‹ Religions de la GrèceChapitre 13 sur 24 · CULTE DE JUPITER , OU DU PREMIER ETRE COMME DIEU PUISSANT · texte numérisé non relu

CULTE DE JUPITER , OU DU PREMIER ETRE COMME DIEU PUISSANT

La puissance et la bienfaisance sont inséparables dans l'idée que nous pouvons nous former de la divinité ; mais l'esprit de division, caractère distinctif du polythéisme, était tel que le culte de Jupiter était moins fréquent sous ces deux rapports que sous l'un d'eux en particulier. C'est néanmoins comme dieu bienfaisant et puissant que les Grecs adorèrent Jupiter, l'ancien cabire (192). C'est sous les mêmes rapports de bienfaisance et de puissance qu'ils adoraient Jupiter sous le nom ÏÏYpatos, le Jupiter Opbimus-Maximus des Romains. Pausanias prétend (a) que Cécrops fut le premier qui donna la qualification ÏÏYpatos à Jupiter : il défendit de lui rien immoler qui eût vie, mais de lui faire seulement des libations^ 93), parce qu'il pensait que la nature divine repoussait toute cruauté de ses autels, elle à qui la clémence et la bienfaisance conviennent seules.

(a) Pausan. Arcad- cap. i.i,

( 288 ) La chronique de Paros dit aussi que Cécrops établit le culte de Jupiter, mais cela est très-peu vraisemblable. Ce culte fut apporté dans l'Attique postérieurement à Cécrops, qui donna aux Athéniens le culte de Neith ou Minerve. Devant l'entrée de YErechteum à Athènes, il y avait Faute! de Jupiter -Ypatos, sur lequel on ne sacrifiait rien qui eût eu vie : on y offrait seulement des gâteaux, et on ne se servait pas de vin dans ces sacrifices. Il y avait en Béotie, au-dessus de Gliante, le mont Ypatos, sur lequel était le temple de Jupiter^Ypatos avec sa statue (a).

Culte de Jupiter- Olympien. — Jupiter- Capitolin.

Considéré sous le rapport de la puissance, le culte le plus célèbre du Démiourgos , du dieu suprême des Grecs , a été celui de Jupiter- Olympien.

Imperio superos qui régit atque liomines. (Theogonù.) Les anciens donnaient le nom d'Olympe à la substance pure qui circulait vers la circonférence de l'immense cercle des cieux, et dont ils faisaient la demeure principale de l'Etre suprême [h). Mais les Grecs ne se contentèrent pas d'adorer Jupiter et les dieux habitants du ciel : leur ima-

(a) Pausan. Arcad. cap. xix. — Bœot.

(b) Plut. De Placit. philosoph. lib. il, cap.*x.

( a89 ) gination les rapprocha d'eux en leur assignant des stations favorites sur la terre. La chaîne élevée de l'Olympe , séparant le royaume de la Macédoine des plaines fertiles de la Thessalie , est distinguée par plusieurs circonstances qui lui méritèrent de la part des Grecs l'honneur de représenter le ciel , d'être regardée sur la terre comme le séjour des dieux, et d'être l'Olympe terrestre. Cette longue suite de montagnes présente des régions où se forment les orages et les tempêtes. Ses côtes ondulantes sont couvertes de bois et entrecoupées de torrents. Ses sommets fantastiques , pointant au-dessus des nuages , réfléchissent durant le jour les rayons du soleil, et brillent quelquefois au milieu de la nuit de la lueur des aurores boréales (a). Chaque divinité eut donc son palais le long des retraites de cette montagne. Son sommet le plus élevé était le séjour de Jupiter, qui y rassemblait souvent le conseil céleste. C'était de là qu'enveloppés d'un voile de lumière , les protecteurs du genre humain descendaient et se manifestaient aux mortels.

Il est certain que le culte de Jupiter avait été

(a) Voir la description qu'Homère donne de l'Olympe dans VOdissèe, liv. vu, vers. 42.

établi clans l'Elide, et que les bords fertiles et pittoresques de l'Alphée avaient été consacrés à ce dieu avant la conquête des Doriens. Il est également certain que, d'après l'usage ancien et sacré des siècles héroïques (a), les jeux athlétiques avaient été célébrés plusieurs fois dans l'Elide par les chefs assemblés pour honorer des cendres illustres ( 1 0,4) • Après la conquête des Doriens qui, selon toutes les probabilités , donnèrent à Jupiter de l'Elide le surnom d'Olympique , qui était consacré dans leur pays, des guerres extérieures, des troubles intérieurs agitèrent la Grèce. Ces calamités affligeaient particulièrement le Péloponèse , et menaçaient même son existence à l'époque où vivaient Lycurgue à Sparte, et Iphitus dans l'Elide qu'il possédait comme descendant d'Oxylus , à qui cette province avait été laissée dans le partage général. Lycurgue pourvut à la sûreté de Sparte par ses lois et par une discipline sévère. Le principal but d'Iphitus fut de protéger l'Elide contre l'invasion dont elle était menacée par des voisins puissants, en y établissant de grandes solennités (b). Il eut recours à l'oracle de Delphes , qui toujours disposé à favoriser les vues des rois et des législateurs, déclara, selon son

(a) Homer. lliad. xxm.

(b) ïhucyd. lib. i. -- Plut. In Lycurg.

( 291 ) vœu, que des fêtes seraient célébrées à Olympie, et qu'une amnistie serait proclamée pour tous les états qui voudraient les partager et apaiser le ciel [a). Fort de cette autorité, et aidé des conseils de Lycurgue , Iphitus prit les mesures nécessaires pour l'établissement de ces solennités. Précédemment les hymnes et les sacrifices faisaient seuls partie du culte des dieux : les jeux où brillaient l'adresse et la force du corps étaient destinés à honorer les guerriers décédés. Iphitus remit ces deux objets dans sa nouvelle institution. L'amnistie fut proclamée dans le Péloponèse, et le commandement de l'oracle promulgué dans les parties les plus éloignées de la Grèce. La fête, qui durait cinq jours, commençait et finissait par un sacrifice à Jupiter-Olympien. L'intervalle de ce temps était principalement rempli par les exercices de la gymnastique , dans lesquels tous les hommes libres, d'extraction grecque, étaient admis à concourir, pourvu qu'ils fussent nés d'un mariage légitime , et qu'ils ne fussent point entachés d'infamie. Suivant les écrivains grecs, l'ordre des exercices fut déterminé par Lycurgue : Iphitus établit les autres cérémonies , régla le retour périodique de la fête

(a) Phleg. Apud Euseb.

( 292 ) à la fin de chaque quatrième année , au mois de

juillet, et donna à tout l'ensemble des solennités cette forme et ces lois qui les maintinrent au-delà de mille ans, temps qui excède la durée des royaumes et des républiques les plus célèbres de l'antiquité (a). Mais lorsqu'on examine les jeux Ëléens , et qu'on en étudie l'histoire , on demeure convaincu que plusieurs règlements, attribués à la sage législation d'Iphiius ou de Lycurgue, furent introduits par le temps ou par des circonstances particulières, qu'ils furent perfectionnés par des essais répétés, et qu'ils furent confirmés parce que leur utilité fut reconnue» Cette institution, en ne la considérant même que sous le rapport politique, a été éminemment avantageuse à la Grèce. Toute la nation grecque s'y rassemblait : elle facilita le commerce, excita le goût des connaissances , adoucit les préjugés et la férocité de ces barbares, hâta les progrès de la civilisation. Elle fut un point de réunion entre la Grèce et ses innombrables colonies; -elle entretenait entre les plus éloignées des relations qui autrement eussent été perdues. Le sentiment de la gloire et de la prospérité nationales s'y exaltaient à un haut degré.

{a) Voir la dissert, sur les jeux olympiques, par West, et les auteurs qu'il cite.

( *93 ) La statue de Jupiter à Olympie représente

bien le maître de l'univers, le souverain de tout ce qui existe. On dit que Phidias (a) en conçut l'idée d'après ces vers d'Homère (/>). ce J'aurai soin d'accomplir , dit Jupiter à Thétis, ce que vous souhaitez ; et , afin que vous n'en doutiez , je vais vous le confirmer par un signe de tête, qui est la marque la plus certaine dont je scelle la vérité des promesses que je fais aux immortels; car, tout ce que j'ai autorisé par la majesté de ce signe est irrévocable et ne manque jamais d'arriver. En même temps il fit un signe de ses noirs sourcils ; les cheveux sacrés furent agités sur la tête immortelle du dieu , et il ébranla tout l'Olympe'.» Paul-Emile, étant entré dans le temple de Jupiter à Olympie , fut frappé à la vue de la statue , et il s'écria que le seul Phidias avait su exprimer le Jupiter d'Homère (c). Au siècle de Pline , on convenait que Phidias , dans le monument d'Olympie, n'avait pas eu d'égal (d); et Epictète se plaint de la folie des hommes de son âge, que la curiosité portait à entreprendre le voyage de i'Elide uniquement pour admirer le

(a) C'est ce qu'on raconte aussi du peintre Euphranor. (Z>) Homer. lliad. lib i.

(c) Polyb. lib. xxx, cap. v.

(d) Plin./owm Olympium quehi nemo oemulatuPi

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chef-d'œuvre de Phidias, et contempler la majesté du maître des dieux (à).

Cette statue représentait le dieu assis sur un trône d'or et d'ivoire, ayant sur la tête une couronne de feuilles d'olivier : de la main droite il tenait une Yictoire ornée de bandelettes et couronnée ; de la gauche un sceptre. L'aigle reposait sur le bord de son sceptre; sur son manteau étaient gravés toutes sortes d'animaux, toutes sortes de fleurs , et particulièrement des lys : on avait peint sur le trône divers animaux (b).

On a conjecturé que ces figures d'animaux et de fleurs présentaient une intention allégorique. On a interprété comme signes du zodiaque le mot zodia, qui ne signifie autre chose que figures : on a pensé que différentes zones de figures et d'emblèmes , tracées par bandes sur l'étoffe , y étaient autant d'indications de l'empire de Jupiter sur tous les êtres créés. C'est dans un motif à peu près semblable que Raphaël a peint sur le manteau de la Philosophie les attributs caractéristiques des différents règnes de la nature; mais on ne peut faire à cet égard que des conjectures. Lucien (c) nous apprend que l'athlète victorieux

(a) Arrian. Epistol. lib. i, cap. vi.

(b) Pausan. ELiac. cap. xi.

(c) Lucian. Demonax.

portait un manteau à (leurs : on a conjecture que Phidias, en revêtant de cette robe triomphale le dieu d'Olympie, n'avait eu d'autre intention que celle de se conformer au costume; ou bien il put très-naturellement parsemer de fleurs et d'ornements la draperie de son Jupiter, sans se proposer d'autre objet cpie de lui donner l'étoiFe la plus riche.

L'aigle placé au sommet du sceptre de Jupiter était le signe de la puissance. Les rois de l'Asie avaient coutume de placer l'aigle au sommet de leurs sceptres. Cet usage était très-ancien. ccAgamemnon et Ménélas , dit Aristophane , en avaient toujours un au-dessus de leurs sceptres. Les rois sur le théâtre ne paraissaient pas sans être accompagnés d'un oiseau. » Ainsi ce symbole de la royauté devait caractériser le monarque des dieux : dans le conseil des dieux, l'aigle est assis sur le siège de Jupiter (a). Cléarque, tyran d'Héraclée, qui se prétendait fds de Jupiter, faisait porter devant lui un aigle , lorsqu'il se présentait en public , comme le double symbole de sa nais^ sance et de sa puissance.

Après le culte de Jupiter-Olympien en Elide , culte dont les détails sont si connus et ont été si

(«) Luciau.

souvent décrits, c'est à Athènes qu'il était honoré avec le plus de splendeur. Les anciens nous donnent la plus haute idée de son temple : il avait été commencé par Pisistrate; les troubles qui suivirent sa mort laissèrent l'ouvrage imparfait ; ses enfants y firent travailler (a) , mais ils ne l'achevèrent pas. Tout imparfait qu'il était, ce temple ne laissait pas que d'exciter l'admiration (A), Persée, roi de Macédoine, voulut le finir (<?). Peu de temps après, Antiochus Epiphanes reprit ses travaux (l9.5), et il poussa cet ouvrage assez loin pour qu'il fût regardé comme un des quatre plus beaux édifices de la Grèce (d). Sous le règne d'Auguste, les rois alliés des Romains entreprirent de le terminer, pour le dédier au génie de cet empereur (e) ; mais ils ne purent y réussir : cet honneur était réservé à Adrien , qui, l'an 126 de notre ère, fit construire la nef de ce temple et y fit ériger une statue admirable par sa grandeur, par la richesse de la matière (elle était d'or et d'ivoire) et par la beauté du travail. L'enceinte de ce temple n'avait pas moins

(rt) Aristot. Polilic. lib. v, cap. n.

(b)Géog. minor. tom. 11, pag. 8.

(c) Tit.-Liv. lib. xii, cap. xx.

(r/)Vitniv. Pvœf. lib. vu'.

(c) Suet. Vit. Jugust. cap. x\.

C 297 ) 4e quatre stades de tour. Ou remarquait divers

monuments anciens dans cette enceinte, et particulièrement un Jupiter en bronze , le temple de Saturne et de Rhéa , et l'enceinte consacrée à la Terre surnommée Olympienne (a).

Il est probable que V Olympeum , à Athènes , fut un ouvrage hors de proportion avec les ressources du siècle où il fut commencé; ce qui explique pourquoi sa construction resta si souvent et si long-temps interrompue (196). On est tenté de croire , en lisant ce que disent les anciens de toutes les magnificences qui ornaient ce temple après son achèvement par Adrien, qu'aucun monument, dans les beaux temps de la Grèce , n'eût pu lui disputer la prééminence.

Il y avait à Mégare une enceinte dédiée à Jupiter-Olympien , dans son temple était une statue du dieu, sur la tête duquel étaient placées les Heures et les Parques : cette statue n'a pas été achevée à cause de la guerre du Péloponèse. Elle était de Théocosmos et de Phidias. Le Jupiter de Mégare et le Jupiter d'Olympie avaient des rapports très-remarquables, et on croirait que le Jupiter de Mégare fut comme la première pensée de celui d'Olympie. Les Mégariens ont

(a) Pausau. Allie, cap. xvm.

( 298) entrepris cet ouvrage probablement dans le même temps que les Athéniens embellissaient, sous Périclès , leur ville et leur citadelle. Tout porte à croire que YOlt/mpeum de Mégare fut rebâti à cette époque où il y avait un grand concours d'émulation et d'efforts entre toutes les villes de la Grèce. Pausanias en parle comme d'un grand monument qui était digne d'admiration. Il est présumable que la statue destinée à être terminée en or et en ivoire fut une statue très-colossale. La tête seule de Jupiter fut terminée en ivoire ; le corps , qui devait être revêtu en ivoire, fut laissé de terre et de gypse (a). Au sortir de l'enceinte consacrée à Jupiter, on trouvait le temple de Jupiter- Conios, qui n'avait pas de toit (A). Il y avait aussi à Athènes un temple de Jupiter*- Conios, pulverius (197).

Jupiter-Olympien avait des temples dans beaucoup d'autres villesdela Grèce : à Argos, à Patras, à Sparte, à Corinthe. A Patras, sur la place publique, le dieu était assis sur un trône, et Minerve était debout auprès de lui (c). A Sparte, outre son temple, une statue de Jupiter-Olympien

(a) Pitusan. Aide. cap. lxi.

{b) Pausan. Ibicl.

(c) Pausan. Acluric. cap. xx.

( *Q§ ) avait encore été érigée clans un bâtiment rond,

près du Scias , édifice où les Lacédémoniens tenaient leurs assemblées (a). Agésilas ayant envoyé chez les peuples du Péloponèse pour les engager à prendre part à son expédition d'Asie, les Corinthiens en furent détournés, quelque envie qu'ils en eussent, par l'incendie subit de leur temple de Jupiter-Olympien, ce qui leur parut de mauvais augure (h), A Ephèse, le temple de Jupiter-Olympien était près les portes Magnétides (c). Le beau temple de Jupiter-Olympien à Syracuse était situé dans la partie de la ville appelée Acradine (d). La statue du Jupiter-Olympien de Syracuse appartient à la même époque que celles du Jupiter de Mégare et du Jupiter d'Olympie. Yers les premiers temps de la guerre du Péloponèse, Denys le tyran le dépouilla ironiquement de sa draperie d'or, pour lui en substituer une de laine. Ce manteau d'or était d'un très-grand poids ; il était le produit des dépouilles des Carthaginois, dont Hiéron avait orné la statue du dieu. Lorsque les Athéniens eurent pris à Syracuse le temple de Jupiter-Olympien, ils

(a) Pausan. Lacon. cap. xn, xiv.

(Z>) Ibid. cap. ix.

(c) Ihid. cap. n.

(d) Cicer. In Verr. act. iv, § lui.

( 3oo ) n'enlevèrent aucune des offrandes, qu'ils laissèrent toutes à la garde du prêtre syracusain («). Dium, ville littorale de Macédoine dans la Piérie, adorait Jupiter-Olympien. On y donnait des jeux olympiques (h). Ces jeux avaient été institués par le roi Archélaùs (<?). On a des médailles de cette ville où Jupiter est représenté ayant une proue de vaisseau à ses pieds , parce que cette ville était sur les bords de la mer. Le temple de Jupiter avait été construit en dehors de la ville (d). Ce temple fut pillé par Scopas, général des Etoliens (e). Pindare parle, dans la neuvième Pythique, des fêtes olympiques que 1 on célébrait dans la Macédoine. Il y avait, dans ces fêtes des combats comme dans l'Elide. Les cérémonies sacrées avaient lieu avant ces combats. Une ancienne inscription nous apprend qu'il y en avait à Smyrne, à Alexandrie et à Nicée (/). Dans les repas , la première libation se faisait en l'honneur de Jupiter-Olympien (g).

(«)Pausah. Pkocid. cap. xxvui.

{b) Stepban. Hdc voce.

(c) Scholiast. Demosih.

(ri) Tït.-Liv. decad. 5, lib. ni.

(e) Polyb. Hist. lib. i v, pag. 326. — Vaillant. Num. œrea. imper. tora. n, pag. i3.

(y) Eustath. In Dionys. — Meursius. tora. ni, pag. 931. (e)J. Pollux.

( 3o] ) Le .Jupiter-Capitolin des Romains était le même que le Jupiter-Olympien des Grecs. Son temple ayant été brûlé du temps de Marins, S y lia le fit rebâtir et l'orna des colonnes du temple de Jupiter-Olympien qu'il fit apporter de la Grèce. C'est Jupiter-Capitolin que Cicéron appelle Optimus-Maximiis (a). A Héliopolis il y avait un temple dédié à Jupiter-Capitolin (b) , avec l'inscription /. O. M. H.,Jovi Optimo-Ma- .rimo Heliopolitano. A Antioche, il avait un temple magnifique (c). Le temple le plus renommé qu'il y eut à Rome était celui de Jupiter-Capitolin : il est représenté sur plusieurs médailles. Le IS ardini donne un plan de ce temple qui fut bâti par Tarquin-le-Superbe, et consacré par M. Horatius Pulvinus (d), sous le consulat de J. Brutus et de ce même M. Horatius (198). Il fut encore brûlé depuis que Sylla l'avait fait rebâtir, comme nous venons de le dire , et il fut restauré par Vespasien : il périt de nouveau par un incendie, etDomitien le fit reconstruire avec plus

(a) Quo circa te, Capitoline, quem propter bénéficia pnpulus romanus Optimum, propter vini Maximum appellavit.

(b) Jupiter Optimus-Maximus , cujus nulu et arbilrio cœlum, terra, maria reguntur. ( Cicer. Orat. pro Roscio. num. !p . )

(c) 'lit -Liv. dec. 5. lib. r.

{d) Polyb. lib. m, cap. xxn.

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de magnificence qu'auparavant. On y voyait les tables de bronze des lois romaines , dont un autre exemplaire se conservait dans les archives (a), La statue de Jupiter de ce grand temple était anciennement de plâtre , selon quelques-uns ^ ou de terre cuite , selon les autres : on la fit ensuite en or massif. Outre cette statue principale , ce temple possédait une autre statue que Titus-Quintius Cincinnatus avait apportée de Préneste. On voyait dans la cour du même temple une statue de Jupiter en bronze et celle de Jitpiter-Imperator> qui , comme nous l'avons dit , avait été apportée de la Macédoine à Rome par Titus-Quintius Flaminius. Celle-ci, dit Cicéron, fut frappée de la foudre et refaite ensuite, mais à une époque antérieure à celle où les artistes grecs vinrent à Rome. Le Capitole avait plus de temples et de statues de Jupiter que tout le reste de la ville de Rome : tous étaient fort petits, excepté le temple de Jupiter-Capitolin , qui avait cent quatrevingt-quatre pieds de longueur et une largeur proportionnée. C'est dans ce temple que le culte de Jupiter était le plus majestueux; c'est là qu'on lui rendait les plus grands honneurs, et qu'on lui marquait la plus grande vénération. Jupiter fut

(«) VoirPolybt lib m, cap. xxvi.

( 3o3 ) encore nommé Tarpeius de la roche Tarpéienne sur laquelle le Capitole était construit (199). Les antiquaires disent que Jupiter-Capitolin était distingué des autres par le bandeau royal ou le diadème. Cependant sur les médailles consulaires, où il a le titre de Capitolimts , il n'a pas le bandeau royal. Il faut avouer, dit Montfaucon (#), qu'il n*y a rien sur ces Jupiters-Capitolins qui les distingue clairement de plusieurs autres, qui certainement ne représentent pas le Jupiter du Capitole.

Corintlie avait un temple du Jupiter-Capitolin des Romains, qu'on pourrait nommer en grec Coryphée, dit Pausanias {h). Ce nom de Coryphée ou très-haut a été souvent donné à Jupiter auquel on était dans l'usage de dresser des temples et des autels dans les lieux les plus élevés et sur les plus hautes montagnes (200).

Jupiter-Capitolin était revêtu d'une robe de pourpre que les triomphateurs portaient dans la cérémonie du triomphe.

L'empereur Adrien fit bâtir sur les ruines du temple de Jérusalem un temple qu'il dédia à Jupiter-Capitolin (c). La ville de Jérusalem fut ap-

(«) Moutfauc. Jnliq. exp. tom. i, pag. ^o.

(b) Pausan. Corinth. cap. iv.

(c) Vaiilaut. Num. œiva imper, tom. 1, pag. 252.

(3o4) pelée depuis ce temps JElia-Cafitolina. Le premier nom était pris d'Adrien, JElius-Radrianus. On trouve sur les médailles la figure de ce temple, quoique très-imparfaite. Le revers d'une médaille de Marc-Aurèle présente un Jupiter-Capitoiin comme dieu suprême à'JElia- Capitalina. Si Ton en croit Jornandès, Caligula avait déjà fait placer à Jérusalem par Pétronius la statue de Jupiter; Titus imposa les Juifs à l'impôt d'un didrachme tous les ans pour Jupiter- Capitolin , afin que le dieu conservât les lois de leur patrie (a).

Properce appelle Jupiter-Capitolin Latial (b). Jupiter-Latial était la grande divinité d'Albe {c)y où il avait un temple révéré de tous les peuples latins, qui venaient y adorer la divinité. La fête des quinquatres était célébrée à Albe comme à Tusculum. Cette ville avait des vestales avant la fondation de Rome. Au-dessous d'Albe était Férentum, où se célébraient les fériés latines (201) dans un bois sacré et à la source d'une fontaine sacrée \d). Macrobe dit que latiar était une fête solennelle des Latins : on lit dans plusieurs au-

(a) Suet. In Feapasian.

(b) Assuescunt Latioparta tmphcea Jovi ( Propert. )

(c) Et residens celsâ Latialis Jupiter Âlbâ. (Lucaii.)

(d) Ad caput aquee Serentinœ. ( Tit.-Liv. )

très auteurs latins Jovem-Latiarem (#). Il est certain que les Romains ont offert des victimes humaines à Jupiter- Latialis. Ce fait est attesté nonseulement par Tertulien, Lactance et Minuùus Félix, mais encore par Tite-Live, Pline et Plutarque (/>). Yoici comment s'exprime Plutarque : ce A l'approche de la guerre des Gaulois, sous la conduite de Yiridomate , les Romains furent forcés d'obéir à certains oracles contenus dans les livres des sybilles : ils enterrèrent tout vivants deux Grecs, homme et femme, et deux Gaulois. Ils font encore aujourd'hui, dans le mois de novembre, des sacrifices secrets que le peuple n'a pas la liberté de voir. » Tite-Live et Pline avouent que ce sacrifice fut ordonné et exécuté plusieurs fois au même lieu (le marché auxbœufs), surtout au commencement de la guerre punique qui suivit celle de Viridomate.

§ ii

Jupiter- Olympien tire son origine de l'Orient. — Adonis, Bélus , Mo loc h , Ph ta .

Jupiter-Olympien tire son origine de l'Orient : c'était l'ancienne divinité de T vr. Le roi Hiram

(</) Festus. In oscilla.

(6)Tit.-Liv. lib. xxi, lvii. -- Plin. lih. xxyiir, n. - Plut, fn Marcello.

( 3o6 ) réunit son temple à la ville , comme le raconte Josephe («). C'est ce qui a fait croire à quelques savants que les Grecs durent l'établissement des olympiades aux Phéniciens, qui célébraient euxmêmes à Tyr des jeux pareils en l'honneur d'Hercule-Tyrien. Quelques-uns d'entre eux ont même pensé que c'était le motif pour lequel les Grecs croyaient être redevables des jeux olympiques à Hercule (b).

Le mot Adonaï, par lequel les Juifs remplacent le nom incommunicable de Jehovah, signifie maître, seigneur. Le nom iïAdonaï était celui de la principale divinité des Tyriens et de beaucoup d'autres peuples de l'Orient. Mais parmi les diverses dénominations données par les Orientaux à l'être suprême, pour exprimer sa puissance, celle de Bélus était la plus répandue. Le nom de Bélus signifie en langue assyrienne seigneur, et il équivaut au mot Adonis en phénicien , disent Selden et Kircker (202). Bélus était la dénomination générale de la diAdnité chez les Asiatiques.

Les traditions chaldéennes, comme celles de l'Egypte et du reste de l'Asie, présentaient notre monde tiré du chaos par une intelligence supé-

(</) Joseph. Contra Appion. lib. i.

(A) Court de Gebelhi IIlsl. du Calendrier, pag. 170.

( 3o7 ) rieure, qu'elles nommaient Bel ou Baal, et qui était regardée comme le principe producteur de toutes choses, comme Fauteur de l'ordre ou arrangement organique de l'univers. Le nom de Bel ou Baal qui était donné par excellence à la divinité universelle de tous les peuples , à la force motrice de la nature, au maître de l'univers, était donc consacré d'une manière particulière dans la religion des Orientaux et des colonies qui étaient sorties de ces contrées. Ainsi, en langue punique, Baal {a) était une épithète affectée à la divinité de Saturne , dieu principal des Carthaginois (b). Baal ou Bélus, suivant Suidas, était l'Hercule ou le grand dieu des Tyriens (c). Bélus, suivant Cicéron , est l'Hercule indien (d).

Les auteurs grecs et latins disent que Zeus ou Jupiter était le Bélus des Orientaux. Jupiter- Bélus était la principale divinité des Assyriens , dit Hérodote (è). Les Babyloniens donnaient le nom de Bélus à leur Jupiter (/), et Eustathe dit

(a) Voir Sauraaise. Ann. clim. tom. n, pag. 425. et'pag. 566. - Kircker. OEdip.

(b) Servius. Com. in sEneid. lib. i, vers. 646, 733. — Isid. de Séville. liv. vin, chap. x.

(c) Suidas. Foc. Baal.

(il) Cicer. Denat. deor. lib. n, cap. xvi.

(e) Herod. lib. 1, cap. 181.

(f) Diod. Sic. lib. n,cap.vui.

( 3o8 ) que Bélus adoré à Babylone était Jupiter lui-même (a). Suivant Dion , on adorait à Apamée de Syrie Jupiter-Bélus : on l'appelait le Jupiter d'Héliopolis; on l'adorait par les cérémonies les plus pompeuses» Son simulacre, dit Plutarque, avait été apporté d'Héliopoîis en Egypte pendant le règne de Sénémure ou Sénépos, sous la conduite d'un envoyé d'un roi d'Assyrie et de prêtres égyptiens dont le chef était Partemétis. Les cérémonies s'y faisaient suivant le rite assyrien plutôt que suivant les formes égyptiennes. La planète de Jupiter était appelée par les Pharisiens Couh-Baal, comme on le voit dans saint Epiphane (h). A Tcive, distant de Palmyre de deux ou trois journées, on a découvert une inscription sur laquelle on lisait : A Bel-le-Tonnant, honneur à jamais. Cette inscription était accompagnée d'une autre qui en était le développement : A Jou très-grand et foudroyant, etc. L'empereur Julien donne à la ville de Damas où était adoré Bélus le nom de vraie ville de Jupiter. Sidon, ville maritime de la Phénicie, avait pour divinité Bélus que les Grecs appelaient Jupiter- Thalassios ou maritime (2o3).

(a) Eustath. in Dionys. Perieg., vers. moi. (5) Voir Saumaise. Ann. clim, pag. 5o6. --Kiicker, OEdip. AE~ gypt. tom. ii, pag. /,^5.

l 'Ecriture sainte parle souvent de Moloch, divinité principale des Ammonites, et lui donne indifféremment le nom de Moloch ou de Baal, deux noms semblables, qui signifient l'un et l'autre roi, seigneur (a). Le mot Moloch signifie proprement le maître, le possesseur. On a fait beaucoup de rapprochements du culte de Moloch avec le culte de Mithra. Le Saturne des Carthaginois avait aussi beaucoup de ressemblance avec Moloch : c'est la divinité que les Carthaginois appelaient Hamilca. Spencer dit que Moloch est un nom commun à tous les dieux (204), et il appuie cette opinion sur la signification vague de Moloch qui, dans l'Ecriture, est mis indifféremment pour Baal, autre nom commun et générique des divinités de l'Orient, et qui se donne à Dieu, ajoute Spencer. C'est pourquoi on appela Baalim les divinités tutélaires ou les espèces de pénates que les Romains appelaient Lares , du mot lar en ancien toscan, qui signifie chef et maître , épithète qu'ils donnaient à leurs dieux comme à leurs rois et même aux chefs de famille. Baal fut aussi le nom de plusieurs rois d'Assyrie. Servius remarque que cette

(a) Reg. iv, xxi, 3, \. -- xxiii, 10. -- Jerem. xtx, 5, 6. --Sephon. 1, 3, 5.

ToM. I. 39

(3io) dénomination était commune aux rois d'Assyrie ou à ceux qu'on croyait avoir régné autrefois sur ce pays, et au soleil qui y était adoré (a). On distingue même parmi ces rois un Bélus-le-Jeune qui portait le nom de Mithres ou Mithra, nom du soleil. Ce fut un Mithrès qui, suivant l'histoire des Egyptiens , fit élever des obélisques dans la ville du Soleil, où il régnait. Les Argiens nommaient leurs rois Belides ou fils de Bélus , titre d'honneur donné comme objet de vénération religieuse. Ce culte étant passé en Afrique avec la colonie des Phéniciens qui fondèrent Cartilage, les Carthaginois ajoutèrent le titre d'honneur de Bal ou Baal, aux noms de leurs chefs ou de leurs grands hommes, comme dans ceux d'Annibal, d'Asdrubal, etc. L'empereur Antonin, qui prit le surnom d'Héliogabal, et qui était prêtre du Soleil, avait joint les deux noms que les Grecs et les Syriens donnaient à cet astre , appelé par les Grecs Helios, et par les Syriens Bal ou Baal. Chez les Chaldéens , comme chez les Assyriens, Bélus fut une épithète commune à leur divinité principale, et au Soleil. L'œil chez les Egyptiens était le symbole d'Osiris, lorsqu'il représentait le Soleil. Il y avait aussi l'œil de Bélus par la

(à) Serv. Ad JEncid. lib. i, vers. 646.

même raison (a). Suivant Philon, traducteur de Sanchoniaton(ao5), le Soleil portait en phénicien le nom de Beelsamen{b), maître et roi des cieux. On lit, dans le fragment de Sanchoniaton, qu'une grande sécheresse étant survenue, les enfants des premiers parents du genre humain ( Genus et Genea ) étendirent leurs mains vers le soleil et lui donnèrent le nom de Beelsamen. M. Hyde observe que chez les Chaldéens chaque planète portait le nom de Roi et de Baal, c'est-à-dire de maître et de dieu (c). On donna même cette épithète au veau d'or (206).

Le nom de Baal ou de Bélus, seigneur, titre d'honneur qui a été donné par excellence à la force motrice de la nature, au maître de l'univers, est entré dans la composition des dénominations de diverses divinités , surtout en Orient , telles que Baalgad, Baal-Bergte^o^)^ Eeelphegor, etc. La statue de Baal adoré sur le mont Phégor devint le fameux Beelphego?^ si nous en croyons Suidas [d], itee/ est le nom de Saturne, dit-il , et Phegor celui du lieu où son idole était placée, et où l'on initiait à ses mystères. Cette

(a) Plin. Hist. nat. lib. xxvn, cap. x.

(b) Samen ajmd eos ( Punicos ) cœli appellantur.

(c) Hv<l. De vêler. Pers. religione, pag. 117. (b) Suidas, roc. Beelphegor.

opinion a été suivie par Apollinaris, saint Jean Chrysostôme, et par Théodoret (a). Saint Jérôme , Ruffîn et quelques autres ont donné une autre signification au mot Phegor : ils ont dit que Beelphegor veut dire un dieu nu, et que c'était Priape. L'union des deux sexes était consacrée dans le culte de Beelphegor (208), comme on le voit dans le livre des Nombres, et c'était le caractère du dieu Priape, symbole de la force générative. La F ulgaie traduit le mot de Mipheletzeth, qui est le même que celui de Beelphegor, par celui de Priape. Le Priape des Grecs, suivant-l'abbé Bannier, était une copie de cette ancienne divinité de Syrie {h). Mars fut aussi adoré sous le nom de Bélus en Assyrie, où ce Bélus était le dieu des combats (20g). Le Ciel ou Uranos était adoré en Assyrie sous le nom de Bélus (c). Bélus a été nommé Chronos, ou Chroniaios, antiquus, ou Saturne. Elien l'appelle Aixaios, veiitstus (d). Jérôme (e) rend le mot Z>e/par vetustas. C'est pourquoi beaucoup d'auteurs, parmi ceux qui appellent le fondateur de Babylone Bélus,

(«) Théodoret, Inpsalm. io5.

(b) Bannier, tom. ni, pag. 82, 87.

(c) DiJymeet Eustathe. Adlliad.

(d) iElian. Far. hist. lib. xm, cap. m.

(c) Hieionymus, In libro de Notninibus hcbtuicis.

ont dit que c'était Saturne. Un ancien auteur, cité par Joseplie («), appelle Bélus Jupiter- EnaltQs.

Bélus, le Jupiter des Assyriens, était uni à Atargatis, la même divinité que Cybèie ou Rhéa, Près d' Atargatis étaient des lions semblables à ceux que Ton donne à Cybèie , à Rhéa , à la déesse de Syrie , et à ceux que Diodore de Sicile {h) place dans le temple de Bélus même à côté de Jupiter et de Jimon. Le culte de Bélus et d' Atargatis était le même que celui d'Ammon- Knepli et de Satis , d'Osiris et d'Isis , de Sérapis et d'Isis, de Jupiter et de Junon, de Bacchus et de Cérès , d'Adonis et de Ténus , de Saturne et de Rhéa , d' Atys et de Cybèie , des cabires à Samothrace. C'est partout l'union sacrée du principe actif et du principe passif; c'était partout le premier être n'ayant aucun nom particulier, mais recevant le titre que les langues des différents pays donnaient à l'être suprême , au maître bienfaisant, à l'ordonnateur de l'univers.

Dans le culte des Egyptiens, la troisième forme, sous laquelle on représentait l'être suprême dans la Thébaïde, était celle de Phta,

(a) Joseph. Anliq lib. i. cap. v.

(b) Diod. Sic. lib. n, cap. îx.

( 3i4 ) Le mot de phta signifie proprement celui qui fait, qui ordonne, qui dirige. Ce dieu, adoré comme seigneur et maître de l'univers, était le même qu'Ammon-Kneph : les Egyptiens adoraient en lui la cause artiste de l'univers et le principe de l'ordre. On remarque presque toujours la figure de cette divinité à côté des images d'Ammon-Kneph , sculptées sur les divers basreliefs de Thèbes, d'Ipsamboul, d'Edfou, d'Ombos et de Philé.

Les figures de cette divinité ont été prises par la plupart des archéologues pour la représentation d'Harpocrate. Les auteurs de la Description d'Egypte l'ont prise pour celle de Horus, et M. Champolion croit que c'est Phta, fils de Ammon-Kneph et de Satis, la Junon des Grecs. Phta, Horus, Harpocrate sont le même personnage : c'est le symbole de la reproduction , c'est le résultat de l'union sacrée du principe actif et du principe passif, adoré sous des noms divers , selon la différence des temps et des lieux; c'est Phta , fils d'Ammon-Kneph et de Satis à Thèbes ; c'est Horus, fils d'Osiris et d'Lsis; c'est Harpocrate, fils de Sérapis et d'Isis à Alexandrie; c'est lacchus, fils de Bacchus et de Cérès.

Memphis succéda de bonne heure à la splendeur sacrée et aux privilèges religieux et politi-

( 3i5 ) quesde Thèbes et d'Abydos. Cette ville fut consacrée à Phta. Ce fut dans son temple principal ([ne les rois continuèrent, jusque sous les Ptolémées, à recevoir le sacre, ainsi que le prouve l'inscription de Rosette. C'est là que le culte de la divinité suprême, sous le nom de Phta, fît entièrement disparaître le culte qui lui était rendu sous le nom d'Ammon et de Knepli : c'est là que Phta fut adoré sous les deux rapports de père et de fils , comme l'emblème du monde se reproduisant lui-même, ainsi que Bacchus l'était à Eleusis, et Horus en Egypte.

§ ni

Autres dénominations données par les Grecs à Jupiter considéré comme seigneur et maître de l'univers.

Les habitants de Bulis, ville de la Phocide, donnaient le nom de Megistos, le plus grand, à celui de leurs dieux qu'ils révéraient le plus. Pausanias croit que c'était un surnom de Jupiter {a).

A Tusculum, on l'honorait sous le nom de Majus (210), pour marquer sa supériorité sur tous les autres dieux : on l'appelait aussi Jupiter- Tout-Puissant.

Les Lacédémoniens adoraient Jupiter- Come-

(a) Pausan. Phocid. cap. m.

( 3i6 ) tas, imper ator et pi inceps. Son temple, dit Pausanias, n'était pas loin du portique qui tournait au midi (a).

Les sacrifices qu'on faisait à Lébadie lui étaient offerts comme à Jupiter-Roi, qualification qui lui est donnée par Homère, par Virgile, et par Xénophon dans la Cyropédie. Le temple de Jupiter-Roi était dans le bois sacré de Trophonius près de Lébadie. Il n'était qu'à moitié bâti, la construction en ayant été abandonnée, soit parce qu'il était trop grand, soit à cause des guerres perpétuelles des peuples voisins (b). On donnait à ce Jupiter le nom de Trophonius (c). Il y avait à Athènes deux portiques , celui de Jupiter-Roi et celui de Jupiter-Eleutherios (d). Le portique Royal avait pris son nom de Jupiter-Roi (e), qui était connu à Athènes, quoiqu'en dise Meursius {f)] car il en est question dans Aristophane [g) , et-Xénophon (h) nous apprend qu'il

(a) Pausan. Lacan, cap. xvn.

(b) Pausan. Bœotic. cap. xxix.

(c) Tit.-Liv. lib. v, decad. v. — Strabo. (t/) Hesychius. Voc. Basileos Soa.

(e) Pausan. lib. i, cap. m. --lib. xxr. (/*)Meursius. Lecliones alticœ, lib. vi, cap. xvn. (g) Aristophan. Plutus, vers. iogG. —Nuées, vers. 2. -- Oiseaux, vers. 56g.

(h) Xénoph. Exp. Cyr.

( 3x7 ) sacrifiait à Jupiter-Roi lorsqu'il avait à prendre quelque décision importante (ail). Dans les affaires qui intéressaient la célébration des mystères, l'Aréopage se réunissait sous le portique Royal, qu'on entourait alors d'un cordeau à cinquante pieds de distance , pour que les profanes ne pussent pas en approcher (a). Les deux portiques étaient parallèles, suivant Harpocration. L'arclionte-roi siégeait dans le portique Royal. Dans l'autre portique , Euphranor avait peint dans une suite de tableaux les douze grands dieux, Thésée, le peuple d'Athènes, et ce combat de cavalerie où Gryllus, fils de Xénophon, attaqua les Thébains commandés par Epaminondas (b).

Adrastée signifie toute -puissance, et on a nommé ainsi Jupiter à cause de son pouvoir irrésistible sur toute la nature (2 12). On célébrait à Athènes les fêtes appelées pandia, en l'honneur de Jupiter. Elles étaient ainsi appelées, dit l'auteur de VEtymologicum magnum, parce que l'univers est mu par ce dieu.

Il y avait à Corinthe, en plein air, une statue de Jupiter -Ypsislos 9 très-haut (c). L'Altis, à

(a) J. Pollux. lib. vin, cap. x, § 123. -* Demosthen. In Aristogit. pag. 776.

(b) Pausan. Allie, cap. m. -- Meursius, In Ceram. cap. iv.

(c) Pausau. Corinth. cap. m.

Tom. I. ' 4°

(3i8) Olympie, avait deux autels dédiés au même Jupiter-Ypsistos (a). A Thèbes , les portes Hypsistes étaient ainsi nommées à cause du temple de Jupiter-Ypsistos qui était dans le voisinage de ces portes (b). Dans la Théogonie phénicienne donnée par Sanchoniaton , Ypsistos était le surnom donné à Elion : elion en phénicien signifie dieu, le dieu suprême. C'est un mot qui est également hébreu ; elion est employé par Moïse pour désigner la divinité. Il a le plus grand rapport avec YEllohim des Hébreux, ou le grand dieu, Y Allah des Arabes, c'est-à-dire le trèshaut; car ce fut pour désigner Dieu sous le rapport de l'élévation que les Orientaux lui donnèrent ce nom. De là vient YHelion ou Helios des Grecs , nom du soleil qui réunit les mêmes propriétés sous lesquelles on envisageait la divinité, étant élevé et source de lumière. Jupiter était adoré sous le nom $ Ypsistos sur le mont Olympe ; mais cette épithète lui était applicable en tous temps et en tous lieux.

Jupiter, comme maître de l'univers, recevait encore les surnoms de Bagaios (e), c'était le

(«) Pausan. Eliac. cap. xv.

(b) Pausan. Bœot. cap. vm.

(c) Suivant Hesychius et Phavoiinus, Bagaios signifie magnus> velox.

( 3i9 ) Jupiter-Phrygien, Epimedon(a). Dans FAchàïe, on adorait J upiter-Panoptês, cimcta videns et oculafus (21 3). A Salamine, on adorait Jupiter-Epicoinios, promiscuus, et dans l'île de Siphnos, J upiter-Epihêmios , qui in sublimi altari esset. Les Grecs donnaient encore à Jupiter le nom de Panomphaios , voulant faire connaître que, quoique les dieux inférieurs présidassent aux oracles, c'était sous les ordres de Jupiter, qui en était le maître véritable (/>). C'est d'après cette doctrine que Virgile a. dit, dans le 111e livre de Y Enéide : « Ecoutez donc, et gravez dans votre mémoire ce que je vais prononcer. Apollon me l'a déclaré d'après le plus puissant des dieux, et moi, la plus redoutable des furies ( Céléno une des harpies), je vous le déclare d'après Apollon (214). Suivant Eustathe, sur l'Iliade d'Homère, Jupiter était appelé Panomphaios , ah omni voce, qiwd scilicet omnes voces exaudiat et omnium, voce colatur; parce qu'il écoutait toutes les voix, et qu'il était adoré par la voix de tous. Hesychius et Suidas donnent cette étymologie au mot panomphaios , quo vox omnis et ra'icinium monsiretur vel

(a) Suivant Hesvchius et Pliavorinus, Mcclco signifie j'mpero, rego, euro : qubd superiora regdt et < tiret.

(£) Mat!. Dacier. Iliad. fcom. n, liv. vin. pag. .'>.'J2.

appareat. Phavorinus dit qu'il fut nommé Panomphaios y comme divinité de l'air, quod in eum omnis voxferatur : l'air étant la source de la voix, ou plutôt la voix n'étant que l'air frappé. C'est pourquoi, en même temps que Jwpiter-Panomphaios était le dieu des oracles, il était Jupiter- Tonnant. C'est ce qui fait dire à Ovide dans les Métamorphoses :

Ara Panomphseo vêtus est sacrata Tonanti. C'est sur la croyance de la présence des dieux qu'étaient fondés les oracles (a). Aussi le nom de Epiphanèsy qui est présent, qui apparaît, était un nom commun à tous les dieux ; mais il appartenait plus spécialement à Jupiter. Les dieux apparaissaient surtout aux fêtes que l'on célébrait en leur honneur : cette présence augmentait la vénération qu'on avait pour leurs statues. C'est encore sur cette croyance qu'était fondée toute la science de la théurgie. La religion des Juifs admettait aussi cette doctrine. Dieu s'est montré à Jacob dans cette vision de l'échelle mystérieuse dont parle la Genèse (Z>). Ce patriarche disait qu'il avait vu Dieu face à

(a) Cicer. De Natur. deor. lib. n. -- Aniob. Advcr. génies , lib. vi. -- Plutarch. In Maixcllo.

(A) Genèse. 2.

lace : Moïse l'a vu aussi face à lace à Oreb et au mont Sinaï.

Jupiter était adoré à Argos sous le nom de Stliotios, le fort, le puissant (a). C'est pourquoi on donna le nom de sthéniens aux jeux que l'on célébrait en son honneur (21 5). Ces jeux, qu'on appelait aussi néméens, étaient célèbres. Le temple de Jupiter à Némée était entouré de bois de cyprès. Les habitants d' Argos avaient droit d'élire un prêtre qui lui fut consacré dans ce temple. Ils venaient y offrir des sacrifices à Jupiter-Néméen , et ils présidaient aux courses d'hommes armés qui faisaient partie des jeux, lorsqu'ils se célébraient en hiver; car la célébration des jeux néméens se faisait à trente mois d'intervalle : ainsi ils se célébraient alternativement en hiver et en été. Mais le temple de Jupiter à Némée n'avait plus de toit, et il n'y restait plus de statue de ce dieu du temps de Pausanias. Il y avait à Argos le temple de Jupitei- Néméen : sa statue en bronze qui le représentait debout était l'ouvrage de Lysippe , et le stade où se célébraient les jeux néméens en son honneur était à Argos, dans le voisinage du temple de Minerve Oxyderco, à vue perçante, et d'Apollon

(a) Plutar. De Musicâ.

Diradiotês (a). On a fait remonter l'origine de ces jeux et leur fondation à l'époque de la première expédition contre Thèbes (b). Le scholiaste de Pindare prétend (c) que Hercule ayant vaincu le lion de Némée, leur donna plus de célébrité et les consacra à Jupiter. S'il est vrai qu'ils aient eu de l'éclat dans des temps aussi reculés , il est plus certain encore qu'ils tombèrent en désuétude et qu'ils furent méconnus pendant très-long-temps. On ne connaît pas précisément l'époque de leur rétablissement, ou, si l'on voulait parler plus exactement peut-être, de leur fondation; on sait seulement, par le scholiaste de Pindare (d), qu'on les célébrait pour la quatrième fois lorsque Sosigènes d'Egine , dont Pindare chante la victoire dans sa vne ode néméenne, y remporta le prix du penthathle parmi les enfants. Pindare était né, suivant Corsini (e), dans la 3e année de la 65e olympiade. Ainsi le rétablissement de ces jeux ne peut guère avoir eu lieu avant cette époque. Corsini croit

(a) Pausan. Corinlh. cap. xv.

(h) Pausanias (Corinth.) dit qu'on y livrait un combat dont on rapportait l'origine au temps de Danaiis.

(c) Scholiast. Pindar. Argum. ad Nemea.

(d) Ibid. Nem.vu.

(e) Corsini. Fast. allie, dissert, ix, § 37.

( 323 ) ( même qu'ils ne fuient rétablis que plus laid, c'est-à-dire après la défaite des Perses à Mai a thon, en la 72e olympiade. Il se fonde sur ce que dit le scholiaste de Phidare (a), que la couronne était anciennement d'olivier, mais qu'après l'irruption des Perses on donna des couronnes d'ache, pour honorer la mémoire de ceux qui avaient péri dans cette guerre (b).

Les jeux néméens offraient à peu près le même spectacle que ceux d'Olympie. A Itliôme, on célébrait en l'honneur de Jupiter des jeux à peu près semblables. Ils avaient cela de particulier, qu'on y disputait avec beaucoup d'ardeur des prix de musique et de poésie. Pausanias nous a conservé deux vers d'Eumélus dans son hymne pour Délos : (( La muse qui enfante des chants purs et généreux a toujours plu au dieu d'Ithôme (c). y> Ces fêtes avaient une grande célébrité dans laMessénie; elles s'appelaient ithômées, et Jupiter prenait du lieu où on les célébrait le surnom d'Ithômate. Près d' Itliôme était la fontaine de Clepsydre qui était consacrée à Jupiter. L'eau en était sacrée, et tous les jours

(a) Schol. Pindar. Jrgum. in Nemea.

(b) Pausan. Notes de Clavier, pag. 76. -- Julian. Epistol. pro Avgiv. pag. 4°8.

(c) Pausan. Messen. cap. xxxir.

on en portait dans le temple de ce dieu. Suivant la tradition des Messéniens, Jupiter qu'on avait soustrait à Saturne fut envoyé aux nymphes de la Messénie , qui l'élevèrent en secret vers cette fontaine dont l'eau servait à le laver. L'enceinte consacrée à Jupiter était sur le sommet du mont Ithôme. Les Doriens se bornèrent d'abord à lui rendre le culte institué jadis en son honneur par Polycaon et Messène, suivant la tradition; mais Glaucus y mit plus de solennité, et les pratiques des autres cultes de Jupiter y furent introduites. Après son expédition contre les Corinthiens, Aristomène offrit à Jupiter-Ithômate le sacrifice nommé hécatomphonie , qui avait été institué dès les temps les plus anciens, et qui ne pouvait être offert que par ceux des Messéniens qui avaient tué cent ennemis. Aristomène l'avait déjà offert une fois après la bataille donnée vers le monument du sanglier. On dit même qu'il l'offrit une troisième fois après de nouvelles incursions («).

Les anciens font souvent dire à Jupiter qu'il n'y a point de dieu semblable à lui, ni qui puisse lui être comparé, nec vigét qùidquam simile : c'est

[a] Pausan. Messen. cap. m,

( 3*5 ) le Langage de Dieu même dans les livres de X Ancien Testament (a).

Cette doctrine est surtout développée dans les poèmes d'Homère. Dans le premier chant de V Iliade (b) , Thétis promet à Achille , son fils , d'aller implorer Jupiter le douzième jour, lorsque, de retour des fêtes de l'Ethiopie , il rentrera dans l'Olympe. « La douzième aurore se montrait, et tous les immortels rentraient dans les cieux : Jupiter était à leur tête... Thétis, dès le point du jour, s'élève dans l'espace immense du ciel vers l'Olympe. Elle trouve celui dont l'oeil parcourt l'univers, assis loin des autres dieux, sur le plus haut des nombreux sommets de la montagne. Jupiter n'avait pu se dérober aux regards de J unon : elle lui adresse des reproches amers. »

ce Junon , lui répondit le père des dieux et des hommes, n'espère pas pénétrer toutes mes pensées ; l'épouse même de Jupiter ne saurait toujours les sonder. Jamais je ne te cacherai ce qu'il t'est permis de connaître, et nul des dieux et des mortels n'est admis avant toi à cette confidence. Quant aux desseins dont je m'occupe

(a) Dacier. Notes sur Horace, tora. I, pag. 60, Gi.

(b) Honier. lliad. cant. 1.

Tom. 1. 41

( 326 ) loin de tous les dieux, qu'ils ne soient point l'objet de tes questions, et ne cherche point à les approfondir. »

a Fils terrible de Saturne, repartit Junon... on ne m'a pas vue souvent t'interroger ni vouloir approfondir tes desseins ; tu formes sans obstacle telle entreprise qu'il te plaît ; etc. »

(( Demeure en silence, réplique Jupiter, sois soumise à mes lois , ou crains que tous les dieux qui sont dans l'Olympe, s'ils accourent à ton secours, ne puissent te défendre quand mon bras invincible t'accablera. »

(( Il dit : Junon saisie de crainte demeure en silence et dompte son cœur impérieux.

« L'industrieux Vulcain cherche à dissiper la douleur de sa mère chérie... J'exhorte, dit-il, ma mère, encore qu'elle ait assez de prudence, à calmer Jupiter notre père chéri ; car si ce dieu, qui lance le tonnerre du haut de l'Olympe, veut précipiter les immortels de leurs trônes, nul n'égale sa puissance. Mais essaie de le fléchir par des paroles soumises , et nous reconnaîtrons bientôt en lui le maître dont l'Olympe adore le doux empire. »

(( En disant ces mots , il s'élance de son trône et présente à sa mère une coupe profonde : c'est en vain, dit-il, qu'on résiste à Jupiter, etc. »

Eustathe nous apprend, sur ce passage d'Homère, qu'il y avait à Diospolis ( Thèbes) un temple fameux, duquel on tirait tous les ans les statues des douze grands dieux , que l'on promenait dans la Lybie pendant les douze jours que durait cette fête (à).

On voit que la doctrine des Chaldéens et des Persans était passée chez les Grecs. Platon , comme Homère, représente Jupiter, qui est le grand chef, marchant à la tête des douze dieux , et porté sur un char léger et volant (h). Ce char est le ciel suprême ou la première sphère qui, selon les anciens, donne le mouvement à toutes les autres. Platon dit encore (c) : ce A la suite de Jupiter, il y a une armée de dieux disposée dans un bel ordre et partagée en onze parties ; car il n'y a que Yesta qui demeure dans la maison de Dieu. Mais les dieux qui sont du nombre des douze, et qui sont les chefs des autres dieux, conduisent chacun la troupe sur laquelle ils sont établis. ))

Voilà les douze grands dieux des Chaldéens, qui attribuaient à chacun d'eux un mois et un

(a) Eusth. Illad. vers. 128.

(b) Plat, In Pkœdr. pag. 1

(c) Plat. Ibid.

( 3^8 ) des douze signes du zodiaque («). Ce sont les dieux Azoni qui étaient placés au-dessus des dieux visibles, <;'est-à-dire des astres, d'où ils exerçaient librement leur autorité dans les douze climats du monde (b). Ce nombre de douze répond aux douze parties du cercle qui partage le globe. La théologie des Persans était semblable, sur cet article, à celle des Chaldéens.

Les Athéniens avaient un autel qui était consacré aux douze grands dieux (c); ils juraient par ces dieux qu'on appelait quelquefois simplement les douze, et on lit sur lui fragment d'inscription : Aux douze dieux de Solon (d). Il est vraisemblable que Solon, qui avait voyagé dans l'Egypte, contribua à l'établissement du culte des douze grands dieux dans la Grèce. Près de la statue de Diane, à Athènes, on voyait celles des douze grands dieux (e) ; on les voyait encore peints sur un portique (/*). Les Arcadiens avaient élevé un temple aux douze grands dieux.

Cette idée, qui des Chaldéens ou des Egyptiens (2 16) avait passé chez les Grecs, se commu-

(«) Diod. Sic. lib. n, pag. 83;.

(b) Stanl. Philos, chai. pag. 1126.

(c) Lycurg. Orat . adv. Leocr.

(d) Chandler. pag. 78.

(e) Pausan. Allie, pag. 38.

(y") Pausan. Allie, cap. m.

niqua des Grecs aux Romains {a). Ceux-ci avaient Leurs douze dieux Consentes, c'est-à-dire les dieux conseillers, ou assistants, ou assesseurs : ce sont eux que Cicéron appelle dit majorum gentium. Ils composaient le sénat céleste (b). Chez les anciens peuples de l'Italie, les Sabins, lesSamnites, les Brutiens, les Etrusques et ensuite les Romains , les institutions religieuses furent toujours identifiées avec les institutions politiques; elles marchaient constamment dans la même direction, et elles tendaient au môme but. Les dieux eux-mêmes ne se gouvernaient qu'à l'instar de ces peuples : entre eux point de pouvoir absolu; Véjovis, leur chef, ne prenait aucune détermination sans le conseil des douze grands dieux qu'on appelait Consentes.

Lorsque Jupiter présidait le conseil des dieux, il était représenté barbu, et il portait des cornes de bélier.

i-tv.

Triple puissance de Jupiter, au ciel, sur la terre et sur les mers.

Les anciens donnaient à Jupiter une triple puissance, au ciel, sur la terre etsurlesmers^iy);

(a) Beausob. Hist. du manichéis. tom. il, pag 578.

(b) Ibid. pag. 579. - Marc.-Capella.

( 33o ) et cette puissance, ils l'exprimaient par un troisième œil qu'ils plaçaient au front de Jupiter. La statue en bois qui était à la citadelle d'Argos dans le temple de Minerve (a) avait trois yeux : aussi Jupiter était surnommé Trioplitlialmos ( triocidus ) et Epoptès, parce qu'il voit et inspecte tout (218). ce Celui qui a fait cette statue, dit Eschyle, lui a donné trois yeux pour faire entendre qu'un seul et même dieu gouverne les trois parties du inonde, que les autres disent être tombées en partage à trois divinités différentes. » Pindare représente Jupiter comme le dieu unique maître de l'Olympe :

Solum colens Olympi (21c)).

Les Spartiates adoraient Jupiter-Uranos 'b) : ils adoraient aussi Jupiter-Lacedèmon, et les deux sacerdoces étaient exercés par leurs rois. Hérodote est le seul auteur où l'on trouve Jupiter adoré sous le nom de Lavedemon. Larclier conjecture que Lacedewon est le Jupiter-Tonnant : ce mot vient de lacein, tonner (c). Dès que Jupiter était regardé comme le dieu souverain du ciel, qui y réside, on devait l'adorer comme le

(a) Pausan. Corînth. cap xxiv.

(è) Herod, lib. vi, ^ lvi.

(c) Larclier. Notes sur Hérodote, 77. lbid.

maître du tonnerre, et comme le dieu qui préside à tous les phénomènes de l'air. Et en effet les anciens adoraient Jupiter-Tonnant comme dieu souverain du ciel : il était le même que Jupiter-Olympien, que Jupiter-Uranos , que les Romains appelaient aussi Cœlestinùs (a). La foudre est le symbole connu de la providence et de la souveraine puissance. Sénèque appelle Jupiter-Tonnant , custode m recto rem que iiniversi animum ac spiritum , mundani hujus operis dominum et ariifiœm. Les Grecs appelèrent Jupiter- Foudroyant Ceraunios (b). Il a été adoré sous ce nom (220) à Séleucie, où il est vraisemblable qu'il était représenté sous la figure de la foudre. Un passage d'Appien fonde cette conjecture (c). Les médailles des rois de Syrie ou des empereurs romains présentent la foudre au revers (d). Les Latins appelaient Jupiter Fulminator, Fulgurator: c'était Y Astapaios des Grecs. M. Marcellus a composé un hymne en l'honneur de Jupiter-Fulgiirator, qui a été donné par Appien (e). Les au-

(«) Comme le prouve une inscription rétablie par Fabretti, ( Montfaucon. Anliq. expliq. tom. 1, pag. 191. )

(b) Phurn. De nat. deor.

(c) Appian. InSyriac. pag. 125.

(d) Vaillant. Num. oerar. tom. n; pag. 20.

(e) Appian. In Syriac.

( 332 ) gures appelaient Jupiter Tonans et Fui gens (a), Pausanias (b) parle d'un autel dresse à Jupiter- Brontaios, tonnant. Sur les anciennes médailles il est représenté cum fulmine Irifulco. On voit quelquefois Jupiter assis, avec la foudre et le sceptre, sur un aigle volant. Les Epliésiens le représentaient assis sur des nuées, tenant la foudre. Chez les Brutiens , il porte la foudre, le sceptre et des rênes. Nous avons d'anciennes médailles d'Auguste avec l'inscription de Jupiter- Tonnant. Auguste voyageant de nuit en Espagne, le tonnerre tomba près de sa litière et tua l'esclave qui portait le flambeau. En mémoire de ce fait, il bâtit, après la guerre des Cantabres, sur le mont Capitolin, un temple à Jupiter-Tonnant, où il allait assidûment rendre ses hommages à ce dieu. Un temple fréquenté par le prince le fut bientôt par le peuple. On raconte un songe qu'eut Auguste, dans lequel Jupiter-Capitolin se plaignit q*ae son nouveau voisin lui enlevait tous ses adorateurs (2 21). On voit sur les médailles la figure de ce temple avec l'inscription : Bono deo Brotonti, au bon dieu Tonnant. On y voit la tête de Jupiter - Barbu , portant une espèce de

(a) Cicer. De nat. deor. lib. 11.

{b) Pausan. lib. v.

( 333 ) bonnet. Sur leurs médailles, les empereurs romains mettaient les faits de leur règne sur le compte de Jupiter. C'est ainsi qu'une médaille de l'empereur Marc-Aurèle représente Jupiter du haut d'un quadrige , frappant de la foudre le roi des Quades à moitié renversé, en mémoire de la victoire que l'empereur avait remportée contre les Quades. Festus dit qu'on attribuait à Jvpiter-Fulgur les foudres qui tombaient de jour, et à JupiterSummcmus les foudres qui tombaient la nuit (a). On voit quelquefois Jupiter tenant la foudre élevée d'une main seulement : c'est Jupiter- Vengeur qui menace les malfaiteurs (b).

Les Grecs érigeaient des autels à Jupiter-Tonnant dans les endroits frappés de la foudre, qui, par cette raison, étaient consacrés aux dieux, et dont l'accès était défendu aux hommes. C'est pourquoi on les nommait en grec enêlysia (c). On voit un temple de Jupiter sur une médaille des Cyrestes avec l'inscription Bios cataibatou. Les anciens ont donné à Jupiter le nom de

{a) Tristan, tora. i, pag. 645.

(i)Montfauc. Antùf expliq. suppl.tom. i, pag. 53.

(c) Etytn. magn, pag. 34 1 — Clavier. Notes sur Pausanias , Pag- '79- Tom. i. 42

(334) Catabatês, qui descend («), pour marquer qu'il descendait sur la terre où il faisait sentir sa présence, ou par le bruit du tonnerre, ou par de véritables apparitions (/&), ou par des pluies fécondes qu'il versait dans le sein de la Terre son épouse (222). Il y avait à Olympie un autel de Jupiter- Catabatês , qui était entouré d'une balustrade , et qui était placé vers le grand autel des cendres (c). Les Athéniens, qui poussèrent la bassesse si loin envers Démétrius-Poliorcète , l'appelèrent Jupiter- Catabatês, comme si Jupiter eût descendu sur la terre sous la forme de Démétrius. Dans Lycophron , la foudre elle-même est appelée Catabatês. C'est probablement à cette mythologie qu'appartient une médaille d'Antonin-le-Pieux (d) dans laquelle Jupiter est représenté suspendu en l'air, tenant d'une main un foudre ailé, et de l'autre une corne d'abondance d'où coulait la pluie ou la rosée (e). Jupiter- Catabatês avait un autel à l'Académie, et on voit ses simulacres sur les médailles attiques données

(a) Voir sur ce sujet une savante dissertation de Burroan.

(b) Bannier. tom. ni, pag. 355.

(c)Pausan. Elid. cap. xiv.

{d)Apud Seguin, pag. 197.

(e)Cuper. Not. inLact. tom. I, pag. 43i.

( 335 ; par lia v m (a) et par Gessner (b). Jupiter-Cataba tes était encore appelé Mortes, fatalis, prodi- (/ialis. Il était regardé comme incendiant les maisons des ennemis.

Les Athéniens avaient un proverbe : Fulgur per Harma. Une partie du mont Parnèthe s'appelait Harma. Lorsque le tonnerre grondait dans cette partie, les Athéniens envoyaient à Delphes des théores qu'ils appelaient pythiastes ou pythaïstes, pour y faire des sacrifices (c). Les pythaïstes faisaient leurs observations depuis l'autel de Jupiter- A strapaios , fulgur ator (d\ Cet autel était placé dans un mur, entre les temples d'Apollon-Pythien et de Jupiter-Olympien (e\ Il y avait sur le mont Parnèthe une statue de Jupiter-Far nethios , en airain, et un autel de J upiter-Semaleos . Sur la même montagne, on faisait sur un autre autel des sacrifices à Jupiter, tantôt sous le nom tfOmbrios, tantôt sous celui à'Apemios, à cause des pronostics de la pluie et du beau temps qui se faisaient connaître sur cette montagne et sur celle du mont

(tf)Haym. tom. i, tab. 16, num. 2, 6.

(6) Gessner. tom. 11, num. 10, 16.

(c) Hesvrhins.

(cl) On lit dans quelques inscriptions, Fulgerator, aram Jovi- Fulgevatoii. ( Gruter. xxi. -- Meursius. tom. 1, pag. 33^. ) (e)Euripid. Suppl.

( 336 ) Hymette, pronostics dont Théophraste nous a laissé le détail dans le traité de Signis, etc.

« Du haut des célestes remparts, dit Euripide (#), Jupiter aperçoit et foudroie les impies. Il ne laisse point la force s'armer impunément contre les dieux , et dans ses saintes demeures sa suprême intelligence accomplit ses décrets. »

C'est dans le premier livre de V Iliade qu'Homère peint Jupiter-Foudroyant comme le grand dieu qui, d'un seul coup d'oeil, fait trembler l'Olympe : il l'appelle le plus excellent des êtres, le père des dieux et des hommes, le souverain monarque qui commande aux hommes et aux dieux.

Les Ombriens avaient au sommet des Apennins un temple élevé en l'honneur de Jupiter, qu'ils adoraient sous le nom de Jou-Apennin. Ce temple était placé dans une forêt de chênes , qui avait été le premier sanctuaire du dieu. Près des ruines de ce temple, on trouva, en i456, sept planches de bronze chargées d'inscriptions divisées en douze tables : deux de ces planches étaient en caractères latins , les cinq autres dans l'ancien caractère italique, qu'on appelle étrusque parce qu'il fut employé par les peuples de

(a) Eurip. SuppL

l'Étrurie, mais qui était Je la langue osque(223). Pausanias nous apprend qu'on suspendait dans les temples des tables qui contenaient les cérémonies des initiations. Les tables Engubines étaient remplies de mots relatifs aux sacrifices et aux noms divers de la divinité. Passeri les a expliquées par elles-mêmes et par les rapports qu'elles pouvaient avoir avec les langues de l'Italie (224). Il en résulte un travail très-ingénieux, conforme aux usages religieux de ces anciens peuples, et vrai dans la plus grande partie , s'il ne l'est en tout. Passeri a jugé que ces tables étaient des rituels relatifs au culte de Jupiter et à celui de Mars. On lisait dans les fêtes publiques la liturgie de la divinité et le rituel de la célébration de sa fête. Ces liturgies et ces rituels n'existent plus ; ils ont été brûlés avec beaucoup d'ardeur par les chrétiens. Il n'en reste que quelques fragments qui ont été conservés dans des ouvrages 011 les chrétiens n'allaient pas les chercher, ou qui étaient gravés sur des monuments échappés à leur zèle. Telles furent les tables Engubines. Quelques-uns de ces rituels, surtout ceux qui n'étaient qu'un assemblage des noms de la divinité, tels que les hymnes d'Orphée, s'appelaient indifjila (225). Le premier des dieux dont il est parlé dans les tables Engubines est appelé Ju-

( 338 ) pater, et on lui donne diverses épithètes tirées de la langue italique, telles que celles-ci : sauveur, cabire ou le très-puissant, le dieu fort, le lumineux, Fauteur de la parole, leférétrien, celui qui frappe, le fort, le nerveux, le haut, le montagneux, le pacifique, le destructeur des méchants, le secoureur, le saint, le père du sort, le dieu de la pluie, le vengeur, le neigeux, le nébuleux, le tonnant.

La première table ordonne le sacrifice d'une brebis qui vient de mettre bas et qui n'ait pas été tondue ; d'une brebis dont le ventre soit sans laine, d'un agneau avec sa laine, en l'honneur de Jupiter-Redoutable. A la 22e ligne commence un hymne en l'honneur de Jupiter, que Passeri a divisé en stances , et dont on a essayé de donner une explication littérale en français (a).

La seconde table est gravée au revers de la précédente, dont elle diifère souvent par l'orthographe. Jupiter qui, dans la première, reçoit seul les vœux, est presque toujours associé à Mars dans celle-ci, et on donne à ce dernier dieu les mêmes épithètes qu'au premier avec de légères différences. Dans la sixième table, il est question d'un petit temple à élever en l'honneur de Jupiter-Foudroyant. La neuvième table rèn-

(«) Bruuct. Religion des Romains, vol. u, pag, 368.

ferme le rite d'un sacrifice offert à Jupiter par le collège des frères atiriens. Les tables n0 et ii2K ont pour objet les cérémonies qu'on mettait en usage pour attirer la foudre, et qui firent donner à Jupiter le nom iïElicios. L'ensemble de ces cérémonies était contenu dans les livres que Cicéron appelle fulgurales ou fulminates , livres qui renfermaient la doctrine des anciens relative aux éclairs et à la foudre. Les prêtres de l'antiquité avaient donc l'art d'attirer la foudre, art qui se perdit avec l'existence de ces prêtres, et que d'illustres physiciens ont retrouvé de nos jours. Il paraît qu'il fallait une grande adresse dans ces opérations, puisqu'il en coûta la vie au successeur de Numa ; pour n'avoir pas pris les précautions nécessaires , il fut frappé de la foudre. On ne trouve pas ce secret dans ces deux tables, mais on y voit la pompe avec laquelle on y procédait, et l'éclat des sacrifices dont on les accompagnait. On y voit également le faste avec lequel on en imposait au peuple, pour lui persuader que c'était le dieu de la foudre lui-même qui se rendait aux prières de ses prêtres, et qui la lançait en faveur de son peuple (a). On regardait Numa comme fondateur de ces cérémonies à

(a) Brunet. Parallèle des Religions, vol. ir, pag. 366, 370.

( 34o ) Rome (a). Suivant Tite-Live, Numa éleva un autel à Jupiter- Elicios sur le mont Aventin. Tite- Live dit que le grand prêtre veillait aux prodiges. Plaute donne à Jupiter le surnom de Prodigialis; Plutarque fait dériver le nom $ Elicios de ileô, propitio; on voit dans Hésychius qu'à Chypre on adorait Jupiter-Eilêtios \b) : mais ces cérémonies étaient bien antérieures à Numa en Italie (c)»

Dans la structure des temples on avait égard à la nature des dieux auxquels ils devaient être consacrés , et aux fonctions qui leur étaient attribuées. Ainsi, selon Vitruve, les temples de Jupiter-Foudroyant devaient être découverts.

Les anciens Celtes avaient leur dieu Tharamis, c'est-à-dire tonnant. Aujourd'hui même, dans le pays de Galles , on appelle le tonnerre tanar : c'était leur principale divinité. Les Suédois, les Saxons et les Bataves firent de taran leur dieu Thor : c'était le dieu Esus des Gaulois, qu'ils appelaient aussi Tharanis ou Tharamis, ce dieu , dit Lucain, qui n'est pas plus humain que la Diane de Scythie ou de Colchos. Les Gaulois lui

(a) Arnob. lib. v. Ex Anliale.

(b) Gvraldus. pag. 88.

(c) Ovide. — Voir, sur Jupiter- Elicios, les observations de H. -Christ. Bytzobius, Hafniœ, 1715, in-4-

(34i) offraient des hommes pour victimes (o). Esus ou Tharamis était dans la théologie gauloise l'être distingué des autres, qui portait par excellence le nom de Dieu. Les anciens auteurs grecs et romains ont tout rapporté à la religion qu'ils professaient. Aussi, dans leurs écrits, les dieux des autres nations sont toujours métamorphosés en dieux de la Grèce ou de Rome, ou bien ils donnent à ces dieux un caractère qui est toujours lié à celui de leur nation. Les Romains substituèrent leur Jupiter à l'Esus des Gaulois , mais assez tard; il semble que ce soit après J.-C. Il paraît certain que ces deux divinités ont été honorées ensemble pendant quelque temps dans les Gaules, puisqu'on trouve leurs figures sur deux faces d'une pierre de la cathédrale de Paris ; mais la ressemblance des idées attachées aux deux divinités Esus et Jupiter les fit confondre. Le Jupiter des Romains était roi du ciel, père et maître des dieux et des hommes , le chêne lui était consacré : tout cela était dans Esus. L'Esus des Gaulois était le Zeus des Grecs; ces deux mots avaient la même signification ; Zeus et Esus sont les mêmes mots quant aux lettres et aux syllabes , puis-

(o) Lucan. Phars. lib. i. -- Lactan. -- Munit. Félix. Ùefulsd religione, lib. i, cap. xxi, xxx, num. 4-

Tom. i. 43

qu'il n'y a qu'une simple transposition de la première à la seconde lettre (226). Il paraît que, dès le règne de Tibère , Jupiter partagea avec Esus les adorations des Gaulois, et que dans la suite Esus céda entièrement la place au Jupiter romain (227). Après que les Gaulois eurent reconnu Jupiter qui leur fut donné par les Romains , ils le regardèrent aussi bien que les autres nations comme le père et le souverain des dieux et des hommes , et ils lui attribuèrent l'empire des cieux. Les Gaulois adoraient Jupiter sous le nom de Jovis, comme le prouve l'inscription de la figure que l'on a trouvée dans l'église de Notre- Dame de Paris, en 1711. Les Gaulois n'eurent d'abord qu'un chêne brut pour représenter leur principale divinité : ils l'ont adorée ainsi jusqu'à l'entière extinction du paganisme , qui n'a eu lieu que fort tard dans plusieurs provinces des Gaules. Comme ils avaient reçu des Romains le culte de Jupiter, ils le représentaient aussi à la manière des Romains. C'est à cela que nous devons le grand nombre de statues de Jupiter qu'on a trouvées de nos jours à Paris, à Liège, au monastère de Montjoux en Savoie, en Bourgogne, et dans toutes les autres parties de la Gaule. Le Jupiter du Montjoux, nions Jovis, a une couronne radiale et tient de sa main gauche la fou-

( 343 ) die. Auprès de là est une colonne qu'on appelait columna Jovis, d'où est venu le nom de Colonne- Joux qu'on donne à un certain lieu de la montagne. Il y avait, dit-on, sur cette colonne une escarboucle qu'on appelait l'oeil de Jupiter (228). Les Saxons , les Bataves et les Suédois représentaient leur dieu Thor^^o^ comme les Grecs représentaient Jupiter-Critagène , qui lançait la foudre et qui était placé entre les hyades (23o). Thor, comme Jupiter-Critagène, était le maître des cieux, l'arbitre des orages, de la foudre, des vents, de la sérénité de l'air, le dispensateur des pluies, et de la fécondité qu'elles donnent aux mortels. Dans quelques-unes des médailles des Brutiens (a) , on remarque que Jupiter-Foudroyant a derrière lui le croissant de la lune , et devant lui la corne d'abondance, symboles de l'abondance qu'il accordait au pays. A Sparte, il y avait un temple de Jupiter-Evanêmos, qui donne des vents favorables (h). On a donné au surnom de /Egiochos, que portait Jupiter, une foule d'étymologies : la plus vraisemblable est celle qui le fait dériver du mouvement que Jupiter donne aux vents et aux nuages; c'est cette

(<■/) Moutfauc. Ant. expl. tora. i, pi. xi, pag. 38. (b) Pausau. Lacon. cap. xiu.

idée qu'en ont donnée ceux qui ont anciennement écrit sur les météores (23 1). Jupiter était encore appelé Nephelegerêtês , nubium coactor ou nuhes congregans Jupiter. Il était adoré en Crète, comme à Gaza , sous les noms de Critagène et de Marnas {a . Il avait dans cette dernière ville un superbe temple qui a été détruit par S. Porphyre sous l'empire d'Honorius et d'Arcadius (282). Il était le même que Jupiter Yetias ou Ombrios. Jupiter^ Ombrios avait plusieurs temples et plusieurs autels dans la Grèce. Il y avait à Argos un de ces autels sur lequel les chefs qui voulurent remettre Polynice sur le trône de Thèbes firent serment de périr tous, ou de prendre la ville (b). La ville de Lébadée, dans la Phocide , avait une statue de Jupiter- Y etios qui était en plein air (c). Jupiter-Omhrios était particulièrement invoqué par les Corinthiens, les Béotiens et les Athéniens : ces derniers lui avaient élevé un autel et un colosse sur le mont Hymette (d). Sur le mont Parnèthe, ils l'invoquaient sous le nom d' Ombrios. Dans les grandes sécheresses, les Grecs

(a) Valerius-Fîaccus. lib. v. -- Sfceph. Byz. Voc. Gaza. — Scaliger. ad Frag. pag. 36. -- Marsham. Clironic. Sect. x, pag. 244 •

(b) Pausan. lib. n, cap. xix.

(c) Pausan. Bœot. cap. xxxix..

(d) Pausan. Àttic. cap. xxxv.

imploraient Jupiter-Pluvieux, et lui demandaient de la pluie. Il y avait à la citadelle d'Athènes une statue de la Terre suppliant Jupiter de lui envoyer de la pluie (a). Dans le bourg de Cessa, en Argolide, s'élève le mont Arachnœum où on offrait, lorsqu'on avait besoin de pluie, des sacrifices sur des autels de Jupiter et de Junon (b). On donnait aussi à Jupiter- Ombrias le nom de Apemios. Tertulien (c) appelle ces cérémonies sacrées aqiiilicia. Marc-Antonin rapporte cette courte prière des anciens Athéniens, qu'il recommande à cause de sa simplicité : ce Plue, plue, care Jupiter, super Atheniensium, arva et prata. » Au revers d'une médaille d'Antonin-le-Pieux, Jupiter est représenté sur une montagne, répandant de sa main la pluie en grande abondance; au bas de la montagne est un petit temple, et plus bas un homme étendu et couché : c'est le Caïstre, fleuve des Ephésiens (d). L'armée de Trajan , que la soif causée par une grande sécheresse avait réduite à l'extrémité, fit un voeu à Jupiter-Pluvieux , et il tomba une grande quantité de pluie. En mémoire de cet événement, on

(a) Pausan. Aille, cap. xxiv.

{b) Pausan. lib. n, cap. xxv.

(c) Tertul. Apol.

(d) Moutfauc. Ant . expl. tom. i, pag. 54 -

( 346 ) fît mettre dans la suite sur la colonne Trajane la figure de Jupiter-Pluvios ; et, pour exprimer le fait, les soldats paraissent recevoir l'eau dans le creux de leurs boucliers. Ce dieu y est représenté sous la figure d'un vieillard à longue barbe ; il tient ses deux bras étendus , et la main droite un peu élevée ; l'eau sort à grands flots de ses bras et de sa barbe (a). Les Ephésiens le représentaient donnant de la pluie à la terre goutte à goutte (b).

Ce n'était pas seulement comme donnant aux mortels le bienfait de la pluie que les Grecs adoraient Jupiter; ils l'adoraient encore comme maître et modérateur de l'eau ou de la substance humide qu'ils regardaient comme la source de toute production, la substance de tous les germes. Aussi l'honoraient-ils sous le nom de Yês(c)i alors il était le même que Neptune, et il comprenait tous ses attributs. Les Rhodiens l'adoraient sous le nom d'Endendros (c?), qui exprime ses rapports avec la végétation des plantes et des arbres. C'était le principe humide de

(a) Pausan. Attic. — Bannier. tom. m, pag. 348.

(b) Platon, en parlant des eaux pluviales, dit: ex Dios udata. — Strab. lib. xv. -- Gyraldus, pag. 87.

(c) Hesychius.

{d) Hesychius. Voc. endendros.-- Plut. Traité de C Amour, ceuvr. moral, tom. x, pag. 61, tiad. de Ricard.

(347) la nature qui alimente et nourrit tout ce qui

existe («). C'est l'air imprégné d'eau que les prêtres de Dodone adoraient sous le nom de Jupiter-Pluvieux. Dans l'île de Céos, on adorait Jupiler-Icniaios ou humidus. On rattachait ce culte à l'histoire d'Aristée. « Il éleva, dit Apollonius de Rhodes , un grand autel à Jupiter-Icmaios principe de l'humidité des corps , et il apaisa, par des cérémonies sacrées faites sur des montagnes, Sirius et le fils de Saturne. Depuis ce temps, les vents étésiens rafraîchissent la terre pendant quarante jours , et les prêtres de Céos offrent tous les ans des sacrifices avant le lever de la canicule (233). Ily avait autrefois à Milon, ville d'Egypte , un temple dédié sous le nom de Jupiter- Neptune (h). Aussi Sidonius-Apollinaris appellet-il Jupiter Tridentifer (c). Tristan donne une médaille de Claude sur laquelle on voit Jupiter debout, environné de sept planètes, tenant un foudre et un trident. Tristan ajoute : Jupiter, Neptune et Pluton ne faisaient en effet qu'un même dieu, seulement désigné par trois puissances, à cause de leurs différents attributs (rf).

(«) Euseb. Prcep, ev. lib. m, cap. ix.

(b) Athen. lib. vm.

(c) Sidonius Apollinaris. De Burgo Pontio, v. i58.

(d) Tristan. Corn. Histor. toin. i, pag. 186.

(348 ) Lorsque la puissance de Jupiter agissait sur les régions souterraines, et qu'il avait les attributs de Plu ton , les Grecs l'appelaient Ghtonien («), et les Latins Stygius (2>), infernal. Dans le 9e livre de l'Iliade, Phénix, parlant des imprécations de son père Amyntor contre lui, dit qu'elles furent exaucées par les terribles Furies , par la cruelle Proserpine, et par Zens - Catacthonios y Jupiter- Infernal. Il y avait à Corinthe trois statues de Jupiter en plein air, dont la seconde était celle de Jupiter-Chtonien (e), qui avait aussi un autel à Olympie (d). Le mot chtoni en signifia d'abord, dans son acception propre , terrestre , et dans la suite, par métonymie, infernal. Jupiter-Chtonien, est comme Bacchus-Chtonien ou Pluton, cette force qui pénètre les entrailles de la terre, laquelle, étant mise en mouvement par la chaleur vivifiante, donne les productions diverses, toutes utiles ou nécessaires à l'homme (234). Fulgence appelle Pluton prœsul terrarum. Tout ce qui contribuait au développement de cette force intérieure dont la terre est imprégnée était divinisé

(a) Ho m. Iliad. lib. i.

(b) Sacra Jovi stygio (/uœ rite incœpta paraul Perficere est animus, finemque imponere curis.

(Virg.lib. iv, vevs. G38. )

(c) Pausan. Corinth. cap. m.

{il) Pausan. Eliac.

( 3 Î9 ) sous le nom de Chtonien. Ainsi l'air, considéré connue étant attaché à la terre et réuni à elle, était adoré par les anciens comme divinité infernale; les anciens lui donnaient le nom d'Adès, d'Achéron et de Ténèbres (a). L'air, dit Pliitarque, est la première substance ténébreuse b).

Jupiter était alors adoré sous le double rapport du dieu du monde présent , faisant éprouver aux hommes ses bienfaits, comme la force intérieure de la terre, et comme le dieu de la vie future. L'allégorie variait suivant les fonctions qu'on voulait faire remplir à la divinité à qui on reconnaissait devoir toutes les productions, tous les biens de cette vie , et de qui on attendait sa destinée dans l'autre monde.

C'est sur les mêmes principes qu'était fondée la théologie des Parques, qui étaient les ministres de Jupiter surnommé Mceragète, conducteur des Parques , quod mortalium Parcas et fata regat. Les trois Parques étaient d'abord considérées comme les déesses^mères , et elles sont souvent représentées comme telles sur les monuments anciens. Les anciens reconnaissaient dans les

(a) Infimum aerem, qui morientium animas excipit, veieres Aden nuncupant. ( Phurnutus. )

(h) Plutar. De la cause du froid, tom. xu, pag. 432, traduc. de Ricard.

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( 35o ) Parques le caractère général de la divinité (a). Sois tranquille et content , quoi que la Parque ordonne , dit Pythagore (b). Dieu est la Parque et toutes les Parques ensemble , dit Aristote (c). Les anciens entendaient par les Parques la providence divine. Tout ce qui arrivait dans le monde était soumis à leur empire : le mouvement même des sphères célestes et l'union des principes qui forment le monde étaient sous leur juridiction (235)» Sous ce rapport général, elles étaient nécessairement déessesproductrices; elles avaient les mêmessymboles(236). Outre ce caractère général, elles avaient un caractère spécial, celui de déesses des enfers , ministres de la volonté irrévocable de Jupiter, c'est-à-dire de la providence que les anciens ont personnifiée sous le nom de Destin. Martianus-Capella dit qu'elles étaient ses secrétaires, les gardes de ses archives. L'une dictait les ordres de son maître , l'autre les écrivait avec beaucoup d'exactitude, et la dernière les exécutait en filant leurs destinées. Les Parques présidaient à la conception et à l'enfantement, pour se rendre les maîtresses de la destinée de l'enfant qui allait naître (237). Les Par-

(a) Ocellus-Lucanus. De Universo.

(b) Pythagore. Vtrs dorés. 188.

(c) Arist. De Mundo.

( 35i ) qiies sont trois, dit Fauteur de Mundo : le fil qui est sur le fuseau est le passé , celui qu'on y met est le présent, celui qu'on n'y met pas encore est l'avenir. Une des Parques règne sur le passé; c'est Atropos, parce que le passé est irrévocable ; Lachésis règne sur l'avenir, parce que le sort le garde en ses mains ; l'instant présent appartient à Clotho, qui distribue à chaque être ce qui lui convient. Cette image ingénieuse n'est autre chose que la divinité ; car , dit Platon , Dieu comprenant en soi le commencement, le milieu et la fin de chacun des êtres, traverse en ligne droite toute la nature, ayant à sa suite la Justice, pour le venger de ceux qui trangressent sa loi. Aussi les Parques étaient- elles les mêmes que le Destin, Némésis et Adrastée (238). Il y avait à Rome le temple des trois Destins, trium Fatorum : c'est ainsi que les Romains avaient coutume d'appeler les Parques (239). Les statues qui étaient dans le temple des Parques, en montant à l'Acrocorinthe, n'étaient pas exposées à la vue (a). Hésiode fait les Parques filles de la nuit, et, un peu après, il les fait filles de Thémis (b). La première allégorie signifie que la providence de Dieu était cachée aux mortels, et la seconde signifie la

(a) Pausan. Corinth. cap. iv.

(&) IlesiotL l'heogon, vers. yo3.

(35a ) justice de Dieu, distribuant à chacun des peines ou des récompenses selon ses mérites.

Jupiter avait un culte commun avec les Parques, surtout chez les Arcadiens, à Olympie et dans la Phocide. A Olympie, en allant vers l'A phésis d'où partaient les chevaux, il y avait un autel qui, suivant l'inscription, était dédié à Mœragète : près de là était l'autel des Parques (a). Il y avait en Arcadie, près de l'enceinte consacrée à Ceres-Despoina, un portique sur les murs duquel étaient des bas-reliefs de marbre blanc, dont le premier représentait les Parques et Jupiter-Moeragète (b). On voyait dans le temple de Delphes les statues de deux Parques; Jupiter - Mœragète tenait la place de la troisième (c). On voyait dans un autre temple de la Grèce la statue de Jupiter portant la figure d'une des trois Parques sur sa tête (d). Les Parques qui servaient sous les ordres du dieu des enfers sont représentées par Claudien aux pieds de Pluton.

Les deux caractères opposés de Jupiter, dieu du monde présent et de la vie future, sont réunis dans Siva des religions des Indiens, dont ils

(a) Pausan. Eliac. cap. xv.

(b) Id. Arcad. cap. xxxvn.

(c) Id. Phocid. cap. xxiv.

(d) Pausan.

( 353 ) font le roi des cieux, le maître de la foudre, l'arbitre de l'univers et des cinq éléments; ce qu'indiquent et ses trois yeux, et son trident, et les cinq têtes qu'il porte quelquefois. Sous ces deux aspects, il est le grand dieu, le maître, le seigneur par excellence, au ciel, sur la terre et aux enfers. C'est le Jupiter des Grecs qui comprend les attributs de Neptune et de Pluton; c'est Bélus ou Baal, conséquemment Chronos ou Saturne, comme le prouvent et son épithète de Cala, le temps , et ses noms ou incarnations de Bali, Mahabali, aussi bien que les traditions qui s'y rattachent (a). Il est l'Osiris des Egyptiens, avec lequel il a la plus parfaite identité de caractères. Non-seulement Osiris était le principe bienfaisant, le principe fécondant, le dieu suprême, le souverain universel de la terre et des cieux, maître et modérateur de la substance humide; mais il avait la puissance souveraine dans les enfers {h). Osiris, dit Plutarque, n'est pas différent de Pluton. En un mot, c'était le premier être avec les attributs qui appartiennent au dieu suprême , souverain des enfers , comme il l'est de

(a) Rccherch. Asiat. tom. i, pag. 182. -- Jones, tom. xiii, pag. 243, in-8. -- Langlès. Monuments de l'Indostan, tom. i7

(b) HeroJ. lib. 11, § cxxin. — Plutar. De Isîd. et Osiv.

( 354 ) toutes les parties de l'univers. Dans les mystères d'Osiris, on enseignait qu'Osiris était le dieu des morts, qu'il régnait sur eux; et que ce dieu était le même que Pluton (a), Plutarque ajoute qu'Osiris était le dieu des bienheureux, de ceux qui , dégagés des liens du corps après avoir bien vécu sur la terre , iront dans un lieu où ils seront sans passions, et où ils adoreront ce dieu suprême, l'aimeront comme la beauté unique, et le contempleront sans jamais en être rassasiés. Osiris était donc , dans les mystères égyptiens , le dieu de la vie future , et aux yeux des initiés il devait se confondre avec Pluton, qui était regardé comme le dieu de l'autre vie, comme le dieu de la fin des choses. Cette distinction est parfaitement dans l'esprit de la théologie des anciens, qui considéraient la divinité relativement au monde présent, et encore relativement au monde futur; et a l'égard du monde futur même, ils considéraient la divinité sous l'aspect de la vie heureuse qu'elle destine aux bons, et sous l'aspect de la vie malheureuse qu'elle destine aux méchants. C'est de ce système, qui forme la base du polythéisme, que sont venues

(<7) Plutar. In hid> et Osir. -- Mémoires de VAcad. tora. 111, pag- 9-

la multitude et la diversité des formes, des noms et des attributs qu'on a donnes à la divinité. On l'a chargée de tant de noms et de tant de rôles différents, qu'il n'est pas étonnant qu'on méconnaisse la simplicité de sa nature et de son caractère sous ce chaos d'attributs qui la mettent souvent en opposition avec elle-même (240).

Dans des temps plus modernes , les Egyptiens donnèrent à Sérapis la souveraine puissance de tontes choses, et il eut la même diversité de formes et d'attributs. Sérapis était inconnu aux Grecs avant les successeurs d'Alexandre , et aucun écrivain n'en a fait mention avant le règne de ce prince. Mais peut-on en conclure que les Egyptiens n'aient pas eu un Sérapis, et qu'ils n'aient pas rendu à cette divinité un culte religieux? Il est probable qu'elle était adorée à Rhacotis. Cela résulte du récit même de Tacite, que, le troisième jour de sa navigation, le vaisseau qui apportait de Sinope la fameuse statue de Sérapis aborda à Alexandrie ; qu'on lui construisit un temple analogue à la grandeur de la ville, dans un lieu appelé Rhacotis, où il y avait une petite chapelle consacrée anciennement à Sérapis et à Isis(a). Rhacotis, après la fondation

(a) Fuerat illïc sacellum Serapidi atque Isicli antiquilàs sacratum, (Tacit.)

( 356 ) d'Alexandrie, ne fut qu'un faubourg de cette ville ; mais il subsistait long-temps auparavant , et il avait pour dieux tutélaires Sérapis et Isis, comme l'attestent un grand nombre d'écrivains de l'antiquité (a). Plutarque rapporte, d'après l'autorité de Manéthon prêtre égyptien, que Sérapis fut une ancienne divinité de l'Egypte, quoiqu'elle fut inconnue aux Grecs avant le siècle d'Alexandre. Sérapis n'est pas un nom grec ; Jablonski assure qu'il est égyptien, et comme Sérapis était adoré dans le lieu même où Alexandre fonda une grande et belle ville, ce dieu auparavant inconnu, dont le culte n'était établi que dans un lieu alors obscur, devint célèbre par cette raison même. Suivant Pausanias, Sérapis était aussi adoré à Memphis, et Denys-Périégète (b) fait mention du grand Jupiter-Sinopite. On lit dans les notes d'Eustatlie : « Sérapis que Denys appelle Sinopite est celui de Memphis; car Sinopium est une montagne de Memphis. » Il n'est pas sans vraisemblance que cette similitude de nom ait donné lieu à l'histoire du transport de Sérapis, dieu de Sinope, à Alexandrie, histoire qui n'a aucune probabilité. A la vérité

(«) Strab. lib. xvn. -- Clem. Alex. Prorept. pag. 3i. -- Steph. Bysant. voc. Racolis. -- Paus. lib. v.

(b) Dionys. Perieg. Oibis desciiplio, pag. 255.

( 357 ) on trouve sur les monnaies de Sinope le simulacre de Sérapis; mais ces monnaies ont été frappées dans les temps postérieurs, où le zèle des Ptolémées avait répandu ce culte dans toute l'Asie, et ce Sérapis est celui d'Alexandrie.

On trouve Sérapis sur plusieurs médailles anciennes avec les mots zeusy deus, et helios, soleil. Dans la belle statue antique du grand Sérapis, sa tête est surmontée du calathus; elle jette des rayons, sa barbe et ses cheveux sont ceux de Jupiter, les douze signes du zodiaque sont marqués dans les quatre espaces vides laissés par les contours que forme le corps du serpent qui serre la statue du dieu (a). Zoéga donne une médaille égyptienne de Galba représentant Canobe-Sérapis avec la coiffure symbolique des grands dieux; le voile qui descend de sa tête paraît envelopper son corps spliérique (h). Comme Jupiter, Sérapis réunissait les attributs de Neptune et de Pluton . Il est le dieu du Nil. Comme Osiris, maître et modérateur de la substance humide, Sérapis était regardé comme l'auteur des crues du Nil et de l'inondation (241). Une belle médaille d'Alexandrie représente le Nil sous la figure d'un vieillard

(a) Mont faucon, supplém. lib n. pag. îfâ.

(b) Zoega. Num. cegypt. tab. 3,

Tom. i. 45

( 358 ) assis j portant le modium sur sa tête , tenant dame main une corne d'abondance , de l'autre un jonc de l'espèce qu'on appelle sari, avec cette inscription : Deo sancto Nilo. L'autre côté de la médaille représente la tête de Sérapis avec le calathus ou le modium; et cette inscription : Deo sancto Serapidi. Le nilomètre ou la mesure du Nil ascendant et se répandant dans les champs de l'Egypte était dédié et consacré à Sérapis. Des nilomètres de cette espèce avaient été construits dans plusieurs villes de l'Egypte, tant supérieure qu'inférieure et moyenne; mais le plus célèbre était celui de Memphis , et après lui ceux d'Eléphantine et de Syène. Lorsqu'à Alexandrie le nilomètre était porté dans le temple de. Sérapis, à Memphis on le déposait en même temps dans le temple d'Apis. Les Egyptiens avaient des nilomètres sacrés portatifs , qui étaient portés dans toutes les pompes religieuses («). Constantin ordonna qu'il fut transporté du temple de Sérapis dans une église {h). Julien le fit rétablir dans le temple de Sérapis (c) ; depuis la domination des Turcs, il est dans les mosquées (c?). Comme maître

(«) Ruflin. Jtist. Eccles. lib. n, cap. xxx.

(b) Sozom. Hist. eccles. lib. i, cap. vin.

(c) Sozom. lib. v, cap. tu.

{il) Voy. du P. Radzivill. pag. !63.

( 35g ) et modérateur de la substance humide, comme dieu du JNil, Sérapis est la source de toute production, la substance de tous les germes, caries Egyptiens pensaient que l'eau est le principe de tous les êtres. Il est conséquemment le dieu de là fécondité et de l'abondance. Il était toujours courbé sous le poids du calatlms chargé de fruits, et le calatlms était non-seulement le symbole de l'abondance, mais la mesure des eaux du INil (242). La corne d'abondance se voit souvent sur les médailles et les monuments de Sérapis.

Ce dieu représentait en Egypte le soleil inférieur, c'est-à-dire le soleil parcourant l'hémisphère inférieur dans les mois d'automne et d'hiver; et comme soleil inférieur il était Adès ou

Orcus :

Quem hyeme Orcum dicunt.

C'est pourquoi les écrivains grecs, toutes les fois qu'ils parlent de Sérapis, l'appellent Pluton (#). Le soleil d'hiver était appelé Adès, parce qu'il n'est pas vu, sa lumière étant sous terre pendant la plus grande partie de ce temps de l'année. Aussi les statues de Sérapis étaient presque toujours d'une couleur noirâtre. Montfaucon donne une figure de Sérapis qui tient une corne d'abon-

(«) Porpliyr. Apud Euscb. Prcep. evang. lib. m, cap. xi.

( 36o ) clance , et de l'autre main une patère sur laquelle est un papillon , emblème de l'àme , ce qui marque le dieu des enfers (a\ Dans une autre figure il a le chien Cerbère à ses pieds. Dans la statue colossale de Sérapis qui était dans le temple d'Alexandrie, le dieu portait sur sa tête le calathus, et à côté de lui était un chien dont les trois têtes étaient entortillées des replis d'un énorme serpent. Sérapis a quelquefois les cornes de Jupiter- Ammon. Comme tous les grands dieux, il était le dieu de la santé (243). Les Grecs reçurent son culte des Ptolémées. En allant duPrytanée dans le bas de la ville d'Athènes, on trouvait le temple de Sérapis (b). Il avait un temple à Sparte, à Copes en Béotie; il en avait deux à Patras (c). Dans le temple d'Apollon à Egire , il y avait une statue de Sérapis et une statue d'Isis (d). Sérapis avait à Rome un collège de péanistes. Ces péanistes étaient des chantres. Les hymnes qu'ils chantaient en l'honneur des dieux et des héros étaient appelés péans. Ceux du dieu Sérapis avaient à Rome une maison- Sous l'empereur

(a) Montfauc. Anliq. cxpl. pag. 297, pi. 121, nuni. 3. (6) Pausan. Allie, cap. xviu.

(r) Pausan. Lacon. cap. xiv. -- Bœot. cap. xx.iv. -- Achaic. cap. xxt.

{d) Pausan. Achaic. cap. xxv^

( 36i ) Antonin-le-Pienx, Tau 1.46 de J.-C., ils élevèrent dans leur maison un buste on marbre a Ëmbès, le prophète, leur chef, qu'ils appelaient leur père. Le soin en fut confié à Métilius- Ampliatus, qualifie l'Ancien, presbyteros (a).

Jupiter était représenté avec un regard toujours serein $). Lorsqu'il a le regard terrible, dit Sénèque (c), il est Jupiter-Fulminant ou Jupiter-Sérapis, c'est-à-dire Pluton. Jupiter avait près du Capitole à Rome un temple sous le nom de f^ejovis ou Jupiter-Vengeur. Il était représenté avec des flèches à la main. Cicéron parle du culte que lui rendaient les dames romain es(rf). Aulu-Gelle(c) l'appelle Vedius. Il était appelé Vejvpïter aussi bien que Vejovis, de la particule ve, comme vehemens, La statue de f^ejovis était dans un temple situé entre la citadelle et le Capitole : on l'apaisait par le sacrifice d'une chèvre. Aulu- Gelle assure qu'au bas de cette statue il y avait une chèvre, et Alexander écrit que Vejovis avait

(Z>) Mavtianus-Capella. L. J. pag. iS.

(c) Senec. Hère. Fur. vers. 721.

(d) A matronis romanis caslissimè cultus. ( Cicer. De nul. deor. lib. 1. ) -- Banier. tom. m, pag. Zifi.o^. *

(e) Aul-Gel. lib. v, cap. xir.

( 362 ) la tête armée de cornes (a). On donnait aussi à Platon la dénomination de Vejovis.

Il y avait dans la Laconie mi canton appelé Scotitas, à cause du temple de Jupiter- Scotitas : ce mot signifie obscur,

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