Assemblée du Sénat dans
l'Éleusinium le lendemain des mystères.
^ Cf. l'avanl-propos mis par M. Meier à l'ouvrage de M. Ross, die Demen von Jttica , S. X , et la fin de cette note.
Il84 NOTES
M. Preller admet sans difficulté, avec ses prédécesseurs, que le premier jour des Éleusinies était le i5 boédromion, à cause du passage de Plutarque (Alex. 3r, coll. Camill. 19), mentionnant l'éclipsé de lune qui se fit dans ce mois, vers le commencement des mystères, à Athènes. Assurément il ne peut être question ici que des grands mystères, des mystères d'Eleusis; mais l'expression de Plutarque laisse une certaine latitude; et, comme l'éclipsé en question eut lieu réellement du 14 au i5, il se pourrait que le premier jour de la fête eiît été le 14. Il est vraisemblable qu'en ce jour nommé, comme il est dit positivement, ayopaoç ^, parce que les mystes s'y rassemblaient, se fciisait aussi, dans le portique appelé Pœc?7e, la proclamation, TrpoppYictç , du hiérophante et du dadouque, concernant les conditions exigées pour l'admission aux mystères ^, et qui étaient peut-être accompagnées du programme, •rrpoYpatjt,(ji.a , dont il est également question^. Le second jour, placé d'ordinaire le 16 boédromion, était désigné par le nom significatif de aXaos {xucrrai, « à la mer les mystes, » qui commandait aux futurs initiés de se rendre sur les bords de la mer, pour y faire les ablutions et purifications prescrites"^. Avaient-elles lieu au Pirée, comme l'a conclu Meursius d'un passage de Plutarque dans la Vie de Phocion ^, ou bien, dès ce jour, les mystes se seraient-ils rendus, soit jusqu'aux Rhiti, soit même jusqu'à Eleusis, comme le pense Sainte- Croix, sans en donner aucune raison solide? M. Preller, entraîné vers son opinion par une parole équivoque du grand Étymologique ^, rapprochée d'un fait mentionné chez Phi-
' Hesych. s. 'v. M. Preller a lui-même retiré ses doutes à cet égard.
^ Schol. Aristoplî. Ran. 369, Plut. 43i. Cf. les coutumes analogues dans Lucien, Denionax, c. 34, Alexander, § 38 , et dans Aristid. Orat. ad Capit., t. II, p. 418 Dindorf.
'^ C'est l'explication la plus naturelle du passage de Prochis, cité p, 761, n. 2, ci- des sus.
4 Cf. p. 779, n. 3, ci-dessus.
5 Cap. 28, coll. c. 6, et de glor. Athen., c. 7.
•"' S. V. lepà Ô5ÔÇ — v^v àuiaciv ol (Auciai a>.a§e.
DU LIVRE HUITIÈME. ïlS.)
lostrate % mais qui peut très-bien s'e>xplic]uer autrement, hésite pourtant plus qu'il ne se prononce. Il semble, en effet, difficile d'admettre, devant le témoignage positif de Pliitarque, ce voyage prématuré, qui ne serait guère d'accord avec ce que l'on sait de l'emploi des jours suivants ^. Le 17 et le 18 étaient employés, à Athènes môme, en sacrifices, indiqués chez Philostrate d'une manière générale, et implicitement les purifications, comme succédant à la 7rpoppr,G:i<; ^, sacrifices que Meursius, par une heureuse conjecture, mettait déjà au 17, mais que spécifie, d'une manière à la fois plus positive et plus complète, une inscription dont nous avons parlé '^. Cette inscription fixe au 17 boédromion le sacrifice d'un jeune porc en l'honneur de Déméter et de Cora, sans doute le même sacrifice des grandes déesses qui était désigné par le nom de Ôua ^; elle fixe ensuite au 18 une offrande de fruits à Dionysos et aux autres dieux ^. Ces sacrifices peuvent être des sacrifices privés; mais certainement il y en avait d'autres analogues, et de très-solennels, qui se faisaient dans l'Eleusinium 7. Il s'y joignait vraisemblablement diverses pratiques, diverses cérémonies préparatoires, qui devaient achever de disposer les mystes et de les rendre dignes d'être
' Vit. Apollon. II, 20 : xà ôè 'EXeuaivoOsv tepà, iiieiùri è? aaxu ayou- (Tiv , èxsT (dans le faubourg *Ispà auxY)) àvaTcavoucrtv, entendu, non du retour de la procession d'Iacchus, mais d'une solennité antérieure.
2 Aussi, ni O. Miïller (p. 279, n. Sa), ni Westermann {Zeitscliriftf.die Altert/i., 1843, .9. 667) ne l'admettent-ils. Le premier rappelle que, selon Athénée (XIII, p. 5go sq.), ce dut être en ce jour des ablutions sacrées (âv TY^ Twv 'EXevQ-ivtœv TravYiyupei) qàe Phryné se montra aux regards émerveillés des Grecs, sous l'aspect de Vénus Anadyomène.
^ Pliiloslrat. Vit. Apollon. IV, 17 : (j-exà irpoppYjatv ts xac lepsTa. Il s'agit ici des Épidauries, qui venaient ensuite, comme on va le voir.
4 Pag. 1114, n. I ci-dessus.
'•" Hesych. s. v. 6ua — xà 6u6[JL£va xoTv Ôsatv.
'> Ce seraient là proprement les lepeïa , à en juger jwr la distinction que fait Mœris : Itpêiov iràv xo 0u6[j,£vov GeoTç, X^P'? ^°'^'
' Corp. Inscripl, n" 71, col. a. Cf. Lysias c. Andocid., § 4, ol Andocid. de Myster., § 182.
associés à la seconde partie de la fête, transportée, le 20, d'Athènes à Eleusis \ Aucun passage, aucun motif déterminant n'autorisent à admettre l'hypothèse d'O. Miiller, faisant des mystes deux parts, et envoyant les nouveaux ou les néophytes à Eleusis, dès le 17, pour y accomplir, le 18 et le 19, <les rites funèbres ou autres, et même y boire le cycéon, tandis que les anciens mystes seraient demeurés à Athènes, on ne sait pourquoi ni comment. Le 19, pris arbitrairement pour le jour des flambeaux, dont il est mention chez Fulgence ^, sans indication précise, paraît avoir reçu de M. Preller son véritable emploi. Il y place sans hésiter les Epidaurles ^ cette seconde préparation ou initiation préalable, instituée, suivant la tradition, en faveur d'Esculape , venu trop tard d'Épidaure pour avoir pu participer aux cérémonies des jours précédents (c'est le sens de o^à (xuatripiwv), et dans la suite appliquée à tous ceux qui se trouvaient dans le même cas. D'ordinaire elle est renvoyée au 22, après la grande procession d'Athènes à Eleusis, et le retour des initiés, alors que les mystères avaient été consommés , comme s'il eût été possible de les recommencer après coup et en un seul jour. Une fausse interprétation du récit de Philostrate ', où est expliquée l'institution des Épidauries, a donné le change
' M. K. F. Hermann rapporte à ces rites accomplis dans l'Éleusinium de la ville, et les xaOàpcrstç àuoppyiTOTspat d'Olympiodore (ap. Fischer ad Platon. Phœdr., p. 289), et les a-uaxàaEtç, par où il entend la présentation des néophytes aux autorités des mystères , et la TrapàSoaiç ty)ç teXstyjç, qui est pour lui l'instruction préalable dont nous avons parlé p. 1177» cidessus^ en un mot tout ce qu'Hermias (ad Plat. Phaedr., p. i58) place, comme un premier degré qualifié par lui de reXeir) ou -npoTiapaaxeuy), avant la {jLUYiaK; et l'èTïOTiTeia , mais qui pouvait très-bien être appelé par extension {xurjcriç, ainsi que TeXeTïj. Cependant, il faut songer que les petits mystères avaient aussi leur SiSaaxaXia et leur TipoTcapacrxeuyi rtÔv (xeXXovtcov , et (ju'ils formaient véritablement le premier degré de l'initiation, dans leur conuexité certaine avec les grands mystères. Cf. la note 2a, ci-après,
* Mythol. I, 10, coll. Mythogr. lat. IIT, 7, i.
3 Vit. Apollon, tV,. 17 sqq.
même ù O. Mùller. Il est évident que, lorsque Apollonius se rendait du Pirée à Athènes, au moment où se célébrait cette cérémonie, complément, en quelque sorte, des préliminaires de la grande fête des mystères, celle-ci, qui n'avait point quitté Athènes, en était, pour ainsi dire, encore à son premier acte, ou du moins à sa première partie. Autrement il ne serait pas dit, d'abord que les Épidauries, avaient lieu, suivant l'usage, après la proclamation et les rites sacrés qui la suivaient, dans un second sacrifice, (plutôt qu'à la suite du second sacrifice, qui serait celui du i8); et puis, que les philosophes d'Athènes furent sur le point de s'attacher aux pas du célèbre sophiste, au risque de manquer l'initiation , quand lui-même leur proposa de les accompagner à Eleusis, et de se faire initier avec eux, ce que ne permit point le hiérophante, ainsi que nous l'avons vu plus haut \ Du reste, il est probable, comme paraît le penser M. Preller, d'après ce que nous apprend Pausanias ', que la légende relative à Esculape se fondait sur un sacrifice accompli en son honneur, au jour des Épidauries, depuis que les cultes d'Épidaure avaient fait alliance avec ceux d'Eleusis et d'Athènes ^ Peut-être aussi les autres héros, mis successivement en rapport avec les Éleusinies, Hercule, les Dioscures, Hippocrate, jouissaient-ils, en ce même jour, du même honneur.
Le 20 de boédromion s'ouvrait la seconde partie de la grande solennité, et commençait, à vrai dire, la fête d'Eleusis, et avec elle les mystères, au sens propre du mot ^. Le théâtre en était transporté à Eleusis, berceau et siège principal du culte des déesses, par la procession qui y conduisait en pompe, dans ce jour, le plus solennel de tous, lacchus, leur favori et le médiateur de leurs mystères ^. Cette procession,
' Pag. XI 80, ci-dessus.