‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 34 sur 74 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

reçoit le surnom de Nomios. Comme il arrive pour tous les dieux grecs, ses formes se diversifient incessamment; ses traits changent, se métamorphosent dans chaque lieu, pour chaque peuplade; mais, à travers toutes ces modifications dues à la souplesse, à la fécondité du génie hellénique, il conserve invariablement son caractère essentiel, celui de la jeunesse, de la force, de la noblesse et de la beauté, que l'art a rendu dans maints chefs-d'œuvre, et qui le fait toujours reconnaître, malgré la diversité de ses attributs.

C'est qu'en effet c'était avec ce caractère que le soleil s'offrait constamment aux Hellènes, sous quelque aspect qu'ils le considérassent d'ailleurs. Sous le magnifique ciel de la Grèce , l'astre du jour répand dans la nature cette beauté , cette jeunesse, cette vigueur de tons, cette fraîcheur de coloris que le ciseau antique a symbolisées dans cette admirable figure de l'Apollon du Belvédère (fig. 278). Le soleil de la Grèce échauffe sans brûler, sans énerver.

Qu'on oppose Apollon à un second dieu solaire, dont la conception, venue plus tardivement de l'Asie, était empreinte davantage des caractères d'un autre ciel ; qu'on le compare à Dionysos ou Bacchus. Comme l'artiste ancien avait bien fait passer dans cette seconde conception le caractère d'un autre ciel! Chez le dieu qui personnifie le soleil énervant de l'Asie, tout est mon, tout est efféminé; ses formes sont belles, mais elles respirent une langueur, une nonchalance qui contrastent avec la mâle énergie des formes de l'Apollon. Bacchus inspire la volupté; Apollon, l'admiration. L'un appelle au repos et à la mollesse ; l'autre commande l'ardeur et l'activité. Chez le dieu fils de Latone, c'est un feu vif qui circule dans ses veines, qui soulève ses muscles, qui brille sur son front; chez celui de Sémélé , c'est une flamme secrète qui consume sans échauffer.

Comme dieu de l'inspiration , Apollon conduit le chœur des Muses , déesses qui s'offrent à nous comme la divinisation des différents dons de l'intelligence, des différentes formes de l'inspiration artistique, dont Phœbus est le véri-

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