‹ Religion Saint-Simonienne; Systeme de la MediterraneeChapitre 5 sur 6 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

Une portion des nations méditerranéennes se compose de populations passives dont la docilité va sans effort jusqu'au servilisme , et dont le progrès consistera surtout à être initiés à la vivacité française , à la mobilité italienne , h la dextérité bretonne. Tout sommeille chez ces nations ; la masse des habitans y meurent, après avoir végété plutôt que vécu 9 sans s'être, écartés^ hors, de la vue de la chaumière qu'occupaient leurs ancêtres , semblables aux mollusques dont la coquille est fixée à un rocher. Telles sont les races slaves , tels sont les paysans de l'Autriche, de la Hongrie et de la Bohême , telle est la nation moscovite. Dans: l'ordre politique , le moyen le plus efficace de les réveiller de leur somnolence consistera à placer près d'eux les exemples d'un mouvement extraordinaire > a les exciter par le spectacle d'une prodigieuse vélocité , et à les inviter a suivre le courant qui circulera à leur porte , par l'intérêt le plus positif et qu'ils sentent, le mieux aujourd'hui , celui du bénéfice industriel. Sous ce rapport particulier les chemins de fer exerceront une influence décisive sur la civilisation d'une grande partie du monde et spécialement de la Russie.

La Russie est de touslespayscelui où la construction des chemins de fer serait le plus facile. Le sol de la Russie est plat , il est couvert de forêts qui fournissent abondamment des bois à l'aide desquels la construction de routes à ornières sera fort peu dispendieuse. C'est aussi celui où ils seraient le plus utiles. La Russie est baignée par de trèsbeaux fleurs : les deux Dwina qui courent au nord; le Dniester 5 le Dnieper, le Don et le Volga, qui ont leur

pente au sud : aussi a-t-il été facile , à Taide de quelques canaux , d'établir dans ce vaste territoire plusieurs communications entre les mers qui le baignent au midi et celles qui te baignent vers le pâle; mai» ee sont d6$ voyages sans fin , et d'ailtenrë la geié^ y r^nd la narigatiéft impcrssibfe pendant plus' de ^ix m6i& Les principaux portd de)a Russie dans Ifr nier Jfixrtte sont Odéss'af et Sé^àdlôpctf; àanê ik met d' Azof , Tagànrég -, o(i iM*«rrttl l'empereur Alexandre ; et dans la met* Gas|>ieDBé , AstrAkun; pifteéd l'un mtre les bouches dû Daùubeet do Dûie^yer, \ë seeoiHl àr Feiiiboif-r chure doD^, le troisième âfmcbMcheddiy Volga. (Messa et Astrffkafn £»uftoift sont les* centres d*uji eommeroe^ m* mense. Le)» etieMins dé fer qu'il importerait le plus d'ourrir à travers <yéë îet^é à éèiAisauvageiS bravent ceux qti tap*prochêi^aient ào ces deux ports les prineipaiix poiintr dii territoii^e^ On conçoit qu'uiv^ route en fer: qui d'Odessa frait à Rîgà et IVitèrdbourg par Kiew , qui d'Odessa) oontih fiuerâit ensuite vers Astrakoii par Tagann^, qui d'Astriikan ^'élancerait v^s Saint-Pétersboiirg pa? Moscou , k travers ié long et farge bassin du Volga,. et pousserait )tisqa^ Ai'kangel jMir la mer Blanche, compretidratt les ligpoa.les plus importamCea du réseau vivifit^l. qui doit animer la Russie 0t lut iiaire perdre le oaraotère engourdi d^lyû^ .peuple cerné par les neiges. : ' ' i.

ASI« ET APÈ]^U£.:

Je passe à la Turquie d'Asie, à cette terre poétiqixe; où ont passé tasnt de peuples faaiéU)X>,,^e{^sur le; sol de laquelle se sont nivelés les débris de tant de^fsnds en^pires, C'est là que Finai^ÎAation de nosi pèj?e% âvait placé^Ie par^dif terrestee avec. ses inefffilbli^ plpi^ir^;. c'es4 ^ qj^ i^^çuri^ïpf^

(49) Abraham et Melchisédech , le grand-prêtre du Très-Haut; c'est là que s'élevèrent ces colosses de faste et de puissance dont les grandes traditions ont perpétué la mémoire solennelle; là furent Babylone et Ninive; là se dessinent encore les grandes ombres de Sémiramiset de Bélus; là est l'empreinte de l'orgueilleux Nabuchodonosor. Les Ghaldéens fameux par leur science astronomique, les Lydiens aux

richesses fabuleuses » le peuple d'Assur, le grand Gyrus et les rois des rois » y ont apparu tour à tour dans leur voluptueuse magnificence. Puis les lieu tenans d'Alexandre y implantèrent les merveilles d'Athènes et de Gorinthe; et les califes successeurs de Mahomet y cultivèrent les sciences et les arls.G'estdelà que partirent les Phéniciens pour leurs expéditions aventureuses; c'est delà que de florissantes colonies vinrent peupler le littoral delà Méditerranée. Et tout cela n'est plus. De tous ces trônes et de toutes ces dominations il ne reste que poussière, et cette poussière n'a pas fécondé le sol. Gette terre dont les délices avaient attiré successivement tous les peuples, sur laquelle les Geltes grossiers et les non moins grossiers fils d'Othman étaient accourus s'abreuver de jouissances^ est aujourd'hui flétrie. IL semble que, comme la Baïes des Gésars, elle ait dû expier par sa ruine les débauches dont elle fut souillée en des jours de dissolution. Aujourd'hui les villes y sont disséminées , les populations rares; l'Euphrate et le Tigre y coulent au milieu de décombres et de champs sans culture.

La configuration de cette contrée permettrait d'y tracer un long chemin de fer qui se relierait /au système que nous avons conduit jusqu'à Gonstantinople. Yis-à-vis la capitale des sultans 5 sur le Bosphore , est Scutari , l'ancienne Chrysopolis, la ville d'or^ car tout était d'or sur cette terre privil^iée. Ge chemin de fer, partant de Scutari,

irait chercher TEuphrate en remontant v^rs la mer Noire, traverserait sur la trace de ce beau fleuve les défilé» du Taurus > entrerait ainsi dans la vaste pleine de la Mésopotamie , et arriverait aiiîément au golfe Persique par Bagdad et Bassora. Divers embranchemens y rattacheraient l'un Erseroum et Trébisonde à l'extrémité orientale de la mer Noire; un autre Al^> la vallée de l'Oronte , le bassin du lac Asphaltide et Je Caire en Egypte ; un troisième pourrait probablement pénétrer jusqu'à Smyrne; un autre enfin, conduit par Téhéran et Recfat» anîrait le golfe Persique et la mer Caspienne par leurs points les plus rapprochés.

Concevons maintenant qu'on poursuive un pareil «ysibme de travaux sur la côte d'Afrique » tout le long des régences barbaresques , jusqu'à Ceuta » Tis4i*vis Gibraltar, qM^oa trace par exemple , un chemin de fer depuis l'tle d'Elépfaanltne jusqu'à Alexandrie , et que par des embranchemens on fasse communiquer les oasis d'Egypte avec la vallée du ^il; on aura ainsi tout autour de la Méditerranée un premier réseau sur lequel on brodera des réseaux secondaires , de miinière surtout à faire converger les communicatixms vers les ports qui serviront de centre à chaque bassin» Concevons que, poussant devant soi la civilisation , l'Europe s'étende peu à peu sur l'Asie, par les Russes au nord, par les Anglais au midi, par la Turquie à l'ouest; supposons que , de leur côté , les Améric«ns y afQueot à l'est; imaginons que pour mettre en activité le double courant qui de l'Amérique et de l'Europe viendrait visiter la vieilfe Asie , l'on peroe les deux isthmes de Suex et de Panama , et représentonsHtious , s'il esl possible^ le ravissant taUeau qu'oflHrait bientôt l'ancien continent.

( Si ) autres travaux.

Et ce n'est pas tout. Conoevons encore que les améliorations au régime des communications par eau marchent de front avec l'ouverture des chemins de fer , de sorte que tout puissant cours d'eau soit rendu navigable directement par des travaux opérés dans son lit ou indirectement parle creusement d'un canal latéral;

Concevons que des milliers de bateaux à vapeur sillonnent la Méditerranée dans tous les sens » de Sébastopol à Gibraltar, de Garthagène à Smjrne» de Venise à Alexandrie; que d'autres remontent les grands fleavei tfii l'alimentent y et parcourant ses rives dentelées fouillent tous les coins de l'Archipel grec , de l'Adriatique » de la mer Noire^ de la Baltique , de la mer Gaspienne et des golfes Arabique et Persique;

Concevons que sur tout le territoire méditerranéen l'agriculture soit rendue florissante» et que» particulièrement à cet effet, les nombreux canaux d'irrigation et de dessèchement qu'elle réclame soient ouverts sans plus de retard; que iâ richesse minérale soit exploitée conformément à un grand plan d'ensemble , que des fabriques de toute sorte façonnent les produits nécessaires au bien-être de l'homme.

Supposons enfin un vaste système de banques qui répande un chyle salutaire dans toutes les veines de ce corps à la dévorante activité , aux articulations innombrables*

Admettons p[>ur un instant que cette création gigantesque soit entièrement réalisée demain » et demandonsnous si , au milieu de tant de prospérité , il pourrait se trouver un cabinet qui, saisi d'une fièvre belliqueuse» songeât sérieusement à arracher les peuples à leur activité féconde » pour les lancer dans une carrière de sang et de

destruction; si alors il existerait des capitalistes^ qui, effrayés d'un avenir incertain y resserrassent leurs capitaux » et des populations affamées qu'on pût décider è l'émeute.

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