‹ Religions de l'antiquité (volume 3)Chapitre 46 sur 74 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

cependant bien loin de ces informes simulacres. Population pastorale, les Arcadiens devaient prêter à leur divinité favorite les traits et les habitudes qui leur étaient propres; car, à toutes les époques et chez toutes les nations, les dieux ont toujours été faits à la ressemblance de l'homme. C'est à cette circonstance qu'Hermès dut son caractère de divinité pastorale et ses surnoms de Nomios et de Criophoros (fig. 422 et suiv., 604 et suiv.). La naïve crédulité des pâtres arcadiens donna naissance à une foule de légendes qui mettaient en relief son adresse, ses espiègleries, son savoir. A cet égard, il rappelle beaucoup le Crichna des Hindous, né dans les mêmes conditions (fig. 69, 61, 62 et suiv.). Dans ces contes populaires, le dieu de Cyllène puisa de nouveaux caractères qui modifièrent quelque peu sa physionomie originale. Il devint le dieu des voleurs, parce qu'étant enfant, il s'était fait remarquer par ses adroits larcins.

La musique était l'un des passe-temps des bergers ; Hermès, dieu berger, fut naturellement regardé comme un dieu musicien. Les légendes lui attribuèrent l'invention de la lyre, qu'il avait façonnée avec l'écaillé d'une tortue et les boyaux des bœufs de son troupeau. Il joue de la flûte comme Pan, divinité champêtre de l'Arcadie, avec laquelle il a plus d'une analogie. Heimès offre aussi des traits communs avec Apollon, dieu pastoral comme lui, et, comme lui, inventeur de la lyre, lyrœ païens. Lui aussi, dieu de la divination , dieu des arts et de l'éloquence , Apollon, divinité de race hellénique, avait en effet , à bien des égards , de la ressemblance avec Hermès, Lorsque les Hellènes pénétrèrent dans l'Arcadie, son culte se répandit chez les populations pélasgiques, qui se mêlèrent avec eux. Dès lors il s'établit une lutte entre les deux cultes, lutte qui se trahit dans une foule de légendes, où les deux divinités sont mises en opposition l'une avec l'autre, sont dépeintes comme rivales, mais qui se termine par un véritable traité de paix. Hermès et Apollon gardèrent la plupart de leurs attributs» communs, et ces dieux ennemis devinrent avec le temps des dieux frères. De l'Arcadie et de l'Élide, l'adora-

XXXVI liSTRODÛCTION.

tion d'Hermès se répandit dans toutes les contrées helléniques et jusqu'en Thessalie, si toutefois la population d'origine pélasgique de ce pays ne lui rendait pas déjà un culte, comme on le sait de l'Attique, de la Béotie et de la plupart des îles de la Grèce.

C'est après qu'Apollon et Hermès furent entrés à la fois dans l'Olympe hellénique, que ce dernier commença à recevoir ce caractère de messager des dieux que lui donne dt^à Homère. Ces fonctions quelque peu humbles dénotent l'infériorité où les Arcadiens et les indigènes du Péloponèse se trouvaient par rapport à la race conquérante; là comme dans une foule d'autres contrées, les dieux des peuples vaincus furent rabaissés au rang secondaire de leurs adorateurs. Devenu le messager des dieux, Hermès revêtit un caractère tout nouveau, celui même qui a fourni à la poésie la matière de la plupart des mythes dont elle a tissé sa légende, et à l'art les traits sous lesquels il produisit son image. C'est comme héraut de l'Olympe qu'il devint successivement le dieu Psychopompe et Onéiropompe (fig. 421 et suiv., 602 et suiv.). Ce caractère de dieu infernal peut d'ailleurs se rattacher à son ancien caractère de divinité chthonienne ou habitant les entrailles de la terre, à la force productrice de laquelle il présidait. Peut-être aussi ce Mercure souterrain que l'on fit fils de Valens et de Coronis, et qui se confond avec Trophonius , est-il une divinité d'abord radicalement distincte de l'Hermès pélasgique, et n'est-il autre qu'un dieu cabirique, origine que semble indiquer la tradition qui lui donnait pour parents Cœlus et Dia.

Lors de l'alliance des religions grecque et latine , Hermès fut identifié avec Mercure, dieu latin du commerce et des richesses , qui a pu avoir une antique parenté avec l'Hermès pélasgique. Ce dieu Hermès-Mercure est celui que l'art a représenté à dater de l'époque impériale. Il fut aussi assimilé au Thoth égyptien, à l'Ésus gaulois, au Woden ou Odin des peuples germaniques. Il n'est pas impossible qu'il ait même été parfois confondu avec le Baal-Melkarth , dieu

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