‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 20 sur 74 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

de sensations dont l'esprit s'empare pour les convertir en idées. Le langage qui traduit à l'oreille et par suite à^ l'intelligence, cet exercice perpétuel de l'esprit, n'est que l'expression extérieure de ce phénomène. Il fait passer chez autrui les idées de celui qui s'en sert. Un autre procédé qui atteint le même but, c'est l'art. L'art, au lieu de s'adresser à l'entendement par l'intermédiaire de l'ouïe, emploie une voie différente, celle de la vue. C'est véritablement un second langage qui, comme la mimique, comme celui qui s'adresse aux sourdsmuets, emprunte un nouvel ordre de signes aux formes que nous offre la nature. Il les dispose, il les assortit de façon à créer des types où puissent se lire les idées qui ont présidé à leur association. Par l'art comme par la parole, l'homme rend saisissables, pour ses semblables, les choses telles qu'il se les représente, les sensations telles qu'il les éprouve.

Cette faculté dont jouit notre espèce de créer des produits tangibles ou visibles, qui réfléchissent ses idées , varie suivant l'imagination de chacun, ou suivant l'adresse des mains, la sûreté du coup d'œil. De là cette extraordinaire inégalité dans les productions de l'art, de là des modifications incessantes dans le caractère qu'elles revêtent, modifications qui sont subordonnées à l'état social et intellectuel de l'époque à laquelle elles appartiennent; de là une histoire des arts qui nous les montre se développant dans un certain ordre régulier, en vertu de certaines règles, qui ne sont elles-mêmes que le contre-coup des lois que Dieu a assignées au développement des nations, à l'évolution de notre espèce.

Les idées reposent donc en général sur des sensations qui sont naturellement déterminées par des objets sensibles. Parmi celles qui naissent du sens de la vue, et c'est de beaucoup le plus grand nombre, il n'en est point qui, à la rigueur, ne puissent être reproduites aux yeux par une sorte de retour de l'idée à son point de départ , lequel est la vision d'un objet. Mais, comme l'art ne pourrait, sans confusion, apporter dans l'association des formes cette multiplicité, cette variété infinie et continue que l'imagination y introduit, ses

INTRODUCTION. IIÏ

procédés sont nécessairement beaucoup plus restreints, et une foule d'idées échappent à ses moyens de reproduction. Plus les idées sont complexes, étendues , plus il éprouve de difficulté à les rendre aux yeux. Il est donc contraint de s'adresser à des idées simples et limitées, qu'il peut exprimer sans avoir recours à un nombre trop grand, à une association trop compliquée de formes.

Les idées qui ont le plus puissamment agi sur l'intelligence des premiers peuples, ont du être celles qu'ils ont senti davantage le besoin de reproduire et par le langage et par l'art. De ce nombre ont été les croyances religieuses dues à un instinct particulier au genre humain. Les êtres dont cet instinct nous enlraîne à admettre l'existence, sont devenus un des objets que les arts naissants se sont efforcés de représenter. Plus les idées que les hommes se formaient de ces êtres ont été grossières, c'est-à-dire plus elles ont été simples et rapprochées des objets de la nature, plus l'art a pu facilement les reproduire. A mesure que ces idées ont été s'épurant, s'immatérialisant, ou, pour parler un autre langage, plus elles sont devenues abstraites, générales, absolues, moins l'art a été en état de les rendre sensibles. Mais, comme un besoin impérieux entraînait l'homme à chercher dans les formes naturelles l'image des êtres auxquels son instinct religieux le portait à croire, l'art a cherché à exprimer par des combinaisons nouvelles, par des types nouveaux, ces conceptions plus savantes écloses dans les intelligences mûries des nations. De là est né le symbole. Le symbole» (7u(i.êoXov , ainsi que l'exprime l'étymologie de ce mot , est un signe, une marque distinctive; c'est une forme, un objet visible destiné à rappeler à l'intelligence l'idée d'un fait, une qualité, un principe, à la conception desquels cette intelligence s'est élevée par généralisation ou induction, et qui n'a point en lui-même de forme déterminée susceptible d'être produite aux yeux. Le symbole devint nécessairement le grand objet des arts hiératiques, une fois que les théologies eurent pris naissance; car les dogmes religieux étaient l'ex-

Page 1