JANVIER
Quels seraient les caimctèmS; d'une guerre européenne 4 quels en JteraienI ias résultats , .quelles en seraient les chances 9 avons-nous dit. à la fin de notre premier article. C'est ce que nous allons examiner aujourd'hui.
Une guerre européenne aurait pour but, dans l'esprit des libéraux ijui la veulent , de mettre à bas toute aristocratie ».et d'aller partout* l'es armés à la nniin^ implanter dans la pratique gouverœiuetttale les principes démocratiques.
Définissons en termes plus précis cette tentative révolu^ tiofinaire telle qu'elle peut être conçue par une tête républicaine aux larges idées.
Ud'agirait en France d'introniâer la république, que la grande propriété >stbhorre , dont le seul . nom fait fris-t sonner les iodustriels sans être pour cela populaire parmi les ouvriers qui emplissent les villes, et de lancer
ensuite aux frontières les quatorze armées de la Convention.
Il s'agirait, en ce qui concerne l'Angleterre, i® d'entamer une lutte à mort entre une aristocratie puissante , tenace et habile et une population ouvrière , audacieuse , énergique , mais plus arriérée que celle de France de toute la distance qui sépare les brigandages de Bristol de la modération des prolétaires lyonnais devenus maîtres , au prix de leur sang, d'une cité opulente; 2* de retirer de leurs ateliers une partie de ces prolétaires ardens pour les verser sur l'Europe avec leurs frères de France.
Il s'agirait , dans la Péninsule , de mettre aux prises une faible minorité constitutionnelle éclairée , dans l'aisance , mais mal reliée , dont le vocabulaire républicain fait médiocrement vibrer le cœur, avec un clergé opulent et compact, soutenu par des masses innombrables que le catholicisme a imbues d'un sentiment de hiérarchie et de religion, et auxquelles le libéralisme , dont l'essence est la négation directe de toute religion et de toute hiérarchie , inspire un profond dégoût.
En Italie , la question serait h peu près la même que pour l'Espagne, excepté pour la Lombardie, les [légations, le Piémont, Gênes, Venise, qu'une brutale oppression doit avoir disposés à accepter momentanément une réaction libérale , et à reconstituer une république cisalpine et ligurienne.
Le régime républicain est sans poésie ; il a trop d'aridité et de sécheresse pour pouvoir se concilier avec cette grâce insinuante, cette pétillante élégance qui sont la vie de l'Italie. L'Italie n'est point le pays des scrutins , des formules parlementaires, où l'on sache discuter un budget sou à sou : c'est la terre où l'on couronne Pétrarque et le Tasse ; c'est
nue lerre d'éclat extérieur où les pompes du Vatican et le» chefs-d'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange ont succédé aux merveilles du Golisée , aux prodigieuses fêtes des édiles, aux jeux hrillans de Néron et d'Adrien. Le régime républicain est trop mesquin, trop dépourvu de hautes solennités pour être compatible avec la dignité etetla majesté castillane. La Péninsule enfante des Charles-Quint et des Vasco de Gama, et adopte des Colomb. Elle élève sous les Maures l'Alhambra , sous Philippe II l'Escurial ; elle féconde de ses colonies un continent immense. Son héroïsme colossal se transmet intact , à travers deax mille ans , de Sagonte à Sarragosse. Elle ne s'enthousiasme que pour des oeuvres de géant; elle dédaigne ce qui n'a pas cent coudées; elle ne peut trouver d'élan pour d'étroites réformes , d'ardeur pour un replâtrage , de sympathie pour les discussions terre à terre , confuses , des assemblées délibérantes, et elle se laisse envahir plutôt que de se décider à défendre de mystiques droits et des garanties constitutionnelles qui respirent méfiance et égoïsme. Il n'y a au monde qu'un peuple qui puisse , selon le temps et les besoins de la civilisation, s'accommoder tour à tour de la pompeuse royauté de Louis XIY et de l'austérité de la Convention , qui puisse passer de la magnificence napoléonienne au constitutionalisme bourgeois de la restauration ; il n'y a qu'une nation au monde à qui il ait été donné de pouvoir être éminemment catholique aux jours des croisades , éminemment artiste âous Loùis-le-Grand , éminemment sensuelle sous le régent , éminemment conquérante sous la république et l'empire , éminemment laborieuse et pacifique sous la restauration ; qui , après avoir trôné sur le monde avec Napoléon , puisse pendant quinze ans se consacrera suivre avec une admirable sagacité les étroits défilés
d'un subtil parlementarisme. Cette nation, douée d'une flexibilité énergique et rationnelle , cette nation liaivtb , c'est la France.
RevenoQs à la guerre.
L'Allemagne du midi , comprenant la Bavière , le TyroU le Wurtemberg , Bade et la Hesse , et une partie des provinces du Rhin , éprouve en ce moment une oscillation dé^ mocratique bien caractérisée, et si la France se constituait révolutionnairement , elle y trouverait des partisan» à la résolution énergique Mais l'Allemagne du nord , la Prusse qui est la partie la plus originale de l'AUemagfie; la Prusse en qui respire dans sa pureté le génie teutof^^que;. est aujourd'hui lancée dans unevoie qui n'est point. celle du libéralisme, quoiqu'elle soit progressive.; la Prasse est en travail de religiosité ; sou protestantisme se fait pour ainsi dii^ catholique, en ce sens qu'il s'alimente 4es^ sentimens d'unité, d'autorité , de palingénésie générale^ En Prusse la philosophie voltairienne est beaucoup moiii^ goûtée que dans l'Allemagne du midi. Les principe» de 89 sont peu en faveur dans les universités*. On n'y est pas abspluliste, mais on y a peu de penchant pour le criticisme pur. On y sent que les principes du libéralisme français n'ont qu'une valeur de désorganisation. Dès lors quant à l'Allemagne, il s'agirait d'imposer, les armes à la main, aux états du Nord les goûts , les idées et les sentimens de^ états représentatifs du Midi.
II s'agirait de vaincre une formidable résistance de la part de l'Autriche avec la Hongrie et la Bohême , car c'est une terre qui repousse la semence républicaine. Le sentiment de hiérarchie , d'obéissance , y est profondément établi dans le sol. Dans la diète hongroise il a été prononcé quelques mots de liberté ; la politique de M. deMetternich
( «7) y a rencontré' quelques opposans énergiques. Mais à ces protestations c'est l'esprit de caste qui a la pliis grande part. L'aristocratie des magnats , qui est éclairée et anlr mée de sentimens souvent progressifs» porte impatiemfnent le joug du conseil aulique. Mais ses réclamations ont bien plutôt pour objet la restitution de sies franchises féodales et de ses prérogatives de nationalité ., que l'application an régime social des principes d'égalité, tels par exemple qu^ls existent déjà en France. Entre la noblesse hongroise et les paysans il y a un abîme sur lequel le libéralisme ne jettera pas le pont.
Quant à la Russie » le libéralisme n'a chez elle aucune place: Elle doit instinctivement s'opposer à un débordement démocratique , parce qu^elle ne peu^ pas le comprendre. Le peuple russe est un peuple tout obéissant ; tout d'tmitation , tout passif. 'C'est une nation-enfant qui un jour s'emporte , et dans sa fureur égoi^ les médecins qui trai tent le choléra , dévaste les hôpitaux et s'enivre des liqùeurs que les hommes de l'art lui^ interdisent, et qui tout à coup , voyant venir le virum quem , son* tzar , s'arrêt(ê , se tait, s'agenouille, et à soncomiïiandetnentse dispersé la fêté basse. De ces hommes qui ne se conçoivent euxHfnètiïes que comme des instrumens à exécution ponctuelle ; vouloir faire des républicains à la personnalité extl*éme, à l'ind^ndance jalouse / serait une haute fofie. Le gouverti'emént russe, habitué à ibanier cette masse non élastique, ces automates non initiés encore à là spontanéité , dont toute la vie n'est qu'une série de manoeuvres semblerbles à la charge en douze temps, ne comprend pâlies prétentions des au très peuples plui àV&dcésil ides insfftutibÂS qtii dégàjgent l'individualité, qui donnent du jeu à chaque ressort. CMft
Jà uiie idiéa omafâ pour UaquelioCi le oaliifiel de Pétarsfaourg sVwtî conatmnnieBt toio « haulaitl ^urem là i^volulioii 4»
*' Vbîcï eé que sèrâie fa gùer^ :
. j^ Friiace et l'Angleterre, soutenups par les petits ^ta*s 4^ |*A(lQipagi]te du ïiiic^ ^ par TUflHe septentrionale , çntf^er^içilit en Ijce contrer Autriche » la Russie et rAUemajg^ç 4if ^prd* jpp reste de$ ^tat^ , l'Ë^p^fie entre autrç3 « n*y jp.^çrs^ient .c^u'^i;^ râle iasîgoifiaot* .
Tout homme qui n'est pas un étourdi , qui veut la guerre i^j\^ pniatérê^ de civilisation» daps la persuasion que c'est f'ijinj[^i^ jfi^jejx^'m fiiiir ^ ÇQuin^e on dit^ avec toutes les i^qftQC|9ties dj^ l'Evirope , sçnt fiettemçnt que la guerre tte p<^urfaiJ; être soutenue av^c iituccès par le parti qui la yeut qu'^ h çopditÎQ^.d'j^Umaer au coeiar des masses une fièvre- démocratique, gt comme il ^'est riea que les classe^ afpi^egire^a redoutent, aiitf^rkt çq France et en Angleiei^e,^ Il çU^réçiUte^ait rf^t^p^eqt di^sion prçifoiide au sein de ces d^^x p^uple*.,.§ure3;ç|tée.parla. çpfttradiçtion, l'ardeur jçéy^^U)^ip^Qai|re jr^it tpu}ou.rs croissapt chex les proléta^es ^ç, l'^^^ç^ e t d^ r^Mtr^ ft^tipp : ^e \k excès démagogique* q^|,j?çlf»aien^f sj^WÇMJ^ ça Fr^j^c^ , effçpyables en Ajiglçterre. X^e parti de L^ j;if^rp^ pqm* Inciser la résistiince des classeg éjfivée;^^ pour éivitep ja guerre civile pu pour la réduijçe , n'fiur^it iîpptô^ 4*4Utir<^ moyen qu^ ^ goiivernef r4ifo,lu' .fffijUnairçment f ^% ce serait unp éppuvfuat^ble débâcle des int/èr^t9,mat^riel§» ^aeç fprte part ^es, ficheçses de ThujWpM^. ^Plfj^ f dont 1^ Frapce et l'Aflgleterrff ^Qï^ dépiP ^itaire^^ j^wa^ît (?nefr^mtie : l'ind^^s^lW f^ÏF^Bift^W^'î 4'un .4en|i-s|è<^le. ,,. .
( '9) ' Passons sur les désastres de ia guerre , sur les maux que les autres nations belligérantes auraient à endurer. Jetons le voile sur les immenses difficultés qu'éprouvent les armées qui se sentent ^ vis-à-vis de leur patrie, dans la situation où fut la grande-armée pendant les cent jours. La guerre est terminée en six mois. Le coq gaulois et le léopard sont entrés victorieux à Vienne , à Berlin , à Madrid , à Rome. La nationalité polonaise est reconstituée. Le tzar > battu à Wilna , à Smolensk , épuisé , sans crédit , a demandé la paix. On a pris des canons à construire dix co^ lonnes Vendôme; on a enlevé des drapeaux à pavoiser Paris de U barrière du Trône à l'arc de triomphe de l'Étoile. Que faire alors , comment terminer la crise qui traFaille l'Europe » comment en finir avec les aristocrates ?
Aucun des partisan)» de la guerre ne s'est posé cette simple question.
On ne change pas la nature d'un peuple pour Tavoir vaincu. Lorsque 4ans une oation les masses sont compactes avec leurs chels, on ne rompt point ses sentimens hiérarchiques ni la solidarité qui existe entre ses membres, pour lui avoir écrasé dix armées sous le canon.
S'il avait été possible d'^n finir par la guerre avec les féodaux , le géaat des batailles , Napoléon , en aurait fini. Napoléon a trois fois réduit l'Autriche à demander la paix» deux fois il a eu entre ses mains la destinée d'Alexandre il a fondroyé le roi de Prusse et l'a tenu six ans sous ses pieds; il a levé des contributions , mis des garnisons dans les forteresses d'Allemagne; il a assis ses frères sur des débris de trône, il a pétri l'Europe , fors l'Angleterre , dans sa large main , et il n'a pu en finir. Chez les peuples où le libé-
ralisme eslsans racines, où il n'a jamais vécu qu'en serrechaude , les républicains n'ont qu'un moyen d'en finir de manière à ne plus recommencer , de manière à ne plus roir les lugubres journées deLeipsick après celles d'Austerlitz et d'Iéna, c'est de raser les villes, d'emmener les populatioas,de maudire ces terres d'un anathème sans fin, et, poar signe de malédiction , de les labourer une dernière fois en y semant du sel.
Car, encore un coup, pour éviter cette horrible solution , il faudrait que les peuples de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie , pussent être initiés à la pratique libérale, aux habitudes d'égalité jalouse et d'indépendance ombrageuse. Or le génie de ces peuples s'y refuse. Leur progrès ne peut être réalisé que par le concours direct de leur aristocratie et de leurs gouvernemens , car ce sont des gouvernemens ou des aristocraties jouissant aujourd'hiu entre leurs frontières d'une popularité de fait.
Et c'est précisément parce que la guerre , si elle offrait le moyen de sortir de la crise européenne , n'y conduirait qu'à l'aide de ces mesures préventives à l' Attila , c'est pour cela que la guerre est aujourd'hui sans but et qu'elle ne peut avoir lieu.
Nous trouvons au reste tout simple que les républicains, tant qu'ils resteront républicains , veuillent la guerre. Les hommes à doctrines exclusives , républicains et féodaux , doivent consciencieusement la désirer. Chacun de ces deux partis ne conçoit pas de conciliation possible avec le parti opposé; il cherche son progrès dans la ruine de l'autre. Nous sentons que , placé à ce point de vue de réprobation absolue pour ce qui leur fait obstacle , des hommes gêné • reux, tels que sont les républicains, exaspérés par des actes
de bassesse , par le sacrifice de la Pologne et de l'Ilalie , brûlent d'en venir encore une ibis aux mains avec ce qui est pour eux le génie du mal. Mais toute doctrine exclusive ne pouvant réussir que par l'extirpation et l'extermination n'est pas une doctrine d'avenir, et ce n'est pas la république qui dotera les peuples de l'émancipation » pas plus que ce n'est le principe de la légitimité par droit de naissance qui leur rendra l'ordre après lequel ils soupirent.
Une guerre révolutionnaire serait d'ailleurs peu populaire en Europe , même parmi les masses. La liberté des libéraux a perdu de son prestige , parce qu'elle n'est pas la liberté de l'avenir. La liberté sans association , c'est-à dire sans hiérarchie , est l'isolement , et l'isolement est un manteau de glace. La liberté républicaine n'a plus le don de soutenir , de conduire les bras vengeurs. Les révolutions qu'elle avait suscitées avortent. Cette insurrection belge , si glorieuse aux premiers jours, est aujourd'hui sans ressort. En Italie , même en l'absence des baïonnettes autrichiennes , la voix de la liberté est à demi éteinte. En Espagne le libéralisme ne marque plus ses jours que par les catastrophes des hommes de cœur qui voudraient le ranimer. En Portugal , là où Miguel règne de moitié avec le bourreau , la présence d'une (lotte française victorieuse dans le port de Lisbonne n'a pu arracher signe de vie au parti libéral. En Pologne enfin c'est au nom de l'indépendance nationale que nobles et paysans ont pris les armes ; et lorsque les jeunes hommes qui avaient enlevé le château du Belvéder voulurent franchir les limites du doctrina risme et faire un appel à la démocratie , leur parole fut sans écho , et ils ne recueillirent que des outrages. La liberté qu'adorèrent nos pères et qui leur inspira tant d'hé-
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roïsme n'a fait que passer; elle est aujourd'hui sans inspisation et sans culte.
Ainsi ce n'est point la guerre , non plus que tout autre moyen que peut enseigner toute doctrine exclusive , qui changera la face de la terre et réalisera le progrès des nations. Les chances de prospérité sont dans la paix. Je commencerai à dire dans un prochain article comment on pourrait instituer une paix durable et féconde.
LÀ PAIX DEFINITIVE DOIT ÊTRE FONDÉE PAK ^*i|kS$iO' OIATIQN P£ l'orient ET PE L*0CCI1>£NT.