extrémité orientale de la mer Noire ; un autre Alep , la vallée de l'Oronte, le bassin du lac Àsphaltide et le Caire en Egypte; un troisième pourrait probablement pénétrer jusqu'à Smyme; .un autre enfin , conduit par Téhéran et Recht, unirait le golfe Persique et la mer Caspienne par leurs points les pfail rapprochés.
Concevons maintenant qu'on poursuive un pareil système de travaux sur la côte d'Afrique, tout le long des régences barbaresques, jusqu'à Ceuta, vis-à-vis Gilbraltar, qu'on trace par exemple , un chemin de fer depuis l'île d'Elcphantine jusqu'à Alexandrie y et que par des embranchemem» on faim
( 145 ) communiquer les oasis d'Egypte avec la vallée du J^il; oii. aura ainsi tout autour de la Méditerranée uh premier résem sur lequel on brodera des réseaux secondaires ^ de manière surtout à faire converger les communications vers les port» qui serviront de centre k chaque bassin. Concevons que» poussant devant soi la civilisation , l'Europe s'étende peu à peu sur l'Asie , par les Russes au nord , par les Anglais au midi y par la Turquie a l'ouest; supposons que, d'un côté, les. Américains y afQuent à Test ; imaginons que pour mettre^ en activité le double courant qui de l'Amérique et de l'Europe viendrait visiter la vieille Asie , l'on perce les deux jsthmos de Suez et de Panama, et représentons-nous « s'il est possible « le ravissant tableau qu'offrirait bientôt l'ancien continent.