CHAPITRE I
Si.
Du culte de Jupiter, ou du premier être comme Dieu bienfaisant.
Le culte de l'Etre suprême, chez les anciens, était, comme ses titres et ses dénominations, compris dans les trois qualités d'après lesquelles il est permisànotrefaiblessedele concevoir : i°. L'Etre existant par lui-même, et donnant l'existence à tous les êtres ; 2°. L'Etre fort, puissant, juste, le maître de l'univers, qui le dispose et le gouverne; 3°. L'Etre bienfaisant. Ces trois aspects comprennent tous les cultes qui ont été rendus, dans les diverses parties de la Grèce, à Jupiter considéréj sous le rapport général, comme le dieu suprême, comme l'esprit universel. Nous allons présenter ce que l'histoire et les monuments nous ont conservé de chacun de ces cultes.
Il régnait dans les religions païennes une idée générale qu'aucune chose n'était plus conforme
( i88 ) à la nature divine que de faire du bien; et lorsqu'on adorait Jupiter, Pépithète de très-bon précédait celle de très-grand (101). Aussi le culte de Jupiter bienfaisant était plus multiplié que celui de Jupiter très-grand. C'est le même principe que nous avons démontré être l'origine du polythéisme. L'homme, par sa nature, son organisation et ses besoins, a connu les bienfaits de la divinité avant que d'avoir aucune idée de sa grandeur et de sa puissance. Il adora d'abord tous les objets qui conservaient sa vie, et d'où dépendait son existence (102); et lors même qu'il s'éleva à la connaissance d'un esprit universel, son culte conserva l'empreinte de son origine. Il est certain que le caractère distinctif du polythéisme à toutes les époques, c'est que l'homme ne demeure attaché à ses dieux que lorsqu'ils le protègent efficacement : les Albains, transportés à Rome et courroucés contre leurs dieux, quittèrent leur culte (io3). De là vint la croyance générale que le meilleur moyen d'imiter les dieux était de faire du bien, et que jamais l'homme n'approchait davantage de la nature divine (io4). « C'était le chemin de l'Apothéose, dit Pline (io5). » C'est pourquoi les anciens prêtres de l'Etrurie attribuaient à Jupiter deux sortes de foudres : l'une favorable , l'autre
funeste ; ils prétendaient qu'il ne lançait la seconde que par les conseils des autres dieux ; mais que de son propre mouvement, et sans l'avis de personne , il lançait la foudre favorable (106).
Du culte d'Ainmon , prototype de Jupiter , considéré comme Dieu bienfaisant chez les Egyptiens , et adoré par eux sous le nom de Kneph.
Nous avons dit qu'Ammon, grande divinité de Thèbes, était le prototype du Zeus ou Jupiter des religions helléniques. Ce premier être , cet esprit éternel que les habitants de la Thébaïde appelaient Ammon, lorsqu'ils le considéraient comme le dieu existant par lui-même et donnant l'existence à tous les êtres, ils l'appelaient Kneph toutes les fois qu'ils avaient dans la pensée , qu'ils adoraient sa bonté souveraine et infinie, et qu'ils le considéraient sous le rapport de la divinité qui décerne et distribue les biens aux hommes (a).
Suivant Jablonski, le mot nuphis de l'ancienne langue desEgyptiens, que les Cophtes prononcent aujourd'hui anuphis, signifie proprement bon;
(a) Kneph est bonus et propitius , quatenàs hominibus bona decernit.
Tom. 1. 24
( i9° ) les Grecs le prononcent kmtphis , et par contraction kneph. Les théologiens de l'Egypte disaient que Knuphis était l'esprit divin , spiritus naturœ divinœ, non créé et immortel; l'esprit universel du monde entier qui lui doit sa naissance; l'âme du monde qui le pénètre et le vivifie, qui l'embrasse, le maintient et le conserve , qui donne aux hommes tous les biens dont ils jouissent : ce que signifie son nom lui-même. Kneph n'était donc qu'une des formes sous lesquelles la haute Egypte adorait le dieu Ammon : il ne doit donc pas en être distingué, ce Kneph, dit Plutarque, était le dieu qu'on adorait particulièrement à Thèbes. » Ce sont les Grecs modernes d'Alexandrie qui ont fait, de trois noms de la même divinité Ammon , Kneph et Phta , trois dieux distincts-, « Cette distinction inepte , dit Ja~ blonski, est due à l'ignorance des nouveaux platoniciens et pythagoriciens qui, ne sachant pas la langue égyptienne, ne pouvaient pas discerner les noms propres des divinités, de leurs surnoms et de leurs épithètes ; et qui ne donnaient jamais une juste interprétation des noms des divinités de l'Egypte. )) Les monuments, nouvellement découverts en Egypte, prouvent la justesse de cette observation de Jablonski que Kneph ne doit pas être distingué d' Ammon.
( '!)> ) Dans le principe les Egyptiens adoraient dans
Kneph, le Nil qui, par la fertilité dont ils lui étaient redevables, était pour eux le type de la bonté et de la bienfaisance divine ; aussi donnaient-ils au Nil le nom de Knuphis ou de bon génie , agatho-démon (a). La superstition des Egyptiens clonrîait aussi le nom de Knuphis aux taureaux sacrés qui étaient les symboles du Nil (107).
Les grands monuments d'Egypte nous offrent fréquemment, parmi les attributs qui accompagnent les images de Kneph , trois grands vases portés sur de petites constructions en bois encore en usage dans le pays; ils sont ordinairement surmontés de tiges et de fleurs de lotos. Ce groupe de trois vases était le symbole du plus grand des bienfaits du Demionrcjos et du fleuve son image terrestre envers la terre d'Egypte (108). Et en effet les Egyptiens, en avançant dans leur civilisation , et en prenant des idées religieuses plus élevées , finirent par considérer le Nil comme une image sensible d'Ammon-Knouphis. Le fleuve ne fut pour eux qu'une manifestation réelle de ce dieu qui, sous une forme visible,
(a) Magnum delta dicitur idrjuxta quod divertàur magnusfluvius, diclus agatho- démon. ( Ptolem. Geog. lib. iv, cap. xv. )
( *92 ) vivifiait et conservait l'Egypte; c'est pourquoi
les Grecs qui avaient recueilli les doctrines égyptiennes ont appelé le Nil, le Jupiter -Egyptien, et Homère le qualifie de Diipetês à jove jiuens. Un des titres les plus habituels de Kneph était celui de Seigneur des inondations , et on lit, sur plusieurs inscriptions de Thèbes, une légende portant qu'il présidait à l'inondation du Nil. D'après l'ancienne théologie des habitants de Thèbes , Aramon lui-même était regardé comme l'auteur des inondations du Nil, parce qu'à dater de l'entrée du soleil dans le signe du bélier, non-seulement ils attendaient mais ils commençaient à compter les crues du Nil ; nouvelle preuve de l'identité d'Ammon et de Kneph : aussi les images de Kneph portent souvent dans leur légende hiéroglyphique le nom d'Ammon. Ammon-Knouphis, le Jupiter- Nilus des Grecs, était le premier et le plus grand des dieux adorés aux cataractes (#).
Les Egyptiens représentèrent Kneph sous le symbole du serpent(iop,). Les médailles frappées en Egypte le donnent sous cette forme avec l'inscription agatho- démon, bon génie (no). Ce
(a) Le trône. Recherches pour servir à V histoire de V Egypte pag. 36;.
( M)3 ) n'est pas un génie comme l'entendaient les Grecs,
c'est-à-dire une divinité d'une nature inférieure
et souvent fictive ou imaginaire, mais l'esprit
divin, l'esprit universel du monde entier, auteur
de tous les biens (m).
Lorsque Kneph était représenté avec une face humaine, il portait, comme Ammon, l'aile royale, alani regiam, qui était le signe de la puissance bienfaisante, parce que les animaux protègent, couvrent leurs petits de leurs ailes (il 2.)
Le Démiourgos égyptien Knoupliis, considéré comme le Nil céleste et comme la source et le régulateur du Nil terrestre, est très-souvent figuré dans les bas-reliefs des temples, sur les cercueils et les diverses enveloppes des momies. Partout il se montre tel qu'Eusèbe décrit Kneph à tête de bélier qu'adoraient les habitants tl'Eléphantine (a). Le dieu est assis sur son trône, toutes ses chairs sont bleues et souvent vertes comme celles d' Ammon. Un grand disque porté sur des cornes de bouc, symbole de la force génératrice , surmonte sa tète, au-dessus de laquelle se dresse un grand serpent, Urœus, emblème de la suprême puissance de vie et de
(a) Euseb. Prœp. evang. lib. m, cap. xn.
C ^94 ) mort que cette divinité exerce sur tous les êtres.
Sa main droite tient le signe ordinaire de la vie divine ; la gauche est élevée en signe de protection. Dans plusieurs de ces représentations, le dieu tient dans sa main un grand vase d'où sortent deux filets d'eau. Les Egyptiens plaçaient ce vase à côté des images de Knouphis («), et on le retrouve, parmi les attributs de ce dieu, sur une foule de monuments. Souvent le dieu est placé sur une barque, il est accompagné de l'une des légendes hiéroglyphiques : Deiis effundens, Deus effusus, Deus magnus effusus. Les mômes légendes se trouvent très-souvent inscrites à côté d'un scarabée , ayant deux grandes ailes déployées , image symbolique du Démiourgos (Z>).
Jupiter donnant aux hommes le bienfait de la civilisation. — De la fable des Titans et des Géants.
Les traditions, qui nous ont été transmises par les anciens, présentent d'abord Jupiter donnant aux hommes les bienfaits de la civilisation. Il
(«) Euseb. Piœp. evang. lib m, cap. XII. (ô) Champollion. Panl ègyp.
(i95) arracha les peuples à la barbarie en les soumettant au joug salutaire des lois. Il donna des règles iiN.es pour le mariage, établit le culte des dieux, éleva des autels, fonda le sacerdoce et les cérémonies religieuses, apprit aux hommes que tout était gouverné par la providence divine. Il dissipa les ténèbres* cfe l'igorance, civilisa les peuples, leur fit prendre un genre de vie plus doux, leur inspira des sentiments d'humanité, leur enseigna les arts utiles, et donna plus de splendeur aux choses humaines. Diodore de Sicile ajoute que Jupiter a été mis au rang des dieux , à cause des services qu'il a rendus aux hommes et surtout aux Athéniens. Si, à ce dernier trait , on reconnaît dans Diodore le disciple d'Evhemère, on voit aussi que les traditions qu'il rapporte étaient l'expression allégorique du bonheur que l'agriculture, la civilisation, l'établissement des cultes et des lois ont donné au genre humain en général, et aux Grecs en particulier , et de la reconnaissance qui est due aux dieux auteurs de ces bienfaits. Qiiihus benejîciis agrestes homines ad meliorem vitœ cultum traducti sunt. Personne n'ignore en effet que le premier et le plus grand avantage qu'on ait retiré de l'établissement des religions, de leurs fêtes , de leurs cérémonies et de leurs mystères a été de
( 196 ) rapprocher les hommes sauvages ; cle leur faire
quitter une vie précaire et misérable (1 1 3); de leur faire connaître les avantages de la civilisation; d'adoucir leurs mœurs féroces; de les rendre sociables , et de leur procurer un genre de vie plus digne de l'homme («). C'est pourquoi les poètes et les mythologues de la Grèce ont dit que Jupiter soumit toute la terre plus encore par ses bienfaits que par ses armes ; c'est pourquoi ils ont dit qu'il combattit les géants , c'est-à-dire les désordres qui affligeaient la terre avant l'établissement des lois.
Cette fable des titans et des géants est trèsingénieuse, mais elle est purement philosophique, et elle n'entre pour rien dans le culte religieux des Grecs, auquel elle est absolument étrangère. Platon condamne le langage des poètes qui ont chanté les victoires et les défaites des dieux: il ne les considérait donc pas comme une croyance religieuse. « Ces discours, dit-il, sont durs à entendre , et il n'en doit point être question dans un état religieux et bien organisé ; la divinité est bonne et la source unique de tout bien, il n'en faut parler que selon ce qu'elle est,
(a) Arrian. Comment. inEpict. lih. m, cap. xxi. -- Plut. Delsid. et Osir. --Pausan. In Phoc. ~ Cicer. In leg. lib. il. Verr. act. v. -- Isocrat. Punegyr. Athen. — Aristid. Orut. inEleurin.
sans lui attribuer les malheurs du monde dont la cause, telle quelle puisse être, est ailleurs que dans la divinité (a). » La fable des titans et des géants appartient donc uniquement à la mythologie poétique. Homère est regardé comme le premier poète qui ait parlé des titans ; il en fait des dieux du Tartare dans le serment que le Tartare prête à Junon; et Onomacrite, qui, depuis, emprunta cette fable d'Homère, l'appliqua au mythe de Bacchus dans son poème des orgies de ce dieu (b). La fable des géants, qui est beaucoup plus récente , a été calquée sur celle des titans : le mot titans signifie proprement enfants de la terre. Les géants étaient, comme eux, les enfants de la terre, qui, irritée du malheur des titans, eut d'Uranus les géants. Comme eux , ils combattirent Jupiter et entassèrent l'Olympe et l'Ossa sur le Pélion, pour atteindre le ciel. Les deux fables sont liées l'une à l'autre , elles ont la même source , et présentent la même allégorie ; souvent les mythologues eux-mêmes confondent les titans et les géants. Ce sont ces derniers qui figurent le plus dans les fictions des poètes postérieurs à Homère, et
(a) Plat. De republic. lib. il
(b) Pausan. Arcad. pag. 76, cap. m.
Tom. 1. s5
( M)») surtout dans Apollonius de Rhodes, et dans les
Dyonisiaques de Nonnus. Les philosophes éclectiques et particulièrement Proclus (a) ont voulu faire regarder la guerre de Jupiter et des titans ou des géants comme une fiction mythologique, laquelle exprimait le choc du bon principe contre le mauvais, et la résistance de la matière ténébreuse et du chaos à la force active et bienfaisante qui l'organise; mais ces idées appartiennent à leur philosophie , et nullement à la religion. Les différents aspects sous lesquels les anciens eux-mêmes ont présenté ces fables, les interprétations diverses qu'ils leur ont données prouvent qu'elles ne tenaient en rien aux croyances religieuses qui présentent plus de fixité. Hésiode décrit le combat des dieux et des titans : après la victoire, Jupiter est choisi , par la raison de sa force , pour être le roi suprême des immortels; il épouse la Prudence, Métis, qui le fait père de la sage Minerve, qu'il retient dans son cerveau pour connaître par elle le bien et le mal ; il épouse encore la déesse de l'Ordre , puis la Justice , la Paix et même les Parques ; une autre épouse lui donna les Grâces; il eut, de Cérès, Proserpine,
(a) Proclus. In Tim. pag. 119.
la déesse de l'agriculture, et de Mnémosyne, les neuf Muses (à) : telles sont les suites heureuses de ta victoire de Jupiter. C'est le tableau du monde même, ordonne comme il l'est et conservé dans son état par l'action et la sagesse de Dieu. Le poète a peint les forces de la nature et les attributs de Dieu sous des formes humaines, parce que la poésie vit d'actions , et que , sans cela, la peinture des actions eût été impossible (h).
Tous les poètes ont mis le combat des titans ou des géants à la tête de leur théogonie ou de leur cosmogonie , comme un des premiers événements du monde. Dans la cosmogonie des Chaldéens, dont la connaissance nous a été transmise par Bérose , l'univers , qui n'était qu'eau et obscurité , était peuplé de monstres : Bélus , ayant organisé la nature , fit périr ces monstres. Ces fictions ne sont réellement que l'allégorie de l'organisation du monde. Les titans ou les géants sont encore les phénomènes et les causes inconnues des révolutions qui arrivent ou qui sont arrivées dans la nature. On peignait ces tristes instants de crise avec l'appareil guerrier.
(a) Hésiod. Thèog. vers. 886.
(b) Erat enim non facile agonies alù/uid, et molientes deos,ina!ùlrumfofmarum imitalione Jbrtnare . ( Cicer. De nat. deor. i, 27. )
Les poètes grecs ont placé la guerre des géants dans la Thessalie , où l'on se souvenait que la rupture du mont Ossa et du mont Pélion avait changé la face de cette contrée en procurant un écoulement aux eaux pour se rendre à la mer. Cette rupture est exprimée dans le langage allégorique par Neptune qui, d'un coup de son trident, sépare l'Ossa de l'Olympe pour écraser les géants sous ses débris. Jupiter, armé de ses foudres , poursuit Encélade ou Typhée , et l'écrase sous le poids de la Sicile; l'Etna se trouve sur sa tête : les efforts du géant produisent des tremblements de terre , et son haleine enflammée est la cause de l'incendie de ce volcan («).
La scène de ces combats et de la mort des géants est toujours placée dans des lieux remarquables par des phénomènes extraordinaires ou par de grandes catastrophes (n4)« Dans l'opinion des auteurs de ces détails, ce n'est jamais que l'histoire de la nature. L'histoire de Python , tué par Apollon , n'est que la victoire du soleil sur les mauvaises exhalaisons des eaux du déluge de la Phocide produit par le Céphise, près duquel il fut tué. La Chimère, suivant Pline ,
(a) Ovid. Mclatnorph. liv. u, fab. i.
c'est qu'un volcan Je la Lycie qui ne s'éteint jamais; Plutarque regarde de même la Chimère comme un fait physique j c'est-à-dire comme une révolution causée par la mer et par un volcan dans la Lycie : on l'a dépeinte sous les traits d'un monstre qui vomissait des flammes. Enfin tous ces géants si redoutables et si célèbres par leur audace, leur taille , la multitude de leurs bras et de leurs mains, leurs meurtres, leurs guerres avec les dieux, et la vengeance que ceux-ci en ont tirée, sont autant d'êtres allégoriques qui peignent les maux physiques de toute espèce : les volcans , les exhalaisons pestilentielles , les inondations , les rigueurs de l'hiver (n5), l'éloignement du soleil, le génie du mal, et tous les maux moraux qu'il enfante; ce sont ces géants que domptent Jupiter, Hercule, Mercure, tous les dieux bienfaisants , et tous les héros divinisés. Plusieurs philosophes ont donné le même sens à cette allégorie; Platon lui-même, qui nous apprend qu'elle ne faisait pas partie de la religion des Grecs, voit, dans le combat des géants et des dieux, un emblème sous lequel on a voulu peindre le grand problème du bien et du mal , et rappeler la mémoire des grands accidents arrivés à la nature.
Mais si des savants et des philosophes n'ont
vu, dans les diverses théogonies données par les poètes et dans leurs allégories des titans ou des géants, que des cosmogonies; si le récit de leurs guerres contre les dieux, ne pouvant s'appliquer à aucun événement de l'histoire , ne peint que l'effort de la nature sortant du chaos , ou les grands accidents arrivés sur la terre, ou l'inexplicable phénomène du bien et du mal ; si la victoire des dieux ne leur a présenté que le tableau du monde même, ordonné comme il l'est et conservé dans son état par l'action et la sagesse de Dieu, d'autres philosophes, même parmiles anciens, ont donné à cette fiction une autre interprétation. Suivant Cicéron, la guerre des géants contre les dieux n'est qu'une allégorie de la guerre des passions contre la raison (a). Suivant Macrobe , les géants ne sont autre chose qu'une nation ancienne qui était impie et ennemie des dieux dont elle niait l'existence (Z>). La vérité est que la première idée qui se présente à la lecture du simple récit de la fable des géants est celle de la punition due à l'orgueil et à l'impiété. « Que devons-nous croire de cette espèce d'hommes appelés géants, dit Macrobe (c),
(a) Cicer. De senect.
(A) Macrob. Satura, lib. i, cap. xx. -- Juvenal. Scttjrr, xv, vers. 70.
(c) Macrob. Salum. lib. 1 , cap. xx.
si ce n'est que c'est une race d'hommes impies qui méconnaissent les dieux : voilà ce qui a fait croire qu'ils ont voulu les chasser des demeures célestes. » Les stoïciens mettaient les géants au nombre des êtres forgés à plaisir par l'imagination des poètes etpour le besoin de leurs poèmes («). La notion des géants a existé chez les Juifs (116). La tour de Babel fut bâtie par des géants. Suivant Philon(Z>), Moïse n'a entendu par ces géants que des hommes esclaves de leurs plaisirs, et il prétend que l'entreprise de la tour de Babel, dans Moïse, est une allégorie morale qui représente les entreprises des hommes impies contre Dieu (c). Origène partage l'opinion de Philon (d)\ mais le plus grand nombre des interprètes de l'Ecriture et des pères de l'Eglise n'ont vu aucune allégorie dans les géants de l'Ecriture : ils disent qu'elle entend simplement par le nom de géants des hommes doués d'une grande force de corps (e). C'est ainsi que les Septante donnent le nom de géant au fameux
(a) Senec. Epist. 58.
(b) Philo. De gigantibus. pag. 292.
(c) Philo. De confus, ling. pag. 320.
(cJ)Origen. Apud Gènes, cap. i,wi cat.gr inoctateruch. — Vide apud Theodor. ix, 48, in Gènes.
(e) S. J. Chrysostora. Homil. 22, in Gènes, pag. 252 — Hom. 3o, pag. 422.
( 204 ) Nemrocl. Le nom hébreu gibbor, que l'on traduit par géant , signifie proprement un homme fort et puissant (117).
Des diverses interprétations qui ont été données de la fable des titans et des géants, celle qui la considère comme l'allégorie de l'établissement des dieux étrangers dans la Grèce, et des obstacles qu'avaient éprouvés les ministres de ces dieux, semble avoir pris une grande faveur chez les modernes. Les partisans de ce système remarquent, dans les religions helléniques, trois règnes de dieux très-distincts; ce sont toujours les titans qui combattent pour les dieux régnants, et toujours ils sont vaincus; le mot titans signifie proprement enfants de la terre , c'est-à-dire les naturels du pays, ou les partisans du premier culte de la terre ou du ciel. Ils n'abandonnèrent point ce culte pour celui de Chronos ou de Saturne ; lorsque ce dernier eut détrôné Coelus , et lorsque , dans la suite , les partisans de Jupiter attaquèrent le culte de Saturne , les titans le défendirent : ce sont ces sanglants combats qui ont tant de célébrité dans les fables des Grecs. Saturne fut détrôné et relégué avec eux dans le Tartare par Jupiter. A Gnosse, les titans, fils du ciel et de la terre , combattirent les curetés qui voulaient introduire le culte de Jupiter; les
titans se livrèrent à toutes les fureurs du fanatisme. Jupiter remporta la victoire sur eux, c'est-à-dire que le culte de cette nouvelle divinité fut adopté malgré les efforts des partisans du culte primitif. A Rhodes, ce sont les titans ou les anciens habitants du pays qui s'opposèrent aux innovations religieuses apportées par les telchines, et qui prirent les armes contre eux (#). Les titans, comme les cabires , étaient non-seulement les ministres ou les partisans des dieux des âges précédents , mais ils étaient aussi les anciens dieux eux-mêmes : Sous le règne des titans ou des anciens dieux , dit Hésiode, qui met au rang des titans , le Ciel , la Terre, Saturne , Rhéa , le Soleil et tous les dieux supérieurs dont le culte a précédé celui de Jupiter dans la Grèce (b). Les titans , dans Apollodore, sont : l'Océan, Cœlus, Hypérion père du Soleil, Japet et Saturne, le Soleil et la Lune, les Vents, les Astres (c).
Les titans étaient inconnus aux Égyptiens qui ne désignaient, sous le nom de Typhon, que la stérilité, l'ennemie de la fécondité, la corruption. Ils avaient ainsi personnifié, sui-
(a) Diod Sic. lib. v , § lv.
(6) Hésiod. Tliéogon. vers. ^2^.
(c) Apollod. lib. 1 , cap. 1, §. 1 , 11. Tom. 1. 26
Tant le génie des Orientaux, le vice radical inhérent à la matière, l'imperfection nécessairement attachée aux êtres produits. Loin de l'adorer comme l'égal du premier être , et d'avoir imaginé des combats entre eux, après quelques sacrifices faits pour l'apaiser , les Egyptiens lui faisaient mille insultes s'il ne se rendait pas favorable, c'est-à-dire si les maux qu'ils éprouvaient ne cessaient pas. Il paraît qu'ils exposaient, à F entrée des temples, des figures hideuses représentant Typhon, qu'ils accablaient de coups et d'injures tandis qu'ils chantaient les louanges du premier être («). Norden dit avoir vu un assez grand nombre de ces figures; il en décrit deux qu'il a trouvées à Luqsor (118). Les mythologues et les poètes grecs ont créé un autre Typhon dont ils ont raconté la naissance et l'histoire d'une foule de manières différentes. Il naquit après la défaite des géants par Jupiter qui fut lui-même obligé de le combattre. Les détails de ce combat se trouvent dans Hésiode , dans Apollodore et dans les deux premiers livres des Dionysiaques de Nonnus. Le récit d'Homère est le plus simple; il ne parle pas de combat (119). Des poètes, du
(«) Diod. Sic. lib. 1 , sect. 1 , § xiv.
( ^<>7 ) siècle des PtoléméeSj voulant concilier les fables
égyptiennes avec les fables grecques, imaginèrent la victoire de Typhon sur Jupiter, la fable des dieux elFrayés de voir Typhon escalader le ciel, et leur fuite en Egypte où ils se métamorphosèrent en divers animaux qui étaient adorés dans le pays. L'histoire des titans ou des géants est encore une fable grecque, qui a été appliquée à l'ancienne théologie des Egyptiens par les mêmes mythologues, qui font soutenir par Osiris avec Jupiter la guerre contre les géants (a). Cette fable grecque transportée en Egypte y a reçu de nombreux changements. Quoiqu'il en soit de toutes ces variétés et de toutes ces interprétations, il est certain que cette allégorie des titans ne faisait pas partie du culte , comme le prouve l'assertion de Platon, confirmée par l'absence de tout monument religieux. Plutarque est le seul écrivain qui ait prétendu (Z>) que le voile de Minerve représentait , aux grandes panathénées , les géants terrassés. En admettant ce fait isolé, rapporté par un écrivain qui accueillait avec avidité et sans critique tout ce qui pouvait corroborer son
(a) Diod. Sic. lib. i
(b) Plut. Fit. Thés.
système favori des deux principes, cette peinture pourrait être, avec raison, rangée dans la classe nombreuse des fables dont s'emparaient les artistes , sans qu'elles fissent partie du culte public. Pour l'y admettre, il faudrait des preuves plus nombreuses et moins suspectes.
§ iv.
Culte de Jupiter, père et sauveur des hommes*
Il faut bien distinguer les diverses dénominations des dieux qui nous ont été transmises par l'antiquité : les unes ont été créées par l'imagination des poètes, ce sont celles dont se moque Lucien (a) ; les autres appartiennent véritablement à la religion , elles ont été attribuées aux dieux par l'autorité publique , et elles leur ont été données universellement dans les prières , dans les hymnes et dans toutes les cérémonies sacrées: la plupart de ces noms ont leur source dans les bienfaits de la divinité. Ils peuvent être divisés en deux classes : dans la première, sont ceux qui appartiennent à la divinité, lorsqu'on la considère, sous le rapport général, comme premier être ; la seconde classe comprend les dénominations particulières qui étaient res-
(a) Lucian. In Timon.
( 209 ) freintes à certains bienfaits ou à des attributs particuliers de lu divinité, et qui étaient, pour la plupart, bornés à certains temples. Chez les Grecs et chez les Romains on élevait un temple à la divinité considérée sous ce rapport particulier, à laquelle on donnait le nom analogue à ce bienfait ou à cet attribut. Le dieu était particulièrement adoré sous cenom dans ce temple, avec des cérémonies déterminées qui étaient analogues à cette même dénomination. Jupiter lui-même, quoiqu'il fût le dieu suprême des Grecs, leur Démiourgos, fut considéré, comme les autres dieux, sous des rapports divers, eut différents attributs , et ne fut souvent que Femblême des parties de la nature qui lui furent plus particulièrement affectées.
Le plus ancien de tous les noms de tendresse et d'amour qui aient été donnés à Jupiter , dieu suprême et bienfaisant*, est celui de ipère, pater; et le culte qui lui a été rendu sous ce nom a été le plus répandu, ce Les peuples, dit Dion Chrysostôme («), appelèrent Jupiter, dieu le père, le premier et le plus grand des dieux, le roi universel de tous les êtres raisonnables, et ils érigèrent des autels à ce roi des dieux et des
(«) Dio. Chrysost. Oral. 36.
hommes; ils l'appelèrent le père de la nature dans les vœux et les prières qu'ils lui adressèrent. »
Les dieux ont toujours été regardés comme les auteurs, les conservateurs , les gardiens tutélaires des hommes ; de leur côté, les hommes ont consacré aux dieux des honneurs solennels en raisonde leurs bienfaits, etils leur ont donné desnoms analogues à leur honte et à leur clémence («). Les Grecs appelaient Jupiter , patrem hominum, père des hommes (120), comme ils l'appelaient daiorem omnium. Jupiter a été adoré, sous le nom de clariosy comme distributeur de tous les biens , ce qui est la signification propre de ce mot. C'est sous ce rapport qu'il était encore appelé nemetor (b) ; cela est confirmé par Pausanias qui dit que Jupiter-Clartos était adoré chez les Tégéates en Arcadie (c). Jupitei-Clarios était père de Thémis («?), c'est-à-dire qu'il était la source de toute justice ; sous ce rapport il était appelé dicaspolos, non solivm dans jura , sed juris omnis fons (e).
Les Mantinéens avaient un temple de Jupiter- Epibolis, qui distribue les biens aux mortels. Le
(a) Maxim Tyr. dissert, vi, § 1.
(/>) iEschyl. Sept. Theb. vers. 4qo. — Prometh. vers. 525. (c) Pausan. Arcad. cap. 53.
(il) yEschyl Supl. vers. 363.
(e) jEschyl. Prometh. vers. 186. -- Plutarque a dit : Non pro- J'ecto Jovi justitia adsidct, sed ipse justitia et fus.
culte de Jupiter, père des hommes (121), leur dieu tutélaire, qui paraît avoir été le plus répandu dans la Grèce, est celui de Jupiter- Soter. Les Argiens (#\ les Trézénïens (122), les Égiens (/>\ les Mantinéens avaient un temple de Jupiter-Soter (c). A Epidaure-Limera, il y avait devant le port un temple de Jupiter-Soter (d). Tout auprès du portique d'Aristandre à Mégalopolis, au levant, on voyait le temple de Jupiter- Soter : ce temple était orné de colonnes dans tout son pourtour; Jupiter était assis sur un trône , il avait à sa droite l'image de Mégalopolis, et à sa gauche Diane-Soteira (i23). Dans l'enceinte du Pirée qui était commune à Jupiter et à Minerve, et dont nous avons parlé, on voyait encore du temps deStrabon (e) le temple de Jupiler-Soter, et de petits portiques dont les colonnes étaient ornées de tableaux peints par les artistes les plus célèbres (124). Jupiter-Soter était adoré à Thespies (/*), à Messène (y) , à Corone (A), à
(a) Pausan. Corinth. cap. xx.
(b) Pausan. Âch. cap. xxiii.
(c) Pausan. Arcad. cap. ix.
{cl) Lacon. cap. xxin.
(e) Strab. lib. ix, pag. 606.— Pausan. Allie, pag. 4- --Edit. Clav.
(f) Pausan Bœot. cap. xxvi.
(g) Ibid. Messen. cap. xxxi.
(Ji) Ibid. Messen. cap. xxxiv.
Elis (a) (i25), où il avait des statues, dont parle Pausanias, comme étant remarquables sous le rapport de l'art.
Suivant quelques auteurs grecs, Jupiter fut nommé soier ou sauveur, parce qu'il avait délivré la Grèce des Mèdes. Cependant Jupiter était adoré des Grecs, sous ce nom, bien avant cette époque, comme nous l'apprennent la plupart des temples et des statues dont nous venons de parler. C'était d'ailleurs un fait reconnu généralement par les Grecs, et que rappelle Euripide dans son Hercule furieux , où Amphytrion parle d'un autel qu'il dit avoir été élevé à Jupiter- Soter par Hercule , lorsqu'il eut vaincu les Myniens. Il est vrai que les Grecs adressaient des prières et des vœux à Jupiter- Soter lorsqu'ils étaient menacés de quelque grand danger, ou des actions de grâces lorsqu'ils en étaient délivrés ; par exemple lorsqu' Alexandre eut appris que Néarque et toute sa Hotte étaient sauvés , il ordonna des jeux gymniques et des combats littéraires, et il célébra une pompe solennelle en l'honneur de Jupiter-Soier , des dieux de la mer et des autres dieux averrunci, depulsores malorum. Mais l'orateur Hypérides nous apprend
(a) Pausan. Elid. cap. y.
qu'à l'occasion de l'expulsion des Mèdes, Jupiter reçut la dénomination d' Eleutherios , libérateur, auteur de leur liberté.
L'éleuthérie signifie en général la liberté, par opposition à la servitude; l'éleuthérie des villes grecques, dit Xénophon, ne reconnaissait point de supérieur sur la terre. Les esclaves, qui avaient recouvré leur liberté, célébraient des éleuthéries particulières (a). Les Samiens et les habitants de Smyrne avaient une fête qu'on appelait Eleutheria; c'était la fête de la liberté (h). Le revers d'une médaille de Patras donne la statue de Jupiter-Eleuthère que les habitants de Patras avaient fait élever à cause de la liberté que Xéron leur avait accordée. A Trézène, on avait élevé un temple à Jupiter-Eleuthère ; hommage bien mérité, dit Pausanias, que les Trézéniens rendirent à ce dieu lorsqu'ils se virent à l'abri du joug de Xerxès et des Perses (c). C'est dans le même esprit, et en mémoire du même événement, que les Platéens célébraient tous les cinq ans, en l'honneur de Jupiter-Eleuthère, des fêtes pour la liberté qu'il avait donnée à la Grèce.
[a) Plufar. ParaUel. -- Stuckius. Cortvîv. lib. i, cap. x&ii.
(b) Basilicc, eleulheria agita. ( Plaut. Pers, act. i, scen. i, vers. 29. )
(c) Pausaii. Coiinth. cap. xxxi.
Tom. 1. 27
( 214 ) Tout proche cle Platée, dit Strabon, était Eleuthère ; c'est là que les Grecs , réunissant leurs forces, exterminèrent Mardonius et ses trois cent mille Perses : c'est là qu'ils consacrèrent un temple à Jupiter-Libérateur , et qu'ils instituèrent la fête dite éleuthérienne , où il y avait un combat gymnique qui portait aussi le nom Releutheria, et dont le vainqueur recevait une couronne de laurier (a). Après cette célèbre victoire , Aristide convoqua l'assemblée générale de la Grèce, où il proposa le décret portant que tous les cinq ans on y célébrerait les jeux éleuthériens ; ce décret ayant été approuvé, les Platéens de leur côté se chargèrent de faire tous les ans des sacrifices en l'honneur des Grecs tués en cette bataille. A peu de distance du tombeau de ces Grecs , on avait élevé un trophée en bronze , un autel et une statue de Jupiter-Eleuthère en marbre blanc , devant lesquels les athlètes couraient armés (b). D'après le décret d'Aristide , tous les ans, on devait envoyer de toute la Grèce à Platée des députés et des théores pour y délibérer. Du temps de Plutarque , cette assemblée générale de toute la
(a) Strab. Hb. ix, pag. (^i. -- Scholiast. Authol. grœc. cpigr, lib. 11 , tit. i.— Eustath. Ad Iliad. vi. -- Plutar. Fit. Aristid.
(b) Pausan. Bœotic. cap. n.
Grèce se tenait encore à Platée le 4 du mois de boêdromion, jour de la bataille, et l'on y oiïiait des sacrifices à Jupiter-Eleutliérien. D'après ce même décret, les Platéens devaient être inviolables et consacrés au dieu, auquel ils offraient des sacrifices pour les Grecs.
Jupiter-Eleutlière avait un temple à Athènes. C'est sous le portique de ce temple qu'on consacrait les boucliers des guerriers morts en combattant pour la patrie ; c'est là que fut consacré à Jupiter -Eleutherios le bouclier de Cydias qui, très-jeune encore, se trouvait pour la première fois au combat contre Brennus , et qui montra le plus de courage en cette journée ou il fut tué par les Gaulois (126). On lisait son inscription avant que Sylia et son armée eussent enlevé aux Athéniens les boucliers qui étaient sous le portique de Jupiter-Eleutherios , et les inscriptions qui les accompagnaient (a). Il y avait encore une statue de Jupiter-Eleutherios dans le Céramique à Athènes. Plutarque, dans la vie d'Aristide, parle d'un autel de Jupiter- Eleutherios. Il était dans le forum , suivant Xénophon (b).
(a) Cette inscription est rapportée par Pausanias, ( Phocicl. ca p . x \ i . )
(&) Xenoph. OEconom, pag. 487.
( ai6 )
Jupiter-Eleutlierios était adoré en Carie , à Tarente et à Syracuse, C'est dans les médailles de cette dernière Tille qu'on le voit couronné de laurier. Jupiter Libérateur et Conservateur était adoré sous le nom de Erros ou Errimos.
A Rome , le dieu de la liberté fut plus particulièrement Bacchus , que les Romains adoraient sous le nom de Liber. Les liheralia à Rome étaient la même fête que les dionysiaques à Athènes : pendant ces fêtes, qui se célébraient chaque année au 17 de mars, les jeunes gens quittaient la robe prétexte pour prendre la robe virile; cette cérémonie se faisait avec la plus grande solennité; cette robe était le symbole des citoyens, et les plaçait au rang des hommes libres («) (127). Bacchus, dans la Grèce même et surtout à Athènes , était adoré sous le nom d'Eleuthère, comme le bienfaiteur de l'humanité; et la liberté étant le plus grand bienfait que les hommes puissent recevoir de la divinité , les Romains lui donnèrent le nom de Liber, comme dieu de la liberté. Il était adoré dans toutes les villes où elle régnait, et Marsyas, son ministre, fut aussi honoré comme en étant le symbole (b).
(a) Cicer. ad Atlic. lib. vi. Epis. i.
(b) Voir mon ouvrage sur Bacchus, torn. m , pag. 280.
( "7 ) Mais si les Romains ont plus particulièrement
appliqué à Bacchus, sous le nom de Liber, le culte que les Grecs rendaient à Jupiter-Eleutherios , ils ont conservé, dans toute son intégrité, le culte de Jupiter-Soter sous le nom de Custos. Jupiter, dit Sénèque, était adoré comme le dieututéliiire de l'univers sous le nom de Custos, parce qu'il en est le gardien et le conservateur (a). Apulée en parle dans le même sens (b). Jupiter-Custos est représenté assis sur un trône, sous lequel on avait placé un soubassement; le dieu porte un globe avec une petite Victoire, un manteau lui couvre les épaules. Sur le revers d'une médaille donnée par Montfaucon (c), Jupiter-Custos est représenté la pique à la main. Dans 1m autre monument (d) , au-dessous duquel on lit Jupiter custos domûs August., le dieu , outre ses attributs ordinaires , a au-dessus de lui un pétase et un caducée, signe que la puissance doit toujours être accompagnée de la prudence. Nous avons des médailles de Néron avec cette légende : Jupiter-Custos. Plusieurs ont pensé,
(a) Senec. Quœst. natur. lib. n. -- Quem nos Jovem ntielliguni custodem, rectoremque universi.
{b) Apul. Lib. de Muiido.
(c) Montfaucon. Aniiq. expliq* tom. i , pi. ix. {d) Ibid. pi. ix.
d'après Suétone , que le temple de Jupiter- Custos avait été fondé sur le Capitole par Domitien, lors de son avènement à l'empire; Tacite le dit même (a). On avait élevé au même Jupiter, sous le nom de Conservateur, un temple que l'on voit encore sur une médaille de Maxiinien. Une médaille de Dioclétien présente au revers l'image de Jupiter assis, tenant de la main droite deux foudres, et de la gauche une lance élevée, avec cet exergue : Jovi-Conservatori. Sur une autre médaille du même Dioclétien, il y a aussi au revers un Jupiter portant de la main droite une petite Victoire, et delà gauche une lance élevée, avec cet exergue : Jovi conservatori orbis. Le même Jupiter Sauveur ou Conservateur était encore adoré à Rome sous le nom de Sospitator. Caracalla dédia un temple à Jupiter-Sospitalor . Au revers d'une médaille de ce prince, on voit Jupiter assis dans un temple carré, avec cette inscription : Jovi-Sospitatori^ c'est-à-dire à Jupitei- Conservateur; ce mot est dérivé de sospilo, qui signifie je garde, je sauve du péril. Ainsi sospitalis dans Plaute , en quelques endroits , est pris pour salutaris, et sospila pour servatrix; Junon avait l'épithète de sospita, comme Jupiter celle
(<•/) Tacit. lib. \i\.
( 219 ) do sospMator (//). C'était dans le temple de Juwo-
Sospita que les consuls, après leur élection '\ allaient d'abord sacrifier (b) (128).
Les Romains rendaient un culte à Jupiter- Qustos considéré comme gardien des villes, sous le nom de ciistos civitatum; c'est le même culte cpie les Grecs rendaient à ce dieu sous le nom de de Poîieôs. Il y avait dans la citadelle d'Athènes la statue de Jupiter -Poîieôs. On célébrait en son honneur unefèteappeléediiopolies(c) (129). Cette fête n'était plus en usage du temps d'Aristophane, car il se sert du mot diiopolodie pour marquer une chose du vieux temps. Les Nicéens, en Bithynie, adoraient Jupiter '-Poîieôs (d). Les citadelles étaient consacrées à Jupiter : ce Tu as confié aux rois la garde des villes, mais du haut des citadelles tu veilles sur ceux d'entre eux qui dirigent ou détournent les voies de la justice (e) (i3o). y> Nous avons plusieurs médailles antiques où Jupiter a le surnom de Acraios, arcium prœses (i3i). Les habitants de Smyrne adoraient Jupiter sous le titre & Acraios comme conserva-
(a) Sospita delubris dicitur aucta noms, Ovitl. lib. n. Fast.
(b) Cicer. Pro Murend.
(c) Etym magn. h. v.
(d) Dio. Chrisostom. 3g. orat.
(e) Calim. Hym. ad Jov.
teur de leur ville et de leur citadelle (i3a). Sur les médailles de Smyrne, Jupiter- A craios (i33) est couronné de laurier. Le titre XAcraios est encore donné à Jupiter comme présidant aux promontoires. On voit dans deux médailles rapportées par Spon (à) que les Smyrnéens adoraient Jupiter dans un lieu élevé. Sous ce rapport, il avait le nom de Caraios qui, suivant l'interprétation d'Hésychius, signifie élevé (h). On voit fréquemment sur les médailles grecques un temple de Jupiter- Acraios . Cette épitliète était donnée non-seulement à Jupiter, mais à plusieurs autres divinités. Euripide , dans Médée et dans la tragédie d'Hélène, Strabon (c) et Pausanias (d) donnent à Junon le titre à'Acrœa comme présidant aux citadelles et aux villes. Pausanias (e) le donne même à Yénus. Jupiter était encore nommé Sosipolis chez les Grecs , comme gardien des villes (f). Strabon parle d'Anaxénor, joueur de cithare de Magnésie, qui se rendit célèbre sur plusieurs théâtres, et auquel Marc-Antoine
(a) Spon. Miscel. erud. antiq. pag. ^\.
(b) Hésychius. lia vocari volunt, quià celsus est à voce cara, ici est, caput vel swnmitas. (Bochart. tom. i , col. 4^8. )
(c) Strab. lib vu.
(d) Pausan. lib. ir.
(e) Pausan. lib. i.
(/) Strab. lib. xiv.
accorda les tributs Je quatre villes; il augmenta beaucoup Magnésie, sa patrie; il y établit des cérémonies sacrées en l'honneur de Jupiter- Sosipolis ; fit placer son image dans le forum avec une inscription. Le Sosipolis des Eléens était célèbre, il combattait pour eux (a).
Les anciens firent pour Jupiter-Soter , dans cette occasion comme ils firent dans plusieurs autres, l'application à un attribut et même à des faits particuliers d'une dénomination qui appartenait à la divinité comme souverain être. Ainsi Jupiter-Soter, sauveur, c'est-à-dire maître et conservateur de l'univers , fut considéré comme gardien des villes , des citadelles , et ensuite des promontoires et des lieux élevés (i34).
C'était un usage commun aux Européens et aux Asiatiques d'adorer Jupiter sur le sommet des montagnes, d'où il a été appelé epacrios Zeus, comme nous l'apprennent Hésychius et l'auteur de Y Etymologicum magnum.
On consacra à Jupiter, dit Maxime de Tyr, les points les plus éminents des montagnes, le mont Olympe, le mont Ida et tous ceux qui
(a) Voir mon ouvrage sut le Culte de Bacehus, tora. i, pag. 125: et Pausanias, lib. v, cap. xx.
Tom. I. 28
s'approchaient le plus du ciel (i35). Les Perses, dit Hérodote (#), ont coutume de sacrifier à Jupiter sur le sommet des plus hautes montagnes. Les Grecs et les Latins donnaient aux dieux des autres nations les noms de leurs divinités. Le Zeus ou Jupiter dont parle Hérodote est Bélus ou le Jupiter- Assyrien. Bérose, Àthénocles et Symmaque disent que, dans la plus ancienne théologie des Perses, Jupiter était appelé de ce nom (/>). Cette coutume des païens d'adorer leurs dieux sur les montagnes les plus élevées, et de leur y ériger des statues colossales , est très-ancienne , comme le remarquent plusieurs écrivains de l'antiquité et plus particulièrement Eusèbe dans le xuie chap. du liv. 1èr de sa Démonstration évangéliqiie (i36). On lit au IVe liv. des Rois (c) que les Israélites, s'étant plongés dans l'idolâtrie, érigèrent des statues d'idoles sur les hautes montagnes; les Israélites eux-mêmes aimaient à adorer le vrai Dieu sur les montagnes (137). Festus fait dériver le mot altare de altitudo (i38). Au revers d'une médaille de Lucius-Vérus , on voit une statue colossale de Jupiter étendant sa main droite , et tenant une pique en sa main
(a) Hérod. lib. i , § cxxxi.
(b) Apud Agath. lib. il.
(c) Liv. iv. des Rois , chap. xvn.
gauche; elle est posée sur le sommet d'une haute montagne qui est couverte d'arbres, et qui jette des flammes dans une autre partie : ce sont les peuples voisins du mont Yésuve qui avaient placé sur le plus haut de ses sommets cette statue de Jupiter comme présidant aux montagnes , et comme devant les préserver des éruptions formidables qui désolaient si souvent leur pays. Jupiter était honoré de même sur le sommet du mont Etna, comme le fait voir Pindare (a).
Ce que les Grecs avaient fait pour le culte de Jupiter-Soter , les Romains le firent pour leur Jupiter-Stator qu'ils adorèrent sous deux aspects : 1°. Comme premier être à cause de son inépuisable bienfaisance, comme le prouve saint Augustin: Quod stant bénéficia ejus. Saint Augustin ajoute : Neque pr -opter aliam rationem (i3o,). Tristan donne une médaille de Probus, au revers de laquelle on voit un Jupiter nu et debout, tenant son long sceptre arrêté en terre, avec l'inscription Jovi-Statori. 2°. Les Romains adorèrent dans Jupiter-Stator le dieu tutélaire , le gardien de la ville, l'auteur de l'affermissement de l'empire romain , le conservateur de sa gloire
(a) Piud. 4- Olymp. — j. Pjih.
contre tous les efforts des Barbares , depuis la fondation de Rome (a). Dans la première Catilinaire, Cicéron appelle Jupiter-Stator, le plus ancien protecteur de cette ville, ce C'est principalement Jupiter-Stator , dit-il, qui avait détourné de Rome les malheurs dont Catilina l'avait menacée plusieurs fois. » C'est par cette raison que , d'après l'avis des devins , Cicéron obtint que la statue colossale de Jupiter-Stator fût tournée vers l'orient ; auparavant elle l'était vers l'occident, afin qu'elle regardât le palais et le sénat, et lui fit connaître les complots qui se formaient contre la république (i4°)'
Tite-Live est le premier qui ait dit que, lors de la fuite des Romains dans le combat contre les Sabins commandés par Tatius, ils s'arrêtèrent à l'endroit où est maintenant le temple de Jupiter -Stator , que là ils se rallièrent et repoussèrent les Sabins jusqu'au lieu où est maintenant le temple deVesta. Tite-Live a donné cette étymologie au nom de Jupiter- Stator. La fête de Jupiter- Stator se célébrait le 27 juin; quelques-uns l'ont regardée comme une fête du Soleil qui s'arrête dans sa course, stator, au
(a) Quod Roma pollet auspicato condita ,
Jovi-Statori débet, et diis cœteris. ( Prud. Hym. in mort. S. Rom. )
( aa5 )
solstice d'été* Son temple était à la descente du mont Palatin.
Les dieux soteres, ou sauveurs, chez les Grecs, s'appelaient anactes; carie mot anax, comme le mot sofer, ne s'appliquait pas seulement à Jupiter, mais encore aux autres dieux (a). Le mot anacte signifie proprement bienfaisant; et, sous ce titre, les anciens adoraient la divinité dans tous les rapports de bienfaisance qu'elle avait avec les mortels : c'est pourquoi les dieux anactes étaient aussi appelés soteres, sauveurs. L'épithète Hanax était encore donnée comme une marque de puissance , de supériorité et d'excellence aux dieux, aux rois et aux pères de famille (141)* Le chœur des Danaïdes (h) appelle Jupiter : Anax anaclon, rex regum; c'est pourquoi les Athéniens juraient par Jupiter- Anacte (c). Ces dieux maîtres de l'univers étaient aussi les dieux tutélaires de la patrie , de la famille ; ils présidaient aux cités , ils étaient les gardiens des maisons particulières; ils étaient les divinités tutélaires de la navigation. Chaque nation grecque donnait le nom de Patroos au dieu tutélaire de la patrie;
(a) Et magni, scrvalores, Jovis optimct pwles. ( Artem. lib. uy Oneiroait. )
(b) Suppl. vers. 532.
(c) Deoiosthen. adv. lacrit.
mais pour qu'il fut adoré sous ce titre, il fallait qu'il fût regardé comme le dieu de qui elle prétendait tirer son origine. Ainsi tous les peuples d'origine dorienne adoraient Jupiter- Patroos comme père d'Hercule. C'est surtout comme père d'Hercule, que l'on clivait être la tige delà famille royale, qu'il était adoré dans la Macédoine, particulièrement à Thessalonique; sa tête et ses symboles sont représentés sur plusieurs médailles de ces contrées. Tous les rois de Macédoine, et surtout Alexandre qui voulait passer pour son fils , eurent la plus grande vénération pour Jupiter. Un grand nombre de médailles d'Alexandre représentent d'un côté Jupiter assis, et de l'autre la tête d'Hercule («). Les empereurs romains imitèrent en cela Alexandre. La dévotion à Jupiter et à Hercule était fort en usage surtout du temps de Dioclétien et de Maximien. Le premier prit le nom de Jovius et le second d'Herculius, en l'honneur de ces deux divinités. On trouve souvent sur les monuments romains Jupiter et Hercule avec le titre de dit magni. On voit plusieurs médailles romaines dont l'inscription porte : Jovi et Her-
(a) V. Eckel. Num. vet. pag. 82. --Beger. Thés, brand. tom. 1, pag. 33i — Nonu. Ad golz> gnec. vet. pag. 189. -- Spaiiheirn. prœst. i, pag. 386.
( 227 ) euli conserva ton' bu s Augustorum:, ou monda Jovi
et Herculi augitstjs (a).
A Corinthe, à Eplièse, à Pergame, à Sardes, Jupiter et Hercule étaient représentés assis, et ils étaient adorés comme les dieux de la patrie , dii pair il. Ils étaient représentés avec leurs attributs réciproques, et ils joignaient leurs mains droites.
Les Ioniens donnaient le surnom de Patroos à Apollon, père d'Ion, de qui ils prétendaient descendre (b). Lorsque les Héraclides furent maîtres du Péloponèse , ils élevèrent trois autels à Jupiter-Patroos, et, après avoir offert un sacrifice , ils tirèrent les villes au sort (c).
Il y avait dans le temple de Minerve, à la citadelle d'Argos, une statue en bois de Jupiter* Patroos. On assure, dit Pausanias, que c'est le Jupiter -Patroos qui était dans le palais de Priam dans un lieu découvert, vers la statue duquel Priam s'était, dit-on, réfugié (d) après la prise de Troie. Pausanias dit que, lors du partage du butin, les Grecs donnèrent à Sthénélus, fds de Capanée, cette statue en bois. Lorsqu'on élevait
(a) Montfaucon. Antiq. expl. tom. i, pag. 47-
(b) Clavier. Sur Apoilodore. tom. il, pag. 345.
(c) Apollod lib. ii, cap. vm, § iv, tom. i, pag. 243. {d) Pausau. Corinlh. cap. xxiv. — Agathar. In asiaticis.
des autels à Jupiter-Patroos , dans l'enceinte d'un palais ou d'une maison, il recevait le nom d'Hercien parce que l'enceinte d'une maison s'appelle ercos (a), Ilétait alorsle gardien, le protecteur de la maison. Ses autels étaient ordinairement élevés dans la cour : ils étaient exposés à l'air et enfermés par des murs ou par une balustrade en fer (i42)» Les Romains appelaient ce Jupiter, Penetralis; de là encore les noms de Cortalis et de Septitius qu'il avait chez les Latins (i43). Jupiter était adoré sous le nom d'Hercien, non-seulement dans les maisons particulières , mais encore dans la citadelle d'Athènes. Philochore raconte, au IXe liv. de ses Histoires Çb), qu'une chienne, étant entrée dans le temple de Minerve-Polias , pénétra dans le Pandrosium et monta jusque sur l'autel de Jupiter -Hercios qui était sous l'olivier (c). Les neuf archontes d'Athènes n'étaient pas admis à exercer leurs fonctions avant qu'ils n'eussent subi deux examens. Parmi les questions qui leur étaient proposées par le sénat, on remarque celle-ci : Num cognationem, quamdam, ad Apollinemet Jovem-Herceum haberent (d). Le sens de
(a) Harpocr. Voc. erceios Zeus.
{h) Dionys. Halicar. Indinarcho. § lit,
(c) V.la note de Brunck sur le vers 487 de VAntigonc de Sophocle.
{d) Potter. Archœol. grrec.
( 229 ) cette question était de savoir s'ils étaient indigènes, liypérides et Démétrius déclarent qu'il n'y avait que ceux qui jouissaient du droit de cité qui pussent avoir la statue de Jupiter-Hercéen. Jupiter dans cette question n'a que le titre de Hercios, parce que les habitants d'Athènes croyaient qu'ils tiraient leur origine d'Apollon qui était leur dieu Patroos. C'est«ce qui a fait dire à Platon (a) que Jupiter n'était pas appelé par les Athéniens Patroos (i44)? mais Herceos et Phatrios. Si l'on en croit Phérécyde (/>), le culte de Jupiter -Herceos était bien ancien dans la Grèce; il raconte que Danaé, pour éviter la colère de son père Acrisius, se réfugia aux pieds de l'autel de Jupiter -^Herceos avec son enfant , et qu' Acrisius lui ayant demandé quel était le père de cet enfant, elle repondit: Jupiter (i45). Pausanias, après avoir donné la description des autels qui se trouvaient dans l'Altis, ajoute : « Dans l'endroit où sont les ruines de la maison d'OEnomaùs , il y a deux autels ; celui de Jupiter-Uerceos, qui paraît avoir été érigé par OEnomaus lui-même {c). »
(a) Plato. In EuthymecL pag. 3o2.
(b) Pherecyd. Hislor. lib. xn.
(c) Pausan. ELid. cap. xiv,
Tom. 1. 29
( a3o ) Les Athéniens adoraient Jupiter-Tribule et Jupiter-Phratrios qui avait un temple appelé Phratrion. Les dieux tribules avaient un temple à Athènes (146). Une tribu se divisait en trois, et on appelait phratrie la troisième partie d'une tribu. Ainsi Jupiter-Tribule et Jupite?*-Phratrios sont tas mêmes, c'est-à-dire que l'un est adoré comme ,dieu tutélaire de la tribu entière, et l'autre est adoré dans la phratrie, où la troisième partie de la tribu. Dans l'Attique, chaque tribu avait ses dieux tribules , qui étaient adorés partie culièrement par phratrie. Chaque phratrie avait aussi ses prêtres particuliers qui étaient appelés leroseopous, La fête des apaturies était célébrée en l'honneur des dieux tribules qui n'étaient que des dieux du paganisme , sous le patronage desquels chaque tribu se plaçait. Ils avaient par chaque phratrie un culte particulier indépendamment du culte public et général qui était rendu à chacun d'eux. Dans l'Attique, le second jour des apaturies était spécialement consacré , dans chaque phratrie , à Jupiter-Tribule et à Minerve (a) qui étaient les dieux tutélaires de l'Attique. Ce second jour était le plus célèbre des trois jours des apaturies : il avait été nommé An-
(«) Etyrn. magn.
( «3i ) arrhysts, ah effluxit crimris hostîarum{a){\lfj).
Jupiter lui-môme avait été nommé Afatxmor du nom de la fête des apaturies (/>). Cette fête des apaturies avait (e) pour but de se réjouir de L'acquisition que l'état faisait de nouveaux citoyens ; les parents et les alliés des pères et mères qui donnaient des sujets à la république se joignaient à eux pour la célébrer , et on lui donna le nom d'apaturies , du mot grec amopatovia dont on a fait apalaria, parce que les pères conduisaient leui4s enfants pour les faire inscrire sur les registres de la tribu. Les parents, suivant Andocide, portaient, le second jour des apaturies, leurs enfants nouveaux-nés au pied des autels en y conduisant une victime, et là ils demandaient au prêtre de faire des libations pour appeler sur cet enfant la faveur des dieux. Le premier jour des apaturies*. il se donnait un repas nocturne par tribu. Le troisième jour, appelé cureotiSj il se donnait un festin où se trouvaient rassemblés les pères et les parents des enfants qui, en ce jour là, avaient été inscrits
(a) Suidas.
(6) Potiti victoriâ Athéniens es , Apatenorem cjuidem Jovem appelldrnnt .
(c) Xéno[;bon. De rep. Athéniens.
clans la tribu (a). C'est pourquoi, suivant J. Pollux, on appelait les dieux tribules amiciliœ prœsides. Les Grecs adoraient encore Jupiter, présidant à l'amitié, sous le nom de Philios. Il avait àMégalopolis, dans l'enceinte consacrée aux grandes déesses, une statue, ouvrage de Polyclète d'Argos {h). Une médaille de Trajan présente au revers une tête de Jupiter, avec l'inscription Z eus Philios, Son visage est très-doux, comme doit être le dieu qui préside à l'amitié. On ne trouve sur aucune autre médaille cette effigie de Jupiter -Philios. Platon parle de Jupiter- Philios dans le dialogue de Phèdre et dans le Traité de la Republique; Lucien l'invoque dans son Timon; c'est à Jupiter-Philios que sacrifia l'empereur Julien aussitôt qu'il eut pris possession de l'empire (c). Jupiter était adoré à Antioche sous le nom de Philios. Sous l'empereur Maximin, Théotecne, magistrat d' Antioche , consacra avec de grandes cérémonies une statue de Jupiter-Philios; après l'appareil de différentes pratiques , il fit parler l'oracle et lui fit prononcer, contre les chrétiens,
(a) Corsini. Fasti attici. tom. m, pag. 3o6. — Voir sur le apaturies mon ouvrage sur le Culte de Bacchus, tom. ai, pag. 260 et suivantes.
(b) Pausan. Arcad. cap. xxxi.
(c) Libauius. Oral, in Julian. -- Alhen. lib. vi.
(a33 ) mie sentence de bannissement hors de la ville el du territoire. •
Au delà du Céphise était l'autel de Jupiter- Melichios. Son culte fut célèbre dans plusieurs villes de la Grèce et particulièrement dans l'Attique. Il remontait à une époque très-reculée, comme le prouve le genre de sacrifices qui lui étaient offerts ; car, à Athènes , on ne lui faisait pas de sacrifices d'animaux, on lui offrait seulement des fruits de la terre ; ces sacrifices se faisaient hors de la ville, sur l'autel dont nous venons déparier, et au milieu du concours de tout le peuple : cet autel était très-ancien. Le genre des statues de Jupiter -Melichios prouve encore l'ancienneté de son culte; celle qui lui avait été élevée à Patras, près des bords du fleuve Mélichius, était une pyramide (a). La statue de Jupiter- Melichios à Corinthe n'était qu'une espèce de colonne. Après Yarateum, c'est-à-dire après le tombeau ou le monument héroïque d'Aratus à Sicyone , on voyait un autel de Jupiter -Melichios, qui était fait sans aucun art, ainsi que sa statue qui ressemblait à une pyramide (h). Dans la suite les Grecs appliquèrent leurs talents à
(a) Pansan. Çorinth.
(b) Pausau. Connût, ix.
donner de l'éclat à ce culte. Jupiter -Melichios était très-hondré à Argos \ on lui avait élevé une statue en marbre blanc, elle était de Polyclète qui avait représenté le dieu assis (a). Suivant une tradition des Athéniens, Thésée, qui avait tué plusieurs brigands , se fit purifier par les descendants de Phy talus, à l'autel de Jupiter-Meli-* chios (b). Près de la ville de Myonée, située non loin de Naupacte, il y avait, sur le penchant de la montagne , un bois et un autel consacrés à Jupiter-Melichios (c). On y célébrait des mystères nocturnes, et on consommait toutes les viandes du sacrifice avant le lever du soleil. Les Athéniens célébraient en son honneur les diasies (d). Ces fêtes tombaient le 19e jour du mois mimychion, comme l'indique un passage de Plutarque dans la Vie de Phocion ie) : il y avait assemblée du peuple et repas public (i4^j« C'est à l'époque (i4°/) de ces fêtes que les parents faisaient de petits présents à leurs enfants. Le mois de munychion répondait à notre mois
(cl) Pausan. Ibi'd. cap. xx.
(b) Pausan. Altic. cap. xxxvn. — Voir sur Jupiter-Melichios Léon le philosophe ( lib. i, épigr. go. )
[c] Phocid. cap. xxxvm.
{d) Huet. Dan. evang. pag. 8?j, 85, 86. -- Plutar. Fil. thés. § x. (<?) Etat vero (lies mensis munychionis nohùs decimus , et Joui pompam a pentes equites processerant. ( Plut. Vit. Phocion. )
( 235 ) d'avril. À cette époque, les jours deviennent pins chauds, raniment la nature et font écloie Ions les êtres; cette Tète était clone une fête du printemps; le nom de la fête tirait son étymologie de di, jour, ou dis, air, et as, chaleur (i5o). On avait donne au dieu, qui était l'objet de cette fête, le nom de Melichios, mansuetus, mot qui du bienfait reçu, c'est-à-dire du temps rendu plus doux par la chaleur, a été appliqué à la divinité en général {a). Jupiter était adoré à Coronée sous le nom de Enaismos, mot grec qu'on traduit par milis, suavis, offîciosiis, bonus. C'était le même culte que celui de Jupiter -Melichios (b).
Il y avait dans le palais des cinq cents sénateurs à Athènes un temple consacré à Jupiter- Boulaios, conciliateur, et à Minerve-Boidaias : ce temple était commun à ces deux divinités. Lorsque les sénateurs entraient dans ce temple , ils leur faisaient des voeux pour qu'elles leur inspirassent des avis salutaires à la république. La statue de Jupiter-Boulaios était proche le palais (i5i). On trouve souvent le nom de
(a) On lit dans le texte de Pausanias. aux dieux mèlichiens, ( Phocid. cap. xxxvm. )
(b) Gyraldus. pag. io5.
( 236 ) MêtieteS) consulter, conciliator, donné à Jupiter. Jupiter était encore adoré à Rome sous le nom iï Arhitrator ; Publius-Victor dit que les Romains lui avaient consacré un portique de cinq colonnes. Les Cretois l'adoraient sous le noni de Paroceus, provisus («).
Les Béotiens et les Thessaliens adoraient Jupiter '-Omoloios et Ceres~Omoloias, concors et pacificus (i 52), et ils célébraient une fête en leur honneur (Ï53).
On a trouvé, près d'Alep en Syrie, au commencement du siècle dernier, une inscription grecque contenant un vœu que Cratéus, fils d'Andronicus , accomplit pour son père en l'honneur de Jupiter Madhachos et Selamenes. Le savant Huet a cherché dans les langues orientales les significations de ces deux surnoms dont on ne saurait trouver l'origine dans la langue grecque, et le résultat de ses recherches a été que les Syriens ont entendu par Jupiter Madhachos et Selamenes la même chose que les Latins , lorsqu'ils disaient Jupiter Perfectus et Pacificus. Ainsi les Syriens , après que les Grecs leur eurent donné le culte de Jupiter, adorèrent Jupiter-Pacifique .
(«) Diod. Sic.
I iidépemlamment de Ju piler ^Vhilios, les Grecs adoraient Jupiter-Heterios, comme dieu tutélaire de ces associations intimes qui ont été si célèbres dans la Grèce , que Lycurgue avait apprises des Cretois, et qu'il avait transportées chez les Lacédémoniens (a). Les citoyens étaient distribués en plusieurs hétéries, sodalitia, et ordinairement ces hétéries étaient composées de ceux qui étaient soumis aux mêmes magistrats. Elles étaient appelées par les Lacédémoniens phiditia, et par les Cretois andrœa; nom qu'adoptèrent dans la suite les Lacédémoniens eux-mêmes. C'est aussi le nom que leur donnent Aristote et Plutarque. Jupiter- Heterios fut surtout adoré dans la Crète. On célébrait dans la Magnésie , en l'honneur de Jupiter-Heterios , des fêtes qu'on appelait heteria, et que les rois de Macédoine ont long-temps conservées ; ces fêtes s'appelaient aussi hœteredia. Les Grecs en attribuaient la fondation à Jason (b). Crésus, dit Hérodote, invoqua Jupiter-Heterios lorsqu'il apprit qu'Adraste , son hôte , avait tué son fds par mégarde à la classe; mais il l'invoqua comme dieu de l'hospitalité : et Yalla traduit le mot heterios par îiospitalis.
(a) Dionys. Haliear. Antiq. lib. l'i,
[b) Atlien. lib. xni. cap. iv.
Tom. i. 3o
Lorsque Jupiter était adoré par des frères , ou par une même famille, il était appelé Omognios, c'est-à-dire, gentilis, cognatus (i54)«
Il était adoré sous le nom de Omogyrtes, comme dieu tutélaire de la réunion ou de l'assemblée commune d'une nation. A ./Egium, dans l'Achaïe , il y avait un temple consacré à Jupiter- Omogyries . C'était à/Egium que se tenait l'assemblée générale des Achéens, on a conjecturé aussi que Yagyrmos, ou le premier jour de la fête des mystres, se faisait là (i55). Au revers d'une médaille de Caracalla, on voit un temple superbe en l'honneur de Jupiter, avec cette inscription : Commune Ciliciœ templum. Jupiter était le dieu tutélaire de la Cilicie ; tous les peuples de la Cilicie lui avaient bâti ce temple en commun à Tarse, capitale de cette contrée : c'est là que tous les ans ils tenaient leur assemblée générale, et faisaient leurs sacrifices comme les Ioniens le faisaient dans le Panionium (a). Jupiter était le souverain patron de la Cilicie , comme Apollon l'était de l'Ionie , et Cybèle ou Rhœa de la Phrygie et de la Cappadoce (i56).
Jupiter reçut le nom de Panhellénien, comme
(à) Dio. Chrysost. Oral. 33.
( *39 ) dieu tutélaire de toute la Grèce. On raconte que la Grèce ayant été affligée d'une grande sécheresse , on envoya des députés à l'oracle de Delphes, qui répondit qu'il fallait apaiser Jupiter et implorer à cet effet la médiation d'Eaque. On se rendit dans File d'Egine vers ce prince qui fit des sacrifices à Jupiter-Panhellénien (a) , et lui construisit un temple sur une montagne qui reçut son nom (157). Ce temple était commun à toute la Grèce (Z>). Tant que les Athéniens espérèrent des secours du Péloponèse contre les Perses, dit Hérodote (e), ils restèrent dans l'Attique ; mais la lenteur, la nonchalance des alliés les déterminèrent à transporter à Salamine tout ce qu'ils possédaient. Ils envoyèrent une députation aux Lacédémoniens pour leur reprocher leur négligence, et pour leur répéter les offres qui leur avaient été faites par Mardonius. <x Nous, cependant, leur dirent-ils, pleins de respect pour Jupiter-Panhellénien, et persuadés que nous ne pourrions, sans crime, trahir la Grèce, nous avons rejeté ces offres, quoique abandonnés et trahis par vous. » Adrien orna Athènes de plu-
(«) Pausan. Attic. cap. xliv.
(b) Pausan. Corinth. cap. xxx.
(c) Hérod. liv. ix, § vi.
sieurs édifices et particulièrement du temple de Jupiter-Panhellénien (a).
Outre le temple de Jupiter- Omogyries, dont nous venons de parler, il y avait près d'./Egium YOmorion : c'était un bois consacré à Jupiter, où les Achéens et, avant eux, les Ioniens (b) avaient coutume de délibérer sur les affaires publiques. Les Crotoniates, les Sybarites, les Coloniates , élevèrent un temple commun à Jupiter- Omorios , dans l'endroit qui séparait leur domination : ils y faisaient tous les ans des sacrifices , et ils s'y rassemblaient toutes les fois qu'ils avaient quelque différend à décider ou quelque affaire importante à régler (c). Le mot omorios signifie proprement communium termin&rum prœses.
Le Jupiter- Omorios des Grecs était le même que le Jîipiter-Terminalis des Latins. Les premiers adoraient encore le dieu des bornes sous le nom de dios orios> Les Romains avaient un grand respect pour les bornes. Ils parfumaient avec des essences la pierre ou le tronc qui en servait ; ils lui mettaient des couronnes de fleurs ; ils l'emmaillotaient avec des linges, et tous les ans, au mois de février, ils lui faisaient des sacri-
(a) Pausan. Attic. cap. xvm.
{b) Strab. lib. tiii, pag. 385, 387.
(c) Polyb. lib. n, cap. xxxix.
lices qu'ils appelaient terminalia. Chez les Romains ce n'était pas seulement un délit que d'arracher une borne, c'était un sacrilège; et ils voulurent que celui qui s'en était rendu coupable fût mis à l'interdit, comme il est porté dans la loi de Numa (a). Il y avait la loi de Jupiter- Orios : Immola ne moveto. Aussi l'autel de Jupiter-Terminal ne le céda-t-il pas à Jupiter-Capitolin (i58). Les pierres et les monuments de cette espèce étaient sacrés : de là la religion des cippes et les lois si souvent répétées : De monumentis non violandis (h). S. Flaccus raconte les rites que dans l'antiquité on observait en posant des bornes, pour donner à cet acte plus de solennité et plus de sainteté (c).
Tous les auteurs de l'antiquité s'accordent à dire que le culte du dieu Terme a été le plus ancien en Italie, et qu'il est antérieur au culte des dieux de la Grèce que les Italiens ont adopté (159). Numa consacra toutes les bornes, tant publiques que particulières, à Jupiter- Terminal; il ordonna que ceux qui violeraient
(a) Dacier. Bibl. des Philos, tom. 1, pag. 266.
(b) Plat. lib. vm. de Legibus. -- Le Deutèmnome, chap. xxvn, xers. 17. -- Senec. in Hippol. act. 11, vers. 5'i8.
(c). S. Flacc. Inter Gœsii auclores rci agi ai iœ . pag. 5, in lib. de Condiùonibus agrorum.
la loi fussent dévoués, et qu'on pût les tuer surle-champ comme des impies et des sacrilèges qui méprisaient la plus sainte et la plus grande de toutes les divinités. Dans les terminalia on ne pouvait rien sacrifier qui eût vie, parce que c'eût été un sacrilège que d'ensanglanter ces bornes. Dans la suite, selon Plutarque, on y immola des animaux. Les paysans s'assemblaient en grand nombre pour solenniser cette fête, et l'on y sacrifiait une truie ou un agneau (a).
Les Romains représentaient le dieu Terme avec une tête radiée qui était posée sur une borne pyramidale renversée, de la base de laquelle sortaient deux pieds ; ou bien cette tête radiée était placée sur un corps sans bras , mais ayant la forme humaine tout entière, si ce n'est les parties viriles. C'est sous ce simulacre que Jupiter Oriosy c'est-à-dire terminalis , ou Omoriosy c'est-à-dire conterminas, était adoré dans le temple (Jb) que les Crotoniates, les Sybarites et les Coloniates lui dédièrent après qu'ils eurent terminé leurs longs différends sur les confins de leur territoire. C'est ainsi qu'il est encore représenté au revers d'une médaille de Théra frappée en l'honneur de l'empereur L. Vérus. Les
(a) Mont faucon. jétUitj. expliq. liv. jiv, pag. a36. {h) Pol) b. lib. u.
( 243 ) Latins, pour mieux exprimer que le dieu Terme est le même que Jupiter, lui donnèrent une foudre sous la base. Une médaille des Mytiléniens représente Jupiter-Ammon, et au revers une belle tète radiée du même Jupiter sur une borne pyramidale. Cette effigie de Jupiter- Ammon-Terminal, placée sur une proue de galère, a fait croire que ce culte appartenait aussi à l'Afrique. Les terminales se célébraient, chez les Romains, le 20 février; elles furent instituées par Numa (a). Les Grecs et les Romains adorèrent d'abord Jupiter- Terminal sous la forme d'une pierre. Pausanias donne à Jupiter le surnom de Lœtœ, comme s'il disait, lapidei dei. Il est très-connu que les Grecs appelaient les pierres et les rochers laas et las. C'est l'origine de la fable qui faisait naître les hommes des pierres que Deucalion et Pyrrha jetaient derrière eux. Il y avait à Olympie ime statue de Jupiter-Lœetas (b). Dès les premiers temps de Rome , on avait élevé à Jupiter dans le Capitole une pierre qui le représentait. Le culte de pierres semblables était très-répandu dans l'Asie et dans la Grèce. Chez les Orientaux, Jupiter était appelé Zeus Epicyclidios, ou circularis, volubilis. Son
(a) Tristan, tom. r, pag. 6g5.
(b) Pausan. Eliac. lib. i.
simulacre, comme le rapporte Hérodien dans la J^ie d'Héliogabale, était une pierre d'une grandeur immense avec une base circulaire finissant en cône : c'était une bétyle(i6o).
Les Grecs appelaient Jupiter-Lapis , Orcos; le Pseudo hermes l'appelle Orcon ou jusjurandum deorum maximum. Hésiode le compte parmi les fils d'Eres {a). Dans l'ouvrage, Opéra et dies (£), il introduit un fils d' Orcos, dieu vengeur, sans nom, n'ayant ni pieds ni mains. Pindare jure par Orcos (c). Les Grecs appelèrent encore le même dieu Orcios. Euripide fait jurer par Jupiter- Or rios (d). Ils le représentaient armé d'une foudre double, et ayant un aspect terrible (e). C'est devant la statue de Jupiter- Orcios que les athlètes , à Olympie , juraient sur les entrailles d'un sanglier, avant que d'être admis aux jeux : i°. qu'ils s'étaient soumis , pendant dix mois consécutifs , à tous les exercices et à toutes les épreuves auxquels ils étaient obligés, d'après l'institution athlétique; 2°. qu'ils observeraient religieusement toutes les lois prescrites
(a) Hésiod. The'og. vers. 23 1.
(b)Ifl. Opéra et dies, vers. 223. —Voir Hérod. lib. vi,cap. lxxxvi.
(c) Pind. Nem. od. n, vers. 3i.
{cl) Euripid. In Hippol. vers. io25.
(e) Pausan. lib. v, cap. xxtv.
dans chaque sorte de combat, et qu'ils ne feraient rien, ni directement ni indirectement, contre l'ordre et la police établis dans les jeux. Cette statue était placée dans le sénat des Eléens; elle tenait une fondre dans chaque main pour inspirer plus de terreur aux parjures. Il y avait devant les pieds de Jupiter- Orcios une plaque de cuivre sur laquelle on lisait une inscription élégiaque qui avait le même objet. Les juges et les examinateurs prêtaient aussi, devant la statue de Jupiter- Orcios, le serment de juger avec équité. Les Romains juraient per Jovem-Lapidèm (161). Les Athéniens avaient aussi coutume de prononcer leurs serments sur une pierre (1 62). Les Thesmothètes juraient sur une pierre, au forum , d'être les gardiens fidèles des lois.
Il y avait chez les Grecs le serment héliastique dont on trouve la formule entière dans l'oraison de Démosthènes contre Timocrate. Il était prêté par les héliastes qui , pour le prononcer , se rassemblaient dans PArdelle ; après le détail de ce qui composait ce serment l'héliaste prononçait : (( J'en jure par Jupitet*- Orcios , par Neptune et par Cérès (c). »
« Il n'y a point de peuples plus religieux obser-
(et) Le tribunal des héliastes était le plus nombreux d'Athènes. Tom. I. 31
(246) vateurs des serments que les Arabes, dit Hérodote (a). Lorsqu'ils veulent engager leur foi, il faut qu'il y ait un tiers , un médiateur. Ce médiateur debout, entre les deux contractants, tient une pierre aiguë et tranchante avec laquelle il leur fait à tous deux une incision à la paume de la main , près des grands doigts ; il prend ensuite un petit morceau de l'habit de chacun, le trempe dans leur sang, et en frotte sept pierres qui sont au milieu d'eux, en invoquant Bacchus et Uranie : cette cérémonie achevée, celui qui a engagé sa foi donne , à celui avec lequel il traite , ses amis pour garants, et ceux-ci respectent la foi des serments. » Chez les Romains, il n'y avait rien de plus célèbre et de plus sacré que le serment par Jupitei^-Lapis . La pierre, sur laquelle le serment avait été fait, était elle-même le signe et le témoin de la foi donnée : elle restait au lieu même du serment (i63). Ceux qui juraient solennellement par Jupiter tenaient ordinairement une pierre à la main; quelquefois, suivant Festus, ils la lançaient au loin de toutes leurs forces, et disaient : « Si je manque à ma parole, que Jupiter me jette hors de Rome, comme je jette cettepierreloindemoi. » Quelquefois aussi, selon
(a) Hérod. lib. ni, cap. vin.
( M7 ) I ite-Live, ils en frappaient une victime au milieu
du front, et la formule dont ils se servaient était
conçue en ces termes : « Si je viole ma foi, que
Jupiter me frappe, comme je vais frapper cette
victime; et qu'il me frappe avec d'autant plus de
force que son pouvoir est plus au-dessus de
celui des hommes (a). »
Les Carthaginois avaient ce mode de serment (h). Polybe (c) rapporte le premier traité, conclu entre eux et les Romains , qui fut inscrit sur les tables d'airain, et que les Elides déposèrent dans le temple de Jupiter-Capitolin pour que la foi promise fût plus religieusement observée. Tite-Live (d) ditqu'Annibal, en prononçant le serment, tenait de la main gauche un agneau, et de la main droite une pierre; et qu'il pria Jupiter et les autres dieux, s'il violait ses serments, de le tuer comme il tuait lui-même cet agneau.
La théologie des anciens représente Jupiter Orcos ou Orcios comme le principe de toute
(a) Cicer. lib. vu, Epist. xn Ad trebatium* — Aul.-Gell. Noct. Aliic. lib. i, cap. xxi. -- Polyb. Hist. lib. m. -- Plut. Fit. Sylla. -- Acad. des Inscrip. tom. iv, pag. 7, 8.
(b) Tit.-Liv.
(c) Polyb. lib. m.
{d) Tit.-Liv. lib. 1, dec. m.
( 248 ) perfection, c'est-à-dire que c'est un mode des choses certain et fixé d'une manière immuable par le serment (d). Ils concevaient qu'il y avait une loi éternelle , et que cette loi n'était que la vertu immuable de Dieu. Les pythagoriciens, les platoniciens et les orphiques , qui n'étaient que des pythagoriciens réformés, ont donné de grands développements à cette doctrine ; et ces développements sont entrés dans la théologie. Pythagore , en conséquence de la loi éternelle, avait imaginé un serment divin qui conservait toutes choses dans l'état et dans l'ordre où elles avaient été créées; et qui, en liant le créateur à sa créature , liait aussi la créature à son créateur, c'est-à-dire que Dieu, en créant chaque chose dans l'état qui était le meilleur pour elle, avait voulu s'assujettir à la conserver dans le même état par un serment appelé, par cette raison, gardien de V éternité, et qui n'est autre chose que l'immutabilité même de Dieu, et un des effets de sa justice. Cette idée si grande, si noble, si convenable à la majesté de Dieu, Pythagore l'avait expliquée par les principaux attributs de la divinité : par sa justice et par sa bonté. Cette loi éternelle, ce serment divin,
(a) Syrianus in Aristolelem ex interpretatione Bagolini, pag. 33.
( =49 ) c'est ce qui compose la destinée ou la providence, qui mène chaque chose à la fin qui lui a été marquée pour l'éternité.
Pythagore regardait le serment humain comme l'image du serment divin. L'observation de ce dernier nous associe avec la fermeté et la stabilité même de Dieu, et maintient l'ordre et la justice. C'est dans cette vue que Pythagore appelait du nom de serment tout ce qui est juste, et, par cette raison, il disait que Jupiter est appelé Orcios, qui préside au serment. Jupiter était donc appelé du nom mystérieux de serment, Orcios, parce qu'il est la justice même, et qu'étant souverainement juste et fidèle dans ses promesses, il conserve pour l'éternité l'ordre et l'arrangement qu'il a établis par sa loi, et il punit sévèrement tout ce qui est fait contre elle (164).
C'était la coutume des anciens de nommer le serment d'un nom mystérieux et ineffable qui signifie le gardien de l'observation de la loi exacte et immuable de l'arrangement de cet univers («). Les pythagoriciens appelaient serment inné et essentiel aux êtres raisonnables, celui de se tenir toujours uniquement attachés à leurs pères
(a) Hierocl. Comment, sur les vers, de Pythagore, vers. 11.
( 25o ) et à leur créateur, et de ne transgresser jamais en aucune manière les lois qu'il a établies. Ce serment n'est que l'observation des lois divines , et le lien par lequel sont attachés au dieu créateur tous les êtres créés pour le connaître.
Ces principes de Pythagore se retrouvent dans les saintes Écritures, ce Dieu en créant, disentelles, jure par lui-même, et la créature fait le même serment en lui et par lui. Dieu a donc voulu faire un pacte avec sa créature, et s'assujettir, par un serment, à garder inviolablement ce pacte et l'ordre qui en est la suite. )) D'après cette doctrine, la même loi qui crée lie ce qui est créé; ce serment est né avec les créatures, et il est de leur essence. Comme elles ont juré en lui, elles ne gardent leur serment qu'en se tenant attachées à lui.
Jupiter-Lapis était adoré dans la Syrie sous le nom de Casius. Bochart fait venir le mot casius du mot syriaque catzi qui signifie une borne; et il fonde cette étymologie sur ce que le mont Casius était en effet comme une borne plantée entre l'Egypte et la Syrie, ce Le dieu qui a un temple sur cette montagne, ajoute Bochart, est le dieu Terme, Jupiter-Terminalis («).)) Il y avait
(«) Acad. des Inscrip. tom. n, pag. 297, 298.
( 96i ) deux monts Casius : l'un séparait laPhénicie de
la Syrie ; l'autre était situé proche Péluse qui était sur l'embouchure du Nil. C'est sur ce dernier que le corps du grand Pompée a été enterré. Jupiter avait un temple sur ces deux montagnes, sous le nom de Casius (a). Le premier était voisin du mont Piérus et d'Antioche; son étendue était de quatre milles. Il était vénéré comme un dieu 5 dit Strabon; c'était Jupiter lui-même qui se manifestait aux hommes sous cette forme, c'est pourquoi les Séleuciens lui avaient élevé un temple (Z>). Trajan, allant combattre les Parthes, fit des offrandes considérables au temple de Jupiter sur le mont Casius ; il lui offrit particulièrement la corne d'un itrus ou boeuf sauvage qui avait été garnie d'or pour s'en servir à boire, et que Trajan victorieux avait rapportée des dépouilles de Décébalus (i65). Adrien, devenu empereur, donna des preuves de sa piété envers J rupiter- Casius ; car, en passant par la Syrie, il monta sur le mont Casius, et sacrifia à Jupiter (c) . L'empereur Julien offrit aussi un sacrifice à Jupiter sur le mont Casius. Libanius dit, en son embassade vers Julien, que Jupiter était
(a) Strab. lih. xvi. -- Plin. lib. y, cap. xn.
(b) Strab. Ibid.
(c) Spartian. Vit.Adr.
adoré sur l'endroit du mont Casius qui penchait du côté d'Antioche. La figure ordinaire de Jupiter- Casius était un rocher ou une montagne escarpée. C'était sous cette figure qu'il était représenté dans son temple de Séleucie, comme il paraît par deux médailles que Taillant décrit dans ses Numismata grœca. Dans l'une, on voit un temple à quatre colonnes , une grande masse de pierres au milieu , deux anneaux aux deux coins du frontispice, et un croissant sur le faîte, avec cette inscription : Seleucensium pieriœ St/riœ. Dans l'autre, on voit pareillement un temple à quatre colonnes, une montagne escarpée au milieu, et un aigle sur le frontispice avec la même inscription. Dans l'exergue, on lit Zeus Kacioc (166). Achille Tatius dit que Jupiter - Casius , dans son temple à Péluse, était adoré sous les traits d'un jeune homme étendant les bras, et tenant dans ses mains une grenade. La forme et la figure du mont Casius avait beaucoup de rapports avec ce fruit (167).
Les dieux patroi, hercii, phratrii, trihules, anaces étaient les mêmes que les dieux pénates, lares, dioscures, genethlii, ctesii, pénétra les , aver~ runcif cabires.
« Les dieux cabires, dit Denys d'Halicar-
( *53 ) nasse (a), les Romains les appellent pénates \ niais ceux qui ont voulu rendre en grec la signification de ce mot les nomment patroi, dieux de la [latrie ; genethlii, dieux de la génération ; clesiï, dieux des possessions; liercii, dieux de l'intérieur. Il semble qu'ils ne leur ont donné ces différents noms que pour marquer leurs diverses propriétés, ou leurs divers attributs : on peut même dire qu'ils n'ont exprimé que la même chose en différents termes (168). » Ces dieux étaient tous les grands dieux du paganisme. Pétrone dit qu'on les appelait, ainsi que les dieux de Samothrace, theous megalous, dieux grands. Vairon avait dit avant Pétrone que les pénates étaient les grands dieux (b). Tristan donne une médaille qui représente Hercule et Junon avec l'exergue dit patrii. Nous avons déjà vu qu'Apollon était le dieu patrôos des Ioniens. Denys d'Halicarnasse, en donnant, d'après Timée, aux dieux pénates un Caducée de fer et d'airain , met Mercure aU nombre de ces dieux, qui sont bien, dit-il, les dieux de Samothrace. On distinguait les pénates publics et les dieux pénates privés : il y avait les pénates du
(a) Dionys. Halicar. lib. i, § lxvii.
[b] Varro unum esse dicit pénates et magnos deos ; nam et in tasi scribebatw: Magjiis deis.
Tom. 1. 32
( 254 ) ciel, de la terre, des enfers, des villes et des maisons. On sacrifiait aux dieux pénates, pêne* tralibus, dans le lieu de la maison le plus retiré (169). (( Dites-moi, Socrate, dit Dionysodore, n'avez-vous point un Jupiter domestique et paternel? — J'ai, répond Socrate, des sacrifices domestiques et paternels : enfin, rien ne me manque de tout ce que possèdent les autres Athéniens. »
Les Grecs adoraient Jupiter-Domestique sous le nom de Jupiter- Ephestios (170). Jupiter- Estiacos était adoré, par les Ioniens, comme conservateur de la maison et maître de la famille («\ Chez les Romains il avait le surnom de Domesticus (171). Une inscription rapportée par Smétius donne ce surnom à Jupiter^).
Les pénates portaient, comme les cabires, le titre de dioscures. La plupart des médailles de Tusculum , consacrées aux dioscures dont le culte était en grand honneur dans cette ville, ont ces trois lettres : D. P. P., Dei pénates. Les monuments d'Athènes attestent le culte des grands dieux dioscures-cabires dans l'Attique. Caius d'Acharnés et Eubule étaient prêtres des dios-
(a) Hesychius. — Gyraldus, pag. 86.
(l>) Arnob. cap. xm.
( 255 ) eures-cabires. Leur temple portait le nom d'^naceum, et l'on célébrait à Athènes les anacea, les fêtes des anaces. Les cabires portaient le nom d'anaces (a), etPausanias dit textuellement que les anaces étaient les mêmes dieux que les dioscures. Suivant Cicéron, les anaces furent les premiers dieux qui portèrent le nom de dioscures, et il ajoute que les dioscures-anaces étaient nés à Athènes (h). D'après le système de l'Apothéose, si cher à la vanité des Grecs, les Lacédémoniens appliquèrent le culte des dioscures à deux héros Spartiates, Castor et Pollux. Les dioscures étaient proprement les dieux tutélaires de la navigation; mais c'était comme dieux suprêmes et en général comme sauveurs des hommes, ce qui s'étendait à tout. Aussi , dans la plus grande partie de la Grèce, on n'adorait sous le nom de dioscures que les divinités du premier ordre, et c'étaient elles qui remplissaient les fonctions de divinités tutélaires de la navigation. Dans l'île de Samothrace particulièrement, où la navigation était en grand honneur, c'est aux grands dieux cabires que les navigateurs adressaient leurs vœux. Dans la Grèce, chaque navi-
(«) Orph. Hvmn. in Caret.
(b) Cicer. De nul. deor. lib. m. -- Bochart, Geogr. sacr. lib. i, cap. i.
( 256 ) gateur invoquait chacun des grands dieux , suivant sa dévotion particulière, etchaque contrée avait adopté l'un d'eux comme divinité tutélaire de la navigation. Erostrate, se trouvant en grand danger sur mer, eut recours à Vénus : c'est Vénus qu'invoque Horace dans l'ode adressée au vaisseau qui doit conduire Virgile à Athènes. Hésiode fait présider la navigation par Neptune et Hécate. Cérès et Isis étaient regardées comme déesses de la navigation, et s'appelaient Pliai iœ. Sur plusieurs médailles on les voit placées sur un phare. Le même attribut était donné à Jupiter- Sérapis, comme dieu suprême. Le nom de maître des tempêtes et des v ents, tempestatum potensy ventorum potens , se trouve sur quelques inscriptions ; mais c'était principalement sous le nom iïOurios, dispensateur des vents favorables , que les Grecs adoraient Jupiter comme dieu tutélaire de la navigation. Il y a eu trois statues de Jupiter* Ourios qui ont été célèbres. L'une était au Capitole , où Quintus Flaminius l'avait consacrée des dépouilles de la Macédoine; l'autre, dans un ancien temple bâti à l'endroit le plus étroit du Bosphore de Thrace (172) ; la troisième faisait partie de la galerie de Verres (i;3).
Les oracles de Didyme étaient sous l'inspection des diosc ures, et l'un d'eux était
( *57 ) Apollon. Une pierre trouvée dans l'île de Délos appelle Sérapis, Isis, Anubis, dioscures. Cicéron distingue chez les Grecs plusieurs dioscures; les premiers étaient les anactes. Les grands dieux cabires-dioscures , qui étaient adorés sous le nom d'anactes à Amphissa , principale ville des Locriens Ozoles, avaient des mystères qui portaient le nom de anactôn paidon. Saint Clément d'Alexandrie appelle anactoteletês les initiés aux mystères des cabires (a). C'est le même nom que les prêtres des cabires portaient dans la Macédoine, où ils étaient très -honorés, surtout à Thessalonique. Les dioscures présidaient à la génération : ils étaient au nombre des dieux conjugales.
Sous ce rapport, les Grecs adorèrent Japiter- Genethlios. Jupiter était donc un des dieux présidant à la génération, génitales. Ils lui donnaient même le soin des noces et du mariage : alors ils l'appelaient Gamelios (174)- Jupiter et Junon étaient adoréspar les Grecs sous le nom de Teleios, comme présidant aux noces (175). Les époux étaient appelés teleioi. On appelait proteleia et progameleia\~ion-sev\emenl les cérémoniessacrées qui avaient lieu avant le mariage, mais les pré-
(a) S. Clem. Alex. Pmtrept. pag. 12.
( 258 ) sents des noces pendant lesquelles on rendait des hommages religieux à Jupiter. Le vase sacré avec lequel on faisait des libations à Jupiter- Soter était appelé teleion. Il y avait sur la place publique à Tégée un autel dédié à Jupiter- Te leios, avec sa statue de forme carrée. Il paraît que cette forme de statue plaisait aux Arcadiens (a). Les Romains adoraient ce dieu sous le nom de Jupiter* Inventor. Il est probablement le même dont Ennuis a ait: Deâm hominumque repertorem vocat. Il avait un autel près la porte Trigémine; on lui sacrifiait un bœuf adulte ; on faisait des cérémonies sacrées dans les mariages en son lionneur (h). Chez les Romains on appelait dii génitales, nonseulement les dieux qui présidaient à la génération , mais ceux dont on croyait que les héros étaient issus : c'était pour Romulus, Saturne, Jupiter, Enée, Mars, Vénus (176).
Les dieux lares, chez les Romains, étaient les mêmes dieux que les pénates. Nigidius, dans Arnobe, atteste qu'ils sont les mêmes que les dieux de Samothrace (c). Ces divinités tutélaires, que les Orientaux appelaient Baalim, de Baal leur
(a) Pausau. Âixad. cap. vin.
(b) Dionys. Halicar. i.Hist, - Plutarch. -- Tit. Liv.-Suet. — Lac tan.
(c) Arnob. lib. m.
principale divinité, les Romains les appelèrent Lares, du mot lar en ancien toscan, qui signifie chef et maître, épithète qu'ils donnaient nonseulement aux dieux et à leurs rois, comme Lar Porsenna, Lar Tolumnius, mais aux chefs de famille. D'après le système du polythéisme , il y avait des dieux lares de différentes espèces : Mars était appelé Lar militaris (a). Suivant Tite- Live , il y avait les dieux lares de la mer : c'était Neptune, Thétis, Glaucus, etc. Tite-Live appelle Neptune Lar permarinus (A), le seigneur des mers. Capella appelle Janus Lar cunclalis, le seigneur qui domine sur tout. Enfin, il y avait le Lar cœlestis, qui n'était autre que Jupiter luimême présidant au ciel.
Le mot de Lar devint le titre des divinités qui n'avaient pas de nom propre. Les dieux des armées étaient appelés Lares liostilii. Il y avait aussi les lares des forêts (c). Il y avait les lares des villes pour lesquels on avait un si grand respect qu'on les invoquait par un genre de chant particulier (d). Il y avait les Lares viciniet violes : c'étaient les dieux Agyœi et Enodii des
(a) Capella. lib. i.
(b) Tit.-Liv. lib xl.
(c) Varro. de Ling. lot. lib. iv.
(d) Macrob. lib. ni, cap. ix.
Grecs. Le Lar familiaris était le dieu chargé particulièrement du soin du foyer (a) : c'était le Lar des esclaves qui, dans le foyer, prenaient leurs repas en présence de leurs dieux ; il différait du Lar de la maison et de la famille, que l'on appelait patrius Çh). ce Les calendes de mai, dit Ovide (p)'j virent élever un autel en l'honneur des Lares prœstites, et les petites statues de ces dieux. Cet autel avait été élevé par les Cariens , mais il tomba de vieillesse. Leur nom de prœstites marque qu'ils sont les dieux tutélaires , sous les yeux de qui tout est en sûreté : ils veillent toujours pour nous et pour les murs de la ville, et ils sont toujours présents. À leurs pieds est un chien, parce que les uns et les autres sont des gardiens fidèles , qu'ils aiment les carrefours , et qu'ils sont l'effroi des voleurs. )) Ce sont les mêmes dieux que les Cananéens plaçaient sur leurs murs pour empêcher leur ville de tomber dans les mains des ennemis. Chez les Romains, comme chez les Cananéens , les dieux lares étaient proprement les protecteurs des maisons et des murs des villes*
(a) Consuescatque rustùut circa Larem Jamiliarem Jocumque demi semper epulaii. ( Columel. lib. xi, cap. i.)
(Z>) Octavo demîan die , muliâ reluctatus itineris dijjicultate , Larem patrium salutavi. ( Syramaq. lib. v, epistol. 72. )
(r) Ovid. Fast. lib. v.
( >6i ) La petite stature paraît avoir été particulièrenient aifectée, chez tous les peuples , aux dieux tutélaires, sans qu'on en puisse rien inférer contre la puissance de ces dieux. Ces dieux ainsi représentés n'étaient pas moins les dieux du premier ordre, les grands dieux du paganisme. Les dieux patœques des Syriens et des Phéniciens étaientBalâ , Astarté, et toutes leurs grandes divinités (a). Ils leur avaient donné une forme orbiculaire, comme à leur Bélus ; mais ils les représentaient sous de petites figures qu'ils plaçaient sur leurs vaisseaux, comme dieux tutélaires de la navigation : ils les plaçaient encore sur leurs tables , comme auteurs et distributeurs de tons les biens qui sustentent la vie et qui donnent la joie des festins, (b. . Cet honneur, les païens le déféraient surtout à Hercule. Stace l'appelle Epitrapezius (c), dénomination qui désignait constamment les divinités que les païens mettaient sur leurs tables. L'Hercule dont parle Stace était un ouvrage de Lysippe, qui représentaituntrès-petithommed'un pied de haut. Si quelques auteurs latins ont distingué les lares des pénates, c'est qu'ils n'ont considéré qu'un
(a) Joan. Swinton Dissert, de numis. Samaritan. et Phœnic. (&) Sacras Jacitis mensas salinorum appositu et simulacris deorum. fArnob.) (c) Stat. Sflu.
Tom. i. 33
( 262 ) des rapports sous lesquels les lares étaient le plus ordinairement adorés, celui de dieux tutélaires des chemins. Plante (a) et une ancienne inscription les appellent violes (h); Suétone, compitales (e). Le mois de mai s'ouvrait par la fête des lares (d). Cette fête s'appelait compitalia ou fête des carrefours, parce que ce jour-là on dressait des tables en leur honneur dans les rues et dans les carrefours. Les grands dieux étaient , chez les Grecs comme chez les Romains , les dieux tutélaires des grands chemins : les Grecs les adoraient sous le nom de Agyœi, Enodii. Jupiter, Bacchus , Apollon, Mercure, etc., étaient les dieux A gyœi. Dans l'acception commune, le mot agyœos signifie chemin. On faisait des sacrifices aux dieux Agyœi pour le départ ou pour le retour d'un voyage (e). Ces sacrifices se faisaient soit par le voyageur lui-même, soit par ses amis. On appelait agyatides les autels qui étaient élevés dans les vestibules des maisons en l'honneur des dieux Agyœi. Ces divinités étaient adorées en dehors de la maison où elles avaient lefars statues, comme
(a) Plaut. Mercat. v, 11.
(b) Gruter. pag. 78.
(c) Sueton. August. vit.
(d) Ovid. Fast. lib. v.
(e) Photius. Bibl. pag. 1142.
( 263 ) dieux bienfaisants et repoussant le mal, alexicaci et malorum depulsores (a). Chez les Athéniens, lorsqu'on annonçait quelques faits extraordinaires ou monstrueux, on sa crifiait aux dieux .^//ce*: on donnait aussi le nom îïagyœos aux colonnes élevées sur les chemins en l'honneur des dieux Agyœi, et aux lieux où l'on plaçait une lumière pour éclairer les voyageurs (177). Les dieux qui présidaient aux chemins étaient encore appelés Enodii, qui viam bonam parant. C'est sous le nom à'Enodios que Mercure était adoré dans File de Paros (Z>). Il y avait à Rome un temple de Jupiter- Redux, qui procure un heureux retour. Domitius Bossus et les soldats étrangers érigèrent une statue à Jupiter-Hedux > pour lui demander l'heureux retour de leurs expéditions. Gruter donne plusieurs inscriptions anciennes en l'honneur de Mercure- Redux et de la Fortune-Redax . Les navigateurs leur sacrifiaient comme aux dieux tutélaires des voyageurs. Les dieux qui présidaient aux chemins étaient aussi appelés Semitales (c). Auguste fixa à deux jours de l'année les sacrifices qui étaient offerts en public à ces dieux (d).
(a) Eustath. Cotnm. in Homer. Iliad. tom. I, pag. 3i6.
(b) Gutberleth. De Myst. Cabir.
(c) Amob.
{cl) Sueton. Fit. August.
Jupiter était encore le dieu tutéîaire des domaines : il était adoré en cette qualité sous le titre de Ctesios, qui préside aux possessions ou aux domaines. Jupiter- Ctesios avait un autel et un temple dans le Pirée (a) : il avait encore un autel à Phlyes, bourg de l'Attique (b). Jupiter- Ctesios était très-honoré par les Athéniens qui lui offraient des fruits de toute espèce avec de l'huile et du lait. Comme dieu tutéîaire des domaines , il était le dieu de la richesse et du commerce auquel il présidait (c). Le mot ctesios signifie aussi en grec locuples, opulentus. Thérapné avait un temple de Jupiter -Plusios ou opulent (d\
Les dieux averrunci, depulsores malorum, doivent être mis au rang des dieux soteres ou dieux tutélaires. Ils étaient représentés ayant à la main un bâton avec lequel ils détournaient les malheurs dont les hommes innocents étaient menacés. Les Grecs adoraient Jupiter comme dieu averruncus, sous le nom ÏÏAlezetor (e). Etéocle, dans la première scène des Sept chefs devant
(à) Antiph. Orat. grœc. Reisk. Uv. vu, pag. 6i'i.
(b) Pausan. Allie, cap. ut.
(c) Harpocrat. V. Ctêsioudios .
(d) Pausan. Lacon. cap. xix.
{e) Sophocl. In OEdip. colon.
( 265 ) Thèbes, en s'adressant à ses compagnons prêts à partir pour cette expédition, invoque Jupiter sous le titre de Alexêtêrios (a) : le latin traduit par averruncus y et le traducteur français par préservateur. Les païens croyaient tenir la victoire de leurs dieux tutélaires, et la rapportaient à eux (Z>). A Lacédémone, c'était ordinairement le roi qui commandait l'armée : avant que de partir pour la campagne , il sacrifiait à Jupiter- A cjetor ou le conducteur, et aux dieux associés de Jupiter. Un ministre prenait le feu du sacrifice et l'apportait aux frontières ; le roi y sacrifiait une seconde fois à Jupiter et à Minerve. Marcellus, après avoir battu les ennemis, adresse ses prières à Jupiter (c). Les dons qui étaient offerts aux dieux pour les secours qu'ils accordaient aux guerriers s'appelaient cliaristêria. Après la défaite de Mardonius, les Grecs élevèrent un autel à Jupiter- Libérateur, pour lui sacrifier les animaux pris sur l'ennemi : ils appelèrent cliaristêria ces sacrifices. Aristide donne même au dieu le nom de Cliaristêrios . Après la prise de Troie, les Grecs offrirent plusieurs sacrifices auxquels Quintus Calaber donne le nom de cliaristêria. DansPlu-
(«) ./Eschyl. scen. prim. vers 9.
(A)Arislid. In Panath.
(c) Plut. MarcelL
( 266 ) tarque, Vie de Timolëon, les Corinthiens offrent des sacrifices auxquels on donne le même titre, ainsi que dans Diodore de Sicile.
Les Romains adoraient le Jupiter- A lexêtêrios des Grecs sous le nom de Victor, épithète que l'on trouve souvent sur les médailles romaines. Papyrius, prêt à combattre, lui voua un temple sous ce nom. Quintus Fabius construisit sur le mont Palatin le temple qu'il avait voué à Jupiter- Victor dans la guerre des Sabins (a). Les Romains lui avaient institué sous ce même nom une fête qui se célébrait au mois d'avril (b), suivant saint Augustin (c). Les Romains célébraient aux ides de juin, en l'honneur de Jupiter, une fête sous le titre de Jupiter-Invincible (178). On voit Jupiter avec le titre de Victor au revers des médailles deDomitien, d'Adrien, Commode, Claudele-Gothique, Carus, Numérien etDioclétien. Au revers d'une médaille de Dioctétien , il y a ime effigie de Jupiter avec les noms de Tutator, Victor et Conservator. Les épithètes de victor et conservator sont fréquentes sur les médailles et dans les inscriptions antiques , mais l'épithcte de tutator
(a) Tit.-Liv.
(h) Occupai apriles idus cogwtnine Pictor
Jupiter, hàc illi sunt data templadie. (Ovicl. Fast. ) (c)S. August. De civil. Dei. lib. vu.
est particulière à la médaille de Dioctétien et à une médaille de Galère. Ce mot de tutator est à peine latin, ainsi que celui de quietator qui est pareillement donné pour épitliète à Jupiter sur ime autre médaille de Dioclétien. Toutes ces épithètes étaient inventées dans l'intérêt des empereurs romains. Dans une médaille de l'empereur Commode, Jupiter a le titre de Sponsor, et tient la main sur l'épaule de l'empereur qui soutient de la main droite un globe, symbole du monde ; ce qui signifie que Jupiter répond que Commode gouvernera dignement l'empire romain. Souvent même on trouve ajoutés à ces épithètes les mots Auguste et César. Dioclétien surtout aimait à enrichir les revers de ses monnaies de pareils titres.
Les médailles antiques présentent souvent Jupiter-Nicéphore. Sur quelques-unes des médailles d'Antioche, on voit le type de Jupiter-Nicéphore : ce dieu assis, le bras étendu, présente une petite figure de Victoire; de l'autre côté, on voit une figure de femme, ornée d'une couronne faite de tours, assise sur des rochers, tenant à la main droite une branche de palmier : c'est le génie de la ville. Le revers de plusieurs tétradrachmes d'Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, présente pour type une figure assise de Jupiter-
( 268 ) Nicéphore, tenant une Victoire d'une main et un sceptre de l'autre (a). Jupiter-Nicéphore, qui recevait son nom de la Victoire qu'il portait, était le Jupiter- Victor, ou plutôt causa victoriarum. La statue de Jupiter d'Antioche était, selon Justin , en or et d'un poids immense , infiniti pondcris. Il tenait une Victoire d'or solide. Le roi de Syrie, Alexandre Ier, étant entré dans ce temple, ne put pas faire transporter la statue de Jupiter; il se contenta d'enlever la Victoire. Bientôt il essaya d'attenter à la statue même du dieu; mais le peuple se souleva, Alexandre prit la fuite et périt (b). Selon saint Clément d'Alexandrie, Antiochus Philopator, dit le Cyzicénien , fit fondre l'or du colosse de Jupiter et y substitua du bronze doré (c). Une médaille de Bal-an-eia, nom qui , dit-on , signifie fontaine de Bélus , représente d'un côté une tête de femme , de l'autre Jupiter assis, tenant de la main droite une Victoire : on a conjecturé, d'après ce type, que Balaneia avait un temple de Jupiter-Nicéphore. Nicéphorium était une ville de Mésopotamie , où Jupiter-Nicéphore avait un temple. Spartien
(a) Viscont. Icon grœc. in~4> tom ni, suppl. pag. 3o8? 309.
(b) Diod. Sic. Excerp. pag. 604.
(c) S. Clem. Alexan.
(a69 ) dit que la réponse faite par le dieu à Adrien lui lit présager sa grandeur future, et son avènement au trône impérial (179).
C'est surtout sous le nom de Férétrien que les Romains adoraient Jupiter qui les secourait en défaisant leurs ennemis. On raconte que Romulus, après avoir tué de sa propre main Acron, roi des Céniniens, peuple de l'ancien Latium, revint à la tête de son armée, portant un trophée qu'il avait habillé des armes d' Acron. Pour éterniser la mémoire de cette victoire, il désigna sur la colline du Capitole une place pour un temple qu'il consacra à Jupiter, sous le nom de Férétrien , et qui fut destiné à recevoir les dépouilles que ses descendants enlèveraient à un roi ou à un général qu'ils auraient tué de leur propre main. Les dépouilles du roi Acron, portées dans ce temple, furent, dit-on, les premières dépouilles opimes. Denys d'Halicarnasse remarque que de son temps on voyait encore les vestiges de cet ancien temple, petit, étroit, et dont les murs, dans sa plus grande largeur, n'avaient que quinze pieds. Plusieurs dépouilles opimes furent consacrées dans ce temple après Romulus : celles de Tolumnius, roi des Etrusques, par Cornélius Cossus; celles de Viridomare , roi des Gaulois,
Tom. 1. 3/
( 27° ) par Marcellus («). Suivant Servius, c'est une loi
de Numa qui prescrivait de suspendre les premières dépouilles opimes au temple de Jupiter- Férétrien. Tite-Live fait aussi mention de cette loi. Plutarque tire l'étymologie du motférétrien àferiendo hostem : on tire encore l'étymologie du nom de férétrien àferendo, parce qu'on lui apportait les dépouilles. Le mot fer ire ne devait pas être encore en usage à Rome du temps de Romulus, dit M. Dacier. Jupiter fut appelé Férétrien du mot grec plieretros, qui signifie proprement un trophée, un tronc d'arbre qu'on habillait des armes de son ennemi. Tite-Live (b) l'appelle ferculum. Il signifie aussi une espèce de char. Sur une médaille consulaire de la famille Acilia, Jupiter-Férétrien est représenté nu sur un char tiré à quatre chevaux, tenant de la main droite la foudre , et de la gauche un trophée ou de riches dépouilles, opima spolia (c). Ce mot exprime en général ce qui se porte, suivant la signification du verbe grec qui en est la racine et qui signifie porter : les différentes acceptions de ce mot rapportées par Dacier en sont la preuve.
(a) Tertiaquo. arma patri suspendet capta Quiiino. (Virgil, Mneid. lib. VI.)
(b) Tit.-Liv. lib î, cap. x.
(c) Montfauc. Anliq.expliq. torn. î, pag. 3g.
( a?1 ) Plutarque lui-même, dans la Vie de Marcelin* y
fait dériver ce mot du grec pheretron qui a été latinisé dans la suite, et qui signifie toute machine à porter, ce qui est conforme au sentiment de Denys d'Halicarnasse, qui dit que férétrien signifie porte-dépouilles. « A l'égard du surnom de Jupiter-Férétrien, dit Denys d'Halicarnasse («), on peut le rendre par le mot grec tropœ ouchos , maître des trophées, ou scylophoros, portedépouilles, ou bien par celui d'hyperphérète, parce que Jupiter est au-dessus de tout, qu'il comprend et renferme en lui toute la nature et le mouvement de toutes choses. »
On trouve , dans une médaille de Claude , le temple à quatre colonnes de Jupiter-Férétrien.
Suivant Pausanias (b) , les Doriens , ayant vaincu les Achéens et les Amycléens , dédièrent à Sparte un temple à Jupiter-Tropœos , tenant un sceptre et une Victoire. On voyait devant le port du Pirée à Athènes une statue semblable de ce dieu.
C'est du temple de Jupiter-Férétrien que l'on tirait sceptrum, le sceptre sur lequel la paix était jurée, et la pierre sur laquelle on faisait le traité.
(a) Dionys. Halicar. Antiq. rom lib.n, § x..\xiv, pag. 99.
(b) Pausan. lib. m.
Il a été appelé Férétrien, dit Festus, de ferre pacem, parce qu'il donnait la paix. Jupiter étaii appelé Sceptriger. Suivant Pausanias, les Chœronenses adoraient un sceptre qu'ils appelaient hasta. On ne lui a pas élevé un temple public , ajoute Pausanias; mais tous les ans le prêtre, qui est nommé, a ce sceptre dans sa maison [a). Dans Eschyle , Parthénopée jure per hastas, ainsi que les héros d'Homère, de Virgile, de Valérius Flaccus, etc. Justin donne pour origine ace culte l'adoration des piques , en remontant à la plus haute antiquité(i8o).LesAlains, qui regardaient les combats comme la gloire et la félicité du genre humain, avaient pour seul objet de leur culte religieux un cimeterre nu, fiché en terre (b). Les Romains, dans les temps les plus anciens, adorèrent une lance, hastam, au lieu de Mars (c). Les anciens Romains nommaient quiris le fer d'une pique : la statue de Junon, qu'on portait au bout d'une pique, était appelée quiritis:on donnait le nom de Mars à la pique consacrée dans le palais de Numa : on célébrait des cérémonies sacrées en l'honneur de Juno-Hasta (181). Le dieu des Sabins était formé par une pique
(a) Pausanias.
(b) Gibbon, tom. v, pag. 170.
(c) Clem. Alex. Protr. lib. vi.
( 273 ) transversale , soutenue sur deux, autres piques plantées debout en plein air, et il se nommait Quirinus, le piquier (a).
Le bois traversé des Romains était une imitation de ce dieu. Le bouclier ancile de Numa, le sororium tigillum de Tullus Hostilius paraissent être autant de marques de la même croyance.
La hache à deux tranchants , qui était l'arme des Saces dans l'armée de Xerxès, et qu'on dit avoir été celle des Amazones, était le symbole de Jupiter, adoré en Carie sous le nom de Labradeus. Cette hache que, suivant la mythologie grecque , Hercule avait enlevée à la reine ïïippolyte et dont il avait fait présent à Omphale , les rois de Lydie la portèrent toujours eux-mêmes dans les combats , et Candaule ne viola pas impunément une coutume que la religion avait en quelque sorte consacrée. Gygès ayant secoué le joug de Candaule, son souverain, implora le secours d' Arsélis de Mysala , ville de la Carie , et chef des troupes cariennes : Arsélis tua de sa propre main Candaule et l'écuyer auquel il avait confié la hache d'Hercule. Gygès, qui était redevable de sa victoire à la valeur d' Arsélis, lui
{a) Qubd fias taquins prisais est dicta Sabinis. ( Ovicl. Fast. lib. v.
(274 ) abandonna la possession de cette hache, et ce général l'emporta en Carie avec les autres dépouilles. Il fit élever une statue de Jupiter qui portait cette hache dans une de ses mains : le temple où l'onplaça cette statue fut appelé le temple de Jupiter-Labradée , du mot labres qui signifie hache. Le bourg même où l'on adorait cette divinité s'appelait Labrada.
Les Mylasiens ont deux temples de Jupiter, dit Strabon (a) : l'un sous le nom de Jupite7*~ Osogo (Z>), l'autre sous celui de Lahrandeus (182). Le premier est dans la ville même de Mylasa 5 le second à Labranda (i83), bourg éloigné de Mylasa , et situé dans cette partie de la montagne que l'on traverse pour aller d'Alabanda à Mylasa. Ce bourg renferme un ancien temple et mie statue de Jupiter- Stratios ou le guerrier, pour lequel les Mylasiens , ainsi que les habitants des villes environnantes, ont une grande vénération. Un chemin pavé, long d'environ soixante stades, conduit du temple à Mylasa : on le nomme le chemin sacré, et il sert aux processions qu'on fait en l'honneur du dieu. Les prêtres du temple sontchoisisparmi les plus notables des Mylasiens,
(a) Strab. lib. xiv, § xvu, pag. G58.
(b) Pausauias écrit ce nom ogoa. ( Pausau. lib. iv, cap. x. )
( 275 ) et conservent cette dignité toute leur vie. Ces deux temples appartiennent à la ville de Mylasa ; mais il y en a un troisième sous le nom de Jupiter-Carien («), lequel est commun à tous les Cariens, qui y admettent aussi les Lydiens et les Mysiens , à cause du lien de fraternité qui les unit à ces deux peuples. Jupiter- Stratios, qui est le même que Jupiter- Lahradeos , mais qu'il ne faut pas confondre avec Jupiter-Carien , comme l'a fait Elien, était adoré en plusieurs lieux. Dans le Pont, proche Héraclée, il y avait des autels érigés à Jupiter-Stratios (b). Appien nous a conservé la manière dont on honorait ce dieu. Mithridate , dit-il , ayant fait une incursion dans la Cappadoce, et ayant chassé les garnisons de Muréna, offrit à Jupiter- Stratios un sacrifice sur le haut d'une montagne, suivant l'usage de ses pères. On élève sur une montagne une très-haute pile de bois; les rois en portent les premiers arbres. Tout auprès de cette pile on en fait une autre beaucoup plus petite. Sur la première on répand du lait, du miel, du vin, de l'huile et toutes sortes de parfums. Sur la pile inférieure on met du pain et différents mets, pour distribuer à tous
(tf)Hérod. lib. i, cap. clxxi, (b) Plia. IX.
( 276) ceux qui sont présents. Cet usage s'observe aussi à Pasargades, dans les sacrifices solennels qu'offrent les rois de Perse. On met ensuite le feu à ces piles de bois. La flamme qui s'en élève est si grande, ajoute Appien, qu'on l'aperçoit en mer de plus de mille stades, et l'atmosphère en est tellement échauffée qu'on ne peut approcher de ce lieu que plusieurs jours après.
On trouve parmi les marbres d'Oxford une pierre qui paraît avoir servi d'autel, avec la hache et l'inscription de J upiter^Labrados et Jupitertrès-Grand. Elle a été trouvée dans un cimetière turc entre Aphrodisias et Hiérapolis, par conséquent en Carie.
On honorait Jupiter sous le nom de Prœdator, parce qu'on lui consacrait une partie des dépouilles : il avait un temple à Rome. Les anciens faisaient fréquemment le vœu de dévouer à Jupiter ou autres dieux la dixième partie des dépouilles de l'ennemi. Après avoir invoqué l'assistance des dieux, ils pensaient qu'ils se les rendraient plus favorables en leur dévouant une partie du butin, et cette idée soutenait leur courage et leurs espérances.
Les guerriers romains invoquaient Jupiter sous le nom de Martine au commencement des combats. Les Grecs l'adoraient sous le nom de
( 277 ) Knyalios{a), qui est proprement la Jupiter Marti s ou Martialis des Romains, et sous celui de Areios. C'étaient aussi les deux noms que l'on donnait à Mars. Jupiter- Areios était le dieu des Épirotes : les rois d'Epire , en montant sur le trône, faisaient des cérémonies sacrées en l'honneur de Jupiter- Areios; ils juraient aux Epirotes de régner suivant les lois et l'équité, et les Epirotes juraient à leur tour de le maintenir sur le trône. Sophocle , dans Pliiloctète, donne à Jupiter le surnom X Areios, quem omnes invocant ac ei supplicant, dit Plutarque dans la Vie de Pyrrhus. Jupiter- Areios était adoré en Elide (h). Il y avait à Olympieun autel que quelques Eléens nommaient Fautel àe Jupiter- Areios (c). Les anciennes médailles représentent Jupiter, aussi bien que Mars, avec les titres de Victor, Ulior^ Propugnator ( i84).^l y avait sur le mont Palatin un temple de Jupiter -Propugnator : Jupiter* Propugnator se trouve sur un grand nombre de médailles romaines. Dans le revers d'une médaille de Maximien, il porte une couronne radiale : il tient de la main droite la foudre, et de la gauche la Victoire (d\
(a) Huet. Dem eu. pag r.5ï.
(6)Pausan. Elid. cap. xiv.
(c) Pausan. Idem.
(</) Montfaucou. Ânliq. exp. tona. 1, pag. 3<), pi. xn.
Tom. 1. 35
Les Romains adoraient Jupiter- Ultor , nonseulement comme dieu de la guerre vengeur des injures faites par une nation à une autre nation , mais parce qu'il vengeait les crimes des scélérats. Montfaucon (a) donne le revers d'une médaille représentant dans une cour triangulaire un temple de Jupiter-Vengeur, comme le marquent l'inscription et la figure même de Jupiter assis à l'entrée du temple. Sur quelques médailles romaines, Jupiter-Ultor tient un fouet à la main, ancien emblème des divinités perses et égyptiennes, et qui, chez les Romains, a été quelquefois appliqué à Jupiter-Ultor; mais le plus ordinairement Jupiter-Ultor était représenté la foudre à la main. On trouve rarement Jupiter-Ultor ailleurs que sur les médailles romaines. Agrippa particulièrement dédia le Panthéon à Jupiter- Ultor (/,).
Les Corcyréens envoyèrent à Jupiter de Dodone un fouet en cuivre, ainsi que sespendants dont les bouts étaient chargés de gros noeuds , également de cuivre. C'est de là qu'était venu ce proverbe exprimant les menaces et la terreur que doit inspirer l'approche des châtiments : Je
(a) Montfaucon. Anliq. expliq.\iv, il, pag.65, pi. nura. II.
(b) Plin. lib. xxxvi, cap. xv.
( *79 ) fouet des Corcyréens (t/). Jupit££-Vengeur était
appelé chez les Grecs Alasior , quôd delinquentes y unir et.
. Jupiter, dieu tutélaire , était encore adoré par les Grecs sous le nom de Phyxios ou fugitif, parce qu'il secourait ceux qui fuyaient vers lui , et ceux qui , menacés de la mort , lui demandaient un asile. Pausanias, après le meurtre de Cléonice, se rangea parmi les suppliants de Jupîter-Phyxios (i85). Le culte de Jupiter-Phyxios était très-ancien en Thessalie : on dit qu'il fut établi lorsque les Thessaliens fuirent le déluge de Deucalion (186). Suivant la fable, lorsque Phryxus fut arrivé dans la Colchide, il sacrifia le bélier à Jupiter-Phyxios, parce qu'il avait évité les embûches de sa marâtre. Il y avait devant la place nommée le Delta , à Argos, un autel de Jupiter-Phyxios (b). Apollonius de Rhodes appelle la m ort phyxios, quôd fu gœ faveat (c). Jupiter était adoré sous le nom de J itpiter-Icetêsios ou Icesios, c'est-à-dire deprecabilis («?), qui supplicûm preces audit et familiarihus miseretur. Les Grecs
(«) Voir Stvab. Exceryta apvèsleliv. vu. -- Zenob. cent. 6; adag. 5. -- Suid. Dodonœum œs. -- Trist. totn. il, pag. fo6.
(b) Pausan. Corinth. cap. xxi.
(c) Apol Rhod. tfcgoii. lib, i.
{cl) Resychius.
( 28o ) appelaient icetêrla les prières et la manière de prier. Eschyle donne à Jupiter le nom dedphiclor, sapplicûni'prœses . Les anciens se servaient, comme suppliants, d'un rameau d'olivier enveloppé de laine (187).
Le prêtre de Jupiter à Rome , ou flamine , était regardé comme une image vivante du dieu, et un autel de refuge pour tous les suppliants qui devaient avoir un accès facile auprès de sa personne, sans que rien pût les en écarter ou leur inspirer de la terreur. Le chien , étant un animal querelleur, était banni de sa maison, comme on le bannit des enceintes où l'on offre des sacrifices , et des lieux d'asile afin que les suppliants puissent y trouver un refuge assuré. Le flamine avait son lit dans le vestibule de sa maison : celui qui tombait à ses genoux était ce jourlà exempt de toute punition ; s'il arrivait chargé de chaînes, on le déliait et on jettait les fers hors de sa maison (a). Les flamines ne pouvaient exercer aucune magistrature. Entre autres motifs qu'en donne Plutarque, il dit que les Romains auraient cru profaner la religion et le culte des dieux, en en confiant le soin à un homme qui aurait prononcé quelques instants auparavant
(a) Plut. Quœst. roman.
( *8i ) (les sentences de mort contre ses concitoyens (a).
Solon avait coutume cl e jurer par Jupiter-Icesios : il jurait encore par Jupiter- Catharsios (/>). Pausanias décrit l'autel qui avait été élevé à Jupiier-Catharsios àOlympiè (c) : c'est Jupiter-Piacularis, expiateur (cl). Hérodote raconte le meurtre d'Atys, fils de Crésus, tué par Adraste. La douleur de Crésus fut d'autant plus vive qu'il avait lui-même purifié d'un homicide celui qui en était l'auteur. S' abandonnant à toute sa douleur, il my o c[i\aït Jtipite?- Catharsios, non-seulement comme dieu expiateur, c'est-à-dire qui fait expier auxhommes les fautes qu'ils ont commises, mais comme dieu protecteur de l'hospitalité et de l'amitié.
Les expiations chez les Lydiens, dit Hérodote (e), ressemblent beaucoup à celles qui sont usitées en Grèce. Personne n'a décrit avec plus d'étendue et d'exactitude les cérémonies qui s'observaient dans les expiations qu' Apollonius de Rhodes (/)• On s'asseyait en silence
(ci) Plut. Qucest. roman.
(b)3 Pollux.
(e) Pausan. Eliac. cap. xiv.
(cl) /Eschyl. Suppl. vers. i.
(e) Hcrod lib. i, cap. xxxv.
(/) Apoll. Rhocl. lib. iv.
sûr le foyer, les yeux baissés, et l'on enfonçait en terre l'instrument du meurtre. Celui dont on implorait la protection reconnaissait à ces signes qu'on demandait à être expié. Alors il prenait le petit d'une truie qui tétait encore, l'égorgeait et frottait de son sang les mains du suppliant. Il employait ensuite des eaux lustrales, en invoquant Jupiter- Expiateur. On emportait hors de la maison tout ce qui avait servi à l'expiation. Il brûlait ensuite des gâteaux, en versant de l'eau et en invoquant les dieux, afin d'apaiser la colère des Furies, et pour se rendre Jupiter propice.
Il y avait aussi les expiations publiques. A Rome, on faisait tous les cinq ans les cérémonies du lustre ou de l'expiation publique, dans lesquelles une prière était adressée aux dieux, pour l'accroissement de la prospérité et du territoire de la république. Lorsque le second Scipion fut chargé de la prononcer, il lui fit subir cette honorable modification : « Dieux, faites que la patrie demeure à jamais intacte et inviolable (a) ».
Pendant quelques siècles, à Rome, on ajouta aux jeux du Cirque un jour de fête appelé instau* ratilius ou renouvelé. Cette fête avait pour objet
{a) Valer. Max. IV, t, io.
( 28?, ) dé fléchir la colère du dieu : sa légende était la même que celles sur lesquelles on fondait rétablissement des jeux séculaires, et tant d'autres fêtes destinées à détourner des hommes les maux physiques.
Comme vengeur implacable et sévère de ceux qui violent l'hospitalité , Jupiter était adoré sous le nom de Icesios ou Euzenios (a). Les anciens rendaient à Jùjrifer-Xentos ou hospitalier un culte d'autant plus respectueux que c'était un grand crime chez eux que de violer l'hospitalité. Les présents que l'on faisait aux hôtes s'appelaient xenia : ce nom était aussi donné aux présents que les gouvernements faisaient aux ambassadeurs des autres nations (fi). Jupiter- Xenios avait une statue à Lacédémone sur la place publique (c). Les interprètes d'Apollonius de Rhodes (d) écrivent que Jupiter-Xenios était adoré sur le promontoire Genethœiimy&v les Tibaréniens, peuple delaScythie(i88).
Sous le rapport de la bienfaisance , les anciens
(a) Pausanias rapporte cet oracle de Dodone : Neque supplices injuria affîcerc; supplices enim sancti et puri. (lib. vu, pag. 447- )
(è)Gvrald. pag. 9:.
(c)Pftusan. Lacon. cap. xi.
{cl) Apollon, lib. n. -- On trouve dans Apollonius un grand nombre de passages relatifs a ce culte.
( 284) rendaient de grands hommages non-seulement à Jupiter lui-même, comme nous venons de le voir, mais à sa planète. Ils lui donnaient tous les caractères du principe bienfaisant : c'est l'astre d'Orsmud et d'Osiris (a). L'astre de Jupiter, dit Sextus Empyricus , rend bon, bienfaisant, et donne la maturité de la sagesse (Z>). Les Arabes donnaient à la planète de Jupiter le nom de tzedeck ou de sydyc (c). Il figure dans la cosmogonie phénicienne sous le même nom, que l'on traduit par juste (d). Tous les caractères que les Arabes donnaient à cette planète présentaient l'idée de bienfaisance. Dans la science des astrologues, la planète de Jupiter présidait au onzième lieu appelé bon génie. Ce lieu astrologique se liait à celui appelé bonne fortune , auquel présidait Vénus (189).
Pour chaque bienfait de la divinité, les anciens donnaient à Jupiter un nom analogue, lui rendaient un culte et célébraient des fêtes en son honneur sous ce nom. Parmi ces cultes , il en est qui nous paraissent ridicules et indignes de la majesté divine, parce que nous voulons toujours
(a) Plin. Hist. nat. lib. n, cap. vin.
(b) Sext. Empyr. Adv.math. lib.v, pag. 114 (c)Seld. De diis 5/nï.s.cap. 1, pag. 77. (<Y) Kuzeb. Prœp. cvang. lib. 1, cap. x.
( a85 ) juger d'après ce que nous avons sous les yeux, et que nous n'admettons aucune différence entre les anciens et nous, pas môme celle des climats. Nous donnons pour exemple le culte que les Eléens rendaient à Jnpiter-Apomios, chasse-mouches. Ils lui faisaient tous les ans un sacrifice pour être délivrés des mouches. Ce dieu était aussi adoré chez les Romains sous le nom de Muscarius. Pline (a) nomme ce dieu Myagrios , et ailleurs Myiodes (190). Ces insectes sont très -communs et très-fàcheux dans les pays chauds (191). Les incommodités qu'ils causaient à certains peuples anciens étaient telles que , en quelques endroits , on était obligé de coucher sur des tours pour les éviter. Les moucherons furent la troisième plaie d'Egypte, et les mouches la quatrième (b). Homère (c) dit que Minerve donna à Ménélas la hardiesse de la mouche, ce qui marque l'importunité de cet insecte et sa témérité. Béelzébuth, dieu des Accaronites, avait, comme Jupiter et Hercule, le pouvoir d'écarter ces animaux, et ce culte était parfaitement dans l'esprit du polythéisme, dont le trait caractéristique est
(û)Plin. Hist. nat. lib. x, cap. xl. — lib. xxix, cap. xxxiv. (Z>) Exod cap. vm, § xvi, xxi.
(c) Horaer. Iliad.
Tom. 1. ,36
( 286 ) d'adorer la divinité dans chacun des rapports particuliers qu'elle peut avoir avec l'homme.
On peut en dire de même des hommages rendus à Jupiter sous les noms de Exacestêrios , parce qu'il avait le pouvoir de guérir dans les maladies Ça) ; de Eupnos , sous lequel il était adoré à Delphes , et de Epipnos dans l'île de Chio. L'un et l'autre nom signifie : qui procure un bon sommeil , bonum somnum inducentem. C'est de Jupiter que venaient les songes. De talaios, qui donne des secours dans les misères, qui in miseriis succurrit , les Latins donnaient à Jupiter le nom de Opitidus et Opitulator, parce qu'il portait des secours aux indigents , quasi opis lator. Les Arcadiens adoraient Jupiter- Cynetheos comme dieu de la chasse , qu'ils aimaient beaucoup.
(a) Hesyc. Vovez exacestêrios, qui vient de exaceô, je guéris.