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3o6' LIVRE PREMIER.
bouddhistes, comme les cloîtres et la ■vie monastique: ce qu'il nous importe de remarquer, c'est que dans toutes les contrées où domine le bouddhaïsme domine aussi cette forme d'église ; une hiérarchie fortement organisée, une règle religieuse, un clergé nombreux et puissant, à sa tête un maître de la loi, un prince spirituel , un grand-prêtre revêtu des attributions les plus redoutables et des titres les plus fastueux , quelquefois, un véritable empire ecclésiastique pareil à celui des Lamas au Tibet, tel est le grand fait historique qui se présente à nous comme la conséquence nécessaire, quoique éloignée, de l'institution des patriarches. N'est-il pas naturel de penser que dans cette différence fondamentale gît la cause des persécutions et des guerres religieuses , par suite desquelles les bouddhistes furent totalement expulsés de l'Inde, leur culte proscrit, leurs temples renversés ou abandonnés, enfin le nom de Bouddha lui-même, de Bouddha identique à Crichnasi révéré, à Dhermaradja (Hermes-roi), à Brahma-Oum (Hom), à tout ce qu'il y a de pur et de saint dans la religion des Brahmanes, couvert d'un voile épais chez les Hindous, et le jour auquel ce dieu préside à titre de planète, maudit à jamais comme un jour malheureux? Les Radjas unis aux Brahmanes tournèrent leurs armes contre les sectaires dangereux qui menaçaient d'élever l'édifice de leur monarchie spirituelle sur les ruines de tout autre pouvoir, et l'on entendit le féroce Koumaril Bhalta dire aux ministres de ses fureurs en leur commandant le massacre :
<i Que du pont de Rama jusqu'à l'Himâla blanchi par
RELIGION DE l'inDE. CHAP. V. So^
les neiges, quiconque épargnera les Bauddhas, enfans ou vieillards, soit lui-même livré à la mort ^. »
' Wilson, dans la préface de son Dictionnaire sanscrit (p. xv-xx), montre que ces guerres religieuses , qui couvrirent l'Inde de sang et de ruines , durent se passer depuis le troisième jusqu'au septième siècle de notre ère. Alors les Bouddhistes émigrèrent de toutes parts , et de cette période date le grand progrès de leur religion au sud, au nord et à l'orient. Con/, A. W. Schlegel, ubi supra. (J. D. G.)
Coup d'oeil sur la Perse, sur les anciennes traditions de ce pays, et sur le développement historique de sa religion.
Ija Perse dont il est ici question , n'est pas seulement l'ancienne contrée appelée proprement P^mi, et qui répond au Farsistan d'aujourd'hui ; ce nom embrasse tous les vastes pays situés au-dessous du Caucase et vers le nord de l'Inde : on les désigne encore par la dénomination générale à' Iran, opposée à celle de Touran, et de là vient que la religion des peuples qui les habitèrent jadis est souvent nommée religion d'Iran,
La même chaîne de montagnes qui paraît avoir été le berceau de la religion de l'Inde vit naître également celle de la Perse. L'une se répandit surtout à l'orient; l'autre prit sa direction vers l'occident 2. Cette religion des anciens Perses ou Parses , qui va maintenant nous occuper, est, dans son origine, une simple et naïve intuition delà nature, une religion toute pastorale, selon
ï Voy.y sur les sources, écrits et monumens, la note i'^ sur le livre II, à la fin du volume. (J. D. G.)
2 La note 1 sur ce livre, à la fin du vol. , § 2 , donnera tous les éclaircissemens nécessaires à ce sujet, avec le résultat des recherches les plu» récentes sur l'origine historique de la religion d'Iran. (J. D. G.)
RELIGION DE LA PERâB. CHAP. I. 3o9
l'expression de plusieurs écrivains de l'antiquité. Elle consiste dans l'adoration des élémens, comme le feu, l'eau, la terre, l'air et les vents, et dans celle de la voûte étoilée, principalement des deux astres les plus apparens qui la décorent, le soleil et la lune. Les fleuves aussi recevaient les hommages de ces peuples. Quant aux temples , ils n'en avaient pas : c'est sur les montagnes qu'ils célébraient le culte de leurs dieux, auxquels ils offraient simplement en sacrifice la vie des animaux '.
A ce culte simple et naturel des tribus errantes de la Perse, viennent, à ce qu'il semble, se rattacher par les liens les plus étroits un système sacerdotal et une législation religieuse qui portent en eux-mêmes un caractère beaucoup plus métaphysique. Il paraît que cette doctrine nouvelle fut apportée de la Médie ou de la Bactriane, et communiquée aux castes supérieures. Ces deux élémens amalgamés ensemble formèrent un système singulièrement remarquable, qu'on appelle la religion Médo- Persique , ou le Magisme.
Il n'est pas indifférent, pour la connaissance de cette religion, de passer rapidement en revue les traditions qui se sont conservées dans le souvenir des Orientaux, sur son origine et ses développemen& suççess^ifs. L'imagination s'y donne une libre caiTÎère. Oki nous parle de quatre dynasties primitives dont une entre autres, celle des lyaniens ou purs y dura tout le temps d'un Aspar, c'està-dire mille millions d'années. On nous parle d'une
^Herodot. I, i3r sq. Brissoniu8,deReg. Persarwmprincip. , p.SSj, 366, 369.
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LIVRli SECOND.
antique monarchie d'Iran fondée par un saint prophète ou patriarche nommé Mahabad, qui seul avait été laissé à la fin du grand cycle. Ce MahaLad , premier auteur du genre humain et tout à la fois de la civilisation, reçut de Dieu même quatre livres, et divisa son peuple en quatre castes : son règne , aussi bien que ceux de ses treize successeurs, fut l'âge d'or de l'Iran. Alors, et durant tout le cours des quatre dynasties primitives, les hommes menaient une vie toute patriarchale ; encore intimement unis à la divinité suprême dont ils proclamaient l'unité, ils l'adoraient dans l'innocence de leurs cœurs, lui faisaient des offrandes aussi simples que pures, et jamais ne souillaient leurs mains du sang des animaux. L'autorité des rois était celle du père sur ses enfans ; une seule croyance, une seule volonté, une seule loi réunissait les peuples dans une alliance sacrée ^ ..Toutefois avec ce culte auguste et primitif se concilia bientôt, dans la monarchie de Mahabad ou de Mahabaliy l'un de ses descendans, l'adoration des astres et de jl^ijite.llarmée des cieux. Les génies des planètes, repré-
' Il faut rapprocher ce tableau de celui du brahmaïsme, ci-dessus ^ p. iSq sqq. L'hypothèse philosophique sur laquelle ils semblent reposer l'un et l'autre, est discutée dans notre Discours préliminaire, II, Conf. note l'^sur rintrodùction , à la fin du vol. Quant au fait de cette monarchie primitive d'Iran et des institutions de Mahabad, il n'a d'autre autorité que celle du Dabistan et du livre appelé Desagir, l'une de ses sources, sur lesquels on peut consulter, entre autres, Viilistorr of Persia, par sir John Malcolm, chap. 2 et 7, tom. I , p. 1 1 sq. , et 267 sqq. delà traduct. fr. , 182 1, et les articles de M. Silvestre deSacy, dans le Journal des Savans, janvier et février 182 1. Conf. les notes i , § 2; et 2, §§ i et 2, sur ce livre, fin du vol.
RELIGION DE I.A PERSE. CHAP. I. 3n
sentes, nous dit-on, avec les mêmes figures sous lesquelles ils s'étaient montrés à plusieurs saints et prophètes, reçurent des hommages publics, assujettis à des rites , à des cérémonies et à des formes nombreuses '. Vint ensuite la dynastie des Pischdadiens et avec elle le culte du feu. C'est la plus ancienne de la terre , selon les livres zends et les historiens persans, et le Dabistan seul connaît celle des Mahabadiens qui, selon lui, précéda. Les trois premiers princes de la dynastie pischdadienne furent Caymaras , Siamek, moissonné à la fleur de ses ans *, et Huscheng ou Pischdad : ce sont les patriarches de la première loi ou loi non écrite. Huscheng vit jaillir l'étincelle sacrée du choc de deux cailloux, et il dit : ce feu est une divinité ; qu'il soit adoré par tout le monde ^. Sous le règne de Dschemschidy l'Iran atteignit au plus haut point de sa gloire. Dschemschid est le héros des traditions et des chants populaires chez les Persans , comme Salomon chez les Hébreux et Alexandre chez les Grecs ^K II est l'année solaire , c'est-à-dire que, depuis
* Voy. Malcolm, Hùt. ofPers., chap, 7; et tom. I de la Uad. fr. , p. ayS sqq. Notre planche XXI, 116, reproduit, d'après cet ouvrage, les figures des planètes empruntées au Dabistan. Conf. l'Explication des pi., sect. II, vol. IV. (J. D. G.)
^ M. Creuzer compare Siamek au Maneros d'Egypte et au Linus des Grecs : ci-après , liv. III; et tom. 2 , liv. IV et V.
3 Nous avons ajouté ce trait d'après Ferdousi , dans Malcolm , ouvr. cité, p. 273 note, tom. I de la trad. fr. Il faut comparer tout le récit sur les Pischdadiens, chap. 3, j). 18 sqq. , tiré principalement du Schah-nameh. Voj. , sur ce poëme fameux et sou auteur, note i*^** sur ce livre, fin du vol., § 2. (J. D. G.)
4 Ce héros, dit-on, porta d'abord le nom de Dschem, auquel on ajouta Schid, qui veut dire soleil, à cause de sa beauté. — Quant au
3l2 LIVRE SECON».
cette époque , l'Iran connut cette forme d'année. Il bâtit Estakhar, la ville creusée dans les rochers ^ appelée encore le trône de Dschemschid. On dit qu'en creusant les fondemens de cette fameuse cité, il trouva le vase merveilleux nommé Dscham % rempli du breuvage le plus précieux, et qui est à la fois le miroir du monde, le miroir magique et la coupe de salut. Dschemschid , dit-on , vécut mille ans et en régna sept cents. Ce règne fut un véritable âge d'or. Dschemschid scruta les propriétés des plantes, les mystères de la chimie et les trésors cachés de la nature. Mais bientôt l'orgueil s'empara de son âme; il voulut se faire dieu. Ce fut pour son peuple et pour lui une source de malheurs. Zohak, l'instrument de la justice divine, venu de l'ouest, changea l'éclat dont brillait Iran en une longue et affreuse nuit; car son usurpation ne dura pas moins de mille ans. Ce prince du monde , fidèle image de Satan , dont les conseils le portèrent aux plus grands crimes, dépeu-
I approchement de Dschemschid et d'Alexandre , 11 nous paraît pour le moins très-hasardé. (J. D. G.)
* Dschami Dschemschid. Cette coupe mystique est donnée non-seulement à Dschemschid, mais à Joseph, à Salomon, à Bacchns, à Hermès, à Alexandre (par les Orientaux). Hic enim scyphns in pngna est sains nostra, princeps siderum est in potestate nostruy dit ce dernier, dans le Schali-nameh. (Wilken, Chrestom. Pers. , p. 199.) C'est le vase, ou le glohe , ou le miroir, ou le phare du monde, et sans doute il en faut chercher l'origine dans l'antique religion du Bacchus indien , dit M. Creuzer, dans son savant ouvrage intitulé Dionysus, p. 62 sq. Cotif. ci-dessus , p. 164 > 184, ^43; et ci- après , liv. III, chap. 4- — L'^invention du vin, l'agriculture, la dlstrihution du peuple en quatre castes , en un mot toutes les institutions et tous les arts de la vie sont encore attribués à Dschemschid. Malcolm , p. 24 sq. " (J. D. G.)
plait chaque jour la Perse pour assouvir l'horrible faim des deux serpens qui sifflaient sur ses épaules, et que les lèvres du démon y avaient produits ^.
Enfin parut le sauveur d'Iran, Feridoun, issu du sang de Dschemschid. Le tablier d'un forgeron devint l'étendard autour duquel se rassemblèrent en foule les guerriers las de la tyrannie : le jeune et vaillant Feridoun , le héros de justice, marche à leur tête et livre bataille à Zohak, qui tombe vivant dans ses mains, est chargé de chaînes et renfermé dans une caverne du mont Damavend. Cet événement mémorable eut lieu vers 1 equinoxe, et, depuis, les Perses solennisent cette période^. Mais les malheurs de la Perse ne se terminèrent pas là;
* Zohak le premier donna, dit-on , le coupable exemple de manger de la chair (Malcolm , tom. I, p. 27 sq. , 282 sq. de la trad. fr.): cet historien voit dans l'horreur de cet usage, commune aux deux religions de la Perse et de l'Inde , une des preuves les plus fortes de leur commune origine. Conf.^ sur cette question importante, la note 2 sur ce livre , fin du vol. , § 2. (J. D. G.)
^ Ils la nomment Mihirgian. Toute cette histoire de la dynastie pischdadienne paraît singulièrement mêlée d'allégories astronomiques et physiques , ou même morales; parfois on serait tenté de la croire tout- à-fait allégorique. On a cependant voulu y retrouver une grande monarchie primitive qui aurait embrassé à la fois l'Assyrie, la Perse et l'Inde , sorte de variante du vaste empire des Mahabadiens, dans le livre intitulé Dabistan. Voy. , entre autres, les ingénieux rapprochemens de sir John Malcolm , entre les auteurs orientaux et les écrivains grecs ou hébreux , chap. 7 de son Hist. ofPersia, tom. I, p. 299 sqq. de la trad. fr. Il voit dans Zohak la domination des conquérans assyriens , dans Feridoun Arbacès le Mède qui la renversa , etc. Conf. note 2 sur ce livre , fin du vol. , § r , où l'on recherche jusqu'à qiiel point sont fondés ces rapprochemens, et quelles sont réellement les premières époques historiques de la Perse ,
3l4 LIVRE SECOND.
de nouveaux désastres suivirent, et l'on vit commencer la longue lutte d'Iran et de Touran sur laquelle nous reviendrons plus tard.
La troisième dynastie fut celle des Kaianides , \es forts ou les hommes de Varc "^ . Cette période nous présente un nouveau roi de lumière, Gustasp, surnommé Hir" boud , c'est-à-dire l'adorateur du feu, parce que sous son règne fut introduit ou plutôt renouvelé le culte du feu. Ce prince aussi grand que sage, sur les actions et les louanges duquel la tradition ne tarit pas, établit le siège de son empire à Esthakar dans le Farsistan, laissant son vieux père à Balk. Mais tout à coup Argiasb , fils ô^Âfrasiaby roi de Touran, qui long-temps lui-même avait désolé la Perse, fondit sur le Khorasan à la tète d'une armée nombreuse. Gustasp fut obligé de fuir, et il ne fallut rien moins que l'habileté unie à la valeur dans la personne (Xlsfendiar, son fils, pour le replacer sur le trône 2. Le dernier personnage remarquable que
^ L'arc était, chez les Perses, un symbole de la royauté et de la puissance ; on le voit dans la main du monarque sur les monumens de Persépolis. Les Orientaux et tous les barbares firent et font encore de cette arme, aussi bien que des flèches, maint emploi allégorique. Voy, Herodot. , III, 21, 22;IV% i3i, iSa; Ctesias, Persic. 17; et ci-dessus , p. 61. Souvent l'arc et les flèches, dans les représentations figurées , font allusion à la force et aux rayons du soleil. Sur les Kaianides, conf. Malcolm, chap. 4 , p. 4^ sqq. ; chap. 7, p. 817 sqq.
^ Zoroastre vint, dit-on, sous le règne de Gustasp, et ce prince, ainsi que son fils , contribuèrent puissamment à l'introduction du culte nouveau qu'il apporta : mais ce ne fut pas sans avoir à soutenir de longues et sanglantes luttes. Les uns veulent que Gustasp soit le même que Cyaxares I"' , roi des Mèdes ; les autres voient en lui Darius Hystaspis, et l'époque de Zoroastre en dépend. Ce point de critique, et
RELIGION DE LA PERSE. CHAP. I. 3l5
nous offrent les traditions héroïques d'Iran , avant Iskander, est Roustan, qui, dans l'épopée des Perses, porte le même caractère que Rama chez les Hindous et Hercule chez les Grecs. Ses exploits sont merveilleux , les monumens de sa gloire, gigantesques, et de nombreuses ruines d'une antique architecture sont décorées de son nom par les Orientaux \
Dans les temps anciens , les hommes vivaient riches de pureté et d'innocence, et, s'ignorant eux-mêmes, ils accomplissaient la loi avec une parfaite simplicité de cœur. Tels ils étaient dans la période des Pischdadiens où la loi n'avait pas besoin d'être écrite, tels durant la longue et fortunée domination du grand roi Dschemschid. Sous ce dernier, Ormuzd suscita le grand prophète Hom ou Homânes, l'arbre de la connaissance et de la vie, la source de toute bénédiction , pareil à l'Hermès d'Egypte et au Bouddha de l'Inde. Hom , le premier, annonça la parole et porta des lois : c'est le fondateur du Magisme, et à dater de cette époque, l'Iran eut des docteurs ou prophètes appelés Mages, conservateurs et maîtres de la seconde loi révélée par Hom, leur chef mystique, et qu'Hérodote nous présente comme une tribu particulière de la nation des Mèdes , semblable aux lévites
en général tout ce qui regarde les Kaianides, est exposé dans la note 3 sur ce livre, à la fin du vol., § i. (J. D. G.)
^ f^o/. Malcolm , I, p. 38-98; conf. 849 sqq. L'existence et l'histoire toutes mythiques de Roustan, le troisième héros de la Perse à partir de Dschemschid, embrassent une longue période depuis les Pischdadiens jusqu'au règne de Bahman onArdisheer Dirazdnst, l'Artaxerce Longue-main des Grecs , à ce qu'il paraît. Consultez le renvoi indiqué dans la note précédente.
d'Israél et aux Chaldéens d'Assyrie avec lesquels on les confond souvent '. Ces prêtres d'Iran étaient distribues en trois classes d'après leur rang et le degré de leurs connaissances : la première comprenait les Herbeds ou disciples ; la seconde les Mobeds ou maîtres ; la troisième les Destour-Mobeds ou maîtres accomplis. Les Mages formaient la première caste de l'état, ils avaient le domaine exclusif de la science, ils étaient devins, prophètes, interprètes des songes; et leur influence, qui s'exerçait dans toutes les relations privées des sujets, embrassait encore les affaires publiques et dirigeait plus ou moins toute la politique du gouvernement. Ils étaient chargés d'élever le roi, siégeaient dans son conseil et dans ses tribunaux; enfin ils avaient une part réelle à l'administration du royaume, bien que le sceptre ne fut pas remis dans leurs mains, en quelque sorte, comme cela avait lieu en Egypte. Le monarque de Perse, plus libre de l'autorité sacerdotale, était cependant mainte fois arrêté dans l'exercice de ses volontés despotiques par l'intervention puissante des Mages parlant au nom de la loi et de la religion. Ceux-ci, du reste, avaient en propriété tout ce qui concernait le culte des dieux, et réservaient, sans doute, les hautes lumières de la religion et de la science, qui se confondaient l'une dans l'autre, à la cour dont ils faisaient
* Herodot. , I, loi. Clemens Alexandr. Strom. , I, p. 3o5 A. — Conf,, sur les Mages en général, leur nom, leurs fonctions, etc., la note 3 sur ce livre , à la fin du yol. , § 2 , où se trouvent également les notions nécessaires sur les institutions politiques de la Per&e et sur leur rapport avec la religion. ^ (J. D. G.)
RELIGION DE LA PERSE. CHAP. I. Sl^
partie et aux castes supérieures. Ils interprétaient les livres sacrés, observaient le cours des astres et y lisaient l'avenir.
Au temps de Gustasp, parut le fameux Zoroastre, appelé plus exactement Zeradocht ou Zeretoschtro ^ : on ferait un volume entier des traditions racontées sur cet être mystérieux, révélation de la toute-science (Hom), lumière de l'arbre de vie, qui passa dans la vacbe sacrée et eut pour mère Daghda, Pure émanation de la divinité, il naquit sans faire ni mourir ni souffrir aucune partie soit animale, soit végétale de la création, et son corps jetait une telle clarté que toute la chambre où il vit le jour en fut illuminée. Ce saint prophète visita le ciel et y reçut d'Ormuzd le feu sacré avec la parole de vie (le Zendavesta). Puis il descendit aux enfers; et enfin, ayant rempli sa mission tout entière, il se retira sur la montagne d'Albordj , où il se consacra exclusivement à la méditation et à la piété ^.
Zoroastre écrivit sur la terre la loi qu'il avait reçue du ciel et qui fut la troisième (la loi écrite). Mage luimême, on lui attribue tout ce que les Mages, ses disciples ou ses prédécesseurs, imaginèrent ou découvrirent dans la durée des siècles : si bien que ce nom,
* Ce nom signifie Étoile d'or ou bistre de splendeur, à ce qu'on prétend ; conf. note i" sur ce livre, fin du vol. , § 2.
* Nous avons ajouté quelques nouveaux traits à ceux qu'a choisis M. Creuzer, d'après Malcolm, I , p. 283 sqq. La ressemblance avec les légendes hindoues sur Crichna et sur Bouddha est des plus frappantes : l'arbre de vie et la vache sacrée nous sont déjà bien connus. Voy. ci-dessus, liv. I, passim. (J. D. G.)
3l8 LIVRE SECOND.
appliqué aux livres sacrés de la Perse, désigne, à proprement parler, la période entière du développement de la religion des Mages ^
Cette religion sacerdotale qui prit la place du culte simple et naturel usité de tout temps chez les anciens Perses, ou plutôt le réforma et l'ennoblit, nous est peu connue par les récits des Grecs et des Romains : mais depuis que nous en possédons les antiques et vénérables titres, les livres zends, il nous est facile de nous faire une idée aussi exacte que complète des dogmes sur lesquels elle repose 2.
* Cette opinion de l'auteur sur Zoroastre est développée et motivée dans la note i'"^ sur ce livre à la fin du vol. , § 2 , où l'on trouvera le résultat complet des recherches les plus récentes relativement à cet important personnage.
^ ^oy. , dans la note 4 sur ce livre , à la fin du vol. , les principaux résultats des recherches les plus récentes sur le caractère primitif et les développemens de cette religion : on y trouvera, aussi bien que dans les notes suivantes, un extrait suivi de l'important ouvrage de M. J. G. Rhode, die heilige Sage und das gesammte Religionssystem der mlten Bakirer, Mederund Perser, oder des Zendvolks^ Frankf. A. M. 1820.
RELIGION DE LA PERSE. CHAP. II. Sip