‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 44 sur 74 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

montre assez que c'est en Phénicie qu'il faut placer son berceau. Lorsqu'on étudie les mythes qui composent sa légende, on reconnaît en elle l'Astarté phénicienne, la lune, la déesse féminine, la mère et la nourrice des êtres, la personnification de l'humidité. Portée de Cypre à Cnide, à Cythère, et successivement dans toutes les contrées de la Grèce , elle reçut le nom ^Aphrodite , c'est-à-dire fille de l'écume des mers , mythe qui donna naissance à la belle image de la Vénus Anadyomène (fig. 384 c). Sous l'inspiration du génie hellénique , Aphrodite, qui avait été à l'origine figurée par une pierre conique, trouva des formes, des traits, un caractère qui bientôt la distinguèrent profondément de son type asiatique. Toute la grâce, toute la suavité du pinceau, du ciseau grec, furent mises en œuvre pour réaliser le type nouveau, qui finit par détrôner l'ancien jusque dans les lieux où il était né. L'art varia à l'infini les images de cette déesse, tout en y conservant un certain caractère commun qui nous offre l'idéal du type féminin (fig. 388 et suiv.).

Dans les monuments, Aphrodite se montre à nous tantôt avec les symboles qu'elle avait apportés de l'Orient : la colombe (fig. 3g2), le taureau (fig. 386), la tortue, le dauphin, le bouc; tantôt avec ceux dont l'avait dotée la poésie hellénique, avec la flèche dont elle perce le cœur de ceux que sa beauté frappe d'admiration , la ceinture brodée où sont cachés ses charmes mystérieux, le désir, les douces paroles. Vénus, dans tout son éclat, exerce son empire sur l'univers entier; elle est alors la Vénus Fictrix (fig. Sgi), cette heureuse divinité, Vénus Félix , qui dompte toutes les créatures par le seul charme de ses traits (fig. 399). Près d'elle est Cupidon , personnification de l'Amour, dont l'imagination des Grecs avait fait le fils de la déesse.

De la Grèce, le culte d'Aphrodite passa en Sicile, se répandit en Italie , chez les Étrusques, où la déesse était adorée sous le nom de Cupra, sans doute en raison de Cypre, sa terre natale; chez les Latins, sous celui de Vénus. L'art italique reçut des Hellènes le type qu'il lui prêta, et ce type

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suivit toutes les modifications , toutes les vicissitudes du mythe. La figure de la déesse, à la fois belle et noble, sa fécondité, qui n'excluait pas la chasteté, firent graduellement place à cette beauté voluptueuse, à cette grâce pleine de séductions, où respire bien plus le sentiment de l'amour sensuel que celui de la maternité. Avenus ne fut plus dès lors qu'une courtisane déifiée, et c'est sous ces traits que Praxitèle a immortalisé son image. C'est à dater de cette époque que le ciseau dédaigna de voiler sa nudité, qu'il prit à tâche, au contraire, de découvrir tous ses charmes. Son vêtement, en tombant, entraîna, en quelque sorte, cet air de pudeur et de retenue qui se lit encore sur le front de la Vénus dite Genitrix (fig. SgS).

Le caractère voluptueux , désordonné, du culte de Vénus dénote son origine asiatique, ainsi que la supériorité marquée que les légendes attribuent à la déesse sur son époux. Celui-ci est Héphœstos^ Vulcain, le dieu du feu, véritable caricature du Baal-Adonis, auquel Astarté était unie dans la mythologie phénicienne, mais qui apparaît plutôt comme l'époux d'une reine que comme un roi. Vulcain est un des dieux Cabires; le caractère démiurgique de ces dieux, dont il a conservé les attributs (fig. 199, 21 4, 216, 245), se retrouve encore dans les fonctions de forgeron que les poètes lui donnent. Dieu du feu comme la divinité solaire Baal, il n'est mis en opposition avec Vénus que pour mieux faire ressortir la beauté de celle ci. Aussi l'Odyssée fait-elle préférer par la déesse Mars à Vulcain, adultère dans lequel se trahit en «pielque sorte l'opposition des idées de la Grèce et de celles de l'Asie (fig. 382).

Lorsque le syncrétisme de l'époque impériale fondit ensemble les religions de l'Asie et de la Grèce, Vénus fut identifiée avec l'Astarté phénicienne, de laquelle elle procédait, et avec l'égyptienne Athyr ou Hathor (fig. i54), peut-être ellemême apportée de la Phéniciesur les bords du Nil. Les trois déesses se confondirent en une seule, grâce à leur origine commune, et de cette fusion naquit cette Vénus Uranie des

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