‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 18 sur 74 · H. N. XXXV, II · texte numérisé non relu

H. N. XXXV, II

* Voyages, II, p. 216 sq. Cf. Uned. antiq. of Atlica^ eh. 3 ; Clarke, Greek Marbles dep. in the publ. libr^of Cambridge^ pi. 4, 5; Mus. Worsley. I, p. 95 ; et Gerhard, Ant, Uildw., Taf. CCCVI, 4, 5.

I2 3o NOTES

389), que la statue aurait été consacrée par le hiérocéryx Numérius Nigrinus, sous Adrien. Que représentait- elle d'ailleurs? Cela est fort incertain. Elle portait sur sa tête le calatlius, ou plutôt le modius, sur sa poitrine le Gorgonium, comme le prouve ce qui en subsiste, et ce dernier attribut la rapproche visiblement des idoles de l'Attique et de la Sicile que nous venons de mentionner. Serait-ce une Proserpine-Minerve, une Gœa Olympia, une déesse lunaire et céleste de la terre, ainsi que la conçoivent M. Creuzer et M. Gerhard^ ? Serait-ce, au contraire, une simple calathéphore, préposée, en quelque sorte, à la garde du temple, et en défendant l'accès aux profanes par la redoutable tête de la Gorgone, comme le conjecture M. Preller ^? Entre ces deux opinions il est difficile de se décider, surtout dans l'état du fragment; mais ce qui nous ferait incliner pour la première, c'est ce fait, que nous avons déjà rapporté plus haut ^, d'AthénaTithroné, dont le surnom rappelle le dème de Tithras, où les Gorgones avaient un culte spécial 'i, associée aux autels et aux honneurs de Déméter, de Cora et des Euménides, dans le dème de Phlye.

Après ce morceau précieux encore, malgré son état de dégradation, gisant qu'il a été si longtemps au milieu de cette foule de débris de chapiteaux ou de fûts de colonnes et d'autres sculptures, qui appartinrent jadis aux édifices d'Eleusis, nous n'avons plus à citer qu'un fragment d'une frise de quinze pieds de long, orné des attributs des deux déesses, combinés avec ceux de Dionysus ou lacchus, leur parèdre.

* Cf. p. 582 du texte de ce livre, et livre IX , p. 844; Gerhard, Ant. B'ddw., Text ou Prodromus, p. 19, 3o, 35. Ce savant archéologue, p. 87, y voit en définitive une Déméter-Cora.

^ Dem. u. Perseph., p. 375 sq. Elle aurait personnifié, suivant lui, l'inscription que Proclus (in Alcib. Plat., p. 5, Creuzer) dit avoir été gravée sur l'Anacloron : Mr; yoaçt^-^ etaco twv àouTWv à^iuiiTotç ouct xal à.xt-

' P. 575 et 1222.

4 Schol. Aristoph. Ran., v. 480.

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c'est-à-dire de pommes de grenade, de thyrses, de cistes mystiques, de calathus, etc. *. Ce fragment se rapporte, comme le précédent, au temps des empereurs, et il garde quelques mots d'une inscription en grec , lesquels, habilement rapprochés par M. Preller d'un passage des scholies sur Aristide, indiquent avec vraisemblance l'époque d'Antonin, qui fut celle de l'ornementation du grand temple, jusque-là demeuré nu ou à peu près, et qui reçut alors « ces sculptures, ces peintures et tout ce cycle de décorations, » dont parle, en ces termes mêmes, le rhéteur contemporain "". Toutefois, la religion et l'art n'attendirent pas le second siècle de notre ère pour ériger l'idole sacrée de Déméter dans son sanctuaire le plus auguste; et de même que certains passages de l'hymne homérique adressé à la déesse semblent faire allusion à d'antiques simulacres, notamment à une image de Cérès a^fIigée(AY)[>.7iTr]p àj^aia) qu'aurait recelée son temple primitif^, de même il est probable qu'une statue chryséléphantine, digne de l'Anactoron d'Ictinus , éblouissait les regards des mystes dans l'illumination et la révélation soudaines, mentionnées plus tard chez les anciens 4.

Quelles richesses de l'art religieux devaient renfermer VJEleusinium et le Thesmophorion d'Athènes; quelles scènes de la mythologie de Déméter s'y trouvaient représentées en sculpture ou en peinture, nous l'ignorons; mais ce que nous savons positivement, c'est que le grand statuaire Praxitèle, qui s'était exercé sur cette mythologie aussi bien que sur

I Uned. ant., ch. 4, tab. 7.

> Aristid. Eleusin., tom. I, p. 421, et les schol. , tom. III, p. 3o8, Dindorf; Preller, p. 376.

' Hymn. in Cer. y. 3o3 sqq. Cf. p. 11 10 et n. 3, ci-dessus, M. Preller (Dem. u. Pers.j p. gS, n. 42) signale une allusion du même genre, aux vers 194 sqq., comme aussi Yà^éla.G'zoQ qui suit, rappelle la ixéxpa àyEXaa-To; (p. 738 sq. ci-dessus) , sur laquelle s'assit la déesse, ainsi qu'on croit la voir représentée sur le sarcophage Borghèse (Clarac, Musée de sculpt., pi. 214).

4 V. Thémistius cité p. laii, n. 4, ci-dessus. Cf. O. Muller; Archœol. % 357, 5.

celle de Dionysus et d'Aphrodite, avait fait pour le laccheion les images de Déméter, de Cora et de lacchus \ Il était aussi l'auteur d'un groupe que Pliue avait vu à Rorae, dans les jardins de Servilius, et qu'il explique par Flora, Triptolemus, Ceres"". O. Miiller pense que cette Flora devait être la même que Hora, c'est-à-dire la saison du printemps, telle qu'on la voit, par exemple, sun le vase Poniatov^ski, à côté de Proserpine,et toutes deux en rapport avec Cérès et Triptolèrae ^; mais ce pouvait être aussi bien Proserpine elle-même, tenant le calathus ou un bouquet de fleurs, et que les Romains confondaient assez naturellement avec leur Flore*. Dans tous les cas, cette figure avait trait au retour de la jeune déesse sur la terre, dans la saison des fleurs, que suivent de près les bienfaits de sa mère et l'époque des moissons. Enfin, Praxitèle avait traité en bronze la scène antérieure du rapt, peinte, d'un autre côté, par Nicomaque, tout comme nous retrouvons, sur une peinture de vase, le pendant de la Catagusa du premier 5j c'est-à-dire de la scène postérieure eu Déméter reconduisait sa fille descendant de nouveau aux enfers, d'après l'arrêt du destin,

Praxitèle avait donc embrassé, dans cette suite d'ouvrages, et les divinités d'Eleusis et les principaux actes de la légende si poétiquement racontée dans l'hymne homérique à Cérès, et dont les mystères offraient, de leur côté, aux initiés la représentation dramatique. Tous ces chefs-d'œuvre de la sculpture et bien d'autres, qui se rapportaient également au cycle mythologique et mystique de Déméter et de Perséphoné, sont perdus, ainsi que les peintures, murales ou non,

' Pausan. I, 2, 4, coll. Clem. Protrept. p. 54 Potter. Sur les temples mentionnés ici, on peut voir plus haut, p. 725 sq., n. 3, et p. ii3o sq. =» H. N. XXXVI, 5, 5.

3 O. Muller, ibid., 4, et notre pi. CXLIV bis, 55 1.

4 Cf. Dionys. Hal. Archaeol. ITI, 22, p. 5q5 Reiske, et Prelier, p. 91, «. 33.

' Plin. XXXIV, 8, 19, XXXV, 10, 36; et notre pi. CXLV bis, 556, avecl'expl. p. 23i,coll. p. 227.

qui y répondaieut. Pour nous en tenir lieu , nous avons aujourd'hui, outre un petit nombre de statues, de médailles, de figurines, la plupart en terre cuite, et dont nous avons déjà cité quelques-unes, des bas-reliefs de sarcophages, beaucoup plus nombreux, quoique en général d'époques assez récentes, et des peintures de vases de tous les âges, que les fouilles de ces dernières années ont si heureusement multipliées. INos planches n'ont pu donner qu'un choix fort limité et de ces sarcophages et de ces peintures, choix suffisant toutefois pour notre dessein, qui était d'éclairer par les monuments les points essentiels de la mythologie des grandes déesses. Nous renvoyons donc le lecteur à notre tome IV, planches CXLVI, 55o, et CXLVII, 553, avec l'explication, pag. 2ii3, 227, où se trouvent figurés et décrits en détail deux des principaux sarcophages, représentant la scène du rapt ou de l'enlèvement de Cora, celle de la poursuite de Déméter, le séjour de Proserpine aux enfers, près de Pluton, son rappel sur la terre, et peut-être aussi son retour dans l'Hadès. Nous venons de voir la scène de ce retour aux enfers, sur une peinture de vase unique jusqu'ici, que reproduit notre planche CXLV bis, 556, expliquée pag. 23 1, et où cette scène est représentée, sauf les tranquilles adieux de la mère et de la fille, absolument comme celle du rapt l'est sur les sarcophages. Le retour de Cora dans l'Olympe, au contraire, et le départ de Triptolème qui reçoit le blé de Déméter, deux scènes quelquefois associées, plus souvent séparées l'une de l'autre, se répètent, avec des circonstances diverses, sur un grand nombre de vases. Le plus beau de tous et le plus riche, de sens comme d'exécution, c'est le célèbre vase Poniatovs^ski , que Visconti a décrit, ainsi que Millin, et qui se trouve gravé et expliqué de nouveau dans nos planches CXLIV bis, 55i, et CXLIV r^r, 55 1 «, avec le texte correspondant, pag. 224-226. Nous avons rapproché de la face de ce vase un bas-relief hiératique, extrêmement remarquable, qui associe également les deux scènes, et que nous donnons, d'après M. Welcker, dans notre pi. lAXXIV,

Jt234 NOTES

t>5i b , avec la piig. 226 sq. La mission de Triptolème, initié en quelque sorte par Déméter et par Perséphoné (Perop/iata), est représentée seule sur un vase de Voici, reproduit pi. CXLVII, 548, et p. 222. Ici le char est ailé; sur des vases plus anciens, il est sans ailes; sur de plus récents, comme le vase Poniatowski, qui est des beaux temps de l'art, il est ailé à la fois et tiré par des dragons; il l'est par des serpents ailés, et porte à la fois Cérès et Triptolème, sur le célèbre camée du Cabinet du roi, gravé dans notre pi. CXLIV, 547 '.

* M. Gerhard, dans ses Aiiserlesene VasenbUder, I, pi. XLI-XLVI, et p. 165-171, a publié et expliqué six peintures de vases , dont la plupart présentent le mythe de Triptolème sous des formes archaïques et avec des circonstances nouvelles. La première montre Triptolème avec Dionysus, tous deux sur un char ailé , et accompagnés d'Hermès et d'un Silène. Sur la seconde paraît Triptolème assis sur son char , ayant derrière lui Cora debout ; devant est Déméter avec une robe étoilée, et à sa droite Hermès ; plus loin est assis Dionysus-Hadès, barbu. Au bas, comme un pendant et u» précédent naturel, se voit Hermès redemandant à Pluton , ou Hadès- Dionysus, Cora placée entre les deux. La troisième peinture offre Triptolème sur un char sans ailes ; derrière est un personnage qui peut être Céléus ; devant et en face, un autre personnage qui semble vouloir arrêter le char, et où M. Gerhard soupçonne le Démos d'Eleusis. Le Triptolème de la pi. XLIV rappelle un savant archéologue, par une analogie singulière, l'Apollon hyperboréen et Abaris, son prophète ; quatre personnages sont autour, qui semblent des mortels plutôt que des dieux. La peinture XLV, prise d'une coupe de Yolci, à figures rouges, contraste avec les précédentes par la beauté et l'élégance des formes ; Triptolème seul y paraît sur un char ailé tiré par des serpents ; elle prélude à ces nombreuses représentations d'un style de plus en plus libre et gracieux, qui avaient passé par la tragédie, et que nous avons caractérisées plus haut (p. xiSg). Enfin, la pi. XLVI, sur une amphore tyrrhénienne, également à figures rouges, rapproche en deux scènes correspondantes, l'une en haut, l'autre en bas, les divinités du ciel et celles de la terre ; d'une part , Apollon, ayant à sa droite Iris avec de grandes ailes et le caducée, et en regard un personnage barbu, couvert d'une armure et portant la lance, dans un entretien intime avec une femme voilée, le front ceint d'un diadème et richement vêtue (M. Gerhard y voit Ares et Héra, sa mère ; on pourrait tout aussi bien y voir Ares et Aphrodite) ; d'autre pari , Triptolème sur le char

M. Gerhard a donné, dans ses Antike Bildwerke^ p. 4oo sqq. et pi. CCCX, 1-2 et 3-4, Tinterprétationetle dessin de deux monuments qui représentent, avec un ensemble très-remarquable, les principaux points de la légende et du culte d'Eleusis. Le premier, publié d'abord par Montfaucon, et auquel nous avons déjà renvoyé, p. 2^5 de notre Explication des planches, est un sarcophage qui passe pour venir d'Athènes, et qui tout au moins paraît être grec, à en juger par l'inscription qu'il porte. Il offre un bas-relief au centre

ailé, mais sans serpents, prenant congé d'un personnage à cheveux blancs, accompagné du chien (M. Gerhard y reconnaît Hadès, mais ce pourrait être aussi Céléus), de Déméter qui porte un sceptre, et de Cora, tenant également le sceptre et ayant près d'elle une grue. M. Gerhard, en outre, a donné, dans un appendice au I^- tome de l'ouvrage cité, une revue générale de toutes les peintures de vases et autres monuments représentant Triptoième , qui lui étaient alors connus. Depuis, MM. Lenormant et de Witte ont réuni un grand nombre de sujets relatifs au culte de Cérès, et notamment à la mission de Triptoième, dans leur ÉHte des monuments cévamographiques, tome III, pi. XLVI-LXVIII, dont le texte, impatiemment attendu, nepeut manquer de jeter de nouvelles lumières surlefoud même de ces représentations. Chaque jour, en se multipliant, elles tendent à éclaircir quelque point nouveau , demeuré obscur ou inconnu, soit de la légende, soit des cérémonies des mystères. Ainsi un vase d'Agrigente, aujourd'hui au musée de Palerme, décrit dans le journal sicilien Concordia, II, i4, depuis dans le Bidleûno archeol. Neapolit. de M. G. Minervini, n° a, p. i3 sqq., et, d'après lui, par M. Gerhard, ArchœoL Zeitung, année 1848, p. 12 sq., nous fait voir, dans une peinture du plus beau style, accompagnée des noms , Triptolemos sur son char, prêt à recevoir la libalion d'adieu de Demeter ; derrière elle, debout, enveloppé dans un manteau et couronné, le père de Triptoième, Keleos ; à la suite du char, Pherepliasa (comme ci-dessus Perophata, autre variante de Pherephatta), c'est-à-dire Cora, et, en pendant avec Céléus, lepersonnageicitoutà fait nouveau de fl'i/?potlioon (HiTiTioOov), que nous connaissons d'ailleurs (p. 1141). Ainsi encore deux peintures de vases à figures noires, et d'un style tout à fait archaïque, publiées dans le recueil de MM. Lenormant et de Witte (même tome, pi. XLII, coll. XXXVI B), substituent à la scène un peu douteuse de Baubo, sur la terre-cuite ci-dessus rapportée, la scène parfaitement authentique, parfaitement éleusiniaque, d'Iambé offrant le cycéon à Démêler assise, en présence de Métanire et de ses filles. *

duquel est l'image de Cérès-Éleusine, voilée, le diadème au front, tenant dans sa main gauche un sceptre recourbé, et assise sur une ciste mystique très-élevée, d'où s'échappe un serpent. Derrière la déesse, à gauche, se voit Dionysus ou Bacchus debout, couronné de pampres, la main gauche posée sur l'épaule de Déméter, et de la droite portant un long cep de vigne chargé de raisins. Vis-à-vis, à droite, est Proserpine-Cora , debout aussi, et de retour auprès de sa mère, dont elle serre la main; la jeune déesse tient un bouquet d'épis, ainsi qu'une femme placée entre elle et Cérès, et qui paraît être une des Heures. Derrière Proserpine on aperçoit un vieillard, qui semble porter les tables des lois de Cérès ; c'est un prêtre, ou peut-être plutôt Céléus (et alors la femme tenant les épis pourrait bien être Métanire). Triptolème, prêt à partir sur son char tiré par des serpents, et portant, dans les plis de son vêlement, la semence du blé qu'il va répandre aux contrées lointaines, prend congé des déesses. L'olivier sacré de l'Attique, qui marque le lieu de la scène, et qui termine à droite ce groupe central, répond, aussi bien que les épis dans la main de Proserpine et de sa compagne, et dans la tunique de Triptolème, au cep de vigne que tient Bacchus du côté opposé. Ici, à gauche, un autre groupe présente une scène qui prélude, en quelque sorte, à la précédente. Au-dessus de la figure de la Terre, couchée et couronnée de grappes de raisin, un bige est lancé par une femme vêtue d'un péplus flottant, et il est arrêté dans son essoi' par une autre femme à tunique courte, avec un semblable péplus et un fouet; sans aucun doute, Proserpine revenant à la lumière et ramenée par Iris à Eleusis même, pour apaiser sa mère, pour se réunir à elle et à Dionysus, pour présider avec eux au départ de Triptolème et aux bienfaits dont il est le dispensateur. Un troisième groupe, à droite, achève le tableau ; il est composé de quatre personnages, qui paraissent humains : une femme debout avec un sceptre et la main élevée, où M. Gerhard voit Métanire; un jeune homme derrière elle, supposé par le même savant Dé-

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niophon, posant la main sur son épaule; une seconde et une troisième femme, également debout, portant toutes deux des instruments d'agriculture, et ayant entre elles un enfant, qui, de ses deux mains, saisit un arbrisseau. C'est peut-être, en effet, la famille de Céléus, et, dans tous les cas, une scène en rapport avec la scène principale , avec l'institution de l'agriculture et avec celle du mariage, ces deux bases de la société civile.

Le second monument est un vase d'onyx, provenant de la collection du duc de Mantoue, et naguère à Brunswick, mais qui en a disparu. Les reliefs dont il est couvert, et dont le dessin, aussi bien que les formes du vase, annoncent la décadence de l'art, montrent d'abord Triptolème tenant les rênes du couple de serpents ailés qui traîne le char de Gérés ; près de lui est la déesse avec des épis de blé dans sa main; au-dessus d'eux et du char plane une figure ailée, qui nous paraît être, comme la figure analogue sur les vases et les sarcophages, le Génie hermaphrodite des mystères, tandis que la nymphe couchée au bas, et appuyée sur une ciste, pourrait désigner la localité. Cette localité est Eleusis, dont le temple paraît dans le fond, indiqué par des lignes d'architecture. En face de cette scène divine et humaine à la fois, est à droite un groupe tout humain, formé de quatre personn.iges qui portent des offrandes; deux femmes debout, dont l'une tient la dépouille d'un porc, l'autre un chevreau ou un faon, avec une corbeille de fruits; derrière elles, une troisième femme assise sur une pierre, tenant sur ses genoux une corbeille et un épi dans sa main; auprès est un homme debout avec un grand panier qu'il porte sur sa tête; un olivier ferme la scène de ce côté. En arrière de ces deux groupes et du côté opposé, c'est-à-dire tout à gauche, séparée du premier groupe par une branche de vigne qui pend de haut en bas, du second par l'olivier, est une espèce de grotte ou une enceinte grossièrement dessinée, de laquelle semblent sortir deux grandes figures hiératiques, une femme coiffée d'une tiare semée d'étoiles et tenant des flambeaux dans ses deux

mains; derrière elle une autre femme, plus légèrement vêtue, qui retourne la tête, et, dans la main gauche, semble tenir cgaleiïient un flambeau (si ce n'est plutôt une tête de pavot ou bien une grenade). En avant est une troisième femme, personnage évidemment subordonné et d'une taille inférieure, embrassant de ses deux mains une corbeille remplie de fruits; et près d'elle une figure d'homme barbu, debout aussi et de même proportion, sur une base. La femme qui regarde en arrière nous paraît, comme à M. Gerhard, devoir être Proserpine ; mais celle qui la précède, et qui est de même taille, ne peut, selon nous, être que Déméter. La figure de femme plus petite, qui est en avant, pourrait être une prêtresse, mais tout aussi bien une divinité subalterne ; et quant à la figure virile, ce doit être, sous cette forme qui rappelle les hermès, et tout à fait en avant, un symbole de la limite qui sépare l'empire de la lumière de celui des ténèbres, peut-être avec allusion au dieu des enfers, comme le conjecture M. Gerhard. Reste à savoir ce que peuvent signifier et cette grotte et cette scène, M. Gerhard y voit l'itnage de la partie la plus secrète, de l'adyton, du temple d'Eleusis indiqué en avant, comme nous l'avons vu; mais la scène qui s'y passe est toute en action, elle est toute divine, et elle nous parait correspondre, d'une manière assez frappante, à celle qui termine à gauche le tableau développé sur le sarcophage ci-dessus, tableau dont la disposition et les détails rappellent en plus d'un point celui qui nous occupe. N'y pourrait-on pas voir aussi Proserpine prête à franchir le seuil des enfers, mais ici ramenée par sa mère, dont les torches éclairent la route, et précédée de l'Heure du printemps, époque de son retour sur la terre ?

Nous pénétrons dans le sombre empire, pour y trouver la jeune déesse sous sa forme infernale, avec une dernière série de monuments dont nous avons admis par avance la liaison probable, quoique éloignée, avec les représentations dramatiques des mystères d'Eleusis, avec celles surtout dont la crypte du temple devait être le théâtre. Ces monuments aussi

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se font fort heureusement multipliés, depuis la découverte des tombeaux de Canose en Apulie, et la description qu'en donna Millin, et ils ont été pour M. Raoul-Rochette, pour M. Gerhard, pour O.Miiller, pourM.Panofka,pour M. Emile Braun, pour M. Welcker, l'objet de remarques et de rapprochements pleins d'intérêt. M. Gerhard a constaté les résultats de ces recherches, avec autant de netteté que de sagacité, dans deux articles successifs de son Archœologische Zeitung, décembre 1843 et février 1844, et il a reproduit, pi. XI-XV de ce re-, cueil, les dessins de cinq des six vases connus, jusqu'à cette dernière époque, sur ce sujet , tous provenant de la Basse- Italie.

Le vase de Canose, aujourd'hui à Munich, le premier publié, et dont nous avons fait graver une réduction dans nos pi. CXLIX6/f et CXLIX ter, avec l'explication, p. 229-231 du texte, reste, à tout prendre, le plus riche de figures et d'idées. On y voit le palais où siège le roi des enfers, et près de lui Proserpine debout . Orphée, placé en dehors et qui joue delà cithare devant eux, est accompagné, suivant M. Gerhard, d'une famille d'initiés; de l'autre côté, en face, seraient, non pas les trois juges des enfers, comme nous l'avons admis, mais seulement RhadamantheetMinos escortant Cronos sur un trône. Au-dessus de ces deux scènes, on aperçoit deux couples de héros, accompagnés de deux femmes, peut-être, d'une part, Amphion , Zéthus, Antiope, non loin d'une fontaine, d'oii s'échappe l'eau purifiante de l'initiation j d'autre part, Thésée et Pirithotis, en présence de Médée, qui leur présente son glaive devenu inutile. Au bas paraît Hercule enchaînant Cerbère, en présence d'Hermès et d'Hécate (d'une Euménide plutôt, qui poursuit les héros de ses torches enflammées, pendant qu'Hermès lui montre la route); à gauche, Sisyphe, que frappe de son fouet une Euménide (elle répond évidemment à la précédente), et en pendant, à droite, Tantale.

Un vase de Ruvo, aujourd'hui à Carlsruhe, d'abord expliqué par M. Emile Braun (Annal, de l'inst. archéol. de Rome, 1837, tom. IX, p. 209-252, et Monum. II, pi. 49), puis par

I24o NOTES

M. Welcker [Archœol. Zeit., novembre 1 843), se rapproche beaucoup du précédent, mais paraît être demeuré plus fidèle à leur modèle commun, par la simplicité élégante de la composition. Ici, dans un palais d'une plus riche architecture, c'est Proserpine qui trône, et Pluton est debout près d'elle ; de l'autre côte est une Euménide, qui présente l'une de ses torches à Orphée, placé en dehors du palais , à gauche, et ayant à côté de lui deux Euménides au repos, tandis qu'en face, à droite, Promédon emprunté au tableau des enfers de Polygnote, une Danaïde et Eurydice font également cortège à Orphée, suivant M. Gerhard. Au-dessus les deux mêmes couples de-héros, mais à l'un desquels manque une femme. Au bas, le groupe d'Hercule enchaînant Cerbère, avec Hermès à gauche, et plus loin Sisyphe; à droite, Hécate ou une Euménide, et une femme effrayée, qui peut être ou Alcmène ou Alceste.

Une amphore provenant d'Armento, et maintenant dans la collection Santangelo, à Naples, offre un tableau analogue, dans les points essentiels, aux deux précédents, à en juger par la simple description qui nous en est donnée. Proserpine y paraît sur son trône, ayant à sa droite une Furie que suit une panthère. Derrière est Orphée avec sa lyre, ac compagne d'une femme à demi voilée, qui est sans doute Eurydice. A la gauche de Proserpine se voit Pluton debout, et derrière lui Pirithoiis enchaîné, gardé par une Furie avec un glaive. Au bas, comme ci-dessus. Hercule entraînant Cerbère, avec une Furie derrière lui, tenant la torche, et une autre femme; deux hommes en avant, sans caractères distinctifs.

Un quatrième vase, l'un des plus grands que l'on copnaisse, et qui porte le nom de vase Pacileo, d'après son possesseur à Naples, a été d'abord publié par M. Raoul-Rochette, dans ses Monuments inédits, pi. XLV et p. 179, et plus complètement par M. Gerhard, dans ses Mjsterienhilder, Jrt/, I-III, avec l'explication dans son texte, p. 875 sqq. Il est d'une exécution inférieure aux précédents, mais il s'écarle, en outre.

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du thème qui leur est commun , par diverses particularités très-remarquables. Le palais est toujours au centre, avec Pluton assis sur son trône, ayant à sa droite Proserpine, à sa gauche Hermès, tous deux debout; mais Orphée manque, et les deux côtés sont occupés par des divinités du monde supérieur : d'une part, Artémis et Pan; d'autre part, Aphrodite avec Éros volant au-devant d'elle, et Apollon avec la lyre. La bande d'en haut, sur le col du vase, montre le supplice d'Ixion, qui vient d'être fixé à la roue par Héphaestos, armé de son marteau, et par une Euménide qui l'assiste, en présence de Jupiter assis sur un riche trône, le sceptre en main, et d'Iris qui lui fait face, ailée, portant le caducée, et paraissant détacher un rameau d'un arbre que nous allons peut-être retrouver. La bande d'en bas, qui empiète sur celle du milieu par les deux femmes assises, avec le miroir, le coffret et des hydries, tandis que celles qui sont au-dessous d'elles paraissent en marche et portent des hydries et des couronnes dans leurs bras ou dans leurs mains, paraît représenter des initiées plutôt encore que des Danaïdes.

Un oxybaphon appartenant à M. de Blacas, publié par M. Panofka (Musée Blacas, pi. VII et p. 23 sqq.) rappelle plus que tous les vases précédents le tableau de l'enfer que Polygnote avait peint pour la lesché de Delphes, et diffère de ces vases beaucoup plus encore qu'il ne s'en rapproche. Il représente un grand arbre, dont les racines s'enfoncent jusque dans le royaume infernal, dont les branches s'élèvent jusqu'à la région supérieure. Celle-ci, comme la scène moyenne sur l'amphore Pacileo, est occupée par des divinités, Pan et Hermès, Eros et Aphrodite, que l'oie placée sur ses genoux nous semble identifier avec Proserpine. Dans la scène inférieure paraît, à gauche du tronc de l'arbre, l'hermès d'Apollon Agyieus , marquant en quelque sorte la hmite des deux empires. Par-dessus cette limite, Orphée, retenant le gardien des enfers avec ses trois tètes, présente la cithare à un jeune homme conduit par sou pédagogue; la femme voilée comme in. 80

une ombre, qui paraît derrière lui, auprès d'un laurier, est vraisemblablement Eurydice.

Enfin, un sixième vase, qui est une amphore de la collection Jatta à Naples, publiée pour la première fois par M. Gerhard, dans son Journal archéologique, concentre en quelque sorte dans une scène unique, traitée avec une grande largeur de style, les supplices des enfers. On y voit Thésée et Pirithoûs, l'un déjà enchaîné et étendu sur le sol, l'autre qui va l'être par les efforts d'une Euménide chargée d'années. Proserpine elle-même, avec deux torches dans ses deux mains, éclaire cette exécution, que commande, d'un geste impératif, Pluton-Dionysus assis sur l'arrière-plan, le sceptre, surmonté de la chouette, en main, et adossé à un arbre qui ressemble à un olivier.

M. Gerhard fait observer que, de toutes ces peintures, une seule, celle du vase de Carlsruhe, offre, à son revers, un sujet mythique, la victoire de Bellérophon; les autres, aussi bien par les cérémonies funèbres qu'ils représentent, que par les tableaux des scènes infernales que nous venons de passer en revue, attestent leur rapport intime avec les mystères. Nous ajouterons que, si l'esprit orphique y domine évidemment, si Orphée s'y montre presque partout comme le mystagogue par excellence , qui charme de ses accents les puissances et les terreurs de l'Hadès, la mythologie épique n'y est pas non plus étrangère, à partir de celle de l'Odyssée, et encore moins la légende sacrée d'Eleusis; car, au centre même de deux de ces tableaux , nous persistons , avec G. Mûller, à voir, comme sur d'autres monuments, l'épouse du roi des morts debout, prête à le quitter sous la conduite d'Hermès, pour retourner sur la terre : gage divin du renouvellement de la vie pour la nature et pour l'homme. (J. D. G.)

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