‹ Religions de la GrèceChapitre 16 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

(>) p«g- 9ce Lorsqu'ils vont au temple , dit Diodore de Sicile ( lib. r, sect. ii, introd. ), ils portent en main l'herbe nommée agrostisj qui était une production spontanée de la terre, et leur principale nourriture dans le commencement. y> Cette production de la terre, fertilisée par le Nil, paraît être le lotos si célèbre dans la mythologie Égyptienne. C'est par le même motif que, dans les anciens temps en Italie, on portait dans les cérémonies sacrées la verveine et l'herbe sabine. ( Nie. Loensis. Miscelj ix, 7. — Wesseling. InDiod. Sic. tom. 1, pag. 62. )

(2) Pag. 9.

« Je m'en vais vous découvrir, dit Bernier ( Voyages de rindostarij tom. 11, pag. i63. ), le mystère d'une grande cabale qui a fait beaucoup de bruit ces années dernières dans l'Indostan , parce que certains pendets ou docteurs gentils en avaient infecté l'esprit de Dara et du sultan Sujah, les deux premiers fils de Chah- Jehan . Il n'est pas que vous ne sachiez la doctrine de beaucoup d'anciens philosophes , touchant cette grande âme du monde dont ils veulent que nos âmes et celles des animaux soient des portions. C'est la doctrine connue, universelle des pendets gentils des Indes, et c'est cette même doctrine qui fait encore à présent la

(4*8 ) cabale des Soufys et de la plupart des gens de lettres de Perse, et qui se trouve expliquée en vers persiens, si emphatiques dans leur Goult-chen-raz ou parterre des mystères , comme c'a été celle-là même de Flucl, que notre grand

Gassendi a réfutée si doctement Or ces cabalistes ou

pendets indous prétendent que Dieu ou cet être souverain, qu'ils appellent AciuiVj immobile, immuable, ait nonseulement produit ou tiré les âmes de sa propre substance , mais généralement encore tout ce qu'il y a de matériel et de corporel dans l'univers; et que cette production ne s'est pas faite simplement à la façon des causes efficientes , mais à la façon d'une araignée qui produit une toile qu'elle tire de son nombril, et qu'elle reprend quand elle veut. La création donc , disent ces docteurs imaginaires , n'est autre chose qu'une extraction et extension que Dieu fait de sa propre substance ^ de ces rets qu'il tire comme de ses entrailles; de même que la destruction n'est autre chose qu'une reprise qu'il fait de cette divine substance j de ces divins rets dans lui-même; en sorte que le dernier jour du monde qu'ils appellent maperlè ou praUdj dans lequel ils croient que tout doit être détruit, ne sera autre chose qu'une reprise générale de tous ces rets que Dieu avait ainsi tirés de lui-même. Il n'est donc rien, disent-ils, de réel et d'effectif de tout ce que nous croyons voir, ouïr, ou flairer, goûter, ou toucher; tout ce monde n'est qu'une espèce de songe ou pure illusion, en tant que toute cette multiplicité et diversité de choses qui nous apparaissent ne sont qu'une seule, unique et même chose, qui est Dieu même , comme tous ces nombres divers que nous avons, de dix, de vingt, de cent, de mille, et ainsi des autres, ne sont enfin qu'une même unité répétée plusieurs fois. »

Cette doctrine des Indiens n'est autre chose que la doc-

( fc>9 )

trine dos philosophes (le la première école d'Eléc que Ton surnommait métaphysiciens, et dont Xénophane fut le fondateur. A l'exemple de tous les philosophes de ce temps, ils admettaient le panthéisme; mais ce panthéisme ne consistait pas à identifier la divinité avec l'univers physique, mais a considérer Dieu comme la substance unique, universelle , comme la seule réalité dans le sens qu'ils donnaient à la réalité. C'est au monde intellectuel qu'ils attribuaient la réalité proprement dite, la véritable existence. Leur système était l'idéalisme. Aussi regardaient-ils comme douteuses toutes les notions positives, c'est-à-dire celles que nous recevons par les sens ; ils refusaient toute autorité à l'expérience , et ils réservaient aux spéculations rationnelles seules le privilège d'atteindre à la vérité.

(3) Pag. 19.

On a présenté les émanations sous un autre point de vue qui semble sauver l'absurdité de ce système, tel que lavaient conçu les cabalistes. On lit dans le P. Petau qui a fait une étude particulière de l'ancienne théologie : a II y a je ne sais quels êtres qui sont dés œuvres de Dieu, et qui procèdent de sa nature et de ses propriétés, comme la lumière émane du soleil (a): x> Dans ce système, on ne doute pas que la nature divine ne soit simple et indivisible, mais on ne laisse pas de dire qu'elle produit hors d'elle-même des substances pensantes qu'on appelle émanations ou processions, ce Procession, dit le P. Petau (b), est une certaine effusion , et pour ainsi dire une extension de la substance souveraine et simple. Elle sort en quelque manière d'elle-

(a) Petav. Dogm. thcol. tom. 1, lib. iv,cap. x, § vin etsuiv. (&) Ibid.

Tom, 1 . 54

(43o) même, ou du moins de son unité; parce qu'elle procède de l'unité au nombre, et à la multitude, comme s'expriment saint Grégoire de Nazianze, Denys l'aréopagite et d'autres pères (a). Les productions de la divinité sont appelées êtres participants, paice qu'ils participent de la nature divine. Ils sont avant les temps et au-dessus des temps acronoi et ypercronoi. Ils sont œuvres de Dieu, mais ce sont des œuvres qui n'ont pas commencé avec le temps* Ils émanent de toute éternité de la nature divine , comme la splendeur émane du soleil (#)•» Ce système met une grande différence entre procession et génération : la génération convient aux corps, la procession aux esprits» Il paraît s'éloigner par là du premier système qui admet la matière elle-même comme une émanation de l'être nécessaire , mais il y rentre bientôt , en ajoutant aux mêmes absurdités la difficulté de l'existence de la matière et de son origine. Et en effet, il peuple l'univers d'esprits intellectuels , qui sont distribués en une grande hiérarchie. C'est une chaîne immense dont les anneaux embrassent tout ce qui se meut et respire y en suivant une dégradation progressive. Tout s'explique , non par l'étude lente et difficile des lois de la nature , mais par l'intervention de la nombreuse hiérarchie d'esprits célestes disséminés dans l'univers, explications qui durent avoir d'autant plus de charmes qu'elles étaient plus mystérieuses. Or ces esprits unis à la matière , et presque aussi imparfaits qu'elle , peuvent-ils être regardés comme une partie de l'être parfait ? Ce système n'est qu'un aliment plus actif pour la superstition, il donne une faveur singulière à la divination. Les pratiques superstitieuses devinrent un art plus compliqué ;

(a) Petav. Dogm. theol. tom, i, lib. iv, cap. x.

(b) IbicL

elles se confondirent avec la religion et empruntèrent son autorité, surtout à l'époque des Plolémées et des empereurs romains, époque si remarquable par son esprit de mysticité. De là les succès de la magie, et le rôle important qu'elle joua non-seulement dans le culte public, mais dans les actions ordinaires de la vie. Le système des émanations fut adopté par des docteurs chrétiens eux-mêmes , et ils s'en servirent souvenl pour expliquer les mystères (a).

Lorsque le christianisme fut annoncé, l'Orient était rempli de philosophes. Beaucoup d'entre eux se convertirent et portèrent dans la religion chrétienne une partie des idées de leurs sectes. Les sciences étaient beaucoup moins cultivées dans l'Occident, mais enfin elles y pénétrèrent. La philosophie des anciens Grecs y fut apportée, et produisit des erreurs dangereuses. Lorsque l'esprit s'est accoutumé à raisonner et à remonter aux causes , il prend l'habitude de lier ses idées, et il devient systématique presque par instinct. Les philosophes qui embrassèrent le christianisme durent donc réduire la religion en système ; leurs premières idées , même sans qu'ils s'en aperçussent, durent lier les dogmes du christianisme , ou même servir de base au corps de doctrine qu'ils en formèrent , se confondre insensiblement avec eux , et devenir aussi respectables que la religion elle-même. L'esprit soumis à l'autorité de la révélation ne perd pas sa curiosité ou cette espèce d'impatience qui , dans un homme accoutumé à raisonner , fait effort pour éclaircir tout ce qu'il n'entend pas. On regarda les dogmes de la religion comme des faits qu'il suffisait de croire pour être chrétien , et qu'il était permis d'expliquer. Dans des temps postérieurs, les théologiens, chargés par

(a) Tatian. Contra gentes, pag. i45.

( 432 ) état de combattre les opinions des philosophes païens, et par conséquent de s'en occuper, se familiarisèrent avec ces opinions ; elles leur parurent moins choquantes : et comme elles faisaient partie de leurs connaissances et qu'ils devaient ces connaissances à leurs efforts , elles leur parurent moins contraires à la religion. Il est impossible que les idées que nous acquérons n'influent pas un peu sur le système total de nos connaissances. Il y eut donc des théologiens qui firent entrer dans la théologie une partie des principes des philosophes ; ils durent surtout adopter tout ce qui était analogue aux principes du christianisme. C'est ainsi que la supposition des intelligences célestes devint un sentiment presque général.

La doctrine des émanations fut, dans le principe, la base de la théologie indienne , comme le prouve le P. Claude ( Histoire de la mission danoise dans les Indes, trad. franc, tom. i. pag. m. — Anquetil Du Perron, Zend Avesta, dise. prél. pag. i38. ) Karla j, mot qui signifie agissant, dans la langue maure, appelé encore Baravastou , le grand être, est le plus subtil des éléments, le seul dieu souverain, infiniment parfait, éternel, indépendant, la sublime puissance qui contient l'univers et en est le soutien , l'âme qui y produit tout dans un ordre merveilleux, subsistant par lui-même, répandu partout, et principe de tout. Ce dieu suprême , pour se manifester , a répandu sa substance dans tout l'univers , et en a composé les merveilles de quatorze mondes. Ensuite il a paru sous une figure humaine qu'il a nommée Schiva ; mais comme ScJiiva allait se retirer dans le ciel des êtres plus parfaits, Karla, pour demeurer avec les hommes , s'est transformé en trois figures humaines appelées Roudrenj Vishnou et Brahma. En elles, il n'y a qu'une divinité qui est Karla ; c'est par elles qu'il opère

( 433 ) tout. Bmkmqesl le producteur, cl préside à l;i transmigration des âmes. Vishnou est :1e conservateur , il entretient le

bon ordre dans les mondes. Rourb on niei fin à tout. Scliiva, qui est la plénitude de Karhij et Karta lui-même dominent sur tout. Il parait qu'il en fut des Indiens comme des Perses : que le système des deux causes, du principe actif et du principe passif, s'introduisit dans la suite parmi eux, puisqu'ils donnèrent à Brahma Latchinii pour épouse, à Vishnou Parvati, et à Roudren Sarasouvadi.

(4) Pag- 20.

« L'âme est une émanation de la divinité, disaient les pythagoriciens, une partie de la grande âme du monde, un rayon dérivé du foyer de la lumière (a). Elle vient du dehors dans le corps humain, comme dans un séjour momentané ; elle en sort de nouveau , elle erre dans les régions éthérées, elle revient le visiter, elle passe dans d'autres habitations (b) , car l'âme est immortelle (c) . »

Ces idées des pythagoriciens présentent une analogie remarquable avec le système des émanations ; elles reçurent ensuite chez les nouveaux pythagoriciens un caractère plus prononcé de spiritualité et de mysticisme. Pythagore et ses disciples admettaient des hiérarchies de génies, et ils attachaient une grande importance aux songes ; aux prédictions

et aux présages.

(5) Pag. 24.

Plutarque et Eusèbe nous expliquent comment, dans le système d'Anaximandre, s'opérait cette génération des êtres.

(a) Aristot. De anima, i, i. — Cicer. De nat. deor. i, il. -- De senectute, cap. xxi. -- Sext. Empyr. Àdvers. mathem. § 127, i3o.

(b) Herod. 11, cap. 123. — Aristot. De anima, 1, 3.

(c) Plut. De plaçais, n, 4- -- Diogen. Laer. via, § xl.

« Il fit de l'infini, dit Eusèbe, le germe universel ; il tira de son sein immense un nombre infini d'êtres qui s'y replongeaient successivement pour en sortir de nouveau , et former, par une chaîne non interrompue d'existence , de corruption et de renaissance, l'éternité de l'univers (a). » Plutarque reproche à Anaximandre de n'avoir admis pour principe que la matière , sans y avoir associé l'action d'une cause , d'un agent dont elle reçût l'énergie qu'elle ne saurait posséder par elle-même.

(6) Pag. 36.

Macrobe ( Scip, somn. lib. î , cap. il , pag. 8. ) distingue diverses espèces de fables. Il en est une, dit-il, qui peut n'être qu'un tissu, en récit, d'actions honteuses, impies et monstrueuses : comme celles qui nous représentent les dieux adultères ; Saturne privant son père Cœlus des organes de la génération, et lui-même détrôné et mis aux fers par son fils. La philosophie dédaigne de telles inventions , quod genus totum philosophi nescire maluerunt.

(?) Pag- 39.

Toutes les fables sur les intrigues amoureuses de Jupiter sont dues aux poètes, et particulièrement à Homère et à Ovide. Comment peut -on supposer que des hommes tels que les Grecs aient rendu un culte sérieux à des dieux aussi bas et aussi dépravés? Aussi ne trouve -t- on aucune trace de ces fables ridicules, si on les considère sous le rapport de la religion, dans les monuments religieux de la Grèce. Àristarque pensait qu'il fallait entendre Homère de la manière la plus simple, sans chercher à ses paroles de sens caché. Cratès, au contraire, prétendait que toute science et

(a) Euseb. Procp. ei'ang. lib. xiv, cap. xiv.

( 435 ) toute sagesse se trouvaient mystérieusement renfermées dans les vers du poète. Pour les partisans de ee système, tout prenait à l'instant un aspect symbolique. Ce système est devenu une manie parmi les modernes ; tout est dans Homère, suivant eux. M; Voss, dans ses lettres mythologiques, démontre que tout ce cortège de symboles tant vanté est postérieur à Hésiode d'un grand nombre de siècles. On pourrait dire qu'il n'a été enseigné publiquement que dans l'école d'Alexandrie»

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