II. Du reste, il est bien difficile de marquer aujour
» Aristote (Metaphys. XIV, 4) dit que les Mages reconnaissaient comme principe suprême le Bon primitif qui a fuit toutes choses. De plus, on assure que Pythagore avait emprunté de Zoroastre ou Za^ ratas sa doctrine de la Monade parfaite , mère de toutes choses , et de la Djade engendrée d'elle. Les nouveaux Platoniciens professaient le même dogme, dont ils faisaient honneur au prophète d'Iran. Ce qui est remarquable , c'est qu'au rapport d'un ancien ( Eudemus apud Damascium de Principiis, in Wolfîi anecdot. gr. , tom, III, p. 259), les Mages, en développant leur idée de l'unité divine, se servaient des expressions Ueu et temps {étendue et durée , tottov, xp°^^^)* Conf. Diog. Laërt. , I, § 8; Plutarch., de Anim. gêner., in Tim., vol. IX, p. 124; Wyttenb. Fabric. , Bibl. graec. , I, 3o5, Harles; et la note 4 , § i » fin du vol.
d'hiii la ligne où s'arrêtaient les croyances populaires, où commençait la doctrine secrète. Ce que nous savons, c'est que les Mages de la Perse expliquaient le problème du monde tout autrement que les Brahmanes hindous : ces derniers y voyaient une génération , un enfantement divin, dont l'Amour était le grand agent; ceux-là ramenaient l'opposition partout dominante de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal. De là leur dogme fondamental : « Toutes choses consistent dans le mélange des contraires;» ou bien encore : «Le fini (le monde) s'est produit au sein de l'infini (de Dieu) par la lutte morale des deux principes. » Une division subite a donné rexistence aux choses ; sitôt qu'elle cessera et que les contraires se résoudront de nouveau dans leur source commune, les choses cesseront d'exister ^
Mais quelle est donc la cause de ce mélange de la lumière et des ténèbres, et par quel moyen la lumière vient-elle à triompher des ténèbres? cette cause, ce moyen c'est Zervane Akerene. Dieu, qui reposait seul en lui-même avant la naissance des deux principes, fit d'abord la lumière, et par une opposition nécessaire, inévitable, naquirent aussitôt les ténèbres. Dieu ne les a pas voulues, mais il les a tolérées, et cela par un
* C'est de là, sans doute, qu'Heraclite, philosophe de l'école ionique , avait tiré son fameux axiome , 'KÔlt[/.cç àiravTwv Trarvip (hélium omnium pater); et Platon, dans le Banquet, lui fait dire (cap. 14» P- 397, Bekk.) conformément à ce principe : tô -yàp Iv — ^lacpspo'f^.evov aÙTO aOrw ^ua^sperat (çi){j.<psp£(T6at). Empédocle faisait également consister l'origine et l'existence des choses dans l'alliance de la discorde et de l'amitié (veuoç-cptXia , vs. 29, ;j36, Sturz}. Con/. ci-dessus , p. a68 sqq.
RELIGION DE LA PERSE. CHA.P. II. SaS
motif éminemment moral. Une carrière a été donnée au mauvais principe identique avec les ténèbres, pour combattre et limiter son adversaire, la lumière ou le bon principe, afin que celui-ci, par un effort contraire, brise les limites qui lui sont opposées , et que l'énergie morale triomphe dans cette lutte glorieuse. Mais enfin toute barrière disparaîtra , le mal lui-même se résoudra dans le bien, leur longue hostilité se conciliera en se confondant dans la lumière et dans l'amour, et alors commencera un règne éternel de lumière sans ombre et sans tache.
Chacun des deux grands génies ou principes supérieurs, Ormuzd et Ahriman, a son royaume. Le royaume d'Ormuzd est vaste, et il renferme une multitude d'êtres célestes ou terrestres partagés en différentes classes. On y remarque trois ordres d'esprits, d'abord les sept ^wschaspands , esprits doués d'immortahté, puis les vingthuit Izedsy et en dernier lieu les innombrables Feruers. Ormuzd j maître du monde, est le créateur et le premier des Amschaspands ; Bahjnan, chef des autres, est le second et le roi de lumière ; le troisième est Ardiheheschty l'esprit du feu, qui donne le feu et la vie; le quatrième, Schahriver, roi des métaux; puis vient Sa^ pandomad^ fille d Ormuzd, et mère des premiers êtres humains Meschia et Meschiane ; ensuite Khordad, roi des saisons, des mois, des années et des jours , qui donne au pur l'eau de pureté; et le dernier de tous, Amerdady créateur et protecteur des arbres, des moissons, des troupeaux.
Les Izeds , génies inférieurs , ont été créés par Ormuzd
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pour verser les bénédictions sur le monde et pour veiller sur le peuple des purs. Les mois, les jours, les divisions même du jour et les élémens sont placés sous la protection et sous la garde des Amschaspands et des Izeds. Chacun des Amsehaspands a son cortège d'Izeds qui le servent comme les Amschaspands eux-mêmes servent Ormuzd. Les Izeds sont les uns mâles et les autres femelles. Parmi eux figurent Mithra , ou Meher, qui donne à la terre le bienfait du jour, et indépendamment de lui Khorschid, le soleil.
Les Pervers sont les idées , les prototypes, les modèles de tous les êtres, formés de l'essence d'Ormuzd, et les plus pures émanations de cette essence. Ils existent par la parole vivante du créateur, aussi sont-ils immortels et par eux tout vit dans la nature. Ils sont placés au ciel conjme des sentinelles vigilantes contre Ahriman , et portent à Ormuzd les prières des hommes pieux qu'ils protègent et purifient de tout mal. Sur la terre, unis à des corps, ils combattent sans cesse les mauvais esprits. Ils sont aussi nombreux et aussi diversifiés dans leurs espèces que les êtres eux-mêmes. Même Ormuzd a son Fer» ver, parce que l'Eternel se contemple dans le Verbe toutpuissant, et cette image de l'Etre ineffable est le Ferver d'Ormuzd. La loi (le Verbe) a son Ferver qui est l'esprit et la vie de la loi, la parole vivante telle que Dieu la conçoit. Le Fervei de Zerdouscht (Zoroastre) est un des plus beaux, parce que ce prophète a publié la loi. Les Fervers forment donc le monde idéal; tout le reste est le monde réel (ou créé). La doctrine des Mages est un véritable idéalisme, mais avec un caractère essentiel-
lement moral. Chaque Parse a son propotype idéal, son modèle pur, qu'il doit s'efforcer d'exprimer et de réaliser, qui l'inspire et le dirige dans toutes ses actions, et qui lui sert de guide dans son pèlerinage sur la terre. Le royaume d'Ahriman correspond en tout à celui d'Ormuzd. Là aussi se trouvent sept Devs supérieurs, Ahriman y compris, et à leur suite un nombre infini de Devs inférieurs. Ils ont été produits par Ahriman, après sa chute, et faits à son image pour la destruction du royaume d'Ormuzd. Celui-ci ayant créé le monde dé lumière, Ahriman vint du sud, se mêla aux planètes, pénétra dans les étoiles fixes et créa le prince des Devs^ Eschem, le démon de l'envie, armé de sept têtes, et l'adversaire de Serosch, c'est-à-dire dOrmuzd, prince de la terre.Maintenant s'ouvre la lutte, et de même que, sur la terre, l'animal combat l'animal, de même, dans le monde des esprits, l'esprit combat l'esprit. Chacun des sept grands Devs a son rival dans l'un des sept Amschaspands ; chacun d'eux est l'auteur d'un mal ou d'un vice particulier. Ils sont servis par les Devs inférieurs, comme les Amschaspands par les Izeds. Ils apparaissent sous des formes d'animaux et même sous la figure de l'homme. La dernière victoire d'Ormuzd les détruira tous sans exception, et avec eux, disent quelques-uns, Ahriman lui- même : selon d'autres, Ahriman continuera de vivre, mais sans empire. On verra , par là suite, comment ce dualisme se reproduit dans les traditions héroïques des Perses.
Quant à la Cosmogonie, Ormuzd y paraît encore comme créateur de lumière. Au commencement, il se >
leva et proféra le Verbe, Honover, par lequel furent créés tous les êtres, et que sa bouche n'a pas cessé de proférer. Du ciel immobile, appelé Sakhter, qu'il habite, il fit le ciel qui nous environne, Peiraman, dans l'espace de quarante-cinq jours. Au rentre du monde, sous la demeure d'Ormuzd, est le soleil, Khorschid, et sa sphère, Khorschidpai. Puis il fit la lune , qui luit d'une lumière qui lui est propre, et de sa sphère, Mahpai, donne la verdure, la chaleur, l'esprit et la paix. Sous la lune s'ordonna le ciel des étoiles fixes, Satterpai , d'après les douze signes du zodiaque. Ensuite il créa les Amschaspands et les Izeds; Ahriman , au contraire, dans son invasion soudaine, fit les princes des Devs et les Devs, en nombre égal. En soixante-cinq jours fut achevée la ciéation de l'homme, et tout ce qui existe fut fait par Ormuzd et Ahriman en trois cent soixante-cinq jours; et la grande période fut partagée entre Ormuzd, rayonnant de lumière, et Ahriman [Daroudj)^ plongé dans l'abîme ténébreux du mal. De même que tout a été fait dans la discorde et dans la lutte, de même la vie doit être comme une continuation de l'antique combat des deux principes. 11 faut donc que l'homme soit toujours armé pour le combat et se range du côté des célestes Izeds; il faut que par l'accomplissement de la loi et par tous les autres moyens , il lutte incessamment contre les Devs, et qu'il les écrase comme des insectes malfaisans'. La mort a été introduite dans le monde par Ahriman, à cause du péché du premier homme ; mais la mort aussi met un terme à la lutte pénible que soutient le Parse contre le principe du mal. Toutefois la destinée de
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l'âme est bien différente, après la mort, pour le bon et pour le méchant. Un homme est-il mort, à l'instant les Devs cherchent à. s'emparer de son âme, qui devient leur proie , s'il a fait le mal ; mais, s'il a été droit et pur, les Izeds sont là pour le défendre. Ensuite l'âme se présente au grand pont Tchineuad, qui forme la barrière entre ce monde et l'autre. Là elle est jugée par Ormuzd, ayant Bahman pour assesseur, et, selon ses œuvres et leur justice, ou elle est conduite au delà du pont par les saints Izeds dans une terre de bonheur, ou elle reste endeçà pour expier ses crimes.
Enfin , quand le temps est venu où doit cesser la lutte du mal contre le bien, commence la résurrection générale. Les bons et les Médians se lèvent à la fois, reprennent leurs corps, et tout reparaît comme au premier jour de la création. Les bons se rangent avec le Bon, les médians avec le Méchant ; Ahrlman est précipité dans l'abîme de ténèbres et dévoré par l'airain fondu. Alors la terre chancelle comme un homme malade, les montagnes décomposées s'écoulent en torrens de feu avec les métaux qu'elles enfermaient dans leur sein; les âmes passent à travers ces flots brûlans pour effacer leurs dernières souillures par cette dernière et terrible purification, et se rendre dignes de la félicité sans fin qui les attend.
Et maintenant, la nature entière est renouvelée: plus de ténèbres, plus de tourmens, plus d'enfer; le royaume d'Aliriman a passé, et désormais Ormuzd règne seul; tout est devenu lumière. Ormuzd, à la tête des Amschaspands^ et Ahriman avec les princes des Devs ,
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offrent à l'Eternel un commun sacrifice , et toutes choses sont consommées '.
* Cette Théogonie et cette Cosmogonie sont entièrement prises du Zendavesta. Conf. Gœrres, Mythengesch., I, p. 2?,3-236 , et la note 5 sur ce livre, fin du volume , où l'on trouvera de plus grands détails. Il faut comparer les récits des Grecs rapportés dans Plutarque, de Iside et Osiride, cap. ^j^ p. 5i4 sqq. , Wyttenb.
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