‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 36 sur 74 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

Le dieu de la médecine, que les traditions de la Phocide et de la Thessalie nous dépeignent comme issu de la famille des Lapithes, et ayant eu pour mère la nymphe Coronis, malgré le rang secondaire qu'il vint occuper dans le panthéon hellénique, n'en garda pas moins un caractère qui dénote le rang plus élevé qui lui appartenait sous sa forme première d'Aschmoun. Dans ses images telles que les avait présentées le ciseau de Phidias , d'Alcamène et de Scopas , il y a quelque chose qui rappelle le souverain des dieux. Ses cheveux sont relevés au-dessus du front et retombent sur ses épaules; sa barbe est épaisse, sans être cependant bouclée comme celle de Jupiter; son regard est affable, mais fier ; son attitude est simple, grave et pleine de dignité. Il est vêtu d'un manteau à larges plis (fig. 807, 'iog).

Le serpent est l'attribut ordinaire d'Esculape (fig. 3o8). Cet animal était regardé, à raison de son changement de peau, comme un symbole de la guérison , laquelle est comme le renouvellement de la vie. Sans doute aussi que le culte du serpent, uni, à Épidaure, à celui du dieu de la médecine, prenait sa source dans ce fétichisme antique qui faisait considérer les reptiles comme des êtres divins. Les serpents ont été l'objet des adorations d'un grand nombre de populations sauvages, et les premiers médecins ne furent que les sorciers, prêtres et magiciens à la fois , qui se donnaient pour les ministres de ces prétendues divinités.

Esculape est accompagné souvent de Télesphore (fig. 3io, 3ii), le dieu de la convalescence, dont le manteau et le cucuUus rappellent l'origine cabirique. Télesphore s'offre parfois comme le fils d'Esculape et d'Hygie. Hygie, dont le nom signifie santé, 'YYi£ia, est une sorte de personnification féminine d'Esculape. En effet, la dualité des sexes que nous offre le règne animal , jouait un rôle capital dans la plupart des religions de l'antiquité; et chaque force de la nature, chaque agent ou principe physique était personnifié en une divinité mâle et une divinité femelle, regardées comme époux ou comme frère et sœur, et parfois comme les deux à la fois, ou en-

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core comme père et fille. Hygie fut une personnification de ce genre, qui recevait, dans d'autres contrées, les noms de Jaso^ Panacée , Pœonia , et souvent elle se confondit avec d'autres déesses, telles que Minerve, auxquelles elle empruntait quelques attributs. Hygie avait aussi le serpent pour emblème. Les artistes la représentent généralement abreuvant dans une coupe un serpent qui s'enroule autour de son bras (fig. 3io«). Apollon a pour sœur Diane, appelée Artémis CAptejXK;) par les Grecs. Cette Artémis était vraisemblablement, chez les Pélasges, la déesse de la chasse, celle qui veillait sur les champs et les troupeaux. C'est avec ce caractère qu'elle continua d'être adorée en Arcadie, contrée où se conservèrent longtemps les traditions pélasgiques. Ce caractère de divinité chasseresse resta toujours à Diane, même après qu'il eut cessé d'être exclusif, et il donna naissance à plusieurs des épithètes caractéristiques de la déesse. Le type antique d'Artémis semble cependant avoir emprunté, dès l'origine, quelques-uns de ses traits à la personnification de la lune, dont elle refléta, plus tard, les attributs sous une forme plus claire, quand elle reçut le surnom de Phœbé. La qualité de fille de Latone et de sœur d'ApoUofi que lui donnent déjà Homère et les tragiques, vient à l'appui de cette idée. Comme sœur d'Apollon, Artémis est une sorte de reproduction féminine de ce dieu , représentant, sous une forme analogue, le caractère et la puissance de son frère. Terrible comme lui, elle l'assiste dans ses vengeances , frappe d'épidémies cruelles les hommes et les troupeaux, et se plaît surtout à percer les femmes de ses flèches acérées. Delà ses noms iïJpollousa, la destructrice, de lochéaira, qui se plaît au jet de la flèche, de Toxophoros, l'archèiv, de Cljirysélakatos, à la flèche d'or. Comme Apollon, elle a aussi un côté bienfaisant et réparateur. Alors elle apaise, détourne les calamités qui sévissent sur les humains, et s'qffre à leur adoration comme la divinité qui bénit et guérit les douleurs. C'est surtout dans ce cas qu'elle reçoit le nom à' Artémis^ lequel signifie qui sauve ^ étant dérivé de àpo», et ceux de Soteira et de Sospita.

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Artémîs rappelle beaucoup TAthéna hellénique. De même que celle-ci, c'est une divinité vierge, fort jalouse de faire respecter sa chasteté. Ce caractère est celui qui vient le plus à l'appui de son origine pélasgique. Car cette conception de la femme chaste semble appartenir de préférence aux races aryennes qui s'établirent en Europe, telles que les Pélasges, les Celtes, les Germains, les Slaves. Chez tous ces peuples, la divinité femelle est conçue comme une vierge , la virginité constitue un des plus beaux privilèges du sacerdoce féminin ; tandis que, chez les races sémitiques de l'Asie, les déesses, comme les prétresses vouées à leur culte, ne connaissent aucun frein à l'ardeur de leurs passions sensuelles, et la volupté est, pour ainsi dire, érigée en une de leurs vertus.

Dans l'Asie Mineure, en Lydie surtout, Artémis prit un caractère exclusivement lunaire; elle s'offre comme la déesse Lucifère [Çi^. Saie, 322, 323), et les mythes dont elle fut l'objet, enlevèrent à sa physionomie une partie de sa sévérité, de sa pureté première, ainsi que le montrent ses amours avec Endymion (fig, 324), dans lequel on reconnaît la personnification du sommeil, comme on reconnaît dans Morphée (fig. 334) celle des songes, ixopcpai. Le mythe d'Endymion veut dire que les feux tranquilles et doux de l'astre des nuits conviennent au repos.

Artémis se rapprocha ensuite de Cybèle et de Déméter, divinités mères, fécondes, productrices, personnifications de la terre qui engendre et nourrit les créatures. De ce mélange d'attributs appartenant à des déesses qui offraient des traits communs, naquit la conception de la Diane d'Éphèse, divinité panthée au sein de laquelle vinrent se réunir les attributs de presque toutes les déesses de la Grèce et de l'Asie. En même temps qu'Artémis se confondait ainsi avec les grandes déesses asiatico-helléniques , elle s'identifiait avec plusieurs divinités étrangères de diverses contrées, qui présentaient la personnification des mêmes forces physiques , des mêmes agents de la nature. La divinité thrace Hécate, qui régnait aux enfers, la déesse adorée par les Taures et à laquelle ils

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