‹ Religions et religion. L'âneChapitre 9 sur 21 · ENTRE DANS LE DÉTAIL · texte numérisé non relu

ENTRE DANS LE DÉTAIL

L*âne à ce qu'il disait rêva dans le silence, Comme on suit du regard une pierre qu'on lance, Puis ajouta:

— Serrons de près les questions.

Veux-tu que nous causions et que nous discutions? Soit.

Quoique le lecteur, à Sainte-Geneviève, Trouve peu d'os à moelle et peu d'auteurs à sève; Quoique, à l'Escurial, où Philippe pria, Le plafond sépulcral de la Libraria, Couvrant dossiers, cahiers, brochures, fascicules. Ressemble à de la nuit noyant des crépuscules; Quoique Oxford la savante ait, sous ses hauts châssis, Moins de textes vivants que de centons moisis;

Quoique le maréchal vicomte de Turenne,

Caboche de soldat brutalement sereine,

Ait jugé, pataugeant dans les in-octavos,

La Rupertine bonne à loger ses chevaux;

Quoique l'Arsenal fasse, alors qu'on le secoue,

Tourner tant de néant sur son pupitre à roue;

Quoique, poussant des cris de triomphe, un essaim

De corbeaux, contemplant l'institut, son voisin,

Perche à la Mazarine, et que la Vaticane

Ait des angles si noirs que le diable y ricane,

Hommes, vous êtes fiers quand vous considérez

Vos bouquins reliés, catalogués, vitrés.

Avec vos rhéteurs dieux et vos pédants principes

Taillés en marbre jaune et juchés sur des cippes.

Et, j'en conviens, on a le vertige en voyant

Ce sombre alignement de livres, effrayant,

Inouï, se perdant sous les bahuts qui tremblent,

Ces vastes rendez-vous de volumes, qui semblent

Les légions du faux et du vrai s'avançant

En bon ordre, sous l'œil trouble du temps présent,

Pour se livrer combat au fond des hypogées,

Et de l'esprit humain les batailles rangées;

Certes, j'admets que vous, les hommes, soyez vains

De cet entassement épique d'écrivains.

De tous ces papyrus et de toutes ces bibles;

C'est beau de voir Saumaise, agitant ses vieux cribles,

Tamiser ces monceaux d'esprits sur les pavés;

C'est beau d'avoir l'Exode avec des bois gravés

Par Aide de Venise ou AVindelin de Spire;

Je conviens qu'on retient son souflle et qu'on respire

A peine quand on voit, dans vos doctes hangars,

Les tomes frissonner sous les piocheurs hagards;

C'est beau de pouvoir dire: Admirez les estampes;

Ici Virgile avec un laurier sur les tempes,

Là Chapelain avec plus de laurier encor;

Voici des manuscrits étalant sur fond d'or

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