XL INTRODUCTION
le dieu du vin, celui des fêtes champêtres, des joies bruyantes d'où le surnom de Bacchus qui lui fut donné. Personnification du soleil considéré comme l'auteur de la maturation du raisin, il conserve dans ses attributs son caractère solaire. Il est aussi une personnification maie de l'élément humide et féminin. Voilà pourquoi il a le taureau pour symbole ( fig. 462 a, /»63 , 466, 467), pourquoi on lui attribue des formes efféminées qui finissent par faire place quelquefois à un véritable hermaphroditisme. On lui donne pour mère, pour épouse ou pour amante, des personnifications de la \v\ue^Sémélé, Argé, lo, Ariadney union allégorique qui nous reporte aux religions de la Syrie, dans lesquelles la déesse lunaire apparaît à la fois comme mère et comme épouse du Soleil. La grande extension que prit le culte de Bacchus est exprimée symboliquement par l'histoire de ses nombreux voyages, de ses expéditions. L'imagination populaire mit à sa suite une foule de divinités champêtres, auxquelles on prêtait un caractère joyeux et lascif, parfaitement convenable pour les compagnons du dieu du vin , Pan, les Satyres , les Faunes (fig. 5oa et suiv., 484 et suiv.) , Silène, dont on fait son père nourricier (fig. 49^ et suiv.). A eux se joignent les bacchants et les bacchantes (fig. 468 et suiv.), personnifications des premiers ministres de Dionysos. On les voit, en proie au délire que provoque le jus de la treille, se livrer à mille actes extravagants, être agités par les passions les plus brutales, et arriver jusqu'à une véritable frénésie.
C'est surtout chez les femmes que le vin produit ces terribles effets; il leur fait oublier la pudeur et la modestie, qui forment le plus bel apanage de leur sexe, et les jette dans un état de fureur lubrique que les artistes se plaisent à reproduire (fig. 474). Les types de la femme ivre nous sont fournis par les r/ïj«r/ei-, les Ménades, les Mimallones, les Clodones (fig. 4'>2, 4^3, 4^7, 467, 468). Le ciseau et le pinceau, en les reproduisant, surent répandre sur leurs traits même avilis un genre de beauté qui nous attache encore à elles.
Tout ce cortège de dieux champêtres, de femmes et
IJJTRODUCTION. XLI
d'hommes ivres, se livrant à de bruyants ébats, le thyrse d'une main et la cymbale de l'autre, accompagnés de panthères, ou montés sur des ânes, composent le thiase , la procession bacchique par excellence, qui décore tant de vases sculptés ou peints (fig. 47/i, 45i, etc.).
Dionysos, identifié au Liber latin, le dieu de la production, forma avec Ariadne , Cora- Proserpine ou Libéra, un couple divin qui, dans la doctrine des mystères, prit la place de Pluton et de Proserpine (fig. 46a). Roi et reine de la terre, ils président comme tels à la production et à l'enfer placé au sein de la terre. Leur marche triomphale offre, sous une gracieuse allégorie, l'empire que les feux bienfaisants du soleil et de la lune exercent sur le sol (fig. 4^1, 454).
Dionysos retrouva dans Sabazius, dans Zagreus, dansAttis, des divinités solaires, offrant un type identique au sien , et avec lesquelles il se confondit graduellement par l'effet du syncrétisme. De ce mélange de conceptions diverses naquit le Dionysos mystique, époux de Cérès et de Proserpine, et qui a pour fils lacchos (fig. 490 a). lacchos n'est lui-même qu'une forme nouvelle de Dionysos, danr> laquelle apparaissent tous les mythes des divinités solaires de l'Orient, combinés avec ceux qui se rapportent aux divinités telluriques et infejnales.
Si, dans les bas-reliefs des sarcophages, et sur les vases peints, Bacclîus perdit souvent son caractère de divinité champêtre, de dieu du vin et de la volupté, il le conserva dans les statues (fig. 458 et suiv.). Ces simulacres l'offrent sous les traits d'un éphèbe et respirent une molle langueur. La couronne de pampres le caractérise suffisamment. Quelquefois, une coupe est dans sa main et une panthère à ses pieds. Mais , dans d'autres bas-reliefs et sur certains vases, son port, son costume , décèlent son origine asiatique. Il offre alors ce type que l'on a baptisé du nom de Bacchus indien, et qui caractérise toute une classe de monuments (fig. 476 a).
Pan , les Silènes, les Satyres, les Faunes, les Syl vains , gardent, au contraire, constamment le même caractère. Ils sont sortis de l'Arcadie , de l'Italie, où des populations pastorales