‹ Religions de l'antiquitéChapitre 27 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. Mithras-Zeus ou Jupiter, et Mitliras-Persée , clans les plus anciennes traditions des Égyptiens et des Grecs; Mitra-Hestia , Vesta, Vénus , etc. II. Mitra-Mithras dans la doctrine de Zoroastre, et dans sa liaison avec le système sacerdotal du Zendavesta : résumé général.

I. Il est temps de remonter à la source première du culte de Mithras-Mitra , d'en reconnaître les formes les plus anciennes, et de voir comment ce double dieu , passant de la religion populaire dans la doctrine sacerdotale, s*y épura, y prit un aspect nouveau et revêtit ces formes plus jeunes, plus poétiques , plus humaines que nous venons de poursuivre à travers une grande partie de notre vieux monde. Ce n'est point en Perse, c'est en Ethiopie , en Egypte , en Grèce , qu'il faut chercher les vestiges antiques du Mithras primitif émigré de bonne heure, à ce qu'on pourrait croire, du cœur de l'Asie aux extrémités orientales de l'Afrique et de l'Europe. Les Ethiopiens , nous dit-on , ces antiques adorateurs du soleil, nommaient Mithras et Phlégyas leurs premiers législateurs et les fondateurs de leur religion ^. Le premier roi de la cité du soleil. On ou Héliopolis en Egypte, s'appelait Mitres ou Mesures , et ce fut lui qui éleva les obélisques 2. Bien plus, la tradition des Grecs va cher-

* Favorin., ap. Stephan. Byz. v. At6i'o({;, p. 60, Berkel,

^ Plin., H. N. XXXVI, i8. Le Syncelle (p. Sa) h Mestraim. Jo-

cher dans la haute Egypte un Perséey né du sang Danaûs, et qui à son tour laisse dans l'Asie antérieure un certain Perses, c'est-à-dire un Mithras ou un ministre de ce dieu perse ^.

Ces traits et beaucoup d'autres analogues peuvent au moins motiver la conjecture suivante, c'est que le culte de Mithras, dont l'origine se perd dans la haute antiquité, fut jadis répandu dans presque tout l'Orient. Maintenant nous allons nous convaincre que le Persée des Grecs n'est réellement pas autre qu'un Mithras modifié.

Tout à fheure , nous tâchions d'expliquer les symboles mithriaques tracés sur les monumens des empereurs romains : ici, c'est un antique , peut-être le plus antique

sèphe, parmi les noms de l'Egypte, fait mention de Miar^t\. Forster (Jablonski Voc, jEgypt. , p. 44o) explique Mizraim : la terre du soleil. Voj, , sur les nombreux rapports de Mithras avec le Memnon égyptien , liv. III, chap. 8.

ï Herodot., II, 91; VI, 53 sq.; VII,6r. Strab.,XVII, p. 801. Porphyr. , de Antr. Nymph., cap. 16, p. 1 6 , Rliœr. , et /^i Ruhnken. Mithras est appelé non-seulement Perses^ mais encore Persidicus. Il est bien probable que Mitra , déesse , se nommait aussi Perse (IIÉpaY), nymphe de l'océan, épouse du soleil, dans l'Odyssée, X, iSp), d'où vint par allongement Persephone (IlepcTScpovYi) , comme Persidicus de Perses. Toute cette famille de noms et de divinités est dans un rapport évident avec la Perse, appelée proprement Pares ou Pars, le pays de lumière; Parsi, le clair, le pur, le brillant, l'habitant du pays de lumière. — J'ajoute, avec M. de Sacy, sur Sainte-Croix, p. i3i , qu'Hésiode (Theog. , 877) et Hygin(Fab. CCXLIV) parlent d'un fils du soleil nommé Perses ; et ainsi MiÛiraiS- Perse s ou Perseus paraît toujours comme une incarnation ou une épiphanie terrestre du dieu de la lumière, comme le héros du soleil, qui ne pouvait manquer d'avoir place dans la mythologie des Perses, de même que dans toutes les autres. (J. D. G.)

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Religion de la perse, chap. v. 36tj

ouvrage de la sculpture des Grecs , qui servira de premier texte à nos recherches. Il s'agit de la scène repré* sentée sur l'une des portes de la citadelle de Mycènes, dont Pausanias parle déjà comme d'une ruine; les Cyciopes, suivant lui, étaient les auteurs de cet ouvrage, qui subsiste encore ^ Il représente deux lions en relief, et aurnilieu, sur un socle, une sorte de pied en forme d'une antique. colonne dorique renversée, sur la spire et les tores ou anneaux de laquelle on voit une tablette carrée ou abaqne/ sur cette tablette quatre petites boules rondes rangées l'une à côté de l'autre , et sur celles-ci en* core une seconde tablette. Les lions tiennent leurs pieds de derrière appuyés sur l'architrave de la porte; leurs pieds de devant reposent sur le haut du socle. Leurs têtes fort nltitîlées se regardent, et ne sont séparées que parla colonne renversée qui est entre ces deux figures. Le savant antiquaire de qui nous empruntons cette courte description*, prend la colonne intermédiaire pour le pied creux d'une table destinée aux sacrifices , en sorte que l'ouverture ronde qui se remarque dans le socle servait à retirer la cendre après l'holocauste consumé. Les deux lions lui paraissent être les gardiens du sanctuaire; et il y voit, à raison du lieu, les lions de la déesse de Phrygie ou de la grande Mère, à laquelle

* Pausan. II, Corintli. , i6. Conf. Spécimens of ancien t sculpture y Lond. , 1810. W. Gell, Iiinerary of Grcec. Ârgolis, Lond. , i8io; p. 35 sqq., et pi. 8, 9, 10 ;Payne Kuight, Carm. Homeric, Prolegom. LVIII, p. 3i sq. — Et notre vol. IV, pi. XXV, i3o.

* A. liirt jii Fr. A. Wojfs Liderar. Ânalekttn , I , p. 169 sqq.

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les hauteurs étaient dédiées, qui protégeait les \iUes % et dont les Cyclopes dcLycie, auteurs de ces murailles, voulurent , comme cela élait naturel , éterniser dans leur ouvrage et le culte et les attributs. Un semblable autel , placé dans une citadelle, se nommait, dit-il^ Hestia ou Vesta, nom qui s'appliquait proprement alors à une divinité identique , dans l'origine , avec la déesse de Phu)^^gie, et qui , pTus tard, fut distinguée de cette. dernière.

M. W. Gell, auquel nous devons ce monument si remarquable, rappelle ici les bas-reliefs mithriaques;et le lion, l'un des attributs de Mitlirasf les colonnes per^ sanes surmontées d'wne tête de, bœuf y d'uneJamme, sort dé la pointe et que couronne un globiey d'un gi( qui se montre à demi au-dessus du.cbapiteàuj.ies ;hi roglyphes du feu et de l'eau , premiers objets de l'adi ration des Perses , tels qu'on les à déc^ivert&dans rédiîj fîce qui renfermait le trésor du roi.jAtirée ét^qu^ils si retrouvent sur les monumens de Persépoljs (d^$-^\ohéi et des lignes spirales) ^. ïïi rappelle; encore; les deuxiioi de Némée et du mont Citbéron, tués par Hercule, ause bien que le bouclier d'Agamemnon , sur lequel un li était représenté. Il finit en citant les. mopunîeîi/j^rrde l'Egypte où se voient fréquenimefitfr(J^s-eQlÉ>sii>%eS'-sui1montées de globes. ' d 1 ;/> .^tî. vl* ..

Le célèbre voyageur aurait pu facilement poursuivre ses rapprochemens et en tirer des conséquences, ïTraîs, pour cela, il n'aurait pas fallu qu'il se pressât <îé l'èjeler la double étymologie que Pausapias donne ;dv( .^op^. dé

» Strab. X,p. 473, Casaub. . > / .^.^i \ '■

^ r07.pl. XXII; XXV, 126-129; XXVII, i33. Cow/.l'Expl. ^èspl.

Mycènes, d'après les anciennes traditions du pays ^ Ces traditions, ainsi que la porte aux lions dont nous venons de parler, se rapportent également aux symboles mithriaques.

M. Hirt, comme nous l'avons vu , reconnaît dans cette espèce d'autel que semble représenter le monument en question, l'antique Hestia; et dans les lions, ceux de la grande déesse de Pbrygie. Or, Jean le Lydien, en parlant des représentations allégoriques de la terre, ajoute que les Pvomains adoraient par-dessus tout Hestia , de même que les Perses Mitbras né d'un rocber, «à cause du point central du feu , « dit-il "*. En effet , le dieu sorti de la pierre était une formule mitbriaque , et parmi W symboles des Perses se trouvait une pierre de Mitbras^. C'était ordinairement dans des antres qu'on célébrait les mystères de ce dieu, et nous avons vu qu'une montagne sainte et primitive paraît comme le foyer de la religion d'Iran 4. D'ailleurs, la tradition ne nous parle-t-elle pas d'un mont Diorpbus, près de l'Araxes, qui , fécondé par Mitbras, lui donna un fds de même nom, le jeune Diorpbus ^. De même, Jupiter eut du gigantesque Agdus

* Pau s an. ubi sup.

* Jo. Lyd. de mens. , p. 47» Schow ; — et la note 7 sur l'Introd. , à la fia du vol. , où l'on trouvera la traduction complète de ce passage impprtant, qui souffre plus d'une difficulté. (J. D. G.)

' * 0^è$ èy.ritpaç; Mithrax , plutôt que Mithridax. Conf. Phillpp. a Turre, 1. c, p. 89 ; Plin. H. N. XXXVII, 10; Solin., cap. 37, ih. ; Salmas. , p. 5oi. Isidor. Oncm. , eap. 12. , V;

4 ti-dessiis , Jrg sq.

5 Pseudo-Plutarch. de flumin. XXIII, 4, p. 1049 WyHeïA;'iié Diorphus est un enfant de la terre — Atojxpou tou •^i'^^'^oxk; —^ ^ et son nom sem?jle signifier «celui qui perce les ténèbres (ô'?©vvj, ôpçvo'ç),

en Phrygie le héros hermaphrodite Adgestis. Jupiter et Mithras fécondant les rochers et les montagnes, c'est la puissance du feu qui pénètre la croûte terrestre et la force à produire les fruits. Le naphthe enflammé flottant sur les lacs, les feux jaillissant de la terre ou allumés sur les monts, ces antiques objets de l'adoration des Perses, tout concourt à prouver que nous avons ici des fables originairement persanes. Cyrus, chez Xénophon, rapproche dans sa prière un autel du feu personnifié , un foyer divin, une Hestia, du Jupiter de sa patrie^. Vesta, pour les Romains, était la terre: elle était le double foyer du feu céleste et du feu terrestre =*. Ainsi paraît avoir été transmis des Perses aux Romains, et s'êtr conservé dans le culte de Mitra comme dans celui d'Hes tia ou Vesta, le dogme fondamental d'un principe inèxi tlnguible du feu placé dans le centre de la terre et di ciel tout à la fois. La terre, et le feu qui réside en so sein , considérés comme un seul et même être , avaient pour attribut une colonne^. D'un autre côté, nous sa-

qui sort des ténèbres » : en effet , du sein ténébreux de la terre il est produit à la lumière du soleil. La limite ou la ligne qui sépare la lumière et les ténèbres est une idée fondamentale dans la religion de Milhras. Foj. ci-dessus , p. SSa.sq.

ï Xénophon. Cyrop., I, 6, i. Conf. VII, 5 , 56.

2 Dionys. Halic. A. R. II, 66 , p. 876 sqq. , Reisk.

3 On en trouvera, par la suite, des exemples nombreux. Nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ici et le lingam-colonne de l'Inde (yoni-lingam, ci-dessus, p. 147, 149 sq.) , et Osiris ou Bacchus dans la colonne, colonne même (Trspijctovtoç, crruXoç, ci-après^ liv. III, chap. 2 ; et vol. II, liv. VII), et la colonne de feu qui marchait devant le peuple d'Israël. Conf, Clem. Alex, Stromat. , I, p. 349, p. 4 '8 ^ Potter.

vons que les obélisques, tels que Mithras en éleva dans la ville du Soleil, étaient consacrés à cet astre, dont ils représentaient symboliquement les rayons ^. Les obélisques sont des colonnes qui s'élèvent en pointe : au contraire, la colonne deMycènesva s'asioindrissant vers la base. Il est possible que l'antiquité si naïve ait voulu figurer par-là le feu terrestre s'élançant de son foyer, dans une forme et dans une direction opposées à celles des rayons solaires; de telle sorte que la colonne en pointe faisant allusion à Mitbras ou Zeus , le feu céleste, dans son action féconde sur la terre, la colonne renversée exprimait, par opposition, Mitra-Hestia épancbant son feu terrestre. Indépendamment des quatre boules ou spbères dont la colonne de Mycènes est surmontée, et qui sont placées entre deux tablettes ou abaques, on remarque au-dessous trois anneaux. Or, nous savons que Mitbras était appelé le dieu triple 2, et l'empereur Julien, cherchant à rendre compte de cette épithète de sa divinité favorite, nous parle d'une triple énergie de Mithras, qui par trois fois prodigue à la terre ses célestes bienfaits ^ : ceci rappelle les trois saisons dans lesquelles se divisa long-temps l'année des peuples anciens. D'ailleurs le triangle est le signe delà fécondité, comme le carré l'image de la nature sensible ^. Archytas

' Obeliscos Solis niimini sacratos. Radioriim ejtts argiimenturn in efjigie est. Plin. H. N. XXXVI, ^; et ci-dessus, p. 367, note 2.

' TptTrXàoioç, triplex. Dionys. Areopag. , Epist. VII, a, p. 91, (lorder., et la scholie de Maximus, ibid.

3 Julian. Orat. IV, p. i38 , Spanh.

^ Valckenaer ad Herodot. , III, a8. Jo. Lyd. de mens., p. 87. — < Le carré et 1« nombre quatre ont rapport aux quatre éU-jnens, ut, du

représentait celle-ci par le symbole du cercle ou de lii| sphère, et il est même question de quatre actes de puissance génératrice jusqu'à l'entier développement dëj corps organisés ^ Les trois cercles paraissent donc relî tifs au triple Mithras, et les quatre globes à Yénusri mère de la nature; et, en effet, Mithras le Démiurge le maître de la création est placé sur le taureau, sigi de Vénus. D'un autre côté, l'antique maison des roi d'Argos honorait d'un culte particulier une Vénus ni cép/iore (qui donne la victoire) ^. Il est donc probabl<e qi les trois cercles et les quatre globes du bas -relief Mycènes ont trait à la conjonction de Mithras gêné» rateur avec Vénus la grande mère et la victorieuse^ qu'ils représentent, par un double symbole, Mithn Mitra dans leur union féconde^.

Passons au symbole du lion placé aux deux côtés de la colonne ou de l'autel du feu. La première idée qu'il présente est celle de la nature même de cet animal, en quelque sorte toute de flamme. D'ailleurs, sous le point de vue astronomique, le lion zodiacal, dans lequel le

plus, aux quatie principes de l'âme : aussi étaient-ils dédiés nonseulement à Vénus (la Nature), mais à Hermès (l'esprit), comme le prouve un autre passage de Jean le Lydien, cité dans la note suivante. I>e triangle n'a pas moins de sens: et il était consacré à Minerve. Tout cela se retrouve chez les Hindous et chez les Egyptiens. Conf. liv. I, et liv. lll, passùn. (J. D. G.)

* Jo. Lydus , de mens. , p. 21 sq.

2 Pausan. , II , Corinth. , ig.

3 Le nomhre 7, résultat de 3 et 4 , était consacré à Mithras. Scholiast. Platon. , p. 77, Ruhnken. — Il faut comparer à ce hasrrelief la figure représentée dans notre planche XXIV, laS. Cc/2/. rExplic. des pi. ^tla note 7 sur ce liv. , fin du vol. (-T. D. G.)

soleil parvient à sa plus grande hauteur, est encore l'emblème naturel de la puissance ignée qui réside aux oieux. Mais, si cette puissance est créatrice et bienfaisante, elle est aussi dévorante et destructrice. Mithrassoleil, le dieu-lion, quelquefois sous la figure d'un homme à tête de lion , exerce l'un et l'autre pouvoir ^. Quant aux deux lions de Mycènes, gardant la colonne chargée des attributs de Mithras eîde Mitra-Vénus, ils paraissent être la simple personnification de la force active et passive de la nature dans le signe du lion , époque de l'année où le soleil brûlant pénètre le plus profondément l'enveloppe terrestre. Les Léontiques, degré des mystères de Mithras , en disaient sans doute davantage à ce sujet. Pour nous résumer, nous regardons la porte de Mycènes comme ayant été consacrée à Mithras, lion de feu. Observons, au reste, que le lion se retrouve plus d'une fois dans les bas-reliefs mithriaques; et, en effet, un ancien nous parle de Mithras homme-lion, domptant le taureau à l'entrée de sa caverne ^.

^ Luctatius in Statii TheLaïd. , 1 , 716 sqq. , ib. Barth. Est enim in spelœo, Persico habitii , leouis uultu ciim tiara , iitrisque manibiis bovis coinua compriinens. Et il ajoute : Sol enim lunam minorem potcntia sua et hitmiliorem — cornibus torquet. Cunf. Beger, Tliesaur. Braudenb. , I , p. 146. L'on connaît déjà Vichnou homme-lion (^Narasingha , ci-dessus ^ p. i85 sq.), et le livre suivant (Ul,passim) montrera, en Egypte, plusieurs symboles analogues.

^ Vqy, ci-dessus, p. SSy , 36o , el ibi note 3. Couf. note précéd. — Le type primitif , comme nous l'avons vu plus haut (p. 355), est un jeune héros terrassant un taureau et l'immolant; on l'a expliqué quelquefois par le laboureur qui subjugue la terre et l'oblige à produire en creusant son sein (Beger, ubi sup.) : c'est Dschemschid avec son glaive d'or dont il fend la terre. {Ci-dessus , p. 335.) Le lion ou

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Un surnom singulier donné à Mithras réclame encore (le nous quelques explications. Ce dieu est appelé voleur de bœufs \ Le bœuf, en général, est l'emblème de la génération, à laquelle Mithras préside comme Démiurge*. On a pensé avec raison que cet autre titre exprime l'action du feu qui pénètre insensiblement et successivement dans la matière pour la féconder 3. Ajoutons que Mithras, Ized ou génie du soleil dans le signe équinoxial du taureau, dérobe secrètement et l'un après l'autre aux ténèbres, pour les produire à la lumière, le jour, le mois, la portion quelconque de la durée. Des noms et des allégories semblables , chez les Egyptiens et chez les Grecs, nous fourniront, dans la suite, l'occasion de développer cette idée ^>,

La suite de cet ouvrage nous fera retrouver également

rhomme à la tête de lion, c'est le soleil parcourant ce signe; et quant au taureau ou à la vaclie , qu'il soumet, c'est tantôt la terre, tantôt la lune domptée et fécondée par le soleil. Parfois , au lieu de Mithras-mâle (Sol invictus), on voit un personnage femelle, avec des ailes , frappant le taureau (pi. XXVII , i34) : c'est alors Mitrafemme, Vénus-Uranie ^Hctoricuse. (Ci-dessus, p. 374.)'

ï Porpliyr. de antr. Nymph. , cap. 18, p. 18, f^. Van Goens, p. 108 sq. Jul. Firmic. de Error. prof, relig. , p. 3. Commodianus, p. i3.

* Ci-dessus , p. 353.

3 Philipp. à Turrè, u&isitj?., I, p.iQo; III, loo.

4 Hercule et Thésée sont aussi ^voleurs de bœufs. Il n'est donc nullement vraisemblable , comme l'ont prétendu Zcëga [AbhandL, p. t3i sq. ; p. 4o4) et d'autres, que ce titre donné à Mithras soit une fiction des écrivains du christianisme. J^oy. vol. III, liv. VIII. — La lune et le mois sont désignés allégoriquement par les noms de bœuf et de ^eau (êcu; et p.oaycç, Proclus in Hesiod. , p. ifiS; Eustath. ad Odyss. XIX , 307), et l'on se rappelle les années ngurées par des vaches dans la Genèse.

RELIGION DE TA PERSE. C îî A P. V. 3^7

dans le mythe de Perse'e, fondateur de Mycènes, tons les élémens principaux du grand symbole de Mithras, transplanté de bonne heure sur la terre de Grèce, comme en fait foi l'antique et vénérable ruine que nous venons d'explorer. De nouveaux et nombreux développemens empruntés à des légendes non moins anciennes dans leur fond , quoique déguisées sous des , couleurs locales, mettront dans la plus complète évidence l'identité de ces deux personnages. Déjà nous allons voir, dans le livre subséquent, Mithras reparaître une première fois en Egypte , sous les traits de Phamenophis- Memnon ^

II. Peut-être ne serait-il pas trop hardi de conclure, dès ce moment, qu'un même symbole dont la double racine semble tenir d'un côté à l'Inde, de l'autre à l'Assyrie, pénétra fort anciennement dans les religions de la Perse et de l'Egypte tout ensemble : ce fut, sans doute, de l'Asie antérieure, qu'après avoir subi des transformations diverses, il passa dans la Grèce sous un nom qui rappelle la contrée où l'on crut depuis qu'il avait pris naissance 2. En effet, la Perse devint comme sa seconde

' Ci -après, Hv. III, chap. 8; et vol. II, llv. IV; vol. III, 1. VIII.

2 Si nous comprenons bien la pensée de M. Creuzer, son opinion revient, en grande partie, à celle de M. de Hammer, qui cherche dans l'Inde l'origine de Mithras et de ses mystères : ce qu'il y a de sûr, c'est que le nom de ce dieu est sanscrit aussi bien que zend, et , dans les deux langues, exprime à la fois le soleil et l'amour ; que, de plus, Mithras ou Michra on Mitra {melier , jni/u'r, mihr) a des rapports frappans avec plusieurs des incarnations de Vichnou, mais particulièrement avecCrichna et Bouddha. {Ci-dessus, liv. I, chap. 3, passim, et surtout pag. 196, note; 219 sq. , note; 296 sq.) Du reste.

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patrie; c'est là qu'il grandit, se perfectionna et revêti enfin son caractère le plus^ pur et le plus beau, un caractère tout idéal. C'est ainsi qu'il figure dans la doctrine attribuée à Zoroastre, ce divin réformateur de la religion d'Iran.

Le monde, est-il dit, tel qu'il fut produit du sein de l'Eternel, était lumière. Cette lumière s'obscurcit. Alors vint l'opposition et la lutte, le combat de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal. Ce combat, comme l'opposition dans laquelle seule le monde subsiste, est fini , de même que le monde. A la fin de la grande année, il se terminera dans l'amour et par sa médiation. Cet amour, ce médiateur, c'est Mitra- Mi thras. L'Éternel (Zervane-Akerene) créa, par le moyen du Verbe vivant (Enohe-veribe, Honover), la lumière céleste et le feu céleste, principe de la lumière matérielle et du feu matériel. Parmi les agens de la lumière matérielle, le soleil est le premier, le soleil, reflet de la céleste lumière et son ima<ie sur la terre. La lumière céleste est la source de vie, le principe de tout bien dans la nature ; elle est , de plus , l'étincelle divine qui, au moral, nous anime à toutes les grandes actions. Partout, dans le temps, se représente l'opposition, partout le combat : le jour lutte avec la nuit, la moitié lumineuse de l'année avec la moitié ténébreuse; et de même la vertu a ses guerres

la souche antique et primitive, soit du culte de Mithras et de toute la religion des Perses avec lui , soit du viclinouïsme , est évidemment le sabéisme, identique, au fond, avec le sivaïsme de l'Hindoustan. Conf. les notes sur ce livre, à la fin du vol. , passim.

périodiques avec le vice , les bons avec les méchaiis. L'Eternel n'a pu vouloir que la lumière : toutefois le monde vient de lui et il ne saurait l'abandonner. Le soleil combat et lutte , et chaque jour, chaque année, il remporte une victoire nouvelle; il se purifie continuellement des souillures que lui ont imprimées les ténèbres. Mais comment le soleil combat-il et parvient-il à se purifier? par le rayon céleste, par la portion de lumière intelligible qui est et brûle et triomphe en lui. C'est ainsi que peu à peu les ténèbres cèdent et sont absorbées par la lumière. D'un autre côté, le bien lutte perpétuellement contre le mal; deux esprits, l'un bon (Ormuzd), l'autre mauvais (Ahriman), se livrent un terrible combat. Mais Je bon esprit a pour lui le médiateur, son auxiliaire, son protecteur divin, son génie ; et insensiblement le mauvais esprit est entraîné , ramené vers la source de lumière, jusqu'à ce qu'il s'y pinifie et s'y métamorphose. C'est par l'amour et dans l'amour que l'Eternel résout et concilie toute antinomie, toute opposition, toute division née dans le temps : l'enfer aussi a sa fin. L'Eternel reçoit dans son sein le monde entier, le monde impur et mauvais, mais lorsqu'il s'est purifié de tout vice, qu'il s'est, en quelque sorte, transfiguré dans le bien et dans la lumière. Quel est donc l'agent de ce grand œuvre? quel est l'auteur de cette métamorphose universelle? C'est Mithras. Mithras est le bon, comme Zervane Akerene l'excellent. Il est l'amour, et l'amoui* est son nom. Dans son rapport avec l'Eternel, il est le soleil de grâce; dans son rapport avec Ormuzd et Ahripian , il est le feu d'amour; dans la nature , il est le pro-

tecteur et le purificateur du soleil ; vis-à-vis de l'homme , il est encore le purificateur ou le réparateur. Partout, sous tous les points de vue, il est médiateur. Comme esprit de l'intelligible lumière, il est le fils du Verbe qui donne la vie. C'est lui qui proclame le Verbe ou la parole divine, et il réside en ceux qui la publient, dans les saints prophètes. Il préside aux initiations et à l'Ordre de salut; il est dans les législateurs, dans les héros et dans les rois; dansDschemscliid, le héros du soleil, qui porte l'épée d'or et le cercle de l'année ^ ; dans Féridoun, qui triomphe de Zohak, et, à l'équinoxe du printemps, assure la victoire du droit sur l'injustice; dans Gustasp, qui contemple la splendeur de l'étoile d'or (Zoroastre), et reçoit des mains du prophète la parole de vie; dans Khoresch (Cyrus), le roi sacré du soleil. Dans ces héros il est héros, il est un fort Ized; dans ces hommes il est homme, il est Mithras. Il est aussi dans le soleil qui

^ Dschemschid est à Mitliras , chez les Perses , ce que Bala-Rama est à Criclina, chez les Hindous. Si Mithras a des rapports avec Persée, il en a certainement aussi avec Hercule : il porte le glaive, la lance, l'arc et les flèches, mais surtout la massue, arme favorite du héros thébain comme du héros hindou. Dschemschid est encoie l'Achemenes des Grecs, fils de Persée , c'est-à-dire de Mithras, selon leurs vieilles légendes : Perses , Achemenes , Dschemschid , c'est tout un, c'est le fils de Mithras, c'est Mithras lui-même , héros ou roi , une incarnation de Mithras , un Dieu-homme. Si l'on compare avec soin le beau résumé de M. Creuzer et le chap. 3 du livre I, cidessus, on demeurera convaincu que Mithras est Vichnou sous tous ses points de vue, dans toute la suite de ses incarnations; il a également des traits et de Siva et de Brahmâ. Faut-il s'en étonner ? l'un de ses noms n'est-il pas le dieu triple ? Conf, 'von Hammer, Wien, Jahrb. derLitter. B. X. S , aSa sqq. , et les livres suivans déjà cités plus haut.

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dévore les ténèbres et consume les insectes malf'aisans. Mais dans la douce chaleur de cet astre, dans sa vertu nourricière , c'est Mitra , c'est Vénus>Uranie qui paraît. De même, dans l'œuvre de la réconciliation, dans l'office du médiateur, c'est la tendre mère d'amour. L'œuvre de l'amour s'accomplit dans la plénitude des temps, dans la grande année du monde, formée de douze mille années solaires. Il s'accomplit sur la ligne qui sépare en deux moitiés égales la lumière et les ténèbres; il s'accomplit tous les ans à l'équinoxe; à l'équinoxe du printemps, dans le signe du taureau. Les années sont des taureaux (ou des bœufs); les années du monde sont les taureaux du monde. Le monde ténébreux, avec sa voûte parsemée d'étoiles, ressemble à une grotte qu'éclaire un jour douteux. Tous les ans, à l'équinoxe du printemps, Mithras, le génie du soleil, immole en l'honneur de l'Éternel le taureau de l'année : c'est un sacrifice offert par le soleil vainqueur. A la fin de la grande année, le médiateur offre à l'Eternel le sacrifice d'amour et de victoire. C'est le signal de la consommation des temps, le gage de la victoire du bon. Le Verbe est le fils de TEternel , la vie, l'amour; il est le médiateur et le. réconciliateùr.

Et toutefois, tant est périssable chez les enfans des hommes tout ce qui vient de Dieu! cette doctrine de lumière elle-même s'obscurcit avec le temps. Le fanatisme et l'erreur s'emparèrent des mystères de Mithras , et des victimes humaines tombèrent dans les grottes ténébreuses consacrées à ce dieu. Cependant les philosophes grecs recueillirent de bonne heure la plus précieuse

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étincelle du feu divin , et cette liimière céleste bril' de sa plus vive splendeur dans le christianisme. L nouveau Testament nous montre le bon et le mauvais côté. La pure lumière resplendit dans l'étoile des Mages venus de l'Orient pour adorer le Christ en son berceau : la lumière est obscurcie par les Mages, par les faux prophètes ^.

C'est ainsi que, dans sa troisième épîtie adressée aux Ephésieiis, saint Ignace s'écriait : «XJne étoile a paru dans; les cieux au-dessus de toutes les étoiles-, et sa lumière était ineffable , et son éclat nouveau a excité l'étonnélîient; et toutes les étoiles, avec le soleil et la lune,; se sont rangées en chœur autour de cette étoile. Ef répandait sa lumière sur toutes les autres , et l'on demandait avec admiration, d'où vient celte incompr hensible essence à laquelle nulle au^re n'est com rable? Par-là toute Magie fut détiHïité; p^r-là tous liens du mal furent brisés, 'l'igrit^rancé extirpée, 1' tique royaume anéanti, depuis qu'un Dieu-homme par.u pour le renouvellement de la vie éternelle ^. «

» Matth. II , r sq. Acta Apostol. XIII , 6.

' Ignatii Epistol. ap. Ittig. Bibliotli. patrum Apostol., p. 4o.

FIN DU LIVRE SEfc'bï^:^

RELIGION DE UEGYPTK

Coup d'œil sur l'Egypte; vues sur l'origine et l'essence de la religion égyptienne.

Ij'Égypte, telle que nous la représentent les écrivains et les voyageurs de l'antiquité, telle que nous la retrouvons aujourd'hui encore dans ses gigantesques et mystérieux monumens, chargés d'emblèmes et d'images de tout genre, qui ont résisté à tant de siècles; l'Egypte, tour à tour élevée et rabaissée par les observateurs et le^ philosophes, et maintenant peut-être sur le point d'être mieux connue qu'elle ne le fut jamais , offre à nos regards un spectacle aussi grand que singulier, à notre pensée un profond sujet de méditation et de recherches. Des prêtres à côté ou au-dessus des rois, et avec eux véritables propriétaires d'un des pays les plus richement dotés , les plus favorisés de la nature et du ciel ; une élite d'hommes révérés presque à l'égal des dieux, dont ils sont les interprètes , chargés de la conduite ou de la direction de toutes les affaires importantes, et pouvant néanmoins consacrer une grande partie de leur temps à la spéculation et aux travaux scientifiques, tel est à

* Foj-ez, sur les sources et monumens auxquels se réfère le livre III tout entier, la note i^e sur ce livre, à la fin du vol. (J. D. G.)

peu près le tableau que nous tracent, même à l'époque des Romains, de savans voyageurs ^ Le domaine tout entier de l'esprit, la sphère des connaissances au point où elles étaient parvenues alors, et depuis les plus hautes jusqu'aux moins précieuses, étaient leur partage exclusif. Ils formaient en Egypte la seule classe vraiment civilisée, et tout ce qui suppose un degré un peu élevé de réflexion et de savoir était leur ouvrage. C'est d'après leurs ' plans que furent construits ces temples et ces édifices qui ont fait l'admiration de tous les âges; que furent exécutés ces grands travaux auxquels l'Egypte était en partie redevable de sa fertilité et de sa sûreté. Ils étaient naturalistes, médecins, astronomes, astrologues, devins, etc., enfin ministres de la religion dans un sens spécial.

Mais cet ordre politique si remarquable, cette civilisation trop vantée peut-être , mais aussi trop déprimée, cette religion qui faisait la base de l'Etat, avaient eu leur commencement : il est naturel de se demander par quelles causes, sous quelles influences, et ces institutions et ces idées , et ces mœurs et ces lumières s'étaient développées , avaient pris leur essor : un regard jeté sur la terre antique des Pharaons pourra nous éclairer sur ces questions importantes, et servira d'introduction à notre tableau du système religieux de l'Egypte.

• Foj. , dans la note 2 sur le livre III, fin du vol., les éclaircissemens les plus nécessaires sur l'état physique de l'Egypte ancienne , «nr ses institutions politiques et civiles, les époques principales de son histoire, et principalement sur l'organisation , les attributions ^ etc., de la caste sacerdotale. (J. D. G.)

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La nature et l'histoire nous l'attestent ensemble : l'Egypte dut être et fut jadis en grande partie un pays de nomades; de nos jours, elle est presque redevenue la proie des Bédouins. Des rois pasteurs mirent en péril sa civilisation déjà très-florissante, et les enfans du désert vinrent l'agiter de nouveau à diverses époques. Toutefois des bateliers et des pêcheurs se fixèrent de bonne heure sur les bords de son fleuve créateur. Or l'eau , les animaux et les plantes qui y vivent, sont les premiers objets de l'adoration ou du pêcheur ou du batelier. Pour le pasteur, il ne connaît rien au delà de son troupeau , des animaux qui le composent, et du chien qui le surveille : tout est là pour lui, comme pour le Bédouin dans son chameau et dans son cheval. Que l'on réfléchisse maintenant sur l'ordre si constant et si régulier de la nature dans ces climats tropiques. Chaque année, les eaux du Nil s'épanchent et se retirent à des époques marquées; l'ibis, le crocodile, les divers serpens forment, chaque année, son cortège; la timide gazelle fuit dans le désert à son approche; le soleil et la lune sont les éternels régulateurs de ses inondations, si bien qu'on pourrait l'appeler leur satellite terrestre'; enûn , la mer brûlante des sables de la Libye et de l'Arabie fait un contraste frappant avec la vallée du fleuve, où l'humidité s'unit à la chaleur pour féconder cette heureuse terre.

Quiconque saura peser toutes ces circonstances et

* Les Égyptiens lui donnaient, en effet, ûii nom fort analogue; celui de mime du ciel : OeoTrXaiTCÎim , tw Xo-yw tov NeïXov At-^6irTioi, wç àvTtjxtjxov crùpavo'j -ye-^ovoTa. Pbilo, de Vita Mosis , III, p. fiSa; p. 164, M an g.

connaîtra i'oinpire que des causes ou des influences pliysiques de ce genre ont de tQut temps exercé sur les croyances des peuples, ne pourra douter que, dans l'origine , les dieux des tribus établies en Egypte n'aient été à peu près les mêmes qui se retrouvent chez les premiers habitans des côtes de la mer de Syrie ; chez les hordes qui vinrent pour la première fois animer les forêts solitaires de Dodone ; et de nos jours encore chez les peuplades nègres de l'intérieur de l'Afrique. Toute la croyance religieuse de ces Égyptiens primitifs peut se rapporter à trois points principaux dont se composait son essence : en premier lieu, un véritable fétichisme consistant particulièrement dans le culte rendu aux plantes et aux animaux; mais de tous les fétiches, le plus grand et le plus révéré, c'était le Nil lui-même. En second lieu^ le culte des astres, l'adoration du soleil, de la lune et des planètes. Enfin, un commencement d'anthropologie; l'âme humaine supposée durer dans sa force et dans son action aussi long-temps que le corps conserve lui-même sa figure.

Et cependant les plus anciens récits historiques ne nous présentent point l'Egypte dans cet état de barbarie où vivent lès peuplades de pêcheurs et de pasteurs. Le premier livre de Moïse nous montre Memphis comme une capitale, séjour des rois et centre de la prospérité qui est le résultat ordinaire de l'agriculture en honneur et d'un ordre politique régulier. Déjà cette ville attire à elle les caravanes étrangères; déjà paraît une civilisation raffinée; déjà même la corruption, compagne du luxe. Or, quand Memphis atteignit à ce haut degré de splendeur,

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il semble que déjà Thèbes fi\t en décadence. Toutes deux sont les sièges de dynasties royales; une hiérarchie toute-puissante domine également à Thèbes et à Memphis. Ces rois et ces prêtres , issus d'une race étrangère et supérieure , et d'un plus noble sang , sont aussi les auteurs de cette civilisation si avancée. C'est par eux que les hordes errantes et les familles isolées de pécheurs furent jadis rassemblées, fixées, et apprirent à former, par leur réunion sous des lois constantes , un état tbéocratique. Ainsi l'on vit mûrir sur la tige sauvage de la vie nomade ce noble fruit de la civilisation , fille de l'agriculture.

Mais l'arbre antique ne put être complètement métamorphosé : on pouvait bien resserrer, liet étroitement l'un à l'autre les élémens divers dont s'était jusque-là composée l'existence des Egyptiens; on ne pouvait ni les détruire, ni les changer tout-à-fait. Chaque tribu conserva son caractère, son esprit, sa manière de vivre. De là cette distinction profonde des castes en Egypte; de là cet abaissement des unes, livrées , dans la misère de leur genre de vie et dans la grossièreté de leurs mœurs, à une adoration presque matérielle qui rapp<eUe l'ancien fétichisme; pendant que les autres, dans leur rapide essor vers la civilisation , s'élevèrent par l'abondance et par tous les biens qu'elle mène à sa suite, aux plus hautes clartés de l'intelligence.

Tel est le point de vue sous lequel nous devons considérer et la législation sacerdotale et toute la vie religieuse des anciens Égyptiens. Deux grandes idées y dominent, ou, pour mieux dire, embrassent dans leur

vaste sein cet important sujet : Osiris et Hermès y voilà leurs noms. Le développement de ces deux idées fondamentales nous donnera, d'abord, le vivant modèle du roi par excellence, en nous montrant quel est et quel doit être , dans l'opinion de l'Egyptien , un véritable Pharaon; en second lieu, l'idéal du Prêtre, ministre de la science et de la religion , dont les profondeurs les plus intimes se révéleront à nos regards dans l'être mystérieux appelé Hermès. Du reste , le cbamp de nos recherches s'étend depuis la plus haute antiquité jusqu'à l'époque de la domination romaine en Egypte; en effet, aussi long-temps que la religion nationale y conserva une étincelle de vie, Osiris et Hermès ne cessèrent pas d'être regardés comme les divins modèles des rois et des prêtres. Tous les raonumens de l'histoire en font foi'. Essayons d'expliquer ces deux grands symboles : nous y découvrirons ce lien merveilleux qui unissait si étroitenient l'un à l'autre le sceptre des rois et le bâton sacré des prêtres , dans l'antique monarchie des pharaons; nous y apprendrons tout à la fois quelle fut et la croyance populaire et la doctrine sacerdotale chez les pieux Egyptiens.

* Voj. note a sur ce livre, fin du vol. , § 4.

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