CHAPITRE III
I. Morale et liturgie des anciens Perses; diverses applications de la doctrine religieuse des Mages à la vie politique el civile. II. Caractère des symboles et des mythes qui se rattachent à la jeligion d'Iran.
I. MiTHRAs, ce grand symbole que nous développeroHS dans les chapitres suivans, est le divin modèle de tout Parse; c'est Dieu même se produisant sous un aspect humain. Son essence est la lumière, mais la lumière intelligible, le feu céleste; aussi le but de toute la religion d'Iran est-il de rendre l'homme semblable à la lumière, de dissiper en lui les ténèbres par des purifications continuelles , enfin de changer les ténèbres en lumière et de faire triompher le bon principe dans la nature entière, dans le corps comme dans l'esprit, dans la maison comme dans la cité. La religion, la liturgie, la morale, la politique et l'économie domestique fOà"ment, chez les Perses, un tout organique et parfaitement lié dans toutes ses parties. Le Verbe primitif, Horiover, Eriohe verihe, c'est-à-dire ye suis, ou qu'il soit y la volonté éternelle et pure , a produit le monde bon , et vaincu le principe du mal. Le monde , en tant que bon, est le Verbe ou la parole d'Ormuzd. Cette parole, Ormuzd la profère éternellement, l'adressant aux Izeds célestes; et les Amschaspands, les Fervers, les esprits innombrables dispersés dans toute la nature, la répètent
éternellement avec lui. Cette parole mystérieuse est le fondement de toute existence , la source de tout bien et ^| de toute vie; la loi de Zoroastre eii est comme le corps, et voila pourquoi on la nomme elle-même Zendavesta ou la parole vivante.
A cette idée de la parole éternelle et vivante se lie intimement celle du pouvoir irrésistible de la prière. De là ces prières des Mages entretenues dans une perpétuelle succession ; de là ces Heures vraiment perpétuelles que les Mages, en se relevant mutuellement, étaient obligés de lire sans cesse dans les temples, d'après 4es <liverses positions du soleil et les diftérens jours du mois. C'est comme une répétition constante de la parole divine sur la terre; cette parole de vie ne doit pas cesser un instant d'y retentir; si elle cessait, le monde périrait aussitôt. Tel est, en substance, le contenu de la liturgie et de la morale de Zoroastre : «Confesser Ormuzd, le roi du monde, dans la pureté de son cœur; célébrer la création de ce Dieu suprême; reconnaître Zoroastre comme son prophète, et détruire le royaume d'Ahriman. »
Viennent ensuite les préceptes particuliers qui dérivent de ce commandement général. Le premier c'est le maintien de l'ordre. Le royaume d'Iran est une fidèle image du royaume des cieux ; il forme , comme celui-ci, un vaste système de gradations, de classes, de rangs, où rien n'est isolé, où tout, au contraire, est coordonné et lié étroitement ï. Ainsi les castes , qui paraissent
* Selon Hérodote, il n'était permis- à aucim Perse de prier pour lui seul. Voy, ci-dessus, p..82.
avoir été au nombre de sept, répondent aux sept Amschaspands , de même que les sept enceintes d'Ecbatane avec les sept couleurs qui les distinguent ; ainsi , selon d'autres récits, la nation fut distribuée par Dschemschid en quatre classes analogues aux quatre élémens. Cette idée fondamendale se poursuit à l'infini dans tout le détail des institutions , des charges , des offices de la grande monarcliie des Perses '. Le second précepte a pour objet la pureté du corps et de l'âme, tant dans soi-même que dans les rapports avec autrui : de là un immense rituel qui embrasse à la fois la nature et les hommes. Le Parse doit non -seulement tenir son corps dans un état de pureté, mais encore prendre garde de souiller les élémens. Quiconque souffle le feu avec sa bouche, mérite la mort *.
Ici se placent naturellement quelques observations sur le culte des élémens qui , avec le culte des astres ou sabéisme, formait tout le fond de la religion desPerses^. L'adoration de l'eau et surtout celle du feu méritent une attention particulière. Les Perses distinguaient le feu matière du feu élémentaire ou primitif dont celui-là est la simple image, et duquel il provient. Le feu primitif est le lien qui unit Ormuzd avec la durée illimitée (l'Éternel), et la semence dont Ormuzd a créé tous les êtres. C'est lui qui suscite tout ce qu'il y a de
t Foy. la note 3 sur ce livre , fin du volume, § 2.
» De là l'usage du Penom , qui se plaçait au-devant de la bouche pour empêcher l'haleine de souiller le feu. Conf. Zendavesta , traduct, allem. de Kleuker, II, p. 202, et la planche.
3 Herodot. , I, i3i. Conf. note 4, § i, fin du vol.
grand et de beau sur la terre, les exploits merveilleux des héros, comme un Dschemschid et tant d'autres. Toutes les productions de la nature sont le fruit de l'union de l'eau avec le feu; celui-ci est mâle, celle-là femelle , et des deux naquit la lumière. Aussi voyait-on le feu matériel brûler partout en l'honneur du feu primitif, émanation d'Ormuzd et son symbole, dans toutes les maisons, sur toutes les montagnes. Le feu sacré était porté devant le roi. De tous côtés s'élevaient des foyers consacrés par la religion , de véritables temples du feu appelés Dadgahs '. Le sens supérieur de ce culte du feu est, comme on le voit, purement symbolique : ce n'est pas le feu matériel que l'on adorait, mais son principe , le feu immatériel, intellectuel, primitif, Ormuzd lui-même dans son énergie divine.
Un troisième et dernier objet des prescriptions liturgiques , politiques et morales tout ensemble , du grand prophète envoyé par Ormuzd, c'est le travail. Sous les images de la lumière et des ténèbres se révèle maintenant à nous un système économique dont l'agriculture est la base. Ormuzd est la source de tous les biens ; tout germe et croît par sa parole. L'adorateur d'Ormuzd doit être son représentant sur la terre ; il doit extirper par le travail les serpens , emblèmes d'Ahriman, et les autres animaux malfaisans, ainsi que les insectes et les herbes nuisibles ; il doit, dans ses champs comme ailleurs , rechercher et entretenir la pureté. Dscherriy qui le premier cultiva la Perse,
I Voy.y dans notre vol IV, pi. XXII, T17, le tombeau de Dariu» Hystaspis, partie supérieure. 6o/î/M'Explic. des pi., sect. II.
paraît, dans la mythologie, comme le miroir du soleil, ou comme lannée solaire elle-même , intimement liée à l'agriculture. Le premier il divisa le sein de la terre avec le glaive d'or du soleil'. L'Iran, image du lumineux royaume d'Ormuzd , est la terre de Gustasp , la terre du travail et de l'agriculture; le Touran y au contraire, patrie des nomades et royaume visible d'Ahriman, est la terre d'Afiasiab, où règne le désordre et le malheur. De là encore les Paradis"^ des Perses, où le souverain reproduisait aux yeux , en quelque sorte, la création divine, et comme une copie de l'Iran idéalisé ainsi dans les livres sacrés de la nation :
« Ormuzd dit au SapetmanZoroastre : OSapetman Zoroastre , j'ai créé un lieu de délices et d'abondance; personne ne saurait en produire un pareil. Si cette terre de bonheur n'était venue de moi, ô Sapetman Zoroastre, aucun être n'aurait été capable de la créer. Elle se nomme Eeriene Feedjo, et elle surpassait en beauté le monde
• Voj. ci-dessus ^Y*' 3ii sq. Dschemschid rappelle déjà les Ramas, Hercule, etc. Ces rapprochemens si naturels seront développés plus loin. (J. D. G.)
* Ilapà^sKToç. Ce mot, originairement persan, et qui se rencontre dans les derniers livres de l'ancien Testament, signifie proprement xxn parc. Conf. Heeren, Ideen^ I, i, p. 5o4 ; Gesenius, Hebrœisch. JFœrterb. \oc.Dy\'D(Pard<:s); Xenophon. , OEconom.IV, i3;Pollux, IX, i3, ibi<jiie Interpret. Sturz. Lexic. Xenoph. ,111, p. 417; Biel, Thesaur, pliilolog. , V. T. , III, p. 19 sqq. ; Suidas, subvoc. Zonaras Lexic. gr. s. v. p. i5oi sqq., ib. Tittmann. , Interpret. N. T. ad Lucam, XXIII , 43. — Les rois et les grands de la Perse se conformaient eux-mêmes à ce précepte de leur religion, en cultivant la terre de leurs propres mains. P^oj: Xenoph. QEconom. , IV, a4> l'exemple de Cyrus le jeune.
entier tant qu'il peut s'étendre. Rien ne fut jamais comparable aux charmes de cette terre de délices que j'ai créée... Le premier séjour de bénédiction et d'abondance que j'ai créé, moi Ormuzd, exempt de toute impureté, fut Eeriene Veedjo ^v
Le dogme tout entier tendait à favoriser ce système de culture. Des génies particuliers présidaient à la terre et à ses productions. Celui qui cultivait la terre honorait par cette œuvre même Sapandomad; Khordad faisait couler pour lui ses ondes bienfaisantes, et Amerdad veillait sur ses arbres et sur ses jardins 2. Toute la doctrine des devoirs se fondait sur le calendrier. Les Perses avaient une année solaire, ou année de Dschemschid, composée de trois cent soixante jours et de cinq jours intercalaires, dont l'idée fondamentale était une création se développant dans un cours non interrompu ^. Cette année se divisait en six Gahanhars ou saisons, avec de moindres subdivisions. Le jour se divisait pareillement en Gahs ou temps, et chaque division de l'année comme du jour avait, parmi les Amschaspands et les Izeds, son président céleste, auquel on adressait des prières et dont on célébrait la fête. Dans les cinq jours intercalaires on rendait de, solennels hommages aux Fer-
* Zendavesta, Vendidad, I Fargard. Sur Eeriene ^ Iran , Pars et les autres noms propres, aussi bien que sur ce lieu de délices présenté comme le berceau de la religion des Perses , voj. note 2 sur ce livre, fin du volume, § 2. — Il rappelle l'Éden de la Genèse.
' Vof. ci- dessus , p. SaS.
^ Vojr. , sur le calendrier, sur le zodiaque, et en général, sur la partie astronomique de la religion des Perses, la note 6 sur ce livre, fin du vol. (J. D. G.)
RELIGION DE LA PERSE. CHAP. III. Svlj
vers qui présidaient à cette période; c'était une Jeté dé tous les saints ou de toutes les âmes. Tout le rituel^ tout le service sacré des Mages se rattachait à ce calendrier; c'est d'après lui que sont distribuées toutes les prescriptions du Zendavesta. Citons encore l'un des principaux commandemens de la loi divine, qui consiste à se tenir continuellement en garde et toujours prêt au combat : semblable à Ormuzd luttant victorieusement contre Ahriman , le Perse doit observer et combattre sans cesse les œuvres de ténèbres.
Cette religion et le culte qui en dépend prirent leur source dans l'observation de la vivante économie de la nature, et plus tard servirent de modèle à l'ordonnance et à la hiérarchie politique de la grande monarchie orientale d'Iran.
Si maintenant nous essayons de comparer la religion des Perses avec celle des Hindous, nous trouverons que ce dualisme salutaire, qui se révèle plus ou moins au fond de toutes les religions , fut, sinon effacé, au moins singulièrement modifié et adouci dans le système de l'Inde. Le dogme de l'uiiion à Dieu , considérée comme un état de sainteté, comme le plus haut degré de béatitude en ce monde et dans l'autre, y est devenu national, et le dualisme a trouvé sa mort au sein de cette croyance qui enveloppe à la fois et le culte et la morale. Le culte tout entier a pour but le repos ; la vie est censée consister dans la contemplation, dans le sacrifice du moi, dans l'absorption complète de l'homme en Dieu ; c'est là que doit tendre tout pieux Hindou. Pour le Perse, c'est tout autre chose : ici triomphe un dualisme qui , dans cette
vie ne permet aucun repos; ici se déploie l'énergie, la résistance, l'activité physique et morale. Voilà pourquoi le peuple d'Iran fut vif, animé, plein de feu et d'action comme les élémens, objet principal de son culte; et aussi long'temps qu'il resta fidèle à ce caractère, on le vit commander en maître à l'Asie, où il tint le premier rang durant nombre de siècles.
IL La religion des Perses ne pouvait être favorable aux pures et sensibles allégories de l'art; Car elle consistait, ainsi que nou^ venons de le voir, en un culte extrê* mement simple de la nature et des élémens, uni à l'adoration des astres ou au sabéisme. Les idées qui y dominaient sont celles de la lumière, du feu, de l'eau , primitifs et intelligibles, dont les symboles principaux étaient le feu et l'eau matériels, nullement des dieux imaginés et représentés sur le modèle de l'homme. Selon la remarque d'Hérodote, les Perses ne croyaient pas, comme les Grecs, que les dieux eussent des formes humaines^, et il assure, de concert avec Xénophon, Strabon et d'autres anciens, que ce peuple ne leur élevait ni statues, ni temples, ni autels 2. En effet,
» Nous suivons dans ce passage l'interprétation de Wesseling et de Larcher, a* édition, au lieu de celle de Kleuker {que les dieux fussent nés des hommes ou eussent été jadis des hommes , ce qui revient au même), également suivie par Hyde , mais qui ne nous en semble pas moins erronée. Les Grecs croyaient, en effet, que les dieux étaient d'une nature et d'une forme analogues à la nature et à la forme de l'homme, mais épurées, subtiles , et en tout supérieures.
* Du moins dans le sens des Grecs, comme l'observe très -bien M. Creuzer. Voy. Winckelmann, Hist. de l'Art, II, 3 (t. I, p. ao8
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les Perses réprouvaient le culte des idoles. Toutefois on tomberait dans une grave erreur, si l'on concluait de ce fait qu'ils manquassent de symboles; au contraire, ils étaient fort riches en ce genre. Pour concilier cette apparente contradiction, il faut se souvenir que la masse du peuple, les castes inférieures des Perses étaient, depuis long-temps, et restèrent livrées à l'antique et simple religion de la nature, tandis que les castes supérieures, les rois et leur cour reçurent, à une époque sans doute aussi fort reculée, la doctrine Médo- Bactrienne de Hom ou de Zoroastre, non moins abondante en images qu'en idées. Citons quelques exemples à l'appui de ces assertions : les deux chapitres suivans en fourniront beaucoup d'autres.
En premier lieu , les différens esprits célestes , Amschaspands, Izeds, Fervers, étaient figurés par des animaux : le monde des animaux réfléchissait le monde des esprits. De même qu'Ahriman avec ses Devs ou esprits de ténèbres (la création de nuit) , lutte incessamment contre Ormuzd avec ses esprits de lumière (la création de jour), de même il est sur la terre comme deux créations opposées, deux mondes ennemis qui se combattent incessamment l'un l'autre : tous les animaux sont ou purs, et ils appartiennent à Ormuzd, ils sont utiles; ou impurs, et ils appartiennent à Ahriman, ils sont nuisibles. Et comme les deux royaumes du monde idéal ont chacun leur roi, de même les deux royaumes du
sqq. de la trad. fr. , Par.) , avec les restrictions de Fea , dans la note ibid.
monde animal ont leurs chefs respectifs, que l'imagination s'est représentés sous les figures les plus bizarres. Elle leur a donné, soit au physique, soit au moral, une puissance infiniment supérieure à celle de l'homme 5 mais, loin de les dépouiller des formes animales, elle s'est plu à composer l'assemblage fantastique de leurs corps de diverses parties d'animaux ou bons ou malfaisans. Telles sont ces merveilleuses images , tels sont ces fabuleux animaux de l'Orient que nous voyons aujourd'hui encore sur les murs des palais de Persépolis, et dont les figures offrent la plus parfaite ressemblance avec les descriptions consignées dans les livres zends , et même avec celles que nous a transmises ce Ctésias si aveuglément décrié par les modernes.
Ainsi la licorne (unicorne), ou l'âne sauvage de Ctésias, était un symbole du règne entier des animaux purs, comme le montrent les attributs divers qui lui étaient donnés ; son image se composait de différentes parties des animaux les plus utiles, le bœuf, le cheval , l'âne. A la tête du règne impur figurait, au contraire, cet être fantastique, décrit par Ctésias et par Elien, qu'on nomme le MarticJioras ou le meurtrier des hommes : l'homme , le lion , le scorpion , contribuaient à former le portrait de ce monstre, qui se retrouve également dans les ruines de Persépolis ^ (Vol. IV, pi. XXII ; XXIII, 118-120.)
' Ctes. , Indic. 3 5 et 7. iElian., Histor. animal. ,IV, 21. Voy, , sur cet objet et sur ce qui concerne les symboles des Perses, en général, le résultat des recherches de Kleuker et de MM. Heeren, Tychsen, Rhode, etc., dans la note 7 sur ce livre, fin du vol. On y trouvera de nouveaux détails sur les animaux considérés sous le point de vue
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En second lieu, les esprits vigilans et pénétrans étaient représentés par des oiseaux. Ennemis d'Aliriman et de son règne, ils appartenaient à la création pure. Ormuzd lui-même avait pour emblème l'épervier ou l'aigle ^ Ces sortes d'esprits avaient aussi leur chef, l'oiseau Eorosch, peut être une image de Zervane Akerene où de l'Eternel. En général, on regardait les oiseaux comme les interprètes du Ciel , parce qu'ils étaient supposés voler au voisinage des dieux. A Babylone, dans le palais du roi, on en tenait enfermés dans des cages d'or, sous l'inspection des Mages, et on leur donnait le nom de langues 2. Par une opposition naturelle , Ahriraan était
religieux, comme purs ou impurs, avec de nombreux rapports aux origines du christianisme. Citons, entre autres, les animaux merveilleux de l'Apocalypse. — La figure du Martichoras rappelle le sphinx d'Egypte , et il n'est pas invraisemblable que les artistes de cette dernière contrée aient eu part aux monumens de Perscpolis et des autres cités de la Perse, après la conquête de Cambyse, comme firent dans la suite les artistes grecs , après celle d'Alexandre. Voy. Diodore, 1 , 46 , Wesseling. Conf. Fea sur Winckelmann, iibi supra , p. 2i3 et 214, notes.
* L'aigle était, chez les Perses, un symbole de la royauté. Olympiodore ( Comm. mscr. in Plat., Alcib., I, p. 34o, Bekk. ) raconte qu'entre autres beautés que les chefs des eunuques cherchaient à donner au prince royal, ils lui courbaient le nez à l'imitation du bec de l'aigle, roi des oiseaux, pour exprimer la destination de l'enfant , roi futur des hommes. Ils faisaient cela, ajoute-il, à cause de Cyrus,qui avait le nez de cette forme. — Il est bien vraisemblable que l'oiseau Eorosch n'est autre que l'aigle, symbole d'Orriiuzdroi, comme Garoudha de Vichnou, etc. (J. D. G.)
* Voy. Kleuker, Anhang zum Zendavesta ^ 11^ i, p. 104. On se rappelle ici les otwvoi ou oiseaux prophétiques^ des Grecs , et les oscines des Romains. Cotif. Dorville ad Chariton., p. 56o, éd. Lips. Philostrate (Vit. Apollon., I, a5, ibique Olear. , p. 34) rapporte
représenté sous la figure d'un serpent -dragon, et les Devs, ses sujets, sous celles de ces fabuleux griffons que la tradition relègue dans les déserts, où ils errent sans cesse, tourmentant les voyageurs par mille besoins et périls divers ^ Maints Amschaspands et Izeds étaient encore personnifiés; par exemple, Behram, le plus vif de tous ces derniers : bien que ce roi des êtres ait un corps céleste dont la splendeur est une émanation de celle d'Ormuzd, il paraît aussi sous les traits d'un jeune homme plein de cœur, sous la forme d'un cheval , d'un bœuf ou d'un agneau. Le Feryer du roi était une figure humaine d'un noble maintien, dont les parties inférieures se perdaient dans un plumage épais. Les chevaux , et surtout les blancs , étaient sacrés chez les Perses j on les immolait au soleil, auquel ils étaient dédiés et dont ils traînaient le char 2.
qu'à Bahylone , dans la salle où le roi rendait la justice, quatre Jynges (ï'j-j-ys;, oiseaux fabuleux) d'or étaient suspendus au-dessus de sa tête pour lui représenter conlinuellemeut Adrastée; les Mages, ajoute-t-il, appelaient ces Jynges langues des dieux. Nous y revieudrons, dans le livre suivant.
* Ahriman serpent fait songer au fameux serpent de la Genèse, et, en général , les serpens, comme les scoi;pions, figurent , dans le nouveau Testament, avec des caractères qui ra{)pellent souvent les Devs. Sur les griffons qui gardent l'or et qui habitent au nord, dans les déserts, comme Ahriman et ses Devs, voy. ci-dessus , p. i38 et u49 » notes ; conf. note 7 sur ce livre, fin du vol. Les Hébreux aussi peuplaient les déserts de démons et d'esprits malfaisans. Quant aux Égyptiens, le livre suivant fournira de nombreux rapprochemens de leurs traditions et de leurs symboles avec les symboles et les traditions des Perses.
' Vojr. Brisson. deReg. Pers. pr. , p. 339 sqq. ; Kleuker, ubi supra , p. 8G sqq.
Le Verbe créateur, Honover, était personnifié sous trois aspects divers, et, en quelque sorte, dans trois degrés ou instans successifs. On le considérait d'abord comme un esprit de lumière et de vie qui anime toutes choses, qui opère et combat partout de toute éternité. Dans un second degré, le Verbe prenait un corps, et devenait un arbre nommé Horriy arbre de vie, couronne du règne végétal , qui possédait de merveilleuses propriétés. Un morceau de cet arbre sacré était nécessaire dans tous les sacrifices ^ Dans le troisième degré , le Verbe vivant devient homme, il devient l'annonciateur même du Verbe, Hom, appelé encore Homanes , qui prêcha la parole sous le grand Dschemschid et fut le premier fondateur du magisme 2.
Le monde organisé , l'univers a son symbole dans le
* Nous ayons vu que les Hindous avaient également leur arbie de vie (ci-dessus f p. 147, i49 sq. , note, i85, aog, etc.). Hom est à la fois arbre et homme, et le corps de Crichna fut changé en arbre; Bouddha naquit au pied d'un arbre; Oum est représenté par uii arbre aussi bien que par une vache, et, pour le dire en passant, la vache et l'arbre sont deux symboles intimement unis l'un à l'autre , chez les Perses comme chez les Hindous. L'âme de Zoroastre passa d'un arbre dans une vache (ci-dessus, p. 317). L'arbre dévie est dépeint sous les mêmes traits dans l'Apocalypse ,11, 7 ; XXII , a , i4 : ^ûXov ^cûy;;, y est-il dit, ttoiouv jcaproù; ^«(J'sjca, xarà ariva (£va) éV-a<7T0v àiro^i^oùv Tov îcaprov auroù x. t. X. Hom est appelé Ou.w(i.i dans Plutarque (de Isid. et Osir., p. 5i4, Wyttenb.), et plus d'un savant y a retrouvé l'àfjLwixov des Grecs : Assjrium Dulgo nascetur amomum (Virgil. Bucol., IV, aS). Voy.^ pour de plus grands développemens , la note 7 sur ce livre, fin du vol. (J. D. G.)
* On sait que la personnification du Verbe (Xo'yci;) passa chez les Hébreux et dans le christianisme, du moins tel que le concevait saint Jean l'évangéliste.
Dscharni-Dschem , ou coupe de Dschernschid, que le liéros trouva en creusant les fondemens d'Estakhar. Nous en avons déjà parlé ».
L'année solaire avec toutes ses périodes et les esprits qui sont censés y présider, était encore figurée par le roi et les grands de sa cour, dans leurs vêtemens, dans les pierres précieuses de leur parure et dans tout l'appareil extérieur de leurs personnes , qu'ils variaient d'après un ordre constant. En général, l'usage symbolique des pierreries , des perles et des métaux précieux paraît avoir été fort répandu chez les anciens Perses 2.
* Foj. ci' dessus^ p. 3 la.
2 Fojr. Bocliart, Hierozoicon, tom. II, 11b. V, c. 8,p. yiS sqq,^ Aristote, Apulée et Polybe y sont cités. Conf. Apocal,, XXI, 19 sqq. Zoroastre, dit-on , préférait la pierre d'aigle à toutes les autres, et lui attribuait de grandes vertus. Solin. , cap. "ij, Conf. Plin. , H. N., XXXV, ai ; Salmas. ad Solin. , p. 5oi sq.
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